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Vivement l'Ecole!

ukraine

A Lille: premiers jours d’école pour Nazarii et Evan, réfugiés ukrainiens

24 Mars 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Ukraine

Lille mobilisée pour l'accueil des Ukrainiens / Actualités - Ville de Lille  : adresses, horaires, calendriers et histoire

Nazarii, de Oujhorod, et Evan, de la banlieue de Kyiv, viennent d’arriver à Lille. «Libération» a suivi leurs premières journées de classe à l’école primaire Sophie-Germain.

Dans la classe de CE2, c’est le brouhaha des premières minutes, en ce mardi matin de mars, à Lille. Pierre est à son affaire, il est chargé de la météo aujourd’hui : chacun doit passer le voir, trouver la bonne phrase pour définir le temps du jour. Nazarii est un peu paumé, c’est son deuxième jour à l’école primaire Sophie-Germain, établissement du centre-ville, avec section internationale d’anglais. Il vient d’arriver d’Ukraine, sa mère, aux yeux cernés, l’a serré brièvement, mais fort, dans ses bras avant de le laisser aux bons soins de l’Education nationale, et du Casnav, le Centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés.

Aux petits soins

Rien ne le distingue des autres, sauf son cartable, trop neuf. Il a été offert par la mairie de Lille. Pierre le prend sous son aile, lui explique l’exercice avec gestes et idéogramme d’un soleil bordé de nuages. Sa présence est encore une nouveauté, il y a comme une effervescence autour de lui. «Nous avons appris son arrivée vendredi soir, pour le lundi, nous avons eu le temps d’envoyer un message aux parents», raconte la directrice, Elise Quidé. Ce qui a laissé le week-end pour en parler dans les familles. Le circuit a été rodé par la ville de Lille avec un programme d’accueil des Afghans après l’arrivée au pouvoir des talibans, en septembre. La mairie organise l’hébergement dans les familles d’accueil bénévoles et la prise en charge administrative. Les enfants sont inscrits d’office dans les écoles à proximité du lieu d’habitation, si les familles le souhaitent, en coordination avec l’Education nationale. La cantine et les temps périscolaires, mercredi compris, sont gratuits, précise Charlotte Brun, adjointe (PS) à l’Education.

Et c’est comme ça, tout juste débarqué en France, avec son «boujour» timide mais bien maîtrisé, que Nazarii s’est retrouvé propulsé au milieu d’une classe aux petits soins. Les autres élèves lui font travailler les couleurs et les nombres, jusqu’à 39, en répétiteurs attentifs. Nazarii vivait à Oujhorod, à la frontière slovaque, et est hébergé avec son petit frère, scolarisé en CP, et sa grande sœur, en sixième, chez sa tante, qui vit à Lille depuis des années. Le père est resté au pays.

«Vivre dans l’espoir de repartir»

«On perçoit une super dynamique sur cette vague migratoire», admire Maud Gantois, enseignante au Casnav, venue faire passer des tests de niveau. Elle évalue, avec ses collègues, les 32 enfants scolarisés à Lille en primaire, pour mettre en place un enseignement renforcé du français adapté à leur situation. Soit en passant une journée ou une demi-journée dans une classe spécialisée, soit avec des heures supplémentaires de cours dispensées dans leur école, sur le temps du midi ou du soir.

D’après la mairie de Lille, onze élèves ukrainiens de plus devraient arriver dès jeudi. La pratique est habituelle : toute l’année, les établissements scolaires reçoivent des élèves allophones qu’elles accompagnent avec l’aide du Casnav. Roms, Afghans ou Américains. Avec les enfants ukrainiens – de bon niveau, car ils ont été à l’école dans leur pays –, le défi réside dans leur nombre, si l’exode se poursuit. Autre difficulté, l’apprentissage du français peut se compliquer si le projet familial reste flou. Maud Gantois le rappelle : «Apprendre la langue d’un pays, c’est vouloir s’y établir. Les familles ukrainiennes n’ont pas choisi de quitter leur pays, l’enfant va vivre dans l’espoir de repartir.»

«J’adore le voir sourire, ça me donne de l’espoir pour la guerre»

Evan, le deuxième Ukrainien scolarisé à Sophie-Germain, a 10 ans. Il est arrivé jeudi dernier, le 17 mars, en classe de CM2. Une bouille ronde et des lunettes de vue à la monture noire, il a des allures de nounours tendre. Sa ville, Bucha, dans la banlieue de Kyiv, a connu de violents combats. «C’est un enfant très gentil, juge Victoire, dans la même classe que lui. Ça se voit qu’il aime son pays, il m’apprend beaucoup de mots en ukrainien. J’adore le voir sourire, ça me donne de l’espoir pour la guerre.» Maud Gantois alerte : en entretien individuel, le garçon lui a expliqué que son frère de 19 ans n’avait pas quitté l’Ukraine. Il refuse de s’éloigner de son téléphone portable, qu’il consulte souvent. La directrice a autorisé, exceptionnellement, à ce qu’il le garde avec lui. «Cela le rassure», constate-t-elle. En espérant que cela ne durera qu’un temps.

Zeid, jeune élève syrien, arrivé en France en septembre 2020, dans la même classe qu’Evan, le comprend : «Je pensais aussi que j’étais tout seul. Je faisais quoi là, je ne le savais pas. Maintenant, je parle français, et c’est mieux.» Maud Gantois le rappelle : l’objectif, c’est le bien-être à l’école. «Il ne faut pas alimenter le sentiment de peur, l’enfant doit respirer à l’école. Etre un élève classique dans une école ordinaire.»

Stéphanie Maurice

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Guerre en Ukraine : "Même un bébé sent la guerre de manière épidermique", explique un psychologue

17 Mars 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Jeunesse, #Ukraine

Déjà 100 000 déplacés en Ukraine | Guerre en Ukraine | Radio-Canada.ca

Trois millions de personnes ont fui l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe, dont 1,4 million d'enfants. Franceinfo a interrogé le psychologue Philip Jaffé sur les répercussions psychologiques de cette guerre chez les plus jeunes.

A presque chaque seconde qui passe, un enfant en Ukraine devient un réfugié. Tel est la terrible estimation du porte-parole de l'Unicef. Ces 20 derniers jours, environ 1,4 million d'enfants ont été forcés de fuir le pays, soit environ 55 par minute, a annoncé James Elder lors d'un point de presse à Genève. Que comprennent-ils du conflit qui se joue ? Comment vivent-ils cet exil forcé ? Le psychologue Philip Jaffé, membre du comité des droits de l'enfant à l'ONU et du directoire du Centre suisse de compétence pour les droits humains (CSDH), apporte son expertise sur les conséquences psychologiques de la guerre pour les enfants.

Franceinfo : Quelle est la situation des enfants ukrainiens ?

Philip Jaffé : Malheureusement, les conflits se répètent et se ressemblent. La guerre en Ukraine n'est pas différente de celle qui se passe en Syrie, même si les conditions géopolitiques sont différentes. Au comité des droits de l'enfant (instance des Nations unies, NDLR), nous essayons de rappeler à l'Etat russe qu'il est signataire de la convention relative aux droits de l'enfant et qu'il a des obligations, qu'il ne respecte pas. En plus des bombardements, la Russie est aussi responsable du manque d'accès aux soins médicaux en Ukraine ou encore des écoles fermées.

En temps de guerre, les enfants se voient séparés de leurs activités quotidiennes, de leurs routines, de leurs loisirs. Soudainement, toute leur vie est complètement chamboulée.

"La première conséquence d'une guerre chez un enfant, c'est la disparition des sourires. Les jeux s'arrêtent, leur enfance leur est soustraite. Ils rencontrent parfois des troubles du sommeil, puisqu'ils dorment dans des conditions nouvelles. Des cauchemars peuvent arriver, les mines sont renfrognées." Philip Jaffé, psychologue à franceinfo

Pour les plus jeunes, il serait faux de les penser protégés par leurs capacités cognitives jugées inférieures aux adultes. Même un bébé sent la guerre de manière épidermique au contact de sa mère inquiète. On sait qu'à chaque étape du développement de l'enfant, des fondamentaux doivent se réaliser, or, pour les bébés, le sentiment de bien-être est perdu et ne peut pas être remplacé. Curieusement, un certain nombre d'enfants ont tout de même une capacité de résistance surprenante.

Quelles symptômes physiques peuvent survenir chez ces enfants ?

Dans tous conflits, avant même qu'une guerre ne se déclenche, les enfants réagissent à l'angoisse des adultes. Ils sont déjà marqués par l'atmosphère délétère. Ça les fragilise, ça les rend plus vulnérables. On entend souvent parler du syndrome de stress post-traumatique. Mais avant ça, il y a des symptômes légers à moyens. Ceux qui doivent alerter varient en fonction des âges. Les enfants qui se referment et qui ne parlent pas, qui deviennent ingérables sur le plan du comportement, en hyperactivité ou destructeurs, demandent une attention particulière. Il faut aussi faire attention à l'alimentation qui n'est plus digérée, à l'enfant qui ne mange plus… Il y a pléthore de signes.

C'est tout l'art d'une bonne gestion de la santé mentale : pouvoir les évaluer au cas par cas. Pour les enfants qui ont eu possibilité de quitter l'Ukraine dans des conditions moins urgentes, d'avoir été accueillis à l'étranger par des volontaires qui ne sont pas sur les rotules, le pronostic est meilleur, d'autant plus lorsqu'ils ne sont pas témoins directs des bombardements.

A quoi faut-il penser pour accueillir ces enfants dans les meilleures conditions possibles 

Pour les enfants qui arrivent en France ou en Suisse, par exemple, il faut qu'ils puissent retrouver des routines, des repas à heures régulières, un espace qui soit le leur.

"Même s'ils ne retrouveront pas leur appartement ou leur maison en Ukraine, il faut limiter la perte d'intimité. Les enfants doivent aussi rejoindre assez vite l'école, dès la maternelle, lorsque leur situation est stabilisée." Philip Jaffé, psychologue à franceinfo

Ils ont besoin de contacts sociaux, de pouvoir de nouveau se dépenser physiquement, de jouer, de rigoler même si à la maison, la situation est inquiétante. L'attention portée à la santé mentale de ces enfants est importante, avec éventuellement une intervention psychologique lorsque des critères la justifient. Il faut enfin réussir à maintenir le même degré de mobilisation dans le temps. Les familles ont besoin d'un soutien à long terme, avec la perspective de pouvoir rentrer en Ukraine.

Leur traumatisme peut-il s'inscrire dans le temps ?

Evidemment, pour certains enfants, les effets de la guerre en Ukraine seront perceptibles à très long terme. Il y aura des enfants qui deviendront des adultes perturbés à tout jamais. C'est peut-être le cas des enfants qui avaient des vulnérabilités avant le début de la guerre.

"Mais si on soutient bien les familles, s'ils sont rassurés sur le devenir des gens restés en Ukraine, certains ne devraient retrouver aucune trace du traumatisme à moyen et long terme." Philip Jaffé, psychologue à franceinfo

A l'issue de la Seconde Guerre mondiale, on s'est dit que les populations civiles seraient traumatisées à tout jamais. Dans les faits, la vaste majorité a su gérer les souvenirs douloureux et a renoué avec la joie de vivre.

Propos recueillis par Eloïse Bartoli

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"Nous sommes contre la guerre !" - Lettre ouverte de 4 000 universitaires, étudiants et diplômés de la prestigieuse Université d'État de Moscou

14 Mars 2022 , Rédigé par Facebook Publié dans #Université, #Ukraine

L'Université Lomonosov 2 – Moskva Accueil
Près de 4 000 universitaires, étudiants et diplômés de la prestigieuse Université d'État de Moscou, la plus ancienne université de Russie, ont signé une lettre disant qu'ils « condamnent catégoriquement la guerre que notre pays a déclenchée en Ukraine ».La lettre dit :
Nous, étudiants, étudiants diplômés, enseignants, membres du personnel et diplômés de la plus ancienne université de Russie, l'Université d'État de Moscou nommée en l'honneur de M.V. Lomonosov, nous condamnons catégoriquement la guerre que notre pays a déclenchée en Ukraine.
La Russie et nos parents nous ont donné une éducation solide, dont la vraie valeur réside dans le fait d'être capable d'évaluer de façon critique ce qui se passe autour, de peser les arguments, de s'entendre et d'être fidèles à la vérité - scientifique et humaniste. Nous savons comment appeler un chat un chat, et nous ne pouvons pas nous mettre de côté.
Agir au nom de la Fédération de Russie, que ses dirigeants qualifient d'"opération militaire spéciale", c'est la guerre, et dans cette situation, il n'y a pas de place pour les euphémismes ou les excuses. La guerre est la violence, la cruauté, la mort, la perte des êtres chers, l'impuissance et la peur qui ne peuvent être justifiées par aucun but. La guerre est l'acte de déshumanisation le plus cruel qui, comme nous l'avons étudié dans les murs des écoles et de l'université, ne devrait jamais être répété. Les valeurs de la vie humaine absolue, de l'humanisme, de la diplomatie et de la résolution pacifique des contradictions, que nous avons absorbées à l'université, ont été piétinées et jetées en un instant, lorsque la Russie a envahi traîtreusement le territoire de l'Ukraine. La vie de millions d'Ukrainiens est menacée chaque heure depuis l'invasion des forces militaires de la Fédération de Russie en Ukraine.
Nous exprimons notre soutien au peuple ukrainien et condamnons catégoriquement la guerre que la Russie a déclenchée contre les Ukrainiens.
En tant que diplômés de la plus ancienne université de Russie, nous savons que les pertes infligées pendant les six jours d'une guerre sanglante – tout d'abord humaine, mais aussi sociale, économique, culturelle – sont irréparables. Nous savons aussi que la guerre est une catastrophe humanitaire, mais nous ne pouvons imaginer la profondeur de la blessure que nous, peuple russe, infligeons au peuple ukrainien et à nous-mêmes en ce moment.
Nous exigeons que les dirigeants russes cessent immédiatement le feu, quittent le territoire de l'État souverain de l'Ukraine et mettent fin à cette guerre honteuse.
Nous demandons à tous les citoyens russes qui se soucient de son avenir de rejoindre le mouvement de paix.
Nous sommes contre la guerre !
 
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En Ukraine, les écoles restent fermées, la rentrée se fera à distance

14 Mars 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Ukraine

Un sifflement, puis une explosion » : un bombardement frappe un jardin  d'enfants en Ukraine.

Malgré l’invasion russe, l’école va reprendre lundi en Ukraine. Mais à distance : pour les élèves qui le peuvent, les cours se feront derrière un ordinateur.

La guerre en Ukraine s’inscrit dans un temps long, c’est pour cette raison que le ministère de l’Education a demandé à toutes les écoles de reprendre les cours dès lundi, pour celles qui le peuvent, mais en distanciel pour le moment. Ce sont des classes virtuelles qui vont donc reprendre pour les élèves et les professeurs, alors que beaucoup sont partis à l’étranger. 

Dans cette école, tout semble s’être figé au 23 février, dernier jour où les élèves sont venus en classe. Leurs casiers sont encore occupés par des sacs, des vestes, des chaussures. Dans cette école privée, la directrice Tatiana Piétra Kévitch a hâte de retrouver, même à travers un écran, ses 90 élèves : "Rester en contact avec leur camarade de classe, avec leur professeur, cela crée un impact psychologique positif sur eux. Ils ne s’éloignent pas trop d’une réalité quasi normale." 

Le sous-sol de l'école comme abris pour les habitants

Un élève et un professeur sur deux ont quitté la ville d’Odessa, certains sont dans d’autres régions d’Ukraine, d’autres à l’étranger. Il y a en Croatie, en Pologne, en Roumanie, même en Espagne. La classe d’Anna Mudra est devenue très cosmopolite, cette professeur de français fera elle-même ses cours depuis Paris, où elle s’est réfugiée chez un ami. Rester en contact avec ses élèves lui tenait à cœur.

"Il faut que les enfants pensent à autre chose qu’à cette vilaine guerre qui se passe chez eux."

Cette école d’Odessa dispose d’un sous-sol bien aménagé, avec une cuisine, des toilettes et de l’espace pour y stoker de la nourriture. Tant que les élèves ne pourront pas revenir, cet abri servira aux habitants du quartier.

Vanessa Descouraux

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En Ukraine, une enfance sous les bombes

14 Mars 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Jeunesse, #Ukraine

Guerre en Ukraine: élan de solidarité pour les réfugiés en Pologne -  Nice-Matin

Au moins 71 enfants ont perdu la vie depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février, dans un conflit où les forces russes bombardent sans hésiter des zones d’habitation, indistinctement, y compris écoles et maternités. De Kyiv à Jytomyr en passant par Odessa et la frontière polonaise, «Libération» raconte leur quotidien et leurs traumatismes.

Ils viennent grossir les rangs des centaines de milliers de réfugiés qui fuient l’Ukraine en guerre. Quand ils ne sont pas terrés dans les caves, les stations de métro, les abris de fortune des villes bombardées par l’armée russe. Les soldats de Vladimir Poutine n’épargnent personne, surtout pas les enfants, comme ils viennent de le démontrer en bombardant, mercredi, l’hôpital pédiatrique de Marioupol. L’attaque, qui a fait trois morts dont une fillette, a suscité une vague d’indignations et de condamnations internationales.

Les établissements accueillant des enfants sont bombardés par le régime russe, qui vise sans hésiter des zones d’habitation, indistinctement. Selon Liudmyla Denisova, chargée des droits humains auprès du Parlement ukrainien, au moins 71 enfants ont été tués en Ukraine, et plus de 100 blessés, depuis le début de l’offensive russe le 24 février. Un premier bilan probablement sous-estimé puisque peu d’informations nous proviennent de villes lourdement frappées comme Marioupol ou Kharkiv.

Réunis le 4 mars, les ministres européens en charge de l’enfance, ont rappelé l’évidence : «Lors des conflits armés, les enfants sont toujours les plus vulnérables.» L’Ukraine ne fait pas, hélas, exception. Les représentants ont tenu à souligner qu’une «génération d’enfants est privée, sur notre continent, de l’accès à ses droits les plus élémentaires». Avant d’alerter sur les «conséquences à long terme» d’un conflit qui pourrait durer. Libération est allé à la rencontre de ces jeunes plongés dans la guerre, jetés sur les routes de l’exil, «devenus en deux semaines des adultes».

La panique sur le quai de la gare de Kyiv

Sacha, 5 ans, n’a pas compris que son pays était en guerre. Il vit dans une tour du centre-ville de la capitale ukrainienne. A chaque sirène, à chaque fois qu’il faut quitter l’appartement du 17e étage et rejoindre le sous-sol pour s’abriter, ses parents lui racontent qu’un gros nuage arrive et qu’un ouragan approche. Ils disent qu’ils resteront à Kyiv tant que les bombardements ne sont pas trop intenses et qu’il les croira.

Ce sont d’autres visages d’enfants, parfois paniqués, souvent en pleurs ou le regard perdu, très rarement souriants que l’on croise à la gare. Ils sont avec leurs parents, ou leur mère seule. Ils n’ont emporté qu’un sac, souvent un jouet, quelques-uns une cage, avec leur chat ou leur cochon d’Inde emmitouflé dans une serviette. Dans la cohue de l’exil et des quais saturés des trains qui partent vers l’ouest, des parents expliquent les nuits précédentes sans sommeil, entrecoupées par les glaçantes sirènes d’alerte, les pleurs incessants et l’incompréhension de leurs enfants quand ils ont expliqué que «les Russes attaquaient le pays».

Après deux semaines de guerre, Kiev est en train de se vider de ses enfants. Dans la rue Kirillovka, dans le quartier de Podil, le jardin d’enfants Tapalapa reste pourtant ouvert. «Nous accueillons d’ordinaire douze enfants, seulement deux familles sont restées à Kyiv», explique Marina Gulman, 36 ans, directrice adjointe de la crèche, qui reste ouverte pour ces deux gamins, et où tout le personnel loge à la cave depuis quinze jours. La pédagogue comprend le choix des parents, car elle avait déjà noté le changement de comportement des enfants avant même le début du conflit. «On a vu débarquer le petit Vania, 6 ans, qui n’arrêtait pas de parler de Poutine et du Covid à tous les autres enfants.» Puis les premiers bombardements ont aggravé la situation. «A 2 ans, les petits ne comprennent pas les sirènes, mais ils voient leurs parents qui sont dans tous leurs états, et c’est là qu’ils se mettent à stresser», poursuit Marina. «On remarque plusieurs symptômes de stress face à la guerre : les enfants se mettent à courir en rond, sont hyperactifs, n’arrivent pas à se concentrer, perdent leur structuration ou se réfugient dans les écrans mobiles, ils sortent de la réalité», explique Marina Gulman.

A Jytomyr, des ados à l’affût

Sacha, Edik et Vova, 15 ans tous les trois et les mêmes vêtements – baskets, survêtement et anorak – marchent d’un pas lent devant l’école numéro 25 de Jytomyr, à 150 kilomètres à l’ouest de Kyiv. Ils ne la regardent pas vraiment, ils discutent dans le vent glacé. L’école numéro 25 n’est que débris : toit explosé, façade en lambeaux de béton et fenêtres arrachées. Edik réfléchit quand on lui demande quand elle a été bombardée. «Il y a quatre jours», finit-il par dire. Ses deux amis acquiescent. C’était en réalité deux jours plus tôt, le vendredi 4 mars. Il raconte qu’il était chez lui quand le missile russe a frappé, que sa maison a tremblé, que la panique avait gagné les rues. Il parle calmement, comme si la destruction de l’école était sinon normale, du moins peu surprenante. La guerre a commencé deux semaines plus tôt, une éternité pour les adolescents d’une ville frappée chaque jour depuis par des bombardements aériens ou des missiles de croisière lancés depuis le Bélarus voisin.

Les trois amis ne le cachent pas : s’ils le pouvaient, ils rejoindraient les forces territoriales, ces bataillons de civils qui appuient l’armée ukrainienne. Ce n’est pas de la vantardise, leur père, leurs grands frères, leurs oncles, tous l’ont fait. Eux sont trop jeunes, ils n’ont pas 18 ans. A la différence d’autres conflits, en Syrie ou en Afghanistan, on ne voit pas d’enfants soldats dans les rues de Jytomyr ou de Kyiv. Sacha, Edik et Vova n’ont pas le droit de porter une arme mais ils tentent de se rendre utiles face à l’envahisseur. Ils surveillent leur quartier, à l’affût des visages inconnus et donc suspects, traquent les marques, des croix encerclées, que des soldats ou agents de renseignement russes infiltrés ont laissé devant les bâtiments à bombarder. Ils sont calmes et déterminés. «Nous ne voulons pas des Russes ici, ils n’ont aucune chance», dit Edik.

A Odessa, le signe de la victoire

Pour mettre les enfants à l’abri, quand elles le peuvent, les mères s’en vont avec leur progéniture. Jeenya Kim, une énergique trentenaire résidant à Mikolaïv, ville du sud-ouest du pays attaquée depuis plus de dix jours par l’armée russe, a lancé des convois routiers d’évacuation par la route. «Je voulais sauver autant d’enfants que possible pour reconstruire le pays. Je veux croire qu’il existe un futur pour [l’Ukraine]», disait-elle, mercredi.

Cinq autocars s’apprêtaient à partir du front pour gagner Odessa, sous la menace des canons du Kremlin. A l’intérieur des bus, les plus jeunes se ruent sur leur téléphone, malgré les tirs d’artillerie au loin et la sirène qui retentit soudain. Un ado regarde un match de basket. Une jeune fille, au visage perlé de taches de rousseur, s’abrutit de musique dans ses écouteurs, en regardant dehors. Un bébé sourit aux inconnus. Un autre pleure dans le fond.

Odessa, leur destination, ne sera que temporaire. Ils repartiront vers l’ouest du pays ou l’étranger. La grande ville portuaire du sud-ouest de l’Ukraine s’est elle-même déjà vidée d’un cinquième de son million d’habitants. Dans les rues, calmes mais pas désertes, les enfants sont rares. On surprend une gamine en train de faire de la balançoire avec ses parents, dans le square de la rue Deribasovskaya. La sirène ne les inquiète pas.

Dans le froid en Pologne

Eux viennent de quitter l’Ukraine, mais ils ne sont pas près de sortir de la guerre. Il y a une semaine, des avions russes ont bombardé des immeubles à Kyiv tout près de chez Liev, un taiseux brun de 15 ans et de Daniella, sa sœur, une ado de 14 ans au visage poupin. Ils affirment que ce jour-là, leur mère était plus anxieuse que jamais. Quand les détonations ont fait trembler les murs de leur appartement, elle a fait un arrêt cardiaque. Personne n’a pu la réanimer. Elle est morte dans leurs bras. Leur tante Irina leur a demandé de remplir un sac de vêtements chauds et de se préparer à fuir. Pas le temps de penser au deuil, ils ont traversé tout le pays en bus et à pied pour arriver dans le froid à la frontière polonaise, à Medyka, l’un des principaux points d’entrée en Europe. Ils iront ensuite jusqu’à la capitale polonaise où Irina a prévu de les inscrire dans une école ukrainienne. Leur père, lui, est resté à Kyiv. «Ce sont des adultes maintenant, estime la femme, une petite blonde aux yeux bleus perçants. Depuis deux semaines, tous les enfants d’Ukraine sont devenus des adultes.»

A la frontière polonaise, des milliers d’enfants affluent chaque jour. Des petites silhouettes enveloppées dans des couvertures épaisses. Que garderont-ils de tout cela ? Des parents grimacent : «Nous, ça va, mais eux…» Ils s’inquiètent et interrogent les bénévoles qui leur proposent d’être pris en charge dans un autre pays européen : «Pourront-ils aller à l’école ?»«Est-ce qu’ils pourront s’inscrire au sport ?»

Certains jeunes ressassent encore le traumatisme de la guerre : les immeubles détruits, les nuits passées dans des abris, les blessés… Anna, 8 ans, tremble de tout son corps. Ses parents ne trouvent plus de mots pour la rassurer. Elle s’est murée dans le silence. Alors, ils la conduisent au poste de secours.

Ourson policier

Au sein des fratries, de nombreux aînés, des ados, se sentent investis d’un nouveau rôle : en l’absence des pères, des grands frères, ils s’improvisent chef de famille. Egor, 15 ans, parcourt les rangées de tentes installées pour les réfugiés. Il se tient droit comme un «i». L’ado porte les sacs de sa petite sœur de 9 ans. Un bus a déposé sa famille à quelques kilomètres de là, ils ont dû terminer leur route à pied dans la nuit glaciale. Près d’un feu crépitant dans un baril en ferraille, il lâche toutes les affaires au sol. Serein, le brun à la voix fluette glisse : «Nous allons en Allemagne. Là-bas, je n’irai pas à l’école, je vais m’occuper de tout ça.» Il veut dire ses proches. Sa mère sourit avec tendresse et tempère. Pour l’instant, ils ignorent encore tout de ce qui les attend là-bas. Puis, Egor redevient un enfant : «Je veux rentrer à la maison», souffle-t-il.

Quelques kilomètres plus loin, au centre commercial de Mlyny, où de nombreuses familles sont transférées pour trouver un peu de repos avant de reprendre leur exode, la police a déployé une mascotte. Un ourson géant qui porte un képi et un gilet jaune sur lequel est inscrit «Police». C’est la star des bambins : il ne peut pas faire trois mètres sans être arrêté pour un selfie. Sur leur parcours, les enfants piochent dans d’immenses cartons de jouets qui affluent de toute l’Europe. Dans les allées, d’autres courent dans tous les sens, tapent dans des ballons, jouent avec des petites voitures. Ils se font des nouveaux copains aussi, des petits voisins de campement venus de tout le pays. Une maman toise son enfant, rassurée : «Ça fait du bien de l’entendre rire.»

par Luc Mathieu, Envoyé spécial à Kyiv et Jytomyr (Ukraine), Pierre Alonso, Envoyé spécial à Odessa et Mikolayiv (Ukraine), Stéphane Siohan, correspondant à Kyiv et Gurvan Kristanadjaja

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