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Vivement l'Ecole!

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Université - Contre une scandaleuse antiphrase: «Bienvenue en France»...

20 Mars 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Université - Contre une scandaleuse antiphrase: «Bienvenue en France»...

L’augmentation spectaculaire des frais d’inscription dans les universités françaises imposés aux étrangers d’origine non-européenne va porter un coup fatal à la francophonie.

Tribune. Il y a beau temps que le mot «francophonie» ne désigne plus la défense frileuse ou agressive (c’est tout un) de la langue française. Mais une réalité : plus d’une langue – puisque partout où il est parlé, le français coexiste toujours avec une ou plusieurs autres langues. Et un projet : la valorisation de la pluralité, puisqu’à partir du commun dénominateur de la langue française, la diversité est l’objet même de son organisation institutionnelle.

C’est à cette francophonie-là que les mesures prises par antiphrase sous le nom de «Bienvenue en France» pour l’accueil des étudiants étrangers va porter un coup fatal, dans la mesure où l’augmentation spectaculaire des frais d’inscription dans les universités françaises imposée désormais aux étrangers d’origine non européenne risque de réduire drastiquement le nombre d’étudiants en provenance du Maghreb, d’Afrique francophone ou d’Haïti, incapables d’assumer des droits multipliés par seize.

L’effet d’éviction est déjà spectaculaire : dans certaines universités, les demandes d’admission en première année de licence pour la rentrée prochaine diminuent de moitié par rapport à l’an dernier. Et ne croyons pas que les doctorants, heureusement exonérés de ces augmentations, n’en seront pas affectés à terme, puisque la plupart d’entre eux ont déjà suivi un cursus de licence ou de master dans la même université – où ils ne viendront plus.

Ce n’est pas le doublement des bourses qui permettra à l’avenir d’accompagner la totalité de ceux qui souhaitent étudier en France, et plus généralement les étudiants francophones issus d’autres continents. Or c’est cette population qui est majoritairement accueillie en France pour ses études supérieures, puisqu’elle maîtrise suffisamment le français pour considérer cette langue comme le vecteur naturel de la transmission des savoirs. Gageons que l’introduction – qui ne peut être que partielle – d’enseignements en anglais en France ne modifiera pas en profondeur cette situation.

En proposant pour l’accueil des étudiants étrangers un système hybride de «droits différenciés», «Bienvenue en France» réussit ce tour de force : faire de l’université française une université payante pour les ressortissants de pays «pauvres», puisqu’à l’exception de ceux qui bénéficieront sur critères sociaux de bourses d’excellence, les étudiants issus du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou d’Haïti devront payer des droits d’inscription seize fois plus élevés que les autres.

Et gratuite (ou quasi gratuite) pour les ressortissants de pays «riches» – c’est-à-dire pour les Français, les Européens (auxquels il faut ajouter les Suisses et les Québécois en raison d’accords bilatéraux) – gratuite pour les ressortissants de pays riches, si l’on excepte les étudiants qui, émanant de pays tiers (la Chine, l’Inde…), seront, eux, appelés à assumer les «nouveaux frais différenciés».

C’est à ces derniers que les promoteurs de ce dispositif espèrent faire porter la charge de contribuer à résorber le sous-financement endémique de notre système universitaire, au prix d’un reniement des principes qui le caractérisaient jusqu’ici : un accueil universaliste, témoignant d’une nécessaire solidarité avec les pays qui ont la langue française en partage.

Quant à laisser les universités françaises libres de décider d’éventuelles exonérations, cela ne fera qu’ajouter à l’inégalité de traitement des étudiants une inégalité territoriale entre établissements, si – comme tout le laisse penser – l’incitation à accroître les ressources propres des établissements est le signal, au mieux d’une stagnation, et au pire d’un désengagement à venir dans le financement par l’Etat du service public de l’enseignement supérieur.

Mais au nom de quelle politique pourrions-nous accepter qu’un étudiant marocain, sénégalais ou haïtien doive payer en France des droits d’inscription seize fois plus élevés qu’un étudiant belge, suisse ou québécois ? Comment imaginer qu’ils puissent coexister, sans un sentiment profond d’injustice, dans les amphithéâtres d’un pays qui a fait de l’égalité des droits le maître-mot de son organisation sociale ?

Si la France occupe pour l’accueil des étudiants étrangers la quatrième position à l’échelle mondiale et la première hors pays anglophones, c’est aussi parce qu’elle ne s’inscrit pas dans le système libéral anglo-saxon et qu’elle apparaît comme un contre-modèle, abordable et de qualité, comme le montre parfaitement le baromètre de Campus France sur l’image et l’attractivité de la France.

Nous ne croyons pas un seul instant que la valeur d’un cursus se mesure au prix auquel il est proposé, tout en trouvant légitime de prendre en compte son coût pour la collectivité. Il est de notoriété publique que le financement du système français est insuffisant : la France dépense 14 000 euros par étudiant en moyenne, alors que la Suède lui en consacre 21 000.

C’est l’argent du contribuable français, certes, et c’est à lui, a priori, que doit profiter en priorité cet argent, mais l’argument par l’impôt a ses limites : au nom de quoi faudrait-il réserver prioritairement son affectation – en dehors des Français (bien sûr, qui y ont naturellement droit) – aux Européens et aux francophones du Nord, qui ne paient pas plus que ceux du Sud l’impôt national en France ?

Monsieur le président de la République, le message de sélection par l’argent fera, pour l’image de la France dans l’espace francophone, des dégâts plus considérables encore que le message porté naguère par la promotion de l’anglais dans l’enseignement supérieur. La scandaleuse antiphrase de «Bienvenue en France» ne peut pas devenir le mot d’ordre des universités. Renoncez à un dispositif illisible, inéquitable dans son principe et discriminant dans ses modalités d’application. Mais si vous tenez vraiment à faire payer les étudiants «riches» du Koweït, de Chine ou de Singapour, sauvez du moins ce qui peut – et doit – l’être : exemptez les ressortissants des pays francophones des augmentations prévues !

Yanick Lahens Ecrivaine , Ali Benmakhlouf professeur de philosophie à l'université de Paris-Est Créteil , Xavier North ancien délégué général à la langue française et aux langues de France.

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Quelles sont les universités qui refusent la hausse des frais d'inscriptions pour les étrangers...

17 Janvier 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Quelles sont les universités qui refusent la hausse des frais d'inscriptions pour les étrangers...

Pour l'heure, cinq universités ont annoncé ne pas vouloir appliquer l'augmentation des droits voulue par le gouvernement à la rentrée 2019.

Question posée par Gabriel Billiet le 16/01/2019

Bonjour,

Annoncée à l’automne 2018 par le gouvernement, la forte hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne recueille l’opposition de la quasi-totalité de la communauté universitaire.

Dans un communiqué du 11 janvier, la conférence des présidents d’université (CPU) a réitéré son opposition à cette mesure, et réclamé «une concertation dont le cadre soit élargi, sans aucun a priori, en vue d’élaborer des propositions visant à renforcer l’attractivité internationale de la France».

Pour autant, seules 5 universités sur la centaine que compte la France ont exprimé, pour l’instant, son intention de ne pas appliquer cette hausse à la rentrée 2019. Il s’agit des universités de Clermont-Ferrand, Aix-Marseille, Rennes 2, Toulouse 2 et Lyon 2.

Cette liste, pour l'heure réduite, sera actualisée selon les éventuels nouveaux éléments que nous collecterons.

La hausse annoncée par le gouvernement devrait conduire les quelque 100 000 étudiants extra-communautaires à devoir payer 2 770 euros pour une licence (contre 170 euros aujourd’hui) et 3 770 euros pour un master ou un doctorat (contre 243 euros en master et 380 euros en doctorat aujourd’hui).

Luc Peillon

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Le modèle français de la recherche est-il désuet?...

27 Décembre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Université

Le modèle français de la recherche est-il désuet?...

250 postes à pourvoir contre 300 l’an passé. Le CNRS recrute de moins en moins. Il demeure la pierre angulaire du modèle de la recherche à la française. Pour combien de temps ? Quelle place pour les autres acteurs de la recherche ? Quelles conséquences sur les conditions de travail des chercheurs ?

Un coup d’œil sur le site du CNRS donne une petite idée de ce que la recherche française peut découvrir tous les jours. Exemples : « Ces chercheurs qui viennent d’établir un lien entre les crises de migraine, et le dysfonctionnement d’une protéine génératrice de courant ». Ou encore : cette équipe qui a montré la semaine dernière « Comment s’organise la croissance des veines et des artères au cours du développement de l’embryon » : contrairement à ce que l’on pensait jusque là, le sang ne sort pas des artères par le bout… mais en amont, via les capillaires

Il y a aussi ces empreintes digitales étudiées sur des vases dans des ateliers de potiers de Pompéi qui datent du premier siècle de notre ère. Ces physiciens qui ont reproduit, en laboratoire, un phénomène de la stratosphère nommé oscillation quasi-biennale. Ou, plus proche de nous, cette grande enquête sociologique menée auprès des 35 357 maires de France.

La recherche française est multi-disciplinaire, foisonnante, reconnue. Le CNRS n’en est pas le seul acteur, loin s’en faut… mais c’est lui qui concentre les inquiétudes des chercheurs en cette période de recrutement…. 250 postes seulement sont à pourvoir, contre 300 jusque-là. On se rappelle les mouvements de 2004 et 2009 et les grèves dans les universités notamment contre l’évaluation des enseignants-chercheurs et les baisses de moyens. Plus de dix ans plus tard, ces doléances sont toujours d’actualité. Auxquelles le gouvernement répond : partenariats public-privé, créations de filiales, et start-ups de la recherche.

"Le modèle français de la recherche est-il désuet ?"

Articles :

Financement de la Recherche : « Malaise » dans les labos : par Sarah Bos pour Les Échos, 19/08/2017.

Antoine Petit, nouveau patron « optimiste » du CNRS : par David Larousserie pour Le Monde, le 23/01/2018.

Tribunes :

« L’étiolement programmé du CNRS est un symptôme du dédain pour la recherche publique »: tribune co-signée par les 45 présidentes et présidents des sections et commissions interdisciplinaires du Comité national de la recherche scientifique et des jurys d’admissibilité des concours CNRS dans Le Monde, le 01/12/2018.

Liens : 

The Sound of Science : blog de Martin Clavey.

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VIDEO. "C'est absolument discriminant" : un étudiant tchadien dénonce la hausse des frais de scolarité pour les étrangers...

23 Novembre 2018 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Université

Le Premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé lundi l'augmentation des frais de scolarité à l'université pour les nouveaux étudiants non-européens dès la rentrée prochaine. Une mesure profondément injuste juge Brahim Mourtalah Bechir, étudiant en droit à Nantes.

Il s'indigne contre une décision qu'il juge discriminante et injuste. Brahim Mourtalah Bechir, 26 ans, est tchadien. Après des études secondaires au Tchad et une licence au Sénégal, le jeune homme est venu poursuivre ses études en France – un rêve qu'il avait en tête "depuis l'enfance". L'étudiant, qui a suivi un master de droit à Nantes (Loire-Atlantique), dénonce une mesure annoncée par le Premier ministre, Edouard Philippe, lundi 19 novembre. Dès la rentrée 2019, les frais de scolarité vont drastiquement augmenter pour les nouveaux étudiants non-européens. 

Ces derniers devront désormais payer la somme de 2 770 euros en licence, contre 170 euros à l'heure actuelle. En master et doctorat, les frais de scolarité s'élèveront à 3 770 euros, soit presque 10 fois plus que les 243 à 380 euros actuels. De nouveaux frais qui représentent, d'après Edouard Philippe, "un tiers du coût réel" de la formation d'un étudiant étranger pour l'Etat. 

L'objectif du gouvernement est clair. Faire payer plus aux étudiants étrangers "fortunés" permettra, pour Edouard Philippe, de financer davantage de bourses pour d'autres étudiants non-européens, et de les accueillir dans de meilleures conditions. L'Etat a ainsi pour ambition de porter à 500 000 le nombre d'étudiants étrangers en France avant 2027, contre quelque 300 000 aujourd'hui. Et il compte offrir des bourses, ou des exonérations de droits d'inscriptions à "15 000 étudiants dans les mois qui viennent", notamment des jeunes venus de pays en développement.

"Vous n'avez pas le droit de réaliser votre rêve"

Mais pour Brahim, la mesure pourrait empêcher de nombreux étudiants modestes, comme lui, de venir étudier dans un établissement français. "Avec cette décision, il est clair que beaucoup d’étudiants, surtout africains mais pas qu’africains, sont interdits de venir étudier en France", condamne-t-il. S'il avait dû payer 3 770 euros par an pour son master, Brahim n'aurait jamais pu réaliser son projet. L'étudiant, venant d'un pays francophone, a aussi choisi la France car ses frais de scolarité sont accessibles. 

Si je dois payer 3 770 euros, il faut que j’économise environ 380 euros par mois sur 10 mois. Pour quelqu’un qui gagne ce que je gagne en travaillant, je vous promets que c’est juste impossible en fait.

Brahim Mourtalah Bechir à franceinfo

Le jeune homme a en effet travaillé chez McDonald's pendant ses études, "en gagnant environ 500 euros pour pouvoir payer mon loyer, et tout ce qui va avec". S'il avait dû économiser 380 euros tous les mois, il n'aurait plus eu que 120 euros pour vivre. Une équation impossible. "Tous ces étudiants pauvres, on leur dit : 'Désormais, vous n’avez pas le droit de réaliser votre rêve, vous ne pouvez pas construire votre avenir'", s'indigne le Tchadien, qui souhaite poursuivre un doctorat pour enseigner le droit à Nantes. Pour ce dernier, une fois la mesure entrée en vigueur, les études en France ne seront qu'un "luxe" pour les étudiants étrangers. 

Valentine Pasquesoone

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Etudes supérieures : la France va augmenter les frais de scolarité des étrangers extra-européens...

21 Novembre 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Etudes supérieures : la France va augmenter les frais de scolarité des étrangers extra-européens...

A compter de la rentrée 2019, le gouvernement souhaite mettre en place des tarifs plus élevés pour les étudiants étrangers qui souhaitent s'inscrire à l'université en France.

Environ 100 000 étudiants étrangers résidant hors de l’espace économique européen ne seront plus logés à la même enseigne que leurs camarades en France. Ils devront, en plus de leur loyer et des frais qu’implique tout séjour d’un étranger, payer des frais de scolarités beaucoup plus élevés. Dès la rentrée 2019, un étudiant étranger va devoir multiplier ses frais par seize. Pour son année de licence, il payera 2 770 euros au lieu de 170 euros et pour son master, 3 770 euros à la place de 243 euros. Cette hausse spectaculaire fait partie d’une série de mesures annoncées ce lundi par le gouvernement.

Le gouvernement explique qu’il s’agit d'«un tiers du coût réel» d’un étudiant étranger pour les finances publiques. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a par ailleurs précisé ce lundi que cela servirait à financer des bourses et améliorer les conditions d’accueil. Et de souligner que la France ambitionne de porter d’ici 2027 à 500 000 le nombre d’étudiants étrangers qu’elle accueille chaque année, contre un peu plus de 300 000 actuellement.

Premier pays d’accueil non anglophone, la France reste la quatrième destination mondiale pour les étudiants internationaux, mais a perdu sa troisième place ces dernières années au profit de l’Australie. Malgré une remontée depuis 2016, le nombre d’étudiants étrangers a baissé de 8 % entre 2010 et 2015 et le gouvernement identifie un «risque de décrochage» français, sur fond d’envolée du nombre d’étudiants internationaux.

«Nous pouvons faire beaucoup mieux», a affirmé Edouard Philippe en présentant la stratégie baptisée «Bienvenue en France». La politique des visas va être «améliorée» : les dossiers d’étudiants seront prioritaires et les formalités simplifiées et accessibles en ligne. Le nombre d’étudiants ayant accès à des cours en anglais, ainsi qu’aux cours de français langue étrangère (FLE), sera doublé. Chaque étudiant étranger se verra désigner un référent pour l’accompagner.

Un fonds doté de 10 millions d’euros en 2019 est prévu, de même qu’un label d’accueil des étudiants étrangers pour les établissements du supérieur. Un autre fonds de 5 puis 20 millions d’euros est prévu pour le développement de campus français à l’étranger.

Les syndicats opposés à cette mesure

Mais la principale mesure, qui suscite des inquiétudes parmi les syndicats étudiants notamment la Fage et l’Unef, est cette hausse des frais de scolarité des étudiants extra-européens à l’université. Ils défendent l’idée d’universalité de l’enseignement supérieur français, accessible à tous quelque soit la nationalité.

Le gouvernement, lui, avance que 14 000 bourses d’exemption de frais seront créées, visant principalement les étudiants de pays en développement. Au final, avec d’autres accords d’exemptions, «un étudiant international sur quatre pourra bénéficier d’une exonération ou d’une bourse», selon le gouvernement.

Edouard Philippe a défendu un «choix fort», «qui nous permettra de mieux accueillir les étudiants qui choisissent la France», mais «un choix mesuré». «Nous resterons très en dessous des 8 000 à 13 000 euros de nos voisins néerlandais et des dizaines de milliers de livres en Grande-Bretagne, et de la plupart des pays européens, sans évoquer bien sûr la situation sur le continent nord-américain», a-t-il dit.

Paradoxalement, le faible coût des frais de scolarité en France décourageait aussi certains candidats, qui s’inquiétaient de la qualité des enseignements, a souligné à Matignon.

LIBERATION

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ACCESSUP - Les politiques d'accès à l'enseignement supérieur...

15 Juin 2018 , Rédigé par Sciences Po - Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education, #Politique, #Université

ACCESSUP - Les politiques d'accès à l'enseignement supérieur...

EXTRAIT

Porteurs du projet: Agnès van ZANTEN & Denis FOUGERE

Discipline(s): économie , sociologie

Durée: 36 mois

Projet soutenu par le LIEPP depuis septembre 2015

Le projet ACESSUP vise à étudier les politiques d’accès à l’enseignement supérieur dans une perspective englobant à la fois leur conception, leur mise en œuvre et leurs effets, ce qui est rarement fait dans les recherches qui s’intéressent généralement à l’un ou l’autre seulement de ces processus. A partir d’une approche croisant les approches théoriques et méthodologiques de l’économie et de la sociologie, la recherche se focalisera tout d’abord sur la construction et l’articulation de ces politiques au niveau national à partir du début des années 2000 en s’intéressant aux objectifs de ces politiques et à leurs liens avec les intérêts, les visées, les représentations et les ressources des différents acteurs impliqués dans leur conception et leur impulsion. Elle examinera aussi comment les directives nationales sont réinterprétés, mises en œuvre et complétées par d’autres initiatives à l’échelon d’une région, l’Ile de France (IDF), en étudiant les perspectives et les pratiques des autorités politiques et éducatives régionales ainsi que les logiques à l’œuvre dans les établissements d’enseignement. Enfin, le projet analysera aussi les effets de cette politique grâce à un travail sur les données (déjà transmises aux responsables de la recherche) sur les vœux d’orientation dans le supérieur des lycéens d’IDF en 2014. 

(...)

Dans les médias:

Les concours, une tradition française faussement méritocratique, article dans Le monde du 09/02/2018 avec l'interview d'Agnès van Zanten.

Comprendre les inégalités lors de l’orientation vers l’enseignement supérieur, article dans Cogito #4 - Lettre de la Recherche de Sciences Po.

La question des inégalités sociales au cœur de la réforme de l’université, article dans le Monde du 20/12/2017.

Classement des lycées 2017: pour les familles, une donnée parmi d’autres, entretien d'Agnès van Zanten dans Le Monde Campus du 22/03/2017.

APB 2017: Les diplômes qui donnent du travail, article dans Le Nouvel Obs du 9/02/2017.

APB, les conseils d’orientation donnés aux élèves varient selon leur milieu, entretien avec Agnès van Zanten dans Le Monde du 20/01/2017.

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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Universités : comme un esprit de Mai?...

2 Avril 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Université, #Mai 68

EXTRAIT

En Mai 68, tout a commencé un 22 mars : parce qu'après que des jeunes hommes de la cité universitaire de Nanterre ont investi le bâtiment des jeunes filles, Pierre Grappin, doyen de la faculté de lettres, a décidé de fermer l'université pour imposer le retour au calme, provoquant ainsi le déplacement du mouvement contestataire vers la Sorbonne. 22 mars 2018 : Philippe Pétel, doyen de la faculté de droit de Montpellier est lui accusé d'avoir laissé entrer un groupe de jeunes hommes soupçonnés d'appartenir au G.U.D, groupuscule étudiant d’extrême-droite, cagoulés et armés de planches et de barres de fer pour déloger d'un amphithéâtre d'autres étudiants qui s'y trouvaient réunis en assemblée générale après avoir manifesté contre la loi Vidal. Soupçonnés d’avoir organisé ces violences, Philippe Pétel et un professeur ont depuis été placés en garde à vue, et suspendus de leurs fonctions.  Tandis que depuis quelques semaines, constatant ici et là des mouvements d'opposition aux procédures d’entrée à l’université contenues dans la loi ORE, la presse se demande si « la jeunesse pourrait ébranler Jupiter »,  depuis quelques jours les faits sont là : l'université parisienne de Tolbiac est bloquée, comme celle du Mirail à Toulouse, comme le campus de la Victoire à Bordeaux, la fac de lettres de Montpellier…. 

Pour voir en intégralité la vidéo réalisée par les lycéens de Vendôme en grève contre la réforme contenue dans la loi ORE dont un extrait a été diffusé dans l'émission. 

Emilie Aubry

A lire en intégralité en cliquant ci-dessous

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Le discours gouvernemental sur la "crise " de l'université? Des effets néfastes!...

1 Avril 2018 , Rédigé par PCF Publié dans #Education, #Politique, #Université

Le discours gouvernemental sur la "crise " de l'université? Des effets néfastes!...
A Propos de l’ouvrage "L’université n’est pas en crise" éd. du croquant
 
Ce que nous analysons dans un ouvrage paru récemment (1), c’est le discours qui désigne par « crise de l’université » (2) le constat supposé de l’inefficacité et du déclin de cette institution, qui ne cesserait de pousser son dernier soupir. ce discours, nous en avons des traces dans les débats médiatiques, politiques et académiques depuis les années 1950. Indépendant des évolutions et des transformations de l’université, il remobilise les mêmes termes et les mêmes raisonnements.
 
Quelle que soit la situation objective observée, ce discours en arrive à la même conclusion, celle du déclin et du dysfonctionnement patent. Pour ne prendre qu’un exemple, c’est tantôt la montée des effectifs universitaires qui est considérée comme cause et/ou preuve de la crise, tantôt c’est leur étiage alarmant.
 
Trois remèdes pour trois maux
 
Qu’il s’agisse donc des discussions parlementaires qui ont accompagné les réformes successives de l’université et de l’enseignement supérieur depuis le milieu du XXe siècle, des prises de position de certains universitaires eux-mêmes ou des commentaires journalistiques, c’est – à quelques exceptions près – le même air de désolation qui souligne, à chaque époque, trois fléaux récurrents. Le premier symptôme relevé est l’immense « gâchis humain » que constitue « l’abandon » dans les premiers cycles et l’ « hypocrisie de la sélection par l’échec ». Joseph Fontanet décrit ainsi dès 1973 les « trop nombreux étudiants — plus de 50 % — qui abandonnent les études supérieures sans diplômes ni qualification » (3).
 
Second vice de forme de l’université : la faiblesse, voire l’absence, de débouchés professionnels pour ses diplômés (à l’exception des diplômés de médecine) et l’inadéquation de ses formations avec le marché du travail. Geneviève Fioraso affirmait récemment que : « dès la seconde, les jeunes doivent savoir que des filières, comme l’histoire, la sociologie ou la psychologie, connaissent des difficultés d’insertion. Ils doivent être prévenus. » (4). alfred Westphal, députée udr en 1968, tenait déjà un discours quasi identique : « on pourrait et on devrait éviter la menace de chômage qui pèse sur les diplômés en sociologie, ainsi que sur les diplômés des facultés de droit et de sciences, par exemple. cette menace explique la présence de ces étudiants au milieu des révolutionnaires de mai » (5).
 
Enfin, dans un troisième constat tout aussi récurrent, l’université, seule « filière ouverte », est considérée par le plus grand nombre comme accueillant (mécaniquement) les rebuts des filières sélectives. andré Lardeux, sénateur UMP, souligne plus récemment : « La sélection est aussi de droit dans les IuT (6), dans les sTs (7), pour les études médicales et paramédicales, sans compter un certain nombre de formations extrêmement spécialisées et de plus en plus nombreuses. en revanche, dès qu’il s’agit du tout-venant de nos universités, c’est le refus intégral, contraire à l’intérêt des étudiants et au bon fonctionnement universitaire. » (8) Le discours de la baisse du niveau est déjà présent en 1973, lorsque Jacques cressard s’exprime ainsi à l’assemblée nationale : « c’est une faute à l’égard de notre jeunesse, c’est une erreur à l’égard de la nation qui s’impose un important effort budgétaire, de laisser des garçons et des filles encombrer des facultés pendant plusieurs années alors qu’ils se révèlent incapables de mériter les diplômes sanctionnant leurs études. on aboutit ainsi à former des déclassés, des aigris, alors que le pays a besoin d’hommes responsables capables de jouer leur rôle dans la vie économique et sociale. » (9) selon ce troisième maux, l’université accueillerait majoritairement des étudiants « par défaut » (dans les deux sens du terme : qui n’ont pas été admis ailleurs et qui sont médiocres), à défaut, donc, de pouvoir les sélectionner.
 
Autre régularité des discours sur l’université : aux mêmes maux les mêmes remèdes. Face aux trois défaillances de l’université citées plus haut, ce sont trois solutions qui sont constamment prescrites : propédeutisation, professionnalisation et orientation active/sélection, et qui nourrissent pleinement les différentes réformes qui l’ont affectée.
 
Bref, de la fin des années 1940 à aujourd’hui, l’état de l’université semble avoir suscité un discours constant. mais, si l’université a toujours été en crise, c’est peut-être que finalement elle ne l’a jamais vraiment été. en effet, ce diagnostic, permanent et partagé, largement sédimenté et cristallisé dans les représentations communes de l’université, est en large partie erroné. un diagnostic erroné sans entrer dans le détail ni dans les résultats de nos enquêtes empiriques et de l’exploitation des données statistiques du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, il apparaît en effet que les taux d’abandons à l’université doivent être analysés à l’aune de ce qui se passe dans d’autres filières de l’enseignement supérieur. ainsi, pour les classes préparatoires scientifiques, on observe un taux d’abandon en première année égal à celui de la première année de licence (environ 25 %) ; pire, en classe préparatoire littéraire, le taux d’abandon est presque deux fois supérieur à celui de la licence et en fin de deuxième année seul un étudiant sur cinq aura finalement obtenu un concours, les autres se seront réorientés, notamment, vers l’université. Quant aux « écoles et autres formations » (catégorie statistique qui regroupe tout à la fois les grandes, moyennes et petites écoles ainsi que les « grands établissements »), le taux d’abandon en première année surpasse bien souvent celui des universités, atteignant 33 % en moyenne, par exemple, en 2003.
 
Un deuxième écueil de l’université serait le taux de chômage alarmant de ses diplômés. mais là encore, la frontière entre les diplômes les plus protecteurs et ceux qui, relativement aux autres, le sont un peu moins, ne respectent pas la division entre université et (grandes ou moyennes) écoles, filières sélectives ou non, professionnelles ou non. certains masters universitaires obtiennent, en effet, des résultats comparables sinon meilleurs que nombre d’écoles (y compris écoles « supérieures » ou grandes écoles). certaines filières non professionnelles protègent bien mieux leurs diplômés que des formations pourtant considérées comme « prêtes à l’emploi » et généralement organisées en étroite collaboration avec les groupes professionnels concernés. Par ailleurs, si on observe que le niveau de diplôme tend globalement à réduire le risque du chômage, on observe aussi que l’efficacité ou l’intensité de cette réduction varie selon le type de secteur professionnel et le type d’emploi auquel prépare chaque diplôme, ce qui rappelle avec force un point essentiel de la question de l’insertion des jeunes diplômés : bien avant le diplôme, c’est la situation du marché du travail, ou de tel ou tel de ses secteurs, qui est la cause structurelle du risque de chômage.
enfin, et malgré les avertissements nombreux dont ils sont la cible, les bacheliers continuent de s’inscrire à l’université.
 
Pour autant, il est fréquent que l’on réduise les orientations universitaires à des causes négatives. orientation par défaut ou subie pour n’avoir été admis dans aucune formation sélective. orientation de seconde main faute de n’avoir validé sa première année dans une autre filière du supérieur. orientation moratoire en vue de repousser à plus tard l’heure des choix, d’éviter encore un temps le risque du chômage ou de l’usine, ou encore avant d’intégrer l’école ou la filière véritablement désirée. cette lecture consiste à déduire paresseusement des intitulés des formations les pratiques des étudiants en opposant au choix dérouté de l’université, le choix électif des filières de l’élite (cPGe et Grandes écoles) ou encore le choix orienté et réfléchi des filières professionnelles (sTs, IuT, écoles spécialisées). entrer en classe préparatoire Hec, dans une école de commerce ou en sTs management des unités commerciales ne nécessite pas de justification. du fait même de leurs intitulés évocateurs, toute orientation vers ces formations apparaît comme un projet sensé.
 
Pourtant, le jeu des mots et des intitulés ne recouvre pas le jeu des pratiques. Pour ne prendre que l’exemple d’une des enquêtes nationales les plus récentes sur la question l’enquête 2013 sur les conditions de vie des étudiants de l’oVe (10), on note que plus de trois étudiants sur quatre (78%) déclarent être entrés dans la filière de leur premier choix. Le taux d’inscription « par défaut » est de 22 % pour l’université (avec 11 % en santé, et un taux lui aussi plutôt meilleur qu’ailleurs en sHs et en Lettres de 22%) contre 29 % en IuT, 29 % pour les écoles de management et, plus encore, 33 % en sTs. et l’on constate la même inversion concernant les « projets professionnels » puisque les étudiants de l’université ont en moyenne des projets plus clairs et plus précis que les étudiants en sTs ou en IuT (11).
 
Les effets performatifs du discours de la crise
 
À l’aune des analyses empiriques, il apparait que les réformes bien réelles qui se fondent sur ces symptômes reconnus, sont en parfait décalage avec la situation universitaire passée mais aussi actuelle. mais l’idéologie du déclin de l’institution universitaire, aussi infondée soit-elle, n’est pas sans effet. elle alimente et justifie l’abandon financier de l’etat, confrontant nombre d’universités à des difficultés budgétaires. La spécificité de ces difficultés et leur croissance sont inséparables de la désormais célèbre loi relative aux libertés et responsabilités des universités, dite loi Lru ou encore loi Pécresse ; loi que le gouvernement actuel ne fait que prolonger, voire selon certains commentateurs, renforcer. cela nous paraît indéniable.
 
Mais que cette loi ou, tout du moins, qu’une réforme de ce type ait été rendu nécessaire par la situation catastrophique de l’université, qu’il fallait comme l’a dit et répété Valérie Pécresse (et aujourd’hui Fioraso), sauver l’université d’elle-même, parce qu’elle était devenue totalement incapable de se rendre attractive auprès de bacheliers puis d’étudiants qui feraient tout pour l’éviter, parce qu’elle serait aujourd’hui envahie par des hordes d’étudiants mal formés et mal informés, parce qu’elle réunirait en son sein des enseignants et des enseignants-chercheurs sans motivation ni ambition, parce que, de fait, elle associerait des taux d’abandon ou d’échec incomparablement plus élevés qu’ailleurs et des taux d’insertions incomparablement plus faibles, et bien cela nous le contestons.
 
Cela est un discours, peut être aussi ancien que l’université elle-même, et qui alimente, justifie, conforte, génération après génération, les réformes successives dont elle fait l’objet. Il ne s’agit donc pas seulement de dire que ce discours, le discours de la crise, ou mieux (osons le mot) de la dégénérescence de l’université, est contreproductif. Il s’agit de dire qu’il est faux. Il s’agit de dire que l’université sait faire beaucoup de choses et qu’elle le fait bien, que beaucoup de bacheliers le savent et qu’ils s’y retrouvent, et que ce discours, faux mais auquel on se laisse parfois prendre, qui dénie cette réalité et disqualifie l’université, a une fonction : celle de maintenir la légitimité des moyennes et grandes écoles contre l’université, contre cette institution qui, si on le disait trop et trop fort, pourrait bien, à termes, faire un peu trop d’ombre à une partie de nos élites.
 
Romuald Bodin
Université de Poitiers (laboratoire Gresco et laboratoire PrIntemps)
 
Sophie Orange
Université de nantes (laboratoire cens)
 
1. éditions du croquant, Bellecombe-en-Bauges, septembre 2013.
2. christian Baudelot, roger Benoliel, Hubert cukrowicz et roger establet remettait déjà en cause ce topos de la « crise », dans Les étudiants, l'emploi, la crise, Paris,
maspero, 1981.
3. Joseph Fontanet, ministre de l’éducation nationale, assemblée nationale, 5 juin 1973.
4. Le Figaro.fr, 20 mars 2013.
5. assemblée nationale, 4 octobre 1968.
6. Instituts universitaires de Technologie.
7. sections de tecèhnicien supérieur.
8. sénat, 11 juillet 2007.
9. député udr, assemblée nationale, 5 juin 1973.
10. Guide repère 2013 de l’enquête condition de vie des étudiants, oVe 2013, p.
11. romuald Bodin, sophie orange, L’université n’est pas en crise, chapitre 2.
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Universités - Julie Le Mazier: «Le mouvement est en train de prendre»...

29 Mars 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique, #Université

Universités - Julie Le Mazier: «Le mouvement est en train de prendre»...

EXTRAIT

Une douzaine de facultés sont bloquées, intégralement ou en partie, pour protester contre la réforme d’accès à l’enseignement supérieur. Spécialiste des mobilisations étudiantes, Julie Le Mazier évoque un mouvement qui manque encore de coordination, mais qui connaît une accélération.

Julie Le Mazier est docteure en science politique, auteure d’une thèse intitulée « Pas de mouvement sans AG : les conditions d’appropriation de l’assemblée générale dans les mobilisations étudiantes en France (2006-2010). Contribution à l’étude des répertoires contestataires » et chargée de cours à l’Université Paris XIII-Villetaneuse.

La spécialiste des mouvements étudiants, membre de Sud Éducation, revient pour Mediapart sur la mobilisation qui traverse les universités en France depuis quelques semaines. Les étudiants et lycéens protestent contre la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE), définitivement adoptée le 8 mars dernier. Celle-ci prévoit notamment la mise en place d’attendus, soit une liste de compétences requises pour intégrer telle ou telle filière.

Les étudiants, et lycéens, se mobilisent contre Parcoursup et la loi ORE, il y a eu accélération avec plusieurs blocages de fac, est-ce le signe que le mouvement est en train de prendre ?

Julie Le Mazier : Quelques indicateurs démontrent que le mouvement est en train de prendre. C’est toujours difficile à diagnostiquer, car nous ne sommes pas des prophètes. Néanmoins, les chiffres de participation aux assemblées générales ces derniers jours sont importants. Ils étaient plus de 2 000 à Toulouse et Montpellier. Si on les compare avec ceux des mouvements étudiants de la fin des années 2000, on se rapproche des chiffres de la mobilisation contre le Contrat première embauche (le CPE) en 2006 avec des étudiants et professeurs qui débordaient des amphithéâtres. Les blocages qui commencent sont aussi un signe à prendre en compte.

La seule chose fragile en revanche, c’est que le mouvement est circonscrit à certaines villes. Toulouse s’est mobilisée d’abord en raison du projet de fusion. Les violences à Montpellier ont aussi motivé les étudiants. Cela va-t-il essaimer ? Impossible de le déterminer pour le moment, mais si elles restent isolées cela risque d’être compliqué de maintenir le mouvement. Il n’y a pas eu de grosse manifestation réunissant à la fois lycéens et étudiants. Même si celle du 1er février était relativement importante pour une première. La deuxième a stagné en raison de différents facteurs aussi différents que le choix de dates très rapprochées, à cinq jours d’intervalle, la neige et surtout le manque d’informations. Les lycéens étaient confrontés à Parcoursup avec tout le stress que cela génère. Il leur fallait avoir de bonnes notes pour leur dossier.

Si cela gagne les universités, c’est aussi parce qu’on connaît mieux les contours de la réforme de la licence avec la question de la compensation qui disparaîtrait ou la fin du rattrapage de la deuxième session. Les syndicats étudiants font aussi leur travail d’information.

Les ingrédients sont-ils réunis pour une forte mobilisation sachant que la nouvelle loi touche directement les lycéens et les futurs étudiants ? Qu’est-ce qui permet de pérenniser un mouvement ?

D’abord, il faudrait que les différentes universités se coordonnent avec des journées de manifestation communes qui auraient un retentissement médiatique plus fort. Cela peut s’inscrire dans le cadre d’une coordination nationale ou grâce à l’entremise des syndicats. Quelques-unes ont eu lieu mais cela n’a pas eu beaucoup d’écho.

Pendant la lutte contre le CPE, pendant les congés de février, 10 000 étudiants ont occupé la gare de Rennes. Il y avait eu une grande assemblée générale puis une manifestation. Les leaders de la grève étudiante ont profité des vacances scolaires pour faire la tournée des établissements parisiens et dans les alentours pour chauffer les troupes. Il fallait alors élargir le champ des possibles des étudiants et leur montrer que ça valait le coup de s’engager. Chaque AG débutait par une liste des facs en grève pour créer un effet d’entraînement. Cela n’aurait pas fonctionné s’ils avaient continué à mener des actions minoritaires avec des collectifs militants.

Aujourd’hui, il y a des lycéens et étudiants qui ne sont pas informés. Cela dépend aussi des universités et de l’inventivité des collectifs militants qui proposent plus ou moins de choses. Les cours alternatifs peuvent inciter les étudiants à venir quand même à l’université. La dimension conviviale entre aussi en ligne de compte. Les grévistes vont tisser des liens d’amitié et apprendre à vivre au rythme des ateliers de confection de banderoles ou d’affiches. Cela peut être anodin mais comme cela ne requiert pas de compétences particulières, cela peut permettre aux moins politisés de se sentir intégrés au sein d’un projet collectif. Il faut aussi qu’il y ait des cortèges pour aller en manifestation. Personne n’ira jamais seul.

Y a-t-il des formes d’action reproduites de mouvement en mouvement ?

Le milieu étudiant se renouvelle chaque année. Il est frappant d’observer qu’il y a une continuité dans les modes d’action que ce soit en 1968, 2006, 2010 ou 2016 avec des blocages, des occupations d’universités, des assemblées générales et des manifestations. Des traditions se perpétuent, car le début d’un mouvement est initié par des militants qui ont déjà l’habitude de le faire ou qui appartiennent à des organisations qui perpétuent cette mémoire de lutte. Ils expliquent par exemple l’importance des AG ou pourquoi les grèves des cours sont nécessaires pour éviter que seuls les grévistes ne soient pénalisés.

Pourquoi les jeunes mobilisés sont-ils les bêtes noires des dirigeants politiques ?

Ces mouvements font peur aux dirigeants, car ils sont moins contrôlables. Les syndicats étudiants sont moins reconnus par les politiques que ceux de salariés. Les jeunes réclament souvent tout ou rien, il n’y a pas de levier de négociation. Si vous mettez plein de jeunes dans la rue, ils courent, ils débordent. La peur de la jeunesse est structurelle dans les sociétés. Elle se radicalise aussi plus vite et facilement car elle a moins d’attaches, pas de famille, pas d’emploi. Elle peut ne pas avoir peur de finir en garde à vue par exemple.

Par ailleurs, quand une partie d’une classe d’âge vit une grève, elle se politise. Les soixante-huitards ne se contentent pas d’avoir fait Mai-68. Les anonymes ont poursuivi la contestation à différentes échelles. Cela produit des conséquences sur le long terme. Cette mémoire existe chez les gouvernants, car cela peut être dangereux de ne pas contenter la jeunesse. Alain Devaquet a été contraint de démissionner après la mort de Malik Oussekine en dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986. Vingt ans plus tard, Dominique de Villepin a vu sa carrière politique ruinée par le CPE.

(...)

Propos recueillis par Faïza Zerouala

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Témoignage coup de poing d’un universitaire en grève à Clermont-Ferrand...

26 Mars 2018 , Rédigé par France Net Info Publié dans #Education, #Université

Témoignage coup de poing d’un universitaire en grève à Clermont-Ferrand...

Découvrez le Témoignage coup de poing d’un universitaire en grève à Clermont-Ferrand qui en marre que le gouvernement sous prétexte d’améliorer l’entrée à l’université instaure la sélection à l’entrée. Sans concertation aucune avec le monde universitaire on impose une modalité d’inscription encore plus ingérable que la précédente. Des milliers de lycéens vont se retrouver sur la touche. Intolérable !

Y en a marre plus généralement de cette administration centrale formée à l’ENA ou à Science po qui ne cesse de pondre des règlements absurdes pour réguler une université dans laquelle ils n’ont jamais mis les pieds. Inadmissible !

Y en a marre que les enseignants-chercheurs se fassent élire à la tête des universités et des conseils de fac sur des programmes de maintien du service public et se comportent, dès qu’ils sont élus, comme des petits chefs zélés faisant appliquer à toute force des réglementations qui cassent le service public. Honteux !

Y en marre de l’indigence des ressources humaines. Un universitaire se plaint de harcèlement auprès de sa DRH demande la protection juridique en novembre, en mars on lui répond, par oral, que la meilleur solution est encore qu’il se fasse arrêter ! Consternant !

Y en a marre que des gestionnaires aient pris le contrôle de l’administration des universités. Marre d’être pris pour des voleurs et des fraudeurs qui doivent sans cesse remplir une paperasse toujours plus importante alors que les frais remboursés sont toujours plus maigres et les délais de remboursements toujours plus long. Marre aussi de vivre dans la seule organisation où l’on demande de ne plus engager aucun frais à partir du 15 novembre pour pouvoir établir le bilan comptable ! De qui se moquent-on ? Est-ce que l’on demande aux cadres de Michelin d’arrêter toute dépense pour des raisons comptables ? Délirant !

Y en a marre de voir cette logique quantitative s’imposer partout. Peu importe si les étudiants sont ou non satisfaits de leur formation. Peu importe, si ils ont les outils intellectuels et pratiques pour mener à bien leur projet de vie. Peu importe si des liens sont noués avec le territoire et les acteurs locaux. Non la seule chose qui compte c’est : un, réduire les coûts et deux, remplir au maximum les formations ! On transforme ainsi un service public formant à l’intelligence critique en une machine à fabrique des chômeurs. Stupide !

Y en a marre aussi de la lâcheté des universitaires. Les premiers à râler dans les couloirs, les premiers à protester dans les repas privés, les derniers à manifester dans la rue, les dernier à contester dans les différents conseils où ils sont présents. Insupportable !

Y en a marre surtout de voir des étudiants en souffrance qui n’ont aucune infirmière prés de le leurs lieux de cours et ne peuvent se confier, en tout et pour, qu’à un seul docteur. A Clermont, une docteure en médecine préventive pour 40 000 étudiants. Scandaleux !

Y en a marre toujours de voir de plus en plus d’étudiant se prostituer ou faire des boulots de merde pour payer leurs études, leurs loyers et leurs nourritures. Pas assez de logements universitaires, de livres dans les bibliothèques, d’assistantes sociales. Indigent !

J’en ai marre. Je suis cuit, vidé, épuisé. Plus de souffle, plus d’énergie sauf celle de la colère. Le désespoir me gagne : je ne sais plus ni quoi ni comment faire pour éviter que le plus beau métier du monde ne se transforme en la plus absurde des professions de l’univers.

Eric Dacheux

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