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Vivement l'Ecole!

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Débat : Après le classement de Shanghai, penser d’autres modèles d’excellence scientifique

26 Septembre 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Universite

Quatre universités françaises parmi les 100 meilleures du monde selon le  classement de Shanghai

Débat : Après le classement de Shanghai, penser d’autres modèles d’excellence scientifique
Marion Paoletti, Université de Bordeaux

Ninon Junca, cheffe de projet RESET au sein de l’Université de Bordeaux, a participé à la rédaction de cet article avec Marion Paoletti.


Si elle ne manque pas d’ironie, l’invitation lancée en avril 2022 par le président chinois aux universités de son pays de quitter, près de 20 ans après son invention, le classement de Shanghai constitue peut-être un moment charnière pour promouvoir d’autres modèles de classement des institutions d’enseignement supérieur.

L’Union européenne parait particulièrement bien armée pour proposer des critères de classement qui reposent sur d’autres valeurs propres et un modèle scientifique véritablement universel. Son action en la matière, ancienne, mais peut-être trop discrète jusqu’à présent compte tenu de la puissance du modèle de Shanghai, mérite sans doute d’être mieux affirmée au moment où celui-ci est un peu déstabilisé.

Un moment propice pour la réflexion

Rendu public à l’été 2003, le premier classement international des universités a eu un impact majeur sur le secteur académique mondial et ses agents. Pensé au départ pour permettre aux universités chinoises de se moderniser en s’alignant sur les standards américains de mesure de la productivité scientifique (nombre de publications, de citations, de prix scientifiques, etc.), ce classement a très vite gagné en visibilité à l’international et exacerbé la concurrence entre établissements d’un continent à l’autre. Chaque université dans le monde veut renforcer son positionnement pour obtenir davantage de financements et attirer les meilleurs étudiants et chercheurs.

L’impact en France a été particulièrement important, coïncidant avec l’abandon d’un discours égalitaire entre chercheurs et établissements. Certes, la compétition sur le marché académique n’est pas que capitaliste, et elle n’est pas due pas qu’aux seuls effets des classements mais aussi à la diffusion du Nouveau Management Public (NMP), doctrine de réforme de l’État à l’œuvre dans tous les secteurs publics depuis les années 1990 et contribuant à la mise en concurrence des agents, des services, des administrations.

Conjuguant leurs logiques et effets, classement et Nouveau Management Public ont bouleversé les politiques universitaires. La compétition commence à l’intérieur des établissements, elle s’élargit au niveau national à travers les nouvelles agences de l’État chargées de l’évaluation des structures académiques (HCERES) ou des projets de recherche financés (ANR, appels nationaux lancés par l’État) et elle se joue aussi sur la scène européenne et mondiale.

Au niveau des établissements, la politique de fusion, dans le but premier de progresser dans le classement grâce à un effet de masse, est majeure en France, au premier rang des pays européens par le nombre de fusions réalisées entre 2000 et 2015. Au niveau des individus, la mesure de la performance s’effectue principalement à travers deux critères : la quantification des publications et l’internationalisation.

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L’annonce de la part de la Chine d’un repli sur un modèle national constitue un moment propice pour la réflexion, incitant à se pencher sur les projets de transformation commune des établissements que l’Union européenne finance de longue date, dans un sens favorable à l’égalité des carrières et à l’équité. C’est notamment le cas du projet RESET (Redesigning Equality and Scientific Excellence Together) que l’université de Bordeaux coordonne et qui associe les universités de Porto, Thessalonique, Lodz, Oulou, Ruhr-Bochum et Sciences Po.

Dans le cadre de ce projet ont été menées en 2021 dans les établissements partenaires des enquêtes quantitatives sur les inégalités de carrière, et des enquêtes qualitatives sur la perception de l’excellence scientifique par les agents chargés de la mettre en œuvre. Leurs résultats amènent à interroger le modèle scientifique promu par l’université de Shanghai et à questionner la notion d’excellence scientifique à l’aune de la notion d’équité. Le constat a fondé l’engagement commun, rendu public en juin 2022, des sept présidents d’universités européennes concernées en faveur d’une excellence scientifique inclusive, tenant compte des inégalités qui traversent les institutions académiques.

Des critères aveugles aux inégalités de genre

L’excellence peut être définie comme ce qui présente « des caractéristiques exceptionnelles ». Quand l’exception devient la norme, la notion perd de sa pertinence pour les agents chargés de la mettre en œuvre. Les données qualitatives recueillies dans le projet RESET, à travers plusieurs focus groups dans quatre universités (Bordeaux, Lodz, Porto, Thessalonique) au printemps 2021 et composés de manière homogène de chercheurs, d’enseignants, de personnels administratifs et de membres de l’équipe de gouvernance, signalent, au-delà des différences liées au contextes nationaux, l’ambivalence partagée de la notion.

Pour la majorité des personnes, l’excellence scientifique est une notion qui devrait être positive et constitue parfois un puissant moteur individuel. Elle se trouve aussi associée aux idées de pression et de surcharge de travail. Un élément a été souligné en particulier par les personnels administratifs : le manque de reconnaissance de leur participation, notamment dans les services de soutien à la recherche.

Les participants aux groupes de discussion ont également souligné la difficulté à concilier vies et environnements personnels et professionnels pour atteindre l’excellence. La « recherche constante de l’excellence » semble lui faire perdre son sens. L’« excellence » a perdu sa partie « supra » et s’est transformée en un élément « normal » et parfois « insensé ». Par ailleurs, la pression liée au nombre de publications est perçue par les chercheurs comme une menace pour la qualité de leurs résultats de recherche. La notion d’excellence scientifique associée aux publications parait étroite par rapport à l’étendue des tâches à l’université, elle n’intègre pas l’activité pédagogique ou administrative : il faudrait plutôt parler d’excellence académique.

La notion est par ailleurs associée dans la littérature à celle de méritocratie que le principe de sélection est supposé garantir. Or l’objectivité des critères quantitatifs de mesure de la productivité scientifique demeure aveugle aux inégalités sociales que l’université enregistre et reproduit, au risque d’une association peu convaincante des termes « excellence » et « mérite ». Les données sur les inégalités sexuées dans le milieu académique sont bien renseignées, à tous les niveaux (établissements, États, Union européenne). Celles, inédites, produites dans le cadre de RESET, montrent la persistance d’injustices liées au genre, en particulier dans les carrières scientifiques, moins dans les carrières administratives.

Quel que soit le marché du travail académique en Europe, les mêmes inégalités genrées sont à l’œuvre, avec sensiblement la même répartition sexuée à toutes les étapes de la carrière. Alors que les femmes réussissent mieux leurs études universitaires et sont nettement majoritaires en master, elles ne sont plus en 2018 que 48 % en doctorat au sein de l’UE (43 % en France), 42 % au niveau Maître de conférences, et 26 % au niveau professeur des universités. Six présidents d’universités sur sept au sein de l’UE sont des hommes.

Redéfinir le mérite

Les causes de ces inégalités sont désormais bien renseignées. On sait aussi quelles sont les politiques à mettre en œuvre pour les résorber de manière transversale, en ouvrant la boite noire des recrutements et des promotions, de la production et du transfert des connaissances. Associées, dans une perspective intersectionnelle, à la lutte contre les discriminations, ces politiques tendent à rendre effective l’égale capacité à être reconnu excellent et excellente.

La prise en compte de l’égalité et de la diversité comme critère de classement semble devoir trouver facilement sa place dans un modèle européen, sans laisser l’initiative comme aujourd’hui à des groupes privés.

Cette redéfinition du mérite dans l’excellence scientifique pourrait d’autant plus amener à faire évoluer les critères à l’œuvre depuis 2003 qu’elle est associée à d’autres politiques dont les effets peuvent aller dans le même sens :

  • une attention aux impacts sociaux des recherches dans leur évaluation – ce que porte particulièrement en matière d’égalité des sexes le Gender Impact Assessment ;

  • une réflexion en cours sur l’empreinte environnementale des universités et des activités de recherche, conformément aux objectifs de développement durable de l’ONU ;

  • un modèle de science ouverte, qui pourrait à terme déboucher sur une évaluation plus qualitative des recherches.

Le moment est sûrement venu d’intégrer l’ensemble de ces évolutions pour lesquelles l’UE œuvre à bas bruit depuis longtemps pour diffuser un nouveau classement des universités.The Conversation

Marion Paoletti, Professeure de Science politique, Université de Bordeaux

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Excellence et égalité des chances : le grand défi des universités françaises (+ commentaire)

19 Septembre 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Université

La fac de médecine attire toujours plus d'étudiants

Résumé

Alors que les universités françaises cherchent toujours à se réinventer, regard sur le grand défi auquel elles se confrontent : la recherche de l'excellence et de l'égalité des chances.

avec :

François Germinet (Président de l’université de Cergy Pontoise, membre du CA et Président du comité numérique de la CPU), Sophie Bejean (présidente de Campus France et du comité pour la stratégie nationale de l'enseignement supérieur, membre du bureau de l'association pour les femmes dirigeantes de l'enseignement supérieur et de la recherche.), Annabelle Allouch (maître de conférences en sociologie à l'université de Picardie-Jules Verne, spécialisée dans les questions d'éducation).

En savoir plus

Pour débattre de cette question, Guillaume Erner reçoit François Germinet,  Président de Cergy Paris Université et Président de la Commission formation et insertion professionnelle de la CPU (Conférence des présidents d'université), Sophie Béjean,  rectrice de l'académie de Montpellier et de la région académique Occitanie, chancelière des universités, et Annabelle Allouch, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université de Picardie-Jules Verne, autrice de Mérite (Anamosa, 2021) et Les nouvelles portes des Grandes Ecoles  (PUF, 2022).

A propos d'"égalité des chances".

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Rentrée étudiante : les leçons des universités américaines

15 Septembre 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Universite, #Education

Image panoramique

Rentrée étudiante : les leçons des universités américaines
Alessia Lefébure, École des hautes études en santé publique (EHESP)

Quel que soit le pays, l’année universitaire commence généralement par un temps dédié à l’information des étudiants nouvellement inscrits. Une période de bienvenue à laquelle les établissements français sont de plus en plus attentifs pour aider chaque élève à prendre un bon départ et lutter contre le décrochage, alors que seuls 29,6 % des bacheliers entrant en première année valident une licence en trois ans – et 43,6 % en trois ou quatre ans.

Si ce premier contact entre les élèves et leur université ou leur école est un tremplin dans la construction des projets personnels et le dialogue entre les promotions, il peut aussi jouer un rôle stratégique pour les établissements dans un contexte de compétition internationale. C’est ce que montre l’exemple des États-Unis, où ce temps d’accueil prend une ampleur tout à fait particulière, mobilisant plus d’énergies et de moyens que dans le reste du monde.

À l’heure où les conséquences de la crise sanitaire pèsent encore sur la vie étudiante, que ce soit en matière de mobilité ou de santé mentale, comment les universités repensent-elles leurs rentrées, entre tradition et innovation ?

Transmission de valeurs

Outre-Atlantique, celle qui est appelée généralement « semaine d’orientation », mais dont la durée peut se compter en journées ou en semaines selon l’université, est devenue une véritable institution, presque autant que la cérémonie de remise des diplômes. Contrairement à ce que son nom indique, l’orientation des étudiants primo-entrants n’est en effet pas la seule fonction de ce programme.

Les universités les plus anciennes, notamment celles qui font partie de la « Ivy League », ont instauré des dispositifs d’intégration depuis plusieurs décennies. Dans un contexte hautement sélectif et élitiste, le but poursuivi est de s’assurer que les nouveaux étudiants adhèrent aux valeurs et au projet éducatif qui distingue chacune de ses universités.

Un système de mentorat par les pairs ou par des enseignants permet aux « freshmen », c’est-à-dire aux étudiants de première année, d’intégrer leur nouvelle communauté le plus rapidement et le plus facilement possible. Le programme d’intégration peut ainsi prendre la forme d’activités sportives, artistiques, spirituelles, récréatives en équipe, voire de voyages d’intégration à l’extérieur du campus, généralement en pleine nature.

Depuis 1974, l’université Princeton accueille ses nouveaux étudiants en les envoyant réaliser de véritables expéditions de plein air par petits groupes de 10, encadrés par deux ou trois étudiants plus avancés. Chaque groupe se voit fixer un objectif commun dont la réalisation nécessitera la connaissance mutuelle et la coopération entre ses membres. En quelques jours, les étudiants acquièrent ainsi un esprit collectif qu’ils sont censés garder et pratiquer tout au long de leur scolarité.

Cette catégorie d’universités utilise plus que d’autres l’argument des valeurs, ancrés généralement dans l’histoire de l’établissement, de ses fondateurs et de ses alumni, pour se différencier et définir une identité singulière dans laquelle les candidats peuvent se reconnaître ou à laquelle ils souhaitent adhérer. C’est le cas à Harvard où, au cours des traditionnelles « Conversations communautaires », les étudiants peuvent discuter des éléments d’identité et du sens d’appartenance avec leurs pairs et leurs mentors.

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Présenté comme un temps neutre, destiné à faciliter l’installation, la rencontre avec les pairs et les conseillers, ainsi que les premières réflexions sur le projet intellectuel et personnel, le programme d’orientation représente un véritable lieu d’initiation à un état d’esprit qui se transmet d’une promotion à l’autre depuis plus d’un siècle.

Pris en charge et conseillés par les étudiants des promotions au-dessus, les professeurs et les membres du personnel, les nouveaux arrivants s’inscrivent dans ces processus d’intégration et de socialisation qui avaient déjà été identifiés et décrits par Michel Anteby dans sa socio-ethnographie du corps professoral de la Harvard Business School. Par l’orientation, ils commencent à intégrer la tradition et surtout les normes d’une bonne conduite – celles que la sociologie appelle les « routines » – qui leur permettront d’aller au bout de leurs études dans une relative sécurité et par là contribuer à « la construction et le maintien de la communauté d’Harvard », c’est-à-dire à son prestige et à sa réputation.

Objectifs d’inclusion

Les enjeux d’appartenance à une communauté de valeurs sont devenus avec le temps plus forts sur les campus américains du fait de la diversification accrue du recrutement des étudiants. Chaque nouvelle promotion de première année est composée d’étudiants d’une immense variété quant aux origines géographiques, linguistiques et sociales. Les politiques de recrutement des universités combinent de nombreux critères, de façon à assurer un certain degré de diversité de profil, en accord avec leur mission et leurs statuts.

Sur le plan national, grâce à différentes formes de discrimination positive, réaffirmées jusqu’à présent par la jurisprudence de la Cour suprême, mais dont certaines risquent d’être remises en question dans les années à venir, les minorités ethniques, de genre ou d’autres groupes traditionnellement sous-représentés comme les vétérans, les sportifs de haut niveau, les étudiants de première génération ou encore les personnes en situation de handicap, occupent une place accrue parmi la population étudiante. Ces profils, tout comme les étudiants issus de « Community College », font face à plus de défis à l’université que les autres et nécessitent, surtout au début de leur cursus, plus d’attention.

Sur le plan international, si les États-Unis ont une très longue tradition d’accueil d’étudiants étrangers, jusqu’aux années 1990 la mobilité entrante était surtout réalisée au niveau doctoral ou en formation continue. Il s’agissait essentiellement d’une mobilité financée par des bourses gouvernementales ou de fondations philanthropiques, s’inscrivant dans le contexte de lutte d’influence géopolitique de l’après-guerre puis de la guerre froide.

Plus récemment, sous le double effet de la mondialisation et de l’Internet, ce sont des candidats plus jeunes qui, depuis n’importe quel pays, peuvent postuler aux universités américaines dès le premier cycle. Les États-Unis se placent ainsi avec stabilité en tête de pays d’accueil pour les étudiants étrangers en quête de formation diplômante, tous cycles confondus.

Face à cette diversité de profils, le temps de l’intégration devient stratégique pour les universités. L’on cherche à favoriser chez les étudiants la compréhension des règles, leur permettre d’identifier clairement interlocuteurs et services, faire converger les attentes, et réduire au minimum le besoin d’accompagnement spécifique, autrement plus coûteux.

De même, il est important de diminuer autant que possible le risque de mécontentement, de décrochage voire d’abandon d’études, potentiellement néfaste pour l’image de l’université mais aussi et surtout, pour ses conséquences économiques en cas de demande de remboursement. Les étudiants paient des frais de scolarité de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers de dollars par an il faut donc qu’ils soient satisfaits dès leur premiers jours.

Ces éléments expliquent en partie le caractère extrêmement convivial et inclusif de la plupart de programmes d’orientation, qui promettent des soirées, des jeux de piste, des speed-datings pour se faire des amis, des cours de cuisine et autres activités ludiques. Certaines universités, comme Brown ou Chicago, prévoient des temps pour et avec les familles, considérées comme faisant partie de la communauté universitaire.

L’organisation de ces animations est habituellement confiée au service de la vie étudiante, parfois à une association étudiante. À l’université Wisconsin-Madison, un service spécifique a été créé, le “Centre pour l’expérience de la première année”, chargé de faciliter la transition vers les études supérieures et garantir la réussite à travers le programme d’orientation et d’autres actions tout au long de l’année.

La question du bien-être

Il est vrai que la pandémie de Covid-19 a mis à rude épreuve le modèle d’études supérieures américain fondé sur « l’expérience étudiante ». La brusque fermeture des campus et l’isolement de beaucoup d’étudiants pendant les périodes de confinement a eu des répercussions considérables sur leur santé mentale. Parmi les populations les plus vulnérables en termes de santé mentale pendant la pandémie se trouvent les minorités de genre et sexuelles mais aussi les étudiants asiatiques, noirs et métis victimes d’actes racistes plus fréquents.

Une étude parue en 2021 sur l’état de détérioration de la santé mentale des étudiants américains a révélé la plus grande fragilité de ceux de première année, déjà soumis au stress de la transition vers l’université, et privés pendant le confinement de la possibilité de nouer des amitiés solides, de contacts humains et de soutien personnalisé.

Les préoccupations liées à la santé mentale des étudiants rejoignent finalement, du fait de la pandémie, ce que Simon Marginson appelait en 2010 le droit à la sécurité des étudiants internationaux, eux aussi potentiellement fragiles et seuls au cours des premiers mois de mobilité sortante dans un environnement inconnu et sans repères.

Ainsi, en 2022 plusieurs universités ont modifié leurs activités d’orientation et d’accueil des étudiants pour mieux répondre aux besoins sociaux et psychologiques des nouvelles promotions. Elles ont ainsi intégré des temps de discussion sur la gestion du stress, avec des groupes de taille réduite, moins intimidants pour des jeunes qui sortent du confinement. À l’université Columbia on emploie, pour ces accueils post-Covid, les mots de « se reconnecter, se renforcer et se reconstruire en tant que communauté ».

Stratégies internationales

De façon plus structurelle, si les universités déploient autant d’efforts en direction des primo-entrants c’est aussi parce qu’elles cherchent à maintenir leur attractivité, auprès des candidats internationaux en particulier. C’est pour elles, compte tenu de leur modèle économique, l’enjeu majeur. La pandémie a fortement limité la mobilité étudiante au niveau mondial avec des répercussions sur le nombre de candidats internationaux qui a diminué aux États-Unis comme dans les autres pays.

Si la chute des inscriptions en 2020 a été la plus importante depuis 1948 (-14,2 % en premier cycle) le nombre d’étudiants internationaux aux États-Unis est constamment en baisse depuis 2016. Cette situation inquiète pour plusieurs raisons, notamment la forte dépendance des universités américaines vis-à-vis des candidats chinois et indiens, particulièrement sensibles aux évolutions récentes de la politique d’immigration]. Un étudiant international sur trois aux États-Unis vient de Chine et environ un sur cinq vient d’Inde.

Le déclin est plus marqué en informatique et sciences de l’ingénieur, stratégiques en termes d’innovation et d’enjeux économiques. D’après une étude réalisée par le think tank américain National Foundation for American Policy, une grande partie des étudiants indiens et chinois dans ces domaines se tourneraient depuis quelques années vers le Canada qui ne leur impose pas les mêmes restrictions de visa.

Au-delà de la semaine d’orientation et de l’accueil des nouveaux entrants, ce qui est en jeu, bien sûr, c’est la capacité des universités américaines à attirer les talents internationaux et à garder les meilleurs étudiants américains, tout en pérennisant le modèle économique sur lequel elles reposent.

Dans le contexte de finances publiques national, ce modèle est donc clef pour le maintien de la compétitivité de l’économie américaine ainsi que sa capacité à continuer à produire de l’innovation. Et si l’on en croit aux données publiées récemment par le ministère de la science et technologie du Japon, la Chine aurait dépassé pour la première fois cette année les États-Unis quant aux résultats de recherche scientifique et aux publications à impact élevé.The Conversation

Alessia Lefébure, Sociologue, membre de l'UMR Arènes (CNRS, EHESP), École des hautes études en santé publique (EHESP)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Au Danemark, un salaire universel pour chaque étudiant

30 Août 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

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EXTRAITS

Les jeunes Danois ont droit à une aide qui peut atteindre jusqu’à 860 euros par mois, à laquelle s’ajoute la possibilité de souscrire un emprunt garanti par l’Etat.

Quand ils partent étudier à l’étranger, les jeunes Danois sont souvent interloqués de découvrir qu’à part dans les pays nordiques, la plupart des étudiants, en Europe ou ailleurs, ne bénéficient pas des mêmes conditions qu’eux. Leurs congénères doivent se débrouiller sans le « Statens Uddannelsesstotte » (SU) : le système de « soutien à l’éducation par l’Etat », établi en 1970, est tellement institutionnalisé au Danemark qu’il est vécu comme une évidence par les jeunes et leurs parents.

Des « bons mensuels »

En général, les jeunes Danois terminent le lycée à 19 ans, puis font une année de césure. Environ quatre sur cinq se lancent ensuite dans des études supérieures. Les autres sont orientés vers une formation professionnelle. La plupart quittent alors le foyer familial et peuvent prétendre à une aide de l’Etat.

Le système fonctionne sous la forme de 70 « bons mensuels », à utiliser tout au long de la vie (y compris pour les étudiants en reconversion), sous la forme d’une allocation. Le jeune étudiant peut aussi bénéficier d’un emprunt, qu’environ un tiers choisit de souscrire, à un taux de 4 % pendant les études, puis de 1 % ensuite, remboursable dans un délai de sept à quinze ans.

(...)

En avril 2022, la commission de la réforme, nommée par le gouvernement social-démocrate, a proposé de convertir les bourses en prêts (éventuellement sans intérêt) pour les étudiants en master, afin de dégager des fonds, destinés à améliorer la qualité de l’éducation et de la formation en continu. Quelques mois plus tôt, le Conseil économique du mouvement travailliste, un think tank de gauche, avait fait une proposition similaire, arguant que les jeunes dont les parents ne sont pas allés à l’université ont cinq fois plus de risques de ne pas faire d’études supérieures. L’argent, estimait le think tank, serait mieux utilisé pour financer leur formation.

(...)

Anne-Françoise Hivert(Malmö (Suède), correspondante régionale)

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Pouvoir d’achat: «Les étudiants se retrouvent à travailler jour et nuit»

19 Juillet 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

VIDÉO. «Il faut arriver en avance»: 400 étudiants font la queue pour  recevoir de la nourriture - Le Parisien

Frappés de plein fouet par l’inflation, de nombreux jeunes sont obligés de compter sur les distributions alimentaires pour s’en sortir.

Il faut parfois se coller au mur pour éviter les coups de massue du soleil de ce juillet caniculaire à Paris. Surtout quand il s’agit d’attendre sur un trottoir goudronné où l’ombre se fait discrète. Ils sont déjà pourtant plusieurs dizaines d’étudiants rue Championnet (XVIIIe arrondissement), un peu moins de trente minutes avant le début d’une distribution alimentaire au Bar commun, à l’angle avec la rue des Poissonniers. Des files qui ne désemplissent pas depuis l’ouverture de ces distributions par l’association Linkee, à l’automne 2020.

A l’époque, alors que la crise sociale induite par la pandémie de Covid frappait de plein fouet, les queues suscitèrent l’effroi. Un an et demi plus tard, dans un contexte de forte inflation – 5,8% sur un an en juin selon l’Insee – on ne feint même plus l’indifférence. La ministre de l’Enseignement supérieur et la Recherche, Sylvie Retailleau, a bien profité de la présentation du projet de loi pouvoir d’achat, débattu depuis lundi à l’Assemblée, pour annoncer quelques mesures d’urgence comme la revalorisation des bourses de 4%, un chèque alimentaire de 100 euros pour les boursiers et bénéficiaires APL à la rentrée ou le maintien du repas Crous à 1 euro. Mais une grande partie devrait passer directement par voie de décrets.

«Le litre d’huile de 2 à 5 euros, ce n’est pas possible»

Ce soir-là, qu’ils soient étrangers, boursiers ou non, tous les étudiants se retrouvent sous la triste bannière de la précarité. «Autour de moi, de plus en plus de gens viennent aux distributions, c’est limite devenu normal, constate amèrement Rania, 25 ans, étudiante algérienne en master 1 de management. Et heureusement qu’il y a ça, parce que sinon on ne pourrait pas manger correctement.» Elle et son amie Meriem, aussi Algérienne, subissent de plein fouet la hausse des prix. En particulier cet été, où elles se retrouvent sans stage et dans l’attente d’un boulot. «Le plus marquant, ça a été au début de la guerre en Ukraine, se souvient Meriem. Le litre d’huile est passé de 2 à 5 euros, ce n’est pas possible…»

A l’intérieur, les bénévoles, souvent des étudiants précaires eux aussi, s’activent. Les premiers cabas se remplissent. Jonathan, 25 ans, licence de cinéma en poche, observe, un brin soulagé, les sept kilos de nourriture et de produits d’hygiène récoltés. «C’est devenu vital, note-t-il. Avant, je pouvais me permettre de ne venir que deux fois par mois. Avec l’inflation je suis condamné à venir chaque semaine.» Ce grand gaillard, lunettes sur le nez, s’étend sur sa vie d’étudiant faite de privations. «Après deux ans de Covid, je reste cloîtré, parce que je n’ai pas le budget pour sortir, s’indigne-t-il. Pourtant c’est important pour mes études, pour développer mes intérêts. Et puis c’est un besoin psychologique, pour sortir de la solitude.»

Entre son loyer parisien hors de prix, ses dépenses de transports et d’internet qu’il réduit comme il peut, le jeune homme assure ne pas avoir plus de 40 ou 50 euros par mois pour son alimentation, ses loisirs, et ses besoins matériels. Selon une étude de Linkee publiée en juin 2022, c’est le cas pour 65 % des 4 000 étudiants qu’ils ont interrogés un peu partout en France dans leurs distributions.

«Poudre de perlimpinpin»

«Deux ans après, rien n’a changé, constate amèrement Julien Meimon, président de Linkee. On a l’impression que pour les autorités, le fait de manger des pâtes quand on est étudiant, c’est quelque chose de normal, un mauvais moment à passer. Ce n’est pas possible de penser comme ça. Surtout à un moment où une grande quantité d’étudiants se retrouve à sauter des repas faute de pouvoir se les offrir.»

Problème : les propositions du gouvernement ne sont «pas à la hauteur», selon Julien Meimon. Comme le chèque alimentaire de 100 euros : «C’est un pansement. Et en plus, tout le monde n’y aura pas droit.» A la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), on souligne aussi que l’augmentation de 4 % des bourses ne rattrape même pas l’augmentation des prix de 5,8 %. «Il faut proposer des solutions pérennes, d’autant plus avec l’inflation, plaide Anne-Laure Syrieix, vice-présidente chargée des Affaires sociales. Les étudiants ont besoin d’une hausse de leur pouvoir d’achat.» Imane Ouelhadj, présidente de l’Union nationale des étudiants de France (Unef), parle de «poudre de perlimpinpin» : «Aujourd’hui on sait qu’il n’y a pas assez d’argent sur la table, alors on préfère donner des clopinettes aux étudiants plutôt que de vraiment se questionner sur ce qui se passe dans l’enseignement supérieur.»

Angle mort de l’arsenal du gouvernement à ce stade : les étudiants non boursiers. Depuis la rentrée 2021, ils ne peuvent plus prétendre aux repas au Resto U à 1 euro. La hausse des prix n’a pas conduit à une révision de la copie : le chèque alimentaire sera accessible uniquement aux étudiants boursiers ou touchant les Aides personnalisées au logement (APL). «On peut ne pas être boursier et être précaire quand même», insiste Imane Ouelhadj, déplorant le manque d’universalité des mesures annoncées. Constat partagé par Benjamin Flohic, président de Co’p1 – Solidarités Etudiantes. Depuis 2020, comme Linkee, l’association organise elle aussi des distributions alimentaires plusieurs fois par semaine à Paris et Angers. Dans une étude commanditée par Co’p1 en 2021, le constat était clair : «63% des étudiants nous sollicitant ne sont pas boursiers, soit la majorité d’entre eux.» L’étude sur 2022, prévue pour fin septembre, fait état de chiffres similaires.

Du côté du ministère de l’Enseignement supérieur et la Recherche, on défend des mesures pour faire face à «l’urgence» de l’inflation. Le chèque de 100 euros devrait a priori concerner 1,5 million de personnes, soit plus de la moitié de la population étudiante, fait-on valoir. Autre motif de fierté ministérielle: la hausse de 4% des bourses «la plus haute depuis des années». Pour ce qui est des réformes de fond, une «réflexion structurelle» est en cours, notamment en ce qui concerne les bourses, et une concertation commencera à la rentrée, assure-t-on de même source.

L’angoisse de la rentrée

Cette réforme des bourses est le principal fer de lance des organisations étudiantes depuis des années. Pour les revaloriser mais aussi les élargir et assouplir les conditions d’accès. A l’heure actuelle, le montant le plus élevé pour un étudiant est de 573,60 euros par mois, soit une somme bien inférieure au seuil de pauvreté, fixé à 1 102 euros mensuels pour une personne vivant seule.

Eliot, 23 ans, a fait les frais de critères trop excluants: sa demande a été refusée à cause des revenus de ses parents. «Le Crous estime qu’il est en mesure de m’aider et me refuse la bourse, il ne me considère pas comme indépendant», déplore l’étudiant en langues étrangères appliquées, qui ne reçoit pourtant aucun soutien financier de sa famille. Pour s’en sortir, il travaille de nuit dans l’hôtellerie, quitte à ce que cela empiète sur ses études. Cette année, Eliot a tenté de se tourner vers l’Aide spécifique annuelle, destinée aux étudiants en difficulté n’étant pas boursiers, sous certaines conditions mais la réponse ne tombera pas avant septembre.

Comme de nombreux jeunes, Eliot prépare sa rentrée la boule au ventre. Pour anticiper le coût de la vie étudiante, il continue à travailler cet été, bien qu’il soit épuisé. «Les vacances d’été devraient être un moment pour permettre aux étudiants de souffler, se remettre d’une année qui a été éprouvante, déballe Anne-Laure Syrieix de la Fage. Au lieu de ça, ils se retrouvent à chercher un emploi, et parfois à travailler de jour comme de nuit. Ils n’ont pas de moment de pause.»

Après des années de mobilisation étudiante, pour dénoncer des pouvoirs publics sourds à leurs revendications, la nouvelle ministre de l’Enseignement supérieur de la Recherche, ancienne présidente de Paris-Sud, est attendue au tournant. Il faut une «concertation pour la revalorisation des bourses à partir de la rentrée», réclame Imane Ouelhadj de l’Unef, qui «attend de voir ce qui va se passer en septembre» sans trop d’espoir. Et ne peut s’empêcher de lâcher : «On se demande comment c’est possible que ce soit comme ça aujourd’hui en France : des étudiants qui vivent à la rue ou dans leur voiture.»

Cassandre Leray et Benjamin Delille

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Lutter contre la triche dans l’enseignement supérieur : la sanction ne suffit pas

1 Juillet 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Université

Lutter contre la triche dans l’enseignement supérieur : la sanction ne suffit pas
Lutter contre la triche dans l’enseignement supérieur : la sanction ne suffit pas
Yoann Bazin, EM Normandie

Le basculement de l’enseignement supérieur vers le numérique, fortement accéléré par la pandémie et ses contraintes sanitaires, soulève des enjeux éthiques majeurs en matière de triche et de plagiat. Or « on ne peut pas résoudre les problèmes actuels d’intégrité avec les outils du passé. Le droit et les règlements universitaires ne sont pas adaptés », comme l’affirmait Michelle Bergadaà à l’occasion de la labellisation par la Fondation nationale pour l’enseignement de la gestion des entreprises (FNEGE) de son ouvrage L’urgence de l’intégrité académique, coordonné avec Paulo Peixoto.

Mais comment créer et renforcer une culture d’intégrité académique dans l’enseignement supérieur ? Que nous dit la recherche à ce sujet ? Donald McCabe et ses collègues y consacrent un chapitre entier dans leur excellent Cheating in college, où ils insistent sur le besoin d’aligner les différents systèmes en place. En cela, ils font écho au livre de Michelle Bergadaà et Paulo Peixoto, ou encore à Craig Scanlan pour qui cet alignement requiert « une stratégie globale faisant la promotion d’une culture de l’intégrité académique ».

Les systèmes formels

Les politiques contre la triche et le plagiat se concentrent en général sur les aspects formels de procédures et sanctions, menant (trop) souvent à ce que nous avons appelé ailleurs un « angle policier ». Or les études montrent que les conseils de discipline, codes d’honneur et autres règlements intérieurs n’ont qu’une efficacité limitée s’ils ne sont pas articulés à d’autres dispositifs.

Dans les aspects formels, on trouve également le rôle central des personnes en charge dans l’administration, qui doivent incarner et mettre en pratique les politiques et codes qui sont adoptés. Et l’ensemble doit être structuré de manière logique autour de valeurs claires et explicites. Ces dernières doivent ensuite alimenter les processus de recrutement et de formation des étudiants, mais aussi des enseignants et du personnel administratif. Bref, une attention particulière doit être prêtée à l’intégrité des acteurs autant qu’à celle des procédures.

Les formes de tricheries évoluent dans le temps et l’espace, mais le phénomène concerne tous les établissements du supérieur. Shutterstock

Enfin, le processus de décision, les responsabilités et les sanctions éventuelles doivent être explicités pour en montrer la logique et la transparence. Les conséquences des comportements problématiques doivent être formalisées à l’avance, proportionnées et dites « réparatrices ».

L’importance de la cohérence d’ensemble de ces systèmes formels peut sembler évidente, mais les études montrent qu’en pratique ces dispositifs sont souvent peu couplés, et parfois même contradictoires. Or, chaque incohérence affaiblit les autres processus. De plus, une cohérence d’ensemble permet de renforcer un « curriculum invisible » qui transmet aux étudiants des principes et valeurs dans les amphithéâtres autant qu’entre les cours.

Les systèmes informels

Ceci étant dit, « l’éthique formelle et les programmes de conformité ne représentent que la partie émergée de “l’infrastructure éthique” d’une organisation », notent Max H. Bazerman et Ann E. Tenbrunsel. D’où l’insistance de Donald McCabe et de ses collègues à articuler les systèmes formels aux normes informelles et autres rituels et mythes qui circulent au sein de chaque institution d’enseignement supérieur.

Ils soulignent en particulier l’importance des idoles, héros et autres modèles qui sont partagés par les étudiants, mais également par leurs professeurs et par le personnel administratif. Lorsque des présentations et exposés font l’apologie d’entrepreneurs et hommes d’affaires sans souligner certains aspects éthiques problématiques de leurs parcours, les professeurs doivent compléter les portraits. De même, lorsque certaines personnalités sont invitées pour des conférences, une attention particulière doit être prêtée aux valeurs qu’elles véhiculent.

Si certains cas sont clairs (le copier-coller sans guillemets ni référence), le territoire du plagiat est surtout un vaste dégradé de gris. Image by Gerd Altmann /Pixabay, CC BY

Sans noircir systématiquement le tableau, il est essentiel de comprendre que tous les cours d’éthique des affaires et de responsabilité sociale des entreprises ne pourront jamais complètement contrebalancer l’influence d’une société et de médias qui encensent certaines figures et certains mythes malgré leur caractère parfois problématique. C’est le rôle de l’enseignement supérieur que d’apporter aux étudiants les clés de lecture éthiques et critiques pour prendre du recul face à ces tendances.

Par où commencer ?

Tous les acteurs de l’enseignement supérieur tendent à partager le constat que l’intégrité académique n’est que rarement la préoccupation centrale de leurs institutions. Certes, toutes ont des règles et règlements relatifs à la fraude ou à la triche, et beaucoup d’entre nous siègent régulièrement dans des jurys, comités et autres conseils de disciplines.

Pour autant, un état des lieux rigoureux impliquant l’ensemble des parties prenantes montrerait probablement plutôt une architecture globale où les couplages sont en général lâches – au mieux. Ces découplages pourraient expliquer « l’inaptitude des hommes et des systèmes à surmonter les défis de l’intégrité. Car ces deux ordres ne cessent de se renvoyer la responsabilité de la prise en charge réelle des manquements à l’intégrité ».

Cependant, en s’armant « de détermination, de patience et de persévérance », nous pouvons collectivement et progressivement développer et maintenir une culture d’intégrité académique grâce à une stratégie globale et cohérente.

Développer une culture d’intégrité académique.

Pour faire émerger cet alignement toujours précaire, l’implication de l’ensemble des acteurs et parties prenantes est absolument nécessaire. Donald McCabe et ses collègues abonderaient dans le sens de Michelle Bergadaà et Paulo Peixoto :

Cessons une bonne fois pour toutes de segmenter la population académique entre étudiants d’un côté et chercheurs de l’autre ! La formation, en cette époque de changement profond, concerne aussi bien les professeurs, les bibliothécaires, les responsables des commissions d’éthique, les services juridiques que les étudiants. »

La formation, mais aussi l’implication et la collaboration de tous les acteurs de l’enseignement supérieur, en amont comme en aval de la construction d’une stratégie globale, est nécessaire à renforcer une culture d’intégrité académique dans nos institutions.The Conversation

Yoann Bazin, Professeur en Ethique des affaires, EM Normandie

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Toujours plus d’étudiants en difficulté financière se rendent dans les distributions d’aide alimentaire

24 Juin 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Universite, #Jeunesse

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EXTRAITS

Avec la hausse continue des prix, les associations s’alarment du nombre de jeunes hommes et femmes qui ont du mal à s’alimenter, une fois le loyer et les études payés.

Ce mardi soir, une cinquantaine de personnes patientent devant le Bar commun, un lieu associatif du quartier populaire de la Goutte d’Or, à Paris. Comme toutes les semaines, l’association Linkee y réalise une distribution gratuite de produits, principalement alimentaires, destinés aux étudiants.

Vêtus de tee-shirts jaunes ou bleus, les bénévoles, souvent des étudiants eux-mêmes, s’affairent à orienter les jeunes vers les produits collectés. Midou, 20 ans, repart avec un chariot entier. Arrivé du Maroc il y a deux ans, cet étudiant en informatique dans une école privée vit avec 500 euros par mois. Une fois qu’il a payé son loyer, il n’a plus beaucoup d’argent pour s’alimenter. « Toute ma famille a cotisé pour financer mon école, je ne peux pas leur demander de m’aider », confie ce petit dernier d’une fratrie de six enfants.

Créée en 2016, l’association Linkee fournit, sur présentation d’une carte étudiante valide, fruits, légumes, féculents, fromages… souvent bio, labélisés ou issus du commerce équitable. « On récupère surplus, invendus et produits abîmés – mais encore bons – auprès d’agriculteurs, grossistes ou commerçants », expose Julien Meimon, fondateur de Linkee. Dans ses trente sites en France, l’association propose également un soutien psychologique, via l’association les Psys du cœur, et donne aussi des places de cinéma, théâtre ou opéra.

(...)

« Plus d’étudiants en difficulté financière »

Feres Belghith, directeur de l’observatoire de la vie étudiante (OVE), un organisme public, note que les remontées des établissements universitaires et des associations étudiantes convergent dans le sens d’une « plus grande proportion d’étudiants semblant être en difficulté financière » en cette fin d’année. « Il y a une réelle surprise de la part d’associations caritatives comme la Croix-Rouge ou le Secours populaire de voir de plus en plus d’étudiants demandeurs qu’ils ne connaissaient pas avant dans leur structure. Ce ne sont, pour l’instant, que des témoignages de terrain, mais c’est un indicateur », ajoute le directeur de l’OVE.

L’inflation rend les choses encore plus difficiles pour ces jeunes. Les dernières données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) font état d’une hausse des prix à la consommation de 5,2 % sur une année. « Les vêtements, je n’en achète même plus ! », lâche Désir, 23 ans, à la sortie du Bar commun. Etudiant en deuxième année de gestion, il s’attelle le week-end à livrer des plats à vélo pour Uber Eats, parvenant ainsi à se dégager entre 300 et 400 euros par mois, en plus des 100 euros de sa bourse étudiante du Crous et de ses 190 euros d’aide personnalisée au logement (APL). Une fois factures et loyer payés, il lui reste environ 100 euros pour vivre. « Je n’utilise cet argent que pour mes besoins primaires : le logement et la nourriture », constate le jeune, qui ne souhaite pas demander à ses parents, « eux-mêmes ric-rac » sur le plan financier.

(...)

Devant le Bar commun, la file ne désemplit pas. Le sac rempli de fruits et légumes, Désir s’évertue à relativiser sa situation. Il vivait auparavant dans une chambre de bonne de 9 mètres carrés, à Nanterre. Désormais, il loue un studio du Crous, « un 22 mètres carrés, pour 450 euros ».

Florian Mestres

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Parcoursup est une trappe, pas un tremplin

4 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Les trappes pour caves enterrées - Polycave

La plateforme livrait ses premiers résultats ce jeudi, qui se limitent souvent à un «en attente» anxiogène. Il ne s’agit pas d’une procédure d’affectation, mais d’une gestion de la pénurie de places dans l’enseignement supérieur.

Jeudi 2 juin, au premier jour d’ouverture des résultats sur Parcoursup, un jeune inscrit sur deux n’aura pas reçu de proposition d’affectation pour poursuivre des études dans l’enseignement supérieur, selon toute vraisemblance et comme les deux années précédentes. Une triste réalité devenue une terrible habitude.

«Votre place est dans la file d’attente». Voilà, en somme, ce qu’annonce la plateforme nationale à plusieurs centaines de milliers de lycéennes et lycéens, dont les jours à venir seront surtout synonymes de déception et de crainte. Avec la nouvelle plateforme de Parcoursup, peu importe la motivation ou le choix de l’orientation pour toute une vie, ce qui compte désormais est un classement incompréhensible pour les élèves comme pour les parents.

Jeunesse sommée d’attendre

A la violence de l’algorithme, dont nous sommes nombreux à continuer de réclamer depuis le début la transparence des critères s’ajoute ainsi l’angoisse d’une procédure trop lente, où toute une moitié de la jeunesse est sommée d’attendre que la moitié la «mieux classée» fasse ruisseler le rebut des choix dont elle n’aura pas voulu.

La Seine-Saint-Denis n’est pas épargnée. Combien d’élèves y ont déjà intégré, malgré eux, l’idée qu’un «16» dans leur lycée ne peut pas valoir un «16» à Paris ? C’est aussi le cas dans de nombreux autres territoires populaires, déclassés, périphériques, où les élèves savent que leurs souhaits seront sans doute contrariés, quand bien même il faut justifier en 120 mots de son 10e choix de formation comme s’il était le premier. Quand bien même cela concerne une filière non sélective de l’université !

Voilà l’absurdité d’un système devenu le symbole de la politique éducative menée sous le premier mandat d’Emmanuel Macron, et où tout est une affaire de compétition intégrale et aveugle. Qu’importent finalement les envies et les projets de formation de centaines de milliers de jeunes, au moment même où leur avenir se construit, et alors même que cet avenir représente aussi celui de notre pays.

L’orientation choisie doit être la règle

L’abandon d’un système éducatif censé donner sa chance à chacun et permettre la progression sociale au profit d’un système qui reproduit les inégalités est inexcusable. Il accompagne la réduction critique et continue des moyens alloués aux universités. Ce manque de moyens publics dont ceux qui les décident se servent ensuite pour justifier, plein de cynisme, que non, tout le monde ne peut pas avoir une place pour faire des études supérieures.

Les choses peuvent être différentes à condition de s’en donner les moyens. L’orientation choisie doit être la règle. Le baccalauréat doit donner accès à la filière de son choix. L’accès à une formation diplômante après le bac doit devenir l’horizon de la grande majorité d’une classe d’âge. Il est urgent de mettre les moyens pour inverser la courbe de la reproduction sociale dans l’enseignement supérieur. Ne laissons pas croire que Parcoursup est un outil d’orientation quand il est un gestionnaire de la pénurie de places.

Il n’y a pas de fatalité à ce que le passage vers le système éducatif supérieur fonctionne comme une trappe. Faisons-en un tremplin !

par Stéphane Troussel, Président du département de la Seine-Saint-Denis

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Emmanuel Macron aura des dossiers urgents à traiter : hôpitaux, Ehpad, tribunaux, enseignants…

29 Avril 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Université

État d'urgence pour les urgences

EXTRAIT

(...)

Education : revaloriser les enseignants

Reconnaissance. Si un seul mot devait résumer les attentes des enseignants pour le prochain quinquennat, ce serait celui-là. De l’avis de leurs syndicats, les personnels de l’éducation nationale sortent éreintés de ces cinq dernières années, entre les réformes menées tambour battant et les deux ans de pandémie émaillés d’incessants changements de protocole sanitaire. Seuls 27 % des personnels se sentent aujourd’hui reconnus et respectés, selon les premiers chiffres du baromètre 2022 des métiers de l’éducation de l’UNSA (42 800 répondants). Ils étaient 46 % en 2016. Le premier quinquennat Macron laisse un goût amer, voire une colère que la campagne n’a pas dissipée. « Le nouveau gouvernement devra écouter enfin une profession qui a été méprisée durant cinq ans », prévient le SNUipp-FSU, principal syndicat du primaire.

Cette reconnaissance passe par une revalorisation des rémunérations. Un rattrapage, diront certains qui ne veulent pas le voir associé à une contrepartie. Le « nouveau pacte » proposé par le candidat Macron, qui prévoit de rémunérer davantage les enseignants qui acceptent de nouvelles missions, a crispé la profession, malgré les 6 milliards d’euros annuels prévus. Lors du débat d’entre-deux-tours, il a parlé en parallèle d’une revalorisation « inconditionnelle » des enseignants « d’environ 10 % ». Un « ordre de grandeur », qui concernera au premier chef les professeurs en début de carrière, a précisé son équipe de campagne, renvoyant pour le reste à la « grande concertation ».

Cette nouvelle méthode annoncée par le chef de l’Etat pour ce « chantier majeur » de son second quinquennat laisse la profession perplexe. La revalorisation doit aussi participer pour beaucoup à redorer le blason de métiers qui n’attirent plus.

Quid des réformes à engager ? L’idée même irrite les enseignants qui demandent du temps pour assimiler celles engagées et apprécier leurs effets. 

« Ces dernières années, elles se sont non seulement enchaînées mais, en plus, il y a eu constamment des réformes de la réforme, notamment au lycée », relate Catherine Nave-Bekhti, du SGEN-CFDT. Dans ce climat dégradé, les premières paroles du prochain ministre de l’éducation compteront autant que ses actes. Sophie Vénétitay, secrétaire général du SNES-FSU, le martèle : « Il devra jouer l’apaisement après le quinquennat brutal de Jean-Michel Blanquer. » Une reconnaissance aussi par les mots.

(...)

Etudiants : renouer le dialogue

Alors qu’il n’était pas encore candidat, M. Macron a résumé les enjeux qui l’attendent lors d’un discours à la Sorbonne, le 13 janvier : « Pour aider nos étudiants à réussir, il nous faudra aussi reprendre de fond en comble le chantier du soutien aux étudiants, qu’il s’agisse de bourses, de logement, des possibilités d’emplois compatibles avec des études réussies. » De la réalisation de ces vœux qui ne figurent pas dans son programme écrit dépendra sa réconciliation avec une grande partie de la jeunesse.

Les relations se sont distendues au cours du précédent quinquennat et plus encore avec la crise sanitaire, qui a révélé une situation de précarité avancée pour un grand nombre de jeunes, obligés de recourir à l’aide alimentaire. L’action du gouvernement a été jugée « décevante » par la Cour des comptes, qui, dans son rapport annuel, a dénoncé une prise en compte du problème tardive et mal ciblée. La précarité étudiante apparaît comme « une notion mal cernée », les publics fragiles n’étant pas nécessairement bénéficiaires des bourses sur critères sociaux.

Promise par le chef de l’Etat à trois reprises depuis 2017, la refonte de l’allocation des bourses sur critères sociaux – versées à 750 000 étudiants – est restée lettre morte, au motif qu’elle serait « trop complexe » à mettre en œuvre, selon la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal. Cette fois, le gouvernement ne pourra pas passer outre.

La crise sanitaire a aussi mis en lumière les questions de santé mentale, dans un contexte de saturation des services de santé universitaires. Isolement, précarité, cours à distance, perte de repères, la pandémie a agi comme un révélateur. Le « chèque psy » créé par le gouvernement en février 2021, donnant droit à huit séances gratuites, a permis à environ 25 000 étudiants de consulter un psychologue, selon le ministère. Trop peu selon le syndicat étudiant UNEF et la Cour des comptes. Selon une étude de l’association d’écoute pour étudiants Nightline, les universités sont très mal dotées, puisqu’elles comptent un psychologue en équivalent temps plein pour 30 000 étudiants.

(...)

Camille BordenetJean-Baptiste JacquinBéatrice JérômeSylvie LecherbonnierSoazig Le NevéMarine MillerIsabelle Rey-Lefebvre et Camille Stromboni

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Après le premier tour, la Sorbonne occupée: «On en a marre d’élire tous les cinq ans le roi des bourgeois»

14 Avril 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

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Quelques centaines d’étudiants venus de plusieurs facs parisiennes ont pris le contrôle d’une partie de la Sorbonne ce mercredi. Ils dénoncent un second tour de présidentielle dans lequel ils ne se sentent pas représentés.

Un rassemblement de visages juvéniles et des vigiles sur les dents. Ce mercredi après-midi, les entrées de la Sorbonne, dans le centre de Paris, restent fermées. Certaines sont bloquées de l’intérieur par des cadenas costauds. Les autres surveillés par des gardes costauds. Devant, quelques grappes d’étudiants patientent calmement. Certains tentent par tous les moyens de se frayer un chemin pour rentrer dans l’université en parlementant avec la sécurité ou en forçant le passage. Avec plus ou moins de réussite.

A l’intérieur, quelques centaines d’étudiants ont pris le contrôle d’une partie des locaux après un appel à une assemblée générale «contre l’arnaque du deuxième tour». Y étaient conviés des jeunes des facs parisiennes – Sorbonne, donc, mais aussi Paris-VIII, l’ENS Jourdan et Paris Nanterre –, mécontents du scrutin de ce week-end et du système politique actuel. Dans les couloirs, des tags implacables : «Ni Macron ni Le Pen», «Le fascisme tue, combattons-le», ou encore «Pierre par pierre, nous détruirons Emmanuel Macron» ont été tagués. En parallèle, certaines issues ont été bloquées par des amoncellements des tables et des chaises.

Dans l’un des imposants amphithéâtres de la fac, réquisitionné pour l’occasion, on se passe la parole, on débat sur la conduite à tenir et sur la suite à donner aux événements. Quelques chants antifascistes et de la gauche révolutionnaire sont aussi entonnés. Les échanges s’éternisent et les journalistes ne sont eux pas vraiment les bienvenus.

«C’est difficile pour la jeunesse qui ne se sent pas du tout représentée»

«Il y a beaucoup de revendications, et c’est impossible de parler au nom de tout le monde», explique Léo (1), grand maigrichon aux cheveux longs de 23 ans, clope électronique à la main, qui nous a permis d’accéder aux locaux là où la plupart de nos confrères ont été laissés à la porte. «De manière générale, je pense qu’on peut dire sans trop se mouiller qu’on est tous contre ce second tour où s’opposent l’extrême droite et l’ultralibéralisme. C’est vraiment difficile pour la jeunesse qui ne se sent pas du tout représentée.»

L’étudiant en maths, habitué des mouvements sociaux, cite le manque d’ambitions sociales d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen. Et surtout «l’absence de réel programme pour lutter contre le réchauffement climatique» : «Le Giec nous dit qu’il nous reste trois ans pour changer les choses. Et là, on est repartis pour cinq ans de plus avec des gens au pouvoir qui s’en moquent royalement. On file tout droit vers la catastrophe, peut-être que l’on ne sera pas là à l’âge de nos profs pour en parler, et pour l’instant on en est encore à débattre d’interdire ou non les pailles en plastique.»

Quelques mètres plus loin, des étudiants ont pris place dans des salles de classe. Accoudés à la fenêtre, certains interpellent leurs camarades restés dehors pour qu’ils leur fassent passer quelques vivres – des bières et des paquets de gâteaux surtout. De quoi tenir plusieurs heures, voire toute la nuit si l’occupation se poursuit. D’autres refont le monde, discutent de l’élection passée et s’imaginent, par des mouvements comme le leur, «faire revenir le pouvoir aux mains du peuple». Des numéros d’avocats et d’associations sont écrits au tableau, à appeler en cas d’intervention des forces de l’ordre, et des prospectus traînent sur la table sur lesquels sont écrits les droits de chacun s’il est interpellé.

Appel à une mobilisation générale

Gaïa, tout juste la vingtaine, cheveux blonds, l’arcade percée et au crop top bleu, se réjouit de voir «plein de jeunes qui n’ont pas les mêmes idées se retrouver et arriver par la discussion à se mettre d’accord». Une façon, selon iel, de sortir de ce «pseudo-système démocratique» dans lequel le «pouvoir est dans les mains des plus puissants» et où les citoyens n’ont que la possibilité «d’élire tous les cinq ans le roi des bourgeois».

A ses côtés, Axel (1), cheveux noirs plaqués en arrière et lunettes rondes sur le nez, opine du chef : «Ce genre d’action, ça permet de rappeler que certes nous ne sommes que des fourmis, mais que plein de fourmis bout à bout peuvent permettre de mettre la pression sur les élites. Maintenant il faut qu’on soit encore plus nombreux pour faire bouger les choses.» Tous appellent les étudiants du pays, et plus encore, à prendre le contrôle de leurs universités et à des manifestations dans les jours qui viennent pour que l’action ne se transforme pas en pétard mouillé. En attendant, la Sorbonne reste occupée.

Julien Lecot

(1) Les prénoms ont été changés.

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