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Vivement l'Ecole!

sociologie

La prostitution des mineures, un fléau en hausse...

27 Février 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Sociologie, #Société

EXTRAITS

Combien sont-elles à s’adonner à cette activité ? Nul ne le sait. Si, de l’avis de plusieurs sources – justice, police, protection de l’enfance, associations –, le phénomène est en expansion, il n’existe aucune évaluation solide et récente.

« Aujourd’hui, je sais qu’il n’y a pas de honte à avoir, mais il m’a fallu du temps pour accepter que ce que je faisais était de la prostitution. Je préférais parler d’accompagnement, ou d’escort. Prostituée, c’était trop dégradant à mes yeux. »

Nina a 17 ans et le vocabulaire d’une jeune fille de bonne famille. C’est ce qu’elle est, par ailleurs. « J’appartiens à une famille unie. Mes parents m’ont toujours entourée. J’adorais mes petits frères », écrit-elle en guise de présentation dans le livre qui raconte son « retour de l’enfer », paru mercredi 26 février aux éditions de l’Observatoire (208 pages, 18 euros). Son titre est un cri : Papa, viens me chercher ! Dans ce récit construit avec l’aide de la journaliste Jacqueline Remy, la voix de Nina et celle de son père, Thierry Delcroix (des pseudonymes), alternent pour retracer deux années d’errance pour l’une, d’angoisse pour l’autre.

« On n’a rien vu venir. Au départ, Nina s’est mise à nous voler de l’argent, puis à fuguer, et un jour, on a découvert sur le Net qu’elle se prostituait. On a été complètement dépassés », reconnaît le père de famille, chef d’entreprise dans le nord de la France.

Le livre témoigne des efforts – parfois vains – entrepris avec son épouse pour maintenir le contact, y compris dans les périodes les plus difficiles, et sauver leur fille. Il dresse aussi un bilan amer des relations avec les institutions, promptes à soupçonner ceux qui les appellent au secours. Les pages écrites par Nina illustrent, elles, les raisons et les mécanismes qui conduisent en quelques mois une adolescente de 15 ans, issue d’un milieu social relativement aisé, à enchaîner les passes dans une chambre d’hôtel, sous la surveillance d’un proxénète.

(...)

Caractère « protéiforme »

Katia Baudry, sociologue et éducatrice spécialisée, organise avec son association Astheriia des modules de prévention et de sensibilisation aux conduites pré-prostitutionnelles et prostitutionnelles dans des collèges et des lycées de Seine-Saint-Denis.

Au cours de ses trois heures d’intervention, elle cherche à établir une relation de confiance avec les jeunes, souvent très défiants vis-à-vis des adultes. « On évoque les notions de consentement, de rapport entre les hommes et les femmes, l’accès à la pornographie. Parfois, ça peut libérer une parole, et certaines demandent à nous revoir individuellement, ou s’adressent aux infirmières scolaires. »

En classe, elle n’hésite pas à aborder le « michetonnage », qui consiste en l’octroi de faveurs d’ordre sexuel contre de l’argent ou des cadeaux. Cette pratique est connue de la plupart des jeunes filles, mais bien souvent elles ne la relient pas à la prostitution.

Pour la sociologue, l’une des clés de compréhension du phénomène consiste à aborder son caractère « protéiforme ». « Aujourd’hui, la prostitution des mineures touche tous les milieux sociaux, toutes les zones géographiques, et ça s’exprime de plusieurs manières ; du michetonnage aux filles exploitées à plusieurs dans des appartements ou des hôtels, en passant par celles qui proposent leurs services toutes seules en utilisant les réseaux sociaux, dans l’illusion d’une indépendance financière. »

(...)

« La prostitution des mineures est un phénomène très complexe qui fait apparaître plusieurs dimensions, variables selon les cas : l’appât du gain, un “effet Zahia” [cette jeune femme, à l’époque mineure, qui avait eu des rapports tarifés avec des joueurs de l’équipe de France de football à la veille de la Coupe du monde 2010], qui se traduit par une glamourisation de la vie d’escort ainsi qu’une banalisation très forte du sexe, liée à ce que véhiculent certaines émissions de télé-réalité et la pornographie en ligne », pointe le magistrat.

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Solène Cordier

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/02/26/la-prostitution-des-mineures-un-fleau-en-hausse_6030838_3224.html

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Une grande enquête sur l’état de la vie démocratique en France

7 Février 2020 , Rédigé par Destin Commun Publié dans #Sociologie

Une grande enquête sur l’état de la vie démocratique en France
La France en quête

Une grande enquête sur l’état de la vie démocratique en France par Destin Commun.

Pourquoi cette étude ?

La France n’a jamais semblé aussi divisée qu’aujourd’hui. Des plateaux de télévision aux réseaux sociaux, dans la rue et parfois même dans nos familles, les polémiques s’enchaînent et les désaccords politiques se transforment en détestations. Les Français déplorent que les moments d’unité du pays soient de plus en plus passagers.

Sommes-nous devenus irréconciliables ?

Experts, politiques, sont nombreux à le croire, mais pas nos concitoyens : ils ont conscience du danger que font courir ces divisions à l’avenir du pays. C’est le constat que nous tirons d’une grande enquête menée tout au long de l’année 2019 avec l’Institut de sondage Kantar, auprès de 6000 personnes.

Plus de huit Français sur dix pensent qu’on doit se serrer les coudes et faire face aux problèmes ensemble.

Ni l’entre-soi ni le chacun pour soi ne sont une solution : nous avons besoin d’écrire l’avenir ensemble. Pour Destin Commun, cette étude est un point de départ : elle est à la disposition de ceux qui cherchent à faire émerger une communauté de destin. Né en 2017, notre laboratoire d’idées et d’actions veut contribuer à bâtir une société plus soudée, dont les membres sont convaincus que ce qui les rassemble est plus fort que ce qui les divise. 

Une nation fragmentée ?

Notre rapport confirme que nous vivons comme les branches d’une famille éloignée, avec des valeurs, des codes et des grilles de lecture parfois radicalement différents. Certes, les bulles dans lesquelles nous vivons ne sont pas étanches : il arrive que des fronts communs surgissent et que des coalitions de circonstance se nouent. Du mouvement des Gilets Jaunes aux marches pour le climat, des voix parfois très éloignées les unes des autres s’entendent et se font entendre ensemble.

Mais nous avons des difficultés à prendre en compte des aspirations et des intérêts qui ne sont pas les nôtres. Nous avons tendance à parler à la place des autres et à projeter sur eux nos propres visions du monde. Nous masquons ainsi ce qui a pour eux de l’importance : leurs croyances, leurs convictions, leurs amertumes, leurs espérances.  

Ces écarts entre codes, valeurs et visions du monde sont naturels dans une société démocratique. il est même sain qu’ils existent. Mais lorsque ces écarts sont méconnus, ils favorisent les incompréhensions réciproques. En mettant en avant les positionnements les plus extrêmes, les réseaux sociaux et les médias en accentuent les effets.

Ces incompréhensions nourrissent en retour le ressentiment et la défiance mutuelle. Il devient plus acceptable de haïr les élites ou de mépriser les plus pauvres, de déconsidérer les bobos ou les classes populaires, de vilipender les migrants ou les musulmans, de regarder de haut les corps intermédiaires, de se défier de ceux qui cherchent le compromis. Elles nourrissent enfin une forme de nostalgie pour un temps passé, un « c’était mieux avant », et une tentation plus globale du repli sur les frontières nationales.  

(...)

Suite et fin à consulter en cliquant ci-dessous

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A lire... "Rendre le monde indisponible" - Hartmut Rosa (Ed La Découverte)

7 Février 2020 , Rédigé par France Culture - La Découverte - Libération Publié dans #Philosophie, #Sociologie

Présentation de l'éditeur:

Dominer le monde, exploiter ses ressources, en planifier le cours… Le projet culturel de notre modernité semble parvenu à son point d’aboutissement : la science, la technique, l’économie, l’organisation sociale et politique ont rendu les êtres et les choses disponibles de manière permanente et illimitée.

Mais alors que toutes les expériences et les richesses potentielles de l’existence gisent à notre portée, elles se dérobent soudain à nous. Le monde se referme mystérieusement ; il devient illisible et muet. Le désastre écologique montre que la conquête de notre environnement façonne un milieu hostile. Le surgissement de crises erratiques révèle l’inanité d’une volonté de contrôle débouchant sur un chaos généralisé. Et, à mesure que les promesses d’épanouissement se muent en injonctions de réussite et nos désirs en cycles infinis de frustrations, la maîtrise de nos propres vies nous échappe.

S’il en est ainsi, suggère Hartmut Rosa, c’est que le fait de disposer à notre guise de la nature, des personnes et de la beauté qui nous entourent nous prive de toute résonance avec elles. Telle est la contradiction fondamentale dans laquelle nous nous débattons. Pour la résoudre, cet essai ne nous engage pas à nous réfugier dans une posture contemplative, mais à réinventer notre relation au monde.

Pour en lire un extrait:

https://fr.calameo.com/read/0002150220d2b86a868ae

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Les réformes s’enchaînent, la précarité des jeunes s'accroît...

30 Janvier 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Sociologie, #Jeunesse

Les réformes s’enchaînent, la précarité des jeunes s'accroît...

Les jeunes ayant 20 ans aujourd’hui compteront parmi les grands perdants d'un système de retraite à points qui aura pour conséquence de baisser leurs pensions et de figer encore davantage les destinées.

Dans un contexte de réformes successives dégradant de manière rapide et brutale l’Etat social et les services publics (réduction de 5 euros par mois des APL en 2017, mise en place de Parcoursup en 2018, nouvelles règles de l’assurance chômage en 2019, augmentation des frais d’inscription pour les étudiant·e·s étranger·e·s à l’université en 2019, réforme des retraites prévues pour 2020, etc.), nous alertons des effets de ces choix politiques sur les conditions de vie des jeunes en France, et notamment de celles et ceux issu·es des milieux les plus modestes. Nous ne pouvons rester silencieux·ses face à l’affaiblissement des droits et protections sociales au regard du contexte actuel de précarisation du travail et du marché de l’emploi, qui touche plus particulièrement les jeunes.

En 2017, le taux de chômage des 15-29 ans s’élevait à 17% (contre 9,4% pour l’ensemble de la population). Pour les non diplômé·es, ce taux monte jusqu’à 39,2%. Les jeunes sont de plus en plus confronté·es à la difficulté de trouver un emploi pérenne. Leurs parcours sont marqués par des allers et retours entre des situations d’activité salariée faiblement rémunérée, des périodes d’auto-entreprenariat, des temps partiels subis et des périodes de chômage. Auparavant, les vingt-cinq meilleures dernières années étaient prises en compte dans le calcul des retraites pour ceux du secteur privé et ceux contractuels de la fonction publique, et les six derniers mois pour les fonctionnaires. La réforme des retraites à points va prendre en compte l’ensemble de la carrière du salarié pour les générations nées après 1974, et instaurer un système de malus conduisant à des départs en retraite (pour une retraite sans décote) de plus en plus tardifs. Les jeunes ayant 20 ans aujourd’hui partiront probablement en retraite à 67 ans. Ces générations compteront parmi les grandes perdantes d’un système qui aura pour conséquence de baisser leurs pensions de retraite, d’imposer un temps de travail plus long et de pousser les jeunes à accepter des emplois de plus en plus précaires et faiblement rémunérés pour obtenir quelques points de retraite.

Dépendance familiale

Une autre réforme, celle concernant l’attribution des allocations-chômage, conduit d’ores et déjà à des conséquences graves pour les jeunes. Alors qu’un·e chômeur·euse pouvait prétendre à une allocation après avoir travaillé pendant quatre mois, il ou elle lui faut à présent six mois de contrat. Or, l’on sait que les contrats courts sont plus fréquents chez les jeunes. De plus, les indemnisations ne seront plus calculées à partir du nombre de jours travaillés effectifs, mais à partir d’une moyenne calculée sur l’ensemble des jours de la semaine de la période travaillée. Ce qui signifie concrètement une baisse importante des allocations. Les jeunes, et notamment celles et ceux les plus précaires, connaîtront une augmentation du temps de cotisation et une baisse du montant de leur allocation, les confrontant ainsi à une situation de pauvreté grandissante et à un prolongement de la dépendance familiale.

Concernant les APL, elles ont été diminuées de 5 euros par mois en 2017. Cela, ajouté aux effets potentiellement négatifs de la contemporanéité des APL (réévaluation des aides sur la situation actuelle, et non à n-2 comme c’était le cas jusqu’ici) et à l’exclusion des moins de 25 ans sans enfant du RSA, précarise l’existence quotidienne des jeunes.

Renforcer les inégalités

Ces politiques sociales s’inscrivent dans un contexte global de fragmentation territoriale et sociale des parcours des jeunes, de la maternelle à l’université, avec des réformes conduisant à renforcer les inégalités, à figer encore davantage les destinées. L’ensemble des politiques sociales évoquées est justifié par la nécessité de faire des économies sur le budget de l’Etat, alors que vient d’être annoncée l’attribution de plus d’un milliard d’euros par an pour la généralisation du service national universel (SNU), soit deux semaines d’encadrement militaire qui ne répondront pas aux inégalités sociales, économiques, territoriales rencontrées par les jeunes.

Ainsi, ce sont différents pans de soutiens à l’entrée dans l’âge adulte qui sont attaqués et qui vont fortement dégrader les conditions de vie des jeunes et renforcer les inégalités entre eux. Ce programme de destruction des droits sociaux se réalise de manière accélérée et dans une certaine indifférence.

Les politiques menées par ce gouvernement, au premier rang desquelles le projet de réforme des retraites, ne visent qu’à ancrer la précarité vécue par les jeunes lors de leurs premiers emplois et ne conduiront, à terme, qu’à accroître les inégalités entre jeunes et entre générations.

Signataires : Yaëlle Amsellem-Mainguy, Valérie Becquet, Julie Couronné, Aden Gaide, Isabelle Lacroix, Laurent Lardeux, Patricia Loncle, Emmanuelle Maunaye, Paolo Stuppia, David Sudre, Guillaume Teillet, Benjamin Vial, Arthur Vuattoux, sociologues, membres de l’Association française de sociologie.

un collectif de sociologues membres de l’Association française de sociologie

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Faut-il parler des déterminismes sociaux aux jeunes qui les subissent ?...

11 Décembre 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Sociologie

Faut-il parler des déterminismes sociaux aux jeunes qui les subissent ?...

Expliquer très tôt l’origine des inégalités aux élèves qui en souffrent peut les décourager. Mais les laisser croire à la méritocratie, c’est leur faire porter l’entière responsabilité de leur échec… dont les raisons sont ailleurs.

Tribune. Un professeur fait face à un flot interminable de questions de toutes sortes. Des pertinentes, des indiscrètes, des fatigantes, des drôles, des étonnantes et parfois des tristes, comme celle que m’avaient posée un jour mes 4e Segpa : «Monsieur, pourquoi est-ce qu’on est nuls ?» Je les ai invités à combattre le manque de confiance en eux par plus d’optimisme et de travail. L’idée qu’ils s’estiment «nuls» m’était insupportable, mais ils voyaient bien que leur niveau scolaire était très éloigné de celui de leurs camarades dans les classes générales.

J’avais bien une réponse juste et déculpabilisante à leur offrir. J’aurais pu leur montrer les pavillons du quartier huppé sur lequel nous avions une vue imprenable, et leur dire que c’est parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’y naître qu’ils rencontraient ces difficultés. J’aurais pu projeter au tableau les statistiques de l’Observatoire des inégalités, et leur montrer que seuls 4 % des enfants de leur condition sociale arrivent à décrocher un bac + 5, contre 60 % des enfants de cadres, et puis conclure sur les mots du sociologue Camille Peugny : «Plus de deux siècles après la Révolution, les conditions de naissance continuent à déterminer le destin des individus. On ne devient pas ouvrier, on naît ouvrier.»

J’aurais même pu, en m’appuyant sur le dernier ouvrage dirigé par Bernard Lahire, m’attarder sur les mécanismes concrets par lesquels la hiérarchie sociale s’inscrit dans leurs corps et leurs esprits dès le plus jeune âge. A quoi aurait servi un tel discours, sinon à remplacer la culpabilité par un terrible sentiment d’injustice ? Est-il bien sage de catapulter nos bourdieuseries sur ces enfants en espérant d’eux qu’ils en tirent un quelconque espoir d’être des accidents sociologiques ? Pour Nelly, cette avocate parisienne fille d’ouvriers, une des rares de son village à avoir eu le bac, la réponse est non : «Si j’avais su, je n’aurais probablement pas cru que c’était possible d’être dans les 4 %», dit-elle. Lamia, issue d’une classe socioculturelle «mal barrée», a un point de vue similaire sur la question : «L’école m’a sauvée, et j’ai même fait Sciences-Po. Si j’avais su que j’étais statistiquement destinée à couler, je n’aurais même pas essayé.» Pour ces deux accidents sociologiques, savoir que les dés sont pipés aurait, selon elles, pu avoir des conséquences destructrices.

«Et puis à quoi bon le savoir ?» me demande Gersande. Cette femme de 38 ans a obtenu son diplôme d’accès aux études universitaires l’année dernière et évolue actuellement à Lyon-II. Au cours de son adolescence, elle est passée entre les mains de l’Aide sociale à l’enfance. Et alors qu’elle était en foyer d’urgence, elle n’a pas eu besoin de statistiques pour comprendre le péril qui la guettait : «Un soir, on entend quelqu’un qui crie devant le portail. C’est à moitié des cris et à moitié des pleurs. On est toutes descendues, c’était une ancienne du foyer qui était à la rue depuis des mois et qui suppliait qu’on lui file à manger et une couverture.» Alors, à la question de savoir si cela lui aurait servi à quelque chose d’apprendre qu’un quart des SDF sont d’anciens enfants placés, Gersande répond que «ça aurait été comme une espèce de preuve qu’on ne peut pas s’en sortir».

Enoncer brutalement les règles du jeu risque donc de décourager les participants les plus vulnérables. Il existe une alternative qui consiste à céder aux sirènes de la psychologie active, faire croire que «quand on veut, on peut», que la réussite scolaire ne dépend que des efforts fournis, du mérite et rien d’autre. Cette fable méritocratique peut permettre, dans certains cas, de repousser les limites en ignorant qu’elles existent. En effet, on entend souvent ceux qui ont réussi à s’en sortir répéter cette citation qu’on attribue tour à tour à Mark Twain, à Voltaire et à Cristiano Ronaldo : «Je ne savais pas que c’était impossible, alors je l’ai fait.» Le problème est que si certains peuvent en tirer un bénéfice, c’est une souffrance pour d’autres.

J’ai le souvenir d’un élève qui, par son enthousiasme, montrait qu’il croyait dur comme fer en cette méritocratie. Il était arrivé dans ma classe en 6e Segpa avec l’ambition d’être «vétérinaire» avant d’ajouter «pour les animaux sans les poils comme les cafards», car pour le reste, il était allergique. Il a fourni tous les efforts qu’il pouvait, mais j’ai assisté, impuissant, à la mort à petit feu de son rêve d’enfant. Prêcher l’existence de la méritocratie, c’est aussi faire peser sur cet élève l’entière responsabilité de sa situation alors que les raisons de l’échec étaient ailleurs. C’est pour cette raison que Selma, une étudiante en hypokhâgne de 18 ans, me confie qu’elle est favorable à un enseignement explicite des différents déterminismes. Lorsqu’elle en a entendu parler pour la première fois au lycée, ce furent des mots apaisants posés sur des blessures encore ouvertes : «Je me suis dit : "C’est donc pour cela que j’ai plus de mal à trouver un job étudiant que mes copines qui viennent d’un milieu social plus prestigieux".» Pas parce qu’elle ne le méritait pas.

Reste la solution bien confortable du mutisme. Mais, par la magie de ce que Lee Ross appelle «l’erreur d’attribution fondamentale», cela reviendrait à laisser les élèves croire d’eux-mêmes à la méritocratie. En effet, les recherches en psychologie sociale démontrent que, pour expliquer ce qu’il observe, l’humain a naturellement recours aux facteurs internes au détriment des explications situationnelles. Et la source de cette erreur est la «croyance dans un monde juste» (CMJ) à laquelle on tend naturellement. Ce biais cognitif théorisé par Melvin J. Lerner consiste à penser qu’on «obtient ce qu’on mérite et qu’on mérite ce qu’on obtient» : même lorsque nous reconnaissons d’autres facteurs comme le hasard, nous leur donnons une signification morale parce que cela répond à notre besoin de contrôle. Notre envie de croire à une justice immanente est telle qu’on croit que «la chance sourit aux audacieux». Et puis, il y a la flemme : le recours aux explications internes est le fast-food de la pensée, il demande beaucoup moins d’efforts que la considération des contraintes situationnelles. Les raisons d’expliciter les déterminismes sociaux dès le plus jeune âge sont donc nombreuses et légitimes. Le sociologue Fabien Truong s’y est essayé, et il raconte son expérience auprès de ses élèves des séries ES dans le bassin du 93. Il décrit une «réaction générale qui oscille entre la prise de conscience pour certains et le fatalisme pour d’autres». Et pour contrebalancer ce dernier, il appelle à «individualiser le discours et à recourir à une rhétorique plus anglo-saxonne centrée sur la possibilité de chaque élève de réaliser l’improbable». En clair, rappeler que «Yes you can». Fabien Truong défend l’idée selon laquelle la connaissance sociologique est le premier pas vers la liberté : «C’est en connaissant ses déterminismes que l’on peut être véritablement libre», écrit-il. C’est également le point de vue de Bernard Lahire, qui plaide en faveur d’une explication méticuleuse et non brutale des déterminismes : «Si on explique aux élèves que la compréhension des lois de la physique est précisément ce qui nous a permis d’inventer des avions, alors que nous sommes des animaux sans ailes, ils comprennent que l’émancipation ou la liberté est une chose qui se conquiert en toute connaissance du réel.»

Rachid Zerrouki - Professeur en SEGPA à Marseille et journaliste

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C'était en juillet 2017. Bénédicte Loubère avait tout compris, déjà, des causes de la crise sociale à venir...

17 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Sociologie

Depuis 1981, Donzy, 1 600 habitants, a la particularité de refléter le vote des Français à l'élection présidentielle - même résultat, même pourcentage qu'au niveau national. Cela s'est-il vérifié cette année encore ? Début 2017 et jusqu'à l'élection d'Emmanuel Macron le 7 mai, Bénédicte Loubère et Pierre Chassagnieux sont allés recueillir la parole des habitants de cette bourgade de Bourgogne. Pour qui vont-ils voter ?

A travers les témoignages de ces représentants d'une France rurale et discrète, la campagne présidentielle menée depuis Paris prend un relief particulier. "Ils pourraient revoir leur façon de vivre par rapport à nous", résume Yvonne, 62 ans, en réaction à l'affaire Fillon. Divorcée, la retraitée, 3 enfants et 4 petits-enfants, a fini sa carrière comme femme de ménage à la suite d'une maladie, et se débrouille avec 50 euros par semaine. Pascaline, 65 ans, pompiste, secrétaire et comptable du garage repris avec son mari, ne touche quant à elle aucun salaire pour ses neuf heures de travail par jour. Frédéric, lui, est producteur de foie gras et d'huile de noix. Emmanuel, policier municipal, et Jacqueline, sa femme, retraitée SNCF, ont 5 enfants. Melinda, monitrice d'équitation, 35 ans, séparée, un fils, et Louise, animatrice de centre équestre, vivent sous le même toit.

Conseil municipal, repas de famille, débats télévisés, scènes de marché... Entre champs et forêts, la vie à Donzy s'écoule, distillant un signal d'alerte formulé par le maire, Jean-Paul Jacob : "Il y a une vraie cassure" entre la ville et la campagne.

Ingrid Sion

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Jean Viard : "Nous sommes une société de la discontinuité" - France Culture (Audio)

17 Novembre 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Sociologie

Jean Viard : "Nous sommes une société de la discontinuité" - France Culture (Audio)

Un an après la première mobilisation des Gilets jaunes, l’exécutif fait de nouveau face à une contestation sociale forte. Comment l’interpréter et comment en sortir ? Pour en parler, nous recevons le sociologue Jean Viard

Hôpital public, universités, école, transports… L’exécutif fait de nouveau face à une contestation sociale forte. Entre fracture sociale et fracture territoriale, l'analyse d'un homme qui travaille depuis quarante ans sur les questions de territoires, de mobilité et de temps libre. En mai il a publié un essai sur les racines du mouvement des Gilets jaunes, L’Implosion démocratique et il vient de publier Un nouvel âge jeune ? Devenir adulte en société mobile (coéd. L’aube et la fondation Jean Jaurès).

Jean Viard, sociologue, directeur de recherche associé au Cevipof- CNRS. En 2017 s’est présenté aux Législatives dans le Vaucluse sous la bannière LREM.

"Sur notre territoire, il n'y a pas de lieux condamnés mais il y a des lieux sans projet.

"La révolution écologique est portée par les jeunes. Donnons-leur le droit de vote à 16 ans et donnons-leur les moyens de faire un voyage de dix jours en France pour découvrir leur pays!"

"On a enfermé les pauvres dans la laideur. Si on prive les gens de la beauté, ils se révolteront".

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Le parcours d’une génération à l’école selon l’origine sociale...

14 Novembre 2019 , Rédigé par Observatoire des inégalités Publié dans #Sociologie

Le parcours d’une génération à l’école selon l’origine sociale...

EXTRAIT

Au collège, les enfants d’employés et d’ouvriers sont presque trois fois plus nombreux que les enfants de cadres supérieurs. À bac + 5, c’est l’inverse. Que s’est-il passé ?

Au collège, les enfants d’employés et d’ouvriers sont presque trois fois plus nombreux que les enfants de cadres supérieurs. Au sommet des études supérieures, à bac + 6 ou plus, les enfants de cadres supérieurs sont sept fois plus représentés. Une étude du ministère de l’Enseignement supérieur [1] décrit la trajectoire d’une génération, celle qui a obtenu le bac en 2008, tout au long de ses études. Elle met en lumière la façon dont les écarts entre milieux sociaux se creusent au fil du temps.

Suivons à la trace de ces jeunes au fil de leur scolarité. Pour cela, il faut commencer par le collège. Presque tous les jeunes d’une génération vont jusqu’en troisième : l’origine des élèves représente alors à peu près la composition sociale de la population active totale. Au début des années 2000, les enfants de cadres supérieurs regroupaient 17 % des élèves, ceux d’ouvriers et employés, près de la moitié [2]. Ces derniers étaient donc 2,9 plus nombreux.

Ces mêmes élèves ont passé le bac en 2008. Parmi ceux qui l’ont obtenu, un tiers étaient enfants de cadres supérieurs [3] et 31 % seulement d’enfants d’ouvriers ou d’employés. Quasiment l’égalité. La part des enfants de cadres a donc doublé et celle des enfants de milieu populaire a baissé d’un tiers. Pour ces derniers, la fin de la troisième est un moment charnière, une part d’entre eux est orientée vers des filières courtes, voire abandonnent l’école.

(...)

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A lire... Un pouvoir implacable et doux : La Tech ou l'efficacité pour seule valeur - Philippe Delmas/Fayard

13 Novembre 2019 , Rédigé par Libération - Fayard Publié dans #Sociologie

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