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Vivement l'Ecole!

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Ces idéologies néoréactionnaires qui refusent les bouleversements du monde

17 Janvier 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Société, #Philosophie, #Politique

Les «nouveaux réactionnaires» : mythe ou réalité ?

EXTRAITS

L’hégémonie médiatique des polémistes qui pourfendent l’époque est une réaction à une triple révolution anthropologique, à la fois écologique, intime et géopolitique, qui bouscule les sociétés occidentales.

Comment en est-on arrivé là ? Une France en apparence confinée dans ses remugles les plus rances. Une droite réactionnaire hégémonique dans la sphère médiatique, qui impose ses thématiques dans l’espace public. Une gauche atomisée, fracturée, au corpus idéologique non renouvelé, minée par le narcissisme des petites différences. Le conservatisme consacré, le progressisme dévoyé. L’universalisme confondu avec l’occidentalisme. L’antiracisme assimilé au totalitarisme. Ses nouvelles formes couvertes d’opprobre, taxées du sobriquet infamant d’« islamo-gauchisme » et censément disqualifiant de « wokisme ». Les féminismes de notre ère réduits à des « postures victimaires ». Les jeunes mobilisés pour le climat comparés à des ayatollahs, et l’écologie à une nouvelle religion sectaire. L’université accusée de diffuser un « savoir militant » et d’importer des « théories étrangères ». Le bien transformé en mal. Le bon en mauvais. Et le généreux en idiot.

Il est sans doute nécessaire de comprendre comment fonctionne la rhétorique néoréactionnaire, sa mécanique, d’étudier pourquoi elle est largement portée par un milieu social endogamique et une certaine classe médiatique, comment l’évolution du champ intellectuel et politique a mené à cette montée vers les extrêmes, sans parler des responsabilités de la gauche dans cette défaite culturelle. Une contre-révolution intellectuelle analysée par la politiste Frédérique Matonti, qui s’attache à comprendre pourquoi, « à la veille de l’élection présidentielle de 2022, l’idéologie réactionnaire semble désormais hégémonique » (Comment sommes-nous devenus réacs ?, Fayard, 2021).

Mais peut-être convient-il, dans un premier temps, d’aller chercher plus loin les raisons d’un tel discours de restauration. Car ce retournement idéologique est tout d’abord une réaction à de grandes transformations sociales et à de véritables mutations anthropologiques. Un basculement du monde à la fois écologique, intime et géopolitique qui bouscule l’Occident, affecté par de nouvelles blessures narcissiques.

(...)

La « fin de la domination masculine » est un « séisme anthropologique », observe le philosophe Marcel Gauchet (Le Débat, mai-août 2018). « Cette atteinte au patriarcat provoque des vexations et une grande insécurité narcissique », remarque la psychanalyste et philosophe Cynthia Fleury, autrice de Ci-gît l’amer. Guérir du ressentiment (Gallimard, 2020).

Pas étonnant qu’Eric Zemmour ait installé sa carrière de pamphlétaire réactionnaire avec Le Premier Sexe (Denoël, 2006), ouvrage présenté comme un « traité de savoir-vivre viril à l’usage de jeunes générations féminisées », dans lequel il raille « une époque de mixité totalitaire » et « castratrice ». Ou que l’un des architectes de l’union des droites, Patrick Buisson, déplore la « dépaternalisation de l’autorité » dans une société où il n’y aurait « ni Dieu ni mec » (La Fin d’un monde. Une histoire de la révolution petite-bourgeoise, Albin Michel, 2021). Car la crainte du « grand remplacement », comme celle du « remplacisme global », n’est pas qu’une panique complotiste consistant à affirmer que les Européens seraient remplacés par les Africains, mais aussi, précise son propagandiste, l’écrivain Renaud Camus, « les hommes par les femmes » (« Discours de Baix », in Le Grand Remplacement, édition 2018).

La sociologue Eva Illouz relève de son côté qu’une récente étude menée par Theresa Vescio et Nathaniel Schermerhorn, du département de psychologie à l’université d’Etat de Pennsylvanie, a montré que « les gens qui soutiennent les formes hégémoniques de la masculinité – un modèle culturel qui justifie la domination masculine – sont beaucoup plus susceptibles de soutenir [le républicain] Donald Trump » que les démocrates Hillary Clinton ou Joe Biden. On voit émerger, depuis quelque temps, en effet, « une politique du ressentiment », renchérit Cynthia Fleury, dans laquelle la colère, l’envie, la jalousie, le virilisme et le masculinisme jouent un rôle prépondérant.

« Narendra Modi, Jair Bolsonaro, Donald Trump, Viktor Orban : tous les dirigeants populistes de droite, et leurs aspirants, comme Eric Zemmour, sont des incarnations vivantes de cette masculinité hégémonique », fait observer Eva Illouz, autrice de La Fin de l’amour. Enquête sur un désarroi contemporain (Seuil, 2020). Et les mouvements féministes, homosexuels ou transgenres sont perçus comme « une menace directe sur ce qui, pour beaucoup, constitue le socle de leur identité, la famille traditionnelle. Et les femmes, pas moins que les hommes, souscrivent largement à ce modèle ». Ce pourrait être une des raisons de la présence féminine dans la galaxie néoréactionnaire (« Où sont les hommes, les vrais ? », « Il n’y a plus de mecs », etc.).

« On mésestime l’importance capitale et souterraine de la famille dans la politique, prévient Eva Illouz. C’est un point de repère qui oriente profondément les habitus politiques, d’autant que, pour la classe ouvrière, la famille est souvent est la seule structure d’entraide. » Les révolutions se font à la maison et les contre-révolutions sont de salon. Ainsi, en paraphrasant Freud, on pourrait dire que ce chambardement intime est une blessure « domestique » : le mâle n’est plus le maître dans sa propre demeure.

(...)

« Ce qui est certain, c’est que ce triangle central – environnemental, féministe et postcolonial – mobilise la jeunesse et qu’elle se socialise politiquement autour de ces questions, comme on a pu le voir avec les marches pour le climat, le mouvement #metoo et Black Lives Matter », observe l’historien Pap Ndiaye, directeur général du Palais de la Porte-Dorée et du Musée d’histoire de l’immigration. L’historien des Etats-Unis et de la condition noire s’avoue « frappé par l’antiaméricanisme vivace des néoréactionnaires, qui perçoivent ces travaux et mobilisations comme des idéologies d’importation », alors que, du géographe Elisée Reclus au philosophe André Gorz pour l’écologie, de la philosophe Simone de Beauvoir à l’écrivaine Françoise d’Eaubonne pour le féminisme, du poète Aimé Césaire au psychiatre Frantz Fanon pour le décolonialisme, « la France est porteuse d’une longue histoire sur ces sujets ».

(...)

Aucun angélisme ni irénisme, pourtant, chez les intellectuels interrogés. Chacun reconnaît certaines dérives, notamment celles présentes au sein du militantisme survivaliste ou indigéniste. Mais, comme le remarque le sociologue Edgar Morin, « plutôt que d’être effrayé par la gigantesque crise planétaire qui nous emporte, on nous demande de nous terrifier du mouvement “woke”, ce courant minoritaire dans la culture française ». Une volonté de faire diversion. La stratégie néoréactionnaire consiste même à se focaliser sur quelques affaires afin de jeter le discrédit sur un mouvement intellectuel de fond. L’hégémonie culturelle, concept forgé par le philosophe communiste Antonio Gramsci (1891-1937) pour expliquer que la bataille politique passe par la guerre idéologique, « a basculé du lexique de la gauche à celui de la droite », reconnaît toutefois Didier Fassin. « Nous avons perdu la bataille médiatique », admet Pierre Singaravélou. La prise de conscience est peut-être tardive mais la contre-offensive s’organise.

(...)

Face à l’hégémonie réactionnaire, « les leaders de la gauche sont pour le moment incapables de constituer la moindre digue », regrette Frédérique Matonti. Mais pour que les progressistes reconstituent un socle idéologique, il faut « en finir avec les fausses oppositions créées par les controverses », cesser « d’opposer féminisme et néoféminisme, antiracisme universaliste et antiracisme intersectionnel, lutte contre les discriminations et lutte contre les inégalités, défense des classes populaires et défense des minorités », abonde-t-elle.

Mais le constat de la prégnance du réactionnariat s’accompagne du sentiment, voire de la conviction, de vivre une période d’immenses mutations portées par de nombreux contemporains qui, comme le chantait Guillaume Apollinaire, sont « las de ce monde ancien » (Zone, in Alcools, Gallimard, 1920). « Oui, un nouveau monde est en train d’advenir, se réjouit Pap Ndiaye, même si les polémiques lancées par les réactionnaires rendent le climat délétère. » Intellectuel communiste récupéré par ceux qui théorisent depuis les années 1980 un « gramscisme de droite », le philosophe Antonio Gramsci écrivait que « la crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître », même si, « pendant cet interrègne, on observe les phénomènes morbides les plus variés ». Une bonne occasion, comme cet auteur le disait, d’associer le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté. Une invitation à solliciter d’urgence l’alliance de toutes les pensées de l’émancipation.

Nicolas Truong

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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A (re)voir - "Ceux qui possèdent si peu" (2011) - Un film vrai à propos des "SEGPA" ...

4 Janvier 2022 , Rédigé par Le Monde - Youtube Publié dans #Sociologie, #Société

"Raphaël, Sabrina, Stéphanie et Laura appartiennent à cette frange oubliée de la population, située entre la grande pauvreté et la classe moyenne. Vincent Maillard les suit pendant 15 ans."

Alors que va sortir bientôt un film coproduit par Cyril Hanouna (?) et intitulé "Les Segpa", je pense absolument nécessaire de faire connaitre la réalité - même datant de 2011 - pour corriger l'image déplorable laissée par la série "Youtube" ayant inspiré ce long métrage. 

CC

Quatre jeunes en échec scolaire ont été filmés pendant quinze ans

L'ascenseur social est bloqué entre le premier et le deuxième sous-sol. Pas d'échappatoire, peu d'espoir d'entrevoir d'autre lumière que celle des écrans de télévision qui étalent les richesses d'un autre monde. Tel est le sombre fil conducteur de Ceux qui possèdent si peu.

Pour prendre la mesure de ce surplace, Vincent Maillard a suivi pendant quinze ans, de la préadolescence à l'âge adulte, quelques élèves rencontrés en 1995 alors qu'ils étaient en section d'enseignement général et professionnel adapté (Segpa). Raphaël, Sabrina, Stéphanie et Laura ont alors 13 ans et sont déjà abandonnés, au vu de leurs difficultés scolaires. "Sans réel discours, sans aspérité immédiate, sans traumatisme évident, ils étaient l'inverse du résultat d'un casting pour "émission de société"", explique Vincent Maillard dans une note d'intention.

PARCOURS D'"INVISIBLES"

"Parce que toute vie mérite d'être contée", le réalisateur s'est attaché à suivre le parcours de ces "invisibles". On les voit grandir en accéléré, comme des plantes mal armées que le soleil extirperait d'un terrain rocailleux. Considère-t-on les obstacles ? Ils sont légion et se nourrissent les uns des autres. Leur milieu social, on s'en doute, n'est pas des plus favorisés. Leurs foyers sont souvent instables. Leur langage est trop pauvre pour exprimer leurs attentes. Puis, très vite, viennent les situations d'échec et la perte de confiance.

Et pourtant, ils poussent... Aussi peut-on voir le verre à moitié plein. Et contempler les fous rires de Raphaël, envers et contre tout, y compris cette "muco" (mucoviscidose) qui obstrue ses bronches. Ou encore le sourire empli de fierté de Sabrina devant les très bons résultats scolaires de sa fille.

Jean-Baptiste de Montvalon

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Le Wokisme en 1962 (Vidéo)

26 Décembre 2021 , Rédigé par Broute - Canal + Publié dans #Société

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Le « wokisme » ou l’import des paniques morales

8 Décembre 2021 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Société, #Sociologie

Le « wokisme » prospère grâce aux failles d'un Occident mortifié –  Wokistan.fr

Omniprésent dans les médias, utilisé par une certaine élite politique et intellectuelle, le « wokisme » s’est imposé comme une catégorie lexicale commode pour désigner une grande variété de faits sociaux.

Du point de vue linguistique, le mot « wokisme » est facile à analyser et à comprendre : contraction de l’emprunt à l’anglais « woke » (participe passé du verbe « wake », pour « éveiller ») et du suffixe « -isme » (toujours aisé à utiliser pour substantiver une manière de penser, il constitue un anglicisme qui a réussi à s’imposer dans le champ médiatique et politique, des deux côtés de l’Atlantique. De surcroît, du point de vue énonciatif, il est important de préciser que ce terme est avant tout utilisé par ceux qui se présentent comme ses détracteurs.

Toutefois, il est important de séparer le mouvement « woke », qui définit les mouvements de libération des minorités afro-américaines dans les années 60 aux États-Unis, du « wokisme », principalement utilisé par les milieux conservateurs pour (dis)qualifier les mouvements progressistes, dans leur diversité.

Caricatures

Souvent, les deux mouvements que sont le progressisme et le conservatisme, sont utilisés pour décrire les tendances antagonistes qui animent la vie politique états-unienne. En France, ce progressisme, caricaturé en « wokisme », a bénéficié d’une entrée remarquable dans l’environnement médiatique suite aux prises de position de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale qui avait marqué les esprits au moment de la polémique autour de l’islamo-gauchisme.

On remarque aussi que la polémique sur ce que l’on résume sous le terme « wokisme » a totalement écrasé celle de l’islamo-gauchisme en termes de popularité et d’étendue sur les deux dernières années

Comparaison par Google Trends entre les recherches concernant « wokisme » et « islamogauchisme » (pour la France, sur les douze derniers mois).

Par ailleurs, alors que l’islamo-gauchisme semblait décrire une collusion suspecte entre ce que l’on appelle « une certaine gauche », notamment universitaire et l’islamisme (même si l’utilisation du préfixe « islamo » laissait penser que l’islam dans son intégralité pouvait être visé), le « wokisme » dispose d’une forme de lâcheté polysémique particulièrement arrangeante : en d’autres termes, cette dernière a la particularité d’embrasser un ensemble très étendu de pratiques, de mouvements et de faits sociaux.

En effet, tout mouvement qui lutte pour le progrès social peut être qualifié de « woke », ce qui est commode, notamment pour les think tanks conservateurs comme Fondapol qui, à travers une note de recherche aux prétentions objectives mais à la grille de lecture particulièrement discutable – comme le rappelle par ailleurs Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS, évoquant ainsi le fait que cette note de recherche participe à la construction d’une « croisade » contre un « ennemi de la République ».

Par ailleurs, alors que l’islamo-gauchisme semblait décrire une collusion suspecte entre ce que l’on appelle « une certaine gauche », notamment universitaire et l’islamisme (même si l’utilisation du préfixe « islamo » laissait penser que l’islam dans son intégralité pouvait être visé), le « wokisme » dispose d’une forme de lâcheté polysémique particulièrement arrangeante : en d’autres termes, cette dernière a la particularité d’embrasser un ensemble très étendu de pratiques, de mouvements et de faits sociaux.

En effet, tout mouvement qui lutte pour le progrès social peut être qualifié de « woke », ce qui est commode, notamment pour les think tanks conservateurs comme Fondapol qui, à travers une note de recherche aux prétentions objectives mais à la grille de lecture particulièrement discutable – comme le rappelle par ailleurs Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS, évoquant ainsi le fait que cette note de recherche participe à la construction d’une « croisade » contre un « ennemi de la République ».

L’importation de la panique

Ces think tanks organisent une importation des paniques morales conservatrices américaines dans l’espace politique français, afin de contrer le progressisme politique grâce à des présupposés typiques des cercles de réflexion de la droite républicaine nord-américaine. Ce faisant, ils installent une vision conservatrice de la société et la présentation des mouvements de reconnaissance et de justice sociale comme dangereux pour l’équilibre démocratique.

Il y a en effet, une exception française à l’importation de la panique « wokiste », qui est calquée sur la situation politique américaine : on parle souvent du cas de l’université Evergreen comme emblème de la prétendue menace « wokiste », ce qui permet d’utiliser un stratagème efficace de peur panique – pour le dire autrement, si cela arrive aux États-Unis (pays pourtant fort différent), cela pourrait arriver en France.

Une fracture politique

Le mot « wokisme » est, de manière quasiment systématique, utilisé par un spectre politique qui va de la gauche républicaine conservatrice à l’extrême droite, avec des nuances diverses, mais un but qui ne varie jamais : qualifier les mouvements d’émancipation sociale, de lutte pour la reconnaissance des minorités ou de justice climatique de ridicules, inadaptés, voire dangereux pour la République française en tant que régime politique.

En creux se dessine également une fracture qui n’est pas seulement générationnelle, mais politique ; c’est la manière de faire du militantisme et de lutter pour la justice sociale qui se retrouve disqualifiée par celles et ceux qui ont connu d’autres manières de porter ces combats et préfèrent les matérialiser d’abord sur le terrain purement intellectuel et médiatique, comme l’illustre la revue Franc-Tireur.

Cette dichotomie illustre par ailleurs particulièrement bien une chose : si l’on comprend bien qui sont les « anti-wokistes », on ne sait jamais vraiment qui sont les « wokistes », puisque tout le monde peut l’être a priori.

Une forme de gentrification des luttes sociales

De ce point de vue, les « anti-wokistes » ont en fait succombé à une forme de gentrification des luttes sociales, pour reprendre ce concept hérité de la géographie urbaine : tout comme des quartiers populaires se retrouvent mis aux normes des classes sociales plus aisées dans l’espace urbain, les luttes populaires subissent le même sort sur le terrain intellectuel et médiatique, ce qui conduit certaines personnalités à délégitimer les combats « woke » au seul motif que la forme leur déplairait, et qu’elle ne correspondrait pas à leur modèle intellectuel de lutte sociale.

En France, si le « wokisme » excite les passions et stimule autant de discours alarmistes, c’est parce que ces mouvements pour le progrès social auraient pour ambition de détruire le modèle républicain – alors qu’ils ne font pas autre chose que de réclamer, au contraire, l’application de ses principes fondamentaux que sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Mais il faut croire que pour certain·e·s, ces principes paraissent plus confortables dans les discours que dans les actes.

Albin Wagener, Chercheur associé l'INALCO (PLIDAM) et au laboratoire PREFICS,, Université de Rennes 2

Un reportage de Vice News (en anglais) revient sur l’affaire ayant défrayé le campus d’Evergreen.

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« Le discours des réacs traduit une crise profonde du capital culturel de certaines élites » - (Vidéo)

19 Novembre 2021 , Rédigé par Regards Publié dans #Politique, #Education, #Sociologie, #Société

Comment sommes-nous devenus réacs ?, Frédérique Matonti | Fayard

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A lire... "Comment sommes-nous devenus réacs ?" Par Frédérique Matonti (Sortie prévue le 10 novembre)

4 Novembre 2021 , Rédigé par Fayard - Raison de plus Publié dans #Politique, #Société

Image

EXTRAIT

Zemmour est, en effet, loin d’être un cas isolé. Au fil des années sont apparus de nouveaux piliers de plateaux : Natacha Polony (de Marianne à France Inter, en passant par Paris-Première, LCI, Europe 1, BFM-TV, fondatrice de sa propre chaîne Polony TV, avec retour à Marianne qu’elle dirige désormais), souverainiste, supposée spécialiste de la décadence scolaire pour avoir enseigné un an en lycée, ou Élisabeth Lévy, créatrice de Causeur, invitée dès qu’il faut défendre le désir masculin, jugé bien fragilisé par #metoo ou les féministes – donc invitée souvent. La multiplication des plateaux à garnir crée des ronds de serviette à défaut de compétences : Périco Légasse, initialement chantre de la gastronomie traditionnelle, pourfendeur de la malbouffe et défenseur de la paysannerie française, est devenu « spécialiste » (conservateur bien sûr) de droit constitutionnel, de la loi anti-casseurs, ou du macronisme. Pascal Praud, ancien journaliste sportif, anime désormais L’Heure des pros sur CNews. Se présentant en « avocat du diable », il ironise sur la censure à l’encontre des « climato-sceptiques » et « trouve […] hallucinant de dire que Marine Le Pen est d’extrême droite », pour ne reprendre que ses saillies les plus récentes, encouragé, semble-t-il, par sa chaîne au nom de l’audience3. L’une de ses cibles récurrentes est la fonction publique, ce qui l’a amené par exemple, à la sortie du confinement du printemps 2020, à s’en prendre aux professeurs qui, en invoquant les risques de la reprise, ont été accusés de ne pas vouloir « aider Emmanuel Macron », alors qu’« à un moment faut y aller ».

La recherche des réactionnaires pour garnir les plateaux ou fournir des éditoriaux ignore les frontières : Mathieu Bock-Côté, qui s’est fait connaître au Québec pour son militantisme souverainiste au sein du Parti québécois, et son opposition farouche aux « accommodements raisonnables » – débats peu connus et pas si aisément transposables, sauf sous les catégories, supposées infamantes en France, de « communautarisme » ou de « multiculturalisme » –, intervient régulièrement dans le FigaroVox, mais il est aussi invité dans L’Émission politique sur France 2, sur France Culture, sur CNews, ou par Yann Barthès sur TMC, pour pourfendre le « politiquement correct ». On comprend qu’il soit très apprécié de la droite tendance Wauquiez, Bellamy, Retailleau, et à la Une de Valeurs actuelles pour son numéro « Anti-politiquement correct ».

Les vieux éditorialistes les plus droitiers (Éric Brunet, Ivan Rioufol, Guillaume Roquette, François d’Orcival ou Yves Thréard) ont été rejoints par de jeunes pousses encore plus radicales : Geoffroy Lejeune, Charlotte d’Ornellas ou Eugénie Bastié, pour n’en prendre que quelques-uns.

Geoffroy Lejeune (invité sur Public Sénat, Europe 1, Sud Radio, LCI, RMC, Salut les Terriens, On n’est pas couché, C à vous, ad lib.), actuel directeur de Valeurs actuelles, est l’auteur d’Une élection ordinaire, roman de politique-fiction qui racontait le succès à la présidentielle d’Éric Zemmour. Son journal multiplie les Unes tapageuses (soit, au sens propre, destinées à faire du buzz) – « Les charlatans de l’écologie. Enquête sur le totalitarisme vert » ; « La terreur vegan » ; « L’imposture Greta [Thunberg] » ; « Les escrocs de l’islamophobie » ; « La France chrétienne. Racines et traditions » ; « Le racisme antifrançais tue » ; « SOS chrétiens d’Occident » ; « PMA GPA. Comment ils vous enfument » ; « La nouvelle terreur féministe » ; « La tyrannie des bien-pensants » ; « Le vrai pouvoir des francs-maçons » ; « Ceux qui détestent l’homme blanc » ; « Arrêtez d’emmerder les chasseurs » – et les consacre à ses modèles – le trio Salvini, Orbán, Kurz, qualifiés de « nouveaux visages de la rébellion des peuples », le trio Onfray, Zemmour, Taddeï en butte au « retour de la censure », Philippe de Villiers, mais aussi l’ancien chef d’état-major Pierre de Villiers, Michel Houellebecq, Marion Maréchal-Le Pen, Jean-Marie Bigard. C’est toujours dans Valeurs actuelles que paraît, à la fin de l’été 2020, une « fiction politique » transportant Danièle Obono, la députée de la France insoumise, au XVIII e siècle, et la transformant en esclave – précisons que, bien sûr, ce sont des Africains qui l’ont réduite à cette condition. Lejeune, lui-même, n’a pas hésité à faire le coup de poing contre l’une des membres du groupe féministe La Barbe, manière sans doute de résister à la « terreur féministe ».

Charlotte d’Ornellas, journaliste à Valeurs actuelles, est aujourd’hui une chroniqueuse régulière sur CNews et jusqu’en 2019 sur BFM TV – elle participe par exemple à l’émission politique Et en même temps, animée jusqu’à l’été 2020 par Apolline de Malherbe le dimanche. Mais elle intervient également sur Radio Courtoisie, TV Libertés, et écrit dans Présent, soit des canaux classiques de l’extrême droite. Elle a aussi cofondé, avec Damien Lefèvre dit Damien Rieu (Génération identitaire, spécialiste des actions coup de poing, comme l’occupation d’un chantier de mosquée à Poitiers en 2012 ou la tentative de fermeture de la frontière italienne aux migrants en 2018), France, « magazine patriote ». Le premier numéro comportait (entre autres) une interview du chantre du « grand remplacement », Renaud Camus (« Nous sommes encore les plus forts »). La chroniqueuse des chaînes info théorisait, dans le numéro 3, « le coup de grâce porté aux idéologies du Progrès et de l’Égalité » ou prophétisait la « guerre culturelle » et le « réenracinement des Français ». Comme Damien Rieu, elle est membre de l’ONG SOS Chrétiens, régulièrement dénoncée par la presse catholique comme proche de la droite catholique identitaire4, et a participé à un voyage pro-Bachar el-Assad. Rien d’aussi frontal, bien sûr, dans ses interventions sur les chaînes d’information, mais l’objectif – la « guerre culturelle » – est identique : ainsi feint-elle de s’étonner que l’on puisse voir les photos des corps des enfants de migrants morts noyés sur les rives de la Méditerranée ou du Rio Bravo, mais pas celles du Bataclan. Derrière la fausse candeur – ces photos sont horribles, pourquoi sommes-nous obligés de les voir ? –, le complot n’est jamais loin : montrer les corps des enfants, c’est vouloir « [faire] bouger les lignes », et donc favoriser les flots migratoires ; ne pas montrer les victimes du Bataclan, c’est minimiser la violence islamiste.

Eugénie Bastié, passée par Causeur et le FigaroVox (l’un des épicentres avec Valeurs actuelles de la pensée réactionnaire), aujourd’hui au Figaro, intervient régulièrement sur LCI et sur Histoire TV (dirigée jusqu’en 2018 par Patrick Buisson, conseiller plus ou moins occulte de Sarkozy, et « théoricien » de la droitisation de la droite) dans l’émission Historiquement Show, animée par Jean-Christophe Buisson (Le Figaro Magazine). On y croise historiens professionnels et historiens du dimanche, souvent bien ancrés à la droite de la droite (Philippe de Villiers, Jean Sévillia), ou amateurs de supposées énigmes historiques (Franck Ferrand). Le créneau d’Eugénie Bastié est avant tout celui de la lutte contre les « féministes radicales » (Adieu mademoiselle), la défense des « porcs » (Le Porc émissaire. Terreur ou contre-révolution), l’éthique : mise en question de la congélation des ovocytes, de l’extension de la PMA, du rallongement des délais en matière d’IVG, de l’euthanasie pendant l’affaire Vincent Lambert… Ces positions se retrouvent dans la revue LimiteRevue d’écologie intégrale, dont elle est l’une des créatrices. Sous le titre « L’esprit de l’escargot », elle y dialogue avec Natacha Polony. La littérature y est prétexte à communier dans leur amour des « écrivains nostalgiques, pour ne pas dire réactionnaires », à déplorer la mode du fact checking ou que « le bruit médiatique parle d’un seul homme » – autrement dit, qu’il n’y aurait pas de place dans les médias pour des paroles comme la sienne… qu’on entend pourtant beaucoup. Elle y défend l’« écologie intégrale », terme utilisé par Dominique Bourg ou le pape François, mais progressivement monopolisé par les conservateurs catholiques, en particulier par Tugdual Derville, un des piliers de « La Manif pour tous », ou par Gaultier Bès, un des fondateurs des « Veilleurs », mouvement créé en 2013 pour s’opposer au mariage des couples de même sexe, et cofondateur de Limite.

Barbara Lefebvre, enseignante, surnommée « la combattante » par Valeurs actuelles, s’est peu à peu imposée dans l’espace public jusqu’à être aujourd’hui l’une des chroniqueuses des Grandes Gueules, l’émission quotidienne d’Alain Marschall et Olivier Truchot sur RMC qui multiplie les déclarations provocatrices génératrices de buzz. Son créneau : « les territoires perdus de la République », du nom d’un ouvrage auquel elle a collaboré, la baisse continuelle du niveau à l’école, l’illettrisme, et « la martyrologie de la banlieue » (l’affaire Adama Traoré).

Ces trois jeunes femmes ont un point commun, qu’elles partagent d’ailleurs avec Marion Maréchal-Le Pen : looks modernes, coiffures à la mode, elles sont aux antipodes de la « catho-tradi », façon Ludovine de La Rochère. Maniant le sous-entendu et l’insinuation, elles sont au plus loin de la rhétorique ouvertement violente de l’extrême droite. Bref, elles sont parfaites pour les médias amateurs de chair fraîche et de buzz sur les réseaux sociaux.

Aucune digue n’empêche donc plus aujourd’hui les représentants de l’extrême droite, voire de l’ultra-droite, d’intervenir en passant pour objectifs et sous couvert du respect de la pluralité politique – en réalité, pour que cette pluralité soit respectée, il faudrait, si tant est que l’on puisse mettre un signe égal, ouvrir largement les plateaux à des défenseurs des black blocs ou à la rédaction complète de Lundimatin, revue de la gauche radicale. On a ainsi pu voir Thaïs d’Escufon, la porte-parole du groupe dissous « Génération identitaire », sur les plateaux de Balance ton post, l’émission de Cyril Hanouna, sur CNews. De même, Louis de Raguenel, passé par le cabinet de Claude Guéant au ministère de l’Intérieur sous Nicolas Sarkozy, puis devenu rédacteur en chef internet de Valeurs actuelles, l’un des promoteurs de la ligne ultra-conservatrice du titre, est devenu à la rentrée 2020 chef-adjoint du service politique d’Europe 1 – les protestations quasi unanimes de la rédaction ont juste empêché qu’il soit chef de service en titre.

Frédérique Matonti

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Sondages d'opinion : les autres influenceurs - France Culture/Vidéo

14 Octobre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Société, #Politique

Le début de la campagne présidentielle, marqué en premier lieu par le phénomène médiatique Eric Zemmour, ne peut pas non plus être dissocié d’une véritable frénésie sondagière : chaque jour ou presque, au cours des dernières semaines, un nouveau sondage retentissant annonçait une nouvelle percée du probable candidat d’extrême-droite, tout en prophétisant l’"effondrement" du Rassemblement national, d’Anne Hidalgo ou de Jean-Luc Mélenchon – c’est selon. On sait pourtant qu’il a été très rare, depuis les débuts de la Ve République, de voir des sondages organisés si tôt en amont du vote, donner un résultat conforme à celui des élections effectives.

À quoi servent alors les sondages et quelles sont les méthodes qui peuvent permettre de réduire leurs marges d’erreur ? En marquant les esprits de chiffres très aléatoires, ne risquent-ils pas d’influencer l’opinion publique et en ce sens, de constituer un véritable danger pour la démocratie ?

Nous en parlons ce matin en compagnie de Martial Foucault, directeur du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po), professeur de sciences politiques à Sciences Po Paris et spécialiste des questions de comportement électoral et d’économie politique, il a récemment cosigné "Les Origines du populisme" (Seuil, 2019). Il est rejoint en deuxième partie par Frédéric Dabi, analyste politique et directeur général de l’Institut français d’opinion publique (IFOP), récemment auteur de "La Fracture. Comment la jeunesse d’aujourd’hui fait sécession" (Les Arènes, 2021).

L'invité des Matins de France Culture. Comprendre le monde c'est déjà le transformer(07h40 - 08h00 - 12 Octobre 2021)

Retrouvez tous les invités de Guillaume Erner sur www.franceculture.fr

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