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Vivement l'Ecole!

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«Avec Parcoursup, je n’aurais pas pu accéder à l’université»...

2 Février 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université, #Parcoursup

«Avec Parcoursup, je n’aurais pas pu accéder à l’université»...

«Parcours super naze, l’exclusion est en marche» ; «Même Darwin n’avait pas imaginé tant de sélection» ; «Fac pour tous»… Placée sous le signe de la convergence des luttes, la première journée d’action contre les réformes de l’entrée à l’université et du baccalauréat n’a pas fait le plein. Ils étaient plusieurs milliers (2 400 selon la police) à manifester jeudi après-midi à Paris, et environ 400 à se réunir devant le rectorat de Lyon.

Le premier syndicat chez les enseignants du supérieur (Snesup-FSU), l’organisation étudiante Unef, les syndicats lycéens UNL et SGL, FO, CGT, SUD et d’autres réclament le retrait du projet de loi sur les nouvelles modalités d’accès à l’université, jugées sélectives, via la plateforme d’inscription Parcoursup lancée il y a dix jours. Ils ont été rejoints par la FCPE, première fédération des parents d’élèves, qui souhaite que «le baccalauréat reste la seule porte d’entrée» à l’enseignement supérieur.

Premiers concernés, les lycéens étaient nombreux à marcher entre les facs de Jussieu et de la Sorbonne. Comme Adrien, 16 ans, en première ES à Palaiseau (Essonne). «Je trouve ça injuste, tout le monde devrait pouvoir accéder aux études qu’il veut. Quelqu’un de moyen au lycée comme moi peut tout à fait réussir à l’université. Je préférais le tirage au sort à ces critères arbitraires.» A ses côtés, Medhi, 16 ans, en seconde à Cergy (Val-d’Oise), est inquiet : «J’ai peur de ne pas trouver d’université, d’être dans le désarroi total en fin de terminale.»

Des étudiants étaient présents en signe de soutien aux lycéens. «Je n’aurais jamais pu accéder à l’université avec cette réforme. J’étais en terminale STG [sciences et technologies de la gestion] dans un lycée pas facile. J’aimerais que tous les lycéens aient les mêmes chances que moi, tonne Matthieu, 24 ans, en histoire à Paris-I. D’autre part, le contrôle continu au bac ne peut fonctionner que si tous les élèves ont la même éducation pour ne pas créer une France à deux vitesses, ceux des lycées d’élite et les autres. La sélection passerait aussi par ce biais-là.» Fabienne, prof de maths au lycée Jules-Ferry, abonde : «Ce qui est prévu est que ce soit les universités qui choisissent leurs étudiants, et non plus l’inverse. C’est aberrant.»

Marlène Thomas

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Sélection universitaire : «Pas nés sous la même étoile…»

14 Janvier 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Sélection universitaire : «Pas nés sous la même étoile…»

La réforme de l’accès à l’enseignement supérieur entend conditionner à des «attendus» l’entrée des étudiants dans chaque filière. Officiellement, il s’agit de lutter contre l’échec à la fac. En réalité, le «plan étudiants» du gouvernement n’est qu’une vaste machine à trier.

Les paroles du groupe de rap IAM n’ont jamais sonné plus juste, à la veille d’une réforme annoncée - mais pas encore votée ! - touchant l’accès à l’université : «Pas nés sous la même étoile…» Le gouvernement entend instaurer des «attendus» nationaux et locaux - le flou n’étant pas le moindre des défauts de cette réforme - afin de «mieux orienter» les lycéens dans le choix de leurs études à l’université. Des millions de vœux seraient ainsi examinés, voire en partie automatisés. Selon quels critères? types de bac? de lycée? notes de première et terminale? voire du brevet des collèges? Les idées ne manquent pas! Tout cela donnerait lieu à un classement aboutissant in fine à une inscription dans la filière de leurs choix pour les «meilleurs bacheliers» que l’on commence à appeler les «bacheliers étoiles», et là où il reste de la place pour les autres. On ne le sait que trop : les inégalités scolaires s’enracinent largement dans des inégalités sociales (ce que les Anglo-Saxons nomment «an accident of birth») et accéder aux diplômes du supérieur, c’est se donner plus de chances d’éviter le chômage, les jobs mal payés, les statuts précaires… Bref, le système scolaire reste l’un des piliers de la reproduction sociale, certes, mais les efforts de démocratisation scolaire ont aussi aidé la mobilité sociale ascendante des classes populaires stabilisées et des (petites) classes moyennes, et cela, on le dit moins.

Pour autant, le système scolaire français reste structurellement profondément inégalitaire. D’un côté, des grandes écoles et leurs classes préparatoires, pour lesquelles les élèves sont sélectionnés tôt, couvés dans des établissements au taux d’encadrement élevé et qui contribuent largement à la reproduction sociale (environ 50 % d’enfants de cadres supérieurs et 15 % d’enfants d’ouvriers-employés, alors que ces catégories représentent respectivement 15 %(1) et 50 % de la population active). De l’autre, des universités aux capacités d’accueil réduites comme peau de chagrin, des personnels précarisés et des budgets de plus en plus contraints : la loi LRU (2007) a conduit à l’assèchement des caisses et à l’extrême mise sous tension des établissements universitaires, les rendant inefficaces pour mieux dénoncer leur incurie et imposer, au nom de l’autonomie, des mesures d’austérité. L’argent ne manque pas pourtant lorsqu’il s’agit d’alimenter Labex, Idex, chaires d’excellence, primes en tous genres pour «stars» de la recherche, sans parler des 5, 5 milliards du Crédit d’impôt recherche (CIR), devenu une véritable niche fiscale pour certaines entreprises et constituant autant de financements perdus pour la recherche publique.

Etrangement, cette inégalité structurelle massive est totalement absente de la réflexion gouvernementale. Et, à travers la réforme qui vient, c’est la première fois que s’exprime autant le refus de la démocratisation scolaire. Celle-ci ouvrait ce droit simple : permettre à ceux qui le souhaitent, une fois le baccalauréat obtenu - or, tout le monde ne l’a pas, 78 % de bacheliers dans une classe d’âge en 2016, 40 % pour un bac général - de fréquenter l’université et la filière de son choix.

Malgré les démentis et les tours rhétoriques, c’est ce droit fondamental aux études qui est remis en cause. Le «planétudiants» n’est qu’une vaste machine à sélectionner et à trier.

Les trois «piliers» de l’argumentation gouvernementale sont bien fragiles :

1) On nous assène des chiffres qui font peur : selon les lieux (Assemblée, médias) et les personnes (ministre, députés LREM…) qui s’expriment, on parle de 50 % à 70 % d’échecs en licence ! Pourquoi pas 80 % ou plus ? (2) Quand on en est à ce niveau d’approximation, tout est dicible. On agite la peur, toujours, avec un maître mot : «l’échec». Si, donc en classes préparatoires, l’échec au concours signifie qualité de la formation, en licence cela devient «gâchis insupportable» ! Que deviennent ceux qui arrêtent ? On n’en sait pas grand-chose et on n’en dit rien : Réorientation ? Travail ? Autres formations ? Sur quoi reposent ces «données», on n’en sait rien, car au niveau des UFR et des universités le devenir des étudiants est très mal connu. Et les quelques recherches accessibles sur cette question ne vont pas dans le sens du discours gouvernemental, loin s’en faut.

2) La qualité injuste et absurde du tirage au sort, tout le monde la reconnaîtra, mais elle a été une pratique très marginale, et il existe d’autres moyens que ce plan étudiants pour la supprimer.

3) Enfin, sont créées des fictions de toutes pièces : après le malade imaginaire, l’étudiant imaginaire. De toutes parts est propagée la figure de l’étudiant perdu qui s’inscrit là où il n’a rien à faire ! Il a évité les mathématiques pendant tout le lycée, qu’à cela ne tienne, il veut absolument faire de la physique théorique en fac ! Il ne jure que par la musique mais c’est en Staps qu’il s’inscrit… Pourtant qui ne sait parmi les enseignants, comme parmi les étudiants, que ceux qui ne sont pas là où ils devraient être sont plus victimes de l’absence de places que de neurones.

C’est à se demander si les prérequis pour gouverner ne sont pas, eux aussi, à revoir : quand il n’y a ni maîtrise des données et des statistiques ni définition et description objective du phénomène qu’on prétend réformer, peut-être devrait-on avoir la décence de poser les stylos, se taire et écouter un peu les spécialistes de l’enseignement supérieur qui, de toute évidence, ne sont pas au pouvoir.

Menée à la va-vite par un ministère que l’on ne peut, a priori, soupçonner d’amateurisme, cette réforme universitaire qui vient révèle, in fine, son vrai visage, idéologique : «En finir avec le mythe de l’université pour tous» (selon les propres mots du président Macron), bref interdire aux élèves des classes populaires et moyennes d’accéder aux études supérieures de leur choix. En un mot, les enfermer définitivement dans un destin scolaire qui sera leur tombeau social.

(1) Et non 25% comme indiqué dans une version précédente.

(2) Selon les données statistiques du ministère, parmi les nouveaux inscrits en licence 1 (L1), environ 40 % chaque année passent en L2 ; environ 30 % redoublent ; environ 30 % ne se réinscrivent pas (ceux qui sont dits avoir «abandonné»). Ces chiffres ne sont pas nouveaux et étaient déjà presque identiques au début des années 60 selon les archives statistiques du ministère. En d’autres termes, ils ne sont pas liés à la massification, à l’arrivée en masse des bacheliers professionnels ou à une baisse du niveau généralisée des bacheliers. Ils varient aussi fortement selon les universités.

Nous vous invitons à venir en débattre, le 20 janvier à 14 heures, à la Bourse du travail (s. Hénaff), 29, boulevard du Temple (75003).

Annabelle Allouch Sociologue, UPJV,
Romuald Bodin Sociologue, Nantes,
Raphaëlle Branche Université de Rouen,
Christel Coton Sociologue, Paris-I,
Laurence De Cock Historienne,
Fondation Copernic,
Corine Eyraud Sociologue, AMU,
Laurence Giavarini Littérature française, université de Bourgogne, Sauvons l’université !,
Matthieu Hély Sociologue, UVSQ, président de l’Association des sociologues Enseignant-e-s du supérieur,
Bernard Lahire Sociologue, ENS-Lyon,
Mathilde Larrère Historienne, Paris-Est Marne-la-Vallée,
Gérard Noiriel Historien, EHESS,
Sophie Orange Sociologue, Nantes,
Willy Pelletier Sociologue, Fondation Copernic, Irène Pereira Philosophe, ESPE de Créteil,
Romain Pudal Sociologue, CNRS,
Johanna Siméant Politiste, ENS,
Jérémy Sinigaglia Sociologue, IEP de Strasbourg.

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"Petit plaisir du matin : lire le descriptif de fonctionnement du futur #Parcoursup"...

26 Décembre 2017 , Rédigé par Twitter - Guillaume Ouattara Publié dans #Education, #Parcoursup, #Université

"Petit plaisir du matin : lire le descriptif de fonctionnement du futur #Parcoursup"...

Via Guillaume Ouattara Blogueur-invité pour LeMonde.fr

Sur Twitter il est à  suivre ici @ingenuingenieur

Sur Le Monde, il est à lire là ingenuingenieur.blog.lemonde.fr

Et c'est toujours instructif!

Christophe Chartreux

                   _______________________________________________

"Petit plaisir du matin : lire le descriptif de fonctionnement du futur ... Je souhaite bien du courage aux élèves de terminale pour comprendre la plateforme"

"Petit plaisir du matin : lire le descriptif de fonctionnement du futur #Parcoursup"...

"Je sens que des milliers d'élèves vont perdre leur place sur liste d'attente car ils auront oublié de cocher "je souhaite conserver mes places sur liste d'attente"..."

"Petit plaisir du matin : lire le descriptif de fonctionnement du futur #Parcoursup"...

"Les "vœux multiples" seront donc des voeux dans les vœux ne comptant au total que pour un vœu parmi les 10 vœux obligatoires mais on ne pourra pas dépasser les 20 sous-vœux (10 sous-vœux par vœu)... En fait, devrait presque devenir une épreuve du bac !"

"Petit plaisir du matin : lire le descriptif de fonctionnement du futur #Parcoursup"...
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Entrée à l’université : le curieux service après-vente de deux députés LRM dans un lycée...

21 Décembre 2017 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

Entrée à l’université : le curieux service après-vente de deux députés LRM dans un lycée...

EXTRAITS

Alors que l’Assemblée a adopté mardi en première lecture la loi réformant l’accès à la fac, des parlementaires sont venus la présenter à des parents dans la soirée. Accueil inquiet.

Ils ne sont pas arrivés en terrain conquis, loin de là. « Admettez que c’est une nouvelle sélection, pourquoi vous ne l’assumez pas ? », lance sans détour un parent d’élève. Venus présenter la réforme de l’accès à l’université devant des parents d’élèves de terminale, Laetitia Avia et Pierre Person, jeunes députés parisiens La République en marche (LRM), ont été fraîchement accueillis mardi 19 décembre, alors qu’ils tentaient un curieux service après-vente d’un texte adopté le jour-même, à l’Assemblée nationale, en première lecture.

Inquiets, perdus, en colère, la soixantaine de parents et les quelques lycéens installés dans la salle de cinéma du lycée Maurice Ravel (Paris, 20e) ne manquaient pas de questions, très concrètes, alors qu’arrivent pêle-mêle des « attendus » à l’entrée des licences et des recommandations des premiers conseils de classe de terminale sur l’orientation des élèves, dans un « grand flou » quant au rôle de ces futurs ingrédients dans le passage à l’université.

(...)

« Est-ce qu’on est plus rassuré après cette discussion, je ne pense pas, et on n’est pas plus informé non plus… », regrette une maman d’élève, qui salue tout de même l’initiative. « Je trouve ça scandaleux que des députés viennent nous vendre leur soupe dans un lycée public », lâche à l’inverse une mère d’élève excédée, entre deux portes.

Du côté des parlementaires, l’organisation du rendez-vous embarrasse. Si la députée Laetitia Avia assure qu’elle est venue faire ce qu’elle considère comme un « exercice de pédagogie » à la demande des parents d’élèves, le proviseur du lycée, Philippe Le Guillou, confie à l’inverse que c’est à sa propre demande que la parlementaire est venue rencontrer les parents de sa circonscription…

Camille Stromboni

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Etudiants, l'avenir à crédit...

30 Novembre 2017 , Rédigé par Public Senat Publié dans #Education, #Université, #Jeunesse

Dans le monde, les jeunes poursuivant des études supérieures étaient 13 millions au milieu des années 60. En 2015 ils étaient 200 millions. Dans 15 ans ils seront 400 millions. Une formidable clientèle se dessine. Partout la transmission du savoir devient une marchandise, un service à vendre. Sous l´effet de la compétition internationale, les universités se transforment en de gigantesques entreprises. Une enquête aussi éclairante qu´inquiétante sur un phénomène émergent en Europe...

Réalisé par Jean-Robert Viallet. Production : Arte France, CFRT

Public Sénat

Film à voir en cliquant ci-dessous

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Réformer l'université française? Impossible sans en éliminer les dérives... Que voici.

17 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Universite

Réformer l'université française? Impossible sans en éliminer les dérives... Que voici.

Une Huronne à Paris… ou les dérives de l’Université française

Professeure nord-américaine, Josette Féral se réjouissait d’occuper un poste à l’Université française. Elle y a découvert un système de pouvoir opaque et violent. Des mentalités d’un autre âge qui empêchent la faculté de rayonner à l’étranger comme elle le mériterait.

En repensant aux six années que je viens de passer en France, il m’apparaît désormais évident que le vrai problème de l’Université française, sa résistance à tout changement, ne vient pas des compétences de ses chercheurs ou enseignants (j’y ai rencontré des collègues extrêmement compétents et travailleurs), pas plus que des étudiants (qui ne diffèrent pas de ceux du reste du monde ; certains y sont excellents et d’autres peu à leur place à l’université) ; il ne tient pas non plus aux conditions matérielles, certes, difficiles, dans lesquelles l’Université française évolue : il tient, avant tout, à des fonctionnements et à des mentalités d’un autre temps qui handicapent toute évolution et court-circuitent tout changement qui pourrait se faire hors des schémas préétablis. Comment dès lors penser l’ouverture aux idées ? Aux autres visions de l’université ? Comment imaginer à un niveau national ou international l’avenir d’une discipline ? Ces comportements contribuent à paralyser l’Université française et l’empêchent d’occuper la place qui devrait être la sienne dans le monde.

Brimades. En 2008, le suicide d’une enseignante à l’université de Brest (article de l’Express du 15 avril 2011) attirait l’attention sur les irrégularités d’une commission qui avait mené à sa non-titularisation. En 2016, un professeur en cardiologie de l’hôpital Georges-Pompidou se suicidait au terme d’une série de mesures prises par ses supérieurs et ressenties comme des brimades par la victime. Ces exemples rappellent la violence de mondes - universitaire ou médical - que l’on croit feutrés, policés, dont on imagine volontiers qu’ils sont réservés à une élite intellectuelle, imprégnée de sagesse et de modération. Or, ceux-ci révèlent, examinés de près, une violence endémique, difficile à mettre en lumière mais bien réelle. Celle-ci s’exerce de façon sournoise, par petites touches sous les apparences de décisions prises démocratiquement, alors que cette collégialité de façade cache une collusion qui se fonde sur des factions travaillant dans l’ombre pour atteindre leurs objectifs et imposer leur vision d’un monde qu’ils n’imaginent pas autrement que hiérarchique, marqué par des privilèges qui ne tiennent pas au mérite mais aux petits pouvoirs méthodiquement mis en place.

Cette violence subreptice, affleurant, fait tellement partie des institutions que nombre de collègues français demeurent convaincus qu’il ne peut en être autrement. Selon cette vision du monde, il faut être le plus fort, à défaut d’être le meilleur. Les formes de pouvoir qui se mettent en place sont le fait d’apparatchiks qui s’imposent non par la force d’une pensée mais par un appétit de régenter le monde qui les entoure. «Il faudra que tu rentres dans le rang», disait une collègue senior à une jeune maître de conférences. Rentrer dans le rang, comme dans l’armée !

Les Petits Pouvoirs, comme les nommait une pièce de théâtre de la Québécoise Suzanne Lebeau, expliquent le désir d’asseoir l’illégitimité de cette autorité sur des apparences de démocratie, d’où la course pour occuper des postes décisionnels au sein des commissions ou des conseils de l’Université. Il ne s’agit pas d’aider l’institution à mieux fonctionner mais de la faire fonctionner à sa main, en éliminant ou en marginalisant, quand il le faut, les dissidents qui ne partagent pas nos idées.

Sans voix. L’observation du fonctionnement du milieu universitaire français et des structures qui y sont associées laisse parfois sans voix : décisions prises dans l’opacité la plus complète, absence de consultation réelle à l’interne, actions qui relèvent du contournement le plus évident des règles déontologiques, absentéisme endémique aux réunions, commissions de recrutement noyautées en amont pour s’assurer du choix final des candidats, postes taillés sur mesure pour certains candidats, sélection arbitraire de doctorants auxquels sont attribués des contrats doctoraux ou des postes d’Ater [attaché temporaire d’enseignement et de recherche], candidatures étudiées sommairement, exclusion de collègues compétents des responsabilités internes. «Il faut vivre et laisser vivre», me disait un directeur philosophe. Dans son discours, il s’agissait de laisser vivre certains et d’en sacrifier d’autres sans complexe. Le fonctionnement de la recherche n’est guère plus démocratique. Ainsi, avons-nous tenté, avec quelques collègues de l’IET [l’Institut d’études théâtrales] et d’ailleurs, de créer une équipe de recherche nouvelle, interdisciplinaire. Elle fut tout de suite perçue comme dissidente. Au lieu de voir dans cette initiative une volonté de renouvellement, les équipes existantes y virent une menace et un désaveu. La sanction fut immédiate. La douzaine de collègues aux CV conséquents qui formaient l’équipe fut mise au ban, et les directeurs de thèse exclus de l’Ecole doctorale, sans autre forme de procès, du jour au lendemain. Ailleurs, il aurait suffi d’une semaine pour révéler non seulement le caractère scandaleux d’un tel comportement mais son absolue illégalité. Mais en France, une telle situation peut durer des années sans que les responsables n’interviennent.

Le fonctionnement de l’évaluation des enseignants n’a guère amélioré les choses. Les critères de cette évaluation ne sont que rarement énoncés clairement et souvent laissés à une subjectivité que n’épargnent pas les règlements de compte. Les bourses et postes d’allocataires étant comptabilisés au bénéfice des enseignants (!), l’on assiste à des batailles où chacun tente de placer ses étudiants et non de promouvoir les plus méritants. Cette dérive est amplifiée du fait que le nombre de dossiers étant fort élevé, nombre de collègues se dispensent de les lire, faisant confiance à ceux qui se sont prononcés avant eux et qui ont, en principe, évalué les dossiers en amont. L’ex-système mandarinal a ainsi cédé la place à un semblant de méritocratie particulièrement hypocrite et pernicieux.

Il n’existe malheureusement, au sein des institutions, aucun rempart contre les féodalités, et les petits chefs s’y imposent. Tous les garde-fous disparaissent, et l’on retrouve souvent les mêmes personnes (ou leurs séides) dans différentes instances, dûment placées par leur faction. Les mesures ministérielles tentent d’endiguer ce mode de fonctionnement et semblent en avoir accru, sans l’avoir voulu, le côté négatif, en ce qui concerne les commissions de recrutement notamment. Les voies de contournement des lois demeurent nombreuses et sont largement exploitées. Comment éviter la cooptation, le renforcement d’une seule vision disciplinaire, le choix de gens qui nous ressemblent, que nous avons déjà côtoyés, formés et qui pensent comme nous ? L’inbreeding, considéré ailleurs comme source d’enfermement intellectuel, est devenu la norme. La «diversité» mais une diversité qui nous ressemble.

Dans la distribution au compte-gouttes de gratifications, pièce majeure du système, tout se monnaye donc, et chacun accepte de prêter son vote à de petites vilenies, traîtrises, injustices au nom de la nécessité d’éviter les ruptures et d’assurer, du moins en apparence, le bon fonctionnement de l’ensemble. Petites lâchetés au quotidien dûment récompensées et qui participent de l’immobilisme global et de la surveillance réciproque.

Connues, reconnues et commentées abondamment en privé, ces dérives sont rarement dénoncées en public de peur d’en payer le prix - dérisoire mais néanmoins important - sous forme de refus de promotion, de prime de recherche ou de congé sabbatique. Un fonctionnement tribal pourrait-on dire où il est indispensable pour survivre d’adhérer au groupe. Sans doute chacun se dit-il, en son for intérieur, qu’il n’y a rien à faire. Résignation peut-être qui finit par imprégner toute l’atmosphère et dicter les comportements. Les étudiants le constatent. Triste entrée dans le monde professionnel qu’ils ont choisi.

Partage. La raison sans doute en est que les présidents d’université n’ont pas toujours le pouvoir qui devrait leur revenir, et que leur périmètre d’action est somme toute limité. Partage des pouvoirs et démocratie obligent. La crainte endémique au sein de l’institution est toujours de voir les «responsables» au plus haut niveau imposer leur vision sans consultation de la base même si le fonctionnement de cette base est souvent totalement dévoyé ! Aussi présidents et vice-présidents naviguent-ils souvent entre les factions politiques, s’usant dans des guerres de pouvoir et réussissant, tout au plus, à gérer les apparences de la démocratie, au lieu de consacrer tous leurs efforts au bon fonctionnement de l’institution.

Comment dès lors, dans un pareil système, pouvoir penser l’ouverture à d’autres organisations universitaires, d’autres visions, d’autres perspectives ? Comment imaginer que les universités, pourtant si mal en point, puissent s’ouvrir à des modifications radicales et profondes, indispensables pour l’avenir ? Comment peuvent-elles changer d’ère ?

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Admission post bac... Une bombe à retardement: l'éclosion d'un système à plusieurs vitesses... (+ "A retenir")

31 Octobre 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Université

Admission post bac... Une bombe à retardement: l'éclosion d'un système à plusieurs vitesses... (+ "A retenir")

Le gouvernement le jure, sa réforme de l'accès à l'enseignement supérieur n'est pas une manière déguisée d'introduire de la sélection à l'université. Mais est-ce réellement le cas ? Ne va-t-on pas assister à l'éclosion d'un système à plusieurs vitesses ? Entretien avec la sociologue Annabelle Allouch. 

Après deux mois de concertation, le gouvernement a dévoilé le 30 octobre les nouveaux contours de l’enseignement supérieur dès la rentrée 2018 (lire ici notre article sur le sujet). La future loi prévoit en effet que chaque bachelier pourra accéder à la filière de son choix, écartant ainsi la perspective d’une sélection sèche, réprouvée par la plupart des syndicats et organisations étudiantes. Mais il n’est pas question de conserver un accès libre, comme c’est le cas actuellement, à l’université. Un bachelier qui ne remplirait pas un certain nombre de critères pourra en effet se voir imposer par l’université une remise à niveau pour s’inscrire à la filière de son choix. Si jamais le nombre de places était insuffisant, la priorité serait donnée aux meilleurs profils.

Annabelle Allouch est maître de conférences à l’université de Picardie Jules-Verne et auteure de La Société du concours, l’empire des classements scolaires (éditions du Seuil), où elle interroge « l’habillage méritocratique » de notre société et sa capacité à exacerber la concurrence sur la base des concours. Elle analyse pour Mediapart les conséquences possibles de cette réforme « aux intentions louables ».

Le gouvernement explique ne pas introduire de sélection à l'université avec cette réforme. Est-ce vraiment le cas ?

Annabelle Allouch : Pour moi, la France s’aligne sur les standards internationaux (et surtout américains) de sélection avec cette réforme. L’enseignement supérieur tel qu’on l’a connu n’existera plus. Il y a de la sélection même si le gouvernement explique le contraire. Dès lors qu’on institue des prérequis ou des attendus, on met une conditionnalité, donc c’est de fait de la sélection. On demande à des étudiants de respecter des conditions scolaires, de motivation et de compétences. C’est aussi une forme de sélection lorsqu’on demande aux universitaires de mettre en œuvre un choix. Si on reprend la formule de Bourdieu, le concours, c’est transformer des micro-différences (un demi-point) en propriétés sociales. Là, on transforme une batterie de critères en un statut scolaire et social qui différenciera le dernier étudiant admis du premier lycéen recalé. C’est la même logique. Il est intéressant de noter dans le dossier de presse du gouvernement qu’il y a un rétropédalage par rapport au discours d’Emmanuel Macron, qui expliquait en septembre que l’université n’est pas pour tout le monde. Dorénavant, le gouvernement insiste sur la nécessaire démocratisation de l’université, en intégrant dans sa communication des éléments de critique sur les inégalités sociales et en rappelant le poids du milieu social pour mieux les désamorcer. Ils sont sortis de leur approche trop brutale et frontale, qui aurait pu être le catalyseur d’une mobilisation des jeunes et des syndicats. 

Le gouvernement assure vouloir, avec cette réforme, juguler la sélection par l’échec qui donne lieu à 60 % d’abandon en première année de licence ; est-ce une réponse pertinente à cette situation ?

Il y a deux mythes qui ont la vie dure. Il y a ce mythe de l’étudiant de bac professionnel voulant aller en fac de philosophie, qui agit comme une figure repoussoir alors qu’ils sont très minoritaires à vouloir s’engager dans ce type de cursus. Et puis, il y a ces 60 % d’échec en licence. En réalité, on ne sait pas vraiment où vont ces étudiants. Si nous, à l’université, on n’arrive pas à le déterminer clairement, le gouvernement ne peut pas le savoir aussi. Certains disparaissent, mais peut-être pour avoir une meilleure situation. Parler de sélection par l’échec, c’est aussi sous-entendre qu’aller directement sur le marché du travail, ou en formation, c’est un échec. Que l’étudiant qui a choisi finalement une voie professionnelle plus rapide fait erreur. Le gouvernement impose ainsi une lecture de l’échec et de la réussite : pour lui, la seule façon de réussir dans notre société, c’est de décrocher un diplôme d’études supérieures. On impose une forme normée de réussite, avec une vision élitiste et très tranchée sur la réussite dans le monde social. Il y a les diplômés et les autres, ce qui contribue à reproduire des hiérarchies scolaires. 

Il fallait mettre fin au tirage au sort, explique aussi l’exécutif. Est-ce une motivation suffisante pour la réforme ? 

C’est un discours de justification hyper huilé, qui a bien fonctionné. C’est un coup à deux bandes, en disant « on met fin au tirage au sort », alors que c’est marginal. Les familles en ont peur. Le gouvernement a mis en scène un tirage au sort qui concernerait tout le monde. La rhétorique est imparable : vous n’aimez pas le tirage au sort, le hasard, donc on le remplace par le mérite. C’est du faux bon sens, mais c'est très malin d’un point de vue politique et ça permet de justifier l’introduction d’une réforme impopulaire depuis Mai 68. 

Est-ce que cette réforme signe la fin de la liberté d’accès à l’enseignement supérieur pour tous ?

Le bac reste la condition d’accès à l’enseignement supérieur. Mais l’efficacité et la transparence deviennent les valeurs principales du système qui s’impose aux bacheliers. Ça change que la notion d’égalité dans l’accès du diplôme n’est plus garantie par l’État. C’est dorénavant un système plus élitiste et méritocratique qui s’impose. Ce n’est ni négatif ni positif, mais il faudra montrer son mérite pour avoir accès à la filière de son choix. En ce sens, ce système est opposé à l’égalitarisme inspiré par Mai 68, qui a perduré pour des raisons politiques.

Le mot « attendus » a été préféré à celui de « prérequis », plus connoté ; qu’est-ce que cela signifie ?  

Le terme « attendus » fait basculer la responsabilité du côté de l’élève. On lui demande de respecter ces attendus, ce qui est plus subtil avec le terme de prérequis. Il y avait dans ce dernier terme une ambiguïté entre les responsabilités de l’État, de l’université et de l’élève. Sans compter qu’il sonne moins bien à l’oreille, comme l’a dit la ministre de l’enseignement supérieur.

Est-ce que cela va dissuader des jeunes de postuler à telle ou telle filière ? 

De toute façon, dès que la sélection est introduite, toutes les études sont très claires, on décourage une partie du public lycéen qui, de facto, anticipe cette conditionnalité et se place là où il pense qu’il sera accepté. Donc certains vont forcément se dire qu’ils n’ont pas de place ailleurs qu’en BTS. C’est d’ailleurs ici qu’on ajoute des places, pas à l’université, le message est clair. Les plus fragiles – et il y a toujours une corrélation entre le milieu d’origine et la réussite – vont s’écarter d’eux-mêmes. Dans le document du ministère, il y a une vraie reconnaissance de ce poids du milieu social, mais on n’y apporte pas de vraie réponse. On connaît ce constat sociologique, mais l’État ne tente plus de jouer le rôle de permettre une mobilité sociale aux citoyens. 

Va-t-il y avoir plus de pression au lycée pour penser ce parcours d’orientation ?

Les professeurs de Terminale se consacrent déjà à l’orientation des élèves, mais manqueront de temps pour mettre en œuvre les mesures requises, par exemple lors des conseils de classe. Il y a déjà un programme très lourd pour le bac, de fait cela va être délégué au marché privé. Les familles vont ressentir une pression supplémentaire. D’autant que concentrer tous les efforts sur la classe de Terminale n’est pas la meilleure des idées. Les filières sélectives prennent les notes dès la Seconde et la Première, ce que les élèves qui visent des classes préparatoires savent comme ceux qui viennent des familles les mieux informées. On opère déjà un tri entre ceux qui l’ont compris et les autres. On peut aussi se demander comment cela va être encadré, avec quels financements précis ? Quelle formation va être donnée à ces professeurs qui ne connaissent pas toutes les filières existantes ? Sur le papier, les intentions sont bonnes, mais se focaliser sur la Terminale et sans financement me paraît discutable. 

Est-ce que cela signifie qu’un lycéen moyen n’aura plus la possibilité d’intégrer une fac de droit, où il se serait révélé ? 

Ça laisse moins de place aux trajectoires non rectilignes. Les Anglo-Saxons appellent cela les « late bloomers », soit ceux qui fleurissent plus tard. Ce système-là est mieux accepté chez eux. On se place, en France, dans le culte de la précocité. On valorise chaque année le marronnier du plus jeune bachelier de France ou celui qui entre à Polytechnique à 15 ans. La fonction de tri de l’école tourne à plein : on valorise ceux qui sont bons depuis le début. Alors que ceux qui ratent sont envoyés vers les sections professionnelles : « Tu n’es pas bon, alors sois au moins utile ! » La possibilité d’avoir accès à un savoir détaché d’une forme d’utilitarisme sera réservée à une élite. Les autres sont cantonnés à un savoir professionnel, défini comme « utile » à la société. Alors qu’en philosophie, par exemple, on apprend un raisonnement, à développer une argumentation, le sens de la lecture et de l’écriture. C’est aussi un savoir utile pour tous.

Les bacheliers des filières technologiques auront-ils moins de chances face aux bacheliers des filières générales ? 

On renforce ici de fait les hiérarchies entre filières : entre bacs technologiques, pro généraux et entre certains types de bacs généraux. On dévalorise les filières technologiques et professionnelles dans ce système d’enseignement supérieur en les forçant à aller vers un choix défini pour eux. On renforce les hiérarchies en mettant cette conditionnalité. Certains universitaires pensent qu’on peut revaloriser ainsi les établissements sur le dos des lycéens professionnels, souvent issus de milieux populaires. Ils ont la nostalgie de leur statut de mandarins et n’ont pas de problème à leur dire « on ne veut plus de vous ». 

Les « attendus » auront un cadrage national pour éviter les abus, mais pourront édicter des spécificités locales. Est-ce que certaines universités ne vont pas être tentées de mettre des exigences très sélectives pour barrer la porte, créant de fait des inégalités entre elles ? 

Évidemment, avec ce pas de deux, lié à la volonté d’octroyer encore plus d’autonomie aux universités, on leur donne la latitude de sélectionner un public ciblé et privilégié. Tout le monde est sous la pression des classements internationaux, on veut les meilleurs élèves pour espérer y figurer en bonne place. 

Le dossier scolaire antérieur devrait être pris en compte, ainsi que par exemple la pratique d’une activité extrascolaire, chose qui n’est pas systématique dans tous les milieux sociaux. Y a-t-il un risque de défavoriser les moins aisés ? 

Évidemment. Malgré des formes de bonne volonté, il y aura des inégalités pour ceux qui ne sont engagés dans rien. Mais cela dépend aussi de la définition du cursus extrascolaire. Si l’on ne prend en compte, et je suis caricaturale, que la pratique du tennis ou du violon, oui, cela va désavantager les plus faibles. Mais si l’on valorise les petits boulots par exemple, ce sera mieux, même si cela risque de rejouer les inégalités du secondaire, où les familles auront les moyens d’envoyer à la fois leurs enfants au théâtre et au tennis, là où les plus populaires feront seulement une activité si elle est soutenue par la mairie. 

Comment réformer un système qui est à bout de souffle ? 

Concernant le système universitaire, la solution la plus simple consiste à faire les choix budgétaires (par un investissement massif dans le recrutement d'universitaires, de personnels administratifs et dans la construction de locaux) correspondant vraiment à la politique de démocratisation qui a été celle des cinquante dernières années, et qui a abouti à l'accès à l'enseignement supérieur d'une grande partie d'une classe d'âge dans de nombreux pays occidentaux et ailleurs. Individualiser l'université, comme le propose cette réforme, en  s'adaptant aux besoins de chaque lycéen et de chaque étudiant, me paraît être un objectif louable, mais impossible à tenir dans les  faits, sans une masse critique d'enseignants et de personnels administratifs. 

Il y a aussi un deuxième volet qui concerne la revalorisation symbolique et financière des métiers « dits » manuels, de l'apprentissage et de la formation tout au long de la vie, et qui me paraît également indispensable pour espérer atteindre une forme de justice sociale. Sans cela, il faudra que le gouvernement assume devant ses électeurs, non seulement l'avènement d'un système dont la finalité est exclusivement élitiste, mais également l'abandon pur et simple de l'idée d'un accès au savoir pour tous, à la faveur d'un savoir devenu un bien privé, réservé à une minorité.

Faïza Zerouala

A retenir

"Un bachelier qui ne remplirait pas un certain nombre de critères pourra en effet se voir imposer par l’université une remise à niveau pour s’inscrire à la filière de son choix. Si jamais le nombre de places était insuffisant, la priorité serait donnée aux meilleurs profils."

"La France s’aligne sur les standards internationaux (et surtout américains) de sélection avec cette réforme. L’enseignement supérieur tel qu’on l’a connu n’existera plus. Il y a de la sélection même si le gouvernement explique le contraire. Dès lors qu’on institue des prérequis ou des attendus, on met une conditionnalité, donc c’est de fait de la sélection."

"Il y a un rétropédalage par rapport au discours d’Emmanuel Macron, qui expliquait en septembre que l’université n’est pas pour tout le monde. Dorénavant, le gouvernement insiste sur la nécessaire démocratisation de l’université, en intégrant dans sa communication des éléments de critique sur les inégalités sociales et en rappelant le poids du milieu social pour mieux les désamorcer. Ils sont sortis de leur approche trop brutale et frontale, qui aurait pu être le catalyseur d’une mobilisation des jeunes et des syndicats."

"Il y a deux mythes qui ont la vie dure. Il y a ce mythe de l’étudiant de bac professionnel voulant aller en fac de philosophie, qui agit comme une figure repoussoir alors qu’ils sont très minoritaires à vouloir s’engager dans ce type de cursus. Et puis, il y a ces 60 % d’échec en licence. En réalité, on ne sait pas vraiment où vont ces étudiants. Si nous, à l’université, on n’arrive pas à le déterminer clairement, le gouvernement ne peut pas le savoir aussi."

"Parler de sélection par l’échec, c’est aussi sous-entendre qu’aller directement sur le marché du travail, ou en formation, c’est un échec. Que l’étudiant qui a choisi finalement une voie professionnelle plus rapide fait erreur. Le gouvernement impose ainsi une lecture de l’échec et de la réussite : pour lui, la seule façon de réussir dans notre société, c’est de décrocher un diplôme d’études supérieures."

"Il y a les diplômés et les autres, ce qui contribue à reproduire des hiérarchies scolaires."

"Il fallait mettre fin au tirage au sort, explique aussi l’exécutif. Est-ce une motivation suffisante pour la réforme ? 

C’est un discours de justification hyper huilé, qui a bien fonctionné. C’est un coup à deux bandes, en disant « on met fin au tirage au sort », alors que c’est marginal. Les familles en ont peur. Le gouvernement a mis en scène un tirage au sort qui concernerait tout le monde. La rhétorique est imparable : vous n’aimez pas le tirage au sort, le hasard, donc on le remplace par le mérite. C’est du faux bon sens, mais c'est très malin d’un point de vue politique et ça permet de justifier l’introduction d’une réforme impopulaire depuis Mai 68."

"Dès que la sélection est introduite, toutes les études sont très claires, on décourage une partie du public lycéen qui, de facto, anticipe cette conditionnalité et se place là où il pense qu’il sera accepté. Donc certains vont forcément se dire qu’ils n’ont pas de place ailleurs qu’en BTS. C’est d’ailleurs ici qu’on ajoute des places, pas à l’université, le message est clair. "

"Concentrer tous les efforts sur la classe de Terminale n’est pas la meilleure des idées. Les filières sélectives prennent les notes dès la Seconde et la Première, ce que les élèves qui visent des classes préparatoires savent comme ceux qui viennent des familles les mieux informées. On opère déjà un tri entre ceux qui l’ont compris et les autres."

"On peut aussi se demander comment cela va être encadré, avec quels financements précis ? Quelle formation va être donnée à ces professeurs qui ne connaissent pas toutes les filières existantes ?"

"On se place, en France, dans le culte de la précocité. On valorise chaque année le marronnier du plus jeune bachelier de France ou celui qui entre à Polytechnique à 15 ans. La fonction de tri de l’école tourne à plein : on valorise ceux qui sont bons depuis le début. Alors que ceux qui ratent sont envoyés vers les sections professionnelles : « Tu n’es pas bon, alors sois au moins utile ! »"

"On renforce ici de fait les hiérarchies entre filières : entre bacs technologiques, pro généraux et entre certains types de bacs généraux. On dévalorise les filières technologiques et professionnelles dans ce système d’enseignement supérieur en les forçant à aller vers un choix défini pour eux. On renforce les hiérarchies en mettant cette conditionnalité. Certains universitaires pensent qu’on peut revaloriser ainsi les établissements sur le dos des lycéens professionnels, souvent issus de milieux populaires. Ils ont la nostalgie de leur statut de mandarins et n’ont pas de problème à leur dire « on ne veut plus de vous »."

"Est-ce que certaines universités ne vont pas être tentées de mettre des exigences très sélectives pour barrer la porte, créant de fait des inégalités entre elles ? 

"Évidemment, avec ce pas de deux, lié à la volonté d’octroyer encore plus d’autonomie aux universités, on leur donne la latitude de sélectionner un public ciblé et privilégié. Tout le monde est sous la pression des classements internationaux, on veut les meilleurs élèves pour espérer y figurer en bonne place."

"Concernant le système universitaire, la solution la plus simple consiste à faire les choix budgétaires (par un investissement massif dans le recrutement d'universitaires, de personnels administratifs et dans la construction de locaux) correspondant vraiment à la politique de démocratisation qui a été celle des cinquante dernières années, et qui a abouti à l'accès à l'enseignement supérieur d'une grande partie d'une classe d'âge dans de nombreux pays occidentaux et ailleurs."

"Il y a aussi un deuxième volet qui concerne la revalorisation symbolique et financière des métiers « dits » manuels, de l'apprentissage et de la formation tout au long de la vie, et qui me paraît également indispensable pour espérer atteindre une forme de justice sociale. Sans cela, il faudra que le gouvernement assume devant ses électeurs, non seulement l'avènement d'un système dont la finalité est exclusivement élitiste, mais également l'abandon pur et simple de l'idée d'un accès au savoir pour tous, à la faveur d'un savoir devenu un bien privé, réservé à une minorité."

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Enseignement supérieur : la réforme "ne réglera rien de plus", estime Michel Lussault...

30 Octobre 2017 , Rédigé par RTL Publié dans #Education, #Universite

Enseignement supérieur : la réforme "ne réglera rien de plus", estime Michel Lussault...

Pour l'ancien président du Conseil Supérieur des Programmes Michel Lussault, le débat posé par la réforme de l'Enseignement supérieur ne réglera pas le réel problème que pose la sélection à l'université.

Le gouvernement doit présenter ce lundi 30 octobre au matin son projet de loi sur l'enseignement supérieur. Cette réforme devrait marquer la fin du tirage au sort et l'arrivée d'une forme de sélection à l'entrée de l'université. Michel Lussault, ancien président du Conseil Supérieur des Programmes - un poste dont il a démissionné fin septembre -, fait partie des opposants à cette réforme et considère que le problème n'est pas bien identifié. "La question n'est sans doute pas celle de la sélection", estime-t-il au micro de RTL.

"J'ai été président d'université entre 2003 et 2008. Et à l'époque, nous nous posions les mêmes questions et nous proposions les mêmes solutions, déplore Michel Lussault. Pourquoi a-t-il fallu quinze ans d'attente pour finalement mettre sur la table le même type d'interrogation ? C'est bien que rien n'a été réglé et je pense qu'hélas ce qui sera proposé par la ministre ne réglera rien de plus", poursuit-il.

Selon l'ex-président du Conseil Supérieur des Programmes, pour poser la réelle question de la sélection, "il faudrait s'attaquer d'abord à l'organisation des filières du lycée (...) et surtout à l'organisation générale du post-bac". Michel Lussault pense que cette dernière en France est "très particulière, parce que les universités y sont faibles et déconsidérées. Lorsque l'on souhaite faire des études prestigieuses on ne passe pas par l'université, on a même l'impression que c'est une tuile."

Sarah Belien

A écouter ci-dessous dans son intégralité

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Hamon veut un milliard par an pour la recherche et l'enseignement supérieur...

7 Mars 2017 , Rédigé par Sciences et Avenir Publié dans #Education, #Université

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LP/Olivier Lejeune

Benoît Hamon, candidat socialiste à la présidentielle, a proposé samedi d'investir un milliard d'euros par an dans la recherche et l'enseignement supérieur lors du prochain quinquennat, épinglant aussi des propositions d'Emmanuel Macron comme "irruption du libéralisme dans l'éducation".

Interpellé plusieurs fois au cours d'une réunion publique à Reims sur ses mesures en matière d'éducation et de recherche, M. Hamon a exprimé sa volonté de "consacrer des investissements importants", à savoir "un milliard d'euros par an" pour "la recherche et l'université, ce qui sur le quinquennat fera un investissement de 5 milliards d'euros".

"Ce n'est pas possible d'étudier dans de bonnes conditions quand on reçoit une leçon magistrale dans un amphithéâtre bondé. C'est la réalité dans de nombreuses universités et cela précipite l'échec", a souligné celui qui fut brièvement ministre de l'Education (avril-août 2014) avant son départ du gouvernement.

"Non pas que le gouvernement n'ait pas agi", a encore plaidé M. Hamon, citant "l'effort qui a été fait sur ce quinquennat en faveur des universités", "l'amélioration de l'aide sociale aux étudiants" ou "la réforme des COMUE (Communauté d'universités et d'établissements, ndlr)". "Mais il faut aller encore plus loin", a-t-il insisté.

"La deuxième chose, c'est le statut des chercheurs, des enseignants post-doctorat, dans tous les métiers de l'université, on se rend compte qu'il y a énormément de précarité qui se ressent sur la qualité des cours", a assuré le candidat socialiste, qui veut revaloriser les carrières.

M. Hamon s'est aussi dit "frappé de voir comment la recherche publique aujourd'hui est obsédée par la recherche au financement (...) pour parfois délaisser ce qui devrait être le travail du chercheur". Il a souhaité "donner de la stabilité et de la visibilité à la recherche publique" en gonflant substantiellement l'enveloppe allouée.

"Pour faire simple, il n'y aura pas d'alternative demain aux pesticides s'il n'y a pas de recherche pour trouver des substituts", a-t-il encore souligné, pour justifier d'en faire "la priorité absolue" s'il est élu.

M. Hamon en a profité pour décocher une flèche en direction du candidat d'En Marche! et ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron, qui a multiplié récemment les propositions en matière d'éducation.

"Je suis tombé de ma chaise quand j'ai appris qu'Emmanuel Macron proposait la liberté pour les écoles de fixer les rythmes scolaires et la liberté de recruter les enseignants", a grincé M. Hamon.

"Mais où croyez-vous qu'iront les meilleurs ? Là où sont déjà les meilleurs", a assuré ce député des Yvelines.

"Que croyez-vous que seront les rythmes éducatifs ? Ce sera des écoles avec chacun son rythme. Et comment organisera-t-on le service public? Cela sera l'irruption du libéralisme dans l'Education nationale. (...) Oublions l'égalité", a-t-il encore tempêté.

Et le candidat socialiste de promettre, lui, de "hisser l'école, le collège et le lycée à des niveaux qui permettent effectivement d'assurer l'égalité, et pas seulement d'en parler".

Durant l'heure et demie de questions-réponses, M. Hamon a notamment réaffirmé son soutien à "la procréation médicalement assistée pour les couples de lesbiennes", se disant "pas favorable à la gestation pour autrui".

Interrogé par les journalistes sur les derniers rebondissements de l'affaire Fillon, M. Hamon s'est refusé à commenter, considérant que cela parasite la campagne et empêche de débattre sur le fond. "Je ne parlerai plus de Fillon", a-t-il coupé court, visiblement excédé.

Sciences et Avenir (Avec AFP)

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Michel Lussault : "Je plaide pour une licence aux deux premières années très générales"...

17 Février 2017 , Rédigé par EducPros.fr Publié dans #Education, #Université

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Un enseignement moins spécialisé dans le secondaire, une licence universitaire ouverte à tous avec deux premières années non disciplinaires… Michel Lussault, ancien président d'université, aujourd'hui président du Conseil supérieur des programmes, donne à EducPros sa vision du bac - 3/bac + 3.
Dans une interview à EducPros, Thierry Mandon a annoncé vouloir "supprimer le tirage au sort à l'université". Que pensez-vous de ce mode de sélection ?
Ce système est profondément insatisfaisant. Le tirage au sort est le symptôme le plus visible du dérèglement du système d'orientation et d'une crise qui dure depuis plus d'une décennie.

Ce qui amène au tirage au sort est en fait le résultat d'événements qui se déroulent dès la seconde, où les premiers processus de sélection, que l'on appelle orientation, se mettent en place. La centrifugeuse Éducation nationale fonctionne à plein, entre ceux appelés à choisir les meilleurs cursus et les autres. Ce qui conduit, par exemple, les meilleurs élèves à aller en filière scientifique, même s'ils n'ont aucune appétence pour les sciences.

Nous n'avons pas totalement digéré les conséquences de la démocratisation de l’éducation et ne savons pas quoi faire d'un système qui accueille un maximum de personnes d'origines diverses. Nous sommes encore dans le palliatif. Depuis que je suis universitaire, j'ai toujours vécu les soins palliatifs… Nous ne parvenons pas à tirer profit de la mise en place du système LMD (licence, master, doctorat). Le continuum bac – 3/bac + 3 reste un slogan, alors que cela pourrait être mobilisateur.

Que proposez-vous alors pour réduire l'échec en première année de licence ?
Tout d'abord, ce constat doit être relativisé. On considère l'échec simplement sous le prisme des chiffres et non sous celui des flux. Si certains étudiants échouent en première année de licence, c'est aussi pour se réorienter dans une filière où ils réussiront.

Lorsque j'étais président d'université, j'ai toujours dit que j'étais partisan d'une restructuration totale de la licence. Tous les élèves de France doivent pouvoir suivre une formation de haut niveau, avec, pourquoi pas, un système de majeure et de mineure, comme la réforme Bayrou le proposait, ce qui n'avait pas que des mauvais côtés. Un maximum de bacheliers doit poursuivre ses études pour gagner en compétence, même si, pour moi, le BTS doit rester la voie naturelle pour les bacheliers professionnels.

C'est pourquoi je plaide en faveur d'une licence généraliste où les deux premières années ne seraient pas disciplinaires. Nous devons avoir le courage, comme le propose d'ailleurs, à l'origine, le LMD, de mettre en place deux premières années très générales, avec de la modularité, de l'interdisciplinarité, une plus grande proximité avec les enseignants, de l'auto-évaluation des étudiants…

"Un maximum de bacheliers doit poursuivre ses études pour gagner en compétence."

Cela pourrait passer par une refondation des universités sous la forme des "colleges" anglo-saxons, qui compteraient cinq grandes familles de premier cycle universitaire : la santé, les sciences humaines et sociales, la technologie, les sciences et droit-économie-gestion. Des passerelles seraient possibles et, ensuite, les étudiants enchaîneraient avec une "graduate school".

Aujourd'hui, nous sommes dans la caricature : d'un côté, on souhaite que l'on n'oppose rien aux étudiants ; de l'autre on veut absolument mettre en adéquation l'université avec le marché de l'emploi. Or, l'université est d'abord un endroit où l'on se forme !

Les programmes et méthodes pédagogiques du lycée et de l'université doivent-ils se rapprocher, afin de faciliter la transition ?
Je n'y suis pas favorable. L'intérêt du supérieur est de changer de registre. Les universités doivent être des lieux où l'on redécouvre des savoirs. C'est pour cela, mais pas uniquement bien entendu, que je suis opposé aux classes préparatoires : les élèves doivent sortir du lycée.

(...)

Suite et fin à retrouver en cliquant ci-dessous

Propos recueillis par Erwin Canard

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