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Vivement l'Ecole!

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Le "monde d'après" n'était-il qu'une utopie?...

27 Juin 2020 , Rédigé par France Culture Publié dans #Société, #Philosophie

Le "monde d'après" n'était-il qu'une utopie?...

La pandémie a fait naitre chez certains l’espoir d’une rupture, d’un nouveau départ. La crise sanitaire peut-elle être le déclencheur d’une société plus harmonieuse ? Est-il possible de ralentir, rediriger, donner plus de sens à nos vies ? Ou est-il plus imaginable que tout recommence comme avant ?

Dix jours à peine après le début du confinement, les premières tribunes évoquaient déjà un après de la crise du Coronavirus. Parmi elles, celle de l’écrivain israélien David Grossmann dans Libération qui imaginait que certains d’entre nous « ne voudraient plus revenir à leur vie antérieure... D’aucuns se poseront pour le première fois des questions sur leurs choix, leurs renoncements et leurs compromis. Sur les amours qu’ils n’ont pas osé nouer. Sur la vie qu’ils n’ont pas osé vivre. »  

Était-ce cela, ce manque, qui a provoqué une telle avalanche de tribunes et d’articles ? Toujours est-il qu’économistes, philosophes, artistes... ont tous saisi ce temps d’arrêt pour imaginer un avenir différent et, pourquoi pas, meilleur. 

Depuis le début du confinement, l'équipe du Temps du débat a rassemblé sur le site de France Culture, près d'une cinquantaine de textes d’écrivains, d’artistes ou d’intellectuels du monde entier qui nous ont donné leur regard sur la crise en cours. Nous vous invitons à lire la contribution du jour, signée d'Emel Mathlouthi : "Notre vie était-elle normale ?".

Toutes les chroniques de la série Coronavirus, une conversation mondiale sont disponibles ici.

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Face au Covid, la désillusion française...

6 Juin 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Société

Face au Covid, la désillusion française...

Pénurie de moyens, hôpitaux et écoles sous tension… la gestion de la crise épidémique a révélé les faiblesses de la nation « tombée de son piédestal », selon le politologue Jérôme Fourquet.

L’hôpital public, Jeanne en connaît toutes les forces et les faiblesses. Depuis plus de dix ans qu’elle fréquente ses couloirs, elle pensait avoir « tout vu ». Gériatre dans un hôpital francilien, rompue au manque de moyens structurel, elle ne s’attendait pas néanmoins à vivre « ça en France, en 2020 », raconte-t-elle encore choquée. Dans son unité dédiée aux personnes âgées, on n’a pas l’habitude de voir autant de gens mourir. L’arrivée du Covid-19, particulièrement dangereux pour cette catégorie de la population, a malheureusement changé la donne.

L’hôpital où travaille Jeanne ne disposait pas en mars de places suffisantes dans la morgue. Pour y remédier, l’administration a été obligée de louer, pendant la crise, un camion réfrigéré où ont été stockés les corps en attendant leur inhumation. Stationné jour et nuit pendant plusieurs semaines devant le centre hospitalier, il est demeuré à la vue de tous, soignants, familles, comme un symbole de l’impuissance du pays face au mal qui le frappe. « Pour la dignité des patients, c’est affreux », juge Jeanne qui a conscience qu’il n’était pas possible de faire autrement.

Pour cette médecin, comme pour les autres soignants, les familles des victimes et la société française en général, la crise du Covid-19 a été une épreuve que personne ne pensait raisonnablement avoir à traverser aussi difficilement dans une nation riche comme la France. Alors qu’Emmanuel Macron s’emploie à « tracer de nouvelles perspectives et (…) à dessiner de nouveaux horizons » – dans le courrier que le chef de l’Etat a adressé mercredi 3 juin aux présidents des trois assemblées (Assemblée nationale, Sénat et Conseil économique, social et environnemental) –, il devra composer avec des Français « sidérés », « tombés de leur piédestal », selon les mots de Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion et stratégies d’entreprise de l’IFOP.

(...)

Une image revient sans cesse dans les paroles des uns et des autres pour résumer l’état d’esprit tricolore à la veille du confinement : celle narrée dans L’Etrange Défaite, de Marc Bloch. Dans cet essai paru en 1946 mais écrit en 1940, l’historien fondateur de l’école des Annales y raconte à chaud comment les Français, persuadés d’avoir la meilleure armée du monde, ont assisté effarés à son effondrement en quelques semaines face à la Wehrmacht.

L’analogie, toutes proportions gardées, paraît tout à fait indiquée à Olivier Dard, spécialiste d’histoire politique à l’université de la Sorbonne. « L’effet de sidération de la défaite avait provoqué, un peu comme aujourd’hui, un retour de l’affrontement avec le réel, le sentiment qu’une telle situation pour un pays comme le nôtre est inacceptable », analyse-t-il. Avec le sentiment très net de vivre un déclassement, poursuit l’historien, auteur d’un documentaire sur la débâcle de 1940.

(...)

Attention, cependant, au retour en arrière, supplie son collègue médecin Antoine, qui a vu ces derniers jours les dérives d’avant recommencer aussi vite que les urgences se vidaient. « Après le “quoi qu’il en coûte” du président Macron, les contrats de nouveaux soignants ont été signés à la pelle pour nous soulager, mais depuis quelque temps on nous redemande de faire des économies partout », déplore l’urgentiste. Un message partagé par Laurent Berger qui prévient : « Il faut éviter de revenir à la situation qui nous a menés là : l’idée que certains savent tout et n’écoutent pas les autres. » Pour Boris Vallaud, le modèle social est « ce qui fait notre identité, ce que nous avons en partage ». La crise est, selon le député landais, le moment où doivent s’affirmer des choix de société, l’opportunité de « retrouver la fraternité et le lien entre les impôts et leur utilisation ». Afin de ne pas être « effaré » à la prochaine crise d’ampleur.

Sarah Belouezzane

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Le monde d’après n’aura pas lieu...

27 Mai 2020 , Rédigé par Le Blog d'un odieux connard Publié dans #Société

Le monde d’après n’aura pas lieu...

EXTRAITS

Le monde d’après.

En voilà, une expression qui fait secrètement frémir. Ne niez pas, bons lecteurs, que lorsque point une crise mondiale, malgré les malheurs, la misère et les morts, malgré toute l’empathie dont vous savez faire preuve, il y a tout au fond de vous ce sentiment un peu honteux voire carrément inavouable, cette amère excitation qui vous rappelle que tout cela est peut-être un tournant. Quelque chose, un événement, en tout cas, une sorte de main du destin qui sortant du néant vient réveiller votre quotidien. Mais pas seulement ! Cette tempête s’abattant sur ce bas-monde et sur toute la société telle qu’elle existe, vous voyez avec émoi le cocotier que tout le monde voulait secouer se mettre à ployer sous le vent, plus fort que tout ce que vous imaginiez. Et vous vous prenez à rêver, et finalement, à formuler tout haut cet espoir lui pas si secret :

Et si c’était maintenant, le monde d’après ?

Voici alors que cette idée se propage un peu partout, et quitte les fils de conversation internet pour s’inviter sur les radios et autres plateaux de télévisions jusqu’à se glisser dans les colonnes des journaux où, chacun y va de son petit refrain : lorsque les derniers nuages de cette tempête seront dispersés, le monde réapparaîtra sous un jour nouveau, et nous le reconstruirons plus beau, plus fort et plus solidaire qu’il ne l’était. À défaut de Grand Soir, vous avez rêvé un Doux Matin.

Hélas, lecteur, lectrice, de par mon pseudonyme, c’est à moi de vous annoncer la nouvelle : le monde d’après n’aura pas lieu.

Du moins, il sera aussi merdique qu’avant, si ce n’est pire encore. Rappelons donc quelques faits essentiels pour appuyer ce propos et écraser à coups de talons vos espoirs innocents.

Le monde d’après n’aura pas lieu parce que les connards n’ont pas disparu en deux mois. Ne l’oubliez jamais : une bonne partie de la population mondiale est constituée de connards d’un fort beau gabarit. Si vous aviez oublié la chose, n’importe quelle sortie vous rappellera que l’on confie des voitures à des gens incapables d’utiliser un clignotant, que les poubelles sont des objets incroyablement complexes à utiliser pour une bonne partie de nos contemporains, et que n’importe qui a le droit de faire des enfants quand bien même on leur a déjà retiré leur chien pour mauvais traitement. Certes, durant deux mois, vous avez probablement croisé bien moins de connards, mais ce n’est pas parce que vous ne pouviez pas les voir qu’ils n’existaient plus. Ils sont là, bien vivants pour l’immense majorité, et ils n’ont pas passé les dernières semaines à lire des livres sur la citoyenneté et le partage. Une société étant principalement la somme des individus qui la composent, vous pouvez la reconstruire autant que vous voulez : une bâtisse de trous du cul, avec donjon ou véranda, restera toujours une bâtisse de trous du cul.

(...)

Le monde d’après n’aura pas lieu parce que personne n’a envie du monde d’après. Nous en revenons au premier point : le monde est peuplé de connards, et tout le monde veut que ça change, mais pas trop quand même. On veut moins de pollution, mais faudrait pas payer sa télé plus chère parce qu’on la fabriquerait plus près. On veut plus de partage, mais pas avec son pognon. On veut plus de solidarité, mais principalement pour soi. On veut moins de surconsommation, mais faudrait pas m’empêcher d’aller à Starbucks. On veut mieux manger, mais tout le monde faisait la queue à Mac Do dès la réouverture.

Bref, Madame, Mademoiselle, Monsieur, Mondamoiseau, il va falloir vous y faire : nous vivons dans un monde de gros connards égocentriques, et non, applaudir à sa fenêtre à 20h n’aura pas rendu le monde meilleur. Tout au plus, ça vous aura forcé à interrompre votre apéro Skype avant de retourner discuter de ce à quoi pourrait ressembler l’après. Or…

Le monde d’après n’aura pas lieu.

Ou alors si, mais sous la forme d’une grosse crise économique qui ne sera pas sans nous rappeler le siècle dernier.

Ce qui en soi, m’irait bien si nous profitions de cette décennie pour retrouver les années folles, le jazz, le swing, les cafés bardés d’art nouveau fréquentés par des impressionnistes sur le retour, le tout autour d’un bon whisky au fumoir.

Mais à la place, ce sera donc vapoteuse et café à 2€ derrière une vitre en plexiglas au son de PNL.

Vivement le monde d’après, alors.

Le texte complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Cynthia Fleury : « L’un des enjeux de l’épidémie est de construire un comportement collectif respectueux de l’Etat de droit »

27 Mars 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Société

Cynthia Fleury : « L’un des enjeux de l’épidémie est de construire un comportement collectif respectueux de l’Etat de droit »

EXTRAITS

La philosophe explique, dans un entretien au « Monde », que notre autonomie se construit sur notre dépendance aux autres. Selon elle, l’épidémie rappelle que la santé est un bien commun, non réductible à la marchandisation.

Philosophe et psychanalyste, Cynthia Fleury est professeure titulaire de la chaire humanités et santé au Conservatoire national des arts et métiers et dirige la chaire de philosophie à l’hôpital Sainte-Anne (GHU Paris psychiatrie et neurosciences). Membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), elle a notamment écrit Le soin est un humanisme (Gallimard, 2019), dans lequel elle montre que l’acte de soigner nous relie aux autres et fait notre civilisation.

Face au danger, comment expliquer que nous ayons eu du mal, collectivement, à prendre la mesure de l’épidémie ?

Il y a plusieurs explications : d’abord, une forme de déni protecteur, assez classique, chacun dédramatisant la situation, les pouvoirs publics manquant de lisibilité dans leur communication et n’aidant pas à une prise en considération. Ensuite, le réveil et l’acceptation des restrictions, pour une grande partie de la population.

Reste ceux qui contournent, faisant preuve d’immaturité et d’inconséquence civique, et ceux qui ne sont pas « égaux » dans la capacité à respecter une norme, notamment parce qu’ils sont plus vulnérables. L’un des grands enjeux de cette épidémie est d’apprendre à construire un comportement collectif face au danger, et de le faire tout en respectant l’Etat de droit.

Quels sont les leviers pour y parvenir ?

En philosophie, on oppose la liberté négative, qui est l’absence d’entraves, à la liberté positive, qui articule intérêt particulier et intérêt collectif. Nos sociétés défendent, à juste titre, une conception négative de la liberté. Mais nous redécouvrons aussi la conception positive de la liberté, plus répandue dans les pays où la valeur de la communauté pèse culturellement davantage, ou qui sont habitués à une forme d’autoritarisme, voire de patriarcat, ou qui sont simplement plus disciplinés, bref plus familiers avec la compétence d’inhibition et le respect d’autrui. Mais la liberté positive connaît aussi ses dérives. L’articulation des deux conceptions est nécessaire.

(...)

L’épidémie survient après une année noire pour l’hôpital, avec des grèves à répétition et des démissions administratives. Comment expliquer que les soignants répondent massivement présent malgré les risques ?

Notre lien à la démocratie sociale ne se réduit pas à notre rapport avec l’exécutif, c’est un lien plus « méta », indéfectible. Heureusement que les personnels soignants répondent présent, la résilience de la société est à ce prix, sinon tout partirait en chaos absolu. Leur engagement nous sauve alors même que, faute de protections suffisantes, ils sont contraints de se mettre en danger.

Au sein du personnel médical et soignant, chacun fait la différence entre, d’un côté, une situation d’exception obligeant à des comportements inédits et, de l’autre, le mouvement social et la dénonciation des insuffisances de l’Etat. Cette double dynamique se manifeste dans quantité de services : d’un côté, un désaveu puissant des politiques publiques sociales du gouvernement, voire une colère contre l’exécutif ; de l’autre, une décision morale définitive quant au fait qu’il faille traverser cette crise, et qu’on ne retournera à la bataille sociale qu’après avoir mené celle contre l’épidémie.

(...)

La situation des Ehpad est tragique, entre des contaminations qui s’enchaînent et un confinement qui peut conduire à la régression psychique des personnes très âgées.

Le CCNE s’est souvent penché sur cette question essentielle : comment ne pas renforcer la vulnérabilité de nos aînés par des mesures de quasi-surconfinement, alors qu’on sait que la socialisation préserve littéralement leur santé. En fait, l’éthique ne peut se réduire à appliquer une règle hors de toute considération de contexte. Dès lors, il faut s’obliger à produire des alternatives. On ne peut pas interdire les visites sans les remplacer, par exemple, par le recours systématique au téléphone, aux outils digitaux, à des personnels qui se font les porte-parole des familles… On sait depuis Aristote qu’une règle est toujours générale, et donc discriminante. Il est donc indispensable de produire une jurisprudence pour corriger ces discriminations.

(...)

Quels peuvent être pour vous les enseignements de cette crise ?

La mondialisation telle qu’elle existe aujourd’hui nous rend littéralement malades, elle est devenue invivable, totalement délétère pour nos santés physique et psychique, économique et démocratique. La préservation de la souveraineté des biens non marchands, des commons, est un enjeu déterminant. Mais les résistances idéologiques sont immenses. Au cœur de la catastrophe, chacun a un accès direct à l’essentiel, mais ensuite, l’inertie, le déni, l’usure, la manipulation reprennent vite la main. Camus nous l’enseigne dans La Peste : celle-ci peut venir et repartir « sans que le cœur des hommes en soit changé ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Giorgio Agamben : « L’épidémie montre clairement que l’état d’exception est devenu la condition normale »

Quelles seraient les conditions d’un changement ?

Les philosophes grecs parlent du « kaïros », cet instant opportun, qui transforme un événement en commencement historique, qui produit un avant et un après. Le Covid-19 doit être l’occasion de ce kaïros national et international. Rendez-vous compte, il s’agit d’une pandémie faisant vriller l’économie mondiale. Si nous ne nous saisissons pas de cette obligation d’initium, dont parlait Arendt, d’inventer un autre modèle, nous ratifions le fait que nous sommes déments.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Cynthia Fleury : « Le courage est le moteur d’une entrée dans le monde »

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La prostitution des mineures, un fléau en hausse...

27 Février 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Sociologie, #Société

EXTRAITS

Combien sont-elles à s’adonner à cette activité ? Nul ne le sait. Si, de l’avis de plusieurs sources – justice, police, protection de l’enfance, associations –, le phénomène est en expansion, il n’existe aucune évaluation solide et récente.

« Aujourd’hui, je sais qu’il n’y a pas de honte à avoir, mais il m’a fallu du temps pour accepter que ce que je faisais était de la prostitution. Je préférais parler d’accompagnement, ou d’escort. Prostituée, c’était trop dégradant à mes yeux. »

Nina a 17 ans et le vocabulaire d’une jeune fille de bonne famille. C’est ce qu’elle est, par ailleurs. « J’appartiens à une famille unie. Mes parents m’ont toujours entourée. J’adorais mes petits frères », écrit-elle en guise de présentation dans le livre qui raconte son « retour de l’enfer », paru mercredi 26 février aux éditions de l’Observatoire (208 pages, 18 euros). Son titre est un cri : Papa, viens me chercher ! Dans ce récit construit avec l’aide de la journaliste Jacqueline Remy, la voix de Nina et celle de son père, Thierry Delcroix (des pseudonymes), alternent pour retracer deux années d’errance pour l’une, d’angoisse pour l’autre.

« On n’a rien vu venir. Au départ, Nina s’est mise à nous voler de l’argent, puis à fuguer, et un jour, on a découvert sur le Net qu’elle se prostituait. On a été complètement dépassés », reconnaît le père de famille, chef d’entreprise dans le nord de la France.

Le livre témoigne des efforts – parfois vains – entrepris avec son épouse pour maintenir le contact, y compris dans les périodes les plus difficiles, et sauver leur fille. Il dresse aussi un bilan amer des relations avec les institutions, promptes à soupçonner ceux qui les appellent au secours. Les pages écrites par Nina illustrent, elles, les raisons et les mécanismes qui conduisent en quelques mois une adolescente de 15 ans, issue d’un milieu social relativement aisé, à enchaîner les passes dans une chambre d’hôtel, sous la surveillance d’un proxénète.

(...)

Caractère « protéiforme »

Katia Baudry, sociologue et éducatrice spécialisée, organise avec son association Astheriia des modules de prévention et de sensibilisation aux conduites pré-prostitutionnelles et prostitutionnelles dans des collèges et des lycées de Seine-Saint-Denis.

Au cours de ses trois heures d’intervention, elle cherche à établir une relation de confiance avec les jeunes, souvent très défiants vis-à-vis des adultes. « On évoque les notions de consentement, de rapport entre les hommes et les femmes, l’accès à la pornographie. Parfois, ça peut libérer une parole, et certaines demandent à nous revoir individuellement, ou s’adressent aux infirmières scolaires. »

En classe, elle n’hésite pas à aborder le « michetonnage », qui consiste en l’octroi de faveurs d’ordre sexuel contre de l’argent ou des cadeaux. Cette pratique est connue de la plupart des jeunes filles, mais bien souvent elles ne la relient pas à la prostitution.

Pour la sociologue, l’une des clés de compréhension du phénomène consiste à aborder son caractère « protéiforme ». « Aujourd’hui, la prostitution des mineures touche tous les milieux sociaux, toutes les zones géographiques, et ça s’exprime de plusieurs manières ; du michetonnage aux filles exploitées à plusieurs dans des appartements ou des hôtels, en passant par celles qui proposent leurs services toutes seules en utilisant les réseaux sociaux, dans l’illusion d’une indépendance financière. »

(...)

« La prostitution des mineures est un phénomène très complexe qui fait apparaître plusieurs dimensions, variables selon les cas : l’appât du gain, un “effet Zahia” [cette jeune femme, à l’époque mineure, qui avait eu des rapports tarifés avec des joueurs de l’équipe de France de football à la veille de la Coupe du monde 2010], qui se traduit par une glamourisation de la vie d’escort ainsi qu’une banalisation très forte du sexe, liée à ce que véhiculent certaines émissions de télé-réalité et la pornographie en ligne », pointe le magistrat.

(...)

Solène Cordier

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/02/26/la-prostitution-des-mineures-un-fleau-en-hausse_6030838_3224.html

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Mireille Delmas-Marty: Manifeste pour une mondialité apaisée - Vidéo

11 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Société

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Internet et libertés publiques : ce qui a changé depuis Snowden - Félix Tréguer (Video)

11 Janvier 2020 , Rédigé par France Culture Publié dans #Société

Les révélations d'Edward Snowden ont-elles provoqué plus qu'une prise de conscience? Que nous disent-elles de l'utopie déchue d'internet? Félix Tréguer, co-fondateur de la Quadrature du net, nous en parle dans "L’utopie déchue"" (Fayard, 2019).

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Pour un droit à jubiler avant 64 ans...

4 Janvier 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Société

Pour un droit à jubiler avant 64 ans...

L’espagnol l’appelle jubilación, «jubilation». Du latin jubilare, «pousser des cris de joie». Jubilation plutôt que retraite. Avouons que ça ne fait pas le même effet.

«- Tu fais quoi toi dans la vie ?

- Oh moi je suis jubilado, je ne sais pas comment vous dites ça en français : Jubilé ? Jubilant ? Je me suis jubilé il y a deux ans déjà, oui tout seul. En espagnol, c’est comme ça, on fait ça à la forme pronominale réfléchie, on «se jubile» (jubilarse) sans l’autorisation de personne, en toute souveraineté. On est comme ça, nous, les Espagnols : hédonistes, onanistes, sans complexes, libres. Depuis deux ans, je me jubile, je pousse des cris de joie, je me fais plaisir quoi. Et toi ? Ça jubile en France ?

- Oh, moi. Moi, je suis encore tout jeune. Je me jubilerai dans quarante-deux ans. A 64 ans j’aurai le droit de jubiler. Enfin, je suis pas sûr. Dans mon pays on n’appelle pas ça jubilation. Dans quarante-deux ans j’aurai le droit de prendre ma retraite.

- Ta retraite ?

- Ben oui, nous, on appelle ça comme ça. On se retire.

- Vous vous retirez. Mais vous vous retirez pour quoi faire ?

- On se retire, c’est déjà pas mal. C’est la première et la seule fois de notre vie qu’on le fait, on a bien le droit d’y mettre un peu de solennité.

- Vous vous retirez comme l’armée de Napoléon en Russie ?

- On a servi quarante-deux ans, on a 64 ans, on a cramé le meilleur de sa vie, alors on se retire. Rideau.

- Et vous jubilez un petit peu.

- J’imagine que c’est permis, mais c’est pas du tout obligé.

- Et si quelqu’un se retire avant l’âge ?

- Ah non. T’es pas fou ? T’imagines si chacun se met à écouter la première envie de se retirer qui lui passe par la tête ? La catastrophe ?»

Les langues le veulent ainsi : les Français se retirent, les Espagnols se jubilent, les Italiens se pensionnent. Pensionato : «pensionné», avec ce que cela fait sans doute insidieusement peser de culpabilité sur les heureux bénéficiaires de cette assistance collective. Les mots colorent-ils l’expérience ? Vit-on différemment selon qu’on est retraité, jubilado ou pensionato ? Le vocable espagnol a en tout cas le mérite de rappeler le paradoxe du système devenu pour nous la norme. Car si cesser de travailler, c’est jubiler, comment est-il possible que nous en soyons venus à sacrifier collectivement, sans sourciller, les meilleures années de notre vie ? Comment les choses ont-elles pu s’inverser au point que nos gouvernements, au moment de nous demander de travailler plus encore, pour sauvegarder un système déjà si contraire à la jubilation, osent, très sérieusement, en appeler à la raison ?

L’écrivain égyptien Albert Cossery, dans les Fainéants dans la vallée fertile (1948), imagine une famille de dormeurs invétérés, dont les membres sont fiers de n’avoir jamais travaillé. Un matin, alors que le jeune frère, Serag, s’avoue tenté d’aller s’embaucher à l’usine, «pour voir», l’aîné, Rafik, l’effraye en lui racontant ce fait extraordinaire : que dans certains pays des hommes se lèvent chaque matin dès 4 heures pour descendre dans une mine. La réaction de Serag, sous ses airs comiques, est d’une profondeur bouleversante : il ne veut pas le croire. «Il lui semblait improbable que des hommes sains d’esprit aillent travailler dans les mines à cette heure néfaste d’avant l’aube. Qu’est-ce qui les obligeait à faire ce métier de fous ?»

Nous sommes tous ces travailleurs fous. La philosophe Barbara Stiegler, dans un bel entretien à ce journal, le disait il y a quelques jours : «Pour le néolibéralisme, l’idée même qu’on puisse se retirer est un archaïsme.» A travers le débat sur les retraites, c’est l’emprise de la machine productive sur nos vies qui est en jeu. Et le rêve de la machine est simple : elle voudrait que cette emprise soit totale. C’est le début de l’année, on peut faire des vœux, et rêver qu’au soir du 9 janvier, Edouard Philippe fera volte-face pour annoncer de vraies mesures raisonnables : un droit à jubiler à tous les âges ; un droit à prendre non pas «sa» retraite, non pas une retraite unique et tristement définitive, mais des retraites, comme autrefois on faisait retraite, le temps d’une parenthèse ; un droit à pivoter à tous les âges et pas seulement à 64 ans (pour pivoter vers quoi, vers quelle sortie de scène ?) Et sinon il y aura toujours le poème de Michaux, Contre, que chacun pourra réécrire à son goût : «Je jubilerai. Je jubilerai. Je jubilerai. En tonnes vous m’entendez, en tonnes je vous arracherai la jubilation que vous m’avez refusée en grammes.»

Sylvain Prudhomme

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"Le premier grand geste politique est l'éducation" - Cynthia FLEURY - Rencontres Littéraires Pau 2018 - Passionnant! (Vidéo)

17 Décembre 2019 , Rédigé par Pau Béarn Pyrénées Publié dans #Politique, #Philosophie, #Société

« La démocratie peut-elle guérir ? » Ayant constaté au fil de ses recherches au sein du monde clinicien le lien tangible entre un individu, sa santé et l’État de droit, Cynthia Fleury explique que l’État de droit est avant tout l'état social. Or, quand « l’État de droit se dissocie de l'état social, on ne détruit pas que la santé des individus, on détruit aussi l'Etat de droit ».

Cynthia Fleury affirme qu'il n'y a pas qu'une seule manière de faire de la démocratie : il faut la « diversité des individus pour inventer la démocratie qui leur correspond » et ne plus mettre en danger « la manière solidaire d'être ensemble ».

Pour la démocratie de demain, elle renvoie à la notion d’individuation, structurante de l'individu et martèle son propos sur la nécessité d'engagement des individus dans la limite de leurs moyens, en concluant que « le premier grand geste politique est l'éducation, l'enseignement qui est le pilier de tout : on va apprendre et on va nécessairement transmettre ».

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