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Vivement l'Ecole!

sociologie

A Lire... Les racines de la colère... Deux années dans la France des oubliés, celle qui n'est pas en marche...

13 Mars 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Sociologie

A Lire... Les racines de la colère... Deux années dans la France des oubliés, celle qui n'est pas en marche...

EXTRAITS

Le photographe Vincent Jarousseau s’est installé deux ans à Denain, dans le Nord, afin de raconter « une France qui n’est pas en marche ». Un livre-documentaire en forme de roman-photo qui nous plonge dans le quotidien et l’intimité de huit familles.

La forme est aussi simple qu’un refrain dans le vent fredonné à la radio : le roman-photo. Le récit affiche la couleur du moment, le jaune nuance gilet. Ça se passe dans les Hauts-de-France, à Denain, quartier du Nouveau Monde.

Le titre, enfin, vous dira quelque chose : Les Racines de la colère, allusion appuyée à Steinbeck et à ses « raisins de la colère ». Le nouveau livre du photographe Vincent Jarousseau raconte « deux ans d’enquête dans une France qui n’est pas en marche ».

Les chapitres s’ouvrent comme des portes. Nous voilà de plain-pied dans l’intimité de huit familles, une par chapitre. Au milieu de la cour, Christian change un pneu de son scooter. « Ça m’a coûté 22 euros, j’ai dû prendre sur le budget nourriture. »

Quelques rues plus loin, des escalopes cuisent dans la cuisine de Manu. Auréline, sa fille, joue avec Camille, seule copine autorisée à venir chez elle. Pour les autres, « Maman trouve que la maison n’est pas assez bien », dit la bulle, au-dessus de la tête d’Auréline. Revenu de la maison : 694 euros de revenu de solidarité active (RSA).

(...)

Vincent Jarousseau s’est retrouvé à Denain en 2016, « par curiosité », pour en avoir entendu parler pendant un précédent travail à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), ville gagnée par le Front national (aujourd’hui Rassemblement national), à une quarantaine de kilomètres. Le photographe a trouvé Denain emblématique de cette « France qualifiée de périphérique par certains ». Il en a pris pour deux ans ferme, enchaînant les allers-retours.

Son impressionnant travail de terrain est corseté de statistiques et de contributions de chercheurs. Jarousseau lui-même a voulu joindre sa voix à celles qui, sur les ronds-points ou dans les manifestations, s’adressent aujourd’hui à Emmanuel Macron.

(...)

« Les Racines de la colère », de Vincent Jarousseau, éd. Les Arènes, 160 pages, 22 €.

Florence Aubenas

A lire intégralement en cliquant ci-dessous

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François Dubet : « Les inégalités sont perçues comme une agression, une forme de mépris »

12 Mars 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Sociologie

François Dubet : « Les inégalités sont perçues comme une agression, une forme de mépris »

EXTRAITS

Le sociologue, qui vient de publier « Le Temps des passions tristes », estime, dans un entretien au « Monde », que les colères individuelles qui ne trouvent pas d’expression politique nourrissent les mouvements populistes.

Entretien. Le sociologue François Dubet, professeur émérite à l’université Bordeaux-II et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), vient de publier Le Temps des passions tristes. Inégalités et populisme (Seuil, 112 p., 11,80 €).

Reprenant l’expression de Spinoza, vous estimez que la société est dominée par les « passions tristes ». Quelles sont-elles et comment se sont-elles imposées ?

Comme beaucoup, je suis sensible à un air du temps porté sur la dénonciation, la haine, le ressentiment, le sentiment d’être méprisé et la capacité de mépriser à son tour. Ce ne sont pas là seulement des émotions personnelles : il s’agit aussi d’un style politique qui semble se répandre un peu partout. On peut sans doute expliquer ce climat dangereux de plusieurs manières, mais il me semble que la question des inégalités y joue un rôle essentiel.

(...)

Internet favorise, dites-vous, ces passions tristes. De quelle manière ?

Parce qu’Internet élargit l’accès à la parole publique, il constitue un progrès démocratique. Mais Internet transforme chacun d’entre nous en un mouvement social, qui est capable de témoigner pour lui-même de ses souffrances et de ses colères. Alors que les syndicats et les mouvements sociaux « refroidissaient » les colères pour les transformer en actions collectives organisées, Internet abolit ces médiations. Les émotions et les opinions deviennent directement publiques : les colères, les solidarités, les haines et les paranoïas se déploient de la même manière. Les indignations peuvent donc rester des indignations et ne jamais se transformer en revendications et en programmes politiques.

(...)

Propos recueillis par Gérard Courtois

L'entretien complet est à lire en cliquant ci-dessous

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A Lire... "Faire tomber les murs" - Agathe Cagé/Fayard - Collection "Raison de plus"... (Video)

22 Février 2019 , Rédigé par Se-UNSA Publié dans #Education, #Sociologie, #Politique

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Coup de coeur... Michel Serres...

18 Février 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Sociologie

Bondissant alors et juché sur ses grands chevaux, Grand-Papa Ronchon déclame, gaullien, à la cantonade : avant, la France comptait parmi les grandes nations du monde, alors qu’aujourd’hui… Certes, dit, le plus doucement possible, Petite Poucette, mais qu’entendez-vous par grandeur ? A l’ère de ces hauteurs vertigineuses, Louis XIV, Robespierre ou Napoléon tuèrent mes aïeux, par dizaines, par centaines de milliers, sur la place de Grève, en Russie, Egypte et Italie. Parfois cinquante mille en une seule bataille, oui, en une seule journée de quinze heures, comme à Eylau ou à la Moskova. Combien de cadavres par minute ? Dans quel but, sinon avoir un nom dans l’histoire, mais, finalement, échouer ? Pour devenir le premier, mais, enfin, se faire guillotiner ou emprisonner à Sainte-Hélène ? Cher payé pour le peuple et leur propre destin. Qui écrivit jamais l’histoire du point de vue de ces victimes, de ces âmes mortes, nous ?

Parallèle biologique : prenons l’exemple de l’homme en général et comme être vivant. A force de se battre contre toutes les espèces, de les exploiter, de les chasser, de les parasiter, de les détruire, supposons qu’il arrive au terme fatal où elles disparaîtraient. Le plus fort, le plus grand, le plus puissant, le vainqueur de la lutte pour la vie a gagné. Le voici donc seul sur la Terre, sans vache, sans arbre, sans blé. Que mangera-t-il ? Son semblable, sa femme, son fils, Grand-Papa et Petite Poucette au petit déjeuner ?

J’imagine un roman inspiré par le darwinisme social où la lutte pour la vie fait rage et où, à la fin d’une ère, une espèce vivante l’emporte. La voici, à son tour, victorieuse, seule sur la Terre ; comme, tantôt, l’homme mourut d’avoir gagné, elle risque d’en crever. Alors, avant de disparaître et, vite, pour se sauvegarder, elle décide de faire profil bas et se résigne à se glisser désormais vers un rang plus modeste. Elle apprend surtout à ne plus jamais tenter de l’emporter, elle a su, à ses dépens, ce qu’il en coûte de gagner. Alors, passé sa résignation, acte deux, une autre époque s’annonce, une autre bataille fait rage, au terme de laquelle une autre espèce gagne et tout recommence. A son tour, de nouveau, elle risque d’en mourir et rentre rapidement dans le rang. Leçon intégrale enfin : toutes les espèces vivantes, bactéries, champignons, faine, baleine, flore, séquoias, oui, toutes eurent leur chance dans cette vive et sinistre galère et, tour à tour, après avoir gagné, se résignèrent et entrèrent en la forêt commune, en compagnie des autres, pour la petite guerre de tous les jours et de tous contre tous, où qui perd gagne, où qui gagne perd, et où, finalement, tout le monde finit par se reproduire et manger.

Voilà pourquoi toutes redoutent l’homme : chacun sait la vraie loi de la jungle, celle que je viens d’énoncer, qu’il ne faut surtout pas gagner, mais l’homme, le dernier, ne la sait toujours pas. Car il n’a pas encore gagné. Depuis quelques millions d’années, nous y sommes, c’est le tour de l’homme. Il a lutté, il s’est battu, il a tout inventé, enfin il va gagner. Demain matin, au jour même de sa victoire, seul au monde, il sera forcé de se résigner, comme le firent le séquoia floral, la baleine faunesque, les bactéries, les champignons et les mousses. Quitter vite le pinacle et revenir au lot commun, s’il veut survivre. Vite, vite, au risque de mourir.

Michel Serres - C’était mieux avant

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Sciences-Po lance une formation à l’égalité entre hommes et femmes... Co-dirigée par Najat Vallaud-Belkacem et Hélène Périvier

14 Février 2019 , Rédigé par La Croix Publié dans #Sociologie

Sciences-Po lance une formation à l’égalité entre hommes et femmes... Co-dirigée par Najat Vallaud-Belkacem et Hélène Périvier

Codirigée par l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, cette formation pilote, lancée jeudi 14 février, allie résultats de la recherche, témoignages de décideurs et coaching des étudiants pour faire évoluer les politiques publiques.

On se demande bien où elle trouve le temps. Sarah, 22 ans, est étudiante à Sciences-Po, à Paris, en master d’affaires publiques. Elle travaille aussi, à temps partiel, comme attachée parlementaire. Quand elle ne joue pas au foot, à un haut niveau, avec le club d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), qui évolue en deuxième division. « En ce moment, je me prépare pour les Jeux olympiques militaires, qui auront lieu en Chine », glisse celle qui est aussi réserviste.

Et ce n’est pas tout : depuis fin janvier, Sarah suit aussi à Sciences-Po une toute nouvelle formation consacrée à l’égalité hommes-femmes dans les affaires publiques. « Je souhaite travailler dans des institutions sportives de type Fifa ou UEFA ou bien au ministère des sports. Et je me dis qu’il est essentiel de me doter d’outils qui me permettront de faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes dans ce domaine », explique-t-elle. Sarah fait ainsi partie de la dizaine d’étudiants de Sciences-Po qui constitue la première promotion de cette formation pilote, lancée le 14 février.

Prise de parole et confiance en soi

« Ce cursus s’appuie sur une articulation très forte entre l’état de la recherche et la pratique dans le monde politique, économique, culturel, sportif, etc. », précise Hélène Périvier, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et directrice du programme Presage (1). Ce dernier, qui vise à développer la recherche et la diffusion des savoirs sur le genre, s’est associé au master d’affaires publiques de Sciences-Po pour offrir cette formation de deux semestres (environ 200 heures au total), qui donnera lieu à des évaluations et à la délivrance d’un certificat.

Ce cursus mise aussi très largement sur le coaching des étudiants, à l’instar d’une première séance consacrée à la prise de parole en public, séance proposée par une agence spécialisée dans la communication en entreprise et qui vise à développer la confiance en soi, à surmonter une éventuelle autocensure.

« Combattre les inégalités ne s’improvise pas »

« Combattre les inégalités entre hommes et femmes ne s’improvise pas », relève Najat Vallaud-Belkacem, qui codirige ce certificat. « Il faut identifier ces inégalités, les étudier, les comprendre, pour savoir sur quels leviers agir, poursuit l’ancienne ministre de l’éducation, ex-ministre des droits des femmes, aujourd’hui directrice générale déléguée d’Ipsos. Et il est essentiel de donner ces clés à nos étudiants, qui, demain, sont potentiellement amenés à occuper des postes à responsabilité, dans le public ou le privé, comme DRH, hauts fonctionnaires, hommes et femmes d’entreprise.

C’est elle qui a eu l’idée de cette formation, inspirée d’un cursus proposé au sein de la prestigieuse université américaine Harvard. « Intitulée “Du Parc d’Harvard au bureau ovale”, elle vise à renforcer le pouvoir d’agir des femmes et elle a contribué à aguerrir nombre d’entre elles, que l’on retrouve aujourd’hui dans des fonctions politiques de premier plan, salue Najat Vallaud-Belkacem. Des femmes de bords différents qui sont de surcroît capables de s’allier lorsqu’il s’agit de promouvoir l’égalité entre les sexes. » Une convention de partenariat avec Harvard sera signée en avril prochain pour promouvoir la recherche sur ces sujets et développer des échanges.

Une domination susceptible de se retourner contre les hommes

En attendant, Nathanaël, 22 ans, a hâte de faire ses premiers pas dans le nouveau cursus. Le jeune homme, l’un des deux de la promo de dix, étudie en master affaires publiques, spécialité culture. Ce passionné de théâtre a pu constater que le milieu culturel n’était pas exempt de discriminations à l’égard des femmes. « Y compris parce qu’historiquement, le répertoire leur réserve moins de rôles de premier plan », constate-t-il.

Par-delà l’injustice faite aux femmes, il est convaincu que la position de domination dans laquelle se trouvent souvent les hommes peut se retourner contre eux. « Statistiquement, je vais probablement gagner plus que ma compagne. Ce qui, d’un point de vue rationnel, pourrait me pousser à privilégier ma carrière, anticipe Nathanaël, en plaidant pour un vrai congé paternité, alors que je préférerais peut-être, à certaines périodes, m’occuper de mes enfants. »

Denis Peiron
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Est-ce ainsi que les gitans nous parlent?...

5 Février 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Sociologie, #Langue

Après les propos d'Emmanuel Macron sur le boxeur gilet jaune, Christophe Dettinger, l’écrivain Jacques Debot pointe la méconnaissance récurrente de la culture tsigane au plus haut sommet de l’Etat.

Tribune. Président de la République ou ministres, les responsables au sommet de l’Etat ne devraient aborder la question tsigane qu’avec d’infinies précautions. Le discours de Grenoble prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet 2010, la gestion calamiteuse de «l’affaire Leonarda» par François Hollande en octobre 2013, les stupéfiantes déclarations de Manuel Valls la même année au sujet de «la culture des Roms» décrétée incompatible avec la culture française, les récents propos du président Macron quant au «parler gitan» du boxeur à gilet jaune, Christophe Dettinger, ont mis le feu aux réseaux sociaux, provoqué des avalanches de commentaires et de réactions passionnées.

Il semblerait que malgré ces sorties désastreuses et les turbulences politiques ainsi occasionnées, aucun bilan, aucun retour d’expérience ne soit jamais pris en compte. Mal conseillés, mal documentés, nos dirigeants persistent à parler de manière irréfléchie des Tsiganes, qu’il s’agisse des Roms venus d’Europe centrale ou des citoyens français, Gitans, Manouches ou Yéniches.

Les propos d’Emmanuel Macron, tels qu’ils ont été relatés par la presse, et non démentis par l’Elysée seraient les suivants : «Le boxeur, la vidéo qu’il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d’extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un Gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan.» De quoi parle le président de la République quand il évoque un «parler gitan» ? En France il reste des bribes, des traces, des lexiques parfois de quelques dizaines ou centaines de mots selon les régions, selon les familles, du romanès, la langue indo-aryenne originaire de l’Inde du Nord. Néanmoins, on rencontre encore (assez rarement) des familles où les locuteurs ne s’expriment entre eux que dans cette langue. Les Roms venus d’Europe centrale, bons locuteurs du romanès, nous amènent depuis quelques années à régénérer notre héritage linguistique.

Le «parler gitan» s’emploie dans l’intimité

Comme les patois régionaux, les «parlers gitans, manouches ou yéniches» sont employés dans l’intimité, en famille. Au-delà du cercle familial, comme le pratiquent les Français d’origine italienne, espagnole, portugaise ou maghrébine, on parle français, tout simplement. Il n’y a donc absolument rien d’étonnant, ni calcul ni manipulation en coulisse au fait que Christophe Dettinger, qui est peut-être tsigane, comme d’autres se reconnaissent auvergnats, provençaux, picards ou lorrains, se soit exprimé en français courant lors de son allocution enregistrée en vidéo et publiée sur sa page Facebook.

Nous ne commenterons pas dans le cadre de cette tribune les faits qui ont conduit Christophe Dettinger en détention préventive. Le procès se tiendra maintenant dans quelques jours et depuis le 5 janvier, on a pu voir paraître sur les réseaux, dans la presse, toutes les opinions possibles, des milliers de soutiens, des tombereaux d’insultes, des kilomètres d’analyses et nos propres mots n’ajouteraient absolument rien. Laissons la justice travailler en toute sérénité.

Quand des Tsiganes sont au cœur d’un événement, les répercussions médiatiques sont immédiates et violentes. Les 400 000 Tsiganes français se retrouvent aussitôt dans la tourmente, mais cette fois encore, les autorités n’ont pas d’interlocuteur. En Allemagne, où ne vivent pourtant qu’un peu plus de 100 000 Tsiganes pour une population de 82 millions d’habitants, Romani Rose, président du Conseil central des Sinti et des Roms, rencontre régulièrement Mme Merkel ou ses ministres. Le représentant des Tsiganes allemands est un personnage reconnu de la République fédérale, comme le sont chez nous les secrétaires nationaux des syndicats, le recteur de la grande mosquée, le président du Consistoire, etc.

En France quand la tension est forte, le 11 janvier, Cyril Hanouna invite une bande de fous délirants qui ne représentent rien d’autre que leur violente marginalité, mais sont reçus en plateau pour insulter et menacer le président de la République. En France, quand des ONG organisent une conférence ou un débat sur les Roms ou les Tsiganes, il n’y a jamais de Tsiganes invités à s’exprimer sur l’estrade. Ce manque de dialogue constant est à l’origine de cette méconnaissance au plus haut sommet de l’Etat. On ne prend jamais la peine de parler aux Tsiganes sensés, raisonnables, et on trébuche une fois, deux fois, quatre fois : à Grenoble en 2010, sur l’affaire Leonarda, sur la culture des Roms, et pour son malheur et le nôtre, sur le champion de France de boxe, le «gitan» Christophe Dettinger.

Jacques Debot écrivain tsigane

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Les neurosciences ou l'obsession de la performance... (+ video)

20 Janvier 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Neurosciences, #Sociologie

Stanislas Morel : «Les neurosciences illustrent la dépolitisation actuelle de la question scolaire»

EXTRAITS

Pour le sociologue, spécialiste de l’échec scolaire, la domination des neuroscientifiques dans l’éducation, actée par la composition du nouveau Conseil scientifique, témoigne d’une obsession de la performance. Au détriment d’une approche sociale des inégalités à l’école.

Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a présenté le 10 janvier les membres du tout nouveau Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN) présidé par Stanislas Dehaene, psychologue cognitiviste et figure française des neurosciences. «Au plus près des besoins des professeurs, explique le ministre, le Conseil fera des recommandations pour aider notre institution et les professeurs à mieux saisir les mécanismes d’apprentissage des élèves.» L’initiative a été reçue assez froidement par les syndicats d’enseignants, qui redoutent une prise de pouvoir des sciences du cerveau sur les méthodes pédagogiques. Le sociologue Stanislas Morel, auteur en 2014 de la Médicalisation de l’échec scolaire (La Dispute), revient sur la position aujourd’hui dominante des neurosciences cognitives dans le domaine de l’apprentissage.

La communication autour de la création du CSEN laisse penser que les neurosciences étaient jusqu’ici peu présentes dans les débats sur l’enseignement. Etait-ce le cas ?

Non. La démarche des neuroscientifiques pour occuper le terrain sur de nombreux sujets de société, comme les apprentissages scolaires, les prises de décision économiques, voire les fondements des goûts esthétiques, a débuté, dans les faits, il y a une vingtaine d’années. Le boom des neurosciences à la fin des années 90 est en grande partie lié aux progrès dans les techniques d’exploration du cerveau, à commencer par l’imagerie cérébrale, qui permettent d’avoir une meilleure connaissance du fonctionnement du cerveau, resté pendant longtemps un organe très mal connu.

C’est une discipline scientifique que vous décrivez, dans le domaine des apprentissages, comme étant «orientée vers l’action»…

Effectivement, le talon d’Achille des neurosciences, c’était avant tout les critiques qui les accusaient d’en revenir à un certain déterminisme biologique. Les neuroscientifiques ont alors joué la carte de l’ouverture en mettant en avant la plasticité du cerveau, sa capacité à évoluer au cours du temps, notamment sous l’influence de facteurs «environnementaux». Ils adoptent donc aujourd’hui un discours intégrateur qui prétend prendre en compte les différents facteurs biopsychosociaux pesant sur les apprentissages. L’idée n’est plus d’éliminer les disciplines et les causalités «concurrentes», c’est de les coordonner, mais aussi de les hiérarchiser, en mettant souvent en avant la causalité biologique. De fait, les neuroscientifiques ont parfois relativisé les questionnements ontologiques (la quête de la cause première des difficultés d’apprentissage) pour privilégier un «pragmatisme» pouvant conduire à des réponses pratiques aux difficultés. Parmi ces réponses : prêter de l’importance à l’explication des consignes, à la répétition des exercices, à la correction des erreurs, aux manières de mémoriser des connaissances ou à l’estime de soi des élèves.

(...)

Les neurosciences fonctionnent surtout comme une mécanique de preuve pour des solutions préexistantes. Finalement, elles n’inventent rien…

Sans doute pas rien, mais c’est vrai que les solutions qu’elles proposent, comme celles préconisées par Stanislas Dehaene pour l’apprentissage de la lecture, sont souvent bien connues des pédagogues. Par exemple, dire aujourd’hui qu’il faut privilégier le décodage de correspondances grapho-phonémiques - la méthode syllabique pour aller vite -, ce n’est plus clivant. Ce qui est vraiment nouveau, c’est la manière d’administrer la preuve de l’efficacité des pratiques pédagogiques en s’appuyant sur les sciences expérimentales dans un univers scolaire qui, pour ses détracteurs, avait sombré dans l’idéologie. Et c’est à partir de l’effet de levier créé par cette forte légitimité scientifique que les neuroscientifiques ont été capables de réasséner de manière très puissante des préconisations qu’eux-mêmes reconnaissent n’être pas spécialement révolutionnaires.

Comme celles issues de la pédagogie Montessori, qui a plus d’un siècle…

Dans l’opinion, Montessori est souvent associée à une forme de pédagogie alternative, nouvelle, destinée aux «bobos» parisiens. On oublie que Maria Montessori était une femme médecin, auteure d’un livre, Pédagogie scientifique, qui cherchait à établir une pédagogie expérimentale. Il y a un lien de parenté entre Montessori et les neurosciences. Il s’agit dans les deux cas d’expliquer à des enseignants dont la pédagogie est jugée intuitive, spontanéiste, ce que les sciences expérimentales ont à dire des apprentissages. Mais il faudrait mieux connaître les pratiques des enseignants et, plus généralement, ce qui se passe dans les classes. C’est à cette condition que l’apport indéniable des neurosciences pourrait être plus utile.

(...)

Le CSEN, c’est finalement moins une révolution qu’une évolution logique de ce qui s’est passé ces dernières années…

C’est tout à fait logique. Les neurosciences incarnent l’avant-garde, les chercheurs sont mobilisés dans la promotion de leur discipline, et Blanquer est convaincu depuis longtemps. Mais ça illustre aussi la dépolitisation actuelle, commune aux différents gouvernements, de la question scolaire. Obnubilé par la performance des systèmes éducatifs, on ne réfléchit plus assez aux buts de l’éducation, aux inégalités scolaires et à la place qu’on veut donner à l’école dans notre société. C’est une question politique qui doit et qui va forcément revenir.

Par Erwan Cario, Dessin André Derainne

 

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Des phallocrates démissionnaires

15 Janvier 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Sociologie

Des phallocrates démissionnaires

Le dragueur d’âge mûr, dessiné par Houellebecq et Moix, préfère conjurer l’angoisse de l’impuissance par une sexualité conditionnée et codifiée, à l’exclusion de toute autre. Ce n’est là rien d’autre qu’un aveu de faiblesse. Alors pourquoi ne pas rester froides et désinvoltes face à leurs propos ?

Tribune. Je me décide à réagir aux propos somme toute banals de Yann Moix parce que j’ai longtemps été collabo. J’ai longtemps intériorisé l’imaginaire masculin et très bien compris les garçons - je dis bien les garçons pas les hommes -, je les ai si bien compris qu’il a longtemps été pour moi très simple de les aimer et compliqué de les séduire. Et puis à 25 ans, j’ai su. J’ai su le charme total que me conférait ma jeunesse, les pouvoirs idiots de régénérescence que les vieux, du genre de Moix ou de Houellebecq, lui prêtaient. J’en ai abusé. Et je ne comprenais pas pourquoi les femmes - même quadras - insistaient, face à moi, je les trouvais indignes et laides pour tout dire à se mouler dans des tailles basses à force de séances de body-pump pour essayer de continuer à baiser ces mecs dans le lit desquels je m’invitais, moi, simplement, en riant un peu fort à leurs blagues un peu faibles ou en saluant leurs effets de manche surjoués. J’ai adoré le pathétique masculin, j’ai méprisé le pathétique féminin. Aujourd’hui, j’ai vieilli. Je me suis inscrite à un club de sport. Je m’habille sans doute souvent trop court. Et je suis plus tendre avec les femmes, comme j’essaie de l’être avec moi-même.

Ce qui est intéressant, ce n’est pas de faire la morale au mâle contemporain de plus de 50 ans, c’est de voir de quoi il est le symptôme. Et de déconstruire, grâce à lui, l’idée selon laquelle la prestance phallique serait synonyme de virilité. L’homme français consacré du XXIe siècle est un anti-Hemingway : il a chez Houellebecq des armes et tire à la carabine mais il est incapable de tuer, et donc, si on en croit l’auteur, de vivre. Il est chez Moix un fils maltraité, un fils éternel, qui bande sur les femmes asiatiques (confirmant qu’elles seraient devenues les icônes mondialisées de la soumission sexuelle) et revendique un monde où la maturité féminine est annulée - ou bien est-ce elle qui l’annulerait ?

Houellebecq définit la conjugalité comme un univers fusionnel où sa compagne serait naturellement muette et bonne. Moix, lui, baise toujours le même type de nana, sans doute, pour pouvoir rester seul. Dans les deux cas, ils évoluent dans un monde irréel où les femmes sont exclusivement jeunes et malléables, disposées, et dans Sérotonine, promptes à installer des rideaux aux fenêtres et à fournir le frigo en produits bio - bref, à faire du chaos dans lequel vivrait spontanément l’homme, un monde enfin habitable.

Il est étonnant que la critique tienne unanimement à voir, dans ce dernier livre, une célébration de l’événement amoureux. C’est à vous dégoûter d’avoir lu Levinas. Ce qui semble ici fonder l’ethos viril de l’homme contemporain, dans son rapport aux femmes, c’est donc bien la possibilité souveraine d’être minable. C’est même le fait d’être minable et de l’assumer qui fait de lui un homme. Il ne connaît même plus la honte. Et cette absence de honte finit de le déshonorer en le masculinisant encore. C’est un beau paradoxe. On peut l’aimer ainsi, cet homme, mais il faut le regarder en face. Dans ses rapports aux femmes, il ne se bat pas contre ses faiblesses ou ses peurs, il ne cherche pas non plus à réinventer une forme de virilité qui se passerait de violence mais chercherait l’aventure. L’homme dessiné par Houellebecq ou Moix se fout «d’en avoir ou pas». Il préfère conjurer l’angoisse de l’impuissance par le huis clos conjugal ou la sexualité conditionnée et codifiée - à l’exclusion de toute autre. Ce n’est pas sexy, ce n’est pas viril. C’est pourtant bien aujourd’hui ce dont une partie du genre masculin se prévaut.

Alors les filles, au lieu, en réponse, de vous désaper sur les réseaux sociaux, pourquoi ne pas rester froides et désinvoltes ? Et si vous vous sentez reléguées dans les marges du désir, tournez-vous donc vers la virilité et non vers la prestance phallique d’hommes de pouvoir démissionnaires, ça vous libérera de ceux qui ne peuvent pas vous baiser et le revendiquent. Ce n’est là rien d’autre qu’un aveu d’impuissance. La vie est ailleurs.

Stéphanie Polack directrice littéraire chez Fayard

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« Les “gilets jaunes”, ces exclus de la culture subventionnée »...

15 Décembre 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Culture, #Sociologie

« Les “gilets jaunes”, ces exclus de la culture subventionnée »...

EXTRAIT

Les personnes qui manifestent sur les ronds-points illustrent aussi la fracture culturelle béante en France, estime, dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

Chronique. Qui, dans la culture, soutient les « gilets jaunes » ? En grande majorité, des figures connues du spectacle, pas des gamins, qui s’expriment au croisement du spectacle d’humour, de la télévision, du cinéma, du théâtre, de l’animation.

Souvent ils touchent à tout. Ils ont un large public, populaire, proche de celui qui anime les ronds-points. Dans la liste, on cherche vainement une figure de notre élite culturelle. Entendez des plasticiens, cinéastes, comédiens, musiciens, chefs d’orchestre, metteurs en scène de théâtre, patrons de festivals ou responsables d’institutions qui créent ou gèrent des lieux prestigieux avec l’aide de l’argent public.

Le silence de ces derniers est assourdissant. D’autant qu’ils aiment parler. On imagine pourquoi : ils ne sont pas « gilets jaunes », leur public non plus. Parler, c’est prendre des coups. Que deux mondes culturels s’ignorent, on le sait depuis des lustres, mais avec les « gilets jaunes », ce fossé surgit au grand jour.

Certains de leurs soutiens en ont marre de « casquer comme des porcs ». Mais d’autres rappellent qu’ils sont favorisés et se doivent de soutenir ceux qui souffrent, de s’insurger contre la violence des élites, le mépris de classe. Ils ont pour noms Brigitte Bardot, Franck Dubosc, Patrick Sébastien, Pierre Perret, Arnaud Ducret, Anny Duperey, Gérald Dahan, Michaël Youn, Philippe Lellouche, Kaaris ou Jean-Michel Jarre.

(...)

Michel Guerrin

Suite et fin à lire (pour abonnés) en cliquant ci-dessous

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Alain Touraine : "Nous entrons dans un monde nouveau, et certains sont laissés de côté"

2 Décembre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Politique, #Sociologie

A Paris auront également lieu d'autres manifestations contre le racisme, les discriminations sociales et pour plus d'égalité et de dignité (à l’appel du collectif Rosa Parks), contre le chômage et la précarité à l’appel des associations de chômeurs, on prévoit même un rassemblement cycliste festif. Tous ces rassemblements, hétérogènes, vont-ils dans le même sens ? Sont-ils un signe de bonne santé démocratique ou bien le symptôme d’une société malade ? Comment interpréter le mouvement des Gilets jaunes ? Comme un mouvement singulier, spécifique à la France, ou bien comme un mouvement plus global qui ressemble aux colères de ceux qu’on appelle « les perdants de la mondialisation » ?

Le regard du sociologue Alain Touraine, grand penseur des mouvements sociaux et de l’action collective depuis soixante ans, auteur d’une quarantaine de livres dont le dernier vient de paraître aux éditions du Seuil, Défendre la modernité.

En occident tous les pays se sont écroulés... en 2016 (Les Etats-Unis), en 2017 (Grande Bretagne), en 2018 (Italie)... tous, sauf la France. Car la France moderne représentait plus de la moitié de la population mais, aujourd’hui ça n’est plus le cas, c’est beaucoup moins de la moitié. Dans toutes les époques de l’Histoire il y a eu beaucoup de victimes et il y en aura encore beaucoup. 

Il faut avoir confiance en nous-mêmes !

La France n’est pas un pays de très fortes inégalités de revenus, moins que l’Allemagne, l’Angleterre ou les Etats-Unis. Mais l’inégalité elle tient à la concentration des revenus dans les grandes villes mondiales. En France tout est à Paris et toute une partie de la France se sent délaissée, abandonnée et est obligée d’aller à Paris pour trouver du travail [...]. Il faut augmenter notre capacité de négociations, retrouver des exigences, diminuer les inégalités et surtout avoir confiance en nous-mêmes [...]. Je suis très inquiet de voir qu’avec la mondialisation une partie de la population est « mise à l’eau ». Nous devons faire pénétrer les sciences, la culture dans tout le pays et ne demandons pas à ce pays d’être moins moderne sinon les citoyens mis à l’écart vont encore augmenter.

Pour aller plus loin... 

Mieux comprendre le mouvent des Gilets Jaunes, voici un éclairage de la Fondation Jean-Jaurès.  
Article du Monde \ « Gilets jaunes » : "La France périphérique" demande à être respectée.  
Article de Sud-Ouest \ Conversation avec Hervé Le Bras : « Le mouvement des gilets jaunes repose sur deux clientèles différentes ».
Article du Monde \ Gérard Noiriel : « Les “gilets jaunes” replacent la question sociale au centre du jeu politique ».

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