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Vivement l'Ecole!

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Toujours plus d’étudiants en difficulté financière se rendent dans les distributions d’aide alimentaire

24 Juin 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Universite, #Jeunesse

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EXTRAITS

Avec la hausse continue des prix, les associations s’alarment du nombre de jeunes hommes et femmes qui ont du mal à s’alimenter, une fois le loyer et les études payés.

Ce mardi soir, une cinquantaine de personnes patientent devant le Bar commun, un lieu associatif du quartier populaire de la Goutte d’Or, à Paris. Comme toutes les semaines, l’association Linkee y réalise une distribution gratuite de produits, principalement alimentaires, destinés aux étudiants.

Vêtus de tee-shirts jaunes ou bleus, les bénévoles, souvent des étudiants eux-mêmes, s’affairent à orienter les jeunes vers les produits collectés. Midou, 20 ans, repart avec un chariot entier. Arrivé du Maroc il y a deux ans, cet étudiant en informatique dans une école privée vit avec 500 euros par mois. Une fois qu’il a payé son loyer, il n’a plus beaucoup d’argent pour s’alimenter. « Toute ma famille a cotisé pour financer mon école, je ne peux pas leur demander de m’aider », confie ce petit dernier d’une fratrie de six enfants.

Créée en 2016, l’association Linkee fournit, sur présentation d’une carte étudiante valide, fruits, légumes, féculents, fromages… souvent bio, labélisés ou issus du commerce équitable. « On récupère surplus, invendus et produits abîmés – mais encore bons – auprès d’agriculteurs, grossistes ou commerçants », expose Julien Meimon, fondateur de Linkee. Dans ses trente sites en France, l’association propose également un soutien psychologique, via l’association les Psys du cœur, et donne aussi des places de cinéma, théâtre ou opéra.

(...)

« Plus d’étudiants en difficulté financière »

Feres Belghith, directeur de l’observatoire de la vie étudiante (OVE), un organisme public, note que les remontées des établissements universitaires et des associations étudiantes convergent dans le sens d’une « plus grande proportion d’étudiants semblant être en difficulté financière » en cette fin d’année. « Il y a une réelle surprise de la part d’associations caritatives comme la Croix-Rouge ou le Secours populaire de voir de plus en plus d’étudiants demandeurs qu’ils ne connaissaient pas avant dans leur structure. Ce ne sont, pour l’instant, que des témoignages de terrain, mais c’est un indicateur », ajoute le directeur de l’OVE.

L’inflation rend les choses encore plus difficiles pour ces jeunes. Les dernières données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) font état d’une hausse des prix à la consommation de 5,2 % sur une année. « Les vêtements, je n’en achète même plus ! », lâche Désir, 23 ans, à la sortie du Bar commun. Etudiant en deuxième année de gestion, il s’attelle le week-end à livrer des plats à vélo pour Uber Eats, parvenant ainsi à se dégager entre 300 et 400 euros par mois, en plus des 100 euros de sa bourse étudiante du Crous et de ses 190 euros d’aide personnalisée au logement (APL). Une fois factures et loyer payés, il lui reste environ 100 euros pour vivre. « Je n’utilise cet argent que pour mes besoins primaires : le logement et la nourriture », constate le jeune, qui ne souhaite pas demander à ses parents, « eux-mêmes ric-rac » sur le plan financier.

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Devant le Bar commun, la file ne désemplit pas. Le sac rempli de fruits et légumes, Désir s’évertue à relativiser sa situation. Il vivait auparavant dans une chambre de bonne de 9 mètres carrés, à Nanterre. Désormais, il loue un studio du Crous, « un 22 mètres carrés, pour 450 euros ».

Florian Mestres

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Parcoursup est une trappe, pas un tremplin

4 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Les trappes pour caves enterrées - Polycave

La plateforme livrait ses premiers résultats ce jeudi, qui se limitent souvent à un «en attente» anxiogène. Il ne s’agit pas d’une procédure d’affectation, mais d’une gestion de la pénurie de places dans l’enseignement supérieur.

Jeudi 2 juin, au premier jour d’ouverture des résultats sur Parcoursup, un jeune inscrit sur deux n’aura pas reçu de proposition d’affectation pour poursuivre des études dans l’enseignement supérieur, selon toute vraisemblance et comme les deux années précédentes. Une triste réalité devenue une terrible habitude.

«Votre place est dans la file d’attente». Voilà, en somme, ce qu’annonce la plateforme nationale à plusieurs centaines de milliers de lycéennes et lycéens, dont les jours à venir seront surtout synonymes de déception et de crainte. Avec la nouvelle plateforme de Parcoursup, peu importe la motivation ou le choix de l’orientation pour toute une vie, ce qui compte désormais est un classement incompréhensible pour les élèves comme pour les parents.

Jeunesse sommée d’attendre

A la violence de l’algorithme, dont nous sommes nombreux à continuer de réclamer depuis le début la transparence des critères s’ajoute ainsi l’angoisse d’une procédure trop lente, où toute une moitié de la jeunesse est sommée d’attendre que la moitié la «mieux classée» fasse ruisseler le rebut des choix dont elle n’aura pas voulu.

La Seine-Saint-Denis n’est pas épargnée. Combien d’élèves y ont déjà intégré, malgré eux, l’idée qu’un «16» dans leur lycée ne peut pas valoir un «16» à Paris ? C’est aussi le cas dans de nombreux autres territoires populaires, déclassés, périphériques, où les élèves savent que leurs souhaits seront sans doute contrariés, quand bien même il faut justifier en 120 mots de son 10e choix de formation comme s’il était le premier. Quand bien même cela concerne une filière non sélective de l’université !

Voilà l’absurdité d’un système devenu le symbole de la politique éducative menée sous le premier mandat d’Emmanuel Macron, et où tout est une affaire de compétition intégrale et aveugle. Qu’importent finalement les envies et les projets de formation de centaines de milliers de jeunes, au moment même où leur avenir se construit, et alors même que cet avenir représente aussi celui de notre pays.

L’orientation choisie doit être la règle

L’abandon d’un système éducatif censé donner sa chance à chacun et permettre la progression sociale au profit d’un système qui reproduit les inégalités est inexcusable. Il accompagne la réduction critique et continue des moyens alloués aux universités. Ce manque de moyens publics dont ceux qui les décident se servent ensuite pour justifier, plein de cynisme, que non, tout le monde ne peut pas avoir une place pour faire des études supérieures.

Les choses peuvent être différentes à condition de s’en donner les moyens. L’orientation choisie doit être la règle. Le baccalauréat doit donner accès à la filière de son choix. L’accès à une formation diplômante après le bac doit devenir l’horizon de la grande majorité d’une classe d’âge. Il est urgent de mettre les moyens pour inverser la courbe de la reproduction sociale dans l’enseignement supérieur. Ne laissons pas croire que Parcoursup est un outil d’orientation quand il est un gestionnaire de la pénurie de places.

Il n’y a pas de fatalité à ce que le passage vers le système éducatif supérieur fonctionne comme une trappe. Faisons-en un tremplin !

par Stéphane Troussel, Président du département de la Seine-Saint-Denis

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Emmanuel Macron aura des dossiers urgents à traiter : hôpitaux, Ehpad, tribunaux, enseignants…

29 Avril 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

État d'urgence pour les urgences

EXTRAIT

(...)

Education : revaloriser les enseignants

Reconnaissance. Si un seul mot devait résumer les attentes des enseignants pour le prochain quinquennat, ce serait celui-là. De l’avis de leurs syndicats, les personnels de l’éducation nationale sortent éreintés de ces cinq dernières années, entre les réformes menées tambour battant et les deux ans de pandémie émaillés d’incessants changements de protocole sanitaire. Seuls 27 % des personnels se sentent aujourd’hui reconnus et respectés, selon les premiers chiffres du baromètre 2022 des métiers de l’éducation de l’UNSA (42 800 répondants). Ils étaient 46 % en 2016. Le premier quinquennat Macron laisse un goût amer, voire une colère que la campagne n’a pas dissipée. « Le nouveau gouvernement devra écouter enfin une profession qui a été méprisée durant cinq ans », prévient le SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire.

Cette reconnaissance passe par une revalorisation des rémunérations. Un rattrapage, diront certains qui ne veulent pas le voir associé à une contrepartie. Le « nouveau pacte » proposé par le candidat Macron, qui prévoit de rémunérer davantage les enseignants qui acceptent de nouvelles missions, a crispé la profession, malgré les 6 milliards d’euros annuels prévus. Lors du débat d’entre-deux-tours, il a parlé en parallèle d’une revalorisation « inconditionnelle » des enseignants « d’environ 10 % ». Un « ordre de grandeur », qui concernera au premier chef les professeurs en début de carrière, a précisé son équipe de campagne, renvoyant pour le reste à la « grande concertation ».

Cette nouvelle méthode annoncée par le chef de l’Etat pour ce « chantier majeur » de son second quinquennat laisse la profession perplexe. La revalorisation doit aussi participer pour beaucoup à redorer le blason de métiers qui n’attirent plus.

Quid des réformes à engager ? L’idée même irrite les enseignants qui demandent du temps pour assimiler celles engagées et apprécier leurs effets. 

« Ces dernières années, elles se sont non seulement enchaînées mais, en plus, il y a eu constamment des réformes de la réforme, notamment au lycée », relate Catherine Nave-Bekhti, du SGEN-CFDT. Dans ce climat dégradé, les premières paroles du prochain ministre de l’éducation compteront autant que ses actes. Sophie Vénétitay, secrétaire général du SNES-FSU, le martèle : « Il devra jouer l’apaisement après le quinquennat brutal de Jean-Michel Blanquer. » Une reconnaissance aussi par les mots.

(...)

Etudiants : renouer le dialogue

Alors qu’il n’était pas encore candidat, M. Macron a résumé les enjeux qui l’attendent lors d’un discours à la Sorbonne, le 13 janvier : « Pour aider nos étudiants à réussir, il nous faudra aussi reprendre de fond en comble le chantier du soutien aux étudiants, qu’il s’agisse de bourses, de logement, des possibilités d’emplois compatibles avec des études réussies. » De la réalisation de ces vœux qui ne figurent pas dans son programme écrit dépendra sa réconciliation avec une grande partie de la jeunesse.

Les relations se sont distendues au cours du précédent quinquennat et plus encore avec la crise sanitaire, qui a révélé une situation de précarité avancée pour un grand nombre de jeunes, obligés de recourir à l’aide alimentaire. L’action du gouvernement a été jugée « décevante » par la Cour des comptes, qui, dans son rapport annuel, a dénoncé une prise en compte du problème tardive et mal ciblée. La précarité étudiante apparaît comme « une notion mal cernée », les publics fragiles n’étant pas nécessairement bénéficiaires des bourses sur critères sociaux.

Promise par le chef de l’Etat à trois reprises depuis 2017, la refonte de l’allocation des bourses sur critères sociaux – versées à 750 000 étudiants – est restée lettre morte, au motif qu’elle serait « trop complexe » à mettre en œuvre, selon la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Cette fois, le gouvernement ne pourra pas passer outre.

La crise sanitaire a aussi mis en lumière les questions de santé mentale, dans un contexte de saturation des services de santé universitaires. Isolement, précarité, cours à distance, perte de repères, la pandémie a agi comme un révélateur. Le « chèque psy » créé par le gouvernement en février 2021, donnant droit à huit séances gratuites, a permis à environ 25 000 étudiants de consulter un psychologue, selon le ministère. Trop peu selon le syndicat étudiant UNEF et la Cour des comptes. Selon une étude de l’association d’écoute pour étudiants Nightline, les universités sont très mal dotées, puisqu’elles comptent un psychologue en équivalent temps plein pour 30 000 étudiants.

(...)

Camille BordenetJean-Baptiste JacquinBéatrice JérômeSylvie LecherbonnierSoazig Le NevéMarine MillerIsabelle Rey-Lefebvre et Camille Stromboni

Article complet en cliquant ci-dessous

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Après le premier tour, la Sorbonne occupée: «On en a marre d’élire tous les cinq ans le roi des bourgeois»

14 Avril 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

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Quelques centaines d’étudiants venus de plusieurs facs parisiennes ont pris le contrôle d’une partie de la Sorbonne ce mercredi. Ils dénoncent un second tour de présidentielle dans lequel ils ne se sentent pas représentés.

Un rassemblement de visages juvéniles et des vigiles sur les dents. Ce mercredi après-midi, les entrées de la Sorbonne, dans le centre de Paris, restent fermées. Certaines sont bloquées de l’intérieur par des cadenas costauds. Les autres surveillés par des gardes costauds. Devant, quelques grappes d’étudiants patientent calmement. Certains tentent par tous les moyens de se frayer un chemin pour rentrer dans l’université en parlementant avec la sécurité ou en forçant le passage. Avec plus ou moins de réussite.

A l’intérieur, quelques centaines d’étudiants ont pris le contrôle d’une partie des locaux après un appel à une assemblée générale «contre l’arnaque du deuxième tour». Y étaient conviés des jeunes des facs parisiennes – Sorbonne, donc, mais aussi Paris-VIII, l’ENS Jourdan et Paris Nanterre –, mécontents du scrutin de ce week-end et du système politique actuel. Dans les couloirs, des tags implacables : «Ni Macron ni Le Pen», «Le fascisme tue, combattons-le», ou encore «Pierre par pierre, nous détruirons Emmanuel Macron» ont été tagués. En parallèle, certaines issues ont été bloquées par des amoncellements des tables et des chaises.

Dans l’un des imposants amphithéâtres de la fac, réquisitionné pour l’occasion, on se passe la parole, on débat sur la conduite à tenir et sur la suite à donner aux événements. Quelques chants antifascistes et de la gauche révolutionnaire sont aussi entonnés. Les échanges s’éternisent et les journalistes ne sont eux pas vraiment les bienvenus.

«C’est difficile pour la jeunesse qui ne se sent pas du tout représentée»

«Il y a beaucoup de revendications, et c’est impossible de parler au nom de tout le monde», explique Léo (1), grand maigrichon aux cheveux longs de 23 ans, clope électronique à la main, qui nous a permis d’accéder aux locaux là où la plupart de nos confrères ont été laissés à la porte. «De manière générale, je pense qu’on peut dire sans trop se mouiller qu’on est tous contre ce second tour où s’opposent l’extrême droite et l’ultralibéralisme. C’est vraiment difficile pour la jeunesse qui ne se sent pas du tout représentée.»

L’étudiant en maths, habitué des mouvements sociaux, cite le manque d’ambitions sociales d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen. Et surtout «l’absence de réel programme pour lutter contre le réchauffement climatique» : «Le Giec nous dit qu’il nous reste trois ans pour changer les choses. Et là, on est repartis pour cinq ans de plus avec des gens au pouvoir qui s’en moquent royalement. On file tout droit vers la catastrophe, peut-être que l’on ne sera pas là à l’âge de nos profs pour en parler, et pour l’instant on en est encore à débattre d’interdire ou non les pailles en plastique.»

Quelques mètres plus loin, des étudiants ont pris place dans des salles de classe. Accoudés à la fenêtre, certains interpellent leurs camarades restés dehors pour qu’ils leur fassent passer quelques vivres – des bières et des paquets de gâteaux surtout. De quoi tenir plusieurs heures, voire toute la nuit si l’occupation se poursuit. D’autres refont le monde, discutent de l’élection passée et s’imaginent, par des mouvements comme le leur, «faire revenir le pouvoir aux mains du peuple». Des numéros d’avocats et d’associations sont écrits au tableau, à appeler en cas d’intervention des forces de l’ordre, et des prospectus traînent sur la table sur lesquels sont écrits les droits de chacun s’il est interpellé.

Appel à une mobilisation générale

Gaïa, tout juste la vingtaine, cheveux blonds, l’arcade percée et au crop top bleu, se réjouit de voir «plein de jeunes qui n’ont pas les mêmes idées se retrouver et arriver par la discussion à se mettre d’accord». Une façon, selon iel, de sortir de ce «pseudo-système démocratique» dans lequel le «pouvoir est dans les mains des plus puissants» et où les citoyens n’ont que la possibilité «d’élire tous les cinq ans le roi des bourgeois».

A ses côtés, Axel (1), cheveux noirs plaqués en arrière et lunettes rondes sur le nez, opine du chef : «Ce genre d’action, ça permet de rappeler que certes nous ne sommes que des fourmis, mais que plein de fourmis bout à bout peuvent permettre de mettre la pression sur les élites. Maintenant il faut qu’on soit encore plus nombreux pour faire bouger les choses.» Tous appellent les étudiants du pays, et plus encore, à prendre le contrôle de leurs universités et à des manifestations dans les jours qui viennent pour que l’action ne se transforme pas en pétard mouillé. En attendant, la Sorbonne reste occupée.

Julien Lecot

(1) Les prénoms ont été changés.

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La French Theory, ce «virus» qui serait à l'origine de la fureur wokiste

15 Mars 2022 , Rédigé par Slate Publié dans #Education, #Université

Strass de la philosophie: La French theory n'a pas attrapé le virus nommé  Heidegger

Le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a assimilé le courant intellectuel et ses penseurs français à un vulgaire «virus». Mais de quoi et de qui parle-t-on exactement?

Les attaques répétées contre ses finances et son organisation se suffisaient pas; le gouvernement s'attaque maintenant à ses productions. L'Université française, qui précarise de plus en plus ses étudiants et ses travailleurs, qui offre de moins en moins de possibilités de carrière à ses enseignants et à ses chercheurs, est maintenant mise en question en son cœur. Le colloque clownesque «Après la déconstruction» qui s'est tenu les 7 et 8 janvier derniers, financé et introduit par le ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, en était la preuve.

Au moment de son discours introductif, le ministre de l'Éducation nationale s'est targué d'une métaphore d'un goût douteux: «D'une certaine façon, c'est nous qui avons inoculé le virus avec ce qu'on appelle parfois la French Theory. Maintenant, nous devons, après avoir fourni le virus, fournir le vaccin.» Le pouvoir en place et les enseignants-chercheurs les plus réactionnaires de l'Université cherchent donc à se défaire du «virus» que serait la French Theory. Mais qu'est-ce que la French Theory, au fait?

Une histoire franco-américaine

Son nom l'indique: la French Theory est une pensée française ou, du moins, un courant intellectuel initié en France. Elle désigne donc des auteurs et des pensées françaises; un corpus philosophique, mais aussi littéraire et de sciences sociales, dans lequel les notions de «critique» et de «déconstruction» occupent une place centrale. Et ce sont justement ces notions qui permettent aujourd'hui de rendre la French Theory responsable de la fureur wokiste qui s'abat sur la France depuis quelques années.

Mais si l'expression qui le désigne est en anglais, c'est parce que l'unité de ce courant intellectuel s'est en réalité constituée –plus ou moins artificiellement; d'ailleurs– aux États-Unis. L'histoire de la French Theory est en effet l'histoire de nombreux échanges entre les universités et les milieux intellectuels français et américains. La France du début des années 1960 connaît une ébullition intellectuelle d'une rare intensité; ébullition qui mènera, entre autres, à Mai 68. Car il faut le reconnaître d'entrée de jeu: de nombreux intellectuels susceptibles de se voir appliquer l'étiquette de French-théoriciens sont des penseurs de gauche. (On commence à comprendre pourquoi ce vaste courant intellectuel peut devenir un vulgaire «virus» dans la bouche d'un ministre du gouvernement d'Emmanuel Macron.)

Dès les années 1970, ces pensées s'exportent aux États-Unis, où les universitaires les reçoivent avec enthousiasme: les auteurs français sont traduits et étudiés, analysés et discutés. Et à peine une dizaine d'années plus tard, les effets de ces pensées commencent à apparaître sur les campus américains: fleurissent alors de nouveaux départements dans les universités, des départements d'études culturelles, d'études de genre ou encore d'études postcoloniales.

Pendant ce temps, en France, la French Theory a moins bonne réputation: l'après Mai 68 a déçu de nombreux intellectuels, et au fil des années les penseurs se réclamant des grands noms de la French Theory se font de moins en moins nombreux. Pourtant, la France n'en a pas fini avec les intellectuels qu'elle a formés et auxquels elle a permis d'exister. Dans les années 2000, l'impulsion French-théoricienne reprend: sous l'effet de traductions de penseurs américains, nos propres auteurs nous reviennent. Commencent alors, très timidement, et avec bien plus de difficultés qu'aux États-Unis, à s'installer, chez nous aussi, les études culturelles, postcoloniales, et de genre. Et la France de se saisir à nouveaux des questions philosophiques de la différence, du pouvoir et des normes.

De qui parle-t-on?

Mais de qui parle-t-on, quand on parle de French Theory? Qui sont les précurseurs des dangereux wokistes qui menacent l'Université, l'ordre social –et, pire encore, l'ordre moral? S'il est difficile d'établir une liste exhaustive de penseurs susceptibles d'être rattachés de près ou de loin à ce fourmillement intellectuel, quelques grands noms de notre histoire intellectuelle y figurent inévitablement.

(...)

Sophie Benard

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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"Nous sommes contre la guerre !" - Lettre ouverte de 4 000 universitaires, étudiants et diplômés de la prestigieuse Université d'État de Moscou

14 Mars 2022 , Rédigé par Facebook Publié dans #Université, #Ukraine

L'Université Lomonosov 2 – Moskva Accueil
Près de 4 000 universitaires, étudiants et diplômés de la prestigieuse Université d'État de Moscou, la plus ancienne université de Russie, ont signé une lettre disant qu'ils « condamnent catégoriquement la guerre que notre pays a déclenchée en Ukraine ».La lettre dit :
Nous, étudiants, étudiants diplômés, enseignants, membres du personnel et diplômés de la plus ancienne université de Russie, l'Université d'État de Moscou nommée en l'honneur de M.V. Lomonosov, nous condamnons catégoriquement la guerre que notre pays a déclenchée en Ukraine.
La Russie et nos parents nous ont donné une éducation solide, dont la vraie valeur réside dans le fait d'être capable d'évaluer de façon critique ce qui se passe autour, de peser les arguments, de s'entendre et d'être fidèles à la vérité - scientifique et humaniste. Nous savons comment appeler un chat un chat, et nous ne pouvons pas nous mettre de côté.
Agir au nom de la Fédération de Russie, que ses dirigeants qualifient d'"opération militaire spéciale", c'est la guerre, et dans cette situation, il n'y a pas de place pour les euphémismes ou les excuses. La guerre est la violence, la cruauté, la mort, la perte des êtres chers, l'impuissance et la peur qui ne peuvent être justifiées par aucun but. La guerre est l'acte de déshumanisation le plus cruel qui, comme nous l'avons étudié dans les murs des écoles et de l'université, ne devrait jamais être répété. Les valeurs de la vie humaine absolue, de l'humanisme, de la diplomatie et de la résolution pacifique des contradictions, que nous avons absorbées à l'université, ont été piétinées et jetées en un instant, lorsque la Russie a envahi traîtreusement le territoire de l'Ukraine. La vie de millions d'Ukrainiens est menacée chaque heure depuis l'invasion des forces militaires de la Fédération de Russie en Ukraine.
Nous exprimons notre soutien au peuple ukrainien et condamnons catégoriquement la guerre que la Russie a déclenchée contre les Ukrainiens.
En tant que diplômés de la plus ancienne université de Russie, nous savons que les pertes infligées pendant les six jours d'une guerre sanglante – tout d'abord humaine, mais aussi sociale, économique, culturelle – sont irréparables. Nous savons aussi que la guerre est une catastrophe humanitaire, mais nous ne pouvons imaginer la profondeur de la blessure que nous, peuple russe, infligeons au peuple ukrainien et à nous-mêmes en ce moment.
Nous exigeons que les dirigeants russes cessent immédiatement le feu, quittent le territoire de l'État souverain de l'Ukraine et mettent fin à cette guerre honteuse.
Nous demandons à tous les citoyens russes qui se soucient de son avenir de rejoindre le mouvement de paix.
Nous sommes contre la guerre !
 
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Comment les étudiants et lycéens voient la laïcité ?

23 Février 2022 , Rédigé par L'Etudiant Publié dans #Laïcité, #Université, #Education

Comment les étudiants et lycéens voient la laïcité ?

Le concept de laïcité est de manière récurrente au centre de nombreuses polémiques. Mais pour les lycéens, comme pour les étudiants, la question religieuse appartient au domaine privé et doit le rester. Un constat inquiétant pour certains qui craignent une mauvaise compréhension de ce principe.

"On peut très bien être pratiquant et respecter les valeurs de la République". Pour Apolline, étudiante en histoire de l’art à Paris (75), c’est même une évidence. Engagée dans l’association JEC (jeunesse étudiante chrétienne), elle s’interroge souvent sur la manière dont la société perçoit les croyants. "On a toujours l’impression qu’il y a un décalage, que la religion serait incompatible avec la République, et pourtant non, on peut très bien croire et respecter la laïcité."

En s’engageant à la JEC, elle souhaitait "faire vivre les valeurs chrétiennes", à travers des actions pour la communauté – récolte de dons de nourriture, parrainage d’enfants au Bénin etc. – et non "convertir les masses !" "Ma religion relève du domaine de ma vie privée. Parler constamment de laïcité crée beaucoup de tensions inutiles qui pourraient être évitées par le dialogue", estime la jeune femme.

"Les lycéens n'ont pas de problème avec la laïcité"

En décembre 2021, un sondage Ifop pour la Licra révélait que près de 40% des 1.000 lycéens sondés estimaient que les règles de leur religion étaient plus importantes que les lois de la République et que plus de la moitié avaient déjà vu un enseignement contesté au cours de leur scolarité.

Dans un communiqué, la Vigie de la laïcité, association qui émane des anciens responsables de l’Observatoire de la laïcité, reconnaissait que "les difficultés qui ont trait à la laïcité sont une réalité dans les lycées français" tout en déplorant les "nombreux biais" qui entachaient une enquête menée sur un panel trop peu fourni "pour être fiable d’un point de vue statistique". Elle demandait davantage de moyens pour l’enseignement et la formation et moins de stigmatisation, portée essentiellement "sur les lycéens musulmans".

"Les lycéens n’ont pas de problème avec la laïcité", considère Colin Champion, président du syndicat la Voix lycéenne, qui voudrait qu’il y ait davantage de réflexions "sur ce que veulent dire les valeurs de la République pour les jeunes".

"Le débat n’est pas permis autour de la laïcité, juge-t-il. Quand on nous en parle, c’est sous forme d’un discours qu’on nous assène et pas d’un échange." Il regrette que ces polémiques récurrentes autour de la thématique "empêchent de parler des sujets qui préoccupent réellement les jeunes : la précarité, la justice sociale, le climat".

Une indifférence face à la question religieuse

Camille est en L1 LEA (langues étrangères appliquées) à l’université de Grenoble (38). Selon elle, au lycée, "il n’a jamais été question de la laïcité. C’était comme déjà acquis". Et elle se souvient de certaines lycéennes, qui se dévoilaient avant de passer les portes de l’établissement. "À la limite, c’est moins hypocrite à la fac, elles ont le droit de venir comme elles le veulent sans que ça pose de problème."

Elle observe que les jeunes "sont peut-être plus tolérants, et veulent faire en sorte que tout le monde se sente à l’aise quelles que soient les croyances". Si la jeune femme se dit athée, elle fréquente des étudiants d'autres confessions, "et c’est très rarement un sujet dont on parle". Toutefois, elle aurait aimé que dans son cursus scolaire, la question religieuse soit davantage abordée, "car c’est une façon aussi de comprendre les autres".

Cyril, lui, est catholique pratiquant, et étudiant en M2 de gestion à Besançon (25). Pour lui non plus, la laïcité n’est pas vraiment un sujet de prédilection dans le cadre de ses études. "Avec les autres étudiants, on parle plutôt de nos difficultés, de nos études, que de ce en quoi on croit, explique-t-il. Mais c’est sûr que si je croise un autre croyant, cela crée un certain sentiment de proximité."

Pour lui, le fait d’être essentiellement "entourés d’athées" ne crée pas un environnement propice à la discussion religieuse, qu’il réserve donc à sa sphère personnelle. "En revanche, cela peut devenir un sujet dans des pratiques quotidiennes qui se voient. Par exemple, si on va manger avec d’autres personnes, on va faire attention à ce qu’ils puissent trouver des choses qui conviennent à leurs pratiques. C’est une question de bien-être, mais cette attention est parfois prise comme une radicalité religieuse."

Car pour Cyril – comme pour Camille – il est totalement normal de prendre en compte "les sensibilités de chacun", "et ce n’est pas contre la laïcité". "Il faut se rendre compte que sur les campus, hormis quelques cas isolés, il règne plutôt un désintérêt, une indifférence à la question religieuseOn ne voit pas la laïcité comme un acquis à protéger."

Un concept mal compris des jeunes ?

Et c’est ce qui inquiète Iannis Roder, directeur de l’Observatoire de l’éducation de la fondation Jean Jaurès et membre du Conseil des sages de la laïcité. L’enseignant regrette une forme de naïveté face à "l’entrisme religieux" qui vise les établissements scolaires et n’est pas étonné de cet effet générationnel dans la vision de la laïcité, qui reste "mal comprise" par les jeunes et est souvent confondue avec la tolérance. "Nous n’avons pas transmis ni expliqué le concept de laïcité et les enjeux afférents", regrette-t-il.

La laïcité, si elle permet à tous de pratiquer librement son culte, donne également "la possibilité de s’émanciper" de son milieu d’origine. Or, la loi de 2004, qui interdit le port de signes religieux ostensibles à l’école, "est perçue comme liberticide alors même qu’elle offre cette liberté. Une fois l’école terminée, chacun est libre de pratiquer. La laïcité ne demande pas l’adhésion, elle propose et l’élève dispose", estime-t-il.

Iannis Roder en appelle à une meilleure formation des enseignants pour expliquer les enjeux de la laïcité. "Dans la discussion avec les élèves, il est possible de faire comprendre que la laïcité ne vise absolument pas à empêcher quiconque de croire, mais fait la promotion de la liberté de tous."

Sarah Nafti

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La précarité étudiante est « mal cernée », selon la Cour des comptes

21 Février 2022 , Rédigé par Les Echos Publié dans #Université

Files d'attente interminables d'étudiants devant les points de distribution  d'aide alimentaire

Dans son rapport annuel, publié ce mercredi, la Cour des comptes déplore une montée en puissance « trop tardive » des dispositifs d'aides aux étudiants lors de la crise sanitaire. Elle invite les universités à s'emparer davantage d'un sujet qui est aujourd'hui largement aux mains des CROUS, dont le modèle économique « devrait être revu ».

C'est une critique non dissimulée de la gestion gouvernementale de la crise sanitaire . Et une invitation, pour les candidats à l'élection présidentielle , à se saisir du sujet. « Certaines mesures de soutien à la vie étudiante ont manqué leur cible », affirme la Cour des comptes dans son rapport annuel publié ce mercredi.

En cause : le ministère de l'Enseignement supérieur qui « ne dispose pas de données suffisamment fines sur les besoins des étudiants pour les calibrer correctement ». Résultat : la précarité est « une notion mal cernée ». Les dernières études disponibles datent de 2014 et de 2018, ce qui ne permet pas « d'apprécier finement le taux de pauvreté des étudiants ».

La Cour recommande de mettre en place « des indicateurs fiables de la précarité étudiante », car la crise « a révélé des précarités étudiantes dont la nature exacte et l'ampleur étaient, jusqu'alors, ignorées des pouvoirs publics et de leurs opérateurs, les CROUS autant que les établissements d'enseignement supérieur ».

Quand, par exemple, le gouvernement a décidé de cibler les étudiants boursiers pour les aides, cela « n'était pas assis sur une analyse approfondie de la précarité et des besoins induits par la crise sanitaire », souligne le rapport. Or, « la pandémie a montré qu'une partie des étudiants non boursiers était nettement exposée au risque de précarité en de telles circonstances ». Cette population étudiante a été « délaissée dans les premiers mois de la crise ».

La Cour des comptes salue les « nombreux dispositifs » qui ont été mis en oeuvre, pour un montant total de 215 millions d'euros. « Mais la montée en puissance a été tardive », regrette-t-elle. Elle n'a été « amorcée » qu'à partir de la fin 2020, avec le versement automatique d'une aide exceptionnelle de 150 euros à l'ensemble des boursiers sur critères sociaux - la mesure la plus coûteuse (114 millions) - puis, début 2021, avec l'élargissement du bénéfice du repas à 1 euro aux étudiants non boursiers et la mise en place du dispositif Santé Psy Etudiant.

Or, d'autres aides destinées à des jeunes non étudiants en situation de précarité ont été décidées dès juin 2020, rappelle la Cour, qui évoque aussi la réactivité plus grande du Danemark ou de l'Allemagne.

« Changer d'approche »

« L'implication accrue des universités dans la prise en charge de la vie étudiante, constatée pendant la crise, a vocation à ne pas demeurer purement conjoncturelle mais à s'inscrire dans le temps », recommande la Cour. Comme un écho à la proposition d'Emmanuel Macron, le 13 janvier, de « changer d'approche » et de « donner aux universités qui le souhaitent les possibilités de contribuer davantage au développement de la vie étudiante en leur ouvrant de nouvelles compétences ».

En octobre dernier, dans une note sur les universités , la Cour des comptes avait déjà appelé à faire des universités des opérateurs uniques pour la formation, la vie étudiante et la recherche.

Le modèle économique des CROUS à revoir

Dans le rapport de ce mercredi, les magistrats estiment que la crise a mis en évidence « les défauts structurels du système de soutien à la vie étudiante », qu'elle avait déjà dénoncés en 2015 (multiplicité d'acteurs, enchevêtrement des compétences, limites du dispositif de bourses sur critères sociaux…).

De nouveaux dispositifs nés pendant la crise mériteraient-ils d'être pérennisés ? « Le dispositif du repas à 1 euro semble avoir atteint sa cible », se félicitent les magistrats. Mais pour indiquer, dans la foulée, qu'une pérennisation de ce dispositif au profit des étudiants boursiers, voire de l'ensemble des étudiants, « pose la question du modèle économique des CROUS, qui devrait être revu », car « leur activité de restauration est déjà structurellement déficitaire ».

Fin août 2020, le gouvernement avait abaissé le prix des repas servis dans les restaurants universitaires de 3,30 euros à 1 euro pour les seuls étudiants boursiers. En janvier 2021, la mesure avait été élargie à l'ensemble des étudiants avant, en septembre, d'être restreinte aux seuls boursiers et étudiants en situation de précarité.

Marie-Christine Corbier

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Un testing dans les universités révèle des discriminations lorsqu’on porte un nom de famille maghrébin

15 Février 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

Un testing, c'est quoi ? – SOS Racisme Gironde

EXTRAITS

Une étude menée sur 600 masters établit que près d’un master sur cinq réserve un accueil discriminatoire à une demande d’un candidat dont le nom est Mohamed Messaoudi.

Mohamed Messaoudi, Lucas Martin et Thomas Legrand : trois étudiants fictifs bientôt titulaires d’une licence interrogent par écrit des responsables de masters sur les modalités de candidature à leurs formations. Tous trois n’obtiendront pas automatiquement la même réponse, comme le révèle un « testing » réalisé auprès de 19 universités, publié mardi 15 février.

Pour évaluer les discriminations liées à l’origine et au handicap dans l’accès aux formations, une équipe de recherche du tout nouvel Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur (Ondes), piloté par l’université Gustave-Eiffel, a généré plus de 1 800 demandes d’information sur les modalités de candidature. Elles ont été envoyées, en mars 2021, aux responsables de 607 masters, signées par un candidat de référence, un candidat indiquant qu’il se déplace en fauteuil roulant et un candidat avec un nom et un prénom originaires d’Afrique du Nord.

Bilan : 17 % des responsables de master – soit près d’un sur cinq – n’ont pas donné suite ou ont donné une réponse défavorable au mail adressé par Mohamed Messaoudi, tout en ayant répondu à la sollicitation de Thomas Legrand. Dans l’ensemble, Lucas Martin, handicapé moteur, affiche un taux de réponse proche de celui de Thomas Legrand (67,7 % contre 69,7 %). Mohamed Messaoudi se cantonne à 61,1 % de réponses, autrement dit, cet étudiant au patronyme maghrébin se retrouve avec 12,3 % de chances en moins de recevoir une réponse positive à une simple demande d’information.

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« Le comportement discriminant sera plus élevé si les masters se trouvent dans une configuration où il y a beaucoup de candidats, où les débouchés professionnels sont avérés, et les salaires élevés », détaille Yannick L’Horty, professeur d’économie à l’université Gustave-Eiffel et coauteur de l’étude avec Sylvain Chareyron, maître de conférences en sciences économiques à l’université Paris-Est Créteil (UPEC) et Louis-Alexandre Erb, chargé d’études à la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). Les filières discriminantes sont celles qui assurent la meilleure insertion professionnelle de leurs diplômés et un salaire médian le plus élevé, tandis que les filières non discriminantes offrent une moindre réussite.

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Trois mois après le « testing », en vue de proposer des interprétations aux différences de traitement observées, l’équipe de recherche a discrètement sondé, au nom du ministère de l’enseignement supérieur, dont l’Observatoire est partenaire, les 607 masters sans les interroger directement sur la question des discriminations, mais au sujet des « difficultés de recrutement » rencontrées par les responsables de formation.

Il ressort des 175 réponses reçues que les enseignants chargés de choisir les candidats n’affichent aucune volonté de préférer tel ou tel profil. Les responsables de formation ayant eu un comportement discriminant lors de la demande d’information « déclarent plus souvent être favorables à la diversité et ne déclarent pas qu’il est important de favoriser les candidatures européennes », rapporte la post-enquête.

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L’organisation du recrutement peut également aggraver les différences de traitement, les enseignants discriminants étant plus souvent seuls à la tâche. « Il faut former les responsables de formation à la problématique des discriminations et éviter qu’ils décident seuls », conclut le coauteur de l’enquête, qui plaide pour que le recrutement soit collégial afin d’éviter « des raccourcis cognitifs et le piège des stéréotypes ».

L’autre levier d’action passera nécessairement par la création de places supplémentaires en master, seule à même d’équilibrer les tensions entre filières liées au passage de la sélection à l’entrée en M1 depuis la rentrée 2017 et non plus entre M1 et M2. Une note du service statistique du ministère de l’enseignement supérieur, publiée le 10 février, souligne la décroissance du taux de poursuite en master à l’issue d’une licence générale : celui-ci est passé de 72 % pour la cohorte 2016 à 66 % pour celle de 2018.

Soazig Le Nevé

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La crise du « niveau » à l’école : un débat qui vient de loin

14 Février 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

La crise du « niveau » à l’école : un débat qui vient de loin

EXTRAITS

Les propos déclinistes ont gagné presque tous les partis et résonnent à nouveau avant l’élection présidentielle. Les études tendent à les relativiser, même si l’enseignement français peine à compenser les inégalités de naissance.

« Niveau » des élèves, niveau du « décrochage », « niveau » des enseignants et de leur recrutement, « niveau » du budget et de l’encadrement… Le mot, à moins de soixante jours de l’élection présidentielle, a trouvé sa place dans la campagne. Une grille d’analyse attendue, l’une des plus répandues dès lors qu’on débat de l’école.

Et pour cause : elle parle à tous, aux parents des 12,5 millions d’élèves scolarisés, comme aux grands-parents – et aux anciens élèves qu’ils ont été. La plupart des postulants à l’Elysée l’ont bien compris, en plaçant les « fondamentaux » – ce « lire-écrire-compter » auquel l’actuel ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a ajouté un quatrième objectif, « respecter autrui » – parmi leurs propositions. Chacun avec ses mots propres, son ton.

La candidate de la droite, Valérie Pécresse, en appelle à un « sursaut national » pour « relever le niveau » – « sursaut » qui, pour elle, passe notamment par l’ajout de deux heures de français par semaine à l’école primaire, et d’une heure en plus de mathématiques. A l’extrême droite, Marine Le Pen plaide pour « remettre au cœur des programmes » le français, les mathématiques et l’histoire – quand bien même la France consacre déjà plus d’heures que ses voisins, au primaire, à ces apprentissages.

La dynamique défendue par Eric Zemmour surfe, elle aussi, sur cette tendance : face à l’« effondrement du niveau académique », il recommande de « recentrer l’école autour des savoirs fondamentaux ». A l’autre bout du champ politique, Jean-Luc Mélenchon insiste sur la « transmission des savoirs », mais elle passe, pour le candidat de La France insoumise, par une remise en jeu des réformes du lycée et du collège. Et ce, en « renouant » avec une organisation scolaire fondée sur le « groupe classe » et des « horaires suffisants ».

 

Il n’y a, à ce stade, qu’Anne Hidalgo et Yannick Jadot pour mettre (un peu) en sourdine le refrain du niveau et faire porter l’accent sur les savoir-faire – et pas seulement sur les savoirs. La candidate socialiste appelle de ses vœux des pédagogies « ouvertes » et « inclusives », quand le candidat d’Europe Ecologie-Les Verts plaide pour des méthodes « favorisant l’accrochage scolaire »

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20 % de jeunes en grande difficulté

D’un PISA à l’autre – ce « Programme international pour le suivi des acquis des élèves » devenu, en vingt ans, une sorte de norme mondiale de l’évaluation scolaire –, les Français ont fini par comprendre que leur école figeait très tôt les destinées scolaires. Pire, qu’elle creusait les écarts de réussite entre les « bons » et les « mauvais » élèves, les enfants privilégiés et ceux qui le sont moins. Mais « cette tendance a ralenti », tempère Eric Charbonnier, analyste au sein de l’OCDE, l’organisation pourvoyeuse de l’enquête PISA : « Les écarts de performances restent la marque de notre système éducatif, reconnaît-il, mais après une nette augmentation entre 2000 et 2010, ils ont commencé à se stabiliser. » Un peu comme si la France avait fini par avoir son « choc PISA », vingt ans après l’Allemagne.

 

Il n’empêche : si notre école sait propulser vers les scores les plus élevés quelque 10 % de très bons élèves (qui sont aussi, la plupart du temps, les plus privilégiés socialement), elle bute sur un « noyau dur » de 20 % de jeunes en grande difficulté, rappelle-t-on à la DEPP, le service statistique du ministère de l’éducation. C’est 1 jeune sur 5 qui, après plus de dix ans sur les bancs de l’école, se retrouve à la peine dans la poursuite d’études, comme dans la vie quotidienne. Reste à savoir ce qui ressortira du PISA 2022, retardé d’un an du fait de la crise sanitaire.

En attendant, la dernière enquête du genre, portant (en dominante) sur la compréhension de l’écrit et menée en 2018, n’a pas révélé de catastrophe. Avec 493 points, l’école française s’est même classée très légèrement au-dessus de la moyenne (487 points) des pays de l’OCDE. Loin de la Finlande, mais au même niveau que l’Allemagne, la Belgique ou le Portugal. Constat similaire en « culture scientifique » et en mathématiques, les deux autres champs éclairés par PISA.

(...)

Un autre « niveau » a trouvé sa place dans les programmes présidentiels : celui du recrutement et du salaire des enseignants. Anne Hidalgo a, la première, installé le sujet dans la campagne, en s’engageant à doubler le salaire des professeurs. Promesse dénoncée par ses opposants comme irréaliste, mais qui en a entraîné d’autres dans son sillage : Yannick Jadot s’est ainsi engagé à recruter 65 000 enseignants et à les revaloriser. Jean-Luc Mélenchon a chiffré la première vague d’embauches nécessaires à 60 000 – comme sous le quinquennat Hollande –, et promis de revaloriser les traitements de 15 % pour rattraper le gel du point d’indice. En tension depuis au moins quinze ans, en France comme dans de nombreux autres pays voisins, le recrutement des professeurs a de nouveau révélé ses limites avec la crise du Covid-19 et l’incapacité de l’institution à assurer, en temps et en heure, les remplacements.

 

Année après année, pour des raisons sur lesquelles, là encore, les enquêtes ne manquent pas, les concours de l’enseignement ne font pas « le plein ». Dans certaines disciplines, à l’image des maths, la baisse des candidats est telle qu’elle pose la question du processus de sélection. Faute de titulaires, l’éducation nationale fait appel à des contractuels aux profils éclectiques et aux formations… inégales. Un « phénomène structurel », a rappelé la Cour des comptes dans un rapport de 2018, que la loi de transformation de la fonction publique, en 2019, a en partie normalisé.

(...)

Mattea Battaglia

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