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France-Maroc : le vrai-faux procès identitaire fait aux supporters binationaux

17 Décembre 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Societe, #Racisme

https://www.francetvinfo.fr/pictures/ll4qhBHBINCBdXg0-2dn62tJV4Y/752x423/2022/12/13/63988a175b3a7_maxnewsspecial712188.jpg

France-Maroc : le vrai-faux procès identitaire fait aux supporters binationaux
Vincent Geisser, Aix-Marseille Université (AMU)

Des drapeaux marocains, algériens, tunisiens ou encore sénégalais brandis par des supporters qui ont toujours vécu en France et possèdent dans leur grande majorité la nationalité de ce pays à chaque fois ; ces scènes d’avant et d’après-match ne manquent pas de susciter des débats et des controverses dans les médias, le champ politique et les milieux intellectuels. C’est notamment le cas avec le match opposant France et Maroc le 14 décembre 2022 durant la Coupe du Monde de football.

Comment peut-on être Français et supporter une équipe de football étrangère. Dès lors, l’on voit surgir toutes sortes d’explications qui tournent en général autour des thèmes du « malaise identitaire », de « la double allégeance » du « déficit d’intégration » ou encore de la « crise des banlieues » qui contribuent généralement à stigmatiser les supporters binationaux. Au mieux, à entretenir à leur égard un regard compréhensif mais à forte connotation misérabiliste. Ainsi, les supporters binationaux arboreraient les emblèmes nationaux du pays de leurs parents ou grands-parents par réaction aux discriminations subies et au racisme ambiant.

D’une manière générale, quel que soit le positionnement idéologique et politique des commentateurs du fait binational dans le champ sportif, ce sont plutôt des interprétations culturalistes et identitaires qui prédominent, évacuant la dimension sociologique du phénomène.

Un attachement à la francité assumé et transgressif

Or, aujourd’hui les manifestations de binationalité ou de plurinationalité dans le champ sportif ou dans les autres champs sociaux (politique, culturel et économique) doivent être perçues comme des pratiques sociales banalisées qui se jouent principalement au sein de l’espace public hexagonal.

Les supporters exhibent un emblème étranger, revendiquent leur soutien à une équipe africaine, arabe ou maghrébine, ou encore défilent sur les Champs-Élysées ou sur le Vieux-Port de Marseille en entonnant les hymnes nationaux du pays de leurs ancêtres, non pour affirmer une quelconque rupture avec leur société de naissance (la France) mais, au contraire, pour exprimer leur attachement à la francité sur un mode à la fois assumé et transgressif.

En ce sens, la binationalité des supporters de football, l’art de passer d’un drapeau à l’autre ou de les combiner dans une même séquence temporelle vient contester les conceptions exclusivistes et puristes de l’identité nationale qui s’affirment aujourd’hui en Europe, au Maghreb et en Afrique de l’Ouest, tendant à présenter les binationaux comme des « enfants illégitimes ».

Car en France, en Algérie et en Tunisie et dans une moindre mesure au Maroc, les binationaux apparaissent de plus en plus comme des citoyens suspects. Exhiber sa binationalité dans le stade, c’est donc aussi transgresser les approches essentialistes de l’identité nationale qui font aujourd’hui un retour en force sur les deux rives de la Méditerranée, dans des contextes de crise sociale et économique marqués par la montée des populismes et des nationalismes exacerbés.

La binationalité en ligne de mire dans les pays d’origine

Sur ce plan, il convient de rappeler que la binationalité a été longtemps combattue par les États d’origine qui la considéraient comme une forme de trahison nationale, voire d’apostasie religieuse. Les parents immigrés se devaient d’éduquer leurs enfants dans le culte des héros et des martyrs des mouvements de libération nationale et il était inconcevable pour eux qu’ils deviennent « français » (la nationalité de l’ancien colonisateur). Le système des amicales et des associations liées aux États d’origine cherchaient ainsi à entretenir le « mythe du retour » dans la mère-patrie et à préserver les immigrés et leurs descendants des influences néfastes de la société d’accueil (permissivité des mœurs, pluralisme politique, liberté syndicale,, etc.)

Dans ce contexte d’émulation nationaliste post-coloniale, le champ sportif, en général, et le football, en particulier, participaient à entretenir dans les familles immigrées le sentiment d’allégeance à la nation d’origine.

De ce point de vue, pour les nouvelles générations nées en France, l’acquisition ou la réintégration à la nationalité française est apparue comme un combat individuel et collectif sur deux fronts. D’une part, à l’égard des États d’origine qui la considéraient comme un acte antipatriotique et, d’autre part, vis-à-vis d’une partie de la société française pour qui les enfants d’immigrés africains et maghrébins étaient encore des étrangers inassimilables ou des « Français de papiers ».

Revendiquer publiquement sa binationalité, notamment dans les événements sportifs comme la Coupe du monde de football, c’est donc transgresser à la fois la doxa nationaliste des États d’origine et les préjugés racistes d’une partie de la société hexagonale.

Le signe d’une émancipation personnelle et collective

Ce détour historique sur la construction des identités nationales postcoloniales (celle de l’ancienne puissance impériale comme celle des nouveaux États indépendants) apparaît indispensable pour saisir ce qui se « joue » aujourd’hui, en ce début de XXIe siècle, dans les rituels sportifs des binationaux qui sont trop souvent interprétés comme une forme de « schizophrénie identitaire », de « double allégeance » ou, pire, un défaut d’intégration sociale, voire d’hostilité à la France.

Or, au contraire, ces pratiques binationales en rapport avec le foot, qu’elles émanent des supporters ou des joueurs, constituent le signe d’une émancipation personnelle et collective à l’égard d’héritages nationalistes figés, cherchant à classer les individus et les groupes sociaux dans des catégories identitaires immobiles et stériles.

On peut être successivement ou simultanément supporter de l’équipe de France et des Lions de l’Atlas sans y percevoir subjectivement la moindre incohérence ou trahison identitaire à l’égard de son pays de vie et de la terre d’origine de ses ancêtres. À cet égard, l’on serait tenté de dire que les pratiques binationales dans le champ sportif le football en serait la meilleure illustration constitue la marque d’une forme de modernité sociale et politique qui, sans nier les identités nationales, tend à les mixer sur un mode dialogique et ludique.

Des reconstructions identitaires déterritorialisées

Dans le contexte de la Coupe du monde 2022, l’analyse des réseaux sociaux révèle ainsi l’extraordinaire créativité lexicale et graphique des internautes pour exprimer par les mots et les images leur soutien à une, deux, voire trois équipes nationales.

Le Qatar a d’ailleurs su exploiter habilement cette binationalité sportive, en présentant l’évènement comme une réussite pour tous les Arabes ici et là-bas (ceux des pays d’origine et de la diaspora) et comme une communion identitaire pacifique.

Il est vrai que les expressions telles que « la victoire de l’Afrique », « le retour du monde arabe », « la célébration du Maghreb » (en arabe, le mot al-Maghrib désigne à la fois le Maroc et l’ensemble régional) ou « le moment palestinien » expriment un fort sentiment de coappartenance, notamment depuis les bonnes performances de l’équipe nationale du Maroc.

Toutefois, il ne s’agit pas d’une résurgence au sein des populations françaises d’ascendance africaine et maghrébine du nationalisme arabe des années 1960-1970 (avec la figure emblématique de Gamal Abdel Nasser), du tiers-mondisme d’antan, de panislamisme, ou d’une quelconque forme de panafricanisme, car la majorité des descendants d’immigrés, contrairement à leurs parents et grands-parents, n’ont pas vécu ces mouvements idéologiques postindépendance.

Il s’agit de reconstructions identitaires déterritorialisées, qui font d’abord sens dans les débats, les controverses et les enjeux de la société française actuelle. À la question récurrente et parfois obsédante des éditorialistes « Comment peut-on être Français et soutenir une équipe étrangère », la recherche en sciences sociales apporte nécessairement des réponses nuancées, contribuant à dédramatiser les pratiques binationales et à les recontextualiser dans le moment sportif.The Conversation

Vincent Geisser, Sociologue, Aix-Marseille Université (AMU)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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France-Maroc : deux nations sur un terrain d’entente

14 Décembre 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Societe

Premier Forum des élus Maroc-France ! – Le7tv.ma

Mercredi, la France affronte le Maroc en demi-finale du Mondial de football 2022 au Qatar, un match avec une saveur particulière pour les Marocains francophiles et pour les Français aux racines marocaines.

Le Petit Journal l’annonçait à ses millions de ­lecteurs, à la signature de l’accord franco-allemand qui venait d’établir définitivement un protectorat français sur le Maroc : «La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix.» Plus d’un siècle plus tard, l’hypocrisie de cette propagande colonialiste est flagrante, et ses résultats sont bien visibles dans les nombreuses divergences qui empoisonnent ces dernières années les relations entre Paris et Rabat : restrictions dans la délivrance des visas français, visite bienveillante d’Emmanuel Macron chez le voisin algérien, affaire Pegasus… La ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, est attendue jeudi dans le royaume pour désamorcer ces tensions, et le moins qu’on puisse dire est que le timing est excellent : la sélection marocaine défie mercredi soir les champions du monde français pour une place en finale de la Coupe du monde de football, et ce match a éveillé des émotions très vives dans les deux pays.

Pour les Marocains francophiles, encore très influents dans le royaume, il s’agit d’une reconnaissance tardive d’une égalité face à l’ancienne puissance coloniale, sinon une certaine supériorité : après tout, le monde arabe tout entier ne vibre-t-il pas pour les Lions de l’Atlas, le Petit Poucet qui menace les plus grands ? Pour les Français aux racines marocaines, l’affiche de ce match est aussi le reflet de leur double culture, source de leur force et créativité, et elle apaise nombre de questionnements superflus. Nous avons parlé aux uns et aux autres, tout en retraçant le parcours hors normes de cette équipe devenue symbole. Un grand optimisme souffle dans ces reportages, même si en fin de course, chacun comprend qu’il n’y aura qu’un seul gagnant. Allez, restons sur la formule neutre et bienveillante : et que le meilleur gagne.

Dov Alfon

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A lire... Alex Mahoudeau - La Panique woke

10 Juillet 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Societe, #Politique

La Panique woke - Anatomie d'une offensive... de Alex Mahoudeau - ePub -  Ebooks - Decitre

Voir vidéo ci-dessous

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Ces idéologies néoréactionnaires qui refusent les bouleversements du monde

17 Janvier 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Société, #Philosophie, #Politique

Les «nouveaux réactionnaires» : mythe ou réalité ?

EXTRAITS

L’hégémonie médiatique des polémistes qui pourfendent l’époque est une réaction à une triple révolution anthropologique, à la fois écologique, intime et géopolitique, qui bouscule les sociétés occidentales.

Comment en est-on arrivé là ? Une France en apparence confinée dans ses remugles les plus rances. Une droite réactionnaire hégémonique dans la sphère médiatique, qui impose ses thématiques dans l’espace public. Une gauche atomisée, fracturée, au corpus idéologique non renouvelé, minée par le narcissisme des petites différences. Le conservatisme consacré, le progressisme dévoyé. L’universalisme confondu avec l’occidentalisme. L’antiracisme assimilé au totalitarisme. Ses nouvelles formes couvertes d’opprobre, taxées du sobriquet infamant d’« islamo-gauchisme » et censément disqualifiant de « wokisme ». Les féminismes de notre ère réduits à des « postures victimaires ». Les jeunes mobilisés pour le climat comparés à des ayatollahs, et l’écologie à une nouvelle religion sectaire. L’université accusée de diffuser un « savoir militant » et d’importer des « théories étrangères ». Le bien transformé en mal. Le bon en mauvais. Et le généreux en idiot.

Il est sans doute nécessaire de comprendre comment fonctionne la rhétorique néoréactionnaire, sa mécanique, d’étudier pourquoi elle est largement portée par un milieu social endogamique et une certaine classe médiatique, comment l’évolution du champ intellectuel et politique a mené à cette montée vers les extrêmes, sans parler des responsabilités de la gauche dans cette défaite culturelle. Une contre-révolution intellectuelle analysée par la politiste Frédérique Matonti, qui s’attache à comprendre pourquoi, « à la veille de l’élection présidentielle de 2022, l’idéologie réactionnaire semble désormais hégémonique » (Comment sommes-nous devenus réacs ?, Fayard, 2021).

Mais peut-être convient-il, dans un premier temps, d’aller chercher plus loin les raisons d’un tel discours de restauration. Car ce retournement idéologique est tout d’abord une réaction à de grandes transformations sociales et à de véritables mutations anthropologiques. Un basculement du monde à la fois écologique, intime et géopolitique qui bouscule l’Occident, affecté par de nouvelles blessures narcissiques.

(...)

La « fin de la domination masculine » est un « séisme anthropologique », observe le philosophe Marcel Gauchet (Le Débat, mai-août 2018). « Cette atteinte au patriarcat provoque des vexations et une grande insécurité narcissique », remarque la psychanalyste et philosophe Cynthia Fleury, autrice de Ci-gît l’amer. Guérir du ressentiment (Gallimard, 2020).

Pas étonnant qu’Eric Zemmour ait installé sa carrière de pamphlétaire réactionnaire avec Le Premier Sexe (Denoël, 2006), ouvrage présenté comme un « traité de savoir-vivre viril à l’usage de jeunes générations féminisées », dans lequel il raille « une époque de mixité totalitaire » et « castratrice ». Ou que l’un des architectes de l’union des droites, Patrick Buisson, déplore la « dépaternalisation de l’autorité » dans une société où il n’y aurait « ni Dieu ni mec » (La Fin d’un monde. Une histoire de la révolution petite-bourgeoise, Albin Michel, 2021). Car la crainte du « grand remplacement », comme celle du « remplacisme global », n’est pas qu’une panique complotiste consistant à affirmer que les Européens seraient remplacés par les Africains, mais aussi, précise son propagandiste, l’écrivain Renaud Camus, « les hommes par les femmes » (« Discours de Baix », in Le Grand Remplacement, édition 2018).

La sociologue Eva Illouz relève de son côté qu’une récente étude menée par Theresa Vescio et Nathaniel Schermerhorn, du département de psychologie à l’université d’Etat de Pennsylvanie, a montré que « les gens qui soutiennent les formes hégémoniques de la masculinité – un modèle culturel qui justifie la domination masculine – sont beaucoup plus susceptibles de soutenir [le républicain] Donald Trump » que les démocrates Hillary Clinton ou Joe Biden. On voit émerger, depuis quelque temps, en effet, « une politique du ressentiment », renchérit Cynthia Fleury, dans laquelle la colère, l’envie, la jalousie, le virilisme et le masculinisme jouent un rôle prépondérant.

« Narendra Modi, Jair Bolsonaro, Donald Trump, Viktor Orban : tous les dirigeants populistes de droite, et leurs aspirants, comme Eric Zemmour, sont des incarnations vivantes de cette masculinité hégémonique », fait observer Eva Illouz, autrice de La Fin de l’amour. Enquête sur un désarroi contemporain (Seuil, 2020). Et les mouvements féministes, homosexuels ou transgenres sont perçus comme « une menace directe sur ce qui, pour beaucoup, constitue le socle de leur identité, la famille traditionnelle. Et les femmes, pas moins que les hommes, souscrivent largement à ce modèle ». Ce pourrait être une des raisons de la présence féminine dans la galaxie néoréactionnaire (« Où sont les hommes, les vrais ? », « Il n’y a plus de mecs », etc.).

« On mésestime l’importance capitale et souterraine de la famille dans la politique, prévient Eva Illouz. C’est un point de repère qui oriente profondément les habitus politiques, d’autant que, pour la classe ouvrière, la famille est souvent est la seule structure d’entraide. » Les révolutions se font à la maison et les contre-révolutions sont de salon. Ainsi, en paraphrasant Freud, on pourrait dire que ce chambardement intime est une blessure « domestique » : le mâle n’est plus le maître dans sa propre demeure.

(...)

« Ce qui est certain, c’est que ce triangle central – environnemental, féministe et postcolonial – mobilise la jeunesse et qu’elle se socialise politiquement autour de ces questions, comme on a pu le voir avec les marches pour le climat, le mouvement #metoo et Black Lives Matter », observe l’historien Pap Ndiaye, directeur général du Palais de la Porte-Dorée et du Musée d’histoire de l’immigration. L’historien des Etats-Unis et de la condition noire s’avoue « frappé par l’antiaméricanisme vivace des néoréactionnaires, qui perçoivent ces travaux et mobilisations comme des idéologies d’importation », alors que, du géographe Elisée Reclus au philosophe André Gorz pour l’écologie, de la philosophe Simone de Beauvoir à l’écrivaine Françoise d’Eaubonne pour le féminisme, du poète Aimé Césaire au psychiatre Frantz Fanon pour le décolonialisme, « la France est porteuse d’une longue histoire sur ces sujets ».

(...)

Aucun angélisme ni irénisme, pourtant, chez les intellectuels interrogés. Chacun reconnaît certaines dérives, notamment celles présentes au sein du militantisme survivaliste ou indigéniste. Mais, comme le remarque le sociologue Edgar Morin, « plutôt que d’être effrayé par la gigantesque crise planétaire qui nous emporte, on nous demande de nous terrifier du mouvement “woke”, ce courant minoritaire dans la culture française ». Une volonté de faire diversion. La stratégie néoréactionnaire consiste même à se focaliser sur quelques affaires afin de jeter le discrédit sur un mouvement intellectuel de fond. L’hégémonie culturelle, concept forgé par le philosophe communiste Antonio Gramsci (1891-1937) pour expliquer que la bataille politique passe par la guerre idéologique, « a basculé du lexique de la gauche à celui de la droite », reconnaît toutefois Didier Fassin. « Nous avons perdu la bataille médiatique », admet Pierre Singaravélou. La prise de conscience est peut-être tardive mais la contre-offensive s’organise.

(...)

Face à l’hégémonie réactionnaire, « les leaders de la gauche sont pour le moment incapables de constituer la moindre digue », regrette Frédérique Matonti. Mais pour que les progressistes reconstituent un socle idéologique, il faut « en finir avec les fausses oppositions créées par les controverses », cesser « d’opposer féminisme et néoféminisme, antiracisme universaliste et antiracisme intersectionnel, lutte contre les discriminations et lutte contre les inégalités, défense des classes populaires et défense des minorités », abonde-t-elle.

Mais le constat de la prégnance du réactionnariat s’accompagne du sentiment, voire de la conviction, de vivre une période d’immenses mutations portées par de nombreux contemporains qui, comme le chantait Guillaume Apollinaire, sont « las de ce monde ancien » (Zone, in Alcools, Gallimard, 1920). « Oui, un nouveau monde est en train d’advenir, se réjouit Pap Ndiaye, même si les polémiques lancées par les réactionnaires rendent le climat délétère. » Intellectuel communiste récupéré par ceux qui théorisent depuis les années 1980 un « gramscisme de droite », le philosophe Antonio Gramsci écrivait que « la crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître », même si, « pendant cet interrègne, on observe les phénomènes morbides les plus variés ». Une bonne occasion, comme cet auteur le disait, d’associer le pessimisme de la raison à l’optimisme de la volonté. Une invitation à solliciter d’urgence l’alliance de toutes les pensées de l’émancipation.

Nicolas Truong

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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A (re)voir - "Ceux qui possèdent si peu" (2011) - Un film vrai à propos des "SEGPA" ...

4 Janvier 2022 , Rédigé par Le Monde - Youtube Publié dans #Sociologie, #Société

"Raphaël, Sabrina, Stéphanie et Laura appartiennent à cette frange oubliée de la population, située entre la grande pauvreté et la classe moyenne. Vincent Maillard les suit pendant 15 ans."

Alors que va sortir bientôt un film coproduit par Cyril Hanouna (?) et intitulé "Les Segpa", je pense absolument nécessaire de faire connaitre la réalité - même datant de 2011 - pour corriger l'image déplorable laissée par la série "Youtube" ayant inspiré ce long métrage. 

CC

Quatre jeunes en échec scolaire ont été filmés pendant quinze ans

L'ascenseur social est bloqué entre le premier et le deuxième sous-sol. Pas d'échappatoire, peu d'espoir d'entrevoir d'autre lumière que celle des écrans de télévision qui étalent les richesses d'un autre monde. Tel est le sombre fil conducteur de Ceux qui possèdent si peu.

Pour prendre la mesure de ce surplace, Vincent Maillard a suivi pendant quinze ans, de la préadolescence à l'âge adulte, quelques élèves rencontrés en 1995 alors qu'ils étaient en section d'enseignement général et professionnel adapté (Segpa). Raphaël, Sabrina, Stéphanie et Laura ont alors 13 ans et sont déjà abandonnés, au vu de leurs difficultés scolaires. "Sans réel discours, sans aspérité immédiate, sans traumatisme évident, ils étaient l'inverse du résultat d'un casting pour "émission de société"", explique Vincent Maillard dans une note d'intention.

PARCOURS D'"INVISIBLES"

"Parce que toute vie mérite d'être contée", le réalisateur s'est attaché à suivre le parcours de ces "invisibles". On les voit grandir en accéléré, comme des plantes mal armées que le soleil extirperait d'un terrain rocailleux. Considère-t-on les obstacles ? Ils sont légion et se nourrissent les uns des autres. Leur milieu social, on s'en doute, n'est pas des plus favorisés. Leurs foyers sont souvent instables. Leur langage est trop pauvre pour exprimer leurs attentes. Puis, très vite, viennent les situations d'échec et la perte de confiance.

Et pourtant, ils poussent... Aussi peut-on voir le verre à moitié plein. Et contempler les fous rires de Raphaël, envers et contre tout, y compris cette "muco" (mucoviscidose) qui obstrue ses bronches. Ou encore le sourire empli de fierté de Sabrina devant les très bons résultats scolaires de sa fille.

Jean-Baptiste de Montvalon

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Le Wokisme en 1962 (Vidéo)

26 Décembre 2021 , Rédigé par Broute - Canal + Publié dans #Société

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Le « wokisme » ou l’import des paniques morales

8 Décembre 2021 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Société, #Sociologie

Le « wokisme » prospère grâce aux failles d'un Occident mortifié –  Wokistan.fr

Omniprésent dans les médias, utilisé par une certaine élite politique et intellectuelle, le « wokisme » s’est imposé comme une catégorie lexicale commode pour désigner une grande variété de faits sociaux.

Du point de vue linguistique, le mot « wokisme » est facile à analyser et à comprendre : contraction de l’emprunt à l’anglais « woke » (participe passé du verbe « wake », pour « éveiller ») et du suffixe « -isme » (toujours aisé à utiliser pour substantiver une manière de penser, il constitue un anglicisme qui a réussi à s’imposer dans le champ médiatique et politique, des deux côtés de l’Atlantique. De surcroît, du point de vue énonciatif, il est important de préciser que ce terme est avant tout utilisé par ceux qui se présentent comme ses détracteurs.

Toutefois, il est important de séparer le mouvement « woke », qui définit les mouvements de libération des minorités afro-américaines dans les années 60 aux États-Unis, du « wokisme », principalement utilisé par les milieux conservateurs pour (dis)qualifier les mouvements progressistes, dans leur diversité.

Caricatures

Souvent, les deux mouvements que sont le progressisme et le conservatisme, sont utilisés pour décrire les tendances antagonistes qui animent la vie politique états-unienne. En France, ce progressisme, caricaturé en « wokisme », a bénéficié d’une entrée remarquable dans l’environnement médiatique suite aux prises de position de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale qui avait marqué les esprits au moment de la polémique autour de l’islamo-gauchisme.

On remarque aussi que la polémique sur ce que l’on résume sous le terme « wokisme » a totalement écrasé celle de l’islamo-gauchisme en termes de popularité et d’étendue sur les deux dernières années

Comparaison par Google Trends entre les recherches concernant « wokisme » et « islamogauchisme » (pour la France, sur les douze derniers mois).

Par ailleurs, alors que l’islamo-gauchisme semblait décrire une collusion suspecte entre ce que l’on appelle « une certaine gauche », notamment universitaire et l’islamisme (même si l’utilisation du préfixe « islamo » laissait penser que l’islam dans son intégralité pouvait être visé), le « wokisme » dispose d’une forme de lâcheté polysémique particulièrement arrangeante : en d’autres termes, cette dernière a la particularité d’embrasser un ensemble très étendu de pratiques, de mouvements et de faits sociaux.

En effet, tout mouvement qui lutte pour le progrès social peut être qualifié de « woke », ce qui est commode, notamment pour les think tanks conservateurs comme Fondapol qui, à travers une note de recherche aux prétentions objectives mais à la grille de lecture particulièrement discutable – comme le rappelle par ailleurs Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS, évoquant ainsi le fait que cette note de recherche participe à la construction d’une « croisade » contre un « ennemi de la République ».

Par ailleurs, alors que l’islamo-gauchisme semblait décrire une collusion suspecte entre ce que l’on appelle « une certaine gauche », notamment universitaire et l’islamisme (même si l’utilisation du préfixe « islamo » laissait penser que l’islam dans son intégralité pouvait être visé), le « wokisme » dispose d’une forme de lâcheté polysémique particulièrement arrangeante : en d’autres termes, cette dernière a la particularité d’embrasser un ensemble très étendu de pratiques, de mouvements et de faits sociaux.

En effet, tout mouvement qui lutte pour le progrès social peut être qualifié de « woke », ce qui est commode, notamment pour les think tanks conservateurs comme Fondapol qui, à travers une note de recherche aux prétentions objectives mais à la grille de lecture particulièrement discutable – comme le rappelle par ailleurs Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS, évoquant ainsi le fait que cette note de recherche participe à la construction d’une « croisade » contre un « ennemi de la République ».

L’importation de la panique

Ces think tanks organisent une importation des paniques morales conservatrices américaines dans l’espace politique français, afin de contrer le progressisme politique grâce à des présupposés typiques des cercles de réflexion de la droite républicaine nord-américaine. Ce faisant, ils installent une vision conservatrice de la société et la présentation des mouvements de reconnaissance et de justice sociale comme dangereux pour l’équilibre démocratique.

Il y a en effet, une exception française à l’importation de la panique « wokiste », qui est calquée sur la situation politique américaine : on parle souvent du cas de l’université Evergreen comme emblème de la prétendue menace « wokiste », ce qui permet d’utiliser un stratagème efficace de peur panique – pour le dire autrement, si cela arrive aux États-Unis (pays pourtant fort différent), cela pourrait arriver en France.

Une fracture politique

Le mot « wokisme » est, de manière quasiment systématique, utilisé par un spectre politique qui va de la gauche républicaine conservatrice à l’extrême droite, avec des nuances diverses, mais un but qui ne varie jamais : qualifier les mouvements d’émancipation sociale, de lutte pour la reconnaissance des minorités ou de justice climatique de ridicules, inadaptés, voire dangereux pour la République française en tant que régime politique.

En creux se dessine également une fracture qui n’est pas seulement générationnelle, mais politique ; c’est la manière de faire du militantisme et de lutter pour la justice sociale qui se retrouve disqualifiée par celles et ceux qui ont connu d’autres manières de porter ces combats et préfèrent les matérialiser d’abord sur le terrain purement intellectuel et médiatique, comme l’illustre la revue Franc-Tireur.

Cette dichotomie illustre par ailleurs particulièrement bien une chose : si l’on comprend bien qui sont les « anti-wokistes », on ne sait jamais vraiment qui sont les « wokistes », puisque tout le monde peut l’être a priori.

Une forme de gentrification des luttes sociales

De ce point de vue, les « anti-wokistes » ont en fait succombé à une forme de gentrification des luttes sociales, pour reprendre ce concept hérité de la géographie urbaine : tout comme des quartiers populaires se retrouvent mis aux normes des classes sociales plus aisées dans l’espace urbain, les luttes populaires subissent le même sort sur le terrain intellectuel et médiatique, ce qui conduit certaines personnalités à délégitimer les combats « woke » au seul motif que la forme leur déplairait, et qu’elle ne correspondrait pas à leur modèle intellectuel de lutte sociale.

En France, si le « wokisme » excite les passions et stimule autant de discours alarmistes, c’est parce que ces mouvements pour le progrès social auraient pour ambition de détruire le modèle républicain – alors qu’ils ne font pas autre chose que de réclamer, au contraire, l’application de ses principes fondamentaux que sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Mais il faut croire que pour certain·e·s, ces principes paraissent plus confortables dans les discours que dans les actes.

Albin Wagener, Chercheur associé l'INALCO (PLIDAM) et au laboratoire PREFICS,, Université de Rennes 2

Un reportage de Vice News (en anglais) revient sur l’affaire ayant défrayé le campus d’Evergreen.

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