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Vivement l'Ecole!

sociologie

A Lire... Les mondes enseignants - Identités et clivages...

23 Décembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Sociologie

A Lire... Les mondes enseignants - Identités et clivages...

Quelles différences constate-t-on entre un jeune professeur des écoles et un jeune professeur de lycée ? Sont-elles du même ordre que celles observées entre deux enseignants de la génération précédente ? Le métier d’enseignant correspond en effet à des statuts différents et des niveaux de rémunération et de diplômes variés : loin d’être immuables, ces lignes de clivage se redessinent au cours du temps, dans un espace social lui-même changeant. Dans cet ouvrage, Géraldine Farges analyse la façon dont se constitue cette hétérogénéité des « conditions enseignantes » et dont elle transforme, sur le plan professionnel, la valeur accordée à la profession. 

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Coup de coeur... Edgar Morin...

10 Décembre 2017 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Histoire, #Sociologie

La vague de rock’n’roll qui, avec les disques d’Elvis Presley, arriva en France ne suscita pas immédiatement un rock français. Il n’y eut qu’une tentative parodique, effectuée par Henri Salvador, du type Va t’faire cuire un œuf, man ! La vague sembla totalement refluer ; mais en profondeur elle avait pénétré dans les faubourgs et les banlieues, régnant dans les juke-boxes des cafés fréquentés par les jeunes. Des petits ensembles sauvages de guitares électriques se formèrent. Ils émergèrent à la surface du Golf Drouot, où la compétition sélectionna quelques formations. Celles-ci, comme Les Chats sauvages, Les Chaussettes noires, furent happées par les maisons de disques. Johnny Hallyday monta au zénith. Il fut nommé « l’idole des jeunes ».

Car ce public rock, comme aux Etats-Unis quelques années plus tôt, était constitué par les garçons et filles de 12 à 20 ans. L’industrie du disque, des appareils radio comprit aux premiers succès que s’ouvrait à la consommation en France un public de sept millions de jeunes ; les jeunes effectivement, poussés par le rock à la citoyenneté économique, s’équipèrent en tourne-disques, en radios transistors, se fournirent régulièrement et massivement en 45-tours.

 

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La nouvelle classe adolescente

L’adolescence surgit en classe d’âge dans le milieu du XXsiècle, incontestablement sous la stimulation permanente du capitalisme du spectacle et de l’imaginaire, mais il s’agit d’une stimulation plus que d’une création. Dans les pays de l’Est comme dans les pays arriérés économiquement, nous voyons des cristallisations analogues, comme si le phénomène obéissait plus à un esprit du temps qu’à des déterminations nationales ou économiques particulières. Cela dit, c’est dans l’univers capitaliste occidental que le phénomène s’épanouit pleinement, et par l’intermédiaire des « mass media ».

L’adolescence, en tant que telle, apparaît et se cristallise lorsque le rite de l’initiation dépérit ou disparaît, lorsque l’accession à l’état d’homme se fait graduellement. Au lieu d’une rupture, sorte de mort de l’enfance et de renaissance à l’état adulte, se constitue un âge de transition, complexe, ambivalent, sorte d’espace biologique – psychologique – social, qui fournit le terrain favorable à l’éventuelle constitution d’une classe d’âge adolescente.

Les classes d’âge, dont l’organisation structure les sociétés archaïques, disparaissent des sociétés historiques occidentales jusqu’au XXe siècle. Assez curieusement, de nouvelles classes d’âge tendent à se reformer à la pointe évolutive des sociétés actuelles. L’âge adulte se voit flanqué d’une part par le « teen-age », d’autre part par un « troisième âge » en formation, où l’on s’efforce de soustraire à la casse la cohorte des post-quinquagénaires.

La constitution d’une classe adolescente n’est pas qu’un simple accès à la citoyenneté économique. De toute façon, cette accession signifie promotion de la juvénilité. Cette promotion constitue un phénomène complexe qui implique notamment une précocité de plus en plus grande (ici, sans doute, la culture de masse joue un grand rôle en introduisant massivement et rapidement l’enfant dans l’univers déjà passablement infantilisé de l’adulte moderne).

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Edgar Morin - Le Monde, juillet 1963

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"Egalité ou inégalité des chances en matière d'éducation ?" Pierre Bourdieu répond aux auditeurs...

1 Décembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Sociologie

 "Egalité ou inégalité des chances en matière d'éducation ?" Pierre Bourdieu répond aux auditeurs...

"Ne quittez pas l’écoute" : en 1977, Pierre Bourdieu était interrogé par Françoise Malletra et les auditeurs de France Culture sur la sociologie ainsi que l'égalité ou l'inégalité des chances en matière d'éducation, un dialogue diffusé pour la première fois le 26 septembre 1977.

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"La sociologie ne conduit pas au fatalisme du tout, elle donne des armes pour une action rationnelle sur le monde social [...] elle donne plus de chances d'agir avec une prévision raisonnable des conséquences de ce qu'on fait... et avec moins de chances, par conséquent, d'être récupéré par le système. Les gens qui entreprennent des actions sans savoir la force du système contribuent toujours à renforcer le système, parce qu'il n'y a rien de pire qu'une expérience récupérée."

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Le dédoublement des classes de CP ne répond en rien aux difficultés des trois quarts des élèves issus de milieux défavorisés...

14 Octobre 2017 , Rédigé par Observatoire des inegailtes Publié dans #Education, #Sociologie

 Le dédoublement des classes de CP ne répond en rien aux difficultés des trois quarts des élèves issus de milieux défavorisés...

Les trois quarts des élèves défavorisés étudient hors de l’éducation prioritaire

Les trois quarts des élèves défavorisés n’étudient pas dans une école appartenant au réseau de l’éducation prioritaire. Ils ne bénéficient aucunement des mesures qui ne portent que sur ces réseaux. Extrait du Centre d’observation de la société.

Les trois quarts des 3,2 millions d’élèves issus de milieux défavorisés [1] étudient dans des établissements qui ne sont pas intégrés aux réseaux dits « prioritaires » de l’éducation, selon les données du tableau de bord national publié par le ministère de l’Éducation nationale [2]. L’éducation prioritaire a pour objectif de compenser les difficultés économiques et sociales des habitants de certains quartiers en attribuant davantage de moyens aux établissements qui s’y trouvent. Mais ces territoires ne rassemblent qu’une partie très minoritaire des populations défavorisées.

Cette situation résulte de deux phénomènes. Tout d’abord, dans les écoles et collèges de l’éducation prioritaire, la part des élèves issus de milieux défavorisés (55 %) est plus élevée qu’ailleurs, mais ces établissements accueillent aussi des jeunes de milieu favorisé. Inversement, les autres territoires comptent un tiers d’élèves défavorisés. La mixité sociale existe encore en France, même si certains quartiers restent beaucoup moins mixtes que d’autres. Ensuite, l’éducation prioritaire n’accueille qu’une toute petite minorité de l’ensemble des élèves de France, un sur cinq au total (18 % au primaire, 20 % au collège). Elle scolarise 1,5 million de jeunes, contre 6,9 millions pour le reste des établissements. La part d’élèves de milieux sociaux défavorisés dans ces établissements est certes moins importante, mais globalement, ils en accueillent davantage. Même si l’éducation prioritaire scolarisait uniquement des élèves défavorisés, elle ne pourrait en accueillir que 1,5 million, moins de la moitié du total.

Au bout du compte, un quart des élèves défavorisés étudient dans des établissements de l’éducation prioritaire, soit 870 000. Heureusement : cela signifie qu’il existe encore de la mixité sociale en France, que des enfants de milieu modeste habitent dans des quartiers qui le sont moins. Cela veut aussi dire que les dispositifs de l’éducation prioritaire (comme le dédoublement des classes de CP), quoi qu’on pense de leurs effets [3], ne répondent en rien aux trois quarts des élèves issus de milieux défavorisés. Si l’on souhaite que les politiques publiques soutiennent ces jeunes qui n’ont pas les mêmes atouts que les autres en poche, il faut donc agir au-delà des établissements de l’éducation prioritaire. Celle-ci n’est qu’un moyen très incomplet pour lutter contre les inégalités sociales à l’école. Cette remarque est valable pour l’action territoriale (la politique des quartiers prioritaires) en général. Elle peut être utile localement, mais c’est un outil qui ne touche qu’une part réduite des milieux populaires.

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Cantines scolaires: les élèves défavorisés y ont moins accès que les autres...

5 Octobre 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Sociologie

Cantines scolaires: les élèves défavorisés y ont moins accès que les autres...

Une étude met en évidence les disparités d'accès à la cantine selon les catégories socioprofessionnelles des parents. Les élèves plus vulnérables les fréquentent peu : 60 % des collégiens des établissements en éducation prioritaire n'y mangent pas. Et en REP+, 75 % des élèves sont dans ce cas.

Quel que soit le prisme par lequel on l’aborde, la question des inégalités sociales s’insinue dans tous les pans de l’école. La cantine scolaire ne fait pas exception à la règle. C’est l’un des thèmes abordés par la nouvelle étude du Conseil national d’évaluation du système scolaire, le Cnesco, organisme indépendant créé en 2013 pour évaluer les politiques publiques en matière éducative, ici consacrée au bien-être des élèves à l’école. Le rapport scientifique (à lire ici), rendu public le 3 octobre et nourri de neuf contributions, s’intitule L’école française propose-t-elle un cadre de vie favorable aux apprentissages et au bien-être des élèves ?. De prime abord, le sujet peut apparaître périphérique eu égard à l’urgence de la situation dans certaines parties du territoire, où les établissements scolaires manquent de moyens, sont ségrégés et concentrent aux mêmes endroits des élèves perclus de difficultés sociales et scolaires. 

Agnès Florin, professeure émérite en psychologie de l’enfant et de l’éducation à l’université de Nantes et coresponsable de l’étude scientifique du Cnesco, rappelle que la France est à la traîne dans la prise en compte de cette dimension. Et encore une fois, elle relève que les enfants en situation de précarité ont une moins bonne qualité de vie à l’école que leurs camarades. « Ils sont en plus grandes difficultés que les autres, ils peuvent faire l’objet de mesures vexatoires ou de moqueries par leurs pairs sur leur habillement par exemple. Ils sont aussi en difficulté scolaire car ils n’ont pas de livres chez eux ou ne vont pas au cinéma et n’ont pas de matière pour nourrir leur réflexion. » La cantine n'est qu'un énième avatar de ces disparités sociales. 

La difficulté de comparer les cantines scolaires françaises avec celles du reste du monde tient au fait que ce modèle est assez unique. Peu de pays proposent le même type de restauration avec un repas complet, la plupart se contentant de permettre aux élèves de manger le repas préparé par leurs parents, qu’ils apportent dans une lunchbox. 

Les chercheurs ont donc souhaité mettre en évidence l’influence de l’architecture et de la restauration scolaires, deux pans peu étudiés par la recherche, sur la réussite des élèves. Le Cnesco, écrit sa présidente Nathalie Mons dans l’avant-propos de ce rapport « inédit », a souhaité s’emparer de ces sujets victimes d’une « cécité collective ». Les principaux enseignements du volet sur les cantines scolaires sont les suivants – l’un se révélant plutôt positif et l’autre beaucoup moins : « En France, nous sommes très centrés sur les élèves. Il faut aussi davantage se préoccuper de l’enfant. De manière prosaïque, nous nous sommes demandé comment on mangeait à l’école. Les premiers résultats démontrent d’abord une réelle amélioration de la qualité des repas ces dernières décennies. Les “cantoches” sont devenues des restaurants scolaires, qui proposent des menus diversifiés et constitués de produits frais. Deux tiers des établissements organisent des activités autour de l’alimentation », explique Nathalie Mons.

Cette amélioration, les enfants vivant dans des foyers paupérisés n’en bénéficient pas tous, relève par ailleurs la présidente du Cnesco. « La cantine révèle aussi des inégalités scolaires criantes, dont sont victimes les enfants les plus défavorisés. Il existe un lien entre le bénéfice de repas équilibrés et la concentration des élèves. Les plus fragiles devraient être privilégiés, mais évidemment on retombe sur le mal français, les inégalités s’invitent partout et traversent toute la vie. » En effet, les catégories socioprofessionnelles des parents conditionnent cet accès, peut-on lire dans le rapport.

Les chiffres sont éloquents. En moyenne, 30 % seulement des collégiens ne sont pas inscrits à la cantine ; en éducation prioritaire, c’est le cas de près de 60 % d’entre eux. En REP+, seuls 25 % des élèves sont inscrits au restaurant scolaire. En moyenne, les élèves issus de familles défavorisées sont deux fois plus nombreux (40 % d’entre eux) à ne pas manger à la cantine que les élèves issus de familles favorisées (22 %) et très favorisées (17 %). Les raisons de cette désaffection se révèlent être économiques en partie, mais pas seulement. 

L’inspecteur général honoraire, ancien directeur général de l’enseignement scolaire, Jean-Paul Delahaye n'est pas surpris de ces constats. Il a déjà perçu toutes ces dimensions lors de l’enquête qu’il a dirigée en 2015. Dans ce rapport baptisé Grande pauvreté et réussite scolaire, il a exploré cette thématique encore taboue dans la cinquième puissance mondiale, où personne ne veut faire face à cette réalité. Environ 1,2 million d’élèves, soit un enfant sur dix, vivent dans des familles pauvres. Une famille est considérée comme pauvre quand son revenu mensuel est inférieur à 1 739 euros (soit la moitié du niveau de vie médian).

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Faiza Zerouala

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A Lire... La Société du Concours/L'empire des classements scolaires - Anabelle Allouch

17 Septembre 2017 , Rédigé par Divers Publié dans #Education, #Politique, #Sociologie

A Lire... La Société du Concours/L'empire des classements scolaires - Anabelle Allouch

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"Les trois quarts des élèves défavorisés étudient hors de l'éducation prioritaire"... (Où les CP ne sont pas dédoublés)

9 Septembre 2017 , Rédigé par Observatoire des Inegalités Publié dans #Education, #Sociologie

"Les trois quarts des élèves défavorisés étudient hors de l'éducation prioritaire"... (Où les CP ne sont pas dédoublés)

EXTRAITS

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Moins d’un quart des personnes pauvres vivent dans un quartier dit « prioritaire » de la politique de la ville [1]. C’est logique : ces territoires, si souvent mis en avant, ne rassemblent qu’une toute petite partie de la population : 4,8 millions sur 63,7 millions, soit 7,5 %. Dans ces quartiers, la part de personnes pauvres est très élevée : 42 % en moyenne, plus de trois fois la moyenne nationale. Certains quartiers prioritaires connaissent des situations bien pires, avec des taux de 60 % voire 70 %. Mais, au total, deux millions de personnes pauvres vivent dans ces quartiers, moins du quart de l’ensemble (23 %) si on utilise le seuil à 60 % du niveau de vie médian. Pas moins de 6,8 millions de pauvres (77 %) vivent hors de ces territoires.

Il y a quelques années, la mode (pas encore totalement dissipée) était à la pauvreté « périphérique », hébergée soi-disant par la France périurbaine, des petites villes et du milieu rural. L’Insee a mis fin à ces spéculations en publiant les données du nombre de pauvres par territoire. Encore ne faudrait-il pas inverser l’analyse : pour beaucoup, la pauvreté se concentrerait dans les quartiers dits « prioritaires » situés en banlieue des grandes villes, victimes d’un «apartheid urbain ». Une façon de réduire les politiques pour pauvres à des politiques territoriales sur un périmètre limité, le raisonnement étant identique pour les difficultés scolaires. Ce faisant, on oublie alors l’immense majorité des pauvres qu’ils vivent en ville, dans le périurbain ou en milieu rural.

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Dès la maternelle, les enfants de bourgeois se reconnaissent...

14 Août 2017 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Education, #Sociologie

Résultat de recherche d'images pour "bourgeoisie enfants"
EXTRAIT
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Un "sens social" précoce 

Les enfants perçoivent de manière précoce le "sens social", la hiérarchie de classe qui structure la société ainsi que la place qu'ils occupent.

"Lorsqu'on demande à des enfants de cet âge [à l'école maternelle, ndlr] de distinguer "les riches" et "les pauvres" dans une série de photos représentant des personnes de milieux sociaux contrastés, la plupart d'entre eux sont en effet capables de produire un classement proche de celui effectué par des adultes [Ramsey, 1991]." 

Martine Court cite les travaux de Bernard Zarca, qui observait la manière dont des enfants de 7 à 10 ans classent douze personnages exerçant des métiers courants de "celui qui gagne le plus d'argent" à celui qui en gagne moins. Les résultats sont conformes à la réalité.

Les enfants ont aussi une idée de la place qu'ils occupent dans la hiérarchie sociale et, en fonction, se projettent différemment dans l'espace social : Zarca a montré que le désir d'exercer une profession supérieure est moins fréquent chez les enfants de milieux populaires.

Comment ces perceptions se construisent-elles ? "On peut d'abord citer les médias et les produits culturels (albums pour enfants, dessins animés, films) qui donnent des représentations de la société, de la hiérarchie sociale et des relations entre classes sociales", répond Martine Court, qui ajoute que le sujet a malheureusement été peu étudié. 

"Il y a ensuite ce que les enfants entendent chez eux, au quotidien. Leurs parents qui parlent des fonctionnaires qui sont trop payés ou au contraire qu'il faut défendre car ils assurent le service public..."

Cette construction passe aussi par l'observation. "La manière dont les parents parlent de la femme de ménage et à la femme de ménage, à la nourrice, aux enseignants, à leur patron, à leurs collègues." Ainsi que la manière dont ils sont traités en retour.

Le comportement plus ou moins distant, plus ou moins dominé qu'ils entretiennent avec ces personnes participent à cet apprentissage "par corps" (c'est l'expression du sociologue Pierre Bourdieu), c'est-à-dire qui s'exprime par la gêne, les sourires, la posture physique, etc.

A l'école, on se mélange ?

Des travaux ont montré que les enfants ont plus facilement tendance à nouer des amitiés avec ceux qui leur ressemblent socialement.

Cela s'explique peu ou prou de la même manière que l'homophilie sociale observée à l'âge adulte. D'abord par la fréquentation de lieux de rencontre socialement homogène, en fonction du degré de mixité de l'école fréquentée par l'enfant. 

Martine Court continue :

"On se lie plus facilement avec des personnes qui ont les mêmes manières de penser, les mêmes goûts, les mêmes formes d'humour, les mêmes références culturelles.

Il n'y a pas de raison que ça ne marche pas aussi pour les enfants, si on admet qu'assez jeunes, les enfants ont des goûts culturels et des loisirs différents d'un milieu social à l'autre, n'ont pas les mêmes manières de parler, de se comporter, pas les mêmes formes d'humour."

C'est aussi quelque chose qui frappe les parents : dans la cour, dès la fin de la maternelle, filles et garçons se mélangent peu.

"C'est tout à fait vrai, massif, mais il ne faut pas l'exagérer", nuance Martine Court. 

"Cette tendance à fuir l'autre sexe est beaucoup plus vrai à l'école, un lieu public, exposé au regard des autres. Ça l'est moins à l'échelle du quartier, dans des lieux d'activités et de loisirs pour les enfants.

Je tiens à le souligner car il peut y avoir l'idée que si les filles préfèrent la compagnie des filles et les garçons préfèrent les garçons, c'est qu'on est biologiquement pas pareil. Il faut rappeler que ça dépend du contexte social et qu'il y a des lieux dans lesquels les enfants peuvent très bien jouer avec ceux de l'autre sexe."
Que se passe-t-il donc à l'école ? "Il y a beaucoup de contrôle social entre enfants", répond Martine Court. Jouer avec l'autre sexe, c'est à la fois risquer la moquerie de ne pas être conforme à son genre, de ne pas correspondre aux normes sexuées (une fille est un garçon manqué, un garçon une fi-fille). C'est aussi risquer les "elle est amoureuse, il est amoureux". L'autre forme de contrôle par laquelle les enfants maintiennent cette séparation entre les sexes.

Après, la séparation est liée aussi au fait qu'assez tôt, les enfants n'ont pas les mêmes goûts (les garçons préfèrent le foot à l'élastique, les filles l'élastique au foot). En tant que sociologue, je ne pense pas que ces goûts-là soient inscrits dans la nature des uns et des autres : il y a eu beaucoup de travaux qui ont montré que ces goûts s'apprennent très tôt." 

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Emilie Brouze

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A Lire... Louis Chauvel, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions...

1 Août 2017 , Rédigé par La Vie des Idees Publié dans #Sociologie

A Lire... Louis Chauvel, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions...

La France en général, et ses classes moyennes en particulier, sont touchées par un phénomène de déclassement systémique. Dans un essai tonique, Louis Chauvel contribue à l’analyse des inégalités en y intégrant la prise en compte de la fracture générationnelle.

Recensé : Louis Chauvel, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions, Seuil, Paris, 2016, 147 p., 16 €.

La société française subit depuis une quarantaine d’années des transformations en profondeur, dont la persistance d’un niveau élevé de chômage n’est que l’un des signes. Aucun pays sur la planète n’échappe à cette lame de fond dont les retentissements se font sentir dans la vie quotidienne de tous les citoyens. Le monde, à l’évidence, est entré dans une nouvelle phase à laquelle chaque État fait face à sa manière. Il est donc urgent pour les sciences sociales d’identifier et d’analyser en profondeur ces transformations et de tenter d’en comprendre les causes, les logiques et les conséquences. Les travaux de Thomas Piketty [1] apportent déjà une pierre substantielle à l’édifice explicatif en montrant que, dans la conjoncture actuelle, une croissance faible et des rendements du capital supérieurs au taux de croissance tendent à déséquilibrer les sources et le partage de la richesse. Le capital accumulé dans le passé reprend peu à peu la place et le rôle hégémonique qu’il avait conquis au cours des siècles antérieurs à la seconde moitié du XXe siècle. Avec toutes les conséquences de ce retour au passé sur la composition de la société française.

Le grand mérite du livre de Louis Chauvel consiste à tenter, lui aussi, d’accéder à une vision d’ensemble des grandes tendances d’évolution de la société française et de sa structure de classe. Il mobilise à cette occasion des données diverses et de bonne qualité. Il adopte une perspective historique de moyen terme, en saisissant les transformations en cours dans leur dynamique temporelle. Il situe le cas français dans un contexte mondial grâce à des comparaisons internationales. Son approche, principalement statistique, est globale. Sa recherche est originale par deux traits : il prend en compte une dimension dont il a depuis longtemps éprouvé la fécondité, la rupture générationnelle qui creuse aujourd’hui de profonds fossés entre les niveaux de vie, les conditions d’emploi et de travail et surtout les perspectives d’avenir entre celles et ceux qui sont nés avant et après les années 1950. Il concentre son étude sur un segment de la réalité sociale particulièrement sensible et révélateur des transformations en cours, les classes moyennes, centre de gravité selon lui de notre structure sociale [2].

Inégalités, déclassements, fractures

Les grands traits de son argumentation sont les suivants. Grâce à la forte croissance de l’après-guerre, la deuxième moitié du XXe siècle a réussi à construire une « civilisation de classe moyenne », animée par les valeurs de la méritocratie et les idéaux du progrès. Il s’agissait pour les familles d’assurer à leurs enfants des conditions de vie et de travail meilleures que celles de leurs parents. Et beaucoup y sont parvenues. Or, depuis les premiers chocs pétroliers plusieurs facteurs ont gravement dégradé cet édifice social au point d’en menacer l’existence même. L’accroissement vertigineux des inégalités dans la répartition des richesses, en partie provoquée par la distorsion croissante entre les revenus du travail et du capital, comme l’a montré Thomas Piketty, ruine les bases morales et matérielles de la méritocratie : une part croissante de la richesse ne provient plus du travail mais du capital. Le centre de gravité de la société, les classes moyennes, se trouve ainsi déstabilisé par un processus de déclassement systémique : les écarts se creusent avec les catégories supérieures tandis qu’ils se comblent avec les classes populaires.

Plus gravement encore, une fracture générationnelle oppose désormais les nouvelles générations aux plus anciennes : on constate une baisse sensible du niveau de vie des premières, un rendement décroissant des diplômes, une mobilité intergénérationnelle descendante et un déclassement résidentiel provoqué par la hausse vertigineuse des prix de l’immobilier dans les grandes métropoles. Le pacte générationnel d’hier est brisé : impossible désormais aux nouvelles générations de laisser un monde meilleur à leurs enfants. Tous ces bouleversements internes se traduisent aussi par une régression de la place de la France dans « la verticale du pouvoir socio-économique mondial » (p. 152). Celle-ci se traduit à son tour par un rattrapage du bas et du milieu de notre édifice social par les élites populaires des pays en voie de développement. Les classes populaires et moyennes ne se comparent plus aux cadres des pays du Nord mais aux ouvriers du Sud.

Loin d’êtres clairs et intelligibles à celles et ceux qui les subissent, ces bouleversements de fond ne sont pas non plus perçus à leur juste valeur par les dirigeants politiques et les responsables de tous ordres qui pourraient les contrecarrer, Ils font l’objet d’un déni général. « L’aliénation politique des jeunes générations » (p. 125) est telle qu’une spirale des illusions devant le changement social vient doubler la spirale des déclassements objectifs. Face à une conjoncture aussi dramatique, le premier devoir du sociologue est de faire œuvre de lucidité. C’est l’objectif explicite de ce livre et de son auteur qui prend ainsi la pose d’un lanceur d’alerte.

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Christian Baudelot

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Education... N'oublions pas les écoles et collèges en milieu rural...

1 Août 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Sociologie

Education... N'oublions pas les écoles et collèges en milieu rural...

Enseignant depuis trente-quatre ans en collège rural du Pays de Caux (Seine-Maritime, quelque part entre Rouen et Dieppe, sur les bords de la vallée de la Scie), je suis bien placé pour observer les ravages provoqués par les pauvretés de toutes sortes, pauvretés alourdies par le fait qu'elles naissent et se développent en milieu rural :

- pauvreté financière;
- pauvreté intellectuelle;
- pauvreté des ambitions. (Comment être ambitieux quand il y a si peu à ambitionner);
- pauvreté des situations familiales (Mères isolées ; divorces difficiles);
- pauvreté des moyens de divertissements (A peine 10% des enfants du collège partent en vacances);

etc...

J’utilise le mot « pauvre » dans sa signification la plus large. On parle souvent des difficultés des enfants des cités. Beaucoup moins souvent de celles des élèves en milieu rural. Elles sont certes d'un autre ordre mais mériteraient une attention plus soutenue.

Ce tableau très noir n'est évidemment pas le seul. Il existe un tableau blanc. Avec des élèves et des familles heureuses. Mais la croissance des « grandes misères » doit nous inquiéter. Leur gravité et leur durée également.

Aucun enseignant ne peut ignorer, lorsqu'il est dans sa classe, qu'il a face à lui des élèves évidemment, mais toutes et tous porteurs d'un vécu social, bagage léger pour certains, extraordinairement lourd pour d'autres. Aucun professeur ne peut ignorer cela sous peine de passer à coté d'une réalité qui vit et qu'il vit pourtant chaque jour sous ses yeux, les « enfants/pré-adolescents » ne cherchant même plus à la cacher.

Sans verser dans la compassion, il est néanmoins criant d'évidence que lorsqu'on est pauvre, une pauvreté qui n'est pas circonscrite à la misère financière (on peut être riche et « pauvre »...), l'effort demandé à l'élève pour s'élever est souvent surhumain. Contrairement à des idées reçues et véhiculées par confort ou par lâcheté, l’École est certes un havre de paix, de transmissions de savoirs et de savoirs-faire, mais elle n'est pas, par je-ne-sais quel enchantement, épargnée ou dispensée des malheurs qui frappent celles et ceux dont nous partageons les journées.

Il nous faut repenser la pauvreté, repenser nos manières d'y répondre, cette pauvreté aux mille visages qui frappe des filles et des garçons auxquels on demande l'excellence sans se soucier parfois des obstacles invisibles, cachés, tus dans un lourd silence qui rendent l'objectif absolument inaccessible. Alors ils deviennent des « mauvais élèves » dans cette école qui ne tolère encore trop souvent que la "bonne" réponse, sanctionnant la "mauvaise". Et s'ils étaient déjà en difficultés, c'est la double peine qui les attend au sortir des conseils de classe :

pauvres chez eux et pauvres à l'école, pauvres partout!

Pourtant - et je me pose souvent la question - le « mauvais élève » n'est-il pas tout simplement un bon élève laissé à lui-même, depuis la maternelle ? Les seules explications culturelles à la pauvreté sont très éloignées de la réalité. Très insuffisantes en tout cas. Si seulement on pouvait comprendre vite, très vite et très tôt, que beaucoup de « mauvais » élèves le seraient moins si l'institution les aidait, ainsi que leurs parents, à prendre les bonnes décisions, à faire les bons choix, à saisir les bonnes opportunités, à s'engager dans la bonne orientation.

Hélas, ces bonnes décisions, ces bons choix, ces bonnes opportunités, ces bonnes orientations semblent encore trop souvent réservés à ceux qui ont échappé - et heureusement pour eux ! - aux pauvretés accablantes, qu'elles soient sociales, morales, intellectuelles ou toutes à la fois !

Christophe Chartreux

Education... N'oublions pas les écoles et collèges en milieu rural...
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