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Vivement l'Ecole!

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ACCESSUP - Les politiques d'accès à l'enseignement supérieur...

15 Juin 2018 , Rédigé par Sciences Po - Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education, #Politique, #Université

ACCESSUP - Les politiques d'accès à l'enseignement supérieur...

EXTRAIT

Porteurs du projet: Agnès van ZANTEN & Denis FOUGERE

Discipline(s): économie , sociologie

Durée: 36 mois

Projet soutenu par le LIEPP depuis septembre 2015

Le projet ACESSUP vise à étudier les politiques d’accès à l’enseignement supérieur dans une perspective englobant à la fois leur conception, leur mise en œuvre et leurs effets, ce qui est rarement fait dans les recherches qui s’intéressent généralement à l’un ou l’autre seulement de ces processus. A partir d’une approche croisant les approches théoriques et méthodologiques de l’économie et de la sociologie, la recherche se focalisera tout d’abord sur la construction et l’articulation de ces politiques au niveau national à partir du début des années 2000 en s’intéressant aux objectifs de ces politiques et à leurs liens avec les intérêts, les visées, les représentations et les ressources des différents acteurs impliqués dans leur conception et leur impulsion. Elle examinera aussi comment les directives nationales sont réinterprétés, mises en œuvre et complétées par d’autres initiatives à l’échelon d’une région, l’Ile de France (IDF), en étudiant les perspectives et les pratiques des autorités politiques et éducatives régionales ainsi que les logiques à l’œuvre dans les établissements d’enseignement. Enfin, le projet analysera aussi les effets de cette politique grâce à un travail sur les données (déjà transmises aux responsables de la recherche) sur les vœux d’orientation dans le supérieur des lycéens d’IDF en 2014. 

(...)

Dans les médias:

Les concours, une tradition française faussement méritocratique, article dans Le monde du 09/02/2018 avec l'interview d'Agnès van Zanten.

Comprendre les inégalités lors de l’orientation vers l’enseignement supérieur, article dans Cogito #4 - Lettre de la Recherche de Sciences Po.

La question des inégalités sociales au cœur de la réforme de l’université, article dans le Monde du 20/12/2017.

Classement des lycées 2017: pour les familles, une donnée parmi d’autres, entretien d'Agnès van Zanten dans Le Monde Campus du 22/03/2017.

APB 2017: Les diplômes qui donnent du travail, article dans Le Nouvel Obs du 9/02/2017.

APB, les conseils d’orientation donnés aux élèves varient selon leur milieu, entretien avec Agnès van Zanten dans Le Monde du 20/01/2017.

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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Universités : comme un esprit de Mai?...

2 Avril 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Université, #Mai 68

EXTRAIT

En Mai 68, tout a commencé un 22 mars : parce qu'après que des jeunes hommes de la cité universitaire de Nanterre ont investi le bâtiment des jeunes filles, Pierre Grappin, doyen de la faculté de lettres, a décidé de fermer l'université pour imposer le retour au calme, provoquant ainsi le déplacement du mouvement contestataire vers la Sorbonne. 22 mars 2018 : Philippe Pétel, doyen de la faculté de droit de Montpellier est lui accusé d'avoir laissé entrer un groupe de jeunes hommes soupçonnés d'appartenir au G.U.D, groupuscule étudiant d’extrême-droite, cagoulés et armés de planches et de barres de fer pour déloger d'un amphithéâtre d'autres étudiants qui s'y trouvaient réunis en assemblée générale après avoir manifesté contre la loi Vidal. Soupçonnés d’avoir organisé ces violences, Philippe Pétel et un professeur ont depuis été placés en garde à vue, et suspendus de leurs fonctions.  Tandis que depuis quelques semaines, constatant ici et là des mouvements d'opposition aux procédures d’entrée à l’université contenues dans la loi ORE, la presse se demande si « la jeunesse pourrait ébranler Jupiter »,  depuis quelques jours les faits sont là : l'université parisienne de Tolbiac est bloquée, comme celle du Mirail à Toulouse, comme le campus de la Victoire à Bordeaux, la fac de lettres de Montpellier…. 

Pour voir en intégralité la vidéo réalisée par les lycéens de Vendôme en grève contre la réforme contenue dans la loi ORE dont un extrait a été diffusé dans l'émission. 

Emilie Aubry

A lire en intégralité en cliquant ci-dessous

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Le discours gouvernemental sur la "crise " de l'université? Des effets néfastes!...

1 Avril 2018 , Rédigé par PCF Publié dans #Education, #Politique, #Université

Le discours gouvernemental sur la "crise " de l'université? Des effets néfastes!...
A Propos de l’ouvrage "L’université n’est pas en crise" éd. du croquant
 
Ce que nous analysons dans un ouvrage paru récemment (1), c’est le discours qui désigne par « crise de l’université » (2) le constat supposé de l’inefficacité et du déclin de cette institution, qui ne cesserait de pousser son dernier soupir. ce discours, nous en avons des traces dans les débats médiatiques, politiques et académiques depuis les années 1950. Indépendant des évolutions et des transformations de l’université, il remobilise les mêmes termes et les mêmes raisonnements.
 
Quelle que soit la situation objective observée, ce discours en arrive à la même conclusion, celle du déclin et du dysfonctionnement patent. Pour ne prendre qu’un exemple, c’est tantôt la montée des effectifs universitaires qui est considérée comme cause et/ou preuve de la crise, tantôt c’est leur étiage alarmant.
 
Trois remèdes pour trois maux
 
Qu’il s’agisse donc des discussions parlementaires qui ont accompagné les réformes successives de l’université et de l’enseignement supérieur depuis le milieu du XXe siècle, des prises de position de certains universitaires eux-mêmes ou des commentaires journalistiques, c’est – à quelques exceptions près – le même air de désolation qui souligne, à chaque époque, trois fléaux récurrents. Le premier symptôme relevé est l’immense « gâchis humain » que constitue « l’abandon » dans les premiers cycles et l’ « hypocrisie de la sélection par l’échec ». Joseph Fontanet décrit ainsi dès 1973 les « trop nombreux étudiants — plus de 50 % — qui abandonnent les études supérieures sans diplômes ni qualification » (3).
 
Second vice de forme de l’université : la faiblesse, voire l’absence, de débouchés professionnels pour ses diplômés (à l’exception des diplômés de médecine) et l’inadéquation de ses formations avec le marché du travail. Geneviève Fioraso affirmait récemment que : « dès la seconde, les jeunes doivent savoir que des filières, comme l’histoire, la sociologie ou la psychologie, connaissent des difficultés d’insertion. Ils doivent être prévenus. » (4). alfred Westphal, députée udr en 1968, tenait déjà un discours quasi identique : « on pourrait et on devrait éviter la menace de chômage qui pèse sur les diplômés en sociologie, ainsi que sur les diplômés des facultés de droit et de sciences, par exemple. cette menace explique la présence de ces étudiants au milieu des révolutionnaires de mai » (5).
 
Enfin, dans un troisième constat tout aussi récurrent, l’université, seule « filière ouverte », est considérée par le plus grand nombre comme accueillant (mécaniquement) les rebuts des filières sélectives. andré Lardeux, sénateur UMP, souligne plus récemment : « La sélection est aussi de droit dans les IuT (6), dans les sTs (7), pour les études médicales et paramédicales, sans compter un certain nombre de formations extrêmement spécialisées et de plus en plus nombreuses. en revanche, dès qu’il s’agit du tout-venant de nos universités, c’est le refus intégral, contraire à l’intérêt des étudiants et au bon fonctionnement universitaire. » (8) Le discours de la baisse du niveau est déjà présent en 1973, lorsque Jacques cressard s’exprime ainsi à l’assemblée nationale : « c’est une faute à l’égard de notre jeunesse, c’est une erreur à l’égard de la nation qui s’impose un important effort budgétaire, de laisser des garçons et des filles encombrer des facultés pendant plusieurs années alors qu’ils se révèlent incapables de mériter les diplômes sanctionnant leurs études. on aboutit ainsi à former des déclassés, des aigris, alors que le pays a besoin d’hommes responsables capables de jouer leur rôle dans la vie économique et sociale. » (9) selon ce troisième maux, l’université accueillerait majoritairement des étudiants « par défaut » (dans les deux sens du terme : qui n’ont pas été admis ailleurs et qui sont médiocres), à défaut, donc, de pouvoir les sélectionner.
 
Autre régularité des discours sur l’université : aux mêmes maux les mêmes remèdes. Face aux trois défaillances de l’université citées plus haut, ce sont trois solutions qui sont constamment prescrites : propédeutisation, professionnalisation et orientation active/sélection, et qui nourrissent pleinement les différentes réformes qui l’ont affectée.
 
Bref, de la fin des années 1940 à aujourd’hui, l’état de l’université semble avoir suscité un discours constant. mais, si l’université a toujours été en crise, c’est peut-être que finalement elle ne l’a jamais vraiment été. en effet, ce diagnostic, permanent et partagé, largement sédimenté et cristallisé dans les représentations communes de l’université, est en large partie erroné. un diagnostic erroné sans entrer dans le détail ni dans les résultats de nos enquêtes empiriques et de l’exploitation des données statistiques du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, il apparaît en effet que les taux d’abandons à l’université doivent être analysés à l’aune de ce qui se passe dans d’autres filières de l’enseignement supérieur. ainsi, pour les classes préparatoires scientifiques, on observe un taux d’abandon en première année égal à celui de la première année de licence (environ 25 %) ; pire, en classe préparatoire littéraire, le taux d’abandon est presque deux fois supérieur à celui de la licence et en fin de deuxième année seul un étudiant sur cinq aura finalement obtenu un concours, les autres se seront réorientés, notamment, vers l’université. Quant aux « écoles et autres formations » (catégorie statistique qui regroupe tout à la fois les grandes, moyennes et petites écoles ainsi que les « grands établissements »), le taux d’abandon en première année surpasse bien souvent celui des universités, atteignant 33 % en moyenne, par exemple, en 2003.
 
Un deuxième écueil de l’université serait le taux de chômage alarmant de ses diplômés. mais là encore, la frontière entre les diplômes les plus protecteurs et ceux qui, relativement aux autres, le sont un peu moins, ne respectent pas la division entre université et (grandes ou moyennes) écoles, filières sélectives ou non, professionnelles ou non. certains masters universitaires obtiennent, en effet, des résultats comparables sinon meilleurs que nombre d’écoles (y compris écoles « supérieures » ou grandes écoles). certaines filières non professionnelles protègent bien mieux leurs diplômés que des formations pourtant considérées comme « prêtes à l’emploi » et généralement organisées en étroite collaboration avec les groupes professionnels concernés. Par ailleurs, si on observe que le niveau de diplôme tend globalement à réduire le risque du chômage, on observe aussi que l’efficacité ou l’intensité de cette réduction varie selon le type de secteur professionnel et le type d’emploi auquel prépare chaque diplôme, ce qui rappelle avec force un point essentiel de la question de l’insertion des jeunes diplômés : bien avant le diplôme, c’est la situation du marché du travail, ou de tel ou tel de ses secteurs, qui est la cause structurelle du risque de chômage.
enfin, et malgré les avertissements nombreux dont ils sont la cible, les bacheliers continuent de s’inscrire à l’université.
 
Pour autant, il est fréquent que l’on réduise les orientations universitaires à des causes négatives. orientation par défaut ou subie pour n’avoir été admis dans aucune formation sélective. orientation de seconde main faute de n’avoir validé sa première année dans une autre filière du supérieur. orientation moratoire en vue de repousser à plus tard l’heure des choix, d’éviter encore un temps le risque du chômage ou de l’usine, ou encore avant d’intégrer l’école ou la filière véritablement désirée. cette lecture consiste à déduire paresseusement des intitulés des formations les pratiques des étudiants en opposant au choix dérouté de l’université, le choix électif des filières de l’élite (cPGe et Grandes écoles) ou encore le choix orienté et réfléchi des filières professionnelles (sTs, IuT, écoles spécialisées). entrer en classe préparatoire Hec, dans une école de commerce ou en sTs management des unités commerciales ne nécessite pas de justification. du fait même de leurs intitulés évocateurs, toute orientation vers ces formations apparaît comme un projet sensé.
 
Pourtant, le jeu des mots et des intitulés ne recouvre pas le jeu des pratiques. Pour ne prendre que l’exemple d’une des enquêtes nationales les plus récentes sur la question l’enquête 2013 sur les conditions de vie des étudiants de l’oVe (10), on note que plus de trois étudiants sur quatre (78%) déclarent être entrés dans la filière de leur premier choix. Le taux d’inscription « par défaut » est de 22 % pour l’université (avec 11 % en santé, et un taux lui aussi plutôt meilleur qu’ailleurs en sHs et en Lettres de 22%) contre 29 % en IuT, 29 % pour les écoles de management et, plus encore, 33 % en sTs. et l’on constate la même inversion concernant les « projets professionnels » puisque les étudiants de l’université ont en moyenne des projets plus clairs et plus précis que les étudiants en sTs ou en IuT (11).
 
Les effets performatifs du discours de la crise
 
À l’aune des analyses empiriques, il apparait que les réformes bien réelles qui se fondent sur ces symptômes reconnus, sont en parfait décalage avec la situation universitaire passée mais aussi actuelle. mais l’idéologie du déclin de l’institution universitaire, aussi infondée soit-elle, n’est pas sans effet. elle alimente et justifie l’abandon financier de l’etat, confrontant nombre d’universités à des difficultés budgétaires. La spécificité de ces difficultés et leur croissance sont inséparables de la désormais célèbre loi relative aux libertés et responsabilités des universités, dite loi Lru ou encore loi Pécresse ; loi que le gouvernement actuel ne fait que prolonger, voire selon certains commentateurs, renforcer. cela nous paraît indéniable.
 
Mais que cette loi ou, tout du moins, qu’une réforme de ce type ait été rendu nécessaire par la situation catastrophique de l’université, qu’il fallait comme l’a dit et répété Valérie Pécresse (et aujourd’hui Fioraso), sauver l’université d’elle-même, parce qu’elle était devenue totalement incapable de se rendre attractive auprès de bacheliers puis d’étudiants qui feraient tout pour l’éviter, parce qu’elle serait aujourd’hui envahie par des hordes d’étudiants mal formés et mal informés, parce qu’elle réunirait en son sein des enseignants et des enseignants-chercheurs sans motivation ni ambition, parce que, de fait, elle associerait des taux d’abandon ou d’échec incomparablement plus élevés qu’ailleurs et des taux d’insertions incomparablement plus faibles, et bien cela nous le contestons.
 
Cela est un discours, peut être aussi ancien que l’université elle-même, et qui alimente, justifie, conforte, génération après génération, les réformes successives dont elle fait l’objet. Il ne s’agit donc pas seulement de dire que ce discours, le discours de la crise, ou mieux (osons le mot) de la dégénérescence de l’université, est contreproductif. Il s’agit de dire qu’il est faux. Il s’agit de dire que l’université sait faire beaucoup de choses et qu’elle le fait bien, que beaucoup de bacheliers le savent et qu’ils s’y retrouvent, et que ce discours, faux mais auquel on se laisse parfois prendre, qui dénie cette réalité et disqualifie l’université, a une fonction : celle de maintenir la légitimité des moyennes et grandes écoles contre l’université, contre cette institution qui, si on le disait trop et trop fort, pourrait bien, à termes, faire un peu trop d’ombre à une partie de nos élites.
 
Romuald Bodin
Université de Poitiers (laboratoire Gresco et laboratoire PrIntemps)
 
Sophie Orange
Université de nantes (laboratoire cens)
 
1. éditions du croquant, Bellecombe-en-Bauges, septembre 2013.
2. christian Baudelot, roger Benoliel, Hubert cukrowicz et roger establet remettait déjà en cause ce topos de la « crise », dans Les étudiants, l'emploi, la crise, Paris,
maspero, 1981.
3. Joseph Fontanet, ministre de l’éducation nationale, assemblée nationale, 5 juin 1973.
4. Le Figaro.fr, 20 mars 2013.
5. assemblée nationale, 4 octobre 1968.
6. Instituts universitaires de Technologie.
7. sections de tecèhnicien supérieur.
8. sénat, 11 juillet 2007.
9. député udr, assemblée nationale, 5 juin 1973.
10. Guide repère 2013 de l’enquête condition de vie des étudiants, oVe 2013, p.
11. romuald Bodin, sophie orange, L’université n’est pas en crise, chapitre 2.
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Universités - Julie Le Mazier: «Le mouvement est en train de prendre»...

29 Mars 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique, #Université

Universités - Julie Le Mazier: «Le mouvement est en train de prendre»...

EXTRAIT

Une douzaine de facultés sont bloquées, intégralement ou en partie, pour protester contre la réforme d’accès à l’enseignement supérieur. Spécialiste des mobilisations étudiantes, Julie Le Mazier évoque un mouvement qui manque encore de coordination, mais qui connaît une accélération.

Julie Le Mazier est docteure en science politique, auteure d’une thèse intitulée « Pas de mouvement sans AG : les conditions d’appropriation de l’assemblée générale dans les mobilisations étudiantes en France (2006-2010). Contribution à l’étude des répertoires contestataires » et chargée de cours à l’Université Paris XIII-Villetaneuse.

La spécialiste des mouvements étudiants, membre de Sud Éducation, revient pour Mediapart sur la mobilisation qui traverse les universités en France depuis quelques semaines. Les étudiants et lycéens protestent contre la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE), définitivement adoptée le 8 mars dernier. Celle-ci prévoit notamment la mise en place d’attendus, soit une liste de compétences requises pour intégrer telle ou telle filière.

Les étudiants, et lycéens, se mobilisent contre Parcoursup et la loi ORE, il y a eu accélération avec plusieurs blocages de fac, est-ce le signe que le mouvement est en train de prendre ?

Julie Le Mazier : Quelques indicateurs démontrent que le mouvement est en train de prendre. C’est toujours difficile à diagnostiquer, car nous ne sommes pas des prophètes. Néanmoins, les chiffres de participation aux assemblées générales ces derniers jours sont importants. Ils étaient plus de 2 000 à Toulouse et Montpellier. Si on les compare avec ceux des mouvements étudiants de la fin des années 2000, on se rapproche des chiffres de la mobilisation contre le Contrat première embauche (le CPE) en 2006 avec des étudiants et professeurs qui débordaient des amphithéâtres. Les blocages qui commencent sont aussi un signe à prendre en compte.

La seule chose fragile en revanche, c’est que le mouvement est circonscrit à certaines villes. Toulouse s’est mobilisée d’abord en raison du projet de fusion. Les violences à Montpellier ont aussi motivé les étudiants. Cela va-t-il essaimer ? Impossible de le déterminer pour le moment, mais si elles restent isolées cela risque d’être compliqué de maintenir le mouvement. Il n’y a pas eu de grosse manifestation réunissant à la fois lycéens et étudiants. Même si celle du 1er février était relativement importante pour une première. La deuxième a stagné en raison de différents facteurs aussi différents que le choix de dates très rapprochées, à cinq jours d’intervalle, la neige et surtout le manque d’informations. Les lycéens étaient confrontés à Parcoursup avec tout le stress que cela génère. Il leur fallait avoir de bonnes notes pour leur dossier.

Si cela gagne les universités, c’est aussi parce qu’on connaît mieux les contours de la réforme de la licence avec la question de la compensation qui disparaîtrait ou la fin du rattrapage de la deuxième session. Les syndicats étudiants font aussi leur travail d’information.

Les ingrédients sont-ils réunis pour une forte mobilisation sachant que la nouvelle loi touche directement les lycéens et les futurs étudiants ? Qu’est-ce qui permet de pérenniser un mouvement ?

D’abord, il faudrait que les différentes universités se coordonnent avec des journées de manifestation communes qui auraient un retentissement médiatique plus fort. Cela peut s’inscrire dans le cadre d’une coordination nationale ou grâce à l’entremise des syndicats. Quelques-unes ont eu lieu mais cela n’a pas eu beaucoup d’écho.

Pendant la lutte contre le CPE, pendant les congés de février, 10 000 étudiants ont occupé la gare de Rennes. Il y avait eu une grande assemblée générale puis une manifestation. Les leaders de la grève étudiante ont profité des vacances scolaires pour faire la tournée des établissements parisiens et dans les alentours pour chauffer les troupes. Il fallait alors élargir le champ des possibles des étudiants et leur montrer que ça valait le coup de s’engager. Chaque AG débutait par une liste des facs en grève pour créer un effet d’entraînement. Cela n’aurait pas fonctionné s’ils avaient continué à mener des actions minoritaires avec des collectifs militants.

Aujourd’hui, il y a des lycéens et étudiants qui ne sont pas informés. Cela dépend aussi des universités et de l’inventivité des collectifs militants qui proposent plus ou moins de choses. Les cours alternatifs peuvent inciter les étudiants à venir quand même à l’université. La dimension conviviale entre aussi en ligne de compte. Les grévistes vont tisser des liens d’amitié et apprendre à vivre au rythme des ateliers de confection de banderoles ou d’affiches. Cela peut être anodin mais comme cela ne requiert pas de compétences particulières, cela peut permettre aux moins politisés de se sentir intégrés au sein d’un projet collectif. Il faut aussi qu’il y ait des cortèges pour aller en manifestation. Personne n’ira jamais seul.

Y a-t-il des formes d’action reproduites de mouvement en mouvement ?

Le milieu étudiant se renouvelle chaque année. Il est frappant d’observer qu’il y a une continuité dans les modes d’action que ce soit en 1968, 2006, 2010 ou 2016 avec des blocages, des occupations d’universités, des assemblées générales et des manifestations. Des traditions se perpétuent, car le début d’un mouvement est initié par des militants qui ont déjà l’habitude de le faire ou qui appartiennent à des organisations qui perpétuent cette mémoire de lutte. Ils expliquent par exemple l’importance des AG ou pourquoi les grèves des cours sont nécessaires pour éviter que seuls les grévistes ne soient pénalisés.

Pourquoi les jeunes mobilisés sont-ils les bêtes noires des dirigeants politiques ?

Ces mouvements font peur aux dirigeants, car ils sont moins contrôlables. Les syndicats étudiants sont moins reconnus par les politiques que ceux de salariés. Les jeunes réclament souvent tout ou rien, il n’y a pas de levier de négociation. Si vous mettez plein de jeunes dans la rue, ils courent, ils débordent. La peur de la jeunesse est structurelle dans les sociétés. Elle se radicalise aussi plus vite et facilement car elle a moins d’attaches, pas de famille, pas d’emploi. Elle peut ne pas avoir peur de finir en garde à vue par exemple.

Par ailleurs, quand une partie d’une classe d’âge vit une grève, elle se politise. Les soixante-huitards ne se contentent pas d’avoir fait Mai-68. Les anonymes ont poursuivi la contestation à différentes échelles. Cela produit des conséquences sur le long terme. Cette mémoire existe chez les gouvernants, car cela peut être dangereux de ne pas contenter la jeunesse. Alain Devaquet a été contraint de démissionner après la mort de Malik Oussekine en dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986. Vingt ans plus tard, Dominique de Villepin a vu sa carrière politique ruinée par le CPE.

(...)

Propos recueillis par Faïza Zerouala

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Témoignage coup de poing d’un universitaire en grève à Clermont-Ferrand...

26 Mars 2018 , Rédigé par France Net Info Publié dans #Education, #Université

Témoignage coup de poing d’un universitaire en grève à Clermont-Ferrand...

Découvrez le Témoignage coup de poing d’un universitaire en grève à Clermont-Ferrand qui en marre que le gouvernement sous prétexte d’améliorer l’entrée à l’université instaure la sélection à l’entrée. Sans concertation aucune avec le monde universitaire on impose une modalité d’inscription encore plus ingérable que la précédente. Des milliers de lycéens vont se retrouver sur la touche. Intolérable !

Y en a marre plus généralement de cette administration centrale formée à l’ENA ou à Science po qui ne cesse de pondre des règlements absurdes pour réguler une université dans laquelle ils n’ont jamais mis les pieds. Inadmissible !

Y en a marre que les enseignants-chercheurs se fassent élire à la tête des universités et des conseils de fac sur des programmes de maintien du service public et se comportent, dès qu’ils sont élus, comme des petits chefs zélés faisant appliquer à toute force des réglementations qui cassent le service public. Honteux !

Y en marre de l’indigence des ressources humaines. Un universitaire se plaint de harcèlement auprès de sa DRH demande la protection juridique en novembre, en mars on lui répond, par oral, que la meilleur solution est encore qu’il se fasse arrêter ! Consternant !

Y en a marre que des gestionnaires aient pris le contrôle de l’administration des universités. Marre d’être pris pour des voleurs et des fraudeurs qui doivent sans cesse remplir une paperasse toujours plus importante alors que les frais remboursés sont toujours plus maigres et les délais de remboursements toujours plus long. Marre aussi de vivre dans la seule organisation où l’on demande de ne plus engager aucun frais à partir du 15 novembre pour pouvoir établir le bilan comptable ! De qui se moquent-on ? Est-ce que l’on demande aux cadres de Michelin d’arrêter toute dépense pour des raisons comptables ? Délirant !

Y en a marre de voir cette logique quantitative s’imposer partout. Peu importe si les étudiants sont ou non satisfaits de leur formation. Peu importe, si ils ont les outils intellectuels et pratiques pour mener à bien leur projet de vie. Peu importe si des liens sont noués avec le territoire et les acteurs locaux. Non la seule chose qui compte c’est : un, réduire les coûts et deux, remplir au maximum les formations ! On transforme ainsi un service public formant à l’intelligence critique en une machine à fabrique des chômeurs. Stupide !

Y en a marre aussi de la lâcheté des universitaires. Les premiers à râler dans les couloirs, les premiers à protester dans les repas privés, les derniers à manifester dans la rue, les dernier à contester dans les différents conseils où ils sont présents. Insupportable !

Y en a marre surtout de voir des étudiants en souffrance qui n’ont aucune infirmière prés de le leurs lieux de cours et ne peuvent se confier, en tout et pour, qu’à un seul docteur. A Clermont, une docteure en médecine préventive pour 40 000 étudiants. Scandaleux !

Y en a marre toujours de voir de plus en plus d’étudiant se prostituer ou faire des boulots de merde pour payer leurs études, leurs loyers et leurs nourritures. Pas assez de logements universitaires, de livres dans les bibliothèques, d’assistantes sociales. Indigent !

J’en ai marre. Je suis cuit, vidé, épuisé. Plus de souffle, plus d’énergie sauf celle de la colère. Le désespoir me gagne : je ne sais plus ni quoi ni comment faire pour éviter que le plus beau métier du monde ne se transforme en la plus absurde des professions de l’univers.

Eric Dacheux

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Intolérables violences, très "organisées", à la Faculté de Droit de Montpellier! Les images et témoignages...

23 Mars 2018 , Rédigé par France 3 Publié dans #Education, #Politique, #Université

Montpellier : des étudiants occupant la fac de Droit passés à tabac par des hommes cagoulés

Scène d'une grande violence, la nuit dernière à la faculté de Droit de Montpellier. Plusieurs étudiants occupant les locaux ont été agressés par une douzaine d'hommes cagoulés. Les forces de l'ordre sont intervenues vers 1h du matin. Plusieurs jeunes sont hospitalisés.

Vers minuit et demi, selon les témoignages, une bande de 10-15 personnes cagoulées a agressé les manifestants. Armés vraisemblablement de matraques ou de bâtons, visibles sur les images postées sur les réseaux sociaux, les hommes ont visiblement tenté de faire évacuer les locaux de force.

Résultat: plusieurs étudiants blessés, selon notre reporter, Caroline Agullo, qui était sur place. Certains ont été transportés à l'hôpital.

Qui sont les agresseurs?

Pour l'instant, rien ne filtre de l'enquête de la police mais certains étudiants présents accusent le doyen de la faculté de droit de Montpellier d'avoir commandité cette évacuation forcée.
Joint par France 3, Philippe Petel s'est défendu d'être à l'origine de cette attaque, mais insiste également sur la nécessité qu'il y avait à faire évacuer les lieux.

Ecoutez cette étudiante présente lors de l'agression. Elle est au micro de Caroline Agullo. Elle a les mains en sang après avoir tenté de dégager un étudiant attaqué et coincé sous une grille.

Réponse du doyen de la faculté de Droit, accusé par les étudiants d'avoir pour le moins facilité l'accès de l'université aux hommes armés et cagoulés.

Sylvie Bonnet

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La réforme Macron de l’université.. Analyse/La Vie des Idées...

21 Février 2018 , Rédigé par La Vie des Idées Publié dans #Education, #Politique, #Baccalaureat, #Université

La réforme Macron de l’université.. Analyse/La Vie des Idées...

EXTRAITS

Alors que l’université accueille les enfants de la démocratisation scolaire, la réforme Macron permet aux établissements d’enseignement supérieur de sélectionner leurs étudiants. Défendant l’université comme lieu de formation et de recherches, S. Beaud et M. Millet invitent à s’interroger sur le sens de la poursuite d’études dans une société démocratique.

Au moment où commencent les choses sérieuses, à savoir la mise en place concrète de la loi ORE (Orientation et Réussite des Étudiants) qui, à travers la production par chaque formation universitaire de prérequis (appelés « attendus »), remet en cause le principe sacré de la liberté d’accès à l’université de tous les bacheliers de France et de Navarre [1], ce texte souhaite revenir sur certains enjeux de cette réforme qui semblent insuffisamment évoqués dans les débats en cours. Celle-ci est en effet historique dans la mesure où, depuis l’échec du projet Devaquet de 1986, toute idée de sélection à l’université a été exclue par les gouvernements de notre pays. Or cette loi, malgré ses précautions sémantiques, vise à faire sauter ce verrou et entrer l’université française dans une nouvelle ère.

Au delà des questions pratiques, bien sûr importantes, que pose le pilotage de cette réforme et de la situation actuelle de l’université, affaiblie par la conjonction de 10 ans de LRU, de disette budgétaire et de plusieurs décennies d’accroissement des effectifs étudiants, il apparaît essentiel de replacer au cœur des débats la réflexion sur la fonction sociale de l’université en France. Depuis 30 ans, il a été assigné à la plupart des formations universitaires (hormis le secteur de Médecine/Pharmacie, protégé par le concours de fin de première année) la fonction d’accompagner, le plus souvent avec les moyens du bord, le puissant mouvement de poursuite des études issu de ce qu’on a coutume d’appeler la « seconde explosion scolaire » [2] (Chauvel, 1998). Aussi l’université a-t-elle été avec les STS [3], de tous les segments de l’enseignement supérieur, celui qui a accueilli la plus forte proportion des « enfants de la démocratisation scolaire » (Beaud, 2002) issus de la politique des 80 % au bac décidée par J.-P. Chevènement en 1985. La loi ORE vise clairement à rompre avec cette mission. Elle donnera sans doute satisfaction à tous les partisans du tour de vis qui espèrent ainsi pouvoir choisir (enfin) leur public. Mais elle laisse en suspens, dans le flou ou le non-dit, la question - décisive à nos yeux - du sens et de la forme que doit prendre la dynamique de poursuite d’études supérieures pour les nouvelles générations de bacheliers, appelée par l’économie de connaissance qui est celle désormais des pays développés.

(...)

...  la loi ORE - tant sur sa forme, brutale, que sur le fond - procède essentiellement d’un regard d’en haut sur l’université qui est lui-même intimement lié à l’« élitisme républicain » (Baudelot, Establet, 2009) dont on peut souligner qu’il imprègne de part en part les premiers mois de la Présidence Macron. La priorité est accordée à la promotion de filières d’excellence comme fer de lance de la start up nation qui se conjugue avec l’abandon de toute conception progressiste et démocratique de l’université.

La mise en place de la loi ORE ne manquera pas, à terme, d’avoir de profonds effets structurels, déjà inscrits dans la loi LRU (2007) : une nouvelle hiérarchisation des universités et des filières, une tendance à leur polarisation, sans compter un sérieux coup de pouce pour le secteur privé du supérieur qui pourrait s’engouffrer un peu plus [14] dans les brèches ouvertes par le flou institutionnel (voir Graphique 5) et les très probables, et durables, dysfonctionnements de l’usine à gaz qui s’annonce dans ce secteur stratégique de la première année post-bac, à l’université.

Sans compter que cette réforme du premier cycle universitaire, en instaurant une sélection à l’entrée de l’université, feint de ne pas voir deux processus essentiels qui lui sont associés. D’une part, sa mise en œuvre pratique a de fortes chances de finir de détruire l’investissement dans leur métier de personnels administratifs sous-payés et d’enseignants-chercheurs soumis à rude épreuve depuis la mise en place de la LRU, devant faire face à une criante pénurie de moyens. D’autre part, cette réforme, en rompant avec la fonction sociale objectivement assignée depuis 30 ans au premier cycle universitaire - celle d’amortisseur social de la crise, de régulation de la longue transition professionnelle des bacheliers « moyens » - ne dessine aucune perspective d’avenir aux futurs refusés à l’entrée de l’université. Parce que cette réforme fait payer aux nouveaux étudiants les conséquences de politiques d’ouverture inconséquentes, jamais accompagnées ni assumées jusqu’au bout, cette politique de sélection à l’entrée dans l’université ne débouche, pour eux, sur aucun autre horizon que celui du précariat et de la galère.

Stéphane Beaud et Mathias Millet

Stéphane Beaud & Mathias Millet, « La réforme Macron de l’université », La Vie des idées , 20 février 2018. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-reforme-Macron-de-l-universite.html

A lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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CP à 12 et Parcoursup... A force de raconter n'importe quoi...

20 Février 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique, #Université

CP à 12 et Parcoursup... A force de raconter n'importe quoi...
A force de raconter n’importe quoi sur ce qui s'est fait entre 2012 et 2017,  les "observateurs", volontairement ou pas, ont préparé les esprits :
 
- à recevoir comme magique une mesure démagogique et imposée sans discussion.
 
Alors que les cours préparatoires à 12 pour 2000 classes, en déshabillant toutes les autres sans que personne ne se demande ce que deviennent ces gamins une fois qu’ils rejoindront brutalement des CE2 à 28, vont entraîner des catastrophes.
 
- à accepter une réforme de l’université qui acte la fin du droit d’accéder à l’université.
 
Parce que "quand même  c’est toujours mieux que le tirage au sort!" ... sauf que le tirage au sort n’a jamais concerné, si ce n'est de manière totalement exceptionnelle et de plus en plus périphérique ,  que deux ou trois filières particulièrement demandées , par des étudiants grosso modo du même niveau (Staps, psycho...) alors que la réponse  apportée par le Gouvernement Philippe, elle, va bel et bien restreindre l’accès à TOUTES les filières.
 
Christophe Chartreux
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Blanquer casse-t-il le lycée et l’université ? (Mediapart/Videos émission du 7/02/2018)

8 Février 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique, #Université

Invitées :

Sylvie Plane, linguiste et ancienne vice-présidente du Conseil supérieur des programmes
Valérie Philippeau, professeure d'histoire-géographie en terminale
Christine Jarrige, psychologue de l’éducation nationale
Leïla Frouillou, maîtresse de conférences en sociologie à l'université Paris Nanterre

À lire :

Les risques de la future réforme du bac et du lycée
La réforme du bac amorce la refonte du lycée
A Paris, les manifestants défilent contre «un système d'éducation à plusieurs vitesses»

Invités :

Rachid el-Guerjouma, président de l’université du Mans
Annabelle Allouch, sociologue, auteure de La Société du concours
Lilâ Le Bas, présidente de l’Unef
Annliese Nef, maîtresse de conférences en histoire à Paris I-Université Panthéon-Sorbonne

À lire :

Face à Parcoursup, les lycéens entre interrogations et angoisses
Des enseignants contestent toujours la réforme de l’universit
Notre dossier complet sur l'université

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Parcoursup... Un point de vue...

8 Février 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Parcoursup, #Université

Parcoursup... Un point de vue...

Parcoursup: le dernier combat

(...)

1. La plateforme Parcoursup, c’est l’arbitraire d’une prédiction d’orientation définie par des enseignant.e.s de Terminale désorienté.e.s; c’est l’inégalité sociale d’un bonus accordé à celles et ceux qui disposent d’un patrimoine extra-scolaire, social ou culturel ; c’est un dispositif qui favorise celles et ceux qui en maîtrisent les codes. Jeu de piste ou loterie : la plus grande réussite de Parcoursup est de vous désorienter. Et pourquoi donc ?

2. L’objectif de Parcoursup et son monde (Loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants, dite loi ORE, réforme du bac et du lycée) est de créer un grand marché dérégulé de l’éducation. Ce marché est déjà en place. Chers parents, chères lycéennes et chers lycéens, des dizaines d’officines privées sont prêtes à vous piller et remplaceront très bientôt les conseillers d’orientation, lesquels sont gratuits. L'une d'entre elle propose de choisir entre une formule Inspiration (320 euros) et une formule Sérénité (560 euros). Pour 810 euros il existe même une option « inscription internationale »**. Le rêve du patronat va s’accomplir : que les étudiants payent leur propre orientation, leur formation – l’augmentation des droits d’inscription est programmée - et au final, pourquoi pas, payent pour travailler !

3. Parcoursup est la négation du libre choix pour chaque jeune de définir son avenir professionnel, de se réorienter ou encore du droit –parfaitement légitime ! - de ne pas savoir à 17 ans quelle voie professionnelle il/elle souhaite emprunter.

4. La conséquence mécanique de Parcoursup, c’est la guerre à tous les niveaux : guerre entre lycéen.ne.s pour accéder aux meilleurs formations, guerre entre formations, entre universités et entre établissements secondaires, entre public et privé, entre pauvres et riches ; mais aussi tensions entre profs et élèves, entre enseignants et entre parents et profs de terminale. Et guerre entre enseignants-chercheurs pour devenir ou ne pas devenir des bureaucrates de la sélection.

5. Tout est déjà en place que pour que la sélection à l’entrée de l’université s’institutionnalise. Après des années de réductions budgétaires et de dégradation des conditions de travail, les universitaires sont majoritairement favorables à la mise en place d’une sélection qu’ils considèrent à tort comme un remède à leurs difficultés ; les présidents d’université y poussent ; les conseils d’administration des universités, chambres d’enregistrement dominées par des membres extérieurs et des majorités présidentielles, valideront capacités d’accueil et attendus.

6. Les réformes Macron-Vidal-Blanquer ont une systématicité et s’imposent dans une stratégie du choc. Réforme du Bac (bac spécifique à chaque lycée = bac maison), réforme du lycée (lycée "modulaire"), loi ORE et politique de réduction du nombre de fonctionnaires participent d’une même logique : la défonctionarisation de l’éducation et de l’enseignement supérieur et leur entrée dans le secteur concurrentiel privé. La stratégie de l’empilement des réformes et leur imposition sans concertation - et en dehors de tout cadre légal pour ce qui est de la loi ORE - visent à empêcher les mobilisations et toute contestation démocratique.

7. Si les réformes Macron-Vidal-Blanquer s’imposent, les syndicats réformistes, que ce soit le Sgen-CFDT pour les personnel ou la Fage pour les étudiants, auront une responsabilité historique dans la mise en œuvre d’une politique de ségrégation sociale et de destruction de la fonction publique. Ils veulent débattre et pourquoi pas négocier le poids des chaînes, alors qu’il faut se battre et ne rien céder. Ils n’ont pas encore compris que Macron, c’est la politique de Sarkozy, avec le sourire et la com’ en plus.

8. Mener le combat contre la sélection, c’est défendre la justice sociale, la démocratie et le libre accès au savoir. C’est aussi refuser que les compétences se substituent partout aux connaissances, c’est refuser que les formations soient calibrées en fonction des besoins du patronat, vieux rêve de la droite que Macron-Vidal vont exaucer. C’est défendre le principe que la connaissance n’est pas une marchandise, que l’accès au savoir est un droit humain fondamental et qu’à cette fin, l’Université publique doit être soutenue et doit rester ouverte à tous les bacheliers. C’est essentiel pour l’égalité des chances, pour le progrès social, mais c’est aussi fondamental pour l’université elle-même dont les fondements ont été évidés par dix années de réformes néolibérales et les valeurs à peu près réduites à néant. Selon Sophie Orange et Romuald Bodin, dans un article important qu'on peut lire ICI, "APB et Parcoursup partagent le fait d'être des outils pensés par et pour les milieux sociaux les plus favorisés et risquent donc de produire la désorientation des moins favorisés là où il était censé la réduire".

9. Dans une importante « Recommandation concernant la science et les chercheurs scientifiques » la Conférence générale de l’UNESCO réunie à Paris au mois novembre 2017, liait étroitement la valeur de la recherche à celle des scientifiques eux-mêmes, dont l’accomplissement des tâches exige « des qualités d'intégrité et de maturité intellectuelle, alliant d'éminentes qualités intellectuelles et le respect des principes éthiques ». Aussi l’UNESCO recommande-t-elle ceci aux États membres :

« faire en sorte que tous leurs ressortissants, sans distinction de race, de couleur, d’ascendance, de sexe, de genre, d’orientation  sexuelle, d’âge, de langue natale, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale, ethnique ou sociale, de condition économique ou sociale de naissance, ou de handicap, jouissent des mêmes possibilités d'acquérir une éducation et une formation initiales leur offrant les qualifications nécessaires aux carrières dans la recherche et le développement, et que tous ceux qui ont acquis cette aptitude jouissent de la même possibilité d'accès aux  emplois existants dans la recherche scientifique. »

Ce que les universitaires ne mesurent pas encore, c’est que derrière l’accès à l’université pour les bacheliers se joue aussi l’accès à l’emploi scientifique et le statut même des fonctionnaires, le statut des enseignants-chercheurs que Pécresse n’avait pas réussi à casser en 2009 et que Macron entend remettre en cause. Quand les universitaires se rendront compte de ce qui se joue là, ce sera trop tard. 

10. Parcoursup n’est pas qu’un dispositif technocratique. Cette plateforme porte en elle un modèle de société. Ce modèle - qui est celui de la compétition, de la concurrence et de la sélection – est mortifère pour toute civilisation.

Pascal Maillard

Le 7 février 2018

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