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Vivement l'Ecole!

sociologie

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Faut-il parler des déterminismes sociaux aux jeunes qui les subissent ?...

11 Décembre 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Sociologie

Faut-il parler des déterminismes sociaux aux jeunes qui les subissent ?...

Expliquer très tôt l’origine des inégalités aux élèves qui en souffrent peut les décourager. Mais les laisser croire à la méritocratie, c’est leur faire porter l’entière responsabilité de leur échec… dont les raisons sont ailleurs.

Tribune. Un professeur fait face à un flot interminable de questions de toutes sortes. Des pertinentes, des indiscrètes, des fatigantes, des drôles, des étonnantes et parfois des tristes, comme celle que m’avaient posée un jour mes 4e Segpa : «Monsieur, pourquoi est-ce qu’on est nuls ?» Je les ai invités à combattre le manque de confiance en eux par plus d’optimisme et de travail. L’idée qu’ils s’estiment «nuls» m’était insupportable, mais ils voyaient bien que leur niveau scolaire était très éloigné de celui de leurs camarades dans les classes générales.

J’avais bien une réponse juste et déculpabilisante à leur offrir. J’aurais pu leur montrer les pavillons du quartier huppé sur lequel nous avions une vue imprenable, et leur dire que c’est parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’y naître qu’ils rencontraient ces difficultés. J’aurais pu projeter au tableau les statistiques de l’Observatoire des inégalités, et leur montrer que seuls 4 % des enfants de leur condition sociale arrivent à décrocher un bac + 5, contre 60 % des enfants de cadres, et puis conclure sur les mots du sociologue Camille Peugny : «Plus de deux siècles après la Révolution, les conditions de naissance continuent à déterminer le destin des individus. On ne devient pas ouvrier, on naît ouvrier.»

J’aurais même pu, en m’appuyant sur le dernier ouvrage dirigé par Bernard Lahire, m’attarder sur les mécanismes concrets par lesquels la hiérarchie sociale s’inscrit dans leurs corps et leurs esprits dès le plus jeune âge. A quoi aurait servi un tel discours, sinon à remplacer la culpabilité par un terrible sentiment d’injustice ? Est-il bien sage de catapulter nos bourdieuseries sur ces enfants en espérant d’eux qu’ils en tirent un quelconque espoir d’être des accidents sociologiques ? Pour Nelly, cette avocate parisienne fille d’ouvriers, une des rares de son village à avoir eu le bac, la réponse est non : «Si j’avais su, je n’aurais probablement pas cru que c’était possible d’être dans les 4 %», dit-elle. Lamia, issue d’une classe socioculturelle «mal barrée», a un point de vue similaire sur la question : «L’école m’a sauvée, et j’ai même fait Sciences-Po. Si j’avais su que j’étais statistiquement destinée à couler, je n’aurais même pas essayé.» Pour ces deux accidents sociologiques, savoir que les dés sont pipés aurait, selon elles, pu avoir des conséquences destructrices.

«Et puis à quoi bon le savoir ?» me demande Gersande. Cette femme de 38 ans a obtenu son diplôme d’accès aux études universitaires l’année dernière et évolue actuellement à Lyon-II. Au cours de son adolescence, elle est passée entre les mains de l’Aide sociale à l’enfance. Et alors qu’elle était en foyer d’urgence, elle n’a pas eu besoin de statistiques pour comprendre le péril qui la guettait : «Un soir, on entend quelqu’un qui crie devant le portail. C’est à moitié des cris et à moitié des pleurs. On est toutes descendues, c’était une ancienne du foyer qui était à la rue depuis des mois et qui suppliait qu’on lui file à manger et une couverture.» Alors, à la question de savoir si cela lui aurait servi à quelque chose d’apprendre qu’un quart des SDF sont d’anciens enfants placés, Gersande répond que «ça aurait été comme une espèce de preuve qu’on ne peut pas s’en sortir».

Enoncer brutalement les règles du jeu risque donc de décourager les participants les plus vulnérables. Il existe une alternative qui consiste à céder aux sirènes de la psychologie active, faire croire que «quand on veut, on peut», que la réussite scolaire ne dépend que des efforts fournis, du mérite et rien d’autre. Cette fable méritocratique peut permettre, dans certains cas, de repousser les limites en ignorant qu’elles existent. En effet, on entend souvent ceux qui ont réussi à s’en sortir répéter cette citation qu’on attribue tour à tour à Mark Twain, à Voltaire et à Cristiano Ronaldo : «Je ne savais pas que c’était impossible, alors je l’ai fait.» Le problème est que si certains peuvent en tirer un bénéfice, c’est une souffrance pour d’autres.

J’ai le souvenir d’un élève qui, par son enthousiasme, montrait qu’il croyait dur comme fer en cette méritocratie. Il était arrivé dans ma classe en 6e Segpa avec l’ambition d’être «vétérinaire» avant d’ajouter «pour les animaux sans les poils comme les cafards», car pour le reste, il était allergique. Il a fourni tous les efforts qu’il pouvait, mais j’ai assisté, impuissant, à la mort à petit feu de son rêve d’enfant. Prêcher l’existence de la méritocratie, c’est aussi faire peser sur cet élève l’entière responsabilité de sa situation alors que les raisons de l’échec étaient ailleurs. C’est pour cette raison que Selma, une étudiante en hypokhâgne de 18 ans, me confie qu’elle est favorable à un enseignement explicite des différents déterminismes. Lorsqu’elle en a entendu parler pour la première fois au lycée, ce furent des mots apaisants posés sur des blessures encore ouvertes : «Je me suis dit : "C’est donc pour cela que j’ai plus de mal à trouver un job étudiant que mes copines qui viennent d’un milieu social plus prestigieux".» Pas parce qu’elle ne le méritait pas.

Reste la solution bien confortable du mutisme. Mais, par la magie de ce que Lee Ross appelle «l’erreur d’attribution fondamentale», cela reviendrait à laisser les élèves croire d’eux-mêmes à la méritocratie. En effet, les recherches en psychologie sociale démontrent que, pour expliquer ce qu’il observe, l’humain a naturellement recours aux facteurs internes au détriment des explications situationnelles. Et la source de cette erreur est la «croyance dans un monde juste» (CMJ) à laquelle on tend naturellement. Ce biais cognitif théorisé par Melvin J. Lerner consiste à penser qu’on «obtient ce qu’on mérite et qu’on mérite ce qu’on obtient» : même lorsque nous reconnaissons d’autres facteurs comme le hasard, nous leur donnons une signification morale parce que cela répond à notre besoin de contrôle. Notre envie de croire à une justice immanente est telle qu’on croit que «la chance sourit aux audacieux». Et puis, il y a la flemme : le recours aux explications internes est le fast-food de la pensée, il demande beaucoup moins d’efforts que la considération des contraintes situationnelles. Les raisons d’expliciter les déterminismes sociaux dès le plus jeune âge sont donc nombreuses et légitimes. Le sociologue Fabien Truong s’y est essayé, et il raconte son expérience auprès de ses élèves des séries ES dans le bassin du 93. Il décrit une «réaction générale qui oscille entre la prise de conscience pour certains et le fatalisme pour d’autres». Et pour contrebalancer ce dernier, il appelle à «individualiser le discours et à recourir à une rhétorique plus anglo-saxonne centrée sur la possibilité de chaque élève de réaliser l’improbable». En clair, rappeler que «Yes you can». Fabien Truong défend l’idée selon laquelle la connaissance sociologique est le premier pas vers la liberté : «C’est en connaissant ses déterminismes que l’on peut être véritablement libre», écrit-il. C’est également le point de vue de Bernard Lahire, qui plaide en faveur d’une explication méticuleuse et non brutale des déterminismes : «Si on explique aux élèves que la compréhension des lois de la physique est précisément ce qui nous a permis d’inventer des avions, alors que nous sommes des animaux sans ailes, ils comprennent que l’émancipation ou la liberté est une chose qui se conquiert en toute connaissance du réel.»

Rachid Zerrouki - Professeur en SEGPA à Marseille et journaliste

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C'était en juillet 2017. Bénédicte Loubère avait tout compris, déjà, des causes de la crise sociale à venir...

17 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Sociologie

Depuis 1981, Donzy, 1 600 habitants, a la particularité de refléter le vote des Français à l'élection présidentielle - même résultat, même pourcentage qu'au niveau national. Cela s'est-il vérifié cette année encore ? Début 2017 et jusqu'à l'élection d'Emmanuel Macron le 7 mai, Bénédicte Loubère et Pierre Chassagnieux sont allés recueillir la parole des habitants de cette bourgade de Bourgogne. Pour qui vont-ils voter ?

A travers les témoignages de ces représentants d'une France rurale et discrète, la campagne présidentielle menée depuis Paris prend un relief particulier. "Ils pourraient revoir leur façon de vivre par rapport à nous", résume Yvonne, 62 ans, en réaction à l'affaire Fillon. Divorcée, la retraitée, 3 enfants et 4 petits-enfants, a fini sa carrière comme femme de ménage à la suite d'une maladie, et se débrouille avec 50 euros par semaine. Pascaline, 65 ans, pompiste, secrétaire et comptable du garage repris avec son mari, ne touche quant à elle aucun salaire pour ses neuf heures de travail par jour. Frédéric, lui, est producteur de foie gras et d'huile de noix. Emmanuel, policier municipal, et Jacqueline, sa femme, retraitée SNCF, ont 5 enfants. Melinda, monitrice d'équitation, 35 ans, séparée, un fils, et Louise, animatrice de centre équestre, vivent sous le même toit.

Conseil municipal, repas de famille, débats télévisés, scènes de marché... Entre champs et forêts, la vie à Donzy s'écoule, distillant un signal d'alerte formulé par le maire, Jean-Paul Jacob : "Il y a une vraie cassure" entre la ville et la campagne.

Ingrid Sion

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Jean Viard : "Nous sommes une société de la discontinuité" - France Culture (Audio)

17 Novembre 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Sociologie

Jean Viard : "Nous sommes une société de la discontinuité" - France Culture (Audio)

Un an après la première mobilisation des Gilets jaunes, l’exécutif fait de nouveau face à une contestation sociale forte. Comment l’interpréter et comment en sortir ? Pour en parler, nous recevons le sociologue Jean Viard

Hôpital public, universités, école, transports… L’exécutif fait de nouveau face à une contestation sociale forte. Entre fracture sociale et fracture territoriale, l'analyse d'un homme qui travaille depuis quarante ans sur les questions de territoires, de mobilité et de temps libre. En mai il a publié un essai sur les racines du mouvement des Gilets jaunes, L’Implosion démocratique et il vient de publier Un nouvel âge jeune ? Devenir adulte en société mobile (coéd. L’aube et la fondation Jean Jaurès).

Jean Viard, sociologue, directeur de recherche associé au Cevipof- CNRS. En 2017 s’est présenté aux Législatives dans le Vaucluse sous la bannière LREM.

"Sur notre territoire, il n'y a pas de lieux condamnés mais il y a des lieux sans projet.

"La révolution écologique est portée par les jeunes. Donnons-leur le droit de vote à 16 ans et donnons-leur les moyens de faire un voyage de dix jours en France pour découvrir leur pays!"

"On a enfermé les pauvres dans la laideur. Si on prive les gens de la beauté, ils se révolteront".

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Le parcours d’une génération à l’école selon l’origine sociale...

14 Novembre 2019 , Rédigé par Observatoire des inégalités Publié dans #Sociologie

Le parcours d’une génération à l’école selon l’origine sociale...

EXTRAIT

Au collège, les enfants d’employés et d’ouvriers sont presque trois fois plus nombreux que les enfants de cadres supérieurs. À bac + 5, c’est l’inverse. Que s’est-il passé ?

Au collège, les enfants d’employés et d’ouvriers sont presque trois fois plus nombreux que les enfants de cadres supérieurs. Au sommet des études supérieures, à bac + 6 ou plus, les enfants de cadres supérieurs sont sept fois plus représentés. Une étude du ministère de l’Enseignement supérieur [1] décrit la trajectoire d’une génération, celle qui a obtenu le bac en 2008, tout au long de ses études. Elle met en lumière la façon dont les écarts entre milieux sociaux se creusent au fil du temps.

Suivons à la trace de ces jeunes au fil de leur scolarité. Pour cela, il faut commencer par le collège. Presque tous les jeunes d’une génération vont jusqu’en troisième : l’origine des élèves représente alors à peu près la composition sociale de la population active totale. Au début des années 2000, les enfants de cadres supérieurs regroupaient 17 % des élèves, ceux d’ouvriers et employés, près de la moitié [2]. Ces derniers étaient donc 2,9 plus nombreux.

Ces mêmes élèves ont passé le bac en 2008. Parmi ceux qui l’ont obtenu, un tiers étaient enfants de cadres supérieurs [3] et 31 % seulement d’enfants d’ouvriers ou d’employés. Quasiment l’égalité. La part des enfants de cadres a donc doublé et celle des enfants de milieu populaire a baissé d’un tiers. Pour ces derniers, la fin de la troisième est un moment charnière, une part d’entre eux est orientée vers des filières courtes, voire abandonnent l’école.

(...)

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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A lire... Un pouvoir implacable et doux : La Tech ou l'efficacité pour seule valeur - Philippe Delmas/Fayard

13 Novembre 2019 , Rédigé par Libération - Fayard Publié dans #Sociologie

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Najat Vallaud-Belkacem: "Il faut travailler sur la notion de parentalité des hommes" (Vidéo)

9 Novembre 2019 , Rédigé par Le Dauphine.com Publié dans #Sociologie

Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l'Education Nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, était l'invitée de GEM en débat, à Grenoble Ecole de Management. L'occasion d'évoquer notamment l'égalité hommes / femmes, avec les différences de salaires. Pour l'ancienne porte-parole du gouvernement , le phénomène est lié "à un mode d'organisation de notre société, qui fait que les femmes ont la double journée, les responsabilités familiales, les carrières qui s'interrompent car ce sont surtout elles qui prennent des congés parentaux. Tous ces éléments mis bout à bout, elles se voient moins proposer d'augmentation salariale, de promotion de carrière et donc de salaire plus élevé. Il faut donc un équilibre dans les responsabilités entre hommes et femmes."

Benoît LAGNEUX

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Le temps des passions tristes - Inégalités et populisme (Vidéo)

9 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Sociologie

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A lire... "Vagabondes, voleuses, vicieuses : adolescentes sous contrôle, de la Libération à la libération sexuelle" - Véronique Blanchard

28 Octobre 2019 , Rédigé par Mollat - La Vie des Idées Publié dans #Histoire, #Sociologie, #Education

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