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Vivement l'Ecole!

sociologie

Je suis un accident sociologique mais pas votre alibi ...

25 Juillet 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Sociologie

Je suis un accident sociologique mais pas votre alibi ...

Raconter son parcours quand on est transclasse, soit. Mais autant ne pas piétiner la sociologie au passage. Se livrer dans ces récits de vie sans rappeler le poids des déterminismes sociaux, politiser la question et interroger l’incapacité de notre système scolaire à être autre chose qu’une machine à reproduire les inégalités, cela n'a pas vraiment de sens.

Pierre Bourdieu n’aimait pas trop la télévision. Ironiquement, celle-ci va lui offrir une magnifique illustration de son œuvre. Un dimanche soir, j’ai été captivée par un documentaire fort intéressant, Les bonnes conditions, diffusé sur Arte.

Fort intéressant car il raconte la vie de six jeunes élèves de Terminale de Victor Duruy, seul lycée public du très chic VII ème arrondissement. Entre 2006 et 2013, ceux-ci racontent leurs projets de vie et d’avenir.

Ce film d’une heure et demie, visible ici sur YouTube, réalisé par Julie Gavras -elle aussi fille de mais passons- nous offre donc une merveilleuse incarnation du livre de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers, paru en 1964 mais toujours d’une acuité parfaite (à l’exception des chiffres). 

Ce documentaire raconte comment les héritiers sont toujours dans la place, bien décidés à se complaire dans cette reproduction sociale infinie. Cette armée de gens bien nés et rien n’est de leur faute à ces individus, je parle du système  va prendre d’assaut les meilleurs postes et positions sociales. 

Sans trop de suspense, à la fin ce sont les riches qui gagnent, et ils vont réussir à intégrer des classes préparatoires prestigieuses. Mais là n’est pas le plus saisissant. Ces enfants privilégiés ne réalisent jamais à quel point ils le sont. Une des héroïnes du documentaire est par exemple persuadée d’avoir retapé par ses propres moyens un appartement de 40 m2 donné par sa grand-mère. Elle mentionne toutefois avoir été aidée par un ouvrier, un léger détail.

Cette anecdote illustre à quel point le privilège peut se vivre dans l’aveuglement total. Ces jeunes semblent inconscients du capital social, financier et culturel dont ils bénéficient sans même l’avoir demandé. Illustration de l’habitus.

Ce documentaire est aussi fascinant parce qu’il parvient à dessiner cette absence de doute chez ces jeunes bien nés. Leur champ des possibles est infini et ils le savent. Il y aura toujours un ami de Papa qui pourra corriger le tir si par hasard Junior faisait une sortie de route.

Bien entendu, ils ne sont pas imperméables aux coups durs, aux décès ou aux problèmes de santé mentale. Mais qui grandit dans un quartier populaire n’est pas non plus immunisé face aux drames ou aux troubles dépressifs. L’idée n’est pas d’opposer les situations de manière manichéenne mais de pointer que les biens-nés, quoiqu’ils fassent, bénéficient de tous les atouts pour réussir leur vie professionnelle et matérielle au moins.

Ce film m’a fait penser à un autre documentaire, vu récemment, à l’opposé du spectre social. Cette fois, l’histoire se passe de l’autre côté du périphérique, comme disent les journalistes paresseux. Un tout autre enjeu se noue. Dans Les défricheurs, de Mathieu Vadepied et Fabien Truong (les travaux de ce sociologue sur la mobilité sociale sont à lire par ailleurs) visible ici jusqu’à la fin du mois, on suit des jeunes de Seine-Saint-Denis. Ces derniers sont pétris d’hésitations sur leur avenir. Ils craignent de se projeter au-delà du baccalauréat par peur d’être déçus. Des jeunes passés par là plus tôt, reviennent pour motiver les uns et les autres. Car une forme de fatalisme point.

Le contraste entre les deux documentaires est frappant. Les jeunes de quartiers populaires sont moins assurés, s’expriment moins bien que leurs homologues aisés.

(…)

Faïza Zerouala

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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"Egalité ou inégalité des chances en matière d'éducation ?" Pierre Bourdieu répond aux auditeurs...

4 Juin 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Sociologie

"Egalité ou inégalité des chances en matière d'éducation ?" Pierre Bourdieu répond aux auditeurs...

1977 |"Ne quittez pas l’écoute" : en 1977, Pierre Bourdieu était interrogé par Françoise Malletra et les auditeurs de France Culture sur la sociologie ainsi que l'égalité ou l'inégalité des chances en matière d'éducation, un dialogue diffusé pour la première fois le 26 septembre 1977.

En 1977, Pierre Bourdieu, directeur du "Centre de sociologie européenne", directeur de la revue Actes de la recherche en sciences sociales, répondait aux auditeurs de France Culture sur le thème "Egalité ou inégalité des chances en matière d'éducation".

Il donnait sa définition du sociologue, de ses fonctions et de sa place dans la société. Il analysait la responsabilité de l'école dans l'éducation ainsi que l'accélération de la prise de conscience de l'inégalité des chances en matière d'éducation depuis 68 et la reconsidération de l'intelligence en tant que facteur de réussite sociale. Il insistait sur l'impossibilité pour le sociologue de redéfinir entièrement une société. Il revenait sur la conception de l'individu et de l'action individuelle dans la sociologie moderne et la concurrence complémentaire pour le même objet entre psychanalystes et sociologues. Sur la sociologie il disait : 

La sociologie ne conduit pas au fatalisme du tout, elle donne des armes pour une action rationnelle sur le monde social [...] elle donne plus de chances d'agir avec une prévision raisonnable des conséquences de ce qu'on fait... et avec moins de chances, par conséquent, d'être récupéré par le système. Les gens qui entreprennent des actions sans savoir la force du système contribuent toujours à renforcer le système, parce qu'il n'y a rien de pire qu'une expérience récupérée. 

  • Ne quittez pas l’écoute - Pierre Bourdieu
  • Les après midi de France Culture - 1ère diffusion : 26/09/1977
  • Indexation web : Documentation sonore de Radio France
  • Archive Ina-Radio France

Philippe Garbit

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Marie-Hélène Bacqué : «Les inégalités sociales se sont aggravées et racialisées»...

31 Mai 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Sociologie

La sociologue Marie-Hélène Bacqué raconte l’étalement urbain le long du RER B, où la ségrégation sociospatiale a explosé. Les habitants redoutent que le Grand Paris Express ne se fasse sans eux.

Professeure d’études urbaines à l’université Paris-Ouest-Nanterre, Marie-Hélène Bacqué publie Retour à Roissy. Un voyage sur le RER B(photographies d’André Mérian, Seuil), récit inspiré des Passagers du Roissy-Express(Seuil), écrit trente ans plus tôt par l’éditeur François Maspero.

Qu’est-ce qui a motivé votre voyage ?

Je fais partie des lecteurs qui ont été marqués par l’ouvrage de François Maspero et Anaïk Frantz. Au printemps 1989, année du bicentenaire de la Révolution française, la «politique de la ville» se structurait en réponse aux premières émeutes dans les quartiers dits «difficiles». La mission Banlieue 89 engageait une série de projets urbains avec une promesse de changement. A l’époque, ces territoires sont encore très peu connus. Maspero entreprend d’aller voir la «vraie vie» au-delà du périphérique et d’un Paris qui s’embourgeoise. Presque trente ans après, j’ai voulu refaire ce voyage alors que se pose à nouveau la transformation de la banlieue parisienne avec la mise en œuvre du Grand Paris. En 2017, les inégalités ont explosé, et les interrogations sur les effets de ces projets d’ampleur ne manquent pas.

Le paysage s’est-il transformé ?

Le développement périurbain a transformé les territoires les plus éloignés de Paris. On trouve autour de Roissy une mosaïque sociale faite de petits lotissements, comme dans le village de Gressy, où les classes moyennes et supérieures veillent à protéger leur territoire de la densification urbaine. Ce type de commune cohabite avec des centres-bourgs peuplés d’employés de la zone aéroportuaire, pour beaucoup venant de l’immigration. On est donc loin d’un paysage social et urbain uniforme comme tendent à le montrer certaines représentations du périurbain. Cet étalement urbain s’est fait au détriment des terres agricoles. Cette évolution interroge l’avenir de la métropole dans son rapport à la nature. Dans la banlieue des 1ère et 2e couronnes, la rénovation urbaine a transformé les grands ensembles, et les 3 000 à Aulnay ou les 4 000 à La Courneuve ne sont plus les mêmes quartiers que ceux visités par Maspero et Frantz. Il y a eu des démolitions, des espaces ont été privatisés, «résidentialisés» comme le disent les architectes.

Comment les inégalités sociales ont-elles évolué ?

La ségrégation sociospatiale est toujours là, elle s’est même aggravée dans les quartiers les plus pauvres où la précarité s’est installée. La population s’est aussi diversifiée du point de vue des origines et des parcours migratoires. Les populations étrangères étaient déjà présentes il y a trente ans mais depuis, ces territoires ont accueilli plusieurs vagues d’immigrations venant d’Afrique subsaharienne, de Chine, d’Inde, du Pakistan ou de pays de l’ancien bloc l’Est. On peut dire que les inégalités sociales se sont racialisées, avec des effets forts de stigmatisation des minorités visibles, pour beaucoup françaises, depuis une, deux, parfois trois générations. Une société multiculturelle existe de fait alors que la capitale, au contraire, se lisse et s’homogénéise, et cela s’exprime tant dans les expressions culturelles que dans les échanges économiques, formels ou informels.

Cette cohabitation prend-elle la forme d’une dynamique territoriale indépendante de Paris ?

Tandis que Paris se protège et s’aseptise, la banlieue nord, surtout, a vu émerger des initiatives conduites en particulier par des jeunes et des femmes qui s’auto-organisent. Mais il faut aussi rappeler que la banlieue rouge a constitué, en son temps, une forme d’organisation de la société locale, tout contre l’Etat, dans les deux sens du mot «contre».

Au-delà du périphérique, les mobilisations individuelles et associatives créent des nouvelles formes de solidarités. On découvre des luttes locales de militants attachés à leur territoire, comme à la Butte-Rouge à Châtenay-Malabry où les habitants se mobilisent contre la destruction de leur cité-jardin, ou à Aulnay-sous-Bois, contre la démolition du Galion, bâtiment qui accueillait des logements et un centre commercial. Les associations locales contribuent aussi à faire tenir le tissu social, là où l’Etat tend à se désengager, par des activités quotidiennes, peu visibles, d’aide au devoir, d’accueil périscolaire, de créations culturelles.

Vos observations vont à l’encontre de certaines idées reçues sur la banlieue, comme celle de la place des femmes qui serait plus réduite qu’ailleurs.

Les femmes sont très actives dans ces territoires. Elles officient dans des associations de quartiers qui font tenir un fragile maillage social. Ce sont aussi souvent elles qui pourvoient des emplois dans les crèches, les guichets de la RATP, dans les services d’accueil ou de nettoyage des hôtels. Certes, dans certains quartiers les espaces publics sont marqués par une forte présence masculine, et les inégalités de genre sont patentes. Mais ces rapports d’inégalités ne sont pas spécifiques à ces territoires ni à ces populations. Ils caractérisent l’ensemble de la société française, sous des formes diverses. Assigner les femmes à un seul rôle de dominées et ne les voir qu’à travers ce filtre, c’est occulter leurs capacités d’agir, pourtant bien réelles, et ne pas reconnaître leur rôle social.

J’ai aussi été frappée par la présence du religieux, qui ne concerne pas que l’islam. Les évangélistes, dont on parle très peu, sont également très présents. Les catholiques aussi. L’église de la Plaine-Saint-Denis accueille des populations très diverses, africaines, asiatiques. Ne voir le fait religieux qu’à travers la question de l’islam, et bien souvent de l’islam radical, c’est oublier la diversité des cultes qui vivent sur un même territoire et leur rôle dans les formes de sociabilité.

Peut-on espérer que le Grand Paris désenclave ces banlieues ?

Les conséquences ne seront pas les mêmes en fonction des territoires. Le Grand Paris Express va sûrement avoir des effets de désenclavement dans certaines communes. A Clichy et Montfermeil l’arrivée d’une ligne de métro ou d’un tramway permettra aux habitants d’accéder plus rapidement non seulement à Paris mais aussi à d’autres territoires du reste de la banlieue.

Il ne faut pas non plus s’attendre à un mouvement linéaire de gentrification qui s’étende comme une nappe d’huile de Paris vers la banlieue. Plusieurs de nos rencontres bruissent d’inquiétude dans l’attente de ce projet qui se fait encore une fois sans les principaux intéressés. Il émane même de certains jeunes une forme de nostalgie de ce qu’était leur quartier avant la rénovation urbaine. Ils ont parfois 18 ans et ne se retrouvent déjà plus dans leur ville qui est en train de se recomposer devant eux mais sans eux. Cette nostalgie se nourrit de regrets, sans projection vers l’avenir.

Simon Blin

Marie-Hélène Bacqué

 

Retour à Roissy. Un voyage sur le RER B Seuil, 352 pp., 23 €.

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Ce que James Baldwin nous apprend du racisme français...

25 Mai 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Littérature, #Sociologie

EXTRAITS

[Tribune] Il est temps de penser le racisme à la française, de raconter son histoire, de déchiffrer ses codes et d’analyser ses concepts afin de ne plus transmettre l’ignorance volontaire.

James Baldwin, remis au goût du jour par le documentaire de Raoul Peck, I Am Not Your Negro, et dont Gallimard a publié le mois dernier une nouvelle édition de Notes of a Native Son (Chroniques d’un enfant du pays, traduit par Marie Darrieussecq), a des choses à nous dire aussi sur notre époque et sur le racisme made in France.

Dans l’avant-dernier texte de ce recueil, intitulé ironiquement «Equal in Paris», Baldwin raconte l’affaire du drap de lit: son arrestation pour vol en décembre 1949, son dialogue kafkaïen avec les policiers venus l’interpeller, son séjour à Fresnes, son passage devant le juge, conclu par un non-lieu. Dans la salle d’audience, le sang du jeune Baldwin se glace lorsqu’il réalise «l’amusement» suscité par son aventure et ses démêlés avec la justice. «Il était inévitable que cette bonne humeur me rappelât les rires que j’avais entendus si souvent chez moi.» Ces rires, écrit-il, sont ceux des privilégiés qui se considèrent à l’abri de la misère et pour qui la souffrance de la vie n’est pas réelle. Baldwin était parti en France dans l’espoir d’y échapper. À Paris, il découvre au contraire l’universalité du regard porté sur lui. Baldwin comprend qu’il lui faudra vivre partout avec «ce rire qui ne s’arrête jamais» –et il devient Baldwin.

Soixante-dix ans plus tard, le racisme est souvent vu en France comme un objet lointain, étranger, obsolète, neutralisé –un colis suspect sous sa cloche, qui ne risque plus de nous faire du mal. C’est un monstre ancien que l’Histoire et la République, droits de l’Homme en étendard, ont terrassé il y a longtemps sur le territoire national. Pourquoi donc remuer la boue du passé, agiter les ombres de la mémoire? Qu’on nous laisse, Français, aller de l’avant, progresser la conscience claire. Voudrait-on nous diviser? Saper les piliers d’une société déjà affligée de mille et une fractures en y distillant le poison du communautarisme?

(...)

La littérature, autant que l’Histoire, offre une arme puissante contre les préjugés: parce qu’elle nous amène à nous interroger sur nous-même tout en nous invitant, par le jeu de l’identification, à regarder le monde à travers des yeux qui ne sont pas les nôtres. En lisant Baldwin, comme d’autres, on comprend qu’on ne peut pas construire un avenir commun sans savoir d’où l’on vient. Il nous appartient de penser le racisme à la française, de raconter son histoire, de déchiffrer ses codes dans les différents arts, d’analyser ses concepts dans les différentes disciplines. En cessant de croire qu’on nous accuse d’être raciste, nous finirons peut-être par ne plus avoir et ne plus transmettre l’ignorance volontaire qui rend possible le racisme.

Questionner notre innocence, quitter l’état d’innocence, c’est aussi se faire violence. Mais comment imaginer une nouvelle rencontre avec l’Autre sans ouvrir la réflexion sur les angles morts que notre bonne conscience insère dans le récit historique?

Julien Suaudeau

La tribune est à lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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Des privilégiés ? Que répondre à votre beau-frère qui vous bassine sur les fonctionnaires...

19 Mai 2019 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Sociologie

Des privilégiés ? Que répondre à votre beau-frère qui vous bassine sur les fonctionnaires...

EXTRAITS

Sacré Jean-Claude ! Après nous avoir gâché nos déjeuners en famille en disant n'importe quoi sur les 35 heures, le "grand remplacement" ou Notre-Dame-des-Landes, voici qu'il s'excite à l'approche d'une nouvelle manifestation de fonctionnaires. "Quoi, ces feignants qui défendent leurs privilèges !" Vous n'avez pas un amour sans limite pour la fonction publique (normal, vous avez raté les concours) mais tout de même, vous aimeriez bien quelques arguments chiffrés. C'est parti, en six étapes. 

1"Les fonctionnaires sont trop nombreux"

Ce que l'on peut répondre à Jean-Claude : moins qu'en Suède ou au Danemark !

La fonction publique représente 5,67 millions d'agents en 2016, soit 21% de l'emploi en France. Si l'on tient compte des travailleurs à temps partiel, c'est l'équivalent de 5,2 millions de postes à temps plein.

C'est vrai, leur nombre a augmenté. En 1998, ils étaient encore 4,7 millions. 20% de plus en 20 ans, ce n'est pas rien, mais ce chiffre doit être relativisé car la population française a augmenté de 11% sur la même période. Y compris le nombre de malades. Allez demander aux infirmières si elles sont assez nombreuses ! (Sources : Insee, ministère de la Fonction publique)

C'est dans la fonction publique territoriale que les effectifs ont le plus gonflé : un tiers en plus, d'après la Cour des Comptes. Et ce n'est pas seulement parce que l'Etat a décentralisé de nouvelles compétences aux départements et aux régions, puisque ce sont les communes et intercommunalités qui ont le plus recruté sur la période. 

Mais avons-nous plus de fonctionnaires que nos voisins européens ? Sur le papier, la réponse est oui, il y a plus de fonctionnaires en France, 86 pour 1.000 habitants, davantage qu'en Allemagne (60). Mais attention à ne pas comparer des choux et des carottes ! Par exemple outre-Rhin, les personnels des hôpitaux ne sont pas comptabilisés dans la fonction publique... 

Le chercheur Xavier Timbeau, de l'OFCE, propose un modèle pour nous comparer à nos voisins en totalisant l'ensemble des travailleurs des services publics : administration, santé et éducation, quel que soit leur statut (public et privé). Le magazine "Alternatives économiques" fait état de ses travaux ici. On y voit qu'avec 126 personnes pour 1.000 habitants, la France est à un niveau comparable au Royaume-Uni, au Canada, à l'Allemagne ou à la Finlande. Avec tout de même une surreprésentation de l'administration, pour nettement moins de salariés dans l'éducation. Quant aux fonctionnaires au statut, ils sont moins nombreux en France qu'en Suède, au Danemark ou en Finlande.

Ajoutons que le nombre de fonctionnaires n'est pas une difficulté en soi, s'ils rendent des services publics performants au meilleur coût. Mais parlons coût, justement.

(...)

3"Ils travaillent moins"

Ce qu'on peut répondre à Jean-Claude : ils font largement leurs 35 heures !

Il y a les chiffres, et il y a la réalité de métiers souvent très spécifiques. Commençons par des moyennes. Les vacances ? 29 jours dans le privé, 34 dans la fonction publique hospitalière, 38 dans la fonction publique territoriale, 42 jours dans la fonction publique d'Etat (hors enseignants), et 56 en comptant les enseignants (chiffres 2015, selon la Dares).

Pour tenir compte de cette différence de congés payés, mais aussi des RTT dans le privé, regardons le temps de travail annuel. 35 heures par semaine représentent 1.607 heures par an... mais tout le monde les dépasse, dans le privé comme dans la fonction publique ! Nous travaillons 1.726 heures dans le privé et 1.636 heures dans le public (hors enseignants). Soit un écart de 5,5%. Dans l'ensemble, les Français à temps plein travaillent 1.691 heures par an, selon la Dares (chiffres 2016). C'est l'équivalent de 39,1 heures par semaine.

C'est plus fréquemment dans la fonction publique territoriale que ça coince, ce que ne manquent pas de souligner les Chambres régionales des comptes. Un exemple ? Les agents de Montpellier Méditerranée métropole travaillent 1.537 heures par an. Mais ça bouge : la région Ile-de-France a supprimé 5 jours de vacances pour ses 1.900 agents. A Auch, dans le Gers, le temps de travail hebdomadaire a été augmenté de 2,5 heures, non sans un conflit social. Pas facile de négocier des augmentations de la durée du travail après 10 ans de gel du point d'indice des salaires…

Et il y a aussi des secteurs où le temps de travail théorique est dépassé. Les infirmières, par exemple. Une étude de la Dress montre qu'une partie de leurs missions, la transmission à l'équipe suivante, n'est même pas prise en compte dans leur temps de travail.

(...)

4"Ce sont des absentéistes"

Ce que l'on peut répondre à Jean-Claude : ouvre les yeux !

La Cour des Comptes s'est penchée sur cette question : le taux d'absentéisme (pourcentage de salariés absents pour maladie au moins un jour au cours d'une semaine donnée) est plus bas dans la fonction publique d'Etat que dans le privé, 2,9% contre 3,6% ! Ce taux est plus élevé, il est vrai, dans la fonction publique territoriale (4,5%) et dans la fonction publique hospitalière (4%), selon son rapport 2016. Des différences à mettre au regard du statut des agents du public : les fonctionnaires territoriaux sont plus souvent des ouvriers et employés, tandis que la fonction publique d'Etat comporte plus de cadres.

En outre, la Drees souligne que les salariés en intérim et CDD hésitent à déclarer une maladie. Si les salariés du privé sont moins absents, c'est donc aussi parce qu'ils sont plus précaires... Cela n'occulte pas de réelles anomalies, comme à la mairie de Marseille, où les agents totalisent 36,8 jours d'absence par an en moyenne, excusez du peu ! La moyenne française est de 14,2 jours.

Et le fameux jour de carence ? Supprimé par François Hollande, il a été rétabli le 1er janvier 2018. Les fonctionnaires ne bénéficient donc pas du maintien de leur rémunération pour leur premier jour d'absence, contrairement à deux tiers des salariés du privé, protégés, eux, par leur convention collective. On ne les qualifiera pas pour autant de "privilégiés"...

(...)

Baptiste Legrand

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Coup de coeur... Roland Barthes...

11 Mai 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Sociologie

"Je crois que l’automobile est aujourd’hui l’équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d’époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s’approprie en elle un objet parfaitement magique.

La nouvelle Citroën tombe manifestement du ciel dans la mesure où elle se présente d’abord comme un objet superlatif. Il ne faut pas oublier que l’objet est le meilleur messager de la surnature: il y a facilement dans l’objet, à la fois une perfection et une absence d’origine, une clôture et une brillance, une transformation de la vie en matière (la matière est bien plus magique que la vie), et pour tout dire un silence qui appartient à l’ordre du merveilleux. La «Déesse» a tous les caractères (du moins le public commence-t-il par les lui prêter unanimement) d’un de ces objets descendus d’un autre univers, qui ont alimenté la néomanie du XVIIIe siècle et celle de notre science-fiction: la Déesse est d’abord un nouveau Nautilus.

C’est pourquoi on s’intéresse moins en elle à la substance qu’à ses joints. On sait que le lisse est toujours un attribut de la perfection parce que son contraire trahit une opération technique et tout humaine d’ajustement: la tunique du Christ était sans couture, comme les aéronefs de la science-fiction sont d’un métal sans relais. La DS 19 ne prétend pas au pur nappé, quoique sa forme générale soit très enveloppée; pourtant ce sont les emboîtements de ses plans qui intéressent le plus le public: on tâte furieusement la jonction des vitres, on passe la main dans les larges rigoles de caoutchouc qui relient la fenêtre arrière à ses entours de nickel. Il y a dans la DS l’amorce d’une nouvelle phénoménologie de l’ajustement, comme si l’on passait d’un monde d’éléments soudés à un monde d’éléments juxtaposés et qui tiennent par la seule vertu de leur forme merveilleuse, ce qui, bien entendu, est chargé d’introduire à l’idée d’une nature plus facile.

Quant à la matière elle-même, il est sûr qu’elle soutient un goût de la légèreté, au sens magique. Il y a retour à un certain aérodynamisme, nouveau pourtant dans la mesure où il est moins massif, moins tranchant, plus étale que celui des premiers temps de cette mode. La vitesse s’exprime ici dans des signes moins agressifs, moins sportifs, comme si elle passait d’une forme héroïque à une forme classique. Cette spiritualisation se lit dans l’importance, le soin et la matière des surfaces vitrées. La Déesse est visiblement exaltation de la vitre, et la tôle n’y est qu’une base. Ici, les vitres ne sont pas fenêtres, ouvertures percées dans la coque obscure, elles sont grands pans d’air et de vide, ayant le bombage étalé et la brillance des bulles de savon, la minceur dure d’une substance plus entomologique que minérale (l’insigne Citroën, l’insigne fléché, est devenu d’ailleurs insigne ailé, comme si l’on passait maintenant d’un ordre de la propulsion à un ordre du mouvement, d’un ordre du moteur à un ordre de l’organisme).

Il s’agit donc d’un art humanisé, et il se peut que la Déesse marque un changement dans la mythologie automobile. Jusqu’à présent, la voiture superlative tenait plutôt du bestiaire de la puissance; elle devient ici à la fois plus spirituelle et plus objective, et malgré certaines complaisances néomaniaques (comme le volant vide), la voici plus ménagère, mieux accordée à cette sublimation de l’ustensilité que l’on retrouve dans nos arts ménagers contemporains: le tableau de bord ressemble davantage à l’établi d’une cuisine moderne qu’à la centrale d’une usine: les minces volets de tôle mate, ondulée, les petits leviers à boule blanche, les voyants très simples, la discrétion même de la nickelerie, tout cela signifie une sorte de contrôle exercé sur le mouvement, conçu désormais comme confort plus que comme performance. On passe visiblement d’une alchimie de la vitesse à une gourmandise de la conduite.

Il semble que le public ait admirablement deviné la nouveauté des thèmes qu’on lui propose: d’abord sensible au néologisme (toute une campagne de presse le tenait en alerte depuis des années), il s’efforce très vite de réintégrer une conduite d’adaptation et d’ustensilité (« Faut s’y habituer »). Dans les halls d’exposition, la voiture témoin est visitée avec une application intense, amoureuse: c’est la grande phase tactile de la découverte, le moment où le merveilleux visuel va subir l’assaut raisonnant du toucher (car le toucher est le plus démystificateur de tous les sens, au contraire de la vue, qui est le plus magique): les tôles, les joints sont touchés, les rembourrages palpés, les sièges essayés, les portes caressées, les coussins pelotés; devant le volant, on mime la conduite avec tout le corps. L’objet est ici totalement prostitué, approprié: partie du ciel de Metropolis, la Déesse est en un quart d’heure médiatisée, accomplissant dans cet exorcisme, le mouvement même de la promotion petite-bourgeoise."

Roland Barthes, 1957, dans « Mythologies », extrait des Œuvres complètes I, Editions du Seuil

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Portrait-robot des sympathisants de La République en marche... "La France qui va bien"...

5 Mai 2019 , Rédigé par Fondation Jean-Jaurès Publié dans #Education, #Politique, #Sociologie

C'était en septembre 2018

CC

                                  _________________________________________

  • 14 % des Français se disent proches de LREM (14 % LR ; 13 % FN ; 9 % PS ; 7 % FI/FG ; 25 % aucun parti 
  • 58 % des sympathisants de LREM ont le sentiment d’avoir réussi leur vie (39 % au FN ; 49 % au PS ; 44 % chez l’ensemble des Français
  • En septembre 2016, 27 % des sympathisants LREM d’aujourd’hui se classaient à gauche ; 7 % au centre ; 40 % à droite ; 5 % à l’extrême droite ; 13 % n’étaient proches d’aucun parti
  • 70 % des sympathisants de LREM avaient voté pour Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle ; 20 % pour François Fillon 
  • 63 % des sympathisants de LREM jugent le mot Europe positif (41 % chez les Français ; 11 % au FN) 
  • 5 % des sympathisants de LREM pensent que la démocratie fonctionne mal (contre 20 % des Français)
  • 46 % des sympathisants de LREM pensent que la France devrait avoir à sa tête un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections (42 % chez l’ensemble des Français ; 55 % au FN)
  • 38 % des sympathisants de LREM pensent qu’il y a trop d’immigrés en France (25 % au PS ; 26 % FI/PG ; 52 % chez l’ensemble des Français ; 75 % LR ; 94 % FN)
  • 81 % des sympathisants de LREM souhaitent aller vers plus de libre-échange pour permettre aux entreprises françaises de conquérir de nouveaux marchés dans les pays étrangers (+27 par rapport à LR)
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A Voir... L'époque - Documentaire... Matthieu Bareyre...

5 Mai 2019 , Rédigé par Youtube - Liberation Publié dans #Cinéma, #Sociologie

«C’est quoi l’époque?» C’est la question qui ouvre le film comme une entrée en matière trop vaste pour un mot qui sonne creux, une sorte d’onomatopée de BD comique et comme la jeune femme, Rose, croisée place de la République, qui s’est écrit «Les poks» sur ses jambes, le dit : «C’est le bruit que font les matraques sur nos têtes ou le bruit du choc des crânes de Valls et Macron bientôt*.»

Déambulations

Matthieu Bareyre a tourné pendant deux ans, régulièrement la nuit, en compagnie de son preneur de son, Thibaut Dufait, entre janvier 2015, au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, jusqu’à l’élection présidentielle de 2017. Il n’est sorti que de nuit pour essayer d’attraper des interlocuteurs dans un état de disponibilité autre que dans la vigilance et le discours diurne. Il s’est retrouvé avec deux cent cinquante heures de rushs et est entré, semble-t-il, dans une douloureuse période de montage impossible d’un projet qu’il a imaginé en découvrant le Joli Mai de Chris Marker et Pierre Lhomme, tourné en 1962, c’est-à-dire une manière d’attraper le zeitgeist, l’air du temps, par la somme des rencontres et discussions libres cueillies au gré de déambulations instructives.

Contrairement à son modèle, le cinéaste s’est tenu à une fraction étroite de la population noctambule, puisque le film se focalise sur des jeunes, la plupart encore étudiants ou déjà chômeurs, pas encore sortis tout à fait de l’enfance mais angoissés par le caractère apparemment non négociable de la réussite sociale et d’une méritocratie faussée.

Capuche

«Après le mouvement contre la loi travail et ce qu’il y a eu après, jouer un bon rôle dans la société est quelque chose qui a perdu beaucoup d’importance à mes yeux», dit en voix-off une étudiante en philo qui participe aux actions masquées des Black Blocs. Auparavant, un jeune homme de 18 ans, Arthur, explique comment il s’est fait «bloquer» par ses parents et la conseillère d’orientation, lui qui voulait étudier la littérature, la philo, travailler dans le social, et s’est «perdu» dans une école de commerce, faute d’avoir eu le courage de s’opposer aux rêves de réussite que d’autres ont formulés pour lui : «Avec la société d’aujourd’hui, je me sens obligé de faire quelque chose qui ne me plaît pas.» En banlieue, sur fond d’affrontements avec la police et diverses détériorations de matériel, un garçon sous capuche explique que pour se faire entendre de ceux qui n’écoutent pas, «il faut leur faire peur comme ils nous font peur pour nous contrôler, il faut faire du déficit, faire des choses inutiles comme casser.»

Le climat de frustration, de colère, cette lutte parfois à vide contre un ennemi insaisissable (un garçon dit : «J’ai des rêves d’impuissances…pas sexuelles»), la demande d’autre chose et qui s’exprime par le langage du sentiment, de la musique, de la danse et d’une joie qu’on veut croire encore spontanée en dépit de l’hédonisme niais des publicités et de l’engluement collectif dans la réciprocité discordante des réseaux sociaux. Il est frappant de voir que le film enregistre les premiers symptômes d’une fièvre qui pourtant n’embrasera pas la partie du corps social qu’il entend ausculter. Car la crise des gilets jaunes ne sera ni générationnelle ni parisienne. Mais déjà une même obsession de l’Etat, de la violence policière, un même malaise démocratique se dévoile ici et qui va prendre dans la fronde anti-Macron les contours d’une plus vaste remise en question du «système». Le film, guidé par cet inconscient très conscient d’une liberté entravée de tous, ne ménage finalement pas lui-même la part d’échappée, de lâcher prise qui nous permettrait de nous y perdre ou de croiser, enfin, de l’inconnu et de l’intempestif.

Didier Péron

L’époque de Matthieu Bareyre (1 h 30).

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"... et Macron bientôt."

Visionnaire...

C Chartreux

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