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Vivement l'Ecole!

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Le salaire étudiant existe en Europe et aurait déjà pu exister en France...

20 Novembre 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Education, #Université

Le salaire étudiant existe en Europe et aurait déjà pu exister en France...

Dans le message qu'il a laissé, l'étudiant qui s'est immolé par le feu a indiqué soutenir l'instauration d'un «salaire étudiant». Une revendication à peine commentée tant elle est jugée irréaliste.

Toujours dans le coma, dix jours après s'être immolé par le feu devant le Crous de Lyon, A., étudiant en sciences politiques, avait indiqué dans un texte largement partagé sur les réseaux sociaux qu'il s'apprêtait à «commettre l'irréparable» car il n'en pouvait plus de «survivre» dans la précarité. «Je reprends une revendication de ma fédération de syndicats aujourd'hui avec le salaire étudiant [...]», indiquait aussi le jeune homme de 22 ans dans ce message.

En mai 2018, la fédération de syndicats Solidaires étudiant-e-s dans laquelle il était très investi avait lancé un appel européen en ce sens aux côtés de l'Union syndicale étudiante (USE) en Belgique et de SUD étudiant-e-s et précaires en Suisse: «Nous exigeons un salaire étudiant, prenant effet dès la fin de la scolarité obligatoire, et permettant à la fois d'offrir une autonomie réelle aux personnes en formation, en les libérant de la tutelle étatique, familiale et/ou patronale, mais permettant aussi, et surtout, de reconnaître socialement le travail qu'ils/elles font et ont toujours fait, sur leurs lieux de formation», faisait valoir le texte.

L'Unef défend depuis des années une idée semblable sous l'appellation «allocation d'autonomie».

Être payé·e pour étudier; la piste trouve malgré tout peu d'écho en France et ne semble pas inspirer les politiques. Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a cependant proposé après le drame de Lyon la mise en place d'une «allocation d'autonomie» pour les étudiant·es, dans la lignée de sa promesse lors de la campagne présidentielle de 2017 de leur allouer 800 euros par mois.

Au Danemark, les études rémunérées

Cette idée de prime abord révolutionnaire est déjà une réalité dans certains pays scandinaves comme le Danemark. Comme tou·tes ses compatriotes, Thomas Kobber Panum, actuellement en doctorat à l'université d'Aalborg, dans le nord du pays, a ainsi reçu quelque 5.800 couronnes danoises (environ 750 euros) par mois pendant six ans. «Si l'on vit à Copenhague, il n'est pas possible de subvenir à ses besoins avec cette somme. Mais dans une ville comme Aallborg, la quatrième plus grosse ville du pays, cela permet de payer le loyer et la nourriture», raconte-t-il.

La seule condition pour être éligible à cette aide appelée «Statens Uddannelsesstøtte» (SU, «Soutien à l'éducation publique») est d'être inscrit·e à un cours d'enseignement supérieur. La situation financière de l'étudiant·e ou de celle de ses parents n'est pas prise en compte, et la personne ne perçoit l'intégralité de la somme que si elle ne vit pas chez ses parents. Par ailleurs, tou·tes les bénéficiaires de la SU ont accès à un prêt mensuel («SU-lån»), là encore indépendamment de leur situation financière. Selon l'OCDE, le pourcentage d'étudiant·es bénéficiant d'une aide financière au Danemark était de 83% en 2017-2018. Un taux comparable à celui de la Norvège (90%), la Suède (89%) et supérieur à celui de la Finlande (58%).

«Le Danemark est plus ou moins la définition même d'un État-providence, et cela rend chacun très responsable.»

Thomas Kobber Panum, doctorant au Danemark

Dans le cas de Thomas Kobber Panum, cette aide a sans doute été décisive: «Je viens d'une famille issue de la classe ouvrière dans laquelle je suis un des premiers à aller à l'université. Je suis actuellement en doctorat et je ne sais pas si mes parents auraient eu les moyens de me donner ce niveau d'éducation», confie-t-il. Pour lui, ce système «fantastique» participe de «la richesse de la société danoise». «Je pense que tous les pays développés devraient y aspirer car cela supprime efficacement toutes les barrières socio-économiques», suppose-t-il.

Dans un article intitulé «Pas de salaire pour étudier» publié quelques jours après le geste désespéré de l'étudiant de Lyon 2, un éditorialiste des Échos estimait: «La revendication d'un salaire étudiant qui pointe derrière les revendications de ceux qui instrumentalisent ce drame de la précarité est une manière de déresponsabiliser les jeunes.»

«Le Danemark est plus ou moins la définition même d'un État-providence, et cela rend chacun très responsable vis-à-vis de tous les services fournis par une telle société», affirme, pour sa part, Thomas Kobber Panum.

En tant que citoyen danois, il relève tout de même plusieurs inconvénients à ce système, à commencer par son coût pour la société «même si cela est bénéfique à long terme». Mais le plus gros désagrément, selon lui, est «l'afflux d'étudiants européens qui viennent bénéficier de ces aides et repartent aussitôt leurs études finies».

Autrefois débattu à l'Assemblée nationale

Dans son rapport «Regards sur l'éducation 2019», l'OCDE résume ainsi la stratégie des pays nordiques (Danemark, Finlande, Norvège, Suède) en matière d'enseignement supérieur: «frais de scolarité nuls et aides généreuses aux étudiants». Pour la France (mais aussi la Belgique, l'Italie ou la Suisse), l'approche est ainsi présentée: «frais de scolarité peu élevés ou modérés, et systèmes d'aide aux étudiants moins développés».

Ce choix de société a bien failli être différent en France. «La rémunération étudiante est un projet politique qui a perdu de l'audience aujourd'hui mais ce n'était pas le cas après-guerre. Même des étudiants gaullistes soutenaient cette idée», explique Aurélien Casta, chercheur associé à l'IDHES (Université Paris Nanterre) et auteur de Un salaire étudiant: financement et démocratisation des études. Après 1945, plusieurs organisations de jeunesse, comme l'Unef, ou de salarié·es prennent en effet position en faveur d'un «salaire» étudiant ou d'une «allocation d'études».

«Il est inenvisageable de rémunérer les étudiants parce qu'on les pense comme des investisseurs.»

Aurélien Casta, chercheur associé à l'IDHES

«Une proposition de loi en ce sens a d'ailleurs été à deux doigts d'être adoptée en 1951», relate le chercheur. La commission de l'Éducation nationale de l'Assemblée nationale avait ainsi adopté à l'unanimité le rapport Cayol en faveur d'une rémunération étudiante. Lors des débats en séance plénière, le ministre de l'Éducation nationale Pierre-Olivier Lapie (SFIO) souligne «la part d'inconnu du projet» tandis que le ministre des Finances, Edgar Faure, affiche sa réticence. Les député·es finissent par voter le renvoi en commission des Finances, qui enterrera la proposition.

Le contexte n'a, par la suite, pas été favorable à un tel projet: «En France, la théorie du capital humain a gagné en influence depuis vingt ans. Dans ce fonctionnement, il est inenvisageable de rémunérer les étudiants parce qu'on les pense comme des investisseurs: ils étudient pour avoir une meilleure rémunération future», analyse Aurélien Casta.

La rémunération plus égalitaire que la familiarisation des aides

Le projet d'instaurer une rémunération étudiante peut-il néanmoins refaire surface? «L'idée circule dans le cercle d'élaboration des politiques publiques», relève Tom Chevalier, chercheur au CNRS, spécialiste des politiques publiques en direction des jeunes et auteur de La jeunesse dans tous ses États qui qualifie même le projet de «serpent de mer».

Ainsi, en 2010, le think tank Terra Nova avait plaidé, dans un rapport, pour la mise en place d'un «capital de formation», conjuguant allocation et prêt contingent, garantissant un revenu universel de 600 euros par mois pendant toute la durée des études. «Le soutien familial est un facteur important d'inégalités et ne peut garantir une réelle émancipation en direction de la jeunesse», faisait valoir le rapport.

Pour Tom Chevalier, c'est le cœur du sujet: «Contrairement aux pays nordiques où il y a une individualisation des prestations sociales auxquelles les jeunes accèdent à partir de 18 ans, la France a fait le choix de la familiarisation des aides dont l'attribution dépend des revenus des parents.» Un héritage de la tradition catholique qui privilégie la solidarité familiale et qui explique que l'âge requis pour être éligible au RSA, par exemple, soit 25 ans.

«L'instauration d'une rémunération étudiante améliorerait assurément la précarité étudiante et l'égalité des chances dans l'accès à l'enseignement supérieur, estime Tom Chevalier. Cela nécessiterait de ré-allouer l'ensemble des dispositifs d'aides familiales avec nécessairement des gagnants et des perdants.» Si, selon lui, le coût financier serait plutôt moindre qu'une mesure comme la suppression de la taxe d'habitation par exemple, le coût politique serait réel.

Ainsi que le souligne Aurélien Casta, si la rémunération étudiante est qualifiée d'«utopie», c'est par ses adversaires.

Alcyone Wemaëre

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Etudiants : les mesurettes du gouvernement ...

20 Novembre 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Etudiants : les mesurettes du gouvernement ...

Réagir vite pour tenter de déminer. Onze jours après la tentative de suicide par le feu d’un étudiant lyonnais, brûlé à 90 % et toujours dans un état critique, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé mardi deux mesures qui paraissent, sinon cosmétiques, assez superficielles au regard des enjeux de précarité étudiante. Toute revalorisation des bourses, pourtant première demande des syndicats étudiants, a été balayée.

1- Un numéro d’appel pour les étudiants en situation d’urgence

Ce numéro vert devrait favoriser le recours aux «aides d’urgence», qui existent déjà mais ne sont pas toutes utilisées. «Il reste chaque année un peu plus de 15 millions d’euros», a précisé la ministre sur RTL mardi matin. A peine 50 000 demandent à bénéficier des aides d’urgence, alors que 125 000 étudiants seraient en situation de précarité selon l’enquête de l’observatoire de la vie étudiante. Avec ce numéro vert, promet la ministre, les jeunes pourront «prendre un rendez-vous», «avoir accès à une assistante sociale». La première aide est ponctuelle, versée en cas de difficultés momentanées pour un montant maximal de 1 669 euros. Elle peut s’ajouter aux bourses sur critères sociaux. Selon la Présidente du premier syndicat, la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), il s’agirait surtout de «renforcer la manière dont ces aides sont attribuées et les ressources en personnel pour gérer ces situations. [L’étudiant qui s’est immolé] en connaissait l’existence. Est-ce que le traitement des demandes est trop long ? Les critères d’attribution trop complexes ?»

Toutefois, la ministre a balayé la revalorisation des bourses réclamée par les syndicats étudiants. «On sort de plusieurs années de gel des bourses. Le gouvernement dit qu’il a déjà revalorisé les bourses cet été, mais c’était inférieur à l’inflation : nous on demande 20 %, pas 1 %. [L’exécutif] n’est pas à la hauteur du sujet», juge Mélanie Luce, présidente de l’Unef.

2- Instaurer la trêve hivernale dans les logements du Crous

«On va faire en sorte que la trêve hivernale s’applique dans les cités universitaires dès à présent», a promis la ministre. Jusqu’ici, les chambres universitaires, parce qu’elles appartiennent au domaine public, ont en effet un statut dérogatoire du droit commun. Pour ceux qui sont hébergés en résidence Crous, la trêve hivernale, suspendant les expulsions du 1er novembre au 31 mars, ne s’appliquait pas. Combien d’étudiants se retrouvent ainsi expulsés ? Il n’existe pas de chiffre précis. La Fage évoque «quelques cas». Pour les syndicats, cette mesure est mineure au regard de la crise du logement étudiant, avec l’envolée des loyers et des centres-villes de plus en plus accaparés par Airbnb. Mélanie Luce : «C’est une revendication qu’on portait depuis longtemps, mais ça reste insuffisant.»

Marie Piquemal et Kim Hullot-Guiot

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Le gouvernement supprime 35 millions d'euros dans le budget de la vie étudiante...

19 Novembre 2019 , Rédigé par Public Senat Publié dans #Education, #Université

Pour boucler le budget 2019, le gouvernement a décidé de supprimer 35 millions d’euros de crédits réservés au financement de la vie étudiante et des bourses. Dans un contexte de précarité des étudiants, le Sénat a rétabli ce budget en adoptant un amendement PS.

Voici une décision qui ne devrait pas réjouir les étudiants. Pour boucler le budget 2019, le gouvernement a décidé de supprimer 35 millions d’euros de crédits réservés au financement de la vie étudiante. Cet argent est versé notamment aux CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires), et finance les bourses aux étudiants. Ce coup de rabot s’inscrit dans une annulation globale de 322 millions d’euros réservés au budget de l’enseignement supérieur. 

Le Sénat rétablit le budget de la vie étudiante 

Alors que la colère des étudiants monte contre la précarité, après la tentative de suicide d’un étudiant lyonnais, les sénateurs ont vivement dénoncé cette mesure et ont rétabli le budget de 35 millions d’euros réservé à la vie étudiante, grâce à l’adoption d’un amendement socialiste. Un amendement communiste similaire était défendu.

« Une annulation incompréhensible » pour le sénateur Pierre Ouzoulias

Pour le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, « cette annulation est incompréhensible. Elle prive les CROUS qui ont les plus grandes difficultés à aider les étudiants. Cet argent aurait permis la réalisation de dispensaires de santé dans les universités », explique le sénateur, également universitaire. « En 2 ans, 100 millions d’euros de crédits ont été annulés. Les ministres Vidal et Attal assurent que le gouvernement agit depuis 2 ans pour les étudiants. Surtout qu’ils arrêtent d’agir! »

« En 2020, ces crédits augmenteront de 70 millions d’euros » rassure le ministre Olivier Dussopt

Le secrétaire d’Etat Olivier Dussopt a répondu aux sénateurs : « Il y avait 76 millions d’euros de crédits en réserve pour la vie étudiante. Outre les 35 millions d’euros annulés, il y a donc un dégel de 41 millions d’euros qui vont financer les bourses, soit 54% de cette réserve. En 2020, le budget de la vie étudiante augmentera de 70 millions d’euros » a assuré le ministre.

En marge des concertations avec les syndicats étudiants, la ministre Frédérique Vidal a annoncé la création d’un numéro d’urgence pour les étudiants, mais pas des moyens supplémentaires.

L'Assemblée nationale pourra toujours revenir sur le rétablissement du budget, voté par le Sénat.

Alexandre Poussart

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"J'ai un euro par jour pour manger" : trois étudiants témoignent de leur grande précarité

14 Novembre 2019 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Université

"J'ai un euro par jour pour manger" : trois étudiants témoignent de leur grande précarité

Plusieurs centaines d'étudiants ont manifesté en France mardi aux abords d'une quarantaine de Crous et d'universités contre la précarité étudiante. Certains ont raconté à franceinfo leur quotidien fragile.

"La précarité tue." Avec ce hashtag, des centaines d'étudiants ont réagi sur Twitter après l'immolation par le feu, vendredi, d'un de leurs camarades, devant le siège du Crous, à Lyon. Brûlé à 90% et entre la vie et la mort, cet étudiant en licence de sciences politiques voulait dénoncer la précarité dans laquelle vivent de nombreux jeunes. "Même quand j'avais 450 euros par mois, était-ce suffisant pour vivre ?", s'interrogeait le jeune homme, dans un message posté sur les réseaux sociaux pour expliquer son geste.

L'université Lyon 2, où est inscrit le jeune homme, a été de nouveau fermée pour la journée, mercredi 13 novembre, après des blocages, menés dans toute la France pour protester contre la précarité. Trois étudiants racontent leurs difficultés à franceinfo.

Sophie*, 26 ans, une thèse et deux emplois 

"Pour tenter de vivre dignement, je cumule deux emplois", explique Sophie*, 26 ans, étudiante en histoire de l'art à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Comme la jeune femme ne souhaitait pas qu'on lui impose un sujet de recherche, elle a dû faire l'impasse d'un contrat de doctorante, qui aurait pu lui permettre de financer une partie de ses études. Elle ne bénéficie pas non plus de bourse. En 2016, 22,7% des étudiants interrogés déclaraient auprès de l'Observatoire national de la vie étudiante (OVE), avoir été confrontés "à d'importantes difficultés financières durant l'année".

Sophie, syndiquée depuis sept ans au sein de l'organisation Solidaires étudiant-e-s, à l'origine de l'appel national à manifester devant les Crous, travaille à la bibliothèque de son université et effectue des remplacements dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). "Je peux faire jusqu'à 40 heures par semaine, en plus de mes travaux de recherche, mais c'est variable d’un mois à l’autre". L'étudiante dit gagner entre 900 et 1 000 euros par mois. Difficile de demander de l'aide. Entre "honte" et "dignité", les étudiants veulent être ces "jeunes adultes responsables que la société attend d'eux", analyse Sophie.

Avec 680 euros de frais fixe (loyer, électricité et téléphone), il lui reste souvent moins de 300 euros pour la nourriture, les livres et l'épargne, en prévision du second semestre. Sophie économise afin de pouvoir se consacrer pleinement à ses études à partir de janvier. "En général, les étudiants qui s'auto-financent tiennent six années", confie la jeune femme. "Moi, je ne tiendrai pas plus de quatre ans. Si j'arrête avant d'avoir rendu ma thèse, j'aurai perdu toutes ces années et développé des maladies chroniques pour rien." A cause de son rythme de vie, la jeune femme souffre de fatigue et de troubles dépressifs chroniques. Selon l'Observatoire de la vie étudiante, environ 60% des étudiants interrogés en 2016 éprouvaient de la fatigue, autant souffraient de stress quand 45% évoquaient des troubles du sommeil et 32% parlaient de déprime.

Ugo, 19 ans, un euro par jour pour manger

"Je me suis fixé cette somme de 1 euro par jour pour manger, pour tenir le mois", explique Ugo, 19 ans, étudiant en deuxième année d'histoire et sociologie à Rennes (Ille-et-Vilaine). Boursier "échelon zéro bis", le plus bas de l'échelle des bourses, le jeune homme touche environ 100 euros par mois. Ses parents, qui ont aussi ses deux petites sœurs à charge, financent son appartement, car il n'est pas éligible pour une chambre au Centre régional des œuvres universitaires et scolaires, le Crous. Ugo gère le reste de ses frais fixes en alternant les pâtes, le riz et les pommes de terre. "Je compte toutes mes sorties", ajoute-t-il.

Après avoir été livreur dans diverses enseignes, le jeune homme a trouvé un emploi fixe comme agent d'escale à la gare de Rennes. Près d'un étudiant sur deux (46%) travaille en dehors de ses études, selon l'OVE. Intérimaire, son nombre d'heures est variable et il gagne entre 600 et 900 euros par mois.

J'ai peur de perdre mes aides, alors j'essaie de mettre un maximum de côté cette année, pour ensuite faire un master à Paris.Ugo, étudiantà franceinfo

Pour pouvoir travailler, Ugo bénéficie d'une "dispense d'assiduité" qui lui permet de "rater" certains cours. En contrepartie, il ne bénéficie pas du contrôle continu et joue "son année" uniquement au moment des examens de fin de semestre. Une absence que toutes les facultés ne permettent pas.

Karine*, 22 ans, endettée, a arrêté ses études

"J'étais tellement stressée et dépressive que je n'arrivais plus à aller en cours", lâche Karine, 22 ans. Prise dans un engrenage entre petits boulots, soins psychologiques et cours de sociologie à la faculté de Poitiers (Vienne), la jeune femme a tout arrêté en fin de deuxième année, en 2018.

Elle a grandi avec peu, sa mère touchant le revenu minimum d'insertion (RSA), mais l'étudiante bouclait difficilement les fins de mois avec 350 euros pour vivre. Karine cumule encore les dettes. Ses petits emplois lui faisaient manquer certains enseignements. "Quand vous êtes boursier, vous avez une obligation d'aller en cours, sinon le Crous vous demande de rembourser", explique la jeune femme qui, un an après, est toujours en litige avec l'organisme. Sollicité par franceinfo, le Crous n'a pas souhaité répondre.

Guillemette Jeannot

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressées.

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Parcoursup plante : des candidats acceptés se retrouvent en liste d'attente...

18 Mai 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Dessin de Deligne pour La Croix

Dessin de Deligne pour La Croix

Des candidats de 400 formations ont reçu par erreur une réponse favorable à leurs vœux jeudi. La faute à un problème de paramétrage selon le ministère de l'Enseignement supérieur.

C’est ce qu’on appelle un ascenseur émotionnel. Certains candidats acceptés dans certaines formations sur Parcoursup ont eu la mauvaise surprise ce vendredi matin de voir qu’ils étaient finalement sur liste d’attente, créant un tollé sur les réseaux sociaux. C’est le cas de Samantha, 19 ans, en réorientation vers un BTS Tourisme qui nous raconte : «J’ai été acceptée dans une école hier. Ce matin, je me réveille, je regarde comment ça a évolué et je vois que finalement je suis sur liste d’attente. Je suis scandalisée, je pense aussi à tous les autres candidats qui ont eu de faux espoirs comme moi. D’autant plus que j’avais appelé toute ma famille, on avait déjà commencé les démarches pour trouver un autre logement, pour quitter celui où je suis actuellement à Bordeaux et aller dans une autre ville. Comment ils ont pu laisser une telle chose arriver alors que des milliers de jeunes dépendent de cette plateforme ?»

Le problème a été décelé par le ministère de l’Enseignement supérieur jeudi en fin de matinée. «On a été alerté par les formations et par nos équipes techniques qui se sont rendu compte que le nombre de propositions était largement supérieur aux places disponibles. Ça concerne 400 formations sur 14 500, soit 2%», avance le ministère. Sur ces 400 formations, combien d’élèves en ont pâti ? Le ministère assure ne pas avoir de chiffres pour le moment, ni celui du nombre de vœux. «La comptabilisation est faussée par le fait qu’on puisse faire plusieurs vœux dans plusieurs formations.» Et de rejeter la qualification de bug : «Ce sont plusieurs erreurs humaines de plusieurs formations qui ont mal jaugé leurs capacités d’accueil. Lors du paramétrage de leurs données, beaucoup de formations ont confondu le remplissage de la formation, en gros la liste d’appel, et la liste d’attente.» Pas de vérification avant le lancement ? «On s’est rendu compte le deuxième jour qu’il y avait un problème, il y a des vérifications quotidiennes de la plateforme. Mais en effet ça ne s’est pas vu avant.»

Opération rafistolage

Hugo (1), enseignant dans un lycée de Seine-Saint-Denis, a au moins deux élèves concernées par cette anomalie. Et essaie tant bien que mal d’essuyer les plâtres. «C’est très cruel. L’une avait redoublé l’année dernière, elle bosse, progresse. Malgré tout, elle s’est pris une rafale de "non". Sauf un vœu en BTS techniques de commercialisation où elle avait été acceptée et ce vœu saute du coup.» Il poursuit : «On essaie de gérer la situation, c’est compliqué pour les élèves moralement surtout ici en Seine-Saint-Denis. On accompagne les élèves, on les rassure mais il faut aussi qu’ils fassent leur boulot au ministère. Là ils l’ont mal fait. On n’avait pas besoin de ça.»

Preuve de l’importance de ce souci technique, une conférence de presse a été organisée en urgence au ministère. Branle-bas de combat. La ministre Frédérique Vidal a reconnu une «erreur» qui a principalement affecté des filières sélectives comme les BTS et présenté ses excuses au nom des formations et de la plateforme. L’opération rafistolage se joue aussi sur les réseaux sociaux où les deux ministères ont tenté d’expliquer la situation, appelant notamment à contacter le numéro vert de Parcoursup. Candice, 30 ans, en reprise d’études n’est pas arrivée à les joindre : «Ce matin, je me rends compte qu’en psychologie à Rouen je suis 1710e alors que j’étais acceptée. A Paris, c’est encore pire je suis 3835e. Je suis bouche bée, j’ai appelé Parcoursup huit ou neuf fois, toutes les lignes sont saturées.»

Réaction en chaîne

Pour stopper la vague de vœux acceptés par erreur, le ministère avait remis le site en mode consultation jeudi avant de redémarrer le processus normal vendredi à 12h30. Alors que Frédérique Vidal a assuré que «les choses sont rentrées dans l’ordre», dans l’après-midi, des candidats remis en liste d’attente craignaient un nouveau bug. Comme Alice, 20 ans, en terminale STD2A, qui raconte : «Mercredi soir, j’étais prise dans quatre écoles d’art appliqué. Ce matin j’ai voulu confirmer mon choix. Impossible puisque je suis maintenant en liste d’attente sur tous mes vœux. J’ai appelé les écoles et le rectorat, personne ne peut m’affirmer que je serai de nouveau admise. J’ai l’impression d’avoir perdu mon rêve.»

On fait ici face à une réaction en chaîne allant au-delà des 400 formations. Le retour de ces candidats préalablement admis va mathématiquement faire perdre des places aux autres restés initialement en attente. Cela a même des conséquences plus large. Certains candidats ayant accepté une proposition en avaient refusé une autre (potentiellement en dehors des 400 formations). Ces refus ont été annulés pour ne pas les léser mais là encore les vases communiquent. Les élèves qui étaient remontés sur les listes d’appel ou d’attente devraient reculer puisque d’autres les réintègrent.

(1) Prénom modifié à la demande de l’intéressé.

Marlène Thomas

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Université - Contre une scandaleuse antiphrase: «Bienvenue en France»...

20 Mars 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Université - Contre une scandaleuse antiphrase: «Bienvenue en France»...

L’augmentation spectaculaire des frais d’inscription dans les universités françaises imposés aux étrangers d’origine non-européenne va porter un coup fatal à la francophonie.

Tribune. Il y a beau temps que le mot «francophonie» ne désigne plus la défense frileuse ou agressive (c’est tout un) de la langue française. Mais une réalité : plus d’une langue – puisque partout où il est parlé, le français coexiste toujours avec une ou plusieurs autres langues. Et un projet : la valorisation de la pluralité, puisqu’à partir du commun dénominateur de la langue française, la diversité est l’objet même de son organisation institutionnelle.

C’est à cette francophonie-là que les mesures prises par antiphrase sous le nom de «Bienvenue en France» pour l’accueil des étudiants étrangers va porter un coup fatal, dans la mesure où l’augmentation spectaculaire des frais d’inscription dans les universités françaises imposée désormais aux étrangers d’origine non européenne risque de réduire drastiquement le nombre d’étudiants en provenance du Maghreb, d’Afrique francophone ou d’Haïti, incapables d’assumer des droits multipliés par seize.

L’effet d’éviction est déjà spectaculaire : dans certaines universités, les demandes d’admission en première année de licence pour la rentrée prochaine diminuent de moitié par rapport à l’an dernier. Et ne croyons pas que les doctorants, heureusement exonérés de ces augmentations, n’en seront pas affectés à terme, puisque la plupart d’entre eux ont déjà suivi un cursus de licence ou de master dans la même université – où ils ne viendront plus.

Ce n’est pas le doublement des bourses qui permettra à l’avenir d’accompagner la totalité de ceux qui souhaitent étudier en France, et plus généralement les étudiants francophones issus d’autres continents. Or c’est cette population qui est majoritairement accueillie en France pour ses études supérieures, puisqu’elle maîtrise suffisamment le français pour considérer cette langue comme le vecteur naturel de la transmission des savoirs. Gageons que l’introduction – qui ne peut être que partielle – d’enseignements en anglais en France ne modifiera pas en profondeur cette situation.

En proposant pour l’accueil des étudiants étrangers un système hybride de «droits différenciés», «Bienvenue en France» réussit ce tour de force : faire de l’université française une université payante pour les ressortissants de pays «pauvres», puisqu’à l’exception de ceux qui bénéficieront sur critères sociaux de bourses d’excellence, les étudiants issus du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou d’Haïti devront payer des droits d’inscription seize fois plus élevés que les autres.

Et gratuite (ou quasi gratuite) pour les ressortissants de pays «riches» – c’est-à-dire pour les Français, les Européens (auxquels il faut ajouter les Suisses et les Québécois en raison d’accords bilatéraux) – gratuite pour les ressortissants de pays riches, si l’on excepte les étudiants qui, émanant de pays tiers (la Chine, l’Inde…), seront, eux, appelés à assumer les «nouveaux frais différenciés».

C’est à ces derniers que les promoteurs de ce dispositif espèrent faire porter la charge de contribuer à résorber le sous-financement endémique de notre système universitaire, au prix d’un reniement des principes qui le caractérisaient jusqu’ici : un accueil universaliste, témoignant d’une nécessaire solidarité avec les pays qui ont la langue française en partage.

Quant à laisser les universités françaises libres de décider d’éventuelles exonérations, cela ne fera qu’ajouter à l’inégalité de traitement des étudiants une inégalité territoriale entre établissements, si – comme tout le laisse penser – l’incitation à accroître les ressources propres des établissements est le signal, au mieux d’une stagnation, et au pire d’un désengagement à venir dans le financement par l’Etat du service public de l’enseignement supérieur.

Mais au nom de quelle politique pourrions-nous accepter qu’un étudiant marocain, sénégalais ou haïtien doive payer en France des droits d’inscription seize fois plus élevés qu’un étudiant belge, suisse ou québécois ? Comment imaginer qu’ils puissent coexister, sans un sentiment profond d’injustice, dans les amphithéâtres d’un pays qui a fait de l’égalité des droits le maître-mot de son organisation sociale ?

Si la France occupe pour l’accueil des étudiants étrangers la quatrième position à l’échelle mondiale et la première hors pays anglophones, c’est aussi parce qu’elle ne s’inscrit pas dans le système libéral anglo-saxon et qu’elle apparaît comme un contre-modèle, abordable et de qualité, comme le montre parfaitement le baromètre de Campus France sur l’image et l’attractivité de la France.

Nous ne croyons pas un seul instant que la valeur d’un cursus se mesure au prix auquel il est proposé, tout en trouvant légitime de prendre en compte son coût pour la collectivité. Il est de notoriété publique que le financement du système français est insuffisant : la France dépense 14 000 euros par étudiant en moyenne, alors que la Suède lui en consacre 21 000.

C’est l’argent du contribuable français, certes, et c’est à lui, a priori, que doit profiter en priorité cet argent, mais l’argument par l’impôt a ses limites : au nom de quoi faudrait-il réserver prioritairement son affectation – en dehors des Français (bien sûr, qui y ont naturellement droit) – aux Européens et aux francophones du Nord, qui ne paient pas plus que ceux du Sud l’impôt national en France ?

Monsieur le président de la République, le message de sélection par l’argent fera, pour l’image de la France dans l’espace francophone, des dégâts plus considérables encore que le message porté naguère par la promotion de l’anglais dans l’enseignement supérieur. La scandaleuse antiphrase de «Bienvenue en France» ne peut pas devenir le mot d’ordre des universités. Renoncez à un dispositif illisible, inéquitable dans son principe et discriminant dans ses modalités d’application. Mais si vous tenez vraiment à faire payer les étudiants «riches» du Koweït, de Chine ou de Singapour, sauvez du moins ce qui peut – et doit – l’être : exemptez les ressortissants des pays francophones des augmentations prévues !

Yanick Lahens Ecrivaine , Ali Benmakhlouf professeur de philosophie à l'université de Paris-Est Créteil , Xavier North ancien délégué général à la langue française et aux langues de France.

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Quelles sont les universités qui refusent la hausse des frais d'inscriptions pour les étrangers...

17 Janvier 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Quelles sont les universités qui refusent la hausse des frais d'inscriptions pour les étrangers...

Pour l'heure, cinq universités ont annoncé ne pas vouloir appliquer l'augmentation des droits voulue par le gouvernement à la rentrée 2019.

Question posée par Gabriel Billiet le 16/01/2019

Bonjour,

Annoncée à l’automne 2018 par le gouvernement, la forte hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne recueille l’opposition de la quasi-totalité de la communauté universitaire.

Dans un communiqué du 11 janvier, la conférence des présidents d’université (CPU) a réitéré son opposition à cette mesure, et réclamé «une concertation dont le cadre soit élargi, sans aucun a priori, en vue d’élaborer des propositions visant à renforcer l’attractivité internationale de la France».

Pour autant, seules 5 universités sur la centaine que compte la France ont exprimé, pour l’instant, son intention de ne pas appliquer cette hausse à la rentrée 2019. Il s’agit des universités de Clermont-Ferrand, Aix-Marseille, Rennes 2, Toulouse 2 et Lyon 2.

Cette liste, pour l'heure réduite, sera actualisée selon les éventuels nouveaux éléments que nous collecterons.

La hausse annoncée par le gouvernement devrait conduire les quelque 100 000 étudiants extra-communautaires à devoir payer 2 770 euros pour une licence (contre 170 euros aujourd’hui) et 3 770 euros pour un master ou un doctorat (contre 243 euros en master et 380 euros en doctorat aujourd’hui).

Luc Peillon

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Le modèle français de la recherche est-il désuet?...

27 Décembre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Université

Le modèle français de la recherche est-il désuet?...

250 postes à pourvoir contre 300 l’an passé. Le CNRS recrute de moins en moins. Il demeure la pierre angulaire du modèle de la recherche à la française. Pour combien de temps ? Quelle place pour les autres acteurs de la recherche ? Quelles conséquences sur les conditions de travail des chercheurs ?

Un coup d’œil sur le site du CNRS donne une petite idée de ce que la recherche française peut découvrir tous les jours. Exemples : « Ces chercheurs qui viennent d’établir un lien entre les crises de migraine, et le dysfonctionnement d’une protéine génératrice de courant ». Ou encore : cette équipe qui a montré la semaine dernière « Comment s’organise la croissance des veines et des artères au cours du développement de l’embryon » : contrairement à ce que l’on pensait jusque là, le sang ne sort pas des artères par le bout… mais en amont, via les capillaires

Il y a aussi ces empreintes digitales étudiées sur des vases dans des ateliers de potiers de Pompéi qui datent du premier siècle de notre ère. Ces physiciens qui ont reproduit, en laboratoire, un phénomène de la stratosphère nommé oscillation quasi-biennale. Ou, plus proche de nous, cette grande enquête sociologique menée auprès des 35 357 maires de France.

La recherche française est multi-disciplinaire, foisonnante, reconnue. Le CNRS n’en est pas le seul acteur, loin s’en faut… mais c’est lui qui concentre les inquiétudes des chercheurs en cette période de recrutement…. 250 postes seulement sont à pourvoir, contre 300 jusque-là. On se rappelle les mouvements de 2004 et 2009 et les grèves dans les universités notamment contre l’évaluation des enseignants-chercheurs et les baisses de moyens. Plus de dix ans plus tard, ces doléances sont toujours d’actualité. Auxquelles le gouvernement répond : partenariats public-privé, créations de filiales, et start-ups de la recherche.

"Le modèle français de la recherche est-il désuet ?"

Articles :

Financement de la Recherche : « Malaise » dans les labos : par Sarah Bos pour Les Échos, 19/08/2017.

Antoine Petit, nouveau patron « optimiste » du CNRS : par David Larousserie pour Le Monde, le 23/01/2018.

Tribunes :

« L’étiolement programmé du CNRS est un symptôme du dédain pour la recherche publique »: tribune co-signée par les 45 présidentes et présidents des sections et commissions interdisciplinaires du Comité national de la recherche scientifique et des jurys d’admissibilité des concours CNRS dans Le Monde, le 01/12/2018.

Liens : 

The Sound of Science : blog de Martin Clavey.

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VIDEO. "C'est absolument discriminant" : un étudiant tchadien dénonce la hausse des frais de scolarité pour les étrangers...

23 Novembre 2018 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Université

Le Premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé lundi l'augmentation des frais de scolarité à l'université pour les nouveaux étudiants non-européens dès la rentrée prochaine. Une mesure profondément injuste juge Brahim Mourtalah Bechir, étudiant en droit à Nantes.

Il s'indigne contre une décision qu'il juge discriminante et injuste. Brahim Mourtalah Bechir, 26 ans, est tchadien. Après des études secondaires au Tchad et une licence au Sénégal, le jeune homme est venu poursuivre ses études en France – un rêve qu'il avait en tête "depuis l'enfance". L'étudiant, qui a suivi un master de droit à Nantes (Loire-Atlantique), dénonce une mesure annoncée par le Premier ministre, Edouard Philippe, lundi 19 novembre. Dès la rentrée 2019, les frais de scolarité vont drastiquement augmenter pour les nouveaux étudiants non-européens. 

Ces derniers devront désormais payer la somme de 2 770 euros en licence, contre 170 euros à l'heure actuelle. En master et doctorat, les frais de scolarité s'élèveront à 3 770 euros, soit presque 10 fois plus que les 243 à 380 euros actuels. De nouveaux frais qui représentent, d'après Edouard Philippe, "un tiers du coût réel" de la formation d'un étudiant étranger pour l'Etat. 

L'objectif du gouvernement est clair. Faire payer plus aux étudiants étrangers "fortunés" permettra, pour Edouard Philippe, de financer davantage de bourses pour d'autres étudiants non-européens, et de les accueillir dans de meilleures conditions. L'Etat a ainsi pour ambition de porter à 500 000 le nombre d'étudiants étrangers en France avant 2027, contre quelque 300 000 aujourd'hui. Et il compte offrir des bourses, ou des exonérations de droits d'inscriptions à "15 000 étudiants dans les mois qui viennent", notamment des jeunes venus de pays en développement.

"Vous n'avez pas le droit de réaliser votre rêve"

Mais pour Brahim, la mesure pourrait empêcher de nombreux étudiants modestes, comme lui, de venir étudier dans un établissement français. "Avec cette décision, il est clair que beaucoup d’étudiants, surtout africains mais pas qu’africains, sont interdits de venir étudier en France", condamne-t-il. S'il avait dû payer 3 770 euros par an pour son master, Brahim n'aurait jamais pu réaliser son projet. L'étudiant, venant d'un pays francophone, a aussi choisi la France car ses frais de scolarité sont accessibles. 

Si je dois payer 3 770 euros, il faut que j’économise environ 380 euros par mois sur 10 mois. Pour quelqu’un qui gagne ce que je gagne en travaillant, je vous promets que c’est juste impossible en fait.

Brahim Mourtalah Bechir à franceinfo

Le jeune homme a en effet travaillé chez McDonald's pendant ses études, "en gagnant environ 500 euros pour pouvoir payer mon loyer, et tout ce qui va avec". S'il avait dû économiser 380 euros tous les mois, il n'aurait plus eu que 120 euros pour vivre. Une équation impossible. "Tous ces étudiants pauvres, on leur dit : 'Désormais, vous n’avez pas le droit de réaliser votre rêve, vous ne pouvez pas construire votre avenir'", s'indigne le Tchadien, qui souhaite poursuivre un doctorat pour enseigner le droit à Nantes. Pour ce dernier, une fois la mesure entrée en vigueur, les études en France ne seront qu'un "luxe" pour les étudiants étrangers. 

Valentine Pasquesoone

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Etudes supérieures : la France va augmenter les frais de scolarité des étrangers extra-européens...

21 Novembre 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Etudes supérieures : la France va augmenter les frais de scolarité des étrangers extra-européens...

A compter de la rentrée 2019, le gouvernement souhaite mettre en place des tarifs plus élevés pour les étudiants étrangers qui souhaitent s'inscrire à l'université en France.

Environ 100 000 étudiants étrangers résidant hors de l’espace économique européen ne seront plus logés à la même enseigne que leurs camarades en France. Ils devront, en plus de leur loyer et des frais qu’implique tout séjour d’un étranger, payer des frais de scolarités beaucoup plus élevés. Dès la rentrée 2019, un étudiant étranger va devoir multiplier ses frais par seize. Pour son année de licence, il payera 2 770 euros au lieu de 170 euros et pour son master, 3 770 euros à la place de 243 euros. Cette hausse spectaculaire fait partie d’une série de mesures annoncées ce lundi par le gouvernement.

Le gouvernement explique qu’il s’agit d'«un tiers du coût réel» d’un étudiant étranger pour les finances publiques. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a par ailleurs précisé ce lundi que cela servirait à financer des bourses et améliorer les conditions d’accueil. Et de souligner que la France ambitionne de porter d’ici 2027 à 500 000 le nombre d’étudiants étrangers qu’elle accueille chaque année, contre un peu plus de 300 000 actuellement.

Premier pays d’accueil non anglophone, la France reste la quatrième destination mondiale pour les étudiants internationaux, mais a perdu sa troisième place ces dernières années au profit de l’Australie. Malgré une remontée depuis 2016, le nombre d’étudiants étrangers a baissé de 8 % entre 2010 et 2015 et le gouvernement identifie un «risque de décrochage» français, sur fond d’envolée du nombre d’étudiants internationaux.

«Nous pouvons faire beaucoup mieux», a affirmé Edouard Philippe en présentant la stratégie baptisée «Bienvenue en France». La politique des visas va être «améliorée» : les dossiers d’étudiants seront prioritaires et les formalités simplifiées et accessibles en ligne. Le nombre d’étudiants ayant accès à des cours en anglais, ainsi qu’aux cours de français langue étrangère (FLE), sera doublé. Chaque étudiant étranger se verra désigner un référent pour l’accompagner.

Un fonds doté de 10 millions d’euros en 2019 est prévu, de même qu’un label d’accueil des étudiants étrangers pour les établissements du supérieur. Un autre fonds de 5 puis 20 millions d’euros est prévu pour le développement de campus français à l’étranger.

Les syndicats opposés à cette mesure

Mais la principale mesure, qui suscite des inquiétudes parmi les syndicats étudiants notamment la Fage et l’Unef, est cette hausse des frais de scolarité des étudiants extra-européens à l’université. Ils défendent l’idée d’universalité de l’enseignement supérieur français, accessible à tous quelque soit la nationalité.

Le gouvernement, lui, avance que 14 000 bourses d’exemption de frais seront créées, visant principalement les étudiants de pays en développement. Au final, avec d’autres accords d’exemptions, «un étudiant international sur quatre pourra bénéficier d’une exonération ou d’une bourse», selon le gouvernement.

Edouard Philippe a défendu un «choix fort», «qui nous permettra de mieux accueillir les étudiants qui choisissent la France», mais «un choix mesuré». «Nous resterons très en dessous des 8 000 à 13 000 euros de nos voisins néerlandais et des dizaines de milliers de livres en Grande-Bretagne, et de la plupart des pays européens, sans évoquer bien sûr la situation sur le continent nord-américain», a-t-il dit.

Paradoxalement, le faible coût des frais de scolarité en France décourageait aussi certains candidats, qui s’inquiétaient de la qualité des enseignements, a souligné à Matignon.

LIBERATION

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