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Vivement l'Ecole!

sociologie

Les fonctionnaires, souvent négligés mais bien irremplaçables...

17 Novembre 2020 , Rédigé par Libération Publié dans #Sociologie

Les fonctionnaires, souvent négligés mais bien irremplaçables...

Telle l’Eglise qui fait face depuis des années à une crise des vocations, la République, ou plus précisément la fonction publique, peine à recruter. Le nombre de candidats aux différents concours permettant d’y accéder a chuté de 650 000 en 1997 à 228 000 en 2018. Un récent article du Monde a mis en lumière cette triste évidence : devenir fonctionnaire dans la France de 2020 ne fait pas rêver. Comment s’en étonner ou pire s’en réjouir ?

Cela a beaucoup été dit à l’occasion du débat sur la réforme (non enterrée) des retraites comme lors du Grenelle de l’éducation initié par le ministre Jean-Michel Blanquer, cela a également sauté aux yeux de l’opinion pendant la première vague de Covid-19 et le Ségur de la santé : nos enseignants et nos soignants ne sont pas valorisés comme ils le devraient. La question est d’abord financière, en particulier en début de carrière. Et le compte n’y est pas : pour les enseignants, avant une loi pluriannuelle prévue l’an prochain, il faudra, pour ceux qui sont concernés par les critères d’ancienneté retenus, se contenter d’environ 100 euros mensuels en rab pour 2021.

La dégradation continue des conditions de travail a fait perdre de sa superbe à la fonction publique, dont la promesse d’emploi à vie ne suffit visiblement plus. Dire cela n’est pas écarter les débats sur d’éventuelles réformes, même s’il faut avoir en tête que si les moyens ne font pas tout, ils sont rarement un obstacle à la réussite. Et que réformer gagnerait à ne pas toujours signifier affaiblir au nom du «faire mieux avec moins». Les fonctionnaires, c’est quand ils ne sont plus là que même ceux qui les critiquaient les regrettent.

Si les chiffres disent parfois plus que les mots, la valorisation ne se traduit pas que sur la fiche de paie. Dans des discours simplistes mais porteurs, cela fait maintenant trente ans que «les fonctionnaires», servis à toutes les sauces, font office de boucs émissaires médiatiques et de variables d’ajustement de la rigueur budgétaire. Et en l’espèce, la différence entre la gauche et la droite successivement au pouvoir n’a pas été suffisamment notable, même si c’est bien sous Hollande qu’on a embauché des profs et des policiers, et sous Sarkozy qu’on avait supprimé des postes à la pelle.

Au-delà des applaudissements sincères saluant les soignants au printemps, il y a urgence à remettre notre fonction publique au centre du village. Et de réhumaniser des services publics évidemment par ailleurs numérisés. Les Français attendent beaucoup de l’Etat, en particulier dans la période actuelle, mais les mêmes sont parfois sensibles à des discours qui ne parlent des fonctionnaires qu’en troupeau en brandissant le chiffre le plus spectaculaire en matière de baisse des effectifs. Un marqueur de «volontarisme», paraît-il. Macron, qui en sera heureusement loin en 2022 et l’a déjà reconnu, avait fixé la barre à 120 000 quand Fillon affichait le chiffre peu crédible de 500 000 suppressions.

Derrière la fonction publique, c’est la manifestation concrète de l’Etat qui est en jeu. La première ligne, le premier guichet. Avec des missions dont la société a décidé qu’elles sont suffisamment majeures pour ne pas les confier, en tout cas pas prioritairement, au marché. Sans un système de santé solide et, surtout, des personnels qui tiennent, tout s’effondre. Chacun le sait désormais. Une médaille et quelques miettes ne peuvent suffire. Aux enseignants, on confie nos enfants avec la lourde responsabilité de coproduire leur apprentissage, mais aussi leur rapport à la citoyenneté et aux valeurs républicaines communes. Le faire contre des clopinettes n’est pas affaire de vocation.

Alors que les critères de Maastricht appartiennent au passé et qu’on vit à l’ère du «quoi qu’il en coûte», en quoi ne serait-il pas productif de former et d’embaucher massivement les enseignants et les soignants dont personne ne peut sérieusement nier qu’ils manquent à la France ? Ne serait-ce pas une indiscutable création de richesse collective ? L’Elysée n’en est pas convaincu. Moins de candidats, sans faire injure aux reçus, c’est aussi moins de sélection. Pas évident qu’on y gagne.

Jonathan Bouchet-Petersen, rédacteur en chef adjoint, service France

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"... la norme est le produit d’un rapport de forces, au service de ceux qui peuvent s’en prévaloir."

24 Septembre 2020 , Rédigé par Libération Publié dans #Education, #Sociologie

"... la norme est le produit d’un rapport de forces, au service de ceux qui peuvent s’en prévaloir."

Normal, quoi...

Face aux lycéennes qui revendiquent de porter ce qu’elles veulent, Blanquer et Macron en ont appelé au «bon sens» et à la normalité. Or la norme est le produit d’un rapport de forces, au service de ceux qui peuvent s’en prévaloir.

La semaine dernière, des collégiennes et des lycéennes lançaient sous le hashtag #lundi14septembre un joyeux mouvement de résistance à des règlements vestimentaires glosant sur la longueur des jupes, des shorts, des crop-tops, sur la profondeur des décolletés et la largeur des bretelles de débardeurs. Cette offensive, semble-t-il assez générale à l’échelle des établissements du territoire, relève d’une logique patriarcale bien ancrée : garder un œil sur les corps de nos filles, les protéger de la libido intrinsèquement débordante des garçons ; les protéger des insultes sexistes que, forcément, elles provoquent un peu avec leur soutien-gorge trop visible, ou, pire encore, leur absence de soutien-gorge. Alors, qu’est-ce qu’on fait, on en met ou on n’en met pas ?

Des mises au point, aussi claires que salutaires, ont été publiées depuis, dans les pages de ce journal et ailleurs. Toutes rappellent combien le maintien du corps de nos filles, et des femmes en général, sous le regard de la société relève d’un vieux système qui vise tantôt à nous couvrir, tantôt à nous découvrir, toujours nous contrôler, de la plage au musée, de la piscine à l’école, de la rue au travail.

Les historien·ne·s ne manquent pas, depuis maintenant plusieurs décennies, d’apporter leur contribution à ce constat. Merci, notamment, à Christine Bard d’avoir mis à jour les mécanismes et les enjeux portés, c’est le cas de le dire, par certaines pièces de notre garde-robe, autant affaires de modes que d’assignation à des rôles sociaux.

Quelle a été la réponse de nos gouvernants ? Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, et quelques jours plus tard le président Emmanuel Macron ont été interpellés sur la question. Le premier a estimé qu’ «il suffit de s’habiller normalement, et tout ira bien». Il en a appelé à un «grand bon sens» pour sortir de ce qui semble à ses yeux une polémique stérile, beaucoup de bruit pour rien en somme. Le second lui a emboîté le pas, estimant tout à la fois qu’il n’avait pas à intervenir dans toutes les «polémiques» et appelant, à son tour, à user de «bon sens». Haussement d’épaules et revers de main.

Mais oui, voyons ! Soyez normales, mesdames et mesdemoiselles ! Puisqu’on vous dit que c’est simple ! Après tout, quoi de plus normal que la norme ? Pourquoi nous, historien·ne·s, anthropologues, juristes, linguistes, sociologues, philosophes et autres chercheu·rs·ses en sciences humaines et sociales nous épuisons-nous à interroger, déconstruire, contextualiser et confronter l’élaboration des normes, que celles-ci soient vestimentaires, corporelles, familiales, sexuelles, raciales ou religieuses ? En tout état de cause, résolument sociales et politiques. En appelant à la norme, plus encore, à la normalité, Blanquer et Macron feignent de clore un débat qui ne fait qu’inciter à multiplier les approches critiques de ces normes dont nous avons sans doute besoin pour vivre ensemble, mais dont il ne faut jamais oublier ni sous-estimer l’historicité et les finalités, notamment de domination, le mot est lâché. Dans un registre différent, mais pas si éloigné, Coluche l’avait cruellement compris en 1974 : «Un mec normal, blanc quoi…» La norme n’est pas seulement relative, située dans un temps, un espace et une organisation sociale, elle est le produit d’un rapport de forces au service de ceux, plus rarement celles, qui peuvent s’en prévaloir lorsque leur position se trouve contestée. En essentialisant la norme, ces deux dirigeants, dont le moins qu’on puisse dire est que leur légitimité est actuellement interrogée, opposent à ces adolescentes la faiblesse de l’argument d’autorité, autorité qu’ils renouvellent mollement à des chefs et cheffes d’établissement démuni·e·s et débordé·e·s par une rentrée, comment dire, «hors normes».

Vivons-nous vraiment des temps suffisamment normaux pour pouvoir nous cacher derrière le paravent du bon sens ? Une rentrée normale ? Un climat normal ? Une pauvreté normale ? Un niveau de chômage normal ? Un accès au logement normal ? Le #lundi14septembre s’avère bien plus qu’un des innombrables fronts du combat féministe - ce qui est déjà un chantier gigantesque. Il nous parle de nous tous et toutes, de notre façon d’occuper et de partager l’espace public, bien commun précieux et fragile. Quand le grand bon sens blanquérien remplace l’esprit critique, il est largement temps de s’inquiéter. Tout ira bien… on parie ?

Nadia Vargaftig maître de conférences à l’université de Reims, Champagne-Ardenne (Urca)

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Trois jeunes adultes racontent leur évolution au sein d'une famille riche... Et c'est passionnant!

19 Septembre 2020 , Rédigé par France Culture Publié dans #Sociologie

Trois jeunes adultes racontent leur évolution au sein d'une famille riche... Et c'est passionnant!

EXTRAIT

Adolescents à l'époque, trois jeunes adultes racontent leur évolution au sein d'une famille riche. Ils confient leurs souvenirs de virées shopping dans un taxi privé aux vitres teintées. Malgré une vie sans problème apparent, chacune de leur histoire raconte une gêne.

La première personne qui nous raconte son histoire est étudiante en école de commerce, elle a grandi dans une famille noble, entre un père financier, et une mère travaillant pour une marque de prêt à porter.  Scolarisée dans un établissement catholique, elle a intégré un collège public lors de son entrée en classe de 5ème. Ce qui a changé sa vision du monde. 

J'ai grandi dans une bulle, où tout le monde est plus ou moins catholique, où tout le monde a un certain train de vie. En rentrant au collège, j'ai du m'adapter et ouvrir les yeux sur le fait que tout le monde n'habite pas dans les beaux quartiers, dans des appartements de 300 mètres carrés. 

Cela me paraissait très bizarre de voir que tout le monde ne partait pas skier l'hiver. Pour moi tout le monde sait skier. Je trouve ça drôle de me dire qu'on fait des choses toute notre vie que des personnes n'ont jamais fait. 

Malgré son ouverture d'esprit, ce changement est compliqué, cela prend du temps de changer ses automatismes

Aujourd'hui, je me considère toujours comme snob, parce que ce sont mes racines. Si j'arrêtais d'être snob, c'est comme si j'arrêtais de porter mon nom de famille. Mon éducation me colle à la peau : on m'a appris à juger et à porter un regard critique sur plein de choses. 

(...)

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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Pascal Dibie : «Comment toute une partie de l’humanité accepte-t-elle de passer ses journées assise sur une chaise de bureau ?»

12 Septembre 2020 , Rédigé par Libération Publié dans #Education, #Sociologie

EXTRAITS

Le confinement a montré combien le bureau, par son absence, hante nos existences. Dans une brève histoire de l’objet et du lieu, l’ethnologue montre que la position assise pour travailler est douloureuse et loin d’être universelle. Alors on se lève ?

Alors que la rentrée nous fait renouer, plus ou moins selon la cartographie du Covid-19, avec la vie de bureau, l’ethnologue Pascal Dibie publie une enquête à la fois sémantique, historique et politique, sur ce qui occupe une bonne partie de notre existence. Dans Ethnologie du bureau, brève histoire d’une humanité assise» (Métailié), il se demande comment d’Homo sapiens nous sommes devenus des Homo sedens. Comment a-t-on convaincu une si grande partie de la population occidentale à rester enchaîné à une table ? Aucun aspect n’échappe à l’ethnologue, que ce soit le lieu de l’écriture, le meuble, la pièce, le bâtiment, l’administration, le système bureaucratique, l’histoire, l’architecture… A l’heure où le télétravail s’est imposé à certains pour des raisons sanitaires, cet examen passionnant ferait-il office de nécrologie ?

(...)

Pour nous enchaîner au bureau, il faut d’abord s’asseoir. Vous parlez d’une humanité assise.

En effet le bureau nécessite de nous plier en quatre. Ce n’est pas une position évidente. Dans beaucoup de régions du monde, pour recevoir la connaissance ou écrire, on ne s’assoit pas. Dans le monde africain, indien et asiatique, on se met en tailleur ou on s’agenouille sur les talons. S’asseoir sur une chaise ou un fauteuil n’est pas une position universelle, mais en Europe c’est une position de roi. Du trône vient toute la puissance du fauteuil, ceux qui décident sont souvent assis.

On a aussi travaillé debout…

Dans les monastères, les moines copiaient souvent debout, seuls les plus expérimentés d’entre eux, chargés d’exécuter des enluminures très délicates, pouvaient s’asseoir. Mais il semble que cette station debout fasse un retour, on propose maintenant des bureaux dont on règle la hauteur, on peut travailler et télétravailler debout.

On fait l’apprentissage de la position assise très jeune, dès l’école…

C’est aussi contraignant qu’un dressage. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les bancs étaient fixés aux pupitres qui eux-mêmes étaient fixés au sol. Il fallait restreindre la liberté de mouvement de l’enfant, c’était l’outil de la discipline. De 6 ans à la fin du lycée, l’élève devait se taire, ne pas bouger. Comment peut-on accepter de telles contraintes ? C’est heureusement moins vrai aujourd’hui. Ces pupitres étaient les premiers facteurs de scolioses en France.

(...)

Quand les femmes font-elles leur entrée dans les bureaux ?

Cela commence dans les années 30 avec l’augmentation de la proportion d’employés de bureau dans la population active. Dans certains endroits aux Etats-Unis, les premières femmes travaillaient dans des sortes de cages, comme s’il fallait à tout prix les protéger des assauts masculins. Il faut attendre les années 60 pour que leur présence devienne plus courante. Les femmes secrétaires ont rarement du pouvoir et sont le sujet de multiples réactions machistes et de fantasmes. Le bureau garde un genre plutôt masculin, voire viril. Au début de l’informatique, par exemple, les effectifs étaient très féminins, puis ils se sont très vite masculinisés quand on a réalisé l’importance cruciale de ce secteur dans l’organisation de l’entreprise. Ce machisme continue d’imprégner le milieu professionnel.

(...)

Selon vous, même si le télétravail remet fortement en question le bureau, le travail nous envahit de plus en plus…

La dématérialisation du bureau permet un envahissement total de la vie personnelle par le domaine professionnel, on déconnecte de moins en moins… Le bureau a fini par déborder sur tout notre emploi du temps. Même nos villes se sont «dés-heurées». Nous finissons par avoir le bureau dans la tête et dans la peau.

Propos recueillis par Catherine Calvet

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Coup de coeur... Pour une fois, une vidéo... "Clasher l'ennui"...

8 Septembre 2020 , Rédigé par Abcdr Du Son Publié dans #Musique, #Sociologie

Au début des années 2000, la battle Dégaine ton Style est organisée aux Ulis, ville nouvelle déposée en marge de l'Essonne par les plans d'aménagement du territoire. Dans ces cités perdues au milieu des champs, des quartiers s'affirment et font de leurs joutes verbales l'un des points chauds du rap français. Mais plus qu'imprimer la marque des Ulis et du 91 sur le rap de l'hexagone, Dégaine ton Style est une aventure qui révèle la force de quartiers isolés, artificialisés et livrés à eux-mêmes.

Soudés autour du mythique groupe UlTeam Atom, les jeunes de la ville ont fait battre le cœur de leurs cités à travers ces battles. Cette victoire contre la déshérence, c'est ce que le documentaire "Clasher l'ennui" retranscrit, en faisant vivre la mémoire de générations passées et présentes, aussi avides de culture que conscientes des démons à combattre depuis l'édification de la ville.

Clasher l'ennui est un documentaire produit par Fik’s Niavo (Kartier General) x Les Gros Sourcils x Noise la Ville et réalisé par Yveline Ruaud. Avec des interventions de : Sinik, Grödash, Fik’s Niavo, Gyver Hypman, John Steell, Bobby Niavo, Templar, Kizito, Da’Pro, Aladoum, M.A.X, Twinky, P.Kaer, Artik, Badsam (Rap Contenders), ainsi que d'habitants des Ulis. Une musique originale de Gyver Hypman. Des musiques additionnelles de Guts ("Pura Vida" - Wax On), Coops ("That Jazz" - Prod. Talos - High Focus Records) et Ulteam Atom ("Clasher l'ennui"). Un montage d'Étienne Migaise. Diffusion : Abcdr du Son

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Pourquoi je démissionne de la Fondation maison des sciences de l’homme....

23 Juillet 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Culture, #Sociologie

Pourquoi je démissionne de la Fondation maison des sciences de l’homme....

Le sociologue, qui dirigeait ce centre de recherches depuis 2009, vient d’annoncer qu’il quitte son poste, sur fond de désaccords profonds avec le ministère de la Recherche et le Campus Condorcet, qui regroupe désormais la recherche en sciences humaines et sociales.

Tribune. Que fait le pouvoir pour relancer les sciences humaines et sociales françaises (SHS) qui ont perdu beaucoup de leur aura internationale ? Sous la présidence Sarkozy, il a décidé de juxtaposer au nord de Paris plusieurs établissements universitaires et de recherches en SHS et de les doter de services communs : ce sera le Campus Condorcet. L’histoire dira si ce projet d’abord immobilier peut être plus que leur regroupement sur un même territoire et si une dynamique scientifique collective, de niveau international en naîtra. Il est trop tôt pour trancher.

Le pouvoir a aussi créé l’Alliance Athéna, censée «réunir les principaux acteurs de la recherche au service d’une stratégie commune de portée internationale». Mais avec quels résultats ? Qui a jamais entendu parler d’Athéna, en dehors de la bureaucratie universitaire française ?

La Fondation maison des sciences de l’homme (FMSH), une institution de taille modeste - 140 emplois, un budget de l’ordre de 17 millions d’euros - a été capable jusqu’ici, à contre-courant des tendances au déclin des SHS françaises, d’agir avec souplesse et efficacité à l’échelle internationale. Qu’on en juge : invitation et accueil de centaines de chercheurs étrangers chaque année en France et, symétriquement, mobilité «sortante» pour des chercheurs français ; politique scientifique novatrice avec la création en 2011 du Collège d’études mondiales dont les titulaires de chaires sont de belles figures de la recherche : Manuel Castells, actuel ministre espagnol des Universités, Hervé Le Bras, Saskia Sassen, Dominique Méda, Richard Sennett, Nancy Fraser, Michel Foucher, René Frydman, Marc Fleurbaey, François Jullien, etc., sans oublier le regretté Ulrich Beck, penseur prémonitoire de la société du risque ; installation de plateformes innovantes, où nombre de chercheurs du monde entier et de diverses disciplines coopèrent sur de grands chantiers (progrès social, sortie de la violence, racisme et antisémitisme, etc.) ; cycles de conférences «penser global», avec Edgar Morin ou Immanuel Wallerstein ; partenariats internationaux, débouchant sur d’innombrables initiatives en France et à l’étranger ; action pionnière en matière numérique, etc. Le rapport du Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), une institution d’évaluation indépendante mandatée officiellement, est ici positif. Et si un «référé» de la Cour des comptes conteste cette appréciation, on objectera qu’il n’est peut-être pas de sa vocation et de sa compétence que d’évaluer l’apport scientifique et le rayonnement mondial d’une fondation comme la FMSH.

Reconnue d’utilité publique, la FMSH est hybride et atypique, largement financée par l’Etat en même temps que de droit privé. Inscrite dans les réseaux des fondations internationales, elle abrite depuis janvier la délégation française de la Fondation Gulbenkian. Or, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche s’est comme réveillé en 2019 pour la mettre sous tutelle et contribuer à une entreprise de démolition où quelques hauts fonctionnaires et un quarteron de dirigeants universitaires se sont coalisés. Leur méthode ? Fouler ses statuts aux pieds, lui faire subir prédation et isolement, mépriser les personnalités qualifiées incarnant la société civile au sein de son conseil de surveillance, priver son directoire de ses prérogatives statutaires et finalement la vider de son sens pour en faire une agence de moyens au service exclusif du Campus Condorcet. Cette destruction a été facilitée par la politique néolibérale imposée sous Sarkozy et poursuivie ensuite. En 2010, trois quarts des personnels de la FMSH étaient des fonctionnaires, le ministère a exigé de remplacer ceux qui partaient par des salariés de droit privé et, en 2020, le rapport était inversé. Les salariés sont la majorité, la culture de l’institution s’est dégradée, le syndicalisme s’est affaibli. Le capitalisme n’est pas en cause ici, mais l’Etat, et les politiques qui le dirigent.

Avec Frédérique Vidal ministre, la déstructuration de la FMSH s’est accélérée, devant beaucoup à un système où les responsables politiques d’un Etat plutôt gazeux laissent une bureaucratie, ses réseaux et ses affidés universitaires développer des stratégies qui leur sont propres, et à courte vue. Ce qui s’observe ici, en moins dramatique, est du même ordre que ce que l’on a constaté en matière de santé, avec la question des masques et des tests. A ceci près qu’à l’impéritie s’ajoute une logique de démolition. Quelques hauts fonctionnaires du ministère désiraient la mise sous tutelle et même la destruction de la FMSH pour des raisons dont les seules avouables tiennent au fiasco qui guette le Campus Condorcet : puisque les financements et les personnels risquent de lui manquer, que les centaines de millions d’euros déjà investis ne suffisent pas, pourquoi, se sont-ils dit, ne pas dérouter les ressources affectées à la FMSH vers Condorcet, déshabiller Paris pour habiller Aubervilliers ? Le calcul ne pouvait que séduire celles des principales institutions engagées dans le Campus dont les dirigeants sont membres de droit du conseil de surveillance de la FMSH : ils s’en sont fait les promoteurs. Cela impliquait pour ces acteurs de prendre le contrôle de la fondation, en faisant rentrer dans son conseil de surveillance des personnalités gagnées à ce projet, et en nommant un commissaire du gouvernement qui soit aussi un directeur au ministère. Il fallait aussi l’affaiblir, disqualifier son action et court-circuiter le président de son directoire réélu en juin 2019 et perçu comme un obstacle : nous en sommes là.

C’est pourquoi je démissionne. Les deux autres membres du directoire font de même. Les quatre personnalités qualifiées incarnant la société civile au conseil de surveillance le quittent, rejoignant le représentant du FNRS (équivalent belge du CNRS), membre de droit qui demande depuis un an à ne plus y siéger - il n’y a plus désormais d’institution étrangère au sein du conseil. Le pouvoir, tout en maniant une logique néolibérale, a laissé agir une bureaucratie d’Etat et ses affidés universitaires pour dévitaliser une des rares structures françaises assurant dans son domaine une présence et un rayonnement mondial de notre pays. C’est peut-être ce qu’Antoine Petit, le président du CNRS, qui est partie prenante de cette casse, appelle une politique «darwinienne», celle que nous promet la loi, en gestation, de programmation pluriannuelle de la recherche.

Michel Wievorka

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Le temps des passions tristes : inégalités et populisme - François Dubet (Vidéo)

4 Juin 2020 , Rédigé par Mollat Publié dans #Sociologie

François Dubet vous présente son ouvrage "Le temps des passions tristes : inégalités et populisme" aux éditions du Seuil. Entretien avec Yves Déloye de Sciences-Po Bordeaux.

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Jeunes de France périphérique : les invisibles de la République ? (Vidéo)

31 Mai 2020 , Rédigé par Fondation Jean-Jaurès Publié dans #Sociologie

On ne les voit pas. On ne parle pas d’eux. Ils ne font pas de bruit. Ces millions de jeunes de la France périphérique, dispersés sur le territoire, s'ils ont un fort potentiel, sont pourtant oubliés et se trouvent face à un véritable parcours d’obstacles : autocensure, manque d’informations et de mobilité, fragilité économique, absence de réseaux, fracture numérique…

Salomé Berlioux, présidente de l'association Chemins d'avenirs – une association qui informe, accompagne et promeut des milliers de jeunes issus des zones isolées – débat aux côtés de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et stratégies d'entreprise de l'Ifop, à l'occasion de la sortie de son essai, rédigé avec Erkki Maillard, "Les Invisibles de la République. Comment on sacrifie la jeunesse de la France périphérique" (Robert Laffont, 2019).

La rencontre est animée par Jérémie Peltier, directeur des études de la Fondation Jean-Jaurès.

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Un·e jeune âgé·e de 18 à 29 ans sur six a perdu son emploi depuis le début de l'épidémie...

31 Mai 2020 , Rédigé par Slate Publié dans #Sociologie

Un·e jeune âgé·e de 18 à 29 ans sur six a perdu son emploi depuis le début de l'épidémie...

La génération Z pourrait être marquée durablement par le coronavirus

Si les jeunes ne sont pas les plus frappé·es par l'épidémie de coronavirus, la génération Z –née à partir de 1997– sera quand même marquée par le sceau du virus, prévient l'Organisation internationale du travail (OIT), un organisme dépendant de l'ONU. La crise liée au Covid-19 affectera l'économie et le futur de cette génération qui entre à peine dans la vie active.

L'ONU affirme qu'à travers le monde, un·e jeune sur six âgé·e de 18 à 29 ans a perdu son emploi durant le confinement. Les individus de cette tranche d'âge ayant conservé leur emploi ont vu leur nombre d'heures de travail chuter de 23% en moyenne. Un constat terrible pour une génération déjà très affectée à l'échelle mondiale par le chômage. En 2019, près de 14% de jeunes étaient sans emploi, un taux supérieur à celui de toutes les autres tranches d'âge.

Des emplois précaires

Si la génération Z est la plus touchée par la crise économique liée au Covid-19, c'est parce qu'elle totalise une part très importante des emplois précaires du marché du travail. Un·e jeune de 15 à 24 ans sur dix travaille dans un secteur durement touché par le coronavirus, d'après un article de CNBC. Parmi ces individus, 77% étaient employés en contrat précaire. Soit 17% de plus que chez les personnes âgées de plus de 25 ans.

Les conséquences de l'épidémie et du confinement dans les secteurs de l'emploi et de l'éducation pourraient affecter les jeunes «de façon disproportionnée», selon l'OIT. Quatre-vingt-dix-huit pourcent d'entre elles et eux confient d'ailleurs avoir vu leur centre de formation ou école fermer depuis le début des événements.

Pour Guy Ryder, directeur général de l'OIT, une action sérieuse et immédiate doit être menée sous peine que «le talent et l'énergie des jeunes ne soit mis de côté par le manque d'opportunités et rende la reconstruction d'un futur un peu plus difficile».

Louise Beda-Akichi

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