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Vivement l'Ecole!

sociologie

Sciences-Po lance une formation à l’égalité entre hommes et femmes... Co-dirigée par Najat Vallaud-Belkacem et Hélène Périvier

14 Février 2019 , Rédigé par La Croix Publié dans #Sociologie

Sciences-Po lance une formation à l’égalité entre hommes et femmes... Co-dirigée par Najat Vallaud-Belkacem et Hélène Périvier

Codirigée par l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem, cette formation pilote, lancée jeudi 14 février, allie résultats de la recherche, témoignages de décideurs et coaching des étudiants pour faire évoluer les politiques publiques.

On se demande bien où elle trouve le temps. Sarah, 22 ans, est étudiante à Sciences-Po, à Paris, en master d’affaires publiques. Elle travaille aussi, à temps partiel, comme attachée parlementaire. Quand elle ne joue pas au foot, à un haut niveau, avec le club d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), qui évolue en deuxième division. « En ce moment, je me prépare pour les Jeux olympiques militaires, qui auront lieu en Chine », glisse celle qui est aussi réserviste.

Et ce n’est pas tout : depuis fin janvier, Sarah suit aussi à Sciences-Po une toute nouvelle formation consacrée à l’égalité hommes-femmes dans les affaires publiques. « Je souhaite travailler dans des institutions sportives de type Fifa ou UEFA ou bien au ministère des sports. Et je me dis qu’il est essentiel de me doter d’outils qui me permettront de faire progresser l’égalité entre les hommes et les femmes dans ce domaine », explique-t-elle. Sarah fait ainsi partie de la dizaine d’étudiants de Sciences-Po qui constitue la première promotion de cette formation pilote, lancée le 14 février.

Prise de parole et confiance en soi

« Ce cursus s’appuie sur une articulation très forte entre l’état de la recherche et la pratique dans le monde politique, économique, culturel, sportif, etc. », précise Hélène Périvier, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et directrice du programme Presage (1). Ce dernier, qui vise à développer la recherche et la diffusion des savoirs sur le genre, s’est associé au master d’affaires publiques de Sciences-Po pour offrir cette formation de deux semestres (environ 200 heures au total), qui donnera lieu à des évaluations et à la délivrance d’un certificat.

Ce cursus mise aussi très largement sur le coaching des étudiants, à l’instar d’une première séance consacrée à la prise de parole en public, séance proposée par une agence spécialisée dans la communication en entreprise et qui vise à développer la confiance en soi, à surmonter une éventuelle autocensure.

« Combattre les inégalités ne s’improvise pas »

« Combattre les inégalités entre hommes et femmes ne s’improvise pas », relève Najat Vallaud-Belkacem, qui codirige ce certificat. « Il faut identifier ces inégalités, les étudier, les comprendre, pour savoir sur quels leviers agir, poursuit l’ancienne ministre de l’éducation, ex-ministre des droits des femmes, aujourd’hui directrice générale déléguée d’Ipsos. Et il est essentiel de donner ces clés à nos étudiants, qui, demain, sont potentiellement amenés à occuper des postes à responsabilité, dans le public ou le privé, comme DRH, hauts fonctionnaires, hommes et femmes d’entreprise.

C’est elle qui a eu l’idée de cette formation, inspirée d’un cursus proposé au sein de la prestigieuse université américaine Harvard. « Intitulée “Du Parc d’Harvard au bureau ovale”, elle vise à renforcer le pouvoir d’agir des femmes et elle a contribué à aguerrir nombre d’entre elles, que l’on retrouve aujourd’hui dans des fonctions politiques de premier plan, salue Najat Vallaud-Belkacem. Des femmes de bords différents qui sont de surcroît capables de s’allier lorsqu’il s’agit de promouvoir l’égalité entre les sexes. » Une convention de partenariat avec Harvard sera signée en avril prochain pour promouvoir la recherche sur ces sujets et développer des échanges.

Une domination susceptible de se retourner contre les hommes

En attendant, Nathanaël, 22 ans, a hâte de faire ses premiers pas dans le nouveau cursus. Le jeune homme, l’un des deux de la promo de dix, étudie en master affaires publiques, spécialité culture. Ce passionné de théâtre a pu constater que le milieu culturel n’était pas exempt de discriminations à l’égard des femmes. « Y compris parce qu’historiquement, le répertoire leur réserve moins de rôles de premier plan », constate-t-il.

Par-delà l’injustice faite aux femmes, il est convaincu que la position de domination dans laquelle se trouvent souvent les hommes peut se retourner contre eux. « Statistiquement, je vais probablement gagner plus que ma compagne. Ce qui, d’un point de vue rationnel, pourrait me pousser à privilégier ma carrière, anticipe Nathanaël, en plaidant pour un vrai congé paternité, alors que je préférerais peut-être, à certaines périodes, m’occuper de mes enfants. »

Denis Peiron
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Est-ce ainsi que les gitans nous parlent?...

5 Février 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Sociologie, #Langue

Après les propos d'Emmanuel Macron sur le boxeur gilet jaune, Christophe Dettinger, l’écrivain Jacques Debot pointe la méconnaissance récurrente de la culture tsigane au plus haut sommet de l’Etat.

Tribune. Président de la République ou ministres, les responsables au sommet de l’Etat ne devraient aborder la question tsigane qu’avec d’infinies précautions. Le discours de Grenoble prononcé par Nicolas Sarkozy en juillet 2010, la gestion calamiteuse de «l’affaire Leonarda» par François Hollande en octobre 2013, les stupéfiantes déclarations de Manuel Valls la même année au sujet de «la culture des Roms» décrétée incompatible avec la culture française, les récents propos du président Macron quant au «parler gitan» du boxeur à gilet jaune, Christophe Dettinger, ont mis le feu aux réseaux sociaux, provoqué des avalanches de commentaires et de réactions passionnées.

Il semblerait que malgré ces sorties désastreuses et les turbulences politiques ainsi occasionnées, aucun bilan, aucun retour d’expérience ne soit jamais pris en compte. Mal conseillés, mal documentés, nos dirigeants persistent à parler de manière irréfléchie des Tsiganes, qu’il s’agisse des Roms venus d’Europe centrale ou des citoyens français, Gitans, Manouches ou Yéniches.

Les propos d’Emmanuel Macron, tels qu’ils ont été relatés par la presse, et non démentis par l’Elysée seraient les suivants : «Le boxeur, la vidéo qu’il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d’extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un Gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan.» De quoi parle le président de la République quand il évoque un «parler gitan» ? En France il reste des bribes, des traces, des lexiques parfois de quelques dizaines ou centaines de mots selon les régions, selon les familles, du romanès, la langue indo-aryenne originaire de l’Inde du Nord. Néanmoins, on rencontre encore (assez rarement) des familles où les locuteurs ne s’expriment entre eux que dans cette langue. Les Roms venus d’Europe centrale, bons locuteurs du romanès, nous amènent depuis quelques années à régénérer notre héritage linguistique.

Le «parler gitan» s’emploie dans l’intimité

Comme les patois régionaux, les «parlers gitans, manouches ou yéniches» sont employés dans l’intimité, en famille. Au-delà du cercle familial, comme le pratiquent les Français d’origine italienne, espagnole, portugaise ou maghrébine, on parle français, tout simplement. Il n’y a donc absolument rien d’étonnant, ni calcul ni manipulation en coulisse au fait que Christophe Dettinger, qui est peut-être tsigane, comme d’autres se reconnaissent auvergnats, provençaux, picards ou lorrains, se soit exprimé en français courant lors de son allocution enregistrée en vidéo et publiée sur sa page Facebook.

Nous ne commenterons pas dans le cadre de cette tribune les faits qui ont conduit Christophe Dettinger en détention préventive. Le procès se tiendra maintenant dans quelques jours et depuis le 5 janvier, on a pu voir paraître sur les réseaux, dans la presse, toutes les opinions possibles, des milliers de soutiens, des tombereaux d’insultes, des kilomètres d’analyses et nos propres mots n’ajouteraient absolument rien. Laissons la justice travailler en toute sérénité.

Quand des Tsiganes sont au cœur d’un événement, les répercussions médiatiques sont immédiates et violentes. Les 400 000 Tsiganes français se retrouvent aussitôt dans la tourmente, mais cette fois encore, les autorités n’ont pas d’interlocuteur. En Allemagne, où ne vivent pourtant qu’un peu plus de 100 000 Tsiganes pour une population de 82 millions d’habitants, Romani Rose, président du Conseil central des Sinti et des Roms, rencontre régulièrement Mme Merkel ou ses ministres. Le représentant des Tsiganes allemands est un personnage reconnu de la République fédérale, comme le sont chez nous les secrétaires nationaux des syndicats, le recteur de la grande mosquée, le président du Consistoire, etc.

En France quand la tension est forte, le 11 janvier, Cyril Hanouna invite une bande de fous délirants qui ne représentent rien d’autre que leur violente marginalité, mais sont reçus en plateau pour insulter et menacer le président de la République. En France, quand des ONG organisent une conférence ou un débat sur les Roms ou les Tsiganes, il n’y a jamais de Tsiganes invités à s’exprimer sur l’estrade. Ce manque de dialogue constant est à l’origine de cette méconnaissance au plus haut sommet de l’Etat. On ne prend jamais la peine de parler aux Tsiganes sensés, raisonnables, et on trébuche une fois, deux fois, quatre fois : à Grenoble en 2010, sur l’affaire Leonarda, sur la culture des Roms, et pour son malheur et le nôtre, sur le champion de France de boxe, le «gitan» Christophe Dettinger.

Jacques Debot écrivain tsigane

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Les neurosciences ou l'obsession de la performance... (+ video)

20 Janvier 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Neurosciences, #Sociologie

Stanislas Morel : «Les neurosciences illustrent la dépolitisation actuelle de la question scolaire»

EXTRAITS

Pour le sociologue, spécialiste de l’échec scolaire, la domination des neuroscientifiques dans l’éducation, actée par la composition du nouveau Conseil scientifique, témoigne d’une obsession de la performance. Au détriment d’une approche sociale des inégalités à l’école.

Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a présenté le 10 janvier les membres du tout nouveau Conseil scientifique de l’éducation nationale (CSEN) présidé par Stanislas Dehaene, psychologue cognitiviste et figure française des neurosciences. «Au plus près des besoins des professeurs, explique le ministre, le Conseil fera des recommandations pour aider notre institution et les professeurs à mieux saisir les mécanismes d’apprentissage des élèves.» L’initiative a été reçue assez froidement par les syndicats d’enseignants, qui redoutent une prise de pouvoir des sciences du cerveau sur les méthodes pédagogiques. Le sociologue Stanislas Morel, auteur en 2014 de la Médicalisation de l’échec scolaire (La Dispute), revient sur la position aujourd’hui dominante des neurosciences cognitives dans le domaine de l’apprentissage.

La communication autour de la création du CSEN laisse penser que les neurosciences étaient jusqu’ici peu présentes dans les débats sur l’enseignement. Etait-ce le cas ?

Non. La démarche des neuroscientifiques pour occuper le terrain sur de nombreux sujets de société, comme les apprentissages scolaires, les prises de décision économiques, voire les fondements des goûts esthétiques, a débuté, dans les faits, il y a une vingtaine d’années. Le boom des neurosciences à la fin des années 90 est en grande partie lié aux progrès dans les techniques d’exploration du cerveau, à commencer par l’imagerie cérébrale, qui permettent d’avoir une meilleure connaissance du fonctionnement du cerveau, resté pendant longtemps un organe très mal connu.

C’est une discipline scientifique que vous décrivez, dans le domaine des apprentissages, comme étant «orientée vers l’action»…

Effectivement, le talon d’Achille des neurosciences, c’était avant tout les critiques qui les accusaient d’en revenir à un certain déterminisme biologique. Les neuroscientifiques ont alors joué la carte de l’ouverture en mettant en avant la plasticité du cerveau, sa capacité à évoluer au cours du temps, notamment sous l’influence de facteurs «environnementaux». Ils adoptent donc aujourd’hui un discours intégrateur qui prétend prendre en compte les différents facteurs biopsychosociaux pesant sur les apprentissages. L’idée n’est plus d’éliminer les disciplines et les causalités «concurrentes», c’est de les coordonner, mais aussi de les hiérarchiser, en mettant souvent en avant la causalité biologique. De fait, les neuroscientifiques ont parfois relativisé les questionnements ontologiques (la quête de la cause première des difficultés d’apprentissage) pour privilégier un «pragmatisme» pouvant conduire à des réponses pratiques aux difficultés. Parmi ces réponses : prêter de l’importance à l’explication des consignes, à la répétition des exercices, à la correction des erreurs, aux manières de mémoriser des connaissances ou à l’estime de soi des élèves.

(...)

Les neurosciences fonctionnent surtout comme une mécanique de preuve pour des solutions préexistantes. Finalement, elles n’inventent rien…

Sans doute pas rien, mais c’est vrai que les solutions qu’elles proposent, comme celles préconisées par Stanislas Dehaene pour l’apprentissage de la lecture, sont souvent bien connues des pédagogues. Par exemple, dire aujourd’hui qu’il faut privilégier le décodage de correspondances grapho-phonémiques - la méthode syllabique pour aller vite -, ce n’est plus clivant. Ce qui est vraiment nouveau, c’est la manière d’administrer la preuve de l’efficacité des pratiques pédagogiques en s’appuyant sur les sciences expérimentales dans un univers scolaire qui, pour ses détracteurs, avait sombré dans l’idéologie. Et c’est à partir de l’effet de levier créé par cette forte légitimité scientifique que les neuroscientifiques ont été capables de réasséner de manière très puissante des préconisations qu’eux-mêmes reconnaissent n’être pas spécialement révolutionnaires.

Comme celles issues de la pédagogie Montessori, qui a plus d’un siècle…

Dans l’opinion, Montessori est souvent associée à une forme de pédagogie alternative, nouvelle, destinée aux «bobos» parisiens. On oublie que Maria Montessori était une femme médecin, auteure d’un livre, Pédagogie scientifique, qui cherchait à établir une pédagogie expérimentale. Il y a un lien de parenté entre Montessori et les neurosciences. Il s’agit dans les deux cas d’expliquer à des enseignants dont la pédagogie est jugée intuitive, spontanéiste, ce que les sciences expérimentales ont à dire des apprentissages. Mais il faudrait mieux connaître les pratiques des enseignants et, plus généralement, ce qui se passe dans les classes. C’est à cette condition que l’apport indéniable des neurosciences pourrait être plus utile.

(...)

Le CSEN, c’est finalement moins une révolution qu’une évolution logique de ce qui s’est passé ces dernières années…

C’est tout à fait logique. Les neurosciences incarnent l’avant-garde, les chercheurs sont mobilisés dans la promotion de leur discipline, et Blanquer est convaincu depuis longtemps. Mais ça illustre aussi la dépolitisation actuelle, commune aux différents gouvernements, de la question scolaire. Obnubilé par la performance des systèmes éducatifs, on ne réfléchit plus assez aux buts de l’éducation, aux inégalités scolaires et à la place qu’on veut donner à l’école dans notre société. C’est une question politique qui doit et qui va forcément revenir.

Par Erwan Cario, Dessin André Derainne

 

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Des phallocrates démissionnaires

15 Janvier 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Sociologie

Des phallocrates démissionnaires

Le dragueur d’âge mûr, dessiné par Houellebecq et Moix, préfère conjurer l’angoisse de l’impuissance par une sexualité conditionnée et codifiée, à l’exclusion de toute autre. Ce n’est là rien d’autre qu’un aveu de faiblesse. Alors pourquoi ne pas rester froides et désinvoltes face à leurs propos ?

Tribune. Je me décide à réagir aux propos somme toute banals de Yann Moix parce que j’ai longtemps été collabo. J’ai longtemps intériorisé l’imaginaire masculin et très bien compris les garçons - je dis bien les garçons pas les hommes -, je les ai si bien compris qu’il a longtemps été pour moi très simple de les aimer et compliqué de les séduire. Et puis à 25 ans, j’ai su. J’ai su le charme total que me conférait ma jeunesse, les pouvoirs idiots de régénérescence que les vieux, du genre de Moix ou de Houellebecq, lui prêtaient. J’en ai abusé. Et je ne comprenais pas pourquoi les femmes - même quadras - insistaient, face à moi, je les trouvais indignes et laides pour tout dire à se mouler dans des tailles basses à force de séances de body-pump pour essayer de continuer à baiser ces mecs dans le lit desquels je m’invitais, moi, simplement, en riant un peu fort à leurs blagues un peu faibles ou en saluant leurs effets de manche surjoués. J’ai adoré le pathétique masculin, j’ai méprisé le pathétique féminin. Aujourd’hui, j’ai vieilli. Je me suis inscrite à un club de sport. Je m’habille sans doute souvent trop court. Et je suis plus tendre avec les femmes, comme j’essaie de l’être avec moi-même.

Ce qui est intéressant, ce n’est pas de faire la morale au mâle contemporain de plus de 50 ans, c’est de voir de quoi il est le symptôme. Et de déconstruire, grâce à lui, l’idée selon laquelle la prestance phallique serait synonyme de virilité. L’homme français consacré du XXIe siècle est un anti-Hemingway : il a chez Houellebecq des armes et tire à la carabine mais il est incapable de tuer, et donc, si on en croit l’auteur, de vivre. Il est chez Moix un fils maltraité, un fils éternel, qui bande sur les femmes asiatiques (confirmant qu’elles seraient devenues les icônes mondialisées de la soumission sexuelle) et revendique un monde où la maturité féminine est annulée - ou bien est-ce elle qui l’annulerait ?

Houellebecq définit la conjugalité comme un univers fusionnel où sa compagne serait naturellement muette et bonne. Moix, lui, baise toujours le même type de nana, sans doute, pour pouvoir rester seul. Dans les deux cas, ils évoluent dans un monde irréel où les femmes sont exclusivement jeunes et malléables, disposées, et dans Sérotonine, promptes à installer des rideaux aux fenêtres et à fournir le frigo en produits bio - bref, à faire du chaos dans lequel vivrait spontanément l’homme, un monde enfin habitable.

Il est étonnant que la critique tienne unanimement à voir, dans ce dernier livre, une célébration de l’événement amoureux. C’est à vous dégoûter d’avoir lu Levinas. Ce qui semble ici fonder l’ethos viril de l’homme contemporain, dans son rapport aux femmes, c’est donc bien la possibilité souveraine d’être minable. C’est même le fait d’être minable et de l’assumer qui fait de lui un homme. Il ne connaît même plus la honte. Et cette absence de honte finit de le déshonorer en le masculinisant encore. C’est un beau paradoxe. On peut l’aimer ainsi, cet homme, mais il faut le regarder en face. Dans ses rapports aux femmes, il ne se bat pas contre ses faiblesses ou ses peurs, il ne cherche pas non plus à réinventer une forme de virilité qui se passerait de violence mais chercherait l’aventure. L’homme dessiné par Houellebecq ou Moix se fout «d’en avoir ou pas». Il préfère conjurer l’angoisse de l’impuissance par le huis clos conjugal ou la sexualité conditionnée et codifiée - à l’exclusion de toute autre. Ce n’est pas sexy, ce n’est pas viril. C’est pourtant bien aujourd’hui ce dont une partie du genre masculin se prévaut.

Alors les filles, au lieu, en réponse, de vous désaper sur les réseaux sociaux, pourquoi ne pas rester froides et désinvoltes ? Et si vous vous sentez reléguées dans les marges du désir, tournez-vous donc vers la virilité et non vers la prestance phallique d’hommes de pouvoir démissionnaires, ça vous libérera de ceux qui ne peuvent pas vous baiser et le revendiquent. Ce n’est là rien d’autre qu’un aveu d’impuissance. La vie est ailleurs.

Stéphanie Polack directrice littéraire chez Fayard

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« Les “gilets jaunes”, ces exclus de la culture subventionnée »...

15 Décembre 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Culture, #Sociologie

« Les “gilets jaunes”, ces exclus de la culture subventionnée »...

EXTRAIT

Les personnes qui manifestent sur les ronds-points illustrent aussi la fracture culturelle béante en France, estime, dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

Chronique. Qui, dans la culture, soutient les « gilets jaunes » ? En grande majorité, des figures connues du spectacle, pas des gamins, qui s’expriment au croisement du spectacle d’humour, de la télévision, du cinéma, du théâtre, de l’animation.

Souvent ils touchent à tout. Ils ont un large public, populaire, proche de celui qui anime les ronds-points. Dans la liste, on cherche vainement une figure de notre élite culturelle. Entendez des plasticiens, cinéastes, comédiens, musiciens, chefs d’orchestre, metteurs en scène de théâtre, patrons de festivals ou responsables d’institutions qui créent ou gèrent des lieux prestigieux avec l’aide de l’argent public.

Le silence de ces derniers est assourdissant. D’autant qu’ils aiment parler. On imagine pourquoi : ils ne sont pas « gilets jaunes », leur public non plus. Parler, c’est prendre des coups. Que deux mondes culturels s’ignorent, on le sait depuis des lustres, mais avec les « gilets jaunes », ce fossé surgit au grand jour.

Certains de leurs soutiens en ont marre de « casquer comme des porcs ». Mais d’autres rappellent qu’ils sont favorisés et se doivent de soutenir ceux qui souffrent, de s’insurger contre la violence des élites, le mépris de classe. Ils ont pour noms Brigitte Bardot, Franck Dubosc, Patrick Sébastien, Pierre Perret, Arnaud Ducret, Anny Duperey, Gérald Dahan, Michaël Youn, Philippe Lellouche, Kaaris ou Jean-Michel Jarre.

(...)

Michel Guerrin

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Alain Touraine : "Nous entrons dans un monde nouveau, et certains sont laissés de côté"

2 Décembre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Politique, #Sociologie

A Paris auront également lieu d'autres manifestations contre le racisme, les discriminations sociales et pour plus d'égalité et de dignité (à l’appel du collectif Rosa Parks), contre le chômage et la précarité à l’appel des associations de chômeurs, on prévoit même un rassemblement cycliste festif. Tous ces rassemblements, hétérogènes, vont-ils dans le même sens ? Sont-ils un signe de bonne santé démocratique ou bien le symptôme d’une société malade ? Comment interpréter le mouvement des Gilets jaunes ? Comme un mouvement singulier, spécifique à la France, ou bien comme un mouvement plus global qui ressemble aux colères de ceux qu’on appelle « les perdants de la mondialisation » ?

Le regard du sociologue Alain Touraine, grand penseur des mouvements sociaux et de l’action collective depuis soixante ans, auteur d’une quarantaine de livres dont le dernier vient de paraître aux éditions du Seuil, Défendre la modernité.

En occident tous les pays se sont écroulés... en 2016 (Les Etats-Unis), en 2017 (Grande Bretagne), en 2018 (Italie)... tous, sauf la France. Car la France moderne représentait plus de la moitié de la population mais, aujourd’hui ça n’est plus le cas, c’est beaucoup moins de la moitié. Dans toutes les époques de l’Histoire il y a eu beaucoup de victimes et il y en aura encore beaucoup. 

Il faut avoir confiance en nous-mêmes !

La France n’est pas un pays de très fortes inégalités de revenus, moins que l’Allemagne, l’Angleterre ou les Etats-Unis. Mais l’inégalité elle tient à la concentration des revenus dans les grandes villes mondiales. En France tout est à Paris et toute une partie de la France se sent délaissée, abandonnée et est obligée d’aller à Paris pour trouver du travail [...]. Il faut augmenter notre capacité de négociations, retrouver des exigences, diminuer les inégalités et surtout avoir confiance en nous-mêmes [...]. Je suis très inquiet de voir qu’avec la mondialisation une partie de la population est « mise à l’eau ». Nous devons faire pénétrer les sciences, la culture dans tout le pays et ne demandons pas à ce pays d’être moins moderne sinon les citoyens mis à l’écart vont encore augmenter.

Pour aller plus loin... 

Mieux comprendre le mouvent des Gilets Jaunes, voici un éclairage de la Fondation Jean-Jaurès.  
Article du Monde \ « Gilets jaunes » : "La France périphérique" demande à être respectée.  
Article de Sud-Ouest \ Conversation avec Hervé Le Bras : « Le mouvement des gilets jaunes repose sur deux clientèles différentes ».
Article du Monde \ Gérard Noiriel : « Les “gilets jaunes” replacent la question sociale au centre du jeu politique ».

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Pierre Bourdieu et l'éducation...

21 Novembre 2018 , Rédigé par La Vie des Idees Publié dans #Culture, #Sociologie

En 1985!...

Les travaux de Pierre Bourdieu sur la culture, que ce soit les pratiques culturelles et leur rapport à l’espace social, la littérature, l’art ou l’éducation, donnent lieu à des réflexions et des discussions très intenses. À l’occasion de la parution du cours sur Manet, la Vie des idées rassemble des travaux consacrés à Bourdieu, sociologue de la culture ou s’en inspirant, que ce soit pour prolonger ses thèses ou les discuter.

Les contributions originales de ce dossier traitent de quatre aspects principaux, en rapport avec les analyses de Pierre Bourdieu sur la culture : le champ de l’art, celui de l’éducation, de la traduction et de sa contribution à la formation du capital symbolique et enfin l’espace social tel qu’il se dessine à travers l’analyse des goûts et pratiques culturelles.

(...)

Éducation

Le domaine de l’éducation est un des principaux objets sur lesquels Bourdieu s’est penché, avec Jean-Claude Passeron notamment. Ses travaux sur La Noblesse d’État ou La reproduction ont durablement marqué les sciences sociales en France et à l’étranger. Le sociologue Ugo Palheta dont les travaux s’intéressent au lycée professionnel fait apparaître l’empreinte de la démarche de Pierre Bourdieu dans celle de Muriel Darmon étudiant les classes préparatoires (« Le temps des ’prépas’ », 24 mars).
 
Et aussi, sur la Vie des idées :
 
 
(...)
 
Nicolas Duvoux
 
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Daniel Cohen : «Il faut lutter contre cette société algorithmée déshumanisante que l’on nous prépare»

28 Septembre 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Sociologie

EXTRAITS

L’économiste qui, dans son dernier essai, retrace les désillusions qui ont rythmé les cinquante dernières années de notre système capitaliste, appelle à l’émergence d’un discours critique sur le nouveau monde numérique.

A quoi sert-il de courir après la croissance si elle ne nous rend pas plus heureux ? Dans son dernier essai - «Il faut dire que les temps ont changé… Chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète», (Albin Michel) - l’économiste Daniel Cohen revisite magistralement cinquante années de bouleversements du capitalisme en Occident en s’interrogeant sur le sens du progrès dans nos sociétés postindustrielles. Nourrie d’innombrables sources d’inspiration puisées dans l’ensemble des sciences sociales, cette histoire économique et intellectuelle des espoirs et désillusions de la modernité remet en perspective l’écheveau de crises et de ruptures qui ont abouti au grand scepticisme actuel et à la vague populiste. A l’heure du basculement dans une nouvelle ère numérique pleine de promesses mais aussi de dangers, le directeur du département d’économie de l’Ecole normale supérieure et du Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap) met en garde ses contemporains sur la menace de déshumanisation ultime que fait peser le nouveau monde algorithmique sur les sociétés avancées.

(...)

En quoi la gauche, puis la droite se sont-elles chacune à leur tour fourvoyées ?

La gauche a cru qu’en se libérant du travail asservissant de la société taylorienne du métro, boulot, dodo, on allait sortir du capitalisme et basculer dans une société postmatérialiste dans laquelle on trouverait d’autres moyens bien plus intéressants d’occuper son existence. Elle n’a pas vu qu’avec la désindustrialisation qui s’amorce à partir des années 70, la question ne serait bientôt plus celle de sortir du travail mais, plus prosaïquement, d’en trouver un. Puis la droite, dans sa réaction à l’hédonisme des sixties, a porté l’idée d’un retour salvateur aux valeurs, en premier lieu celles du travail et de l’effort, résumé par l’antienne sarkozyste «travailler plus pour gagner plus». Cette restauration morale, avant d’être économique, a libéré une cupidité sans limites et a largement contribué à l’explosion des inégalités. Il ne faut pas voir ailleurs que dans ces promesses non tenues de la société postindustrielle la cause du déferlement de la vague populiste actuelle.

(...)

Pourquoi faites-vous de notre rapport inassouvi à la croissance l’élément central de toutes ces désillusions ?

Le déclic de cet ouvrage, je l’ai eu en relisant l’économiste Jean Fourastié, resté célèbre pour son expression des «Trente Glorieuses» mais qui fut surtout un des premiers à percevoir qu’avec la fin de la société industrielle et l’avènement d’une économie de services, la croissance allait inéluctablement ralentir. Dès 1948, il a décrit dans le Grand Espoir du XXe siècle le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Un monde dans lequel la matière que l’on travaille n’est plus la terre, comme aux temps de la société agraire ou les ressources naturelles que l’on transforme dans le monde industriel, mais l’homme lui-même, que l’on soigne, éduque ou divertit. C’est une société dans laquelle la valeur du bien qui est produit se mesure largement au temps que je consacre à autrui. Or, ce processus de production que la civilisation industrielle avait su massifier grâce aux machines en dégageant toujours plus de gains de productivité et donc de croissance butait jusqu’à maintenant sur la finitude de ce temps incompressible qu’il faut par exemple au coiffeur pour réaliser une coupe de cheveux.

(...)

... après l’échec de ces utopies de gauche et de droite, on est en train de resigner ce pacte faustien entre le progrès et la croissance, en acceptant une déshumanisation contre l’amélioration de la productivité que va permettre cette «algorithmisation» des métiers du care dans la santé, l’éducation. Toute cette standardisation du monde industriel que l’on croyait obsolète revient en force dans la matrice actuelle : la répétition, l’addiction, la déshumanisation. L’IA est en train d’apporter dans l’immatériel ce que la civilisation industrielle avait fait pour la production de biens matériels.

(...)

Alors que le revenu par tête a doublé depuis 1968, le bonheur n’a jamais paru être une idée aussi démodée. Il est temps de se réarmer intellectuellement et de prendre de la distance pour penser à nouveau un futur désirable.

Christophe Alix

Daniel Cohen «Il faut dire que les temps ont changé…» Albin Michel, 270 pp., 19 €.

L'entretien est à lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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Coup de coeur... Jean Baudrillard...

21 Septembre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Sociologie, #Philosophie

Medium is Message.

Ici, et dans ce sens au moins, il faut admettre comme un trait fondamental dans l'analyse de la consommation la formule de McLuhan : « Le médium, c'est le message. » Cela signifie que le véritable message que délivrent les  les media T. V. et radio, celui qui est décodé et « consommé » inconsciemment et profondément, ce n'est pas le contenu manifeste des sons et des images, c'est le schème contraignant, lié à l'essence technique même de ces média, de désarticulation du réel en signes successifs et équivalents : c'est la transition normale, programmée, miraculeuse, du Vietnam au music-hall, sur la base d'une abstraction totale de l'un comme de l'autre.

Et il y a comme une loi d'inertie technologique qui fait que plus on se rapproche du document-vérité, du « en direct avec », plus on traque le réel avec la couleur, le relief, etc., plus se creuse, de perfectionnement en perfectionnement technique, l'absence réelle au monde. Plus s'impose cette « vérité » de la T. V. ou de la radio qui est que chaque message a d'abord pour fonction de renvoyer à un autre message, le Vietnam à la publicité, celle-ci au journal parlé, etc. - leur juxtaposition systématique étant le mode discursif du médium, son message, son sens. Mais en se parlant ainsi lui-même, il faut bien voir qu'il impose tout un système de découpage et d'interprétation du monde.

Ce procès technologique des communications de masse délivre une certaine sorte de message très impératif :  message de consommation du message, de découpage et de spectacularisation, de méconnaissance du monde et de mise en valeur de l'information comme marchandise, d'exaltation du contenu en tant que signe. Bref, une fonction de conditionnement (au sens publicitaire du terme — en ce sens, la publicité est le médium « de masse » par excellence, dont les schèmes imprègnent tous les autres média) et de méconnaissance.
Ceci est vrai de tous les média, et même du medium livre, la « literacy », dont McLuhan fait une des articulations majeures de sa théorie. Il entend que l'apparition du livre imprimé a été un tournant capital de notre civilisation, non pas tant par les contenus qu'il a véhiculés de génération en génération (idéologique, informationnel, scientifique, etc.) que par la contrainte fondamentale de systématisation qu'il exerce à travers son essence technique. Il entend que le livre est d'abord un modèle technique, et que l'ordre de la communication qui y règne (le découpage visualisé, lettres, mots, pages, etc.) est un modèle plus prégnant, plus déterminant à long terme que n'importe quel symbole, idée ou phantasme qui en fait le discours manifeste : « Les effets de la technologie ne se font pas voir au niveau des opinions et des concepts, mais altèrent les rapports sensibles et les modèles de perception continûment et inconsciemment. »

Ceci est évident : le contenu nous cache la plupart du temps la fonction réelle du médium. Il se donne pour message, alors que le message réel, en regard duquel le discours manifeste n'est peut-être que connotation, c'est le changement structurel (d'échelle, de modèles, d'habitus) opéré en profondeur sur les relations humaines. Grossièrement, le « message » du chemin de fer, ce n'est pas le charbon ou les voyageurs qu'il transporte, c'est une vision du monde, un nouveau statut des agglomérations, etc. Le « message » de la T. V., ce ne sont pas les images qu'elle transmet, ce sont les modes nouveaux de relation et de perception qu'elle impose, le changement des structures traditionnelles de la famille et du groupe. Plus loin encore, dans le cas de la T. V. et des mass média modernes, ce qui est reçu, assimilé, «consommé », c'est moins tel spectacle que la virtualité de tous les spectacles.

La vérité des média de masse est donc celle-ci : ils ont pour fonction de neutraliser le caractère vécu, unique, événementiel du monde, pour substituer un univers multiple de média homogènes les uns aux autres en tant que tels, se signifiant l'un l'autre et renvoyant les uns aux autres. A la limite, ils deviennent le contenu réciproque les uns des autres - et c'est là le « message » totalitaire d'une société de consommation.

Jean Baudrillard - La Société de Consommation

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