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Vivement l'Ecole!

sociologie

Nos démocraties à la merci des réseaux sociaux (Vidéo)

7 Mars 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Médias, #Sociologie, #Politique, #Internet

David Chavalarias présente son ouvrage, Toxic Data, paru le 2 mars chez Flammarion, où il analyse et décrypte comment la manipulation de masse se déploie sur les réseaux.

Février dernier, les convois de la liberté atteignent l’Arc de triomphe. Sur Twitter et sur Facebook, la tension est à son comble. Les anti-pass vont prendre la capitale. Dans leur laboratoire, une équipe de mathématiciens cartographient ce moment de suractivité sur les réseaux sociaux et s’interrogent : Quels comptes s’emploient à relayer tel ou tel message et dans l’intérêt de qui ? Les algorithmes favorisent-ils la montée de telle ou telle colère ? Des robots viennent-ils grossir les rangs des insurgés ? Des puissances étrangères ont-elles intérêt à semer la discorde, chez nous, en France ? Les réseaux sociaux sont-ils la meilleure arme de la Russie et de la Chine cherchant à reconfigurer l’ordre mondial ?

David Chavalarias publie « Toxic Data », tout y est très simplement expliqué : Comment les mouvements d’opinion sont aujourd’hui hautement manipulés et amplifiés sur les réseaux au point que nos démocraties vont y laisser leur peau.

Toxic Data

Toxic Data

Comment les réseaux manipulent nos opinions

« Le 5 mai 2017, durant l’entre-deux-tours de la présidentielle, un tweet révèle des milliers de courriels de l’équipe d’En Marche. Il sera massivement relayé pour tenter de faire basculer l’opinion, et avec elle l’élection.

Qui était à la manœuvre de ces MacronLeaks ?
Le GRU russe, qui aurait hacké les boîtes mail, l’alt-right, l’extrême droite française… et 20 000 bots, des robots pilotés par intelligence artificielle. »

D’élection en élection, une lame de fond s’abat sur chaque citoyen : les réseaux sociaux nous manipulent et déchirent notre tissu social. De fait, la science révèle notre dangereuse inadaptation à la nouvelle donne numérique. Comment se prémunir des intoxications à l’heure du vote ? Une analyse stupéfiante doublée de pistes concrètes, tant individuelles que collectives, pour nous protéger et préserver nos démocraties.

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A Voir... "Nous", par Alice Diop - Sortie le 16 février...

11 Février 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Cinéma, #Sociologie

À partir de « Nous », la cinéaste Alice Diop suit la ligne du RER B pour raconter d’autres histoires de la France. De la basilique Saint-Denis où l’on commémore toujours la mort de Louis XVI, aux cités, comme Aulnay-sous-bois où elle a grandi, en passant par le Mémorial de la Shoah à Drancy, Alice Diop filme la banalité du quotidien.

Dans ces portraits de « petites vies », c’est l’histoire de France qui se dessine dans sa complexité. Il y a l’histoire des rois, celle de la Shoah, mais aussi les mémoires des migrants italiens, puis africains, oubliées faute d’être racontées. Ces histoires vécues comme dérisoires par leurs protagonistes retrouvent leur légitimité à travers la caméra d’Alice Diop. 

(...)

Guillaume Erner

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A lire... Les Français de la Belle Epoque - Antoine Prost

9 Février 2022 , Rédigé par Le Monde - APHG Publié dans #Education, #Histoire, #Sociologie

EXTRAIT

L’enquête à laquelle procède en 1899 la Commission de l’enseignement de la Chambre abonde sur ce point en témoignages éloquents de recteurs et de chefs d’établissement. Le dreyfusisme de certains professeurs passe mal. L’accueil de boursiers choque certains parents soucieux des bonnes manières. Le principal de Pontarlier signale par exemple qu’il est de mode et de bon ton dans la bourgeoisie « de mettre ses fils dans les écoles libres ; on croit se donner ainsi un cachet d’aristocratie et des apparences de fortune. On a l’air de reprocher à nos établissements secondaires de s’être trop démocratisés. » À Vienne, aucune famille de la bonne bourgeoisie, médecins, avocats, avoués, notaires, officiers, gros industriels, ne confie plus son fils au collège. Le recteur de Caen va même jusqu’à écrire que le secondaire « ne se recrute plus que parmi les fils des plus humbles fonctionnaires, des petits artisans, des petits commerçants et des ouvriers ».

Ces propos excessifs soulignent l’enjeu : l’enseignement secondaire se définissait comme celui de l’élite et il entendait le rester. Or voici que les collèges privés, déjà très efficaces pour mener au baccalauréat, se mettaient à préparer, eux aussi, aux grandes écoles : le quart environ des candidats reçus à Polytechnique et à Saint-Cyr, 25 sur 60 à Navale, sortaient de chez les pères. Cette concurrence s’accentuait du fait qu’elle portait sur de très faibles effectifs ; les chiffres du secondaire cités plus haut ne doivent pas faire illusion : pour un gros tiers, ils sont gonflés par les élèves des classes élémentaires ou « petites classes », de la onzième à la septième. La cohorte qui suit la scolarité secondaire est très mince : en 1898, 3 % des enfants nés onze ans plus tôt seulement entraient en sixième, et à peine plus, 3,4 %, en 1910. Et les promotions annuelles de bacheliers n’avaient rien à voir avec celles d’aujourd’hui : elles augmentent à la Belle Époque, mais à un niveau très faible : 5 700 lauréats en 1900, 7 700 en 1913. Si le secondaire était bien le creuset où se formaient les élites, celles-ci constituaient un happy few.


« Les Français de la Belle Epoque », d’Antoine Prost, Gallimard

CRITIQUE

« Les Français de la Belle Epoque », d’Antoine Prost, Gallimard, 384 p., 22 €.

La dureté d’un temps révolu

On est frappé, en lisant Les Français de la Belle Epoque, par un choix d’écriture, celui de l’imparfait, comme pour asséner avec plus de force les réalités du passé : « La crasse était générale » ; « Les ouvriers ne vivaient pas très vieux » ; « La grève tuait ». Mais il ne s’agit pas simplement de restituer la dureté d’un temps révolu. L’ouvrage s’appuie sur ces données fondamentales, sans verser dans le misérabilisme, pour déployer ensuite avec un grand sens de la nuance toute la gamme des expériences sociales, passant en revue la condition bourgeoise et le sort des domestiques, la vie des ouvriers et le travail des paysans, les rapports au sein du couple et les inégalités persistantes du système scolaire, l’exiguïté des logements et l’animation des rues.

Un tableau social d’une grande précision que viennent encore affiner l’attention aux variantes régionales et le recours aux témoignages comme à la littérature : on croisera dans ces pages Jean Guéhenno ou Marcel Proust. Mis bout à bout, ces éléments constituent plus que des rappels utiles sur la violence des clivages sociaux d’autrefois. Ils livrent aussi des clés d’explication permettant de comprendre comment une société aussi inégalitaire, aussi divisée autour de la question religieuse, a pu fonctionner, et résister à l’immense choc de 1914. Une « culture de la déférence » tempérée par une véritable mobilité sociale forme l’armature d’une société « beaucoup plus solide et plus forte qu’on aurait pu le penser ».

André Loez

EXTRAIT

« La fête n’est pas le loisir. ­Celui-ci s’imbrique dans les interstices d’un travail qui ne sature pas les journées. Les ouvriers de la Belle Epoque avaient peu de loisirs, qu’ils consacraient à leurs enfants et à leur famille, notamment le dimanche. Mais des fêtes ponctuaient leur existence ; ­elles constituaient une rupture dans un labeur continu, une transgression réglée des normes et des usages ­quotidiens, avec des cortèges, des flonflons, des manèges, des jeux traditionnels, course en sac et mâts de cocagne, de grands bals. (…) Les fêtes occupaient un espace public genré. Les garçons jouaient dans la rue, mais peu les filles, et pas aux mêmes jeux. La sociabilité féminine se déployait au lavoir : là ­circulaient les nouvelles et les rumeurs du quartier. »

Les Français de la Belle Epoque, page 105

 

Antoine Prost : « Transformer en histoire la demande de mémoire de nos contemporains » (lemonde.fr)

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A lire... "La Nation inachevée. La jeunesse face à l’école et la police" - Sébastian Roché

4 Février 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Sociologie, #Jeunesse

Amazon.fr - La nation inachevée: La jeunesse face à l'école et la police -  Roché, Sebastian - Livres

EXTRAITS

« La Nation inachevée » : comment le quotidien des jeunes construit leur citoyenneté

A la lumière de plusieurs enquêtes, le sociologue Sebastian Roché explique dans son livre que le sentiment d’appartenance à la communauté nationale se nourrit davantage des interactions, parfois anodines, avec les représentants de l’Etat que des discours théoriques.

Dans cet ouvrage, aboutissement d’un travail commencé il y a une dizaine d’années, le sociologue Sebastian Roché s’efforce de « prendre au sérieux » la question de la formation du « sens de la nation » chez les jeunes et analyse la façon dont l’Etat s’y prend en vue de réaliser le projet, toujours réaffirmé, d’inclusion de la jeunesse. A la lecture, il apparaît vite que les institutions ne s’y prennent pas de la meilleure façon et que les envolées rhétoriques sur la restauration de l’autorité, confondant légitimité et usage de la force, ne risquent pas d’améliorer la situation : « La réalité de l’inclusion citoyenne, écrit l’auteur, ne se réduit pas aux slogans des leaders des partis politiques ou aux bons mots des éditorialistes. Elle répond à des conditions précises qui ne s’alignent pas sur les simplifications ambiantes. »

La thèse principale développée dans cet essai est que le sentiment d’appartenance à la nation ne repose ni sur l’exposé abstrait de la loi ni sur la contrainte, mais sur un attachement subjectif et une adhésion volontaire, issus dans les deux cas de l’expérience concrète des individus. Cette expérience se construit au quotidien dans la relation sensible avec les « agents de première ligne » de l’Etat que sont les enseignants et les policiers. Sebastian Roché place la focale sur l’adolescence et étaye son propos en s’appuyant, outre la littérature nationale et internationale, sur l’analyse des données de deux enquêtes massives : Polis, menée entre 2010 et 2012 auprès de 22 000 collégiens et lycéens en France et en Allemagne et l’étude UPYC qui, en 2015, a touché 18 000 collégiens de plusieurs pays (dont 10 000 en France). La taille de ces échantillons permet de passer la question de l’adhésion à la nation au crible de l’appartenance à différents groupes sociaux et ethnico-religieux.

L’affirmation d’un « cosmopolitisme »

Ainsi, chez les enfants d’un père né en Afrique du Nord, seuls 12 % se définissent comme « totalement » français, 23 % se sentent « plutôt » français et 45 % se disent « partagés », ce qui ne signifie nullement une hostilité. Chez ceux dont le père a la nationalité française, ces chiffres sont respectivement de 49 %, 29 % et 17 %. Les proportions sont différentes mais montrent une tendance commune : les jeunes se retrouvent de moins en moins dans le modèle standard d’une allégeance nationale unique. Un « cosmopolitisme des classes d’âge les plus récentes » est en train de s’affirmer, commente Sebastian Roché. Dans ces conditions, « assimiler toute demande de particularité culturelle à du séparatisme » revient à une négation des positions intermédiaires.

(...)

C’est à chaque contact avec les agents de l’Etat, enseignants ou policiers, que se « dessinent des lignes d’inclusion ou d’exclusion », avance le sociologue. Autant d’interactions « qui pourraient sembler, à distance, insignifiantes, mais qui sont la chair des relations sociales ».

Luc Cédelle

« La Nation inachevée. La jeunesse face à l’école et la police », de Sebastian Roché, Grasset, 400 pages, 22,50 euros.

Extrait du livre

La prééminence du cadre politique des États-nations s’est imposée à travers l’Histoire. Il a façonné le sentiment d’une identité collective nouvelle, il est devenu le cadre de la lutte pour la reconnaissance des droits. Cette appartenance nationale est ancrée dans divers mécanismes culturels, dont l’école est le plus visible, de solidarité par l’État-providence, et d’inclusion politique par le droit de vote, le rôle des partis et syndicats. L’État est le cadre des conflits. Le Front populaire et les grandes grèves de mai et juin 36, l’idéal humaniste de la Libération, le mouvement de Mai 68 ont transformé des conflits en droits et en acquis sociaux, en protection sociale et congés payés. Tel était tout au moins le schéma classique de compréhension de l’inclusion nationale. Aujourd’hui, cette identité est, à en croire certains responsables politiques, menacée par le fait d’agiter des drapeaux étrangers lors d’un mariage, de porter un voile ou de ne pas manger de viande de porc à la cantine. Comment expliquer une telle sensibilité identitaire ? La question plus profonde qui taraude la société française est de savoir si l’État peut continuer à fabriquer la nation. Mais qu’est-ce que recouvre l’inscription dans le collectif de la nation au juste ? C’est le point de départ de notre travail.

 

Repartons des analyses du sociologue Max Weber pour qui « le concept de nation nous renvoie constamment à la relation avec la puissance politique1 ». C’est élémentaire, mais essentiel. Dans ce livre, nous saisirons la nation dans cette connexion des individus à deux collectifs nationaux : « se sentir français », un attachement au pays, d’une part, et désirer avoir « la nationalité française » qui fait écho à l’inscription explicite dans le cadre légal défini par l’État, d’autre part. Ensuite, ajoute Weber, « la nation est le projet de l’État », ce qui le transcende. C’est la réciproque de la première relation. Le concept d’État renvoie constamment à la nation, pourrait-on écrire en symétrisant son propos. En permanence, l’État veut à la fois façonner et exprimer la nation. C’est pourquoi nous appréhenderons la question de la nation non pas uniquement sous l’angle des deux collectifs cités, mais aussi sous celui de la relation aux normes et principes du régime (le vote, la laïcité) ou à la figure de l’État (le président). Le projet national de l’État n’a rien de dissimulé, au contraire, et les exemples abondent pour l’illustrer. Le président Nicolas Sarkozy, défait au second tour de l’élection présidentielle de mai 2012, conclut son discours d’adieu : « Vous êtes la France éternelle, je vous aime, merci, merci. » Le président Emmanuel Macron explique le sens du sacrifice du colonel de gendarmerie à Trèbes en mars 2018 : « Il dit comme aucun autre ce qu’est la France, ce qu’elle ne doit jamais cesser d’être et qu’elle ne cessera jamais d’être tant que des femmes et des hommes décideront de la servir avec le courage, le sens de l’honneur, l’amour de la patrie que vous avez démontrés. » Le culte des morts et la promesse d’immortalité illustrent l’affinité du culte de la nation avec celui de la religion. Un candidat écologiste explique, un peu moins d’un an avant l’échéance, ses intentions pour 2022 : « Je suis candidat à l’élection présidentielle. Parce que j’aime la France et que je veux la servir. » Anne Hidalgo se lance dans la campagne avec son livre Une femme française. Le représentant de l’État célèbre la nation. La nation est un être collectif à caractère surnaturel, immortel, que tout chef de gouvernement ou tout aspirant à la fonction doit honorer.

Les hommes politiques peuvent défier ou mépriser les Français. Plusieurs épisodes récents sont dans toutes les mémoires. C’est Macron qui lance, bravache, « venez me chercher », ou, condescendant, « je traverse la rue et je vous trouve un travail ». Mais jamais la nation ne souffrirait un tel mépris dans leur bouche. La nation française, mise en mots par ceux qui la dirigent ou en ont l’intention, oblige à l’amour et au désintéressement, aucun sacrifice n’est trop grand pour la servir. Elle est une forme symbolique supérieure. La nation s’incarne dans les dirigeants qui, à leur tour, la célèbrent, dans une boucle sans fin. Cette forme s’impose à eux. Ces échanges symboliques ne sont pas une façade, ils sont la manifestation la plus directe de l’existence de cadres mentaux collectifs, l’aboutissement de la construction d’une relation entre le pouvoir et le peuple.

 

L’État moderne fonde sa légitimité sur la nation. La nation est le nom du peuple politique. L’idée que le pouvoir procède de la nation a été conceptualisée lors de la Révolution, mais lui est antérieure. L’historien David Bell explique comment Louis XVI, sous la pression d’un mécontentement croissant, avait commencé à invoquer le concept de nation comme une source de sa légitimité2, et prétendait « je ne fais qu’un avec la nation », être indissociable de l’idée de nation. Le 17 juin 1789, les députés du tiers état, réunis à Versailles par le roi, se constituent d’eux-mêmes, sur la motion de l’abbé Sieyès, le grand penseur de la souveraineté en cette période, en « Assemblée nationale ». Unilatéralement, elle retire au roi la possibilité d’incarner la nation. Considérant qu’ils représentent « les quatre-vingt-seize centièmes au moins de la nation », sans le clergé ou la noblesse, les députés du tiers état s’approprient la nation. L’assemblée est légitime parce que le peuple se retrouve dans le projet qu’elle incarne. Deux propositions essentielles sont résumées ici : l’État trouve son sens dans la nation, et la nation existe si le peuple s’y reconnaît. Avec l’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui veut que « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation », nous avons une définition de ce qu’est une nation politique : un principe de souveraineté, et la manifestation de la « volonté générale ». Mais, pour que la nation ne soit pas qu’un principe juridique, il faut absolument qu’elle existe dans le cœur des citoyens, qu’ils développent une identité nationale vécue subjectivement, c’est-à-dire émotionnellement, dans leur esprit et dans leur chair.

 

Pourtant, la nation comme identité n’attire les sciences sociales que depuis peu. L’historienne Anne-Marie Thiesse rappelle que l’expression « identité nationale » n’existait pas en France avant les années 1980 et qu’on a commencé à s’y intéresser avec l’émergence de la question de l’identité sociale des groupes humains, que ce soit sous l’influence des psychologues sociaux comme Henri Tajfel ou de sociologues comme Erving Goffman3. Cela ne veut pas dire que le sentiment national n’existait pas avant, et n’a pas une histoire. Il remonte à l’affirmation au XIXe siècle d’États qui défendent la promotion d’une culture comme moyen d’unifier la nation, au point que la nationalisation des identités est un des phénomènes politiques les plus marquants et les plus partagés des deux siècles qui se sont écoulés. La culture politique devient d’abord et avant tout nationale. C’est cet aspect identitaire qui nous intéresse ici : comment l’attachement national se réalise-t-il ? Et particulièrement chez les jeunes ?

 

Explorer par voie d’enquête le rapport des jeunes à la nation ne dispense pas d’une mise en perspective conceptuelle. Je dirais même plus, la multiplication des petits sondages qui produisent des pourcentages sur une base quotidienne, mais sans vouloir s’ancrer dans les notions qui nous servent à comprendre la nation et la démocratie, est plus trompeuse qu’autre chose. Penser la figure de la nation dans les démocraties suppose de mobiliser et définir trois concepts : la nation, l’État, le « peuple d’État ».

 

« La Nation inachevée. La jeunesse face à l’école et la police », de Sebastian Roché, Grasset, 400 pages, 22,50 euros.

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Najat Vallaud-Belkacem : « La politique doit regarder la France qui est ‘sous nos yeux’ »

30 Janvier 2022 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Sociologie, #Politique

Carte blanche – L’ancienne ministre de l’Education nationale, aujourd’hui directrice France de l’ONG One, prolonge la réflexion de l’essai à succès « la France sous nos yeux », de Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, et souligne les mérites de toute immersion dans la réalité sociale et culturelle du pays.

Il y a, dans la vie éditoriale de notre pays, des livres auxquels nous devons une attention particulière. Les prix peuvent nous aider à les repérer, mais aussi leur réception critique dans la presse et les revues spécialisées, la recommandation de nos libraires, le bouche-à-oreille social, le pedigree de leurs auteurs, le nombre d’exemplaires vendus, l’ambition affichée de l’ouvrage, la coïncidence heureuse, voulue ou non, d’un projet avec un moment particulier de notre histoire… Bref, un faisceau d’indices qui appartient à chacun, mais qui parfois s’impose au plus grand nombre. Certains de ces livres cumulent en effet plusieurs de ces attributs qui nous font signe, et nous intiment de les lire.

Au cours de ces derniers mois, l’un d’entre eux m’a semblé concentrer sur lui ces petites lumières qui clignotent, m’enjoignant de faire attention et de ne pas me contenter d’une lecture de seconde main, avant de passer à autre chose. Ce livre, c’est « la France sous nos yeux » (Seuil) de Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely. « Prix du livre d’Economie 2021 », « Livre de l’année » pour le magazine « Lire »… Il cumule les honneurs, mais aussi un écho médiatique important et durable, il suscite le débat dans bien des endroits de la société, des sphères académiques aux comptoirs du bistrot télévisuel, en passant par la politique.

Il faut dire que son ambition est grande : peindre avec un regard neuf, et des données nouvelles, le tableau complet de la France d’aujourd’hui, c’est-à-dire celle d’après les années 1980, moment de bascule que les auteurs ont identifié comme majeur. Economie, territoires et paysages, modes de vies, travail, culture, vote… Tout y passe, en près de 500 pages qui associent cartes et graphiques, enquêtes de terrain, références littéraires dans un enchaînement assez vertigineux qui prend soin de ne jamais trop s’éloigner de la vie concrète des Françaises et des Français dont c’est, en dernier ressort, le portrait collectif.

A la rencontre des Français

Mais je ne suis pas ici pour en faire une nouvelle recension critique. L’originalité et la valeur de la démarche des deux essayistes sautent aux yeux, si j’ose dire, alors même que l’ambition des auteurs, je crois, n’est pas de produire une connaissance scientifique nouvelle. Ce qui m’intéresse ici, c’est plutôt de partager une forme de révélation d’expérience, plutôt qu’une expertise : ce que l’on ressent, ce que l’on comprend à la lecture de l’ouvrage est très comparable, dans le fond, à ce que l’on vit dans une campagne électorale. On part à la rencontre de la France telle qu’elle est, dans son immense diversité, mais aussi de ce qui fait d’elle un ensemble cohérent et qui s’impose comme une nation, un corps républicain qui se tient debout. On se confronte dans un espace très vaste mais dans une durée très courte à une réalité sociale, politique et culturelle du quotidien dont la vérité vous saute littéralement aux yeux.

Vous n’apprenez rien de nouveau, vous connaissez ces paysages de villes et de campagnes, ces vies, les désirs et les frustrations, les accomplissements et les souffrances, les volontés et les peurs, mais tout se recompose et s’éclaire différemment. Vous connaissez les chiffres, les faits, leurs causes et leurs conséquences, mais vous n’en vivez jamais l’expérience totale.

Puissance de la littérature

La grande question qui se pose à l’issue d’une telle expérience qui vous est forcément très personnelle, si vous la vivez avec honnêteté et sincérité en vous débarrassant au préalable de vos certitudes, c’est évidemment, qu’en faire ? Comment la transformer en un récit qui vous appartient et dans lequel chacun peut se reconnaître ? Comment en rendre compte avec ce qu’il faut de raison, d’émotion et de conviction ? Comment en tirer une vision et des propositions avec des mots qui parleront, et qui s’imposeront ? C’est sans doute cela qu’on appelle dans la formule consacrée la rencontre d’un homme – ou d’une femme – et d’un peuple. Cette rencontre qui semble ne plus vouloir se produire dans la France d’aujourd’hui.

A cette question, je n’ai pas de réponse, mais je sais qu’avant de prétendre à la regarder dans les yeux dans cette rencontre mythique à laquelle chaque candidat aspire, il faut accepter de regarder « en face » cette France que nous avons « sous nos yeux ». Bien sûr, tous les regards sur une même réalité sont différents, comme nous le montrent les œuvres romanesques convoquées avec justesse dans le livre, en particulier celles de Nicolas Mathieu et de Michel Houellebecq. En cela, la politique doit réussir à se hisser à la puissance d’évocation, et de différenciation, de la littérature. En cela, je crois surtout que les idéologues coupés du monde, aveuglés par leurs dogmes d’un autre temps, si nombreux à mener campagne aujourd’hui, ne pourront jamais sortir vainqueurs de l’élection présidentielle. Celles et ceux qui prennent aujourd’hui le risque d’une campagne immergée dans la France décrite par Fourquet et Cassely finiront par en tirer le plus grand bénéfice.

Najat Vallaud-Belkacem ex-ministre et directrice France de l’ONG One

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A (re)voir - "Ceux qui possèdent si peu" (2011) - Un film vrai à propos des "SEGPA" ...

4 Janvier 2022 , Rédigé par Le Monde - Youtube Publié dans #Sociologie, #Société

"Raphaël, Sabrina, Stéphanie et Laura appartiennent à cette frange oubliée de la population, située entre la grande pauvreté et la classe moyenne. Vincent Maillard les suit pendant 15 ans."

Alors que va sortir bientôt un film coproduit par Cyril Hanouna (?) et intitulé "Les Segpa", je pense absolument nécessaire de faire connaitre la réalité - même datant de 2011 - pour corriger l'image déplorable laissée par la série "Youtube" ayant inspiré ce long métrage. 

CC

Quatre jeunes en échec scolaire ont été filmés pendant quinze ans

L'ascenseur social est bloqué entre le premier et le deuxième sous-sol. Pas d'échappatoire, peu d'espoir d'entrevoir d'autre lumière que celle des écrans de télévision qui étalent les richesses d'un autre monde. Tel est le sombre fil conducteur de Ceux qui possèdent si peu.

Pour prendre la mesure de ce surplace, Vincent Maillard a suivi pendant quinze ans, de la préadolescence à l'âge adulte, quelques élèves rencontrés en 1995 alors qu'ils étaient en section d'enseignement général et professionnel adapté (Segpa). Raphaël, Sabrina, Stéphanie et Laura ont alors 13 ans et sont déjà abandonnés, au vu de leurs difficultés scolaires. "Sans réel discours, sans aspérité immédiate, sans traumatisme évident, ils étaient l'inverse du résultat d'un casting pour "émission de société"", explique Vincent Maillard dans une note d'intention.

PARCOURS D'"INVISIBLES"

"Parce que toute vie mérite d'être contée", le réalisateur s'est attaché à suivre le parcours de ces "invisibles". On les voit grandir en accéléré, comme des plantes mal armées que le soleil extirperait d'un terrain rocailleux. Considère-t-on les obstacles ? Ils sont légion et se nourrissent les uns des autres. Leur milieu social, on s'en doute, n'est pas des plus favorisés. Leurs foyers sont souvent instables. Leur langage est trop pauvre pour exprimer leurs attentes. Puis, très vite, viennent les situations d'échec et la perte de confiance.

Et pourtant, ils poussent... Aussi peut-on voir le verre à moitié plein. Et contempler les fous rires de Raphaël, envers et contre tout, y compris cette "muco" (mucoviscidose) qui obstrue ses bronches. Ou encore le sourire empli de fierté de Sabrina devant les très bons résultats scolaires de sa fille.

Jean-Baptiste de Montvalon

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Le seul intérêt de participer à une élection présidentielle, c’est de la gagner

15 Décembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Sociologie, #Philosophie

La primaire populaire veut départager et susciter un élan car « avec cinq  candidats déclarés à gauche, on est sûrs de perdre » - Paris (75000)

EXTRAITS

Développer des stratégies électorales d’union n’empêche en rien de poursuivre les luttes sur le temps long, estime le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie. Pourquoi ne pas y réfléchir plutôt que brutalement en interdire la possibilité ?

Quelques heures après que Anne Hidalgo a proposé l’organisation d’une primaire de gauche, les deux principaux candidats, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, se sont empressés de rejeter cette idée. Animés par les mêmes automatismes mentaux, ils ont employé des arguments superposables : que ce n’était pas la bonne méthode, que le rassemblement était impossible car les programmes étaient trop différents et surtout que, si rassemblement il devait y avoir, c’était derrière eux qu’il devait s’opérer.

Mais face au constat de la faiblesse objective des forces progressistes, comment ne pas être saisi d’un certain effroi qu’une telle proposition ait pu être rejetée aussi rapidement et aussi naïvement ? Comment est-il possible que changer de stratégie paraisse à ce point inenvisageable ? Peut-on même ne pas ressentir de la colère en ayant l’impression que cette attitude traduit une transformation détestable de l’activité politique en finalité sans fin, comme si celle-ci se réduisait à un jeu interne au champ politique vidé de tout sens. Chacun des candidats semble prisonnier d’un contentement naïf d’être présent médiatiquement, de faire des bons mots applaudis par ses militants sur Twitter, de répéter que son programme est le meilleur… Point. Peu importe de perdre, ou de tout faire pour créer les conditions d’un changement.

Jean-Luc Mélenchon (pour lequel j’ai voté en 2017 et que je soutiens) a déclaré il y a quelques jours : «C’est un trou de souris, mais on a une chance d’être au second tour.» Mais en formulant ce constat, celui-ci aurait dû se faire la remarque qu’être au second tour ne sert à rien. Reconnaître que la meilleure perspective de sa candidature est «d’être au second tour» devrait le pousser à opérer un tournant stratégique. Car le seul intérêt de participer à une élection présidentielle, c’est de la gagner, et d’organiser concrètement la possibilité de s’accaparer l’appareil d’Etat. Tout autre but est une perte de temps et une diversion d’objectifs. On se demande si la faiblesse de la gauche n’est pas telle qu’elle la conduit à être prisonnière d’une sorte d’acceptation anticipatrice de la défaite. Elle accepte que son ambition se résume à faire «un bon score» et ne se soucie plus de ce qui devrait pourtant être sa préoccupation principale : gagner.

(...)

Penser la politique de façon plurielle

Il faut penser la politique de façon présentiste et cesser les comparaisons historiques stériles. Nous n’avons jamais connu une situation comparable à celle d’aujourd’hui. Nous devons donc instaurer quelque chose de nouveau. L’argument selon lequel les forces de gauche sont décevantes par leur incapacité à s’unir revient avec une telle force et détourne tant d’électeurs du vote qu’une telle démarche susciterait par son existence même une dynamique puissante.

La politique n’est pas un jeu - ni électoral ni médiatique. Il y a des urgences, des gens qui souffrent et dont les corps sont exposés à la violence sociale, économique, écologique. On a parfois l’impression que l’appartenance du personnel politique à la bourgeoisie ou la petite bourgeoisie la conduit à se désintéresser de cette exigence vitale. Si nous ne faisons rien pour nous donner la possibilité d’améliorer les conditions de la vie, si nous nous laissons happer par les inerties du champ militant alors, en fait, nous acceptons de laisser sans nous battre autrement que fictivement le pouvoir à ceux qui sont déterminés à répandre les logiques de la souffrance.

(...)

Ce que les personnalités de gauche ont dit lorsqu’elles ont répondu tels des automates à la proposition d’Anne Hidalgo c’est : «Nous savons que nous allons perdre, nous l’acceptons et tant pis. Nous traitons la politique comme un jeu et un spectacle fait aux autres et à soi». C’est le contraire d’une démarche politique rationnelle et même d’une éthique de vie radicale, généreuse, soucieuse de celles et de ceux qui souffrent.

par Geoffroy de Lagasnerie, Philosophe et sociologue

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Le « wokisme » ou l’import des paniques morales

8 Décembre 2021 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Société, #Sociologie

Le « wokisme » prospère grâce aux failles d'un Occident mortifié –  Wokistan.fr

Omniprésent dans les médias, utilisé par une certaine élite politique et intellectuelle, le « wokisme » s’est imposé comme une catégorie lexicale commode pour désigner une grande variété de faits sociaux.

Du point de vue linguistique, le mot « wokisme » est facile à analyser et à comprendre : contraction de l’emprunt à l’anglais « woke » (participe passé du verbe « wake », pour « éveiller ») et du suffixe « -isme » (toujours aisé à utiliser pour substantiver une manière de penser, il constitue un anglicisme qui a réussi à s’imposer dans le champ médiatique et politique, des deux côtés de l’Atlantique. De surcroît, du point de vue énonciatif, il est important de préciser que ce terme est avant tout utilisé par ceux qui se présentent comme ses détracteurs.

Toutefois, il est important de séparer le mouvement « woke », qui définit les mouvements de libération des minorités afro-américaines dans les années 60 aux États-Unis, du « wokisme », principalement utilisé par les milieux conservateurs pour (dis)qualifier les mouvements progressistes, dans leur diversité.

Caricatures

Souvent, les deux mouvements que sont le progressisme et le conservatisme, sont utilisés pour décrire les tendances antagonistes qui animent la vie politique états-unienne. En France, ce progressisme, caricaturé en « wokisme », a bénéficié d’une entrée remarquable dans l’environnement médiatique suite aux prises de position de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale qui avait marqué les esprits au moment de la polémique autour de l’islamo-gauchisme.

On remarque aussi que la polémique sur ce que l’on résume sous le terme « wokisme » a totalement écrasé celle de l’islamo-gauchisme en termes de popularité et d’étendue sur les deux dernières années

Comparaison par Google Trends entre les recherches concernant « wokisme » et « islamogauchisme » (pour la France, sur les douze derniers mois).

Par ailleurs, alors que l’islamo-gauchisme semblait décrire une collusion suspecte entre ce que l’on appelle « une certaine gauche », notamment universitaire et l’islamisme (même si l’utilisation du préfixe « islamo » laissait penser que l’islam dans son intégralité pouvait être visé), le « wokisme » dispose d’une forme de lâcheté polysémique particulièrement arrangeante : en d’autres termes, cette dernière a la particularité d’embrasser un ensemble très étendu de pratiques, de mouvements et de faits sociaux.

En effet, tout mouvement qui lutte pour le progrès social peut être qualifié de « woke », ce qui est commode, notamment pour les think tanks conservateurs comme Fondapol qui, à travers une note de recherche aux prétentions objectives mais à la grille de lecture particulièrement discutable – comme le rappelle par ailleurs Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS, évoquant ainsi le fait que cette note de recherche participe à la construction d’une « croisade » contre un « ennemi de la République ».

Par ailleurs, alors que l’islamo-gauchisme semblait décrire une collusion suspecte entre ce que l’on appelle « une certaine gauche », notamment universitaire et l’islamisme (même si l’utilisation du préfixe « islamo » laissait penser que l’islam dans son intégralité pouvait être visé), le « wokisme » dispose d’une forme de lâcheté polysémique particulièrement arrangeante : en d’autres termes, cette dernière a la particularité d’embrasser un ensemble très étendu de pratiques, de mouvements et de faits sociaux.

En effet, tout mouvement qui lutte pour le progrès social peut être qualifié de « woke », ce qui est commode, notamment pour les think tanks conservateurs comme Fondapol qui, à travers une note de recherche aux prétentions objectives mais à la grille de lecture particulièrement discutable – comme le rappelle par ailleurs Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS, évoquant ainsi le fait que cette note de recherche participe à la construction d’une « croisade » contre un « ennemi de la République ».

L’importation de la panique

Ces think tanks organisent une importation des paniques morales conservatrices américaines dans l’espace politique français, afin de contrer le progressisme politique grâce à des présupposés typiques des cercles de réflexion de la droite républicaine nord-américaine. Ce faisant, ils installent une vision conservatrice de la société et la présentation des mouvements de reconnaissance et de justice sociale comme dangereux pour l’équilibre démocratique.

Il y a en effet, une exception française à l’importation de la panique « wokiste », qui est calquée sur la situation politique américaine : on parle souvent du cas de l’université Evergreen comme emblème de la prétendue menace « wokiste », ce qui permet d’utiliser un stratagème efficace de peur panique – pour le dire autrement, si cela arrive aux États-Unis (pays pourtant fort différent), cela pourrait arriver en France.

Une fracture politique

Le mot « wokisme » est, de manière quasiment systématique, utilisé par un spectre politique qui va de la gauche républicaine conservatrice à l’extrême droite, avec des nuances diverses, mais un but qui ne varie jamais : qualifier les mouvements d’émancipation sociale, de lutte pour la reconnaissance des minorités ou de justice climatique de ridicules, inadaptés, voire dangereux pour la République française en tant que régime politique.

En creux se dessine également une fracture qui n’est pas seulement générationnelle, mais politique ; c’est la manière de faire du militantisme et de lutter pour la justice sociale qui se retrouve disqualifiée par celles et ceux qui ont connu d’autres manières de porter ces combats et préfèrent les matérialiser d’abord sur le terrain purement intellectuel et médiatique, comme l’illustre la revue Franc-Tireur.

Cette dichotomie illustre par ailleurs particulièrement bien une chose : si l’on comprend bien qui sont les « anti-wokistes », on ne sait jamais vraiment qui sont les « wokistes », puisque tout le monde peut l’être a priori.

Une forme de gentrification des luttes sociales

De ce point de vue, les « anti-wokistes » ont en fait succombé à une forme de gentrification des luttes sociales, pour reprendre ce concept hérité de la géographie urbaine : tout comme des quartiers populaires se retrouvent mis aux normes des classes sociales plus aisées dans l’espace urbain, les luttes populaires subissent le même sort sur le terrain intellectuel et médiatique, ce qui conduit certaines personnalités à délégitimer les combats « woke » au seul motif que la forme leur déplairait, et qu’elle ne correspondrait pas à leur modèle intellectuel de lutte sociale.

En France, si le « wokisme » excite les passions et stimule autant de discours alarmistes, c’est parce que ces mouvements pour le progrès social auraient pour ambition de détruire le modèle républicain – alors qu’ils ne font pas autre chose que de réclamer, au contraire, l’application de ses principes fondamentaux que sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Mais il faut croire que pour certain·e·s, ces principes paraissent plus confortables dans les discours que dans les actes.

Albin Wagener, Chercheur associé l'INALCO (PLIDAM) et au laboratoire PREFICS,, Université de Rennes 2

Un reportage de Vice News (en anglais) revient sur l’affaire ayant défrayé le campus d’Evergreen.

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