Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

universite

Réformer l'université française? Impossible sans en éliminer les dérives... Que voici.

17 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Universite

Réformer l'université française? Impossible sans en éliminer les dérives... Que voici.

Une Huronne à Paris… ou les dérives de l’Université française

Professeure nord-américaine, Josette Féral se réjouissait d’occuper un poste à l’Université française. Elle y a découvert un système de pouvoir opaque et violent. Des mentalités d’un autre âge qui empêchent la faculté de rayonner à l’étranger comme elle le mériterait.

En repensant aux six années que je viens de passer en France, il m’apparaît désormais évident que le vrai problème de l’Université française, sa résistance à tout changement, ne vient pas des compétences de ses chercheurs ou enseignants (j’y ai rencontré des collègues extrêmement compétents et travailleurs), pas plus que des étudiants (qui ne diffèrent pas de ceux du reste du monde ; certains y sont excellents et d’autres peu à leur place à l’université) ; il ne tient pas non plus aux conditions matérielles, certes, difficiles, dans lesquelles l’Université française évolue : il tient, avant tout, à des fonctionnements et à des mentalités d’un autre temps qui handicapent toute évolution et court-circuitent tout changement qui pourrait se faire hors des schémas préétablis. Comment dès lors penser l’ouverture aux idées ? Aux autres visions de l’université ? Comment imaginer à un niveau national ou international l’avenir d’une discipline ? Ces comportements contribuent à paralyser l’Université française et l’empêchent d’occuper la place qui devrait être la sienne dans le monde.

Brimades. En 2008, le suicide d’une enseignante à l’université de Brest (article de l’Express du 15 avril 2011) attirait l’attention sur les irrégularités d’une commission qui avait mené à sa non-titularisation. En 2016, un professeur en cardiologie de l’hôpital Georges-Pompidou se suicidait au terme d’une série de mesures prises par ses supérieurs et ressenties comme des brimades par la victime. Ces exemples rappellent la violence de mondes - universitaire ou médical - que l’on croit feutrés, policés, dont on imagine volontiers qu’ils sont réservés à une élite intellectuelle, imprégnée de sagesse et de modération. Or, ceux-ci révèlent, examinés de près, une violence endémique, difficile à mettre en lumière mais bien réelle. Celle-ci s’exerce de façon sournoise, par petites touches sous les apparences de décisions prises démocratiquement, alors que cette collégialité de façade cache une collusion qui se fonde sur des factions travaillant dans l’ombre pour atteindre leurs objectifs et imposer leur vision d’un monde qu’ils n’imaginent pas autrement que hiérarchique, marqué par des privilèges qui ne tiennent pas au mérite mais aux petits pouvoirs méthodiquement mis en place.

Cette violence subreptice, affleurant, fait tellement partie des institutions que nombre de collègues français demeurent convaincus qu’il ne peut en être autrement. Selon cette vision du monde, il faut être le plus fort, à défaut d’être le meilleur. Les formes de pouvoir qui se mettent en place sont le fait d’apparatchiks qui s’imposent non par la force d’une pensée mais par un appétit de régenter le monde qui les entoure. «Il faudra que tu rentres dans le rang», disait une collègue senior à une jeune maître de conférences. Rentrer dans le rang, comme dans l’armée !

Les Petits Pouvoirs, comme les nommait une pièce de théâtre de la Québécoise Suzanne Lebeau, expliquent le désir d’asseoir l’illégitimité de cette autorité sur des apparences de démocratie, d’où la course pour occuper des postes décisionnels au sein des commissions ou des conseils de l’Université. Il ne s’agit pas d’aider l’institution à mieux fonctionner mais de la faire fonctionner à sa main, en éliminant ou en marginalisant, quand il le faut, les dissidents qui ne partagent pas nos idées.

Sans voix. L’observation du fonctionnement du milieu universitaire français et des structures qui y sont associées laisse parfois sans voix : décisions prises dans l’opacité la plus complète, absence de consultation réelle à l’interne, actions qui relèvent du contournement le plus évident des règles déontologiques, absentéisme endémique aux réunions, commissions de recrutement noyautées en amont pour s’assurer du choix final des candidats, postes taillés sur mesure pour certains candidats, sélection arbitraire de doctorants auxquels sont attribués des contrats doctoraux ou des postes d’Ater [attaché temporaire d’enseignement et de recherche], candidatures étudiées sommairement, exclusion de collègues compétents des responsabilités internes. «Il faut vivre et laisser vivre», me disait un directeur philosophe. Dans son discours, il s’agissait de laisser vivre certains et d’en sacrifier d’autres sans complexe. Le fonctionnement de la recherche n’est guère plus démocratique. Ainsi, avons-nous tenté, avec quelques collègues de l’IET [l’Institut d’études théâtrales] et d’ailleurs, de créer une équipe de recherche nouvelle, interdisciplinaire. Elle fut tout de suite perçue comme dissidente. Au lieu de voir dans cette initiative une volonté de renouvellement, les équipes existantes y virent une menace et un désaveu. La sanction fut immédiate. La douzaine de collègues aux CV conséquents qui formaient l’équipe fut mise au ban, et les directeurs de thèse exclus de l’Ecole doctorale, sans autre forme de procès, du jour au lendemain. Ailleurs, il aurait suffi d’une semaine pour révéler non seulement le caractère scandaleux d’un tel comportement mais son absolue illégalité. Mais en France, une telle situation peut durer des années sans que les responsables n’interviennent.

Le fonctionnement de l’évaluation des enseignants n’a guère amélioré les choses. Les critères de cette évaluation ne sont que rarement énoncés clairement et souvent laissés à une subjectivité que n’épargnent pas les règlements de compte. Les bourses et postes d’allocataires étant comptabilisés au bénéfice des enseignants (!), l’on assiste à des batailles où chacun tente de placer ses étudiants et non de promouvoir les plus méritants. Cette dérive est amplifiée du fait que le nombre de dossiers étant fort élevé, nombre de collègues se dispensent de les lire, faisant confiance à ceux qui se sont prononcés avant eux et qui ont, en principe, évalué les dossiers en amont. L’ex-système mandarinal a ainsi cédé la place à un semblant de méritocratie particulièrement hypocrite et pernicieux.

Il n’existe malheureusement, au sein des institutions, aucun rempart contre les féodalités, et les petits chefs s’y imposent. Tous les garde-fous disparaissent, et l’on retrouve souvent les mêmes personnes (ou leurs séides) dans différentes instances, dûment placées par leur faction. Les mesures ministérielles tentent d’endiguer ce mode de fonctionnement et semblent en avoir accru, sans l’avoir voulu, le côté négatif, en ce qui concerne les commissions de recrutement notamment. Les voies de contournement des lois demeurent nombreuses et sont largement exploitées. Comment éviter la cooptation, le renforcement d’une seule vision disciplinaire, le choix de gens qui nous ressemblent, que nous avons déjà côtoyés, formés et qui pensent comme nous ? L’inbreeding, considéré ailleurs comme source d’enfermement intellectuel, est devenu la norme. La «diversité» mais une diversité qui nous ressemble.

Dans la distribution au compte-gouttes de gratifications, pièce majeure du système, tout se monnaye donc, et chacun accepte de prêter son vote à de petites vilenies, traîtrises, injustices au nom de la nécessité d’éviter les ruptures et d’assurer, du moins en apparence, le bon fonctionnement de l’ensemble. Petites lâchetés au quotidien dûment récompensées et qui participent de l’immobilisme global et de la surveillance réciproque.

Connues, reconnues et commentées abondamment en privé, ces dérives sont rarement dénoncées en public de peur d’en payer le prix - dérisoire mais néanmoins important - sous forme de refus de promotion, de prime de recherche ou de congé sabbatique. Un fonctionnement tribal pourrait-on dire où il est indispensable pour survivre d’adhérer au groupe. Sans doute chacun se dit-il, en son for intérieur, qu’il n’y a rien à faire. Résignation peut-être qui finit par imprégner toute l’atmosphère et dicter les comportements. Les étudiants le constatent. Triste entrée dans le monde professionnel qu’ils ont choisi.

Partage. La raison sans doute en est que les présidents d’université n’ont pas toujours le pouvoir qui devrait leur revenir, et que leur périmètre d’action est somme toute limité. Partage des pouvoirs et démocratie obligent. La crainte endémique au sein de l’institution est toujours de voir les «responsables» au plus haut niveau imposer leur vision sans consultation de la base même si le fonctionnement de cette base est souvent totalement dévoyé ! Aussi présidents et vice-présidents naviguent-ils souvent entre les factions politiques, s’usant dans des guerres de pouvoir et réussissant, tout au plus, à gérer les apparences de la démocratie, au lieu de consacrer tous leurs efforts au bon fonctionnement de l’institution.

Comment dès lors, dans un pareil système, pouvoir penser l’ouverture à d’autres organisations universitaires, d’autres visions, d’autres perspectives ? Comment imaginer que les universités, pourtant si mal en point, puissent s’ouvrir à des modifications radicales et profondes, indispensables pour l’avenir ? Comment peuvent-elles changer d’ère ?

Lire la suite

Admission post bac... Une bombe à retardement: l'éclosion d'un système à plusieurs vitesses... (+ "A retenir")

31 Octobre 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Université

Admission post bac... Une bombe à retardement: l'éclosion d'un système à plusieurs vitesses... (+ "A retenir")

Le gouvernement le jure, sa réforme de l'accès à l'enseignement supérieur n'est pas une manière déguisée d'introduire de la sélection à l'université. Mais est-ce réellement le cas ? Ne va-t-on pas assister à l'éclosion d'un système à plusieurs vitesses ? Entretien avec la sociologue Annabelle Allouch. 

Après deux mois de concertation, le gouvernement a dévoilé le 30 octobre les nouveaux contours de l’enseignement supérieur dès la rentrée 2018 (lire ici notre article sur le sujet). La future loi prévoit en effet que chaque bachelier pourra accéder à la filière de son choix, écartant ainsi la perspective d’une sélection sèche, réprouvée par la plupart des syndicats et organisations étudiantes. Mais il n’est pas question de conserver un accès libre, comme c’est le cas actuellement, à l’université. Un bachelier qui ne remplirait pas un certain nombre de critères pourra en effet se voir imposer par l’université une remise à niveau pour s’inscrire à la filière de son choix. Si jamais le nombre de places était insuffisant, la priorité serait donnée aux meilleurs profils.

Annabelle Allouch est maître de conférences à l’université de Picardie Jules-Verne et auteure de La Société du concours, l’empire des classements scolaires (éditions du Seuil), où elle interroge « l’habillage méritocratique » de notre société et sa capacité à exacerber la concurrence sur la base des concours. Elle analyse pour Mediapart les conséquences possibles de cette réforme « aux intentions louables ».

Le gouvernement explique ne pas introduire de sélection à l'université avec cette réforme. Est-ce vraiment le cas ?

Annabelle Allouch : Pour moi, la France s’aligne sur les standards internationaux (et surtout américains) de sélection avec cette réforme. L’enseignement supérieur tel qu’on l’a connu n’existera plus. Il y a de la sélection même si le gouvernement explique le contraire. Dès lors qu’on institue des prérequis ou des attendus, on met une conditionnalité, donc c’est de fait de la sélection. On demande à des étudiants de respecter des conditions scolaires, de motivation et de compétences. C’est aussi une forme de sélection lorsqu’on demande aux universitaires de mettre en œuvre un choix. Si on reprend la formule de Bourdieu, le concours, c’est transformer des micro-différences (un demi-point) en propriétés sociales. Là, on transforme une batterie de critères en un statut scolaire et social qui différenciera le dernier étudiant admis du premier lycéen recalé. C’est la même logique. Il est intéressant de noter dans le dossier de presse du gouvernement qu’il y a un rétropédalage par rapport au discours d’Emmanuel Macron, qui expliquait en septembre que l’université n’est pas pour tout le monde. Dorénavant, le gouvernement insiste sur la nécessaire démocratisation de l’université, en intégrant dans sa communication des éléments de critique sur les inégalités sociales et en rappelant le poids du milieu social pour mieux les désamorcer. Ils sont sortis de leur approche trop brutale et frontale, qui aurait pu être le catalyseur d’une mobilisation des jeunes et des syndicats. 

Le gouvernement assure vouloir, avec cette réforme, juguler la sélection par l’échec qui donne lieu à 60 % d’abandon en première année de licence ; est-ce une réponse pertinente à cette situation ?

Il y a deux mythes qui ont la vie dure. Il y a ce mythe de l’étudiant de bac professionnel voulant aller en fac de philosophie, qui agit comme une figure repoussoir alors qu’ils sont très minoritaires à vouloir s’engager dans ce type de cursus. Et puis, il y a ces 60 % d’échec en licence. En réalité, on ne sait pas vraiment où vont ces étudiants. Si nous, à l’université, on n’arrive pas à le déterminer clairement, le gouvernement ne peut pas le savoir aussi. Certains disparaissent, mais peut-être pour avoir une meilleure situation. Parler de sélection par l’échec, c’est aussi sous-entendre qu’aller directement sur le marché du travail, ou en formation, c’est un échec. Que l’étudiant qui a choisi finalement une voie professionnelle plus rapide fait erreur. Le gouvernement impose ainsi une lecture de l’échec et de la réussite : pour lui, la seule façon de réussir dans notre société, c’est de décrocher un diplôme d’études supérieures. On impose une forme normée de réussite, avec une vision élitiste et très tranchée sur la réussite dans le monde social. Il y a les diplômés et les autres, ce qui contribue à reproduire des hiérarchies scolaires. 

Il fallait mettre fin au tirage au sort, explique aussi l’exécutif. Est-ce une motivation suffisante pour la réforme ? 

C’est un discours de justification hyper huilé, qui a bien fonctionné. C’est un coup à deux bandes, en disant « on met fin au tirage au sort », alors que c’est marginal. Les familles en ont peur. Le gouvernement a mis en scène un tirage au sort qui concernerait tout le monde. La rhétorique est imparable : vous n’aimez pas le tirage au sort, le hasard, donc on le remplace par le mérite. C’est du faux bon sens, mais c'est très malin d’un point de vue politique et ça permet de justifier l’introduction d’une réforme impopulaire depuis Mai 68. 

Est-ce que cette réforme signe la fin de la liberté d’accès à l’enseignement supérieur pour tous ?

Le bac reste la condition d’accès à l’enseignement supérieur. Mais l’efficacité et la transparence deviennent les valeurs principales du système qui s’impose aux bacheliers. Ça change que la notion d’égalité dans l’accès du diplôme n’est plus garantie par l’État. C’est dorénavant un système plus élitiste et méritocratique qui s’impose. Ce n’est ni négatif ni positif, mais il faudra montrer son mérite pour avoir accès à la filière de son choix. En ce sens, ce système est opposé à l’égalitarisme inspiré par Mai 68, qui a perduré pour des raisons politiques.

Le mot « attendus » a été préféré à celui de « prérequis », plus connoté ; qu’est-ce que cela signifie ?  

Le terme « attendus » fait basculer la responsabilité du côté de l’élève. On lui demande de respecter ces attendus, ce qui est plus subtil avec le terme de prérequis. Il y avait dans ce dernier terme une ambiguïté entre les responsabilités de l’État, de l’université et de l’élève. Sans compter qu’il sonne moins bien à l’oreille, comme l’a dit la ministre de l’enseignement supérieur.

Est-ce que cela va dissuader des jeunes de postuler à telle ou telle filière ? 

De toute façon, dès que la sélection est introduite, toutes les études sont très claires, on décourage une partie du public lycéen qui, de facto, anticipe cette conditionnalité et se place là où il pense qu’il sera accepté. Donc certains vont forcément se dire qu’ils n’ont pas de place ailleurs qu’en BTS. C’est d’ailleurs ici qu’on ajoute des places, pas à l’université, le message est clair. Les plus fragiles – et il y a toujours une corrélation entre le milieu d’origine et la réussite – vont s’écarter d’eux-mêmes. Dans le document du ministère, il y a une vraie reconnaissance de ce poids du milieu social, mais on n’y apporte pas de vraie réponse. On connaît ce constat sociologique, mais l’État ne tente plus de jouer le rôle de permettre une mobilité sociale aux citoyens. 

Va-t-il y avoir plus de pression au lycée pour penser ce parcours d’orientation ?

Les professeurs de Terminale se consacrent déjà à l’orientation des élèves, mais manqueront de temps pour mettre en œuvre les mesures requises, par exemple lors des conseils de classe. Il y a déjà un programme très lourd pour le bac, de fait cela va être délégué au marché privé. Les familles vont ressentir une pression supplémentaire. D’autant que concentrer tous les efforts sur la classe de Terminale n’est pas la meilleure des idées. Les filières sélectives prennent les notes dès la Seconde et la Première, ce que les élèves qui visent des classes préparatoires savent comme ceux qui viennent des familles les mieux informées. On opère déjà un tri entre ceux qui l’ont compris et les autres. On peut aussi se demander comment cela va être encadré, avec quels financements précis ? Quelle formation va être donnée à ces professeurs qui ne connaissent pas toutes les filières existantes ? Sur le papier, les intentions sont bonnes, mais se focaliser sur la Terminale et sans financement me paraît discutable. 

Est-ce que cela signifie qu’un lycéen moyen n’aura plus la possibilité d’intégrer une fac de droit, où il se serait révélé ? 

Ça laisse moins de place aux trajectoires non rectilignes. Les Anglo-Saxons appellent cela les « late bloomers », soit ceux qui fleurissent plus tard. Ce système-là est mieux accepté chez eux. On se place, en France, dans le culte de la précocité. On valorise chaque année le marronnier du plus jeune bachelier de France ou celui qui entre à Polytechnique à 15 ans. La fonction de tri de l’école tourne à plein : on valorise ceux qui sont bons depuis le début. Alors que ceux qui ratent sont envoyés vers les sections professionnelles : « Tu n’es pas bon, alors sois au moins utile ! » La possibilité d’avoir accès à un savoir détaché d’une forme d’utilitarisme sera réservée à une élite. Les autres sont cantonnés à un savoir professionnel, défini comme « utile » à la société. Alors qu’en philosophie, par exemple, on apprend un raisonnement, à développer une argumentation, le sens de la lecture et de l’écriture. C’est aussi un savoir utile pour tous.

Les bacheliers des filières technologiques auront-ils moins de chances face aux bacheliers des filières générales ? 

On renforce ici de fait les hiérarchies entre filières : entre bacs technologiques, pro généraux et entre certains types de bacs généraux. On dévalorise les filières technologiques et professionnelles dans ce système d’enseignement supérieur en les forçant à aller vers un choix défini pour eux. On renforce les hiérarchies en mettant cette conditionnalité. Certains universitaires pensent qu’on peut revaloriser ainsi les établissements sur le dos des lycéens professionnels, souvent issus de milieux populaires. Ils ont la nostalgie de leur statut de mandarins et n’ont pas de problème à leur dire « on ne veut plus de vous ». 

Les « attendus » auront un cadrage national pour éviter les abus, mais pourront édicter des spécificités locales. Est-ce que certaines universités ne vont pas être tentées de mettre des exigences très sélectives pour barrer la porte, créant de fait des inégalités entre elles ? 

Évidemment, avec ce pas de deux, lié à la volonté d’octroyer encore plus d’autonomie aux universités, on leur donne la latitude de sélectionner un public ciblé et privilégié. Tout le monde est sous la pression des classements internationaux, on veut les meilleurs élèves pour espérer y figurer en bonne place. 

Le dossier scolaire antérieur devrait être pris en compte, ainsi que par exemple la pratique d’une activité extrascolaire, chose qui n’est pas systématique dans tous les milieux sociaux. Y a-t-il un risque de défavoriser les moins aisés ? 

Évidemment. Malgré des formes de bonne volonté, il y aura des inégalités pour ceux qui ne sont engagés dans rien. Mais cela dépend aussi de la définition du cursus extrascolaire. Si l’on ne prend en compte, et je suis caricaturale, que la pratique du tennis ou du violon, oui, cela va désavantager les plus faibles. Mais si l’on valorise les petits boulots par exemple, ce sera mieux, même si cela risque de rejouer les inégalités du secondaire, où les familles auront les moyens d’envoyer à la fois leurs enfants au théâtre et au tennis, là où les plus populaires feront seulement une activité si elle est soutenue par la mairie. 

Comment réformer un système qui est à bout de souffle ? 

Concernant le système universitaire, la solution la plus simple consiste à faire les choix budgétaires (par un investissement massif dans le recrutement d'universitaires, de personnels administratifs et dans la construction de locaux) correspondant vraiment à la politique de démocratisation qui a été celle des cinquante dernières années, et qui a abouti à l'accès à l'enseignement supérieur d'une grande partie d'une classe d'âge dans de nombreux pays occidentaux et ailleurs. Individualiser l'université, comme le propose cette réforme, en  s'adaptant aux besoins de chaque lycéen et de chaque étudiant, me paraît être un objectif louable, mais impossible à tenir dans les  faits, sans une masse critique d'enseignants et de personnels administratifs. 

Il y a aussi un deuxième volet qui concerne la revalorisation symbolique et financière des métiers « dits » manuels, de l'apprentissage et de la formation tout au long de la vie, et qui me paraît également indispensable pour espérer atteindre une forme de justice sociale. Sans cela, il faudra que le gouvernement assume devant ses électeurs, non seulement l'avènement d'un système dont la finalité est exclusivement élitiste, mais également l'abandon pur et simple de l'idée d'un accès au savoir pour tous, à la faveur d'un savoir devenu un bien privé, réservé à une minorité.

Faïza Zerouala

A retenir

"Un bachelier qui ne remplirait pas un certain nombre de critères pourra en effet se voir imposer par l’université une remise à niveau pour s’inscrire à la filière de son choix. Si jamais le nombre de places était insuffisant, la priorité serait donnée aux meilleurs profils."

"La France s’aligne sur les standards internationaux (et surtout américains) de sélection avec cette réforme. L’enseignement supérieur tel qu’on l’a connu n’existera plus. Il y a de la sélection même si le gouvernement explique le contraire. Dès lors qu’on institue des prérequis ou des attendus, on met une conditionnalité, donc c’est de fait de la sélection."

"Il y a un rétropédalage par rapport au discours d’Emmanuel Macron, qui expliquait en septembre que l’université n’est pas pour tout le monde. Dorénavant, le gouvernement insiste sur la nécessaire démocratisation de l’université, en intégrant dans sa communication des éléments de critique sur les inégalités sociales et en rappelant le poids du milieu social pour mieux les désamorcer. Ils sont sortis de leur approche trop brutale et frontale, qui aurait pu être le catalyseur d’une mobilisation des jeunes et des syndicats."

"Il y a deux mythes qui ont la vie dure. Il y a ce mythe de l’étudiant de bac professionnel voulant aller en fac de philosophie, qui agit comme une figure repoussoir alors qu’ils sont très minoritaires à vouloir s’engager dans ce type de cursus. Et puis, il y a ces 60 % d’échec en licence. En réalité, on ne sait pas vraiment où vont ces étudiants. Si nous, à l’université, on n’arrive pas à le déterminer clairement, le gouvernement ne peut pas le savoir aussi."

"Parler de sélection par l’échec, c’est aussi sous-entendre qu’aller directement sur le marché du travail, ou en formation, c’est un échec. Que l’étudiant qui a choisi finalement une voie professionnelle plus rapide fait erreur. Le gouvernement impose ainsi une lecture de l’échec et de la réussite : pour lui, la seule façon de réussir dans notre société, c’est de décrocher un diplôme d’études supérieures."

"Il y a les diplômés et les autres, ce qui contribue à reproduire des hiérarchies scolaires."

"Il fallait mettre fin au tirage au sort, explique aussi l’exécutif. Est-ce une motivation suffisante pour la réforme ? 

C’est un discours de justification hyper huilé, qui a bien fonctionné. C’est un coup à deux bandes, en disant « on met fin au tirage au sort », alors que c’est marginal. Les familles en ont peur. Le gouvernement a mis en scène un tirage au sort qui concernerait tout le monde. La rhétorique est imparable : vous n’aimez pas le tirage au sort, le hasard, donc on le remplace par le mérite. C’est du faux bon sens, mais c'est très malin d’un point de vue politique et ça permet de justifier l’introduction d’une réforme impopulaire depuis Mai 68."

"Dès que la sélection est introduite, toutes les études sont très claires, on décourage une partie du public lycéen qui, de facto, anticipe cette conditionnalité et se place là où il pense qu’il sera accepté. Donc certains vont forcément se dire qu’ils n’ont pas de place ailleurs qu’en BTS. C’est d’ailleurs ici qu’on ajoute des places, pas à l’université, le message est clair. "

"Concentrer tous les efforts sur la classe de Terminale n’est pas la meilleure des idées. Les filières sélectives prennent les notes dès la Seconde et la Première, ce que les élèves qui visent des classes préparatoires savent comme ceux qui viennent des familles les mieux informées. On opère déjà un tri entre ceux qui l’ont compris et les autres."

"On peut aussi se demander comment cela va être encadré, avec quels financements précis ? Quelle formation va être donnée à ces professeurs qui ne connaissent pas toutes les filières existantes ?"

"On se place, en France, dans le culte de la précocité. On valorise chaque année le marronnier du plus jeune bachelier de France ou celui qui entre à Polytechnique à 15 ans. La fonction de tri de l’école tourne à plein : on valorise ceux qui sont bons depuis le début. Alors que ceux qui ratent sont envoyés vers les sections professionnelles : « Tu n’es pas bon, alors sois au moins utile ! »"

"On renforce ici de fait les hiérarchies entre filières : entre bacs technologiques, pro généraux et entre certains types de bacs généraux. On dévalorise les filières technologiques et professionnelles dans ce système d’enseignement supérieur en les forçant à aller vers un choix défini pour eux. On renforce les hiérarchies en mettant cette conditionnalité. Certains universitaires pensent qu’on peut revaloriser ainsi les établissements sur le dos des lycéens professionnels, souvent issus de milieux populaires. Ils ont la nostalgie de leur statut de mandarins et n’ont pas de problème à leur dire « on ne veut plus de vous »."

"Est-ce que certaines universités ne vont pas être tentées de mettre des exigences très sélectives pour barrer la porte, créant de fait des inégalités entre elles ? 

"Évidemment, avec ce pas de deux, lié à la volonté d’octroyer encore plus d’autonomie aux universités, on leur donne la latitude de sélectionner un public ciblé et privilégié. Tout le monde est sous la pression des classements internationaux, on veut les meilleurs élèves pour espérer y figurer en bonne place."

"Concernant le système universitaire, la solution la plus simple consiste à faire les choix budgétaires (par un investissement massif dans le recrutement d'universitaires, de personnels administratifs et dans la construction de locaux) correspondant vraiment à la politique de démocratisation qui a été celle des cinquante dernières années, et qui a abouti à l'accès à l'enseignement supérieur d'une grande partie d'une classe d'âge dans de nombreux pays occidentaux et ailleurs."

"Il y a aussi un deuxième volet qui concerne la revalorisation symbolique et financière des métiers « dits » manuels, de l'apprentissage et de la formation tout au long de la vie, et qui me paraît également indispensable pour espérer atteindre une forme de justice sociale. Sans cela, il faudra que le gouvernement assume devant ses électeurs, non seulement l'avènement d'un système dont la finalité est exclusivement élitiste, mais également l'abandon pur et simple de l'idée d'un accès au savoir pour tous, à la faveur d'un savoir devenu un bien privé, réservé à une minorité."

Lire la suite

Enseignement supérieur : la réforme "ne réglera rien de plus", estime Michel Lussault...

30 Octobre 2017 , Rédigé par RTL Publié dans #Education, #Universite

Enseignement supérieur : la réforme "ne réglera rien de plus", estime Michel Lussault...

Pour l'ancien président du Conseil Supérieur des Programmes Michel Lussault, le débat posé par la réforme de l'Enseignement supérieur ne réglera pas le réel problème que pose la sélection à l'université.

Le gouvernement doit présenter ce lundi 30 octobre au matin son projet de loi sur l'enseignement supérieur. Cette réforme devrait marquer la fin du tirage au sort et l'arrivée d'une forme de sélection à l'entrée de l'université. Michel Lussault, ancien président du Conseil Supérieur des Programmes - un poste dont il a démissionné fin septembre -, fait partie des opposants à cette réforme et considère que le problème n'est pas bien identifié. "La question n'est sans doute pas celle de la sélection", estime-t-il au micro de RTL.

"J'ai été président d'université entre 2003 et 2008. Et à l'époque, nous nous posions les mêmes questions et nous proposions les mêmes solutions, déplore Michel Lussault. Pourquoi a-t-il fallu quinze ans d'attente pour finalement mettre sur la table le même type d'interrogation ? C'est bien que rien n'a été réglé et je pense qu'hélas ce qui sera proposé par la ministre ne réglera rien de plus", poursuit-il.

Selon l'ex-président du Conseil Supérieur des Programmes, pour poser la réelle question de la sélection, "il faudrait s'attaquer d'abord à l'organisation des filières du lycée (...) et surtout à l'organisation générale du post-bac". Michel Lussault pense que cette dernière en France est "très particulière, parce que les universités y sont faibles et déconsidérées. Lorsque l'on souhaite faire des études prestigieuses on ne passe pas par l'université, on a même l'impression que c'est une tuile."

Sarah Belien

A écouter ci-dessous dans son intégralité

Lire la suite

Hamon veut un milliard par an pour la recherche et l'enseignement supérieur...

7 Mars 2017 , Rédigé par Sciences et Avenir Publié dans #Education, #Université

Résultat de recherche d'images pour "hamon"

LP/Olivier Lejeune

Benoît Hamon, candidat socialiste à la présidentielle, a proposé samedi d'investir un milliard d'euros par an dans la recherche et l'enseignement supérieur lors du prochain quinquennat, épinglant aussi des propositions d'Emmanuel Macron comme "irruption du libéralisme dans l'éducation".

Interpellé plusieurs fois au cours d'une réunion publique à Reims sur ses mesures en matière d'éducation et de recherche, M. Hamon a exprimé sa volonté de "consacrer des investissements importants", à savoir "un milliard d'euros par an" pour "la recherche et l'université, ce qui sur le quinquennat fera un investissement de 5 milliards d'euros".

"Ce n'est pas possible d'étudier dans de bonnes conditions quand on reçoit une leçon magistrale dans un amphithéâtre bondé. C'est la réalité dans de nombreuses universités et cela précipite l'échec", a souligné celui qui fut brièvement ministre de l'Education (avril-août 2014) avant son départ du gouvernement.

"Non pas que le gouvernement n'ait pas agi", a encore plaidé M. Hamon, citant "l'effort qui a été fait sur ce quinquennat en faveur des universités", "l'amélioration de l'aide sociale aux étudiants" ou "la réforme des COMUE (Communauté d'universités et d'établissements, ndlr)". "Mais il faut aller encore plus loin", a-t-il insisté.

"La deuxième chose, c'est le statut des chercheurs, des enseignants post-doctorat, dans tous les métiers de l'université, on se rend compte qu'il y a énormément de précarité qui se ressent sur la qualité des cours", a assuré le candidat socialiste, qui veut revaloriser les carrières.

M. Hamon s'est aussi dit "frappé de voir comment la recherche publique aujourd'hui est obsédée par la recherche au financement (...) pour parfois délaisser ce qui devrait être le travail du chercheur". Il a souhaité "donner de la stabilité et de la visibilité à la recherche publique" en gonflant substantiellement l'enveloppe allouée.

"Pour faire simple, il n'y aura pas d'alternative demain aux pesticides s'il n'y a pas de recherche pour trouver des substituts", a-t-il encore souligné, pour justifier d'en faire "la priorité absolue" s'il est élu.

M. Hamon en a profité pour décocher une flèche en direction du candidat d'En Marche! et ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron, qui a multiplié récemment les propositions en matière d'éducation.

"Je suis tombé de ma chaise quand j'ai appris qu'Emmanuel Macron proposait la liberté pour les écoles de fixer les rythmes scolaires et la liberté de recruter les enseignants", a grincé M. Hamon.

"Mais où croyez-vous qu'iront les meilleurs ? Là où sont déjà les meilleurs", a assuré ce député des Yvelines.

"Que croyez-vous que seront les rythmes éducatifs ? Ce sera des écoles avec chacun son rythme. Et comment organisera-t-on le service public? Cela sera l'irruption du libéralisme dans l'Education nationale. (...) Oublions l'égalité", a-t-il encore tempêté.

Et le candidat socialiste de promettre, lui, de "hisser l'école, le collège et le lycée à des niveaux qui permettent effectivement d'assurer l'égalité, et pas seulement d'en parler".

Durant l'heure et demie de questions-réponses, M. Hamon a notamment réaffirmé son soutien à "la procréation médicalement assistée pour les couples de lesbiennes", se disant "pas favorable à la gestation pour autrui".

Interrogé par les journalistes sur les derniers rebondissements de l'affaire Fillon, M. Hamon s'est refusé à commenter, considérant que cela parasite la campagne et empêche de débattre sur le fond. "Je ne parlerai plus de Fillon", a-t-il coupé court, visiblement excédé.

Sciences et Avenir (Avec AFP)

Lire la suite

Michel Lussault : "Je plaide pour une licence aux deux premières années très générales"...

17 Février 2017 , Rédigé par EducPros.fr Publié dans #Education, #Université

Résultat de recherche d'images pour "université"
Un enseignement moins spécialisé dans le secondaire, une licence universitaire ouverte à tous avec deux premières années non disciplinaires… Michel Lussault, ancien président d'université, aujourd'hui président du Conseil supérieur des programmes, donne à EducPros sa vision du bac - 3/bac + 3.
Dans une interview à EducPros, Thierry Mandon a annoncé vouloir "supprimer le tirage au sort à l'université". Que pensez-vous de ce mode de sélection ?
Ce système est profondément insatisfaisant. Le tirage au sort est le symptôme le plus visible du dérèglement du système d'orientation et d'une crise qui dure depuis plus d'une décennie.

Ce qui amène au tirage au sort est en fait le résultat d'événements qui se déroulent dès la seconde, où les premiers processus de sélection, que l'on appelle orientation, se mettent en place. La centrifugeuse Éducation nationale fonctionne à plein, entre ceux appelés à choisir les meilleurs cursus et les autres. Ce qui conduit, par exemple, les meilleurs élèves à aller en filière scientifique, même s'ils n'ont aucune appétence pour les sciences.

Nous n'avons pas totalement digéré les conséquences de la démocratisation de l’éducation et ne savons pas quoi faire d'un système qui accueille un maximum de personnes d'origines diverses. Nous sommes encore dans le palliatif. Depuis que je suis universitaire, j'ai toujours vécu les soins palliatifs… Nous ne parvenons pas à tirer profit de la mise en place du système LMD (licence, master, doctorat). Le continuum bac – 3/bac + 3 reste un slogan, alors que cela pourrait être mobilisateur.

Que proposez-vous alors pour réduire l'échec en première année de licence ?
Tout d'abord, ce constat doit être relativisé. On considère l'échec simplement sous le prisme des chiffres et non sous celui des flux. Si certains étudiants échouent en première année de licence, c'est aussi pour se réorienter dans une filière où ils réussiront.

Lorsque j'étais président d'université, j'ai toujours dit que j'étais partisan d'une restructuration totale de la licence. Tous les élèves de France doivent pouvoir suivre une formation de haut niveau, avec, pourquoi pas, un système de majeure et de mineure, comme la réforme Bayrou le proposait, ce qui n'avait pas que des mauvais côtés. Un maximum de bacheliers doit poursuivre ses études pour gagner en compétence, même si, pour moi, le BTS doit rester la voie naturelle pour les bacheliers professionnels.

C'est pourquoi je plaide en faveur d'une licence généraliste où les deux premières années ne seraient pas disciplinaires. Nous devons avoir le courage, comme le propose d'ailleurs, à l'origine, le LMD, de mettre en place deux premières années très générales, avec de la modularité, de l'interdisciplinarité, une plus grande proximité avec les enseignants, de l'auto-évaluation des étudiants…

"Un maximum de bacheliers doit poursuivre ses études pour gagner en compétence."

Cela pourrait passer par une refondation des universités sous la forme des "colleges" anglo-saxons, qui compteraient cinq grandes familles de premier cycle universitaire : la santé, les sciences humaines et sociales, la technologie, les sciences et droit-économie-gestion. Des passerelles seraient possibles et, ensuite, les étudiants enchaîneraient avec une "graduate school".

Aujourd'hui, nous sommes dans la caricature : d'un côté, on souhaite que l'on n'oppose rien aux étudiants ; de l'autre on veut absolument mettre en adéquation l'université avec le marché de l'emploi. Or, l'université est d'abord un endroit où l'on se forme !

Les programmes et méthodes pédagogiques du lycée et de l'université doivent-ils se rapprocher, afin de faciliter la transition ?
Je n'y suis pas favorable. L'intérêt du supérieur est de changer de registre. Les universités doivent être des lieux où l'on redécouvre des savoirs. C'est pour cela, mais pas uniquement bien entendu, que je suis opposé aux classes préparatoires : les élèves doivent sortir du lycée.

(...)

Suite et fin à retrouver en cliquant ci-dessous

Propos recueillis par Erwin Canard

Lire la suite

La réforme du cursus conduisant au diplôme national de master adoptée par l’Assemblée nationale, à l’issue d’un vote conforme historique... (Vidéo)

20 Décembre 2016 , Rédigé par MEN Publié dans #Université, #Education

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche se félicitent de l’adoption historique par l’Assemblée nationale de la réforme du cursus conduisant au diplôme national de master.

Cette proposition de loi achève le sens de la réforme LMD adoptée il y a près de 15 ans et met fin à la situation incohérente d’une sélection entre la première et la seconde année de master au profit d’un recrutement à l’entrée du M1 assorti d’un droit à la poursuite d’études pour tous les diplômés de licence et d’un droit à l’information permettant à chacun de construire son orientation, Cette proposition de loi offre des garanties de clarté et de continuité aux établissements et aux étudiants. Désormais, aucun diplômé de licence souhaitant poursuivre ses études en master ne sera sans solution, sans choix, sans droit.

Cette proposition de loi vient traduire le protocole d’accord conclu le 4 octobre avec les organisations représentatives des étudiants, des personnels et des établissements, dont les termes ont été approuvés à une large majorité le 17 octobre par le Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (CNESER). Adoptée dans les mêmes termes à l’Assemblée nationale et au Sénat, cette proposition de loi sera très prochainement promulguée et pourra entrer en vigueur dès la rentrée universitaire prochaine.

Lire la suite

Autonomie des universités et sélection, bis repetita à droite?... Par Claude Lelièvre...

28 Octobre 2016 , Rédigé par Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Université

Autonomie des universités et sélection, bis repetita à droite?... Par Claude Lelièvre...

Si on en croit « Le Monde » qui a interrogé les candidats à la primaire de droite, « tous prônent un acte II de l'autonomie » des universités, et tous envisagent plus de dispositifs de sélection ou à tout le moins d'orientation « renforcée ».

C'est un terrain sur lequel ne s'était guère aventurée franchement la droite depuis ses mésaventures cuisantes en 1986 (il y a tout juste trente ans) avec pour épilogue le retrait pur et simple de la réforme ''Devaquet''

Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet. Afin qu'on n'y voit pas quelque propos de circonstance, je me contenterai d'extraits d'un chapitre du livre que j'ai écrit en 2008 : « Les politiques scolaires mises en examen » (ESF)

« Fin avril 1993, Edouard Balladur est nommé Premier ministre, François Bayrou ministre de l’Education nationale, et François Fillon ministre de l’Enseignement supérieur. Une proposition de loi relative aux établissements publics d’enseignement supérieur est déposée le 8 juin 1993 par treize députés du RPR et de l’UDF sur le bureau de l’Assemblée nationale, avec l’accord du ministre de l’enseignement supérieur François Fillon. Il s’agit, selon les signataires, de « rechercher l’assouplissement de la législation applicable aux établissements » ; tout établissement doit pouvoir « expérimenter des formules nouvelles de nature à favoriser l’ouverture des formations dispensées sur le monde socio-économique ou le développement des activités de recherche ». La proposition précise que le ministre de l’Enseignement supérieur pourra s’opposer aux demandes de dérogation à la loi « Savary » de 1984 (toujours formellement en place) « qui lui paraîtraient contraires aux missions de l’université, à la cohérence du système d’enseignement et de recherche, et au caractère national des diplômes ».

La loi est votée début juillet. Mais, comme le rapporte le journal « Le Monde » du 30 juillet 1993,'' l’astuce du gouvernement et de la majorité, qui avaient adopté la méthode des dérogations pour modifier le régime des universités, plutôt que d’élaborer une loi d’ensemble comparable à la loi Devaquet de fâcheuse mémoire, s’est heurtée à l’intraitable rigueur du Conseil constitutionnel. Celui-ci, saisi par les sénateurs socialistes après la dernière lecture du texte, le 6 juillet, a jugé qu’en votant une loi autorisant les universités à s’organiser à leur guise, sous la seule réserve que le ministre de tutelle ne fasse pas d’objection aux statuts qu’elles adopteraient, le Parlement s’est défaussé indûment d’une des responsabilités que lui attribue la Constitution'' ». (pages 177 et 178).

Treize ans plus tard, en mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu président de la République, et François Fillon nommé Premier ministre. La question de l'autonomie des universités figure en bonne place du programme gouvernemental et comme une mesure phare de la ''rupture''.

Le texte initial est vivement contesté par les syndicats étudiants, l'UNEF et la FAGE, en particulier sur certains points auxquels ils sont très sensibles. Dans un souci d'apaisement, le président de la République Nicolas Sarkozy fait retirer du texte, présenté le 4 juillet 2007 en Conseil des ministres, les points les plus sujets à polémiques : le caractère optionnel de l'autonomie (certaines universités auraient pu choisir ''l'autonomie'', et d'autres non ), la sélection en première année de master (à bac+4 ) et la limitation des conseils d'administration à 20 membres. Rebaptisée « loi relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU) », la loi sur l'autonomie des universités ou ''loi Pécresse" (du nom de la ministre de l'enseignement supérieur ) est votée le 10 août 2007, la gauche se prononçant contre.

Les présidents d'université voient leurs pouvoirs renforcés. La loi élargit les possibilités pour les universités de recourir à des fonds privés, notamment par le biais de créations de « fondations universitaires » dont les ressources proviennent de donations, legs ou mécénat. Cette disposition, ajoutée à la possibilité offerte aux présidents de désigner les personnalités extérieures siégeant au CA, cristallise les inquiétudes exprimées notamment par nombre d'étudiants dans des assemblées générales qui se multiplient courant novembre 2007. Une majorité d'universités se retrouvent partiellement ou totalement « en grève » voire « bloquées ».

Le gouvernement, face à l'accusation de ''désengagement'', annonce des mesures financières. Le 28 novembre, le Premier ministre François Fillon signe, avec la Conférence des présidents d'université, le lancement d' « un contrat national pour la réussite des universités » qui prévoir cinq milliards d'euros supplémentaires en cinq ans. Et la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, choisit d'accélérer les deux réformes très attendues des bourses et de la « réussite en licence ».

Le principal syndicat étudiant, l'UNEF, se retire de la « Coordination nationale « qui coordonnait les luttes étudiantes ». Les deux syndicats lycéens qui accompagnaient des mouvements commencés à la mi-novembre dans certains lycées (en particulier à partir de la crainte d'une sélection à l'entrée dans les universités) se retirent également après avoir reçu des assurances formelles à ce sujet à l'issue d'une réunion tenue le 1er décembre 2007 avec le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos et la ministre de l'enseignement supérieur Valérie Pécresse. La FIDL se targue d'avoir obtenu que « les lycéens participent à la rédaction d'une circulaire qui garantira qu'il n'y aura pas de sélection à l'entrée à l'université en encadrant le dispositif de préinscription ». Et l'UNL se félicite d'avoir obtenu « des garanties non-négligeables sur le contenu du texte réglementaire concernant l'application de l''l'orientation active'' : il sera rappelé systématiquement à tous les lycéens leurs droits. Partant du principe que le baccalauréat est le premier diplôme universitaire, tout bachelier a le droit de s'inscrire dans la filière de son choix. En aucun cas ''l'orientation active'' ne pourra être utilisée comme outil de sélection et encore moins d'autosélection. Il sera rappelé à tous les lycéens que l'avis donné par l'université n'a pas d'autre valeur que celle d'un conseil » (pages 179 et 180).

Claude Lelièvre

Lire la suite

Les candidats de droite promettent une université sélective et payante...

26 Octobre 2016 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

Les candidats de droite promettent une université sélective et payante...
Tous les candidats à la primaire de la droite veulent accentuer l’autonomie des facs, quitte à en finir avec les « tabous ».
 
Sélection, augmentation des droits d’inscription… Une victoire des Républicains à l’élection présidentielle de 2017 pourrait se traduire par d’importants changements pour l’université. Ces deux sujets qui semblaient jusque-là intouchables sont au cœur des projets des candidats à la primaire de la droite pour l’enseignement supérieur. Tous prônent un acte II de l’autonomie des facs, après la loi relative aux libertés et responsabilités des universités (dite loi LRU ou loi Pécresse) de 2007.

« L’autonomie n’a pas permis de lever tous les tabous », admet Bruno Le Maire, dans le pavé de 1 000 pages qui expose son programme. Il en est ainsi du tabou de la sélection. Sur ce sujet explosif, absent des programmes de la droite en 2007 et en 2012, les candidats (Jean-Frédéric Poisson est le seul à n’avoir pas répondu à nos sollicitations) se montrent totalement décomplexés, estimant qu’il faut en finir avec l’ouverture de l’université à tous. Alors que le gouvernement Valls tente, cet automne de faire adopter au Parlement une loi permettant aux universités de sélectionner à l’entrée du master, assortie d’un droit à la poursuite d’études pour les étudiants, les candidats de la droite revendiquent avant tout cette liberté pour les établissements de sélectionner en deuxième cycle, sur dossier ou examen. Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet vont même plus loin, défendant cette sélection dès l’entrée en licence, convaincus que cela suffira à enrayer des taux d’échec massifs. Moins d’un jeune sur trois obtient sa licence en trois ans.

(...)

Nathalie Brafman et Camille Stromboni

Suite et fin (pour abonnés) en cliquant ci-dessous

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6