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Vivement l'Ecole!

sociologie

Le « wokisme » ou l’import des paniques morales

8 Décembre 2021 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Société, #Sociologie

Le « wokisme » prospère grâce aux failles d'un Occident mortifié –  Wokistan.fr

Omniprésent dans les médias, utilisé par une certaine élite politique et intellectuelle, le « wokisme » s’est imposé comme une catégorie lexicale commode pour désigner une grande variété de faits sociaux.

Du point de vue linguistique, le mot « wokisme » est facile à analyser et à comprendre : contraction de l’emprunt à l’anglais « woke » (participe passé du verbe « wake », pour « éveiller ») et du suffixe « -isme » (toujours aisé à utiliser pour substantiver une manière de penser, il constitue un anglicisme qui a réussi à s’imposer dans le champ médiatique et politique, des deux côtés de l’Atlantique. De surcroît, du point de vue énonciatif, il est important de préciser que ce terme est avant tout utilisé par ceux qui se présentent comme ses détracteurs.

Toutefois, il est important de séparer le mouvement « woke », qui définit les mouvements de libération des minorités afro-américaines dans les années 60 aux États-Unis, du « wokisme », principalement utilisé par les milieux conservateurs pour (dis)qualifier les mouvements progressistes, dans leur diversité.

Caricatures

Souvent, les deux mouvements que sont le progressisme et le conservatisme, sont utilisés pour décrire les tendances antagonistes qui animent la vie politique états-unienne. En France, ce progressisme, caricaturé en « wokisme », a bénéficié d’une entrée remarquable dans l’environnement médiatique suite aux prises de position de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale qui avait marqué les esprits au moment de la polémique autour de l’islamo-gauchisme.

On remarque aussi que la polémique sur ce que l’on résume sous le terme « wokisme » a totalement écrasé celle de l’islamo-gauchisme en termes de popularité et d’étendue sur les deux dernières années

Comparaison par Google Trends entre les recherches concernant « wokisme » et « islamogauchisme » (pour la France, sur les douze derniers mois).

Par ailleurs, alors que l’islamo-gauchisme semblait décrire une collusion suspecte entre ce que l’on appelle « une certaine gauche », notamment universitaire et l’islamisme (même si l’utilisation du préfixe « islamo » laissait penser que l’islam dans son intégralité pouvait être visé), le « wokisme » dispose d’une forme de lâcheté polysémique particulièrement arrangeante : en d’autres termes, cette dernière a la particularité d’embrasser un ensemble très étendu de pratiques, de mouvements et de faits sociaux.

En effet, tout mouvement qui lutte pour le progrès social peut être qualifié de « woke », ce qui est commode, notamment pour les think tanks conservateurs comme Fondapol qui, à travers une note de recherche aux prétentions objectives mais à la grille de lecture particulièrement discutable – comme le rappelle par ailleurs Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS, évoquant ainsi le fait que cette note de recherche participe à la construction d’une « croisade » contre un « ennemi de la République ».

Par ailleurs, alors que l’islamo-gauchisme semblait décrire une collusion suspecte entre ce que l’on appelle « une certaine gauche », notamment universitaire et l’islamisme (même si l’utilisation du préfixe « islamo » laissait penser que l’islam dans son intégralité pouvait être visé), le « wokisme » dispose d’une forme de lâcheté polysémique particulièrement arrangeante : en d’autres termes, cette dernière a la particularité d’embrasser un ensemble très étendu de pratiques, de mouvements et de faits sociaux.

En effet, tout mouvement qui lutte pour le progrès social peut être qualifié de « woke », ce qui est commode, notamment pour les think tanks conservateurs comme Fondapol qui, à travers une note de recherche aux prétentions objectives mais à la grille de lecture particulièrement discutable – comme le rappelle par ailleurs Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS, évoquant ainsi le fait que cette note de recherche participe à la construction d’une « croisade » contre un « ennemi de la République ».

L’importation de la panique

Ces think tanks organisent une importation des paniques morales conservatrices américaines dans l’espace politique français, afin de contrer le progressisme politique grâce à des présupposés typiques des cercles de réflexion de la droite républicaine nord-américaine. Ce faisant, ils installent une vision conservatrice de la société et la présentation des mouvements de reconnaissance et de justice sociale comme dangereux pour l’équilibre démocratique.

Il y a en effet, une exception française à l’importation de la panique « wokiste », qui est calquée sur la situation politique américaine : on parle souvent du cas de l’université Evergreen comme emblème de la prétendue menace « wokiste », ce qui permet d’utiliser un stratagème efficace de peur panique – pour le dire autrement, si cela arrive aux États-Unis (pays pourtant fort différent), cela pourrait arriver en France.

Une fracture politique

Le mot « wokisme » est, de manière quasiment systématique, utilisé par un spectre politique qui va de la gauche républicaine conservatrice à l’extrême droite, avec des nuances diverses, mais un but qui ne varie jamais : qualifier les mouvements d’émancipation sociale, de lutte pour la reconnaissance des minorités ou de justice climatique de ridicules, inadaptés, voire dangereux pour la République française en tant que régime politique.

En creux se dessine également une fracture qui n’est pas seulement générationnelle, mais politique ; c’est la manière de faire du militantisme et de lutter pour la justice sociale qui se retrouve disqualifiée par celles et ceux qui ont connu d’autres manières de porter ces combats et préfèrent les matérialiser d’abord sur le terrain purement intellectuel et médiatique, comme l’illustre la revue Franc-Tireur.

Cette dichotomie illustre par ailleurs particulièrement bien une chose : si l’on comprend bien qui sont les « anti-wokistes », on ne sait jamais vraiment qui sont les « wokistes », puisque tout le monde peut l’être a priori.

Une forme de gentrification des luttes sociales

De ce point de vue, les « anti-wokistes » ont en fait succombé à une forme de gentrification des luttes sociales, pour reprendre ce concept hérité de la géographie urbaine : tout comme des quartiers populaires se retrouvent mis aux normes des classes sociales plus aisées dans l’espace urbain, les luttes populaires subissent le même sort sur le terrain intellectuel et médiatique, ce qui conduit certaines personnalités à délégitimer les combats « woke » au seul motif que la forme leur déplairait, et qu’elle ne correspondrait pas à leur modèle intellectuel de lutte sociale.

En France, si le « wokisme » excite les passions et stimule autant de discours alarmistes, c’est parce que ces mouvements pour le progrès social auraient pour ambition de détruire le modèle républicain – alors qu’ils ne font pas autre chose que de réclamer, au contraire, l’application de ses principes fondamentaux que sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Mais il faut croire que pour certain·e·s, ces principes paraissent plus confortables dans les discours que dans les actes.

Albin Wagener, Chercheur associé l'INALCO (PLIDAM) et au laboratoire PREFICS,, Université de Rennes 2

Un reportage de Vice News (en anglais) revient sur l’affaire ayant défrayé le campus d’Evergreen.

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" Est il normal de se dire à 16 ans qu'on n'a pas de futur ? "

29 Novembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Sociologie

Dans «Animal», le réalisateur écolo court le monde avec deux jeunes militants climat. Objectif de ce voyage initiatique : revoir les bases de notre société, en mettant le bien-être des humains et des êtres vivants, la santé et le lien social devant la croissance économique et la productivité.

Certes, le titre est Animal, et l’affiche montre une savane verdoyante et des éléphants. Mais le nouveau film du réalisateur et militant écolo Cyril Dion, en salles le 1er décembre, n’est pas un documentaire animalier. C’est plutôt le carnet de voyage de Bella et Vipulan, deux ados de la génération climat (elle, britannique, lui, français), partis à la rencontre de militants et d’intellectuels du monde entier.

En participant à des campagnes de ramassage de plastique sur les plages de l’Inde, en parlant avec un éleveur français de lapins qui produit de la viande en masse pour 350 euros par mois, en observant la reconstitution de la forêt du Costa Rica, les deux militants apprennent à connaître le «système» dans lequel nous vivons, qui contribue à l’aggravation des changements climatiques et à l’appauvrissement de la diversité.

Plus qu’une quête de solutions – c’était l’objet de Demain, documentaire à succès de Cyril Dion – le film appelle à changer de vision du monde : pour démarrer ce nouveau «récit», les humains doivent repenser leurs liens avec les autres êtres vivants, girafes, loups, baleines et autres bourdons qui croisent la route des deux héros.

Quel est le sens de ce voyage initiatique ?

Ce qui m’a beaucoup frappé chez Bella et Vipulan comme chez beaucoup de jeunes, c’est qu’ils ont une gravité qui n’est pas de leur âge. On a voulu partir de là : «Est-il normal à 16 ans de se dire qu’on n’a pas de futur ?» Par ailleurs, ce que demandent les jeunes au personnel politique durant les «grèves climat», c’est de prendre des mesures… mais sans toujours remettre en question notre récit collectif global. Comme le dit l’astrophysicien Hubert Reeves, la crise écologique est comme un train qui fonce à 300 km/h sur une montagne. On ne veut pas ralentir, on veut changer de train. Le film essaie de voir comment faire. Nous avons commencé par nous dire qu’il fallait agir plutôt que simplement parler.

En Inde, Bella et Vipulan ont aidé des activistes à ramasser les tonnes de déchets plastiques que la mer dépose sans cesse sur les plages. Mais ils se sont vite rendu compte qu’on pourrait ramasser sans fin. Pour couper le robinet du plastique, ou lutter contre la pêche industrielle, il faut changer la loi. Cela les conduit au Parlement européen, où ils voient que dans notre système démocratique actuel, les décisions politiques sont largement influencées par les intérêts privés. Ils prennent aussi conscience qu’ils sont aux prises avec un récit global organisé autour de l’idée de croissance économique.

Or, comme le leur explique l’économiste Eloi Laurent, la croissance du PIB aux Etats-Unis n’empêche pas les écosystèmes de se dégrader ou l’espérance de vie de baisser… D’où un basculement : et si le but des sociétés était plutôt de perpétuer la vie, celle des humains mais aussi des non-humains ? La seconde partie de leur voyage les conduit à ce changement de positionnement philosophique.

(...)

Thibaut Sardier

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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A lire... "Grandir, éloge de l'âge adulte à une époque qui nous infantilise", par Susan Neiman

27 Novembre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Sociologie, #Jeunesse

Grandir : éloge de l'âge adulte à une époque qui nous infantilise

Notre société est obsédée par la jeunesse. La chose semble partout admise : devenir adulte, c’est se résigner à une vie moins aventureuse et beaucoup plus insignifiante que ce à quoi l’on pensait pouvoir prétendre.

Mais si l’on ne parle jamais de l’âge adulte en termes élogieux, ce n’est peut-être pas pour rien. Car en décrivant la vie comme un long déclin, nous laissons entendre aux plus jeunes qu’ils ne doivent pas en attendre grand-chose – et nous leur apprenons ainsi à ne rien réclamer. Derrière l’idéologie de la jeunesse éternelle se cache une question politique majeure.

Dans cet essai incisif, Susan Neiman, philosophe américaine internationalement reconnue et pour la première fois traduite en français, interroge cette culture, la nôtre, qui promeut une adolescence permanente. Et se tourne vers des penseurs tels que Kant, Rousseau et Arendt pour trouver un modèle de maturité qui ne soit pas simple affaire de résignation. Car la véritable maturité implique de trouver le courage de vivre dans un monde incertain sans rien céder au dogme du désespoir. Un adulte, affirme Neiman, transforme le monde de sorte qu’il ressemble davantage à ce qu’il devrait être, sans jamais perdre de vue ce qu’il est vraiment. Et si le fait de prendre de l’âge, loin de rimer avec ennui et renoncement, était en fait un idéal pour notre temps – peut-être même l’idéal le plus subversif que l’on puisse trouver dans une société qui nous encourage à ne pas faire l’effort de penser par nous-mêmes ?

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"A la télévision, on entend surtout ceux qui n'ont rien à dire..." - Pierre Bourdieu (Vidéo/52 minutes lumineuses)

23 Novembre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Médias, #Sociologie

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« Le discours des réacs traduit une crise profonde du capital culturel de certaines élites » - (Vidéo)

19 Novembre 2021 , Rédigé par Regards Publié dans #Politique, #Education, #Sociologie, #Société

Comment sommes-nous devenus réacs ?, Frédérique Matonti | Fayard

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LE « GRAND REMPLACEMENT » DE LA POPULATION FRANÇAISE. UNE THÉORIE FUMEUSE, ALARMISTE ET DE GUERRE CIVILE

1 Novembre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Sociologie, #Histoire

Que se passe-t-il dans le cerveau du menteur ?

EXTRAIT

HISTOIRE D’UNE NOTION. Asinus asinum fricat. L’âne se frotte aux ânes. Cela promet pour les mois à venir une surenchère dans la tirade haineuse, l’appel à la guerre civile, le raccourci historique depuis que la course à l’échalote a commencé entre le vice-président du Rassemblement National, Jordan Bardella, et le polémiste Eric Zemmour, improbable candidat probable à l’élection présidentielle. C’est depuis la rentée à qui avancera la plus grosse énormité tapageuse sur l’immigration pour pouvoir, l’un, flatter les voix de ses électeurs les plus belliqueux, l’autre, apparaître comme un identitaire pur et dur et les lui dérober. Une joute haute en couleuvres.

Depuis plusieurs semaines, cette escalade tourne autour de la récupération de la théorie complotiste du « grand remplacement » développée par l’écrivain d’extrême-droite Renaud Camus condamné en 2014 pour incitation à la haine raciale, très influencé par les thèses identitaires et antisémites de Maurice Barrés sur « la voix du sang et l’instinct du terroir » et de l’ « action française » de Charles Maurras (qui finit collaborateur). On connaît cette spéculation outrée, reprise par toute l’extrême-droite, qui prétend que la population européenne et française va, dans sa démographie même, être bientôt submergée par l’immigration africaine et maghrébine musulmane – être majoritairement, démographiquement, « remplacée » par une « invasion » bien sûr imprudemment orchestrée par les élites libérales, mondialistes et « islamogauchistes« .

Une thèse extrême, extrémiste, régulièrement battue en brèche par la majorité des démographes, des statisticiens et des historiens, qui n’est pas, malheureusement, sans conséquence. La doctrine du « grand remplacement » a directement inspiré Anders Behring Breivik, l’auteur des attentats d’Oslo et d’Utoya en Norvège le 22 juillet 2011 (77 morts, en majorité des adolescents travaillistes norvégiens jugés complices, 151 blessés), signataire d’un manifeste exaltant le nationalisme blanc, appelant à l’arrêt par des actions violentes de l' »Eurabia « (l’Europe submergée par les arabes). Un texte explicitement repris par le suprémaciste blanc Brenton Tarrant, responsable de l’attaque terroriste des mosquées de Christchurch (Nouvelle Zélande) en mars 2019 (49 morts), lui-même signataire du manifeste « The Great Replacement » où il justifie son acte criminel.

En France même, le groupe identitaire Action des forces opérationnelles (AFO)affirmait sur la page d’accueil de son site Internet « Guerre de France » : « Le grand remplacement est réel, visible partout en France et en Europe. Notre nation s’éteindra sous peu si nous n’y prenons pas garde. Rejoignez les rangs des Patriotes. »...

Treize de ses membres ont été interpellés en juin et juillet 2018, soupçonnés de vouloir empoisonner la nourriture halal dans plusieurs supermarchés pour tuer des musulmans français. Quant à l’OAS, l’Organisation des Armées Sociales (inspirées par l’OAS de la guerre d’Algérie, l’Organisation de l’armée secrète), dont plusieurs membres passaient en justice ces dernières semaines, ils voulaient terroriser les Français d’origine arabe ou africaine, les musulmans, les migrants, en s’attaquant à des restaurants, des mosquées, des épiceries, des marchés de rue,  mais aussi à des personnalités politiques de gauche comme Christophe Castaner ou Jean-Luc Mélenchon.

Leur but affirmé, pousser les « envahisseurs » à quitter d’eux-mêmes la France, provoquer une « remigration » – arrêter le grand remplacement par la terreur; une sortir de djihad à l’envers dans la lignée du groupuscule Génération Identitaire dissous en mars par le ministère de l’intérieur. Il n’est pas un hasard qu’un des membre de cette OAS ai été l’administrateur de la page Facebook « les admirateurs d’Anders Breivik » et de son manifeste. Quant à Rémi Daillet, figure des milieux complotistes et anti-vax de l’ultra-droite, mis en examen à Nancy dans l’affaire de l’enlèvement de la petite Mia, il a été entendu par la DGSI dans le cadre des projets d’attentat du groupuscule d’ultra-droite Honneur et Nation – lui aussi adepte et promoteur de la théorie du « grand remplacement »… N’oublions pas non plus la multiplication des actions violentes de l’extrême-droite notamment à Lyon, comme l’attaque de la libraire libertaire de la Croix Rousse, La Plume noire, ou les menaces physiques contre des activistes des mouvements LGBT… 

Tous  ces projets criminels, ces passages à l’acte par des groupes factieux s’inquiétant d’un « grand remplacement de peuple« , révèlent combien le terrorisme d’extrême-droite devient de plus en plus menaçant en France et en Europe (comme l’assure le Renseignement allemand et français ) – dangereux pendant du terrorisme islamiste. Hélas, depuis l’horrible XXe siècle, l’influence néfaste des idéologies d’exclusion et totalisantes (les « langages totalitaires » comme les appellent Hannah Arendt et Jean-Pierre Faye) et leur rôle moteur dans la violence partisane sont parfaitement renseignés : ce qui interroge la responsabilité de celles et ceux qui les popularisent, des médias qui offrent plateaux et colonnes à leurs  thuriféraires…

Le 25 août, Jordan Bardella, bientôt président du Rassemblement national, ouvre le bal des remplacistes avec un tweet alarmiste – le RN est dans l’alarme permanente jamais la résolution crédible (sortie de l’euro en 2017, retraite à 60 ans aujourd’hui) – assurant sans sourciller que de récentes « données de l’Insee nous confirment ce que nous disons depuis longtemps : l’immigration entraîne un changement de population, inédit dans notre histoire par sa rapidité et son ampleur. Il nous reste peu de temps pour choisir le visage qu’aura demain la France ». C’est la première fois que le RN revendique ouvertement de la théorie du grand remplacement de population – même si Bardella assure que cela fait « longtemps » (en coulisse peut-être, entre « nous »)..

Eric Zemmour, à qui certaines télévisions offrent de façon irresponsable une tribune permanente sans lui tenir la dragée haute, reprend la main à Mirabeau (Vaucluse), invité à s’exprimer par l’entrepreneur Rafik Smati, président du mouvement Objectif France. Il martèle avec le sens de la nuance qui le caractérise, lui qui a été lourdement mis à l’amende de 200000 €  avec la chaine CNews par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) pour des propos racistes outranciers  : « En 2100, nous serons une République islamiqueLe grand remplacement (…) est un processus inéluctable qui, si on ne l’arrête pas, nous emportera tous. » 

(...)

Frédéric Joignot

Texte intégral à lire en cliquant ci-dessous

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A lire... "La cause des autres - Une histoire du dévouement politique", par Olivier Christin

12 Octobre 2021 , Rédigé par France Culture - Libération Publié dans #Sociologie, #Politique, #Philosophie

La crise sanitaire nous a conduits à revaloriser le dévouement ordinaire d’un grand nombre d’individus sans lesquels la vie commune serait tout simplement impossible. Pourtant, la reconnaissance politique offerte en retour à ces personnes reste pour le moment avant tout formelle et rhétorique, alors que la pandémie nous offre l’occasion de replacer les vertus publiques au cœur du contrat social, et d’ainsi déjouer le piège individualiste qui semble guetter nos démocraties.

L’engagement de chacun dans la vie civique apparaît alors comme inséparable de sa juste reconnaissance collective. Ce constat s’articule à celui, émis par d’autres voix, selon lequel notre société serait tout particulièrement gangrénée par une passion des plus tristes : le mépris. Ce dernier empoisonnerait les relations sociales et donc le sentiment d’appartenance à une même communauté de destin, mais bloquerait aussi la mobilité sociale, par le manque de confiance qu’il entraîne chez les individus moins favorisés que d’autres. La "société du mépris" ne doit-elle pas donc, là encore, faire place à une société de la reconnaissance et du civisme ?

Pour en parler, nous recevons Olivier Christin, historien, professeur à l’Université de Neuchâtel et directeur du Centre européen d’études républicaines (CEDRE) ; il est l’auteur de "La Cause des autres. Une histoire du dévouement politique" (PUF, 2021), et co-auteur des "100 Mots de la République" (PUF, 2017). Il est rejoint en seconde partie d’émission par Sébastien Le Fol, directeur de la rédaction du Point et auteur de "Reste à ta place !". Le mépris, une pathologie bien française (Albin Michel, 2021).

L'invité des Matins de France Culture. Comprendre le monde c'est déjà le transformer(07h40 - 08h00 - 15 Septembre 2021)

Retrouvez tous les invités de Guillaume Erner sur www.franceculture.fr

la cause des autres : une histoire du dévouement politique - Olivier  Christin - Puf - Grand format - Sauramps

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Pourquoi sommes-nous des fous de boulot ?

6 Octobre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Sociologie

Notre obsession pour la productivité nous fait bosser toujours plus. Au point que le travail perd peu à peu de son sens, estime l’anthropologue James Suzman dans son dernier livre.

En 2013, Miwa Sado, journaliste japonaise, est morte subitement à 31 ans dans l’exercice de ses fonctions, téléphone encore en main. Une enquête du ministère du Travail a conclu que cette tragédie devait être classée en tant que «mort par surmenage». En effet, le mois précédent son décès, ses relevés informatiques et téléphoniques ont révélé qu’elle avait effectué au moins 209 heures supplémentaires. Comment en est-on arrivé là ? Dans Travailler. La grande affaire de l’humanité (Flammarion, 2021), l’anthropologue James Suzman remonte aux origines du travail et de nos vies et arrive à ce constat : aujourd’hui, nous travaillons trop.

Cet épuisement lié au travail, la tribu des Bushmen Ju/’hoansi, que l’auteur a étudiée pendant de nombreuses années, ne peut pas le connaître. Eux qui mènent une vie de chasseurs-cueilleurs, dans le désert de Kalahari en Namibie, travaillent exclusivement dans un seul but : répondre à leurs besoins matériels immédiats. Pour Suzman, le mode de vie de cette communauté nomade prouve bien qu’il n’est pas dans notre nature d’être obsédé par le travail. Se pose alors une question : pourquoi dédions-nous toute notre journée au travail alors que quelques heures seraient suffisantes comme le faisaient les chasseurs-cueilleurs ?

Sa réponse est de dire que le travail a été détourné de sa fonction initiale. Alors que son temps s’allonge sans cesse, il ne cherche plus à répondre à nos besoins essentiels. Aujourd’hui, dans les sociétés occidentales, le travail a effectué un mitage insidieux dans nos quotidiens. Les personnes que l’on fréquente et qui nous influencent le plus sont celles que l’on côtoie au boulot. «Ce que nous accomplissons définit aussi ce que nous sommes», souligne Suzman.

L’obsession de produire toujours plus

Une tendance, qui s’est accentuée au tournant du XXIe siècle, mais qui est née de l’obsession des sociétés pour la croissance et la productivité, et de l’héritage de deux évolutions essentielles que sont l’adoption de l’agriculture comme mode majoritaire de production et le rassemblement des hommes dans les villes. Résultat ? Le travail n’est plus consacré «directement à l’acquisition des ressources énergétiques dont [la population] avait besoin pour survivre». Une pensée qui sèmera ses graines au point de donner naissance à la peur de ne plus produire assez et l’envie d’accumuler toujours plus de richesses. Un cercle vicieux s’installe et il devient impossible de s’arrêter de travailler.

Aujourd’hui, l’heure est à la quatrième révolution industrielle : celle des nouvelles technologies numériques, biologiques et physiques. Si des inquiétudes émergent quant à l’arrivée des robots ou des machines nées de l’intelligence artificielle sur le marché du travail, James Suzman regrette que ces progrès techniques n’allègent pas «le poids de notre obsession pour la croissance économique» et ne nous permettent pas de moins travailler. Ce recul du travail, d’autres en avaient rêvé : Adam Smith imaginait au XVIIIe siècle que des «machines ingénieuses» allaient abréger et faciliter le travail. John Maynard Keynes y croyait fermement, jusqu’à imaginer une semaine de quinze heures. Une chose est sûre : tous se sont trompés. Pour l’instant ?

Lucas Sarafian

Travailler. La grande affaire de l’humanité, James Suzman, Flammarion, 480 pp., 23,90 €.

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A lire... "LE NOUVEAU MONDE - TABLEAU DE LA FRANCE NÉOLIBÉRALE"

11 Septembre 2021 , Rédigé par Ed Amsterdam Publié dans #Sociologie, #Politique

Éditions Amsterdam (@amsterdam_ed) | Twitter

Dans quel pays vivons-nous ? « Un nouveau monde », disent-ils. Mais lequel ? Pour répondre à cette question, il fallait mener une enquête de grande ampleur sur la France contemporaine.

Le Nouveau Monde, auquel ont participé près de quatre-vingt-dix auteurs – chercheurs en sciences sociales, journalistes, écrivains, praticiens et militants –, brosse un tableau sans équivalent de la France à l’heure néolibérale. En mêlant les voix et les regards, en multipliant les angles et les cadrages, en réinscrivant notre présent dans des tendances de plus long terme, il nourrit l’ambition de rendre intelligible le moment singulier dans lequel nous nous trouvons : prédation des communs et crise écologique, emprise de la finance et capture de l’État, délitement politique et violence sociale généralisée.

Du séparatisme de la bourgeoisie aux formes instituées du mépris, des piliers de l’ordre dominant aux multiples oppositions, alternatives et diversions qu’il suscite, du quotidien des travailleurs aux mythologies qui structurent l’esprit du temps, ce livre-somme dégage les lignes de force de l’époque. Pour construire un autre nouveau monde, le nôtre.

Couverture (c) Juliette Maroni

Liste des contributeurs :

Sarah Abdelnour, Sabrina Ali Benali, Bruno Amable, Philippe Bacqué, Camille Beauvais, François Bégaudeau, Sophie Béroud, Aurélien Bernier, Laurent Binet, Laurent Bonelli, Christophe Bonneuil, Michel Bozon, Gérard Bras, Benoit Bréville, Isabelle Bruno, Antony Burlaud, Éric Chauvier, Johann Chapoutot, Hadrien Clouet, Laurent Cordonnier, Denis Colombi, Laurence De Cock, Amina Damerdji, Jean-Marie Delarue, François Denord, Thierry Discepolo, Gatien Elie, Sophie Eustache, Amélie Ferrand, Nicolas Framont, Pierre François, Simone Gaboriau, Julie Gervais, Cécile Gintrac, Samuel Gontier, Guillaume Gourgues, Serge Halimi, Christophe Hanna, Camille Herlin-Giret, Vincent Jarousseau, François Jarrige, Fabien Jobard, Anne Jourdain, Raphaël Kempf, Rachel Knaebel, Aurore Koechlin, Paul Lagneau-Ymonet, Renaud Lambert, Jérôme Lamy, Mathilde Larrère, Frédéric Lebaron, Gérald Le Corre, Claire Lemercier, Thomas Le Roux, Danièle Linhart, Frédéric Lordon, Marius Loris, Sandra Lucbert, Nelo Magalhaes, Anne Marchand, Gérard Mauger, Michel Offerlé, Ugo Palheta, Stefano Palombarini, Evelyne Pieiller, Frédéric Pierru, Jean-Luc Porquet, Christian Prigent, Nathalie Quintane, Clément Quintard (illustrations), Mathias Reymond, Hélène Richard, Pierre Rimbert, Anne-Cécile Robert, Claire Rodier, Max Rousseau, Mathias Roux, Grégory Rzepski, François Ruffin, Rachel Saada, Arnaud Saint-Martin, Grégory Salle, Julien Sartre, Antoine Schwartz, Pierre Serna, Vincent Sizaire, Félix Tréguer, Antoine Vauchez, Xavier Vigna.

Prologue - Extrait

En 1833, Michelet publiait son Tableau de la France, mince prélude à une œuvre immense. Cet arpentage géographique de l’Hexagone voulait saisir, en même temps que les traits du paysage, les ressorts psychologiques et politiques du pays.

Aujourd’hui, difficile pour un seul auteur de prétendre embrasser et restituer la réalité française dans toute son ampleur. De là le premier parti pris de ce livre : solliciter plusieurs dizaines de contributeurs, aux profils et aux spécialités variés. Beaucoup sont chercheurs (sociologues, politistes, historiens, économistes, géographes…) ; ils apportent les questions, les méthodes et les acquis de sciences sociales qui fournissent l’armature analytique du livre.

Mais les voies de l’enquête sont multiples. Les écrivains, s’ils ont le sens du social, les journalistes, quand ils vont au-delà de la surface des choses, les militants devenus experts de leur terrain de lutte, les esprits attentifs aux paroles et aux vies minuscules, les polémistes même, quand ils appuient là où ça fait mal : eux aussi ont quelque chose à raconter de l’état du pays. On a donc fait le choix de convoquer d’autres voix et d’autres regards que ceux des chercheurs, d’autres cadrages et d’autres tons, en pariant qu’ainsi on pourrait non seulement dire autrement, mais aussi saisir autre chose.

Réunies, ces contributions forment un tableau. D’autres compositions, assurément, auraient été possibles. Mais, pour divers qu’ils soient, les textes qui suivent ne forment pas un ensemble disparate ou contingent. L’ouvrage a son unité, et des lignes de forces qui apparaîtront, espère-t-on, à la lecture.

Il a aussi son architecture. Après un prologue qui nous fait traverser le paysage français à vol d’oiseau, les textes s’articulent autour de quelques grands thèmes.

La première partie se concentre sur les couches supérieures de la société et de l’État  : elle met en évidence, par-delà les différences sectorielles, une propension générale au séparatisme. La deuxième partie s’attache à décrire les logiques des politiques sociales, économiques et environnementales dans la France d’aujourd’hui – laissant apparaître le poids toujours accru des intérêts privés, des impératifs comptables et des raisonnements court-termistes. La troisième partie réunit, autour de la thématique commune du mépris, des éclairages sur le sort fait à «  ceux d’en bas  », aux populations dominées, qu’elles constituent le grand ou le petit nombre.

Le cahier central rassemble une quarantaine de courts témoignages de travailleurs. En recueillant ces récits – c’est-en-dire en choisissant d’endosser peu ou prou, malgré les difficultés que cela soulève, le rôle de «  l’écrivain public  » –, on n’a pas prétendu donner une vision d’ensemble des réalités professionnelles aujourd’hui, mais bien rappeler l’importance toujours centrale de la question du travail (celui qu’on a ou celui qu’on cherche) dans la vie des individus, et celle des travailleurs dans la vie du pays. On a aussi tenu – tout misérabilisme ou pittoresque mis à part – à rappeler combien l’expérience du travail peut être difficile et douloureuse, dégradée et dégradante, pour une large partie de la population.

La cinquième partie prend pour objet les pratiques et enjeux ordinaires (mais aussi fondamentaux) de la vie contemporaine  : se nourrir, se soigner, apprendre, etc. Aux textes d’analyse, qui proposent une vue générale, largement cadrée, s’accolent des scènes et des évocations, plus précises, plus vives, qui tentent de donner un peu de grain à l’image.

Quant aux deux parties suivantes, elles se penchent sur les dynamiques conflictuelles qui affectent le pays. La première traite des multiples oppositions qui contestent, fracturent ou prétendent réinventer les formes (politiques, sociales et culturelles) instituées – sans faire a priori le départ entre fronts de lutte bien constitués et mouvements évanescents, vraies alternatives et diversions, combats honorables et fourvoiements indignes. L’autre porte sur le maintien de l’ordre, lato sensu, c’est-à-dire sur les différents modes de contrôle et de coercition qui permettent de maintenir et, le cas échéant, de défendre l’ordre social tel qu’il est.

Enfin, une série de textes plus courts, plus libres – volontiers polémiques – tente de saisir, à travers divers signaux courants – objets, discours et syntagmes, figures et lieux –, un peu de l’air du temps, de déplier les « mythologies » du moment, d’écailler quelques-unes des fausses évidences au milieu desquelles nous vivons.

 

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Comment l’élitisme social est maquillé en élitisme républicain...

29 Mai 2021 , Rédigé par Observatoire des inégalités Publié dans #Education, #Sociologie

L'élitisme administratif français n'a pas d'équivalent en Europe - My Europ

EXTRAIT

L’élitisme du système scolaire français favorise les enfants de diplômés. Leurs parents, de droite comme de gauche, défendent une école qui fonctionne à leur profit. Le point de vue de Jean-Paul Delahaye, inspecteur général de l’Éducation nationale honoraire.

Notre école fonctionne plutôt bien pour 70 à 75 % des élèves. La moitié des élèves âgés de 15 ans comptent même parmi les meilleurs élèves du monde selon les évaluations internationales Pisa [1] de l’OCDE. Il faut s’en réjouir. Mais il faut dans le même temps observer le grand écart qui existe entre les résultats de ceux qui réussissent, le plus souvent issus des classes moyennes et favorisées, et les difficultés lourdes rencontrées aux mêmes évaluations par le quart des jeunes de la même génération, issus pour la plupart des milieux populaires. On le sait, la France est l’un des pays où l’origine sociale pèse le plus sur les destins scolaires. Notre élitisme est tout sauf républicain, il est essentiellement un élitisme social qui ne veut pas dire son nom. Cette injustice sociale qui est à l’œuvre au sein de l’éducation nationale ne date pas d’aujourd’hui. Notre système éducatif n’a jamais vraiment été programmé pour faire réussir tous les élèves. L’échec scolaire massif des enfants des milieux populaires n’est pas un accident, il est inhérent au système éducatif français qui a été conçu pour trier et pour sélectionner les meilleurs, ce qu’il fait très bien.

Certes, aujourd’hui, 44 % des sortants du système éducatif ont un diplôme de l’enseignement supérieur, soit deux fois plus que la génération qui vient de prendre sa retraite. Notre pays a été transformé par le processus de développement de son système éducatif. Sans l’école, les inégalités sociales seraient bien pires. Ou, pour le dire autrement, ce n’est pas l’école qui creuse les inégalités : elle ne parvient pas à les réduire, ce qui n’est pas la même chose. Le problème, c’est que la démocratisation, bien réelle, a été différenciée et que les inégalités scolaires se sont déplacées. Parmi les « décrocheurs », beaucoup moins nombreux aujourd’hui qu’il y a dix ans, 5 % sont des enfants de cadres, 45 % sont des enfants d’ouvriers. Certes encore, 80 % des jeunes obtiennent le baccalauréat aujourd’hui. Mais si 90 % des enfants d’enseignants et de cadres supérieurs qui entrent en 6e obtiennent un baccalauréat sept ans après, ce n’est le cas que pour 40 % des enfants d’ouvriers. Et ce n’est pas le même baccalauréat pour tous les jeunes : les enfants d’ouvriers obtiennent, pour 70 % d’entre eux, un baccalauréat professionnel ou technologique, tandis que 75 % des enfants de cadres et d’enseignants décrochent ce diplôme dans la filière générale.

(...)

Jean-Paul Delahaye
Inspecteur général de l’éducation nationale honoraire, ancien directeur général de l’enseignement scolaire

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