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Vivement l'Ecole!

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«Islamo-gauchisme»: Vidal provoque la consternation chez les chercheurs

18 Février 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Université

«Islamo-gauchisme»: Vidal provoque la consternation chez les chercheurs

EXTRAITS

En annonçant commander au CNRS une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, la ministre a suscité l’ire du monde de la recherche. Les présidents d’université dénoncent « une pseudo-notion qu’il conviendrait de laisser […] à l’extrême droite ». Les appels à sa démission se multiplient.

Particulièrement transparente ces derniers mois malgré la crise grave que connaît l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal embrase la communauté universitaire, abasourdie par son intention de commander « une enquête » au CNRS sur « l’islamo-gauchisme » à l’université.

Tout est parti d’un entretien pour le moins sidérant accordé par la ministre, dimanche 14 février, à CNews, la chaîne préférée de l’extrême droite. Interrogée par Jean-Pierre Elkabbach sur la récente une du Figaro titrée « Comment l’islamo-gauchisme gangrène l’université », la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a commencé par acquiescer à ce « constat ».

« Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont […]. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi », commence-t-elle par affirmer.

© The Sound of Science

« Vous ajoutez aussi les indigénistes qui disent la race, le genre, la classe sociale… tout ça, ça forme un tout ? », la relance doctement Jean-Pierre Elkabbach.

Nullement gênée par l’incroyable confusion de la question, la ministre acquiesce à nouveau. « Absolument. D’ailleurs en biologie cela fait bien longtemps qu’on sait qu’il n’y a qu’une espèce humaine et qu’il n’y a pas de race donc vous voyez à quel point je suis tranquille avec ce sujet-là », répond-elle, montrant combien les récents débats scientifiques sur la notion de « race » dans les sciences sociales lui ont totalement échappé.

« Oui, vous, vous êtes tranquille, mais il y a des minorités et elles sont agissantes… », relance encore le journaliste en agitant les doigts – une gestuelle censée représenter une forme d’infiltration de ces « minorités » à l’université.

« Il y a une sorte d’alliance entre Mao Zedong et l’ayatollah Khomeini ? », suggère encore un Jean-Pierre Elkabbach à qui le sujet tient manifestement à cœur.

« Vous avez raison. Mais c’est pour cela qu’à chaque fois qu’un incident se produit, il est sanctionné, à chaque fois que quelque chose est empêché, c’est reprogrammé, mais je crois que l’immense majorité des universitaires sont conscients de cela et luttent contre cela », avance Frédérique Vidal, sans que le spectateur, à ce stade, sache très bien ce que « cela » désigne, perdu entre les différentes chimères de « l’islamo-maoïsme » et du « féminisme-racialiste »…

« C’est pour cela que je vais demander, notamment au CNRS, de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche, sur ces sujets, dans l’université, de manière à ce qu’on puisse distinguer ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève du militantisme, de l’opinion », lance alors la ministre.

(...)

Le but de cette « enquête » confiée au CNRS est-il d’identifier des éléments potentiellement idéologiquement dangereux au sein de la communauté universitaire ? Sur ce point également, la Conférence des présidents d’université (CPU) tient à mettre les choses au point : « La CPU regrette la confusion entre ce qui relève de la liberté académique, la liberté de recherche dont l’évaluation par les pairs est garante, et ce qui relève d’éventuelles fautes et infractions, qui font l’objet si nécessaire d’enquêtes administratives », et qui sont confiées dans ce cas à l’Inspection générale de l’éducation.

« La CPU s’étonne aussi de l’instrumentalisation du CNRS dont les missions ne sont en aucun cas de produire des évaluations du travail des enseignants-chercheurs, ou encore d’éclaircir de qui relève “du militantisme ou de l’opinion”, cingle l’organisation. Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition. Le débat politique n’est par principe pas un débat scientifique : il ne doit pas pour autant conduire à raconter n’importe quoi. »

Sauf qu’en matière de « n’importe quoi », la CPU et le monde de la recherche plus généralement n’avaient, sans doute, pas encore tout entendu. Questionnée mardi par la députée Bénédicte Taurine (La France insoumise) sur sa volonté de créer une « police de la pensée », Frédérique Vidal a eu cette réponse étonnante : « Alors, oui, en sociologie on appelle ça mener une enquête. Oui, je vais demander à ce qu’on fasse un bilan de l’ensemble des recherches qui se déroulent actuellement dans notre pays… Sur le postcolonialisme… Mais moi, vous savez, j’ai été extrêmement choquée de voir apparaître au Capitole un drapeau confédéré et je pense qu’il est essentiel que les sciences sociales se penchent sur ces questions qui sont encore aujourd’hui d’actualité. »

(...)

Pour l’historienne Camille Lefebvre, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de l’Afrique aux XVIIIe et XIXe siècles, cette annonce de Frédérique Vidal s’inscrit dans « un pur enjeu électoral consistant à placer la question de l’islam au cœur de la prochaine campagne présidentielle. Le problème c’est que c’est un discours performatif et qu’ils n’en mesurent pas les conséquences », souligne-t-elle, décrivant des discours stigmatisants « qui blessent une partie de la société française à qui l’on veut faire comprendre qu’elle doit rester à sa place ».

(...)

Le président, passé de la lecture de Paul Ricœur à celle de Pierre-André Taguieff et sa dénonciation des « bonimenteurs du postcolonial », avait déjà affirmé en juin dernier devant des journalistes que « le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux ».

Aujourd’hui, sous les coups de boutoir d’un pouvoir obsédé par la mise au pas de la communauté universitaire, ce sont surtout les enseignants, les chercheurs et plus largement les libertés académiques qui sont menacés.

Lucie Delaporte

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Frédérique Vidal et "l'islamo-gauchisme" : "Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels", selon le syndicat enseignant SNESUP-FSU

17 Février 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Université

Frédérique Vidal et "l'islamo-gauchisme" : "Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels", selon le syndicat enseignant SNESUP-FSU

Christophe Voilliot, co-secrétaire général du SNESUP-FSU, maître de conférences en science politique à l'Université Paris-Nanterre, revient sur franceinfo sur les propos de Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, qui a créé la polémique en parlant d'"islamo-gauchisme" dans les universités.

La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a créé la polémique en parlant d'"islamo-gauchisme" dans les universités. Elle souhaite charger le CNRS d'enquêter à l'université pour distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l'opinion. "Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels de l'enseignement supérieur", a réagi mercredi 17 février sur franceinfo Christophe Voilliot co-secrétaire général SNESUP-FSU, maître de conférences en science politique à l'Université Paris-Nanterre (Sophiapol).

franceinfo : Que pensez-vous de cette annonce ?

Christophe Voilliot : Ses propos viennent dans un contexte très particulier où l'université est attaquée par l'extrême droite, les Identitaires, par une partie de la presse. C'est très grave qu'une ministre de l'Enseignement supérieur se fasse l'écho de ces attaques en portant atteinte d'une manière inédite aux libertés académiques. Sans liberté de la recherche, il n'y a pas de recherche possible, sans liberté d'expression il n'y a pas d'enseignement possible à l'université. Ce sont ces principes cardinaux que la ministre vient de remettre en cause.

Est-ce que vous attendez qu'elle renouvelle son soutien ?

Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels de l'enseignement supérieur. Quand on demande à des chercheurs du CNRS d'enquêter, et non pas d'évaluer comme nous le faisons au quotidien, sur le travail de leurs collègues nous avons l'impression de basculer sur quelque chose qui ressemble à un régime policier.

Réclamez-vous sa démission ?

Non, en tant qu'organisation syndicale nous n'avons pas à demander la démission d'une ministre. Nous souhaitons qu'elle revienne sur ses propos et qu'elle change de politique et que son projet d'enquête soit immédiatement abandonné.

En quoi cela n'est-ce pas une question universitaire ?

C'est une question aujourd'hui qui fait l'objet d'un débat public, de prises de position. Le terme islamo-gauchisme peut parfaitement être employé, je ne vais pas empêcher quiconque d'employer ce mot. Mais ce n'est pas parce qu'il existe qu'il renvoie directement à des travaux universitaires et que l'on peut considérer que ce serait un concept qui serait mis en avant dans des travaux universitaires qui auraient des visées politiques cachées par leurs auteurs. Ce terme fonctionne comme un stigmate vis-à-vis des universitaires et ça c'est très grave.

Est-ce qu'il faut améliorer les conditions de débat ?

Il faut recréer les conditions d'un débat serein sur l'ensemble des questions que ce soit des questions de société, des questions qui touchent à la science, au sein des universités. Pour se faire, il faut qu'on arrête ce type de petites phrases. Peut-être faudrait-il aller plus loin. Il serait nécessaire d'adjoindre au texte de la Constitution une référence à la défense et à la préservation des libertés académiques comme cela existe dans d'autres pays comme l'Allemagne. La seule chose que nous demandons c'est qu'on nous laisse travailler, qu'on nous laisse diffuser les résultats de nos travaux, après personne n'est obligé d'être d'accord avec nous. Mais si on veut débattre il faut le faire à partir des travaux de recherche et pas à partir de la réputation d'un chercheur, d'une équipe ou d'un établissement.

 

https://www.francetvinfo.fr/politique/jean-castex/gouvernement-de-jean-castex/islamo-gauchisme-il-y-a-un-doute-sur-la-capacite-de-cette-ministre-a-defendre-les-personnels-de-l-enseignement-superieur-snesup-fsu_4300521.html#xtor=CS2-765-[twitter]-

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Sur CNews, Vidal fait du Zemmour...

17 Février 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Sur CNews, Vidal fait du Zemmour...
Sur CNews, Vidal fait du Zemmour...

Frédérique Vidal et l’«islamo-gauchisme» : sur CNews, une ministre zemmourisée

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a déclaré, à l’antenne de la très droitière chaîne de télévision, vouloir demander une enquête au CNRS sur l’«islamo-gauchisme» à la fac. Provoquant ainsi l’indignation de la communauté universitaire.

Revoilà l’«islamo-gauchisme». Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, en a fait le refrain gouvernemental à l’automne, brocardant une «idéologie […] qui mène au pire» et qui gangrènerait les facs françaises. A son tour, Frédérique Vidal le réchauffe comme pour précipiter de la pire des manières la sortie d’un hiver glacial pour le secteur dont elle est la ministre. Sur les réseaux sociaux, la communauté universitaire ne lui dit pas merci, dénonçant massivement une énième attaque «odieuse» et allant «toujours plus loin dans l’abjection».

Dimanche, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est invitée à débattre sur le plateau de CNews, avec Jean-Pierre Elkabbach, relève le site d’information scientifique The Sound of Science. Face au journaliste qui l’interroge sur le danger «islamo-gauchiste» à l’université donc, utilisant la une du Figaro à l’appui de sa bonne foi, Frédérique Vidal répond : «Moi, je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas imperméable et fait partie de la société.» Et de poursuivre, sans qu’Elkabbach n’ait vraiment besoin de la relancer : «Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser…»

On l’écrivait déjà dans Libé en octobre : non seulement l’accusation d’«islamo-gauchisme» (une antienne de la droite qui suggère une alliance stratégique entre une partie de la gauche et l’islamisme) à l’encontre de l’université ne repose sur aucun fait concret ni aucune plainte à ce jour – la plupart des conférences et des colloques dans l’enceinte académique se déroulent sans le moindre incident en lien avec l’islamisme et sans qu’aucun journaliste n’y mette les pieds quand bien même les portes leur sont ouvertes –, mais elle est en plus insultante car elle insinue une forme de complicité intellectuelle et morale de certains travaux en sciences humaines et sociales dans lesquels la menace islamiste trouverait un avantage.

Revenons sur CNews : Elkabbach suggère qu’«il y a une sorte d’alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong et l’ayatollah Khomeini». Ce à quoi Vidal répond : «Mais vous avez raison…» Sur le Fox News à la française, la ministre de l’Enseignement supérieur semble en un rien de temps zemmourisée – ou blanquérisée. Si bien qu’elle affirme vouloir «demander notamment au CNRS de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion».

D’aucuns diront qu’il y a là les débuts d’un «maccarthysme» académique. Il faut dire qu’en novembre, la droite sénatoriale avait déjà tenté de profiter de la loi de programmation de la recherche pour restreindre les libertés académiques, proposant deux amendements touchant la liberté d’expression et ayant pour soi-disant but de faire respecter les «valeurs de la République»«Valeurs» qui ne sont, par principe, pas définies. Ce qui ouvrirait la porte à des décisions arbitraires et alimenterait un large climat de suspicion sur ce que sont en droit de dire ou de ne pas dire les universitaires dans le cadre de leur fonction.

Dans le contexte éprouvant de la pandémie et de ses cours à distance, de la dégradation des conditions des étudiants et de la recherche française, durement atteinte par des années de réformes et de restriction budgétaire, la sortie de la ministre (qui intervient après que Gérald Darmanin a présenté Marine Le Pen comme «plus molle» que le gouvernement dans un débat sur France 2) ne fait que s’ajouter à une panique morale et fantasmagorique nourrie de manière factice par des médias d’extrême droite. On est en droit d’attendre autre chose de sa part. Mais en est-elle capable ?

Simon Blin

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Islamo-gauchisme à l'université? La proposition de Vidal fait bondir ces universitaires

17 Février 2021 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Université

Islamo-gauchisme à l'université? La proposition de Vidal fait bondir ces universitaires

Sur CNews, la ministre a annoncé vouloir "demander notamment au CNRS" une enquête "sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université."

UNIVERSITÉ - “L’islamo-gauchisme gangrène les universités”. C’est ce titre du Figaro que le journaliste Jean-Pierre Elkabbach a présenté à Frédérique Vidal, invitée sur son plateau sur CNews dimanche 14 février, l’invitant à le commenter avec lui. La réponse de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a provoqué la colère d’une partie des enseignants-chercheurs.

“Je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble, et que l’université n’est pas imperméable, l’université fait partie de la société”, a-t-elle affirmé.

Et d’ajouter: “Ce que l’on observe, à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi, etc…”

“Une sorte d’alliance entre Mao Zedong et l’Ayatollah Khomeini”

Des idées que semble alors partager Jean-Pierre Elkabbach, qui décrit les universitaires en question comme “une sorte d’alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong et l’Ayatollah Khomeini.”

“Mais vous avez raison, renchérit la ministre. Mais c’est bien pour ça qu’à chaque fois qu’un incident se produit, il est sanctionné, à chaque fois que quelque chose est empêché, c’est reprogrammé, mais je crois que l’immense majorité des universitaires sont conscients de cela et luttent contre cela.”

À la suite de quoi, la ministre a annoncé sur le plateau de CNews qu’elle allait confier une enquête au CNRS “sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université.”

Pour Christelle Rabier, maîtresse de conférence à l’EHESS, ce n’est pas un hasard si la ministre tient ces propos maintenant. “La semaine dernière, elle a été mise en cause au Sénat pour répondre face à la détresse étudiante, remarque-t-elle. Il y a 20% des étudiants qui ont recours à l’aide alimentaire, sans parler des suicides et de la détresse psychologique. Elle en est directement responsable.”

Attaques contre les universitaires

Les propos de la ministre ont provoqué la colère d’une partie des enseignants-chercheurs, même s’ils ne surprennent pas. “Nous sommes vraiment scandalisés, s’indigne une chercheuse du CNRS, qui préfère rester anonyme. La ministre s’en prend - une fois de plus - à la liberté académique en confondant approches scientifiques critiques et militantisme.”

Après la Loi de programmation sur la recherche, très mal reçue, c’est pour eux une nouvelle attaque contre les universitaires, dans un contexte aggravé par la crise sanitaire. Le 6 novembre, la Commission permanente du Conseil national des universités (CP-CNU) avait demandé la démission de Frédérique Vidal. 

“On observe plusieurs formes d’attaques contre les universitaires, soutient Christelle Rabier. Les non-renouvellements et les suppressions de postes, des attaques systématiques de collègues sur leurs travaux, en particulier si ce sont des femmes et qu’elles traitent de questions qui pourraient remettre en cause l’ordre dominant.” 

L’utilisation du terme “islamo-gauchisme”

Pour les enseignants-chercheurs, l’utilisation du terme “islamo-gauchisme” n’est pas anodin. “C’est un mot un peu aimant, qui rassemble toutes les détestations et qui ne veut absolument rien dire, estime Christelle Rabier. Et que cela vienne d’une ministre, qui n’a déjà plus de légitimité depuis plusieurs mois, c’est intolérable.”

Pour François Burgat, directeur de recherches au CNRS, cette “appellation stigmatisante” a pour objectif de “discréditer les intellectuels (non musulmans) qui se solidarisaient ou qui refusaient de criminaliser les revendications des descendants des populations colonisées.” 

Le terme avait déjà été utilisé par Jean-Michel Blanquer le 22 octobre, qui affirmait :“Ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme fait des ravages”, notamment ”à l’université.” Quelques jours plus tard, Frédérique Vidal avait réagi tardivement pour rappeler le principe des libertés académiques.

“On peut constater depuis hier qu’elle a franchi un cran supplémentaire. C’est juste scandaleux”, s’indigne la chercheuse du CNRS.

Dans un communiqué, la Conférence des présidents d’université (CPU) a fait part de “sa stupeur face à une nouvelle polémique stérile sur le sujet de l’“islamogauchisme” à l’université”. 

Elle appelle ”à élever le débat”. “Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition”, a-t-elle proposé.

“Une réalité hautement contestable”

L’annonce d’une enquête au CNRS “sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université”, si elle n’est pas en soit répréhensible, pose plusieurs questions.

“Le ‘cahier des charges’ de la demande qui lui est adressée fait réellement  peur, estime François Burgat. La ministre s’abstrait purement et simplement de toute exigence scientifique.” Pour le chercheur, le postulat de la ministre, selon lequel “la société est gangrénée par l’islamo-gauchisme”, dont l’université, et une “réalité hautement contestable” qui ne repose sur “aucun corpus”.

La chercheuse du CNRS qui préfère garder l’anonymat ajoute: “Si des cas particuliers sont litigieux au regard de la loi, qu’elle les cite et ouvre le débat. Sinon, qu’elle se taise.”

Et d’ajouter: “Nous sommes des chercheurs, nous essayons de penser et analyser le monde, mobiliser des outils, et débattre de nos méthodes ou concepts d’analyse. Nous ne sommes pas au service d’un ministère et de ses obsessions politiques et calculs électoralistes.” 

Lucie Hennequin

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Universités : enseignants au bord du burn-out

5 Février 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

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EXTRAITS

Un sentiment d’usure a gagné une majorité d’enseignants pour qui les cours à distance sont devenus une souffrance.

Une grande lassitude et, parfois, les premiers signes d’une dépression : le moral est au plus bas dans la communauté universitaire qui n’en finit pas d’éprouver les dégâts causés par l’enseignement à distance depuis près d’un an. Comme ce directeur de département qui croise un collègue en larmes au détour d’un couloir. Ce chercheur qui s’inquiète de l’absence de réponse à ses appels d’un doctorant de son laboratoire. Cette enseignante qui confie être complètement épuisée et avoir « sans doute besoin d’un arrêt ».

Le passage au tout-distanciel lors des premier et deuxième confinements, entre mars et juillet et depuis la fin octobre 2020, a dispersé les 90 000 enseignants du supérieur et assigné chacun à résidence, avec pour tout contact leur seul écran d’ordinateur. A l’image de leurs étudiants, ils traversent une période de vide, largement passée sous silence.

« La nausée à l’ouverture des liens Zoom »

« Putain, je n’en peux plus des cours sur Zoom ! » L’enregistreur était encore en marche quand Sébastien Saunier a lâché la phrase, lors de la pause de trois minutes durant son cours de droit de la culture. « Je m’enregistre vocalement avec les moyens du bord, c’est-à-dire mon téléphone, et je poste ensuite les cours en audio pour permettre une réécoute aux étudiants, explique le professeur à l’université Toulouse-I-Capitole. J’avais oublié d’éteindre… C’était l’expression d’une pensée profonde, non contre les étudiants bien entendu, mais contre un mode de diffusion qui n’est en rien un mode d’enseignement. »

Sébastien Saunier dit avoir « la nausée à l’ouverture des liens Zoom », et perçoit son mal-être comme « un tabou ». « Il n’est pas dans notre tradition de nous plaindre. En tant que professeurs des universités, nous avions un statut considéré comme élitiste qui, aujourd’hui, ne correspond plus du tout à la réalité », analyse-t-il.

(...)

Passage aux verres progressifs

Sur son écran, Aurelle Levasseur vient d’achever la correction de près de 600 copies, de la première année jusqu’au master en droit et en administration économique et sociale (AES). Elle a dû consulter un ophtalmologue en urgence qui lui a recommandé de passer illico aux verres progressifs.

« Les copies numériques sont plus longues à corriger car pour voyager entre les pages, il faut cliquer et attendre que ça charge, relate la maîtresse de conférences en histoire du droit à l’université Paris-Nanterre. J’ai un volume énorme de fichiers car les étudiants sont paniqués : au lieu d’envoyer une fois leur copie à l’endroit indiqué, ils me la transmettent deux ou trois fois par d’autres biais sans que j’arrive à distinguer laquelle a été envoyée dans les temps. »

Les examens à distance ont causé un stress inhabituel, nombre d’enseignants redoutant un bug lors de la connexion des étudiants sur la plate-forme ou, pire, un mauvais paramétrage de leur épreuve, pouvant entraîner des recours.

La suspension provisoire par l’université Paris-Saclay du professeur de droit Jean-Pierre Dubois, au printemps 2020, reste dans toutes les têtes. « Il est facile de paramétrer une plate-forme de test de façon incorrecte car elles ont été conçues avant tout pour faire de l’auto-évaluation, explique le chercheur en informatique David Monniaux. On demande aux enseignants de jouer à “C’est pas sorcier” depuis chez eux. »

(...)

Spécialiste des pédagogies universitaires, la chercheuse Amélie Duguet vient de lancer une enquête sur la façon dont les étudiants perçoivent les pratiques de leurs enseignants depuis la crise sanitaire. « Comment utilisent-ils le numérique pour enseigner ? Les étudiants pensent-ils que ces pratiques ont eu un effet sur leur réussite, leur motivation, leur engagement ? Voilà les questions que je me pose », indique la chercheuse qui livrera ses résultats dans un an.

Soazig Le Nevé

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"Il a craqué devant nous sur Zoom" : les professeurs d'université démunis face à la souffrance de leurs étudiants

22 Janvier 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Université

https://france3-regions.francetvinfo.fr/image/WuFUglnpn2lnIKa9eENz7UuU03w/600x400/regions/2021/01/15/6001590942d56_seuls_depuis_le_debut_de_la_crise_sanitaire_en_mars_2020_les_etudiants_en_distanciel_pleurent_pour_un_retour_sur_les_bancs_de_la_fac-5156794.jpg

EXTRAIT

Contraints d'assurer leurs cours à distance depuis plusieurs mois, les enseignants se transforment souvent en confidents de jeunes isolés, fragilisés par une situation précaire et inquiets pour leur avenir.

"Je suis suivi par une psychologue depuis le déconfinement, il a fallu que je parle de tout ça pour aller mieux." Nicolas, qui enseigne dans un IUT à Sète (Hérault), est affecté par la détresse des étudiants. Comme de nombreux professeurs d'université, il a répondu à l'appel à témoignages de franceinfo sur cette souffrance qu'il côtoie tous les jours. "Entre l'étudiant qui est retourné chez ses parents et qui se retrouve à devoir s'occuper de ses cinq frères et sœurs pendant que les parents travaillent… jusqu'à l'étudiant qui rentre à la maison et dont les parents n'ont pas internet car pas les moyens."

"Sans parler des situations de violences familiales 'ordinaires'. Que fait-on pour vivre avec ces informations ? Nous ne sommes pas préparés à entendre tout ça, (...) pas préparés à vivre avec."

Nicolas, enseignant en IUT à franceinfo

Isolement, précarité, difficultés pour travailler… Les témoignages d'étudiants en difficulté se sont effectivement multipliés ces derniers mois, depuis le début du deuxième confinement annoncé par le gouvernement, notamment sur les réseaux sociaux avec le mot-dièse #étudiantsfantômes"Les plus grandes difficultés sont relevées chez les étudiants qui sont loin de chez eux et se retrouvent isolés toute la semaine dans un studio ou une chambre universitaire", note Stéphane, qui dispense des cours au sein d'une filière Staps à Dijon (Côte-d'Or). La nouvelle fermeture des universités annoncée avec le deuxième confinement fin octobre a renvoyé de nombreux étudiants derrière leur ordinateur pour suivre les cours à distance. 

"Entre la saturation des cours en visio, la peur d'un diplôme bidon, la privation de la vie sociale étudiante… On a reçu plusieurs lettres un peu désespérées venues des différentes promos", témoigne Fabienne, qui enseigne à l'institut Agro, à Angers (Maine-et-Loire). "Au bout de plusieurs mois de visio à distance, ils sont fatigués, ont un manque d'entrain, sont perdus pour orienter leur avenir… Beaucoup n'envisagent plus de continuer leurs études en master ou autre", s'inquiète Virginie, qui enseigne à l'université Paris-Saclay. "Le manque d'activités physiques les plonge dans une dépression lente", ajoute Béatrice, professeure dans une école spécialisée dans l'audiovisuel. 

"Des mails de détresse"

Démotivation, difficulté à se concentrer, sentiment d'enfermement, perte des stages et des apprentissages, disparition de la vie étudiante, peur de l'avenir… Les professeurs d'université sont nombreux à alerter sur ces problèmes. "Ils ne peuvent pas se construire comme habituellement avec les copains, les soirées. Ils ont perdu leurs jobs étudiants. C'est une succession de choses qui les isolent", constate Sandrine, qui enseigne l'immunologie à l'université d'Angers. 

"Leur solitude me touche. Ils sont très courageux et parviennent à réaliser les travaux techniques. Mais la chaleur de l'interaction humaine en cours leur manque beaucoup", complète Philippe, enseignant à l'Institut d'administration des entreprises de Poitiers (Vienne). "Beaucoup d'étudiants m'envoient des mails de détresse en me disant que ça ne va pas. Jusqu'aux vacances de Noël, j'en recevais trois ou quatre par semaine", confirme Eric, historien et maître de conférences à la Sorbonne.  

"Le niveau le plus sensible, ce sont les premières années, qui découvrent l'université et qui n'ont pas de repères, pas de méthode."

Eric, maître de conférences à franceinfo

Mais les plus expérimentés ne sont pas épargnés. "Un étudiant de 29 ans a craqué devant nous sur Zoom. Il a fondu en larmes en disant qu'il n'arrivait plus à travailler sa thèse dans son studio de 14 m2", poursuit Eric.

Pour venir en aide aux étudiants, les universités ont mis en place des lignes d'écoute, dont la liste est disponible sur internet. Des professeurs référents sont également désignés dans certaines structures afin d'accompagner les étudiants. Enfin, dans certaines universités, les élèves de première année sont accompagnés par des étudiants des niveaux supérieurs à travers un système de tutorat. Avec ses collègues, Olivier, maître de conférences à Limoges, a mis en place des canaux de discussion informels sur Discord : "Cela permet aux étudiants de se défouler. Ils se rendent compte qu'ils ne sont pas tout seuls, et certains osent se livrer."

Car dans cette crise, les enseignants sont souvent les premiers interlocuteurs. "Je multiplie les échanges, je passe du temps à faire un tour de table pour les interroger sur leur quotidien, leurs besoins…" explique Virginie. "Les étudiants ont été lâchés un peu en rase campagne, ils ont parfois perdu le contact avec la fac, mais pas avec nous, donc ils se retournent vers l'interlocuteur qu'ils ont pris l'habitude de fréquenter", ajoute Michel, maître de conférences en sociologie à l'université de Montpellier. "C'est parfois complexe de placer la limite entre ce qui fait partie de mon job d'enseignant et ce qui relève du travail d'un psy, d'une infirmière, de la médecine préventive…" complète Nicolas. 

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Clément Parrot

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Parcoursup : pour les professeurs principaux, chargés de l’orientation, c’est le système D...

21 Janvier 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

Mode démerdentiel | ParentsProfs

EXTRAITS

Les lycéens sont censés bénéficier d’un accompagnement sur un horaire non financé par le ministère de l’éducation nationale.

Le champ des possibles s’affichera sur l’écran d’ordinateur de quelque 660 000 lycéens de terminale, mercredi 20 janvier, à l’occasion de l’ouverture des inscriptions sur la plate-forme Parcoursup. D’ici au 11 mars, ils devront exprimer leurs souhaits de poursuite d’études dans l’enseignement supérieur parmi 17 000 formations, dont quelques nouveautés cette année : écoles vétérinaires, prépas MP2I (mathématiques, physique, ingénierie et informatique), bachelors universitaires technologiques (BUT) ou encore Sciences Po Paris.

Pour sécuriser ce saut dans un nouvel univers, les élèves s’appuieront souvent sur les conseils de leurs professeurs principaux – au nombre de deux en terminale –, ou de psychologues de l’éducation nationale. « En 2018, les “attendus” des filières étaient un concept nouveau que les professeurs se sont désormais appropriés car ces attendus restent stables, c’est un acquis », se félicite Jérôme Teillard, responsable de Parcoursup au ministère de l’enseignement supérieur qui salue « une intensification des relations entre les lycées et les établissements du supérieur ».

La réforme du lycée qui entre en application cette année pour les élèves de terminale érige « l’accompagnement à l’orientation » au rang d’impératif pour que les élèves accèdent à une information claire et à une aide individualisée. Sur le papier, un volume horaire de 54 heures annuelles en classe de 2de, de 1re et de terminale (et 265 heures sur trois années en lycée professionnel) doit permettre d’élaborer leur projet d’orientation. Dans les faits, ces 54 heures ne sont pas financées par le ministère de l’éducation nationale, qui laisse les établissements puiser dans leurs marges horaires pour faire figurer ou non l’accompagnement à l’orientation dans les emplois du temps.

« Les 54 heures, c’est un vernis »

« Inscrire l’horaire dédié de manière obligatoire dans l’emploi du temps de tous les élèves rendrait son organisation trop rigide », justifie-t-on Rue de Grenelle. L’absence de cadrage fixe est perçue comme une « souplesse » pour « faciliter l’organisation d’actions ponctuelles au cours de l’année, tout particulièrement les semaines de l’orientation, les forums, les périodes d’immersion en milieu professionnel ou dans les établissements d’enseignement supérieur et notamment dans les universités ». Mais le ministère convient que « les actions mises en place sont hétérogènes en fonction des établissements et des équipes et manquent encore globalement de lisibilité et de cohérence ».

(...)

Avec la crise sanitaire, les salons de l’orientation se sont mués en visites et conférences virtuelles, parfois déroutantes pour le public lycéen. Dans son établissement rural du Lot-et-Garonne, Claude Garcia redoute plus encore cette année que ses élèves « manquent d’ambition à cause d’une méconnaissance des formations ». En tant que professeur principal, il a prévu une séance à distance pour « égréner » les possibilités. « Ceux qui comprennent vont aller chercher par eux-mêmes ensuite, mais la moyenne n’ira pas », pressent-il.

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Soazig Le Nevé

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Education : de nombreux étudiants souhaitent se réorienter...

21 Janvier 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Université

Le sort des étudiants, privés de cours, de contacts et parfois de revenus préoccupe le gouvernement. Emmanuel Macron se rendra à l'université de Paris-Saclay (Essonne), jeudi 21 janvier.

Etudiante en première année d'histoire de l'art, Lydia Smadhi se rend, comme un an plus tôt, sur la plateforme Parcoursup. Après une année difficile, elle a décidé de se réorienter. "J'ai vraiment décroché. On est là, on est derrière notre écran, on regarde le prof parler, ce n'est pas comme en classe", confie-t-elle aux équipes de France Télévisions. Elle souhaiterait aujourd'hui entamer des études de japonais et est soutenue par sa famille. 

Jusqu'au 11 mars

A l'université de Cergy (Val d'Oise), les étudiants qui souhaitent se réorienter peuvent bénéficier de l'aide d'une conseillère. Sidonie Sauvé se prépare à de nombreuses visites et prévoit "une augmentation due aux cours à distance". Les étudiants en réorientation ont jusqu'au 11 mars pour s'inscrire sur Parcoursup et ajouter leurs vœux de formation

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« Le Covid-19 révèle les problèmes structurels de l’enseignement supérieur et, plus généralement, ceux de la jeunesse »

21 Janvier 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Université, #Jeunesse

« Le Covid-19 révèle les problèmes structurels de l’enseignement supérieur et, plus généralement, ceux de la jeunesse »

EXTRAITS

Les conditions d’existence difficiles des étudiants sont celles des 18 -25 ans, explique dans une tribune au « Monde » le sociologue François Vatin, pour qui la crise sanitaire met en évidence « la nécessité d’un grand service social de la jeunesse ».

Tribune. La fermeture des établissements d’enseignement supérieur au cours de l’hiver et du printemps 2020, leur réouverture un peu chaotique cet automne suivie de leur nouvelle fermeture sine die ont soulevé de nombreuses interrogations. Celles-ci révèlent les problèmes structurels de l’enseignement supérieur français et, plus généralement, ceux de la jeunesse postscolaire.

Commençons par l’incongruité, ô combien révélatrice, qui a conduit à ce que, depuis le second confinement, les universités soient fermées, mais pas les classes postbac des lycées, qui profitent de la protection accordée à l’enseignement secondaire. A l’instar des établissements culturels, l’université se voit alors rangée dans la catégorie du « non-essentiel », ce qui ne peut manquer d’alimenter un sentiment fondé de manque de considération des pouvoirs publics.

Une vision myope

Que penser d’une loi [celle de programmation de la recherche] promulguée le 24 décembre 2020, qui a conduit, par l’effet d’un amendement sénatorial de dernière minute, à bouleverser, sans concertation, les modalités du recrutement des universitaires ? Pourtant, sur deux points essentiels – la condition sociale étudiante et les modalités pédagogiques –, les idées les mieux partagées sur les effets désastreux du Covid-19 sur l’université me semblent témoigner d’une vision myope. Sur ces deux points, cette situation inédite devrait au contraire être mobilisée au profit de la résolution de problèmes antérieurs à l’épidémie et qui lui survivront.

(...)

Prise en charge

Ce que l’épidémie met donc en évidence, c’est la nécessité d’un grand service social de la jeunesse. On imagine des solutions spécifiques pour la population jeune qui ne serait ni en formation ni en emploi. C’est ne rien comprendre à la sociologie de la jeunesse, car ce sont les mêmes qui partagent leur vie entre temps de formation, petits boulots, engagements associatifs, etc.

Il faut arrêter de penser qu’un jeune de 18 à 25 ans, parce qu’il a une carte d’étudiant, rentrerait dans une catégorie spécifique dont la gestion sociale incomberait aux universités. Elles sont là pour former intellectuellement ceux qui en ont le désir, pas pour assurer la protection sociale de tous les bacheliers. On se préoccupe actuellement de l’accès des plus « fragiles » aux campus, autrement dit de ceux dont on sait que les chances d’obtenir leur diplôme sont extrêmement faibles, épidémie ou pas.

(...)

Bien sûr, l’enseignement universitaire à distance soulève des problèmes de natures diverses : qualité de l’équipement et des connexions, des étudiants et des enseignants, apprentissage des outils, imagination pédagogique… mais rien de tout cela n’est insurmontable et le contexte épidémique mérite qu’on s’attelle à résoudre ces problèmes.

Les vrais problèmes sont ailleurs ; ils sont antérieurs à l’épidémie qui les a seulement exacerbés. Peut-être aussi ces événements vont-ils permettre enfin de les aborder sereinement et sérieusement. A l’université aussi, on peut rêver du monde d’après…

François Vatin est professeur de sociologie à l’université Paris-Nanterre.

Tribune à lire intégralement en cliquant ci-dessous

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"Pandémie : des étudiants sacrifiés" - (Mais tellement sages...)

20 Janvier 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Université, #Education

"Pandémie : des étudiants sacrifiés" - (Mais tellement sages...)

Plus de cours en présentiel, plus de stages ou de voyages à l’étranger, pas de sortie possible après 20 heures et surtout… plus de boulot étudiant. Depuis la fin octobre, les étudiants sont "en mode survie". A Chambéry, le campus de l’Université Savoie Mont Blanc est vide, sauf le mardi.

Dans un local prêté par le CROUS, Nadia, présidente de l'association Etudébrouille participe aux distribution alimentaires. L'association a enregistré 130 inscriptions depuis le début de l'année et a triplé son nombre de bénéficiaires.

C'est dur de se concentrer sur ses études quand on doit déjà se demander comment on va pouvoir manger.

Les emplois universitaires, proposés par la fac pour les étudiants les plus précaires, ne sont plus d'actualité en période de confinement. A Chambéry, étudiants étrangers ou issus de familles en difficulté financière doivent se débrouiller seul dans des petits studios et faire face au coût d'une vie qui se fait de plus en plus pénible.

Les doutes, propres à de nombreux étudiants, se font de plus en plus prégnants : "ai-je fait les bons choix?", "Ne vaut-il pas mieux opter tout de suite pour la vie active?".

- Roxane a 22 ans. Etudiante et jeune mère, elle est en licence de droit et doit faire face à cette épreuve sans ressources autre que les aides dont elle bénéficie. Au moment de venir étudier à Chambéry après avoir obtenu un visa, elle avait découvert sa grossesse qui l'a forcée à refaire une première année de fac. 

Depuis cet incident, aucun membre de ma famille ne m'adresse plus la parole.

Quand il a découvert que j'avais eu un enfant, mon propriétaire s'est énervé, il a jeté mon frigo et toutes mes affaires par la fenêtre.

Finalement relogée près de l'université, les cours ne se font plus en présentiel. Suite à une rupture numérique, elle n'a pas été en mesure de passer certains examens. 

Quand ma fille dort et que je sais qu'elle ne se réveillera pas, vers une ou deux heures du matin, je me lève et je fais mes devoirs jusqu'à 5 heures avant de me réveiller à nouveau quelques heures plus tard.

Roxane a été employée dans différentes boîtes, de Monoprix à O'Tacos qui, à cause du confinement, ont été contraintes de licencier. Payer ses charges et se nourrir, elle et son enfant, est parfois très difficile.

J'ai envie de continuer mes études, ça a toujours été mon but mais je ne peux pas abandonner ma fille, je veux pouvoir, malgré tout ce qu'on traverse, être un exemple pour elle. 

Pouvant compter sur le soutien des assistantes sociales ou des conseiller.e.s de la Mission Locale, une de ses grandes craintes est pourtant d'être rapatriée et d'être séparée de sa fille par sa famille.

Avec ma mère, on se parle en cachette. Pour ma famille, avoir un enfant hors-mariage est une abomination, on ne me le pardonnera jamais.

Reportage : Valérie Borst  

Réalisation : Cécile Laffon

Chanson de fin: "Weight" par Ian William Craig, 2020

Merci aux étudiants du campus de Jacob-Bellecombette, à Sabrina, Roxane et Nadia de l’association Etudébrouille. Merci à La plateforme de soutien de l’USMB (Université Savoie Mont Blanc).

https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/pandemie-des-etudiants-sacrifies?actId=ebwp0YMB8s0XXev-swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13OojN5VSMd2TMt8SkIKwMoFh&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=634136#xtor=EPR-2-[LaLettre19012021]

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