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Vivement l'Ecole!

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Quand la fachosphère cible les universitaires

2 Avril 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Université

Petit guide de la Fachosphère – Anti-K

Les affaires de chercheurs intimidés ou menacés pour leurs prises de position se multiplient. Une arme bien rodée dont use et abuse l’extrême droite pour tenter de dicter son agenda.

Ils se sont retrouvés avec une cible collée dans le dos, désignés «complices de l’islam radical». Pourquoi ? Avoir signé une simple pétition appelant à la démission de Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur qui avait déclaré mi-février que «l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et l’université n’est pas imperméable». «Islamo-gauchisme» : le mot était lâché, déclenchant une série de polémiques et livrant les partisans présumés de cette notion aussi éthérée que fantasmée à la vindicte. Et notamment à celle de l’extrême droite.

Lancée, dans la foulée des déclarations de Vidal, par des membres du personnel de l’enseignement supérieur et de la recherche, la pétition a très vite recueilli des milliers de soutiens et en comptait 23 000 lors de sa remise à Matignon, le 25 mars. Tous dénoncent «l’intention dévastatrice» de leur ministre accusée de «diffamer une profession et, au-delà, toute une communauté». Mais l’affaire dépasse vite le champ des idées avec la (re) publication, le 21 février sur un blog, de la «liste des 600 gauchistes complices de l’islam radicale (sic) qui pourrissent l’université et la France». Si ce site obscur n’est pas particulièrement politisé, le texte qui accompagne la fameuse «liste», toujours en ligne, comporte tous les stigmates de l’extrême droite. «Cette liste contient les noms des personnes, toutes payées par l’Etat donc par l’impôt des Français, souvent fonctionnaires, pour effectuer d’hypothétiques recherches qui n’intéressent qu’eux-mêmes et la sphère gauchiste plus ou moins radicale, s’épanche l’auteur. Ces recherches […] servent à développer les théories qui ont pour unique but de faire avancer l’islam et par conséquent le radicalisme islamique à l’université en particulier et en France en général.» L’homme, qui a visiblement agi sous son vrai nom, a également pris soin de mettre des liens comportant CV et contacts de certains signataires.

«Fausses informations»

L’affaire a été immédiatement prise «très au sérieux» par le CNRS, qui a saisi le procureur de la République. Contacté par Libé, il indique n’avoir pas eu de remontées de menaces supplémentaires à ce stade. Des universités, comme celle de Toulouse, se sont décidées à offrir la protection fonctionnelle aux chercheurs visés et à porter plainte«L’extrême droite utilise les réseaux sociaux, Internet, pour faire circuler des fausses informations, accoler à des personnes bien réelles des opinions qui ne sont pas les leurs et, in fine, en faire des gens supposément dangereux qu’il faudrait presque attaquer…» dénonce Christophe Voilliot, cosecrétaire général du Snesup-FSU, contacté par Libé. Le syndicaliste regrette que Frédérique Vidal n’ait pas soutenu les chercheurs en question plus vigoureusement.

Le sociologue Eric Fassin, également signataire de la pétition, a pour sa part dénoncé une «chasse aux sorcières» lancée par la ministre Vidal et «relayée par la fachosphère». Le chercheur a lui-même été menacé de mort récemment par Didier Magnien, une ancienne figure de la mouvance néonazie, comme l’a révélé Mediapart. «Je vous ai mis sur ma liste des connards à décapiter le jour où ça pétera», avait lancé Magnien sur Twitter en réponse à un billet de blog publié par le sociologue dans la foulée de l’assassinat de Samuel Paty, où il expliquant notamment que «si les terroristes cherchent à provoquer un «conflit des civilisations», nous devons à tout prix éviter de tomber dans leur piège». Magnien a été condamné en décembre à quatre mois de prison avec sursis et 1 000 euros d’amende pour «menace de mort».

Mécanique bien huilée

Le schéma est simple, et presque toujours le même : une prise de position en lien de près ou de loin (parfois même de très loin) avec l’islam, les musulmans ou l’immigration dont la fachosphère s’empare et c’est la shitstorm («tempête de merde») dans le langage fleuri du Web. Grâce à des milliers de messages véhéments diffusés par des bataillons de militants ou des faux comptes, la fachosphère se joue des algorithmes et pousse ses sujets en tête des tendances, ce qui en démultiplie la portée. Et la violence pour les victimes de ce harcèlement.

Mais les réseaux radicaux s’en servent aussi pour gonfler ou créer de toutes pièces des polémiques par lesquelles ils parviennent à jouer sur l’agenda médiatique, ou politique. Outre le monde de la recherche, des personnalités comme Mennel, l’ancienne candidate de The Voice, l’animateur Yassine Belattar, les rappeurs Black M et Médine, la syndicaliste étudiante de l’Unef Maryam Pougetoux, attaquée pour s’être présentée voilée à une commission parlementaire de l’assemblée, et tant d’autres ont été ciblées par la fachosphère. Et les plateaux télé d’enchaîner les débats sur l’immigration, les études de genre, les questions identitaires, le «racisme anti-blancs» théorisé par Jean-Marie Le Pen, ou plus récemment la «non-mixité» des réunions syndicales à l’Unef.

Tempête d’insultes… puis de menaces

L’extrême droite en ligne maîtrise parfaitement la recette : relayer, s’indigner, faire réagir. Elle a encore fait preuve de ses capacités à agiter les réseaux sociaux et à décupler l’écho médiatique de certaines polémiques lors de la récente affaire liée à l’affichage − condamné par tous les acteurs − du nom de deux enseignants qualifiés de «fascistes» et taxés d’islamophobie, fin février à Sciences-Po Grenoble. Le monde politique a réagi, ainsi que la ministre Frédérique Vidal pour fustiger la mise en cause publique de ces deux enseignants placés sous protection policière. Face au tollé national, difficile d’entendre que l’un d’entre eux, Klaus Kinzler, avait auparavant rudement mis en cause le travail d’une enseignante. Sa «faute», selon lui ? Diriger un groupe de travail contre les discriminations employant le terme «islamophobie», terme qui serait une «arme idéologique [de la] guerre mondiale menée par des “fous de Dieu”», selon des échanges révélés par Mediapart. Kinzler s’était d’ailleurs fait recadrer par la direction de Pacte, le labo de recherche en sciences sociales CNRS /Sciences-Po Grenoble /UGA, comme l’a écrit Libé. L’affaire rebondit, mi-mars, lorsque l’animateur de CNews Pascal Praud, goguenard, donne à l’antenne le nom de la directrice du labo Pacte, coupable selon lui d’avoir défendu en interne sa collègue prise pour cible par Kinzler. Conséquence immédiate de l’outing de CNews : une tempête d’insultes et de menaces contre cette femme, qui doit désormais elle aussi vivre sous protection policière.

Cette intervention d’un leader d’opinion influent à la droite de la droite est un autre élément crucial de la mécanique fanatique de la fachosphère. Ce sont aussi les Eric Zemmour, Jean Messiha, Damien Rieu mais aussi le site Fdesouche, le «média de mobilisation» Damoclès, fondé par un collaborateur parlementaire LR, ou encore les néonazis anonymes du site interdit (mais qui reste accessible et a même un forum très fréquenté) «Démocratie participative» : une intervention de ces influenceurs, qu’elle soit sibylline ou carrément ordurière, peut transformer un épiphénomène en tempête.

Le phénomène ne concerne bien sûr pas que les chercheurs. Militants, journalistes, ou même anonymes en ont fait les frais ces dernières années. Si de plus en plus d’affaires finissent devant les tribunaux, la majorité reste impunie. Les raids numériques coordonnés et les tweets injurieux sont plus sévèrement réprimés depuis une loi de 2018. Et si un amendement a été inséré dans le projet de loi «confortant les principes de la République», pour contraindre (un peu) les réseaux sociaux à améliorer leur modération, la majorité compte surtout sur l’échelon européen. Le «Digital Services Act» devrait ainsi mettre fin à l’irresponsabilité juridique des géants du numérique. Il pourrait être adopté, au mieux, d’ici 2022.

Maxime Macé et Pierre Plottu

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Dans les universités, le taux de réussite est stable en première année, mais chute en master

19 Mars 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Université

Dans les universités, le taux de réussite est stable en première année, mais chute en master

EXTRAITS

La Conférence des présidents d’université publie une enquête comparative des résultats des étudiants aux examens des premiers semestres 2020 et 2021.

L’échec tant redouté des étudiants en première année à l’université n’a pas eu lieu : tel est le message que la Conférence des présidents d’université (CPU) a adressé en publiant, jeudi 18 mars, une enquête comparative des taux de réussite aux examens des premiers semestres 2020 et 2021. Fondée sur quatorze établissements, que la CPU a anonymisés, cette étude couvre 25 % des effectifs étudiants, issus d’universités de toutes les tailles, qu’elles soient spécialisées en sciences humaines et sociales ou pluridisciplinaires, avec ou sans la composante santé.

En première année de licence et d’IUT, où la participation aux épreuves a été forte (90 % et plus), les taux de réussite se sont maintenus, entre 50 % et 60 %. Seuls cinq établissements sur quatorze se situent sous la médiane, entre 30 % et 60 % de réussite selon les cas, soit moins qu’en 2020 dans ces universités. L’ensemble des établissements spécialisés en sciences humaines et sociales se situent au-dessus de la médiane, tandis que deux établissements avec une composante santé enregistrent les moins bons scores, sans qu’il soit statistiquement possible de faire un lien direct avec la nature des formations, les résultats n’étant pas encore totalement exploitables, selon la CPU.

« Cette stabilité globale, ce n’était pas le sentiment que l’on pouvait avoir au départ », se réjouit le vice-président de la Conférence, Guillaume Gellé, à la tête de l’université de Reims, qui y voit une conséquence de « l’accompagnement et l’attention particuliers donnés à ce public fragile qui a fait le saut de l’enseignement secondaire au supérieur après avoir passé le bac en contrôle continu ».

(...)

En somme, « on sait juste, pour l’instant, qu’il n’y a pas d’éviction brutale des étudiants, mais on ne sait strictement rien sur leur niveau réel », poursuit-il. A la CPU, la vice-présidente Virginie Dupont, à la tête de l’université Bretagne-Sud (UBS), se veut rassurante : « Certains étudiants n’auront pas les acquis mais nous serons, je pense, en capacité d’organiser une remise à niveau en début d’année prochaine. » (...)

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Quant au retour des étudiants au moins un jour par semaine dans les universités, comme l’avait annoncé Emmanuel Macron le 21 janvier, la mesure est appliquée à géométrie variable par les établissements et au sein même des différentes composantes qu’elles abritent. Ils sont ainsi en moyenne 60 % à être revenus à l’UBS, 55 % à Reims Champagne-Ardenne et 67 % à Bordeaux, illustrent les trois représentants de la CPU, qui espèrent encore que la « jauge restrictive » des 20 % d’accueil évoluera à la hausse, même en cas de reconfinement.

Soazig Le Nevé

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Parcoursup : pour les bacheliers, une course d’orientation compliquée par la crise sanitaire

12 Mars 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Parcoursup : pour les bacheliers, une course d’orientation compliquée par la crise sanitaire

Les lycéens ont jusqu’à ce jeudi soir minuit pour remplir leurs vœux sur la plateforme d’admission post-bac. Des choix rendus plus complexes par la pandémie, entre salons étudiants annulés et professeurs en distanciel.

A minuit ce jeudi soir, les lycéens devront avoir formulé leurs vœux sur Parcoursup pour leurs études supérieures. Ils doivent sélectionner au minimum dix possibilités parmi les 18 000 formations proposées cette année sur la plateforme. Un choix toujours stressant pour la plupart des futurs bacheliers, rendu encore plus difficile cette année en raison de la pandémie de coronavirus. «C’est le dernier jour pour Parcoursup et j’ai peur de me tromper dans mes vœux, de regretter plus tard Sans compter qu’avec le Covid, on a pris énormément de retard dans les programmes. J’ai l’impression qu’il me manque tellement de choses que je ne vais pas m’en sortir l’année prochaine, peu importe mon vœu», déplore, paniquée, Marine, 17 ans.

«Comment je vais me débrouiller si j’ai aucun vœu d’accepté», s’interroge-t-elle. La lycéenne, qui craint de «manquer de bases pour l’année prochaine», explique avoir «vraiment été aidée» par une conseillère d’orientation, mais a le sentiment d’avoir été «laissée de côté par les professeurs» à cause des cours en distanciel. Hajer, 17 ans, qui a, enfin, «tant bien que mal», réussi à finaliser ses vœux, explique avoir dû elle aussi se «débrouiller toute seule», en «faisant des recherches», et en se rapprochant de sa conseillère d’orientation.

La prépa pour échapper au distanciel

Ces difficultés ont été accentuées par un manque de renseignements lié notamment à l’absence de réunions d’information durant la pandémie. «On n’a pas vraiment eu la chance d’avoir des salons étudiants et des portes ouvertes pour découvrir un peu plus les universités», regrette Cléa. «C’est vrai qu’au lycée, à part deux ou trois ateliers pour nous montrer comment faire les vœux on n’a pas plus été accompagnés que ça», abonde Hajer. A cela s’ajoute la peur de continuer à être en distanciel à la rentrée. «C’est un facteur qui influence nos choix», assure Cléa.

Sara, elle aussi en terminale, a déjà formulé tous ses vœux et explique avoir pu assister à des salons virtuels, de journées portes ouvertes et des conférences en ligne qui lui ont permis de se décider plus facilement. Elle confirme néanmoins avoir choisi de «mettre des prépas» – épargnées par le distanciel jusqu’à présent – pour pouvoir être en présentiel l’année prochaine. «C’est un argument que j’ai pris en compte pour m’aider à choisir», explique-t-elle.

Des familles plus investies

Selon Solenn Ogier, conseillère d’orientation à Rennes et représentante Snes-FSU, les familles se sont davantage investies pour accompagner leurs enfants. «On a été submergés de demandes de rendez-vous, et les parents ont beaucoup accompagné. Parfois, les deux parents étaient présents lors des rendez-vous. On sentait ce besoin de comprendre les choses», a-t-elle expliqué à France Info.

«C’est une pression constante, jusqu’au moment ou nos vœux sont sélectionnés et là, c’est une libération totale», résume Ilan. Les étudiants auront néanmoins jusqu’au 8 avril pour confirmer leurs vœux et finaliser leurs dossiers en écrivant leurs lettres de motivations par exemple. Les réponses seront données aux étudiants entre le 27 mai et le 16 juillet.

Aurore Savarit-Lebrère

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Marie Poulnais, étudiante en biologie : “Certains n’ont que quinze euros par mois pour manger” + Vidéo

5 Mars 2021 , Rédigé par Télérama Publié dans #Education, #Université

EXTRAIT

ÊTRE ÉTUDIANT EN TEMPS DE PANDÉMIE – Entre deux cours et les sorties entre amis, Marie Poulnais consacre quinze heures par semaine à une épicerie solidaire pour étudiants. Où elle constate l’afflux massif, depuis plusieurs mois, de jeunes de plus en plus démunis.

Si l’on ne faisait qu’observer Marie Poulnais, son enthousiasme et son sourire, on pourrait croire qu’elle nous raconte son projet de voyage au Canada. C’est là-bas, au Québec, qu’elle aimerait vivre sa troisième année de licence de biologie, avant un master, un doctorat, puis une carrière dans la recherche en biologie cellulaire… On n’y est pas encore. En attendant, le Covid prive nombre de ses camarades d’emploi, donc de ressources, donc de nourriture, et Marie Poulnais n’a pas tellement le loisir de rêver grands lacs et chiens de traîneaux. Elle gère l’Agoraé de Brest, l’une des épiceries solidaires que la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) a implantées partout dans l’Hexagone. En souriant, donc.

À l’entendre, il est tout à fait naturel de consacrer quinze heures par semaine aux gens qui souffrent. Quinze heures ? Elle réfléchit, compte sur ses doigts, oui, c’est à peu près le temps que lui demande son rôle d’intermédiaire avec les donateurs. Entreprises, organismes publics, particuliers, banque alimentaire : ça vient d’un peu partout. Il faut « gérer cette générosité en ciblant les besoins » et « pérenniser la structure ». Car plus ça va, plus le local de 25 mètres carrés mis à disposition par la faculté des sciences paraît petit. Un second ne serait pas du luxe pour recevoir davantage de produits, créer un espace de rencontres, et surtout absorber l’afflux massif d’étudiants. En quelques mois, Marie Poulnais a constaté l’évolution du spectre des bénéficiaires, élargi désormais aux écoles de commerce ou d’ingénieurs. Même si la plupart des deux cents inscrits restent des étudiants étrangers à la faculté. « Certains n’ont que 15 ou 20 euros par mois pour manger. 

(...) 

Michel Bezbakh

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« Si Frédérique Vidal repère des sorcières, il faut évidemment qu’elle les chasse »

2 Mars 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Université

La sorcière : personnage et légendes

EXTRAITS

Dans un texte satirique, l’historien américain Steven Kaplan s’amuse de la « chasse aux sorcières » lancée par la ministre de l’enseignement supérieur. Si l’université américaine avait été aussi réactive, elle aurait pu se débarrasser à temps de la French Theory, écrit l’universitaire.

Tribune. L’autre jour, dans Le Monde, des centaines de chercheurs et universitaires ont dénoncé une « chasse aux sorcières » lancée par leur ministre de tutelle, Mme Vidal. J’ai trouvé leur texte un peu fort de café. Pour éviter la moindre suspicion de micro-agression genrée, je ne dirai jamais que Mme Vidal veut tout simplement faire le ménage chez elle. Si, de son positionnement panoptique, elle repère des sorcières, il faut évidemment qu’elle les chasse, même si Donald Trump a dévoyé la formule, faute de bien connaître le Malleus Maleficarum, manuel canonique de la chasse aux sorcières datant du XVe siècle.

Je parle d’expérience : si nous, les universitaires-chercheurs américains, avions été aussi réactifs que les vigilants macroniens d’aujourd’hui, nous aurions pu, dès le début des années 1980, prévenir l’infestation toxique de notre variant de l’« islamo-gauchisme », en chassant les sorciers portant la « théorie française » (en français : French Theory), qui a passablement gangrené notre corps intellectuel (et son sosie militant) pendant quelques décennies.

Figures subversives

Il y a eu plusieurs vagues, moult inflexions : parmi de nombreux philosophes, linguistes, sémiologues, historiens, sociologues, psychanalystes se distinguent trois figures particulièrement subversives, tous trois élèves de l’Ecole normale supérieure et agrégés de philosophie (c’est déjà tout dire, presque l’amorce d’un complot), des « penseurs » (sacerdoce peu américain, hors cadre apostolique), de véritables ensorceleurs, capables d’attirer 500 personnes pour un « séminaire », de les tenir sous le charme de leur parole pendant trois à quatre heures, malgré le penchant américain de rentrer dîner à 17 heures.

D’abord, Michel Foucault – qui a mis en question des notions généralement considérées comme intrinsèquement limpides (« discours », « auteur ») – nous a contraints à affronter la subjectivité, à repenser les relations entre discipline et ordre social, entre pouvoir et savoir, entre sexualité et répression. Ancien communiste, puis maoïste, gay : heureusement il n’était ni juif ni noir, car, avec le reste, il n’aurait jamais obtenu un visa américain.

Moins sulfureux, mais non moins engagé socialement, politiquement, moralement, publiquement, Pierre Bourdieu a pesé énormément sur la manière d’appréhender et d’étudier les relations sociales, notamment à travers ses analyses des mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales et de domination, refusant de privilégier les facteurs économiques par rapport aux facteurs symboliques et culturels.

Jacques Derrida, juif, mais séfarade, ce qui compte moins aux Etats-Unis, partant de la vive tension entre parole et écriture, nous a éblouis avec ses quatre « D » : « différance » (qui soulève la question des rapports entre le sens et l’écriture), dissémination (la compréhension comme toujours contingente), don (comme secret) et surtout déconstruction, que le grand public découvre en 1997 à travers un film de Woody Allen, Harry dans tous ses états (analyse critique musclée ou démantèlement de la philosophie occidentale, la déconstruction influence profondément de nombreux chercheurs non-philosophes et des étudiants de divers horizons comme une remise en question du sens, qui n’est jamais stable, comme la démonstration de la capacité d’un texte à se saboter, se transformer, échapper complètement à ses conditions de production).

(...)

Peut-être même, sans la puissante fermentation de la French Theory, n’aurions-nous pas subi la destruction trumpiste de l’épistémologie sociopolitique, l’invention des « faits alternatifs » et la consécration d’une réalité parallèle et sublimée basée sur des mensonges. Sans ces derniers, sans doute le Capitole n’aurait-il pas été envahi et Mme Vidal n’aurait-elle pas été choquée par l’apparition du drapeau des confédérés du Sud, image forte qui paraît participer à sa légitimation de la suppression des droits fondamentaux des chercheurs et universitaires français, déjà soumis à une loi de programmation-inquisition.

Steven L. Kaplan est professeur émérite d’histoire européenne à l’université Cornell (Etats-Unis) et il a publié récemment Pour le pain (Fayard, 2020).

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« Islamo-gauchisme » : un terme sans « aucune réalité scientifique » selon le CNRS, Frédérique Vidal sous pression

18 Février 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

« Islamo-gauchisme » : un terme sans « aucune réalité scientifique » selon le CNRS, Frédérique Vidal sous pression

EXTRAITS

La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche est critiquée jusqu’au sein de la majorité pour s’être trompée de priorité en demandant au CNRS une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université.

(...)

Recadrage au sommet

Le recadrage au sommet s’est fait en termes policés à l’issue du conseil des ministres, mercredi. Emmanuel Macron a répété son « attachement absolu à l’indépendance des enseignants-chercheurs », selon le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, prenant ainsi ses distances avec l’étude demandée par Frédérique Vidal.

Puis Gabriel Attal a encore rappelé que « la priorité pour le gouvernement, c’est évidemment la situation des étudiants dans la crise sanitaire, c’est évidemment la possibilité d’apporter un soutien financier aux étudiants en difficulté, c’est évidemment de permettre aux étudiants qui le souhaitent de pouvoir revenir progressivement en présentiel à l’université », rejoignant plusieurs voix au sein de la majorité appelant Mme Vidal à se concentrer d’abord sur ces points. « Quand elle est sur un plateau de télévision, elle devrait être obsédée par la vie des étudiants, pas sortir ce genre de choses », se désole un cadre de la majorité.

L’enjeu politique est énorme pour l’exécutif qui voit fleurir les images d’étudiants dans les files d’attente devant des banques alimentaires, et les témoignages de détresse psychologique chez les jeunes. Ce hiatus a d’ailleurs été exploité par l’opposition, à l’image du sénateur (communiste) des Hauts-de-Seine Pierre Ouzoulias qui, interpellant le gouvernement sur les aides économiques pour les jeunes, a proposé avec ironie à Mme Vidal de « demander au CNRS à lancer une enquête sur le sujet ».

(...)

... Le centre de recherche a par ailleurs tenu à « condamner avec fermeté celles et ceux qui tentent d’en profiter pour remettre en cause la liberté académique indispensable à la démarche scientifique et à l’avancée des connaissances, ou stigmatiser certaines communautés scientifiques ». 

« On va demander à nos chercheurs du CNRS de devenir des flics qui enquêtent sur leur propre université, c’est absurde, il s’agit d’un dérapage incompréhensible », abonde auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Michel Deneken, administrateur provisoire à l’université de Strasbourg, mettant cette initiative sur le compte d’une stratégie politique pour « rallier la droite avant les élections régionales et la présidentielle ».

Le sillon, qui avait déjà été emprunté en octobre 2020 par le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, était en effet creusé depuis plusieurs mois par la droite, dont le député Les Républicains (LR) de Vaucluse Julien Aubert, qui réclamait une mission parlementaire sur la question.

(...)

La polémique relance en tout cas les critiques autour de Mme Vidal, universitaire reconnue, spécialiste de la génétique moléculaire, mais accusée de manquer de poids et de sens politiques. L’adoption en novembre 2020 de la loi de programmation pour la recherche, son texte phare, a ainsi été polluée par des amendements controversés, notamment sur le « délit d’entrave » dans les facs. « On lui a confié une loi historique, et le truc passe sous les radars », tempête encore un poids lourd de la majorité.

(...)

Le Monde avec AFP

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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«Islamo-gauchisme»: Vidal provoque la consternation chez les chercheurs

18 Février 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Université

«Islamo-gauchisme»: Vidal provoque la consternation chez les chercheurs

EXTRAITS

En annonçant commander au CNRS une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, la ministre a suscité l’ire du monde de la recherche. Les présidents d’université dénoncent « une pseudo-notion qu’il conviendrait de laisser […] à l’extrême droite ». Les appels à sa démission se multiplient.

Particulièrement transparente ces derniers mois malgré la crise grave que connaît l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal embrase la communauté universitaire, abasourdie par son intention de commander « une enquête » au CNRS sur « l’islamo-gauchisme » à l’université.

Tout est parti d’un entretien pour le moins sidérant accordé par la ministre, dimanche 14 février, à CNews, la chaîne préférée de l’extrême droite. Interrogée par Jean-Pierre Elkabbach sur la récente une du Figaro titrée « Comment l’islamo-gauchisme gangrène l’université », la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a commencé par acquiescer à ce « constat ».

« Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont […]. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi », commence-t-elle par affirmer.

© The Sound of Science

« Vous ajoutez aussi les indigénistes qui disent la race, le genre, la classe sociale… tout ça, ça forme un tout ? », la relance doctement Jean-Pierre Elkabbach.

Nullement gênée par l’incroyable confusion de la question, la ministre acquiesce à nouveau. « Absolument. D’ailleurs en biologie cela fait bien longtemps qu’on sait qu’il n’y a qu’une espèce humaine et qu’il n’y a pas de race donc vous voyez à quel point je suis tranquille avec ce sujet-là », répond-elle, montrant combien les récents débats scientifiques sur la notion de « race » dans les sciences sociales lui ont totalement échappé.

« Oui, vous, vous êtes tranquille, mais il y a des minorités et elles sont agissantes… », relance encore le journaliste en agitant les doigts – une gestuelle censée représenter une forme d’infiltration de ces « minorités » à l’université.

« Il y a une sorte d’alliance entre Mao Zedong et l’ayatollah Khomeini ? », suggère encore un Jean-Pierre Elkabbach à qui le sujet tient manifestement à cœur.

« Vous avez raison. Mais c’est pour cela qu’à chaque fois qu’un incident se produit, il est sanctionné, à chaque fois que quelque chose est empêché, c’est reprogrammé, mais je crois que l’immense majorité des universitaires sont conscients de cela et luttent contre cela », avance Frédérique Vidal, sans que le spectateur, à ce stade, sache très bien ce que « cela » désigne, perdu entre les différentes chimères de « l’islamo-maoïsme » et du « féminisme-racialiste »…

« C’est pour cela que je vais demander, notamment au CNRS, de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche, sur ces sujets, dans l’université, de manière à ce qu’on puisse distinguer ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève du militantisme, de l’opinion », lance alors la ministre.

(...)

Le but de cette « enquête » confiée au CNRS est-il d’identifier des éléments potentiellement idéologiquement dangereux au sein de la communauté universitaire ? Sur ce point également, la Conférence des présidents d’université (CPU) tient à mettre les choses au point : « La CPU regrette la confusion entre ce qui relève de la liberté académique, la liberté de recherche dont l’évaluation par les pairs est garante, et ce qui relève d’éventuelles fautes et infractions, qui font l’objet si nécessaire d’enquêtes administratives », et qui sont confiées dans ce cas à l’Inspection générale de l’éducation.

« La CPU s’étonne aussi de l’instrumentalisation du CNRS dont les missions ne sont en aucun cas de produire des évaluations du travail des enseignants-chercheurs, ou encore d’éclaircir de qui relève “du militantisme ou de l’opinion”, cingle l’organisation. Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition. Le débat politique n’est par principe pas un débat scientifique : il ne doit pas pour autant conduire à raconter n’importe quoi. »

Sauf qu’en matière de « n’importe quoi », la CPU et le monde de la recherche plus généralement n’avaient, sans doute, pas encore tout entendu. Questionnée mardi par la députée Bénédicte Taurine (La France insoumise) sur sa volonté de créer une « police de la pensée », Frédérique Vidal a eu cette réponse étonnante : « Alors, oui, en sociologie on appelle ça mener une enquête. Oui, je vais demander à ce qu’on fasse un bilan de l’ensemble des recherches qui se déroulent actuellement dans notre pays… Sur le postcolonialisme… Mais moi, vous savez, j’ai été extrêmement choquée de voir apparaître au Capitole un drapeau confédéré et je pense qu’il est essentiel que les sciences sociales se penchent sur ces questions qui sont encore aujourd’hui d’actualité. »

(...)

Pour l’historienne Camille Lefebvre, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de l’Afrique aux XVIIIe et XIXe siècles, cette annonce de Frédérique Vidal s’inscrit dans « un pur enjeu électoral consistant à placer la question de l’islam au cœur de la prochaine campagne présidentielle. Le problème c’est que c’est un discours performatif et qu’ils n’en mesurent pas les conséquences », souligne-t-elle, décrivant des discours stigmatisants « qui blessent une partie de la société française à qui l’on veut faire comprendre qu’elle doit rester à sa place ».

(...)

Le président, passé de la lecture de Paul Ricœur à celle de Pierre-André Taguieff et sa dénonciation des « bonimenteurs du postcolonial », avait déjà affirmé en juin dernier devant des journalistes que « le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux ».

Aujourd’hui, sous les coups de boutoir d’un pouvoir obsédé par la mise au pas de la communauté universitaire, ce sont surtout les enseignants, les chercheurs et plus largement les libertés académiques qui sont menacés.

Lucie Delaporte

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Frédérique Vidal et "l'islamo-gauchisme" : "Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels", selon le syndicat enseignant SNESUP-FSU

17 Février 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Université

Frédérique Vidal et "l'islamo-gauchisme" : "Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels", selon le syndicat enseignant SNESUP-FSU

Christophe Voilliot, co-secrétaire général du SNESUP-FSU, maître de conférences en science politique à l'Université Paris-Nanterre, revient sur franceinfo sur les propos de Frédérique Vidal, la ministre de l'Enseignement supérieur, qui a créé la polémique en parlant d'"islamo-gauchisme" dans les universités.

La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a créé la polémique en parlant d'"islamo-gauchisme" dans les universités. Elle souhaite charger le CNRS d'enquêter à l'université pour distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l'opinion. "Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels de l'enseignement supérieur", a réagi mercredi 17 février sur franceinfo Christophe Voilliot co-secrétaire général SNESUP-FSU, maître de conférences en science politique à l'Université Paris-Nanterre (Sophiapol).

franceinfo : Que pensez-vous de cette annonce ?

Christophe Voilliot : Ses propos viennent dans un contexte très particulier où l'université est attaquée par l'extrême droite, les Identitaires, par une partie de la presse. C'est très grave qu'une ministre de l'Enseignement supérieur se fasse l'écho de ces attaques en portant atteinte d'une manière inédite aux libertés académiques. Sans liberté de la recherche, il n'y a pas de recherche possible, sans liberté d'expression il n'y a pas d'enseignement possible à l'université. Ce sont ces principes cardinaux que la ministre vient de remettre en cause.

Est-ce que vous attendez qu'elle renouvelle son soutien ?

Il y a un doute sur la capacité de cette ministre à défendre les personnels de l'enseignement supérieur. Quand on demande à des chercheurs du CNRS d'enquêter, et non pas d'évaluer comme nous le faisons au quotidien, sur le travail de leurs collègues nous avons l'impression de basculer sur quelque chose qui ressemble à un régime policier.

Réclamez-vous sa démission ?

Non, en tant qu'organisation syndicale nous n'avons pas à demander la démission d'une ministre. Nous souhaitons qu'elle revienne sur ses propos et qu'elle change de politique et que son projet d'enquête soit immédiatement abandonné.

En quoi cela n'est-ce pas une question universitaire ?

C'est une question aujourd'hui qui fait l'objet d'un débat public, de prises de position. Le terme islamo-gauchisme peut parfaitement être employé, je ne vais pas empêcher quiconque d'employer ce mot. Mais ce n'est pas parce qu'il existe qu'il renvoie directement à des travaux universitaires et que l'on peut considérer que ce serait un concept qui serait mis en avant dans des travaux universitaires qui auraient des visées politiques cachées par leurs auteurs. Ce terme fonctionne comme un stigmate vis-à-vis des universitaires et ça c'est très grave.

Est-ce qu'il faut améliorer les conditions de débat ?

Il faut recréer les conditions d'un débat serein sur l'ensemble des questions que ce soit des questions de société, des questions qui touchent à la science, au sein des universités. Pour se faire, il faut qu'on arrête ce type de petites phrases. Peut-être faudrait-il aller plus loin. Il serait nécessaire d'adjoindre au texte de la Constitution une référence à la défense et à la préservation des libertés académiques comme cela existe dans d'autres pays comme l'Allemagne. La seule chose que nous demandons c'est qu'on nous laisse travailler, qu'on nous laisse diffuser les résultats de nos travaux, après personne n'est obligé d'être d'accord avec nous. Mais si on veut débattre il faut le faire à partir des travaux de recherche et pas à partir de la réputation d'un chercheur, d'une équipe ou d'un établissement.

 

https://www.francetvinfo.fr/politique/jean-castex/gouvernement-de-jean-castex/islamo-gauchisme-il-y-a-un-doute-sur-la-capacite-de-cette-ministre-a-defendre-les-personnels-de-l-enseignement-superieur-snesup-fsu_4300521.html#xtor=CS2-765-[twitter]-

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Sur CNews, Vidal fait du Zemmour...

17 Février 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Sur CNews, Vidal fait du Zemmour...
Sur CNews, Vidal fait du Zemmour...

Frédérique Vidal et l’«islamo-gauchisme» : sur CNews, une ministre zemmourisée

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a déclaré, à l’antenne de la très droitière chaîne de télévision, vouloir demander une enquête au CNRS sur l’«islamo-gauchisme» à la fac. Provoquant ainsi l’indignation de la communauté universitaire.

Revoilà l’«islamo-gauchisme». Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, en a fait le refrain gouvernemental à l’automne, brocardant une «idéologie […] qui mène au pire» et qui gangrènerait les facs françaises. A son tour, Frédérique Vidal le réchauffe comme pour précipiter de la pire des manières la sortie d’un hiver glacial pour le secteur dont elle est la ministre. Sur les réseaux sociaux, la communauté universitaire ne lui dit pas merci, dénonçant massivement une énième attaque «odieuse» et allant «toujours plus loin dans l’abjection».

Dimanche, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche est invitée à débattre sur le plateau de CNews, avec Jean-Pierre Elkabbach, relève le site d’information scientifique The Sound of Science. Face au journaliste qui l’interroge sur le danger «islamo-gauchiste» à l’université donc, utilisant la une du Figaro à l’appui de sa bonne foi, Frédérique Vidal répond : «Moi, je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas imperméable et fait partie de la société.» Et de poursuivre, sans qu’Elkabbach n’ait vraiment besoin de la relancer : «Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser…»

On l’écrivait déjà dans Libé en octobre : non seulement l’accusation d’«islamo-gauchisme» (une antienne de la droite qui suggère une alliance stratégique entre une partie de la gauche et l’islamisme) à l’encontre de l’université ne repose sur aucun fait concret ni aucune plainte à ce jour – la plupart des conférences et des colloques dans l’enceinte académique se déroulent sans le moindre incident en lien avec l’islamisme et sans qu’aucun journaliste n’y mette les pieds quand bien même les portes leur sont ouvertes –, mais elle est en plus insultante car elle insinue une forme de complicité intellectuelle et morale de certains travaux en sciences humaines et sociales dans lesquels la menace islamiste trouverait un avantage.

Revenons sur CNews : Elkabbach suggère qu’«il y a une sorte d’alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong et l’ayatollah Khomeini». Ce à quoi Vidal répond : «Mais vous avez raison…» Sur le Fox News à la française, la ministre de l’Enseignement supérieur semble en un rien de temps zemmourisée – ou blanquérisée. Si bien qu’elle affirme vouloir «demander notamment au CNRS de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion».

D’aucuns diront qu’il y a là les débuts d’un «maccarthysme» académique. Il faut dire qu’en novembre, la droite sénatoriale avait déjà tenté de profiter de la loi de programmation de la recherche pour restreindre les libertés académiques, proposant deux amendements touchant la liberté d’expression et ayant pour soi-disant but de faire respecter les «valeurs de la République»«Valeurs» qui ne sont, par principe, pas définies. Ce qui ouvrirait la porte à des décisions arbitraires et alimenterait un large climat de suspicion sur ce que sont en droit de dire ou de ne pas dire les universitaires dans le cadre de leur fonction.

Dans le contexte éprouvant de la pandémie et de ses cours à distance, de la dégradation des conditions des étudiants et de la recherche française, durement atteinte par des années de réformes et de restriction budgétaire, la sortie de la ministre (qui intervient après que Gérald Darmanin a présenté Marine Le Pen comme «plus molle» que le gouvernement dans un débat sur France 2) ne fait que s’ajouter à une panique morale et fantasmagorique nourrie de manière factice par des médias d’extrême droite. On est en droit d’attendre autre chose de sa part. Mais en est-elle capable ?

Simon Blin

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