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Vivement l'Ecole!

sociologie

Tous évalués, tous menacés...

9 Septembre 2018 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Politique, #Sociologie

A écouter en cliquant ci-dessous

Dimanche 9 septembre 2018

par Philippe Bardonnaud , Vanessa Descouraux , Géraldine Hallot

Enquête de satisfaction, fiche d'évaluation, site de notation d'hôtels ou de restaurants, aujourd'hui, tout le monde peut donner son avis sur tout le monde. Au risque parfois, de ruiner une carrière ou de mettre en péril la santé d'une entreprise.

Pour aller plus loin

Sur Cairn, article de la revue "Connexions" "Résister à la société de la norme et de l'évaluation" de Marie-José Del Volgo et Roland Gori, 2010

Sur le site du Nouvel Obs, article multimédia "Tous notés ? Contournons les applis qui encouragent l'évaluation permanente", 29 avril 2018

Sur le site du magazine "Psychologie", article de Ségolène Barbé, "Tous évalués", novembre 2008

Sur le site CITERES, CNRS-Université de Tours, article de Michel Chauvière « Ce que fait et produit l’évaluation généralisée »

Sur le site du Café pédagogique, article "Changer l'évaluation pour changer la société ?", mai 2016

Sur Cairn, article d'Yves Charles Zarka, "L'évaluation : un pouvoir supposé savoir", 2009

Sur le site Espace Temps, article de Christian Ruby, "Le paradigme de l'évaluation", 2004

Sur le site de Revue internationale d'éducation de Sèvres, article de Jacques Weiss, "Evaluer plutôt que noter", 1996

Documentation : Sabine Bonamy

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À la rentrée, il y a les enfants qui ont fait des châteaux de sable à la plage, et les autres...

1 Septembre 2018 , Rédigé par Slate Publié dans #Education, #Politique, #Sociologie

À la rentrée, il y a les enfants qui ont fait des châteaux de sable à la plage, et les autres...

La longue période des vacances d'été accentue, à la rentrée, les inégalités entre les enfants dont la famille a les moyens de les faire découvrir l'ailleurs, et ceux qui sont restés à s'ennuyer dans leur quartier.

Les vacances d’été évoquent souvent l’image d’une exploration juvénile des joies insouciantes. On imagine des enfants courant dans tous les sens, affrontant la chaleur de l’été en sautant dans la piscine. On imagine les châteaux de sable sur les plages et les voyages en famille dans un break confortable, avec le papa qui conduit, la maman qui lui indique la route, ou l’inverse, et les enfants qui jouent au Uno derrière. On pense aussi, parfois, au retour annuel au «bled» pour les familles d’origines étrangères avec la traversée en bateau qu’elle sous-entend parfois, et les retrouvailles avec les proches lointains.

Mais en réalité, les vacances d’été sont surtout le moment le plus injuste de l’année. Parce que derrière ces étalages de bonheur familial se trouve l’ennui invisible des enfants les plus pauvres. Eux vont faire leur rentrée sans être partis nulle part, et ont passé la majorité de leur été le nez devant un écran à liker, à commenter et à jalouser les vacances des autres.

Les enfants pauvres ne partent pas en vacances

En France, selon l’Observatoire des inégalités, 50% des enfants des familles les plus modestes ne partent pas en vacances, contre seulement 5% de ceux dont les parents sont des cadres supérieurs. L’une des raisons principales est bien évidemment le manque d’argent. Par ailleurs, cette injustice estivale aurait pu être atténuée si les enfants qui ne voyageaient pas participaient à des activités sportives ou culturelles à proximité de leur domicile, mais selon deux enquêtes de l'Insee et du Credoc, ils ne sont que 5% à bénéficier des centres de loisirs. La faute à des choix politiques douteux qui fragilisent ces structures.

À Marseille, par exemple, les centres sociaux qui accueillent les enfants souffrent d’un budget fragilisé, notamment par la politique de l’État sur les contrats aidés et le désengagement de la Région: «Certains centres sociaux, comme celui de la Gavotte aux Pennes-Mirabeau, sont menacés de fermeture», explique Jean-Pierre Lévy, président de l’UCS 13 au journal local Marsactu. Et pour ceux qui restent ouverts, les places sont rares. Début mai déjà, des parents faisaient la queue à 3h du matin, sous la pluie, pour espérer avoir une place pour leurs enfants en centre aéré; peu ont été servis. Et quand ce ne sont pas des centres de loisirs qui ferment pour des raisons économiques, des crèches font de même à cause de l’insécurité, condamnant au passage les habitants et habitantes du quartier au chômage.

Voilà pourquoi, pour certains enfants des quartiers populaires, le mois d’août n’est pas synonyme de vacances, de plage, de repos, d’amusement, mais juste d’ennui profond. Au sein même de leurs quartiers, ils voient les familles partir, les unes après les autres, avec un porte-bagages rempli de cadeaux et rentrer avec une remorque chargée de souvenirs. Eux-aussi ont parfois des origines plus ou moins lointaines et certains les revendiquent fièrement, ils auraient aimé pouvoir poser pour la première fois les pieds sur la terre de leurs ancêtres, embrasser l’héritage immatériel qu’ils ont reçu de leurs parents et confronter les récits nostalgiques à la réalité du terrain. Ces enfants devront se contenter de leurs fantasmes.

Le quartier comme seule frontière

Ce que j’appelle l’injustice estivale n’est pas seulement triste, elle pose aussi un problème parce qu’elle a des conséquences sur les compétences scolaires. J’ai réalisé cela récemment, grâce à la question marquante d’un élève. Un professeur doit faire face à un flot interminable de questions de toutes sortes. Il y a celles qu’on apprécie parce qu’elles témoignent de l’intérêt sincère de l’élève et celles qui nous agacent parce qu’elles trahissent une curiosité simulée. Il y a aussi les sempiternelles questions qui nous obligent à répéter ce qu’on vient juste de dire et puis celles, attendrissantes, qui dévoilent une ignorance amusante et puérile. Enfin, il y a la question triste. Celle que m’a posée un élève âgé de 11 ans, un jour, sérieusement: «Monsieur, on est sortis de la France, là?»

Le car transportant les 6èmes avait à peine fait quelques kilomètres en direction de la montagne Sainte-Victoire pour une simple sortie scolaire que cet élève se demandait déjà s’il avait quitté son pays. Cela aurait pu être une question attendrissante si elle ne laissait pas entendre la médiocre fréquence à laquelle il traverse les frontières, ne serait-ce que de son quartier: quasiment jamais.

Il faut prendre le temps d’écouter ces enfants pour réaliser l’indigence de leur repérage dans l’espace. Jusqu’en CE1, tout se passe bien. Les élèves commencent à élaborer des représentations simples de l’espace familier: la classe, l’école, le quartier. Puis vient l’heure de s’approprier l’espace lointain, de concevoir le fait qu’il existe des pays et des continents séparés par de gigantesques océans. Là, le fossé se creuse entre les enfants qui expérimentent l’espace, et ceux qui ont la charge de l’imaginer parce que non seulement ils ne voyagent pas dans d’autres pays, mais ils voient rarement autres choses que les murs de leur quartier. «Le quartier constitue un point d’ancrage essentiel de l’identité de ces jeunes: objet de protection et d’une sociabilité intensive, il est aussi le lieu d’un enfermement», constate d'ailleurs le sociologue Cyprien Avenel.

Les colonies de vacances ont oublié la mixité

Le passé nous apprend pourtant que l’injustice estivale n’est pas une fatalité. Un rapport datant d’avril 2016 et écrit par neufs chercheurs explique que dans les années 1960, les colonies de vacances accompagnaient un véritable projet social d’ouverture et de mixité. Peu à peu, il a été remplacé par un projet plus lucratif et destiné exclusivement à des enfants d’un milieu aisé. Là encore, ce sont des choix politiques qui sont derrière ce phénomène. Selon cet article du Monde, les subventions de la Caisse des allocations familiales (CAF) aux centres de vacances sont passées de soixante-quinze millions en 1994 à quarante millions dix ans plus tard.

J’ignore à partir de quel moment on a décrété que l’ennui estival des enfants pauvres était une question anodine, mais je sais que ce jour-là, le monde a un peu plus gagné en tristesse et en injustice. Et sans faire preuve de nostalgie qui, on le sait, n’est jamais bonne conseillère, ce rapport nous invite tout de même à nous demander si nous n’avons pas laissé la solution derrière nous.

Pour la sociologue Magalie Bacou, certaines colonies de vacances dans les années 1960-1980 s’appuyaient sur des pédagogies alternatives «offrant la liberté de choisir une activité encadrée ou de rester jouer dans sa chambre (seul.e ou avec d’autres), la possibilité de participer à la confection des repas, voire d’organiser soi-même une rando avec moniteur.trice. Avec ce type de libertés, il devenait plus facile de traverser les frontières d’âge, de classe, de genre, de handicap et de créer des affinités avec d’autres enfants, quelles que soient leurs différences». Et rendre le mois d’août plus juste et en faire un moment de mixité sociale passe peut-être par là: un retour en arrière qui conjugue les belles idées du passé avec la conjoncture du présent, pour qu’à l’avenir, l’été puisse avoir la même saveur dans tous les esprits.

Rachid Zerrouki

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“Notre système d’orientation cristallise les inégalités” Interview de Marie Duru-Bellat, marraine de la Journée du refus de l’échec scolaire...

14 Juillet 2018 , Rédigé par AFEV Publié dans #Education, #Sociologie

“Notre système d’orientation cristallise les inégalités” Interview de Marie Duru-Bellat, marraine de la Journée du refus de l’échec scolaire...

Marie Duru-Bellat, vous êtes sociologue de l’éducation, vous avez travaillé sur les mécanismes de l’orientation tout en étant précédemment conseillère d’orientation, comment définiriez-vous les spécificités de notre système d’orientation?

On peut souligner deux caractéristiques majeures. Il est très institutionnalisé, cadré par des règles relativement précises et mis en musique par des professionnels spécialisés, ce qui pourrait permettre un pilotage spécifique (une organisation précise et actualisée de la diffusion de l’information sur les métiers par exemple, ou encore une explicitation claire des droits des jeunes et des familles). Ce qui n’est pas toujours le cas…

Mais il est aussi très surdéterminé par le contexte global de l’emploi en France : un chômage des jeunes très marqué, un principe « adéquationniste » fort (à chaque emploi est censée correspondre une formation et vice versa), et un climat général de relatif pessimisme par rapport à l’avenir. Du même coup, les élèves abordent leur formation de manière souvent très utilitariste (on pense aux débouchés davantage, parfois, qu’à ses goûts), et très angoissée, car on sait que l’insertion professionnelle sera plus ou moins difficile selon les filières, et qu’on pense que le premier métier sera celui de toute une vie.

En quoi notre système d’orientation cristallise-t-il les inégalités?

Il cristallise les inégalités d’une part parce qu’il donne un poids essentiel à la réussite scolaire telle qu’évaluée par les notes ; or dans notre pays, la réussite des élèves est particulièrement marquée par leur milieu social d’origine, sans compter les imperfections de la notation elle-même. Alors que les différents itinéraires scolaires sont hiérarchisés aux yeux des enseignants et des élèves, on choisit d’autant plus facilement les « meilleures filières » (celles qui donnent accès aux emplois les plus attractifs) que l’on est un bon élève, alors que ceux qui ont plus de difficultés sont relégués dans les voies (et les métiers) dont personne ne veut (et où il y a de la place).

Mais notre système cristallise aussi les inégalités parce qu’il donne, officiellement du moins, beaucoup de poids aux voeux des élèves et de leurs familles : or ces vœux sont très inégalement ambitieux et informés. C’est un constat que l’on fait dans la plupart des pays européens : dans les inégalités sociales de cursus scolaires, les inégalités tenant spécifiquement à l’orientation comptent pratiquement autant que les inégalités liées à la réussite scolaire. Peut-être faudrait-il parfois, paradoxalement, donner moins de poids aux familles et/ou que l’institution les conseille plus précisément, pour contrer l’autos-élection que pratiquent systématiquement les familles les plus éloignées de l’école.

De quels exemples internationaux pourrait s’inspirer la France ?

Ce qui pourrait atténuer le caractère « dramatique » de l’orientation, ce serait avant tout que les jeunes n’aient pas le sentiment de jouer leur vie sur un « choix » scolaire, donc que des réorientations, des passerelles et des retours en formation soient à tout instant possibles. C’est à mes yeux le point essentiel. Mais il est clair que si tous les jeunes partaient dans la vie avec un bagage scolaire de bon niveau et moins inégal, cela faciliterait les choses.

Après, si nous donnions moins d’importance aux diplômes, comme certains pays voisins, alors là encore, l’orientation serait vécue de manière moins dramatique. Alors que nous pensons, en France, qu’il est juste de répartir les « places » dans la société sur la base des diplômes –parce que ceux-ci exprimeraient la valeur, le mérite, les compétences, des personnes-, on voit bien que tant que les diplômes seront aussi inégalement possédés par les uns et par les autres –pour des raisons dont l’école est elle-même responsable-, donner un poids important aux diplômes fige les inégalités. Mais cette idée, que nourrissent les comparaisons internationales[1], apparaît relativement paradoxale en France.

Pour cette 11e édition, la Journée du refus de l’échec scolaire explore le thème de l’orientationCLIQUEZ ICI pour télécharger le document de présentation.

CLIQUEZ ICI pour vous inscrire au grand débat public à Paris (à La Bellevilloise).

[1]Voir « Les sociétés et leur école » (2010) et « 10 propositions pour changer d’école »(2015), F.Dubet et M.Duru-Bellat (Seuil).

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A Lire... "Trois jeunesses. La révolte, la galère, l'émeute" - François Dubet...

25 Juin 2018 , Rédigé par Bord de l'eau Edition Publié dans #Education, #Sociologie, #Jeunesse

A Lire... "Trois jeunesses. La révolte, la galère, l'émeute" - François Dubet...
Qu’est-ce qui change, qu’est-ce qui semble immuable ? Cette question se pose particulièrement à propos de la jeunesse qui semble tour à tour radicalement différente ou bien toujours la même au delà des modes. Il est d’autant plus malaisé de répondre à cette question que les images, les angoisses et les espoirs, projetés sur la jeunesse effacent souvent la « réalité » des expériences juvéniles, et que celles-ci ne sont pas homogènes en fonctions des conditions sociales, des sexes et des parcours des individus.
 
En comparant diverses figures des expériences juvéniles au fil des cinquante dernières années, ce livre n’essaie pas seulement de nous dire ce qui a changé chez les jeunes, mais aussi ce qui changé dans la société. Au cours de trois générations, la recherche d’une individualité de plus en plus singulière et autonome se heurte à l’émergence de nouvelles inégalités et surtout, de nouvelles manières de produire ces inégalités. Les dimensions relativement stables de l’expérience juvénile se heurtent à des épreuves profondément différentes.
 
François Dubet est sociologue et auteur de plusieurs livres et articles fondés sur des recherches entre les années 70 et aujourd’hui. Ses ouvrages ont été traduits dans le monde entier.
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L’ascenseur social...

24 Avril 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Sociologie

L’ascenseur social...

Un fils de mineur devenu professeur de lettres, une femme française renvoyée à ses origines étrangères, un philosophe qui ne reconnaît plus son oncle laveur de vitres... Trois histoires de honte et de violence sociale.

Tous racontent les mécanismes de la violence sociale, les moyens de s'en sortir, comme l'école ou la lecture, mais aussi le fossé grandissant entre leur milieu d'origine et celui auquel ils tentent d'accéder. Jamais à leur place, obligés de subir des remarques déplaisantes, déplacées ou malveillantes, ils racontent aujourd'hui ce que c'est, de s'élever hors de sa classe sociale.

Très tôt j'ai compris que l'école, c'était la seule voie pour sortir d'une condition. Mais après, pour se sentir légitime à faire des études, c'est une autre histoire.

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A Lire... La France des Belhoumi - Stéphane Beaud...

19 Avril 2018 , Rédigé par La Vie des Idees Publié dans #Education, #Sociologie

A Lire... La France des Belhoumi - Stéphane Beaud...

Le sociologue Stéphane Beaud a entrepris de raconter l’histoire de l’intégration à bas bruit des Maghrébins en France, en restituant la trajectoire d’une famille. Un travail précis et exigeant qui permet la compréhension en profondeur des évolutions de notre société.

C’est au cours de ses enquêtes sur les transformations de la classe ouvrière que Stéphane Beaud a rencontré la question de l’immigration nord-africaine en France. Il l’a retrouvée lorsqu’il a abordé l’analyse du système d’enseignement à partir de la situation des élèves qui se situent au plus loin des normes établies de l’excellence scolaire. On ne peut pas concevoir la situation des classes populaires en France si on laisse de côté l’importance qu’y ont les individus et les familles issus de l’immigration, hier comme aujourd’hui. Gérard Noiriel l’avait montré dans un ouvrage pionnier, Longwy. Immigrés et prolétaires, en 1984 (Paris, PUF).

Réinsérer les immigrés dans la logique des rapports de travail et de classe permet d’éviter les pièges que recèle une approche purement culturelle ou symbolique : il est facile, surtout à la lumière des tensions actuelles entre les populations, de majorer l’effet de la dimension religieuse ou ethnique des groupes issus d’une immigration récente. L’illusion est partagée par les analystes, pressés de rendre compte des problèmes en termes de différences ou d’incompatibilités culturelles, et par une partie des groupes concernés, qui peuvent être conduits à exagérer leurs différences culturelles en fonction de la logique bien connue de l’inversion des stigmates. Le dernier livre de Stéphane Beaud permet d’éviter ces écueils. La qualité de l’enquête, menée pendant 5 ans sur une famille d’origine algérienne, est une contribution originale et forte à la connaissance d’une minorité à propos de laquelle se sont accumulés clichés et fantasmes.

(...)

Jean-Louis Fabiani

Recensé : Stéphane Beaud, La France des Belhoumi. Portraits de famille (1977-2017), Paris, La Découverte, 2018, 352 p., 21 €.

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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Ce qu'évoque le mot "femmes" à mes élèves de primaire lorsque je l'écris au tableau...

25 Mars 2018 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education, #Sociologie, #Femme

Ce qu'évoque le mot "femmes" à mes élèves de primaire lorsque je l'écris au tableau...

Dans ma REPpublique à moi, on essaie d’éduquer, au sens large. Alors on parle des fois des injustices, du racisme, des discriminations. Et des femmes.

Dans ma REPpublique à moi, on essaie d'éduquer, au sens large. Alors on parle des fois des injustices, du racisme, des discriminations. Et des femmes.

Le mot est écrit en très gros sur le TBI (Tableau Blanc Interactif, NDLR). Quelques-uns ont déjà pouffé, à peine la dernière lettre était écrite. Comme si le mot leur faisait peur, tellement il leur est presqu'étranger.

FEMMES

On est le 8 mars, c'est la Journée Internationale pour le Droit des Femmes. Mais ça, je ne leur ai pas encore dit, je voulais juste commencer par les entendre, recueillir ce qui leur passait par la tête. Les pédagogues appellent ça un "recueil de représentations" et comme je suis, aussi, à la pointe des innovations pédagogiques, je dessine une "carte mentale". [Pour les non-initiés, je fais des flèches et j'écris les mots que les élèves me donnent.]

Le premier qui vient, c'est Maman.

J'écris, je ne commente pas.

Le second, c'est maîtresse. Tiens, tiens.

La semaine précédente, alors qu'on travaillait sur l'analyse grammaticale, j'avais essayé de leur faire comprendre la différence entre nature et fonction en leur disant:

"Par exemple, moi, ma fonction, c'est maîtresse, mais ma nature, c'est quoi?"

D'une seule voix, ils avaient tous répondu "Maman".

C'est là que, très calmement, je m'étais dit qu'il faudrait y revenir, longuement, un de ces jours.

Je continue de recueillir leurs représentations.

Fille.

Dame.

Les joues rouges, il y en a un qui tente "poitrine". Il me faut quelques secondes pour rétablir le calme dans la classe, mais j'écris.

Hommes. Ah, il a mis un peu de temps à sortir celui-là, mais il est là. Personne ne se demande ce qu'il fait là, mais il est là.

Il est là et d'un coup, les langues se délient, les bras se lèvent, moins timides, plus assurés.

Mariage.

Enfants.

Maison.

J'arrête là avant que le mot ménage ne sorte et j'observe.

"Femmes, pour vous, donc, c'est maman, maîtresse, fille, dame, poitrine (re-rires), hommes, mariage, enfants, maison. Bien, on va les reprendre un par un ces mots et on va en parler, d'accord?".

Alors on a parlé.

Des femmes, puis des hommes.

Des femmes avec les hommes.

De ce que faisait une femme.

De ce que faisait un homme.

De ce qui les différenciait.

On est revenu à poitrine, (presque) plus personne ne riait.

"Est-ce qu'une femme ne se définit que parce qu'elle a une poitrine?

– Non, maîtresse, une femme aussi, elle se maquille.

– Oui, et elle met des robes.

– Pourtant, je ne mets pas de robe, moi, m'avez-vous déjà vu avec une robe?

– Nooooon!

– Je ne me maquille pas non plus, si?

– Nooooon!

– Alors je ne suis pas une femme?

– (Silence gêné)."

Peu à peu, on a avancé. Tout doucement.

Une femme, ça peut travailler, "comme toi, maîtresse".

Une femme, ça peut décider, "comme la directrice, maîtresse".

Une femme, ça peut ne pas faire la cuisine, jamais.

Rires.

"Pourquoi vous riez?

– Bah maîtresse, à la maison, c'est la maman qui cuisine.

– Chez moi, jamais. Je ne sais pas faire, je suis nulle.

– Ah bon, c'est ton mari qui cuisine?

– Oui."

Trois quarts d'heure se sont écoulés. Je leur ai expliqué qu'aujourd'hui, 8 mars, on célébrait la journée internationale du droit des femmes. Je pensais avoir un peu fait progresser leurs représentations, modestement. Et puis L. a levé le bras:

"Ah oui, maîtresse, je sais ce que c'est la journée des femmes, dans les magasins, ils donnent du maquillage gratuit ce jour-là".

Alors je me suis lourdement assise derrière mon bureau, me disant que j'y reviendrai, que j'y arriverai. Mon portable a sonné.

Un SMS.

PHILDAR: "Pour la journée des femmes, nous vous offrons 30% de réduction sur toutes les laines à tricoter".

Ce billet est également publié sur le blog Ma REPublique.

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Quand l’école modèle le déterminisme social...

21 Mars 2018 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Histoire, #Cinéma, #Sociologie

Un groupe d’enfants se partagent à tour de rôle un vélo. On ne leur a jamais demandé de le faire, ni quand le faire, comment ou avec qui. Ils savent simplement que le moment est venu et ils se sentent bien. Contemplez ces enfants et l’organisation du groupe, essayez de ressentir les lois implicites de leur univers social. Ils apprennent en groupe. La scène est extraite du film Comme un loup, qui offre une nouvelle perspective quant au rôle de l’école dans le monde de la jeunesse et au rôle de la jeunesse dans le monde de l’école.

 

(...)

Les enfants ne vont pas à l’école pour être transformés en une sorte de ressource financière, ils vont à l’école pour grandir, pour savourer, pour interagir, pour expérimenter et pour enrichir leurs connaissances quant aux mystères de la vie. Ils vont à l’école pour découvrir ce qu’ils ne connaissent pas encore, l’immensité du monde et de l’esprit. Nous avons donc refusé de montrer une école dans notre film. En ce qui concerne les jeunes, l’école comme temple de la connaissance semblait un monde à part – une sphère à laquelle seul un petit nombre appartient.

L’école nous apprend à être fiers ou honteux, que nous sommes un succès ou un échec. Cette connaissance ne nous quitte jamais. Savoir que l’on est un échec signifie que l’on n’appartient pas à la société qui nous définit comme tel. Lorsque nos écoles envoient des échecs dans le monde, elles ne créent pas des ressources mais des problèmes pour le futur. Les trois personnages du film ont tous fréquenté le même collège avant que leurs trajectoires ne divergent. À travers la politique ou la boxe, chacun à trouvé sa sphère d’appartenance hors du système scolaire ; tous excepté le personnage principal, Yaya, qui se trouve être un succès à l’école.

(...)

Félix Schoeller et John Mason

L'article entier est à lire en cliquant ci-dessous

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A Lire... "Les migrants en bas de chez soi" d'Isabelle Coutant et "Jours d''exil" de Juliette Kahane...

17 Mars 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Politique, #Sociologie

http://www.europe1.fr/societe/nouvelle-evacuation-dun-campement-de-migrants-a-paris-1371682

http://www.europe1.fr/societe/nouvelle-evacuation-dun-campement-de-migrants-a-paris-1371682

A l'été 2015, la sociologue Isabelle Coutant a vu un groupe de migrants-réfugiés s'installer pour quelques mois au cœur de son quartier populaire parisien. Elle ne s'est pas contenté de les aider, elle a également décidé d'enquêter sur cet événement et ses conséquences sur le voisinage.

Bibliographie

Un livre de Juliette Kahane

Jours d'exil Juliette Kahane Editions de l'Olivier, 2017

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