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Vivement l'Ecole!

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Drogue, prostitution, délinquance… Les enfants perdus de Barbès

5 Mars 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Société, #Sociologie, #Jeunesse

Sécurité : Barbès au bord de l'explosion - Action Barbès

EXTRAITS

Ils sont quelques dizaines d’adolescents à errer depuis 2016 dans les rues de ce quartier parisien, partageant un quotidien fait de violences. Dans ce groupe composé surtout de jeunes migrants isolés, quelques filles en rupture familiale, plus vulnérables encore, survivent sans rien attendre du lendemain.

Hana* marche d’un pas assuré rue de la Goutte-d’Or, même quand elle tangue. Ce soir de décembre, à Barbès, dans ce quartier populaire du 18e arron­dissement de Paris, tout le monde la salue – commerçants, policiers, passants… Ils le font plus ou moins gentiment. A ceux qui crachent « pute » à son passage, elle adresse un doigt d’honneur et un regard plein de colère. Même geste envers le groupe qui la traite de « Pokémon » – elle est toute petite.

Hana est drôle et entraînante. Elle a de grands yeux verts, des joues rebondies couvertes de taches de rousseur et la peau encore veloutée de l’enfance. Elle porte une grande balafre sur la joue. Un coup de couteau donné par un garçon dans un squat. « C’est pas tout », rigole-t-elle en retirant son écharpe : elle dévoile deux entailles profondes au niveau du cou, tout juste suturées.

Son objectif du moment : rejoindre la laverie plus bas, celle dont les tambours sont d’un jaune un peu décati et où la chaleur humide est agréable. Trois copains sont déjà là, ils se tombent dans les bras. Hana veut qu’on lui roule un joint. Un garçon s’exécute. Il a la coupe de cheveux en vigueur auprès des gamins de son âge : tempes rasées et petite houppe au sommet du crâne. Bientôt, un adulte, blouson noir et barbe de trois jours, passe une tête. Deux euros le cachet de Rivotril. Cette benzodiazépine – aux effets sédatifs et anxiolytiques – à laquelle les jeunes se shootent et qui les rend méchamment accros, les jeunes la couplent systémati­quement au Lyrica, un antiépileptique également utilisé pour les troubles anxieux. Un cocktail médicaments-joints-alcools qui les laisse hagards, désinhibés et vulnérables.

(...)

La vie plus trépidante de la rue

Le commerçant, un vieil Algérien qui ferme sa boutique à l’heure de la prière, est désolé pour Hana : il ne peut pas l’aider, sa batterie est morte. Il lui vend pour 12 euros un vieux téléphone. En attendant qu’il soit chargé, elle roule un joint dans un coin. Le vendeur secoue la tête. Il la voit traîner là depuis des années, « ça ne s’arrange pas ». Comme beaucoup d’habitants du quartier, il a pris ces jeunes en pitié et les aide comme il peut. Une autre fille patiente dans la boutique. Brune, cheveux bouclés. « Je lui parle pas, c’est une nouvelle. Elle est algérienne. » Hana évite les Algériens et les Tanjaouis (les habitants de Tanger). « Je ne les aime pas, pas mon délire, c’est eux qui m’ont volé mon téléphone. » Elle traîne avec les garçons de Fès et de Salé. Elle raconte qu’ils se regroupent comme ça. Sur Facebook, chacun ajoute le gentilé de sa ville d’origine après son prénom. Ça donne : « Ahmed Slaoui »« Célia Lfassiya », etc. Dans la rue, ils s’appellent comme ça, « Hey Casaoui ! », et affichent leurs blases sur les murs.

Le lendemain, Hana, de retour à la laverie, a l’air plus en forme. Elle porte sur elle une petite sacoche pleine de maquillage. Elle attend son copain. Elle pense être enceinte. Ce serait lui le père. Quand il arrive, elle l’embrasse à pleine bouche. Ayman* sort du tribunal, il a obtenu un hébergement, dans le 15e arrondissement. Ces foyers de l’aide sociale à l’enfance ou de la protection judiciaire de la jeunesse (lorsque les mineurs ont commis des infractions), les adolescents passent leur vie à en fuguer.

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Des vies confuses et fragmentées

La première fois qu’on a croisé Célia, c’était au mois d’octobre 2020. Comme ses copines, elle n’avait pas l’air d’une marginale, elle ressemblait à une fille de son âge. Ce sont leurs mains, épaisses, aux ongles noircis, les engelures et les croûtes sur les phalanges, leurs dents abîmées qui trahissent leur vie dans la rue. Célia réclamait des cigarettes aux passants de la rue des Islettes. Elle faisait ça poliment et en souriant, avec sa grande copine Soraya*, une adolescente robuste. Elles dansaient aussi au pied des immeubles. Puis elles ont disparu.

Célia a grandi à Fès, à Bensouda, un ­quartier où s’entassent les familles précaires. Elle y a vécu longtemps avec ses grands-parents marocains avant de débarquer à Paris, à 12 ans, avec son grand frère, un an de plus qu’elle. Leur mère, française, était toxicomane, ils ont grandi dans les foyers. Son frère, surtout. Célia a très vite préféré la vie dehors. Elle se souvient que « la première fille à la Goutte-d’Or », c’était Sophie*, une Colombienne qu’elle a rencontrée au foyer de la Croix-Nivert, dans le 15e arrondissement, et qu’elle a suivie à Barbès. Sophie a eu une fille avec un Marocain qui s’est barré aux Pays-Bas. Elle l’élève chez sa mère. Célia, elle, ne peut plus voir sa fille, Janna, née il y a deux ans et placée en famille d’accueil. Des gens bien, il paraît.

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« La vie, c’est de la merde »

Elle s’appelle Farah* et elle ne marche plus très droit. Elle a pris des ecstasys avec son amoureux, dans un studio dans le quartier de La Chapelle. Elle dit « mon copain », mais elle l’a rencontré la veille. Ses parents sont kabyles. Elle a longtemps vécu en Espagne avec sa mère avant de partir avec des garçons marocains rencontrés là-bas. Avant ça, elle ne connaissait pas Barbès. Son récit est ponctué de soupirs et de « la vie, c’est de la merde ». Elle salue des gars qu’elle connaît. L’un d’eux tente de l’embrasser, elle le repousse. Il insiste et colle ses lèvres contre les siennes. Elle se dégage. Ça lui arrive tout le temps, ces gars qui la touchent et l’embrassent alors qu’elle n’a pas envie. Ou qui l’insultent, l’air dégoûté. Les filles ont l’habitude de ces remarques. À leur passage, un agent municipal avait lancé à une riveraine : « C’est même plus des filles. » Farah mâche son chewing-gum, « la vie, c’est de la merde ».

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Les filles, tabassées « comme des mecs »

Ayoub est arrivé de Tanger il y a trois ans. Il avait 11 ans. Il dit que Paris, c’est trop dur. Où voudrait-il aller ? Il se frappe la poitrine : « Vraiment ? Je te jure, au paradis. Regarde-moi : je n’ai pas mangé depuis l’hôpital, je dors dehors ou à l’hôtel. » Appuyé contre un mur, il ne s’arrête plus : « Eh ! oui, je vole, je peux le dire, mais, si je ne vole pas, je ne mange pas. Les riches ne peuvent pas comprendre, ils ont la belle vie. » Il se met à pleurer : « Je vole, je suis un sale voleur. Mais on m’a aussi volé 2 000 euros. J’essaye d’économiser pour envoyer de l’argent à mes parents. »

Hakim*, 1,50 mètre à tout casser, l’interrompt : il cherche des baskets. On lui a volé les siennes au squat, pendant qu’il dormait. La rue les abîme en un rien de temps. Les insensibilise. Ayoub en tire une sorte de fierté un peu amère : « Comment on supporte tout ça ? On a le cœur dur. Pas comme les enfants français. Ils ont 14 ans, on les voit quand ils sortent de l’école, ils ne sont pas comme nous. Ils ont papa, maman, des manteaux et des petits pains au chocolat. Ils ne tiendraient pas une minute dans la rue. Est-ce qu’ils ont voyagé comme nous, partout ? » Il vient de rouler un joint. « Ça ne te gêne pas ? » Il l’allume.

(...)

Accro au quartier

Février 2021. Célia est de retour à la Goutte-d’Or. À la mi-décembre, elle a fugué de son foyer aux Pays-Bas. « C’était dans un endroit où il n’y avait rien, pas de magasins, pas de cafés, rien… La campagne, mais il n’y avait même pas de chèvres ou de poules. Rien ! » Elle est d’abord allée en Allemagne, où elle a récupéré sa grande copine Hana. Hana, qui en avait marre de Paris, s’est barrée après Noël. Ensemble, elles sont retournées à Amsterdam. La police les a arrêtées. Hana a été conduite en centre fermé en attendant son rapatriement en France.

Célia, majeure, a pu rentrer sans encombre. Et la revoilà à la Goutte-d’Or, par - 2 °C, sans manteau sur son jogging noir. Devenue accro au quartier, son chez-elle depuis ses 14 ans, elle ne cesse d’y revenir. Elle y a pourtant traversé le pire, ce qui arrive à toutes ces filles : la drogue, les viols, les grossesses non désirées, la délinquanceEt elle est à nouveau dans le pétrin. Il y a quatre jours, elle s’est fait embarquer pour outrage à agent. Un flic a cassé sa bouteille de vodka, alors elle a pété les plombs, elle lui a dit « nique ta race de keuf ». Il a tout filmé avant de l’embarquer en garde à vue. Elle ne peut pas s’empêcher de rigoler en racontant ça. Quelques nuits plus tôt, le campement situé dans des tunnels sous la gare de Lyon où elle s’était trouvé une place a été évacué. Elle y dormait avec deux autres filles et des dizaines de migrants, des hommes. Depuis, elle s’est trouvé une place dans un squat.

Célia aura 19 ans dans quatre jours, mais, pour elle, l’avenir est devenu un concept flou. « Je ne peux rien prévoir. Je ne sais pas ce qui va se passer tout à l’heure ou ce soir… » Elle sait juste qu’elle ne veut plus dormir dans son squat de Saint-Ouen. La veille, ils étaient quinze à vouloir « la forcer ».

* Le prénom a été modifié.

Zineb Dryef

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

 
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Najat Vallaud-Belkacem : “Les métiers du care ont été totalement absents de la gestion de la crise” (Vidéo)

30 Janvier 2021 , Rédigé par 50/50 Publié dans #Société

Najat Vallaud-Belkacem poursuit son combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Elles est aujourd’hui directrice générale France de l’ONG ONE qui lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables.

Elle a récemment co-écrit avec la philosophe Sandra Laugier La société des vulnérables, leçons féministes d’une crise. Une analyse pointue sur le care avec cette question fondamentale : “Et si le care devenait enfin l’affaire de toutes ?”.

Vous découvrirez ce que les autrices entendent par l’éthique démocratique du care. Pour l’ancienne ministre des Droits des Femmes, les acquis et les droits des femmes sont très friables et peuvent être remis en cause à chaque crise.

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« Le care, c’est prendre les citoyens pour des adultes éclairés porteurs de solutions »

8 Octobre 2020 , Rédigé par Usbek et Rica Publié dans #Société, #Politique

La Société des vulnérables - Tracts - GALLIMARD - Site Gallimard

EXTRAITS

Écrit juste après le confinement, La société des vulnérables, leçons féministes d’une crise (Tracts Gallimard, 2020) tire les premiers enseignements des effets de la pandémie en termes d’inégalités entre femmes et hommes. Ce livre mêle les analyses de la philosophe Sandra Laugier et de Najat Vallaud-Belkacem, aujourd’hui directrice de l’ONG One après avoir été ministre des droits des femmes puis de l’éducation. Cette dernière a accepté de nous rencontrer pour nous expliquer en quoi, selon elle, le care est la meilleure réponse politique à la crise sanitaire que nous traversons et, plus largement, au péril climatique.

Vous avez fini l’écriture de votre livre en juillet 2020. Trois mois plus tard, alors qu’il sort en librairies, la crise sanitaire est toujours là. A-t-on déjà le recul nécessaire pour mesurer un aggravement des inégalités à cause de la pandémie ?

Najat Vallaud-Belkacem
 
Oui, parce que des choses très révélatrices se sont déroulées en accéléré sous nos yeux. En à peine quatre mois, nous sommes passés par toutes les couleurs. Au temps comme suspendu de façon inédite des premiers jours a succédé l’utopie d’un nouveau monde, plus conscient, écologiste et juste. Il y a eu une prise de conscience qu’on vivait dans un monde à la fois d’interdépendances (il fallait nous voir livrés à nous-mêmes tentant d’instruire nos enfants) et de hiérarchie des valeurs totalement inversée, où ceux qui font le plus pour la société (les « premiers de corvée » qu’on voyait soudain et dont on se rendait compte qu’il s’agissait essentiellement, et de façon si évidente, de premières de corvée) sont aussi les moins gratifiés. Un monde dans lequel plus un métier a une valeur sociale, plus il semble voué à une rémunération asociale. Et on a aussi pris conscience que cette anomalie-là, qui en disait long sur nos erreurs en termes de priorités, méritait, sitôt le confinement terminé, d’être renvoyée dans les cachots de l’histoire. 

Hélas, à peine deux mois plus tard, la parenthèse s’est refermée, et c’est cela qui a nourri notre irritation avec Sandra (Laugier, sa co-autrice, ndlr) : il n’en restait rien. Le confinement n’a donné à voir qu’une dégradation des conditions de vie de ces invisibles premier(e)s de corvée. Pire : ces femmes, qui étaient déjà grandement privées de parole, l’ont été encore plus, aussi absurde que cela puisse paraître dans un moment où ce sont elles qui tenaient la société. Les émetteurs de discours, d’expertises, d’énonciation des priorités, de ce qui est juste ou de ce qui ne l’est pas, n’ont pas bougé d’un iota. C’était les mêmes, en encore plus homogène. Or leur accaparement, non seulement du récit mais aussi de la gestion de crise, étouffait toute possibilité d’appréhender cette dernière différemment, et notamment d’y répondre avec ce qu’on appelle l’éthique du care, c’est-à-dire le soin, l’attention aux autres, l’absence de négligence à l’égard des plus faibles, la considération pour la voix et les voix de chacun et la responsabilisation des citoyens face à cette pandémie.

À cela le gouvernement a préféré un discours autoritariste, convoquant la guerre et faisant étrangement l’économie des affects. Moquant ou pointant du doigt les comportements anxieux des citoyens (les achats de précaution par exemple), leur mentant délibérément pour ne pas avoir à justifier ses propres errements (sur les masques notamment), ne reconnaissant jamais le rôle de ces citoyens ou des associations dans la défense de la vie (par l’aide alimentaire improvisée au service des plus démunis dans bien des quartiers populaires, que le discours public se contentait de stigmatiser ; par l’abnégation totale d’employés des EHPAD qui choisissaient délibérément de s’enfermer avec les personnes âgées pour les garder à l’abri, etc.).

(...)

Vous reproduisez la célèbre citation de Simone de Beauvoir pour étayer votre propos sur l’incidence de la crise sur l’effacement des femmes : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Comment expliquer qu’on n’apprenne pas davantage de ce qu’a pu écrire une figure aussi importante ?

Najat Vallaud-Belkacem
 
De manière générale, je crois que le discours féministe bute sur deux choses. D’abord le conservatisme d’acteurs installés qui n’ont aucun intérêt à accepter de lâcher une part du pouvoir qu’ils accaparent. Ce faisant je ne désigne absolument pas tous les hommes : il y a des hommes féministes, et par ailleurs bien des hommes sont précisément eux-mêmes victimes de l’appétit insatiable de certains autres hommes. Ensuite, il y a une forme d’aveuglement devant les inégalités de genre, y compris de la part de femmes, dans nos sociétés pourtant évoluées. Étrangement, lorsque je travaillais chez Ipsos, j’avais noté qu’à la question « Vous considérez-vous comme féministe ? » posée dans une trentaine de pays du monde, il y avait plus de réponses positives chez les femmes indiennes que chez les femmes françaises. C’est ce que l’on nomme le paradoxe de l’égalité : les quelques victoires que nous avons, dans un pays comme le nôtre, remportées sur le front de l’égalité femmes/hommes font qu’un grand nombre de femmes ne se rendent pas compte de ce qui est à l’œuvre et pensent sincèrement être les égales des hommes.

Lorsque j’étais ministre des droits des femmes, je me souviens par exemple de ces jeunes filles, élèves brillantes de grandes écoles, qui avaient jusqu’alors toujours été récompensées justement de leurs efforts et n’avaient pas de raison de croire que cela pourrait changer sur le marché du travail. Fortes de leurs diplômes, des mêmes études que les garçons, elles manifestaient une vraie confiance en l’avenir sur ces sujets et trouvaient le discours féministe un peu ringard ou victimisant. Quatre ou cinq ans plus tard, il fallait les voir et reprendre cette conversation avec elles : cela leur avait suffi pour réaliser le caractère insidieux des promotions qu’on ne vous propose pas, des plafonds de verre persistants, de la difficulté à jongler entre le domestique et le professionnel, etc.

(...)

Propos recueillis par Vincent Edin

L'entretien complet est à lire en cliquant ci-dessous

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A lire... "La Société des vulnérables. Leçons féministes d’une crise" - Najat Vallaud-Belkacem et Sandra Laugier (24 septembre 2020)

14 Septembre 2020 , Rédigé par Gallimard Publié dans #Société

A lire...  "La Société des vulnérables. Leçons féministes d’une crise" - Najat Vallaud-Belkacem et Sandra Laugier (24 septembre 2020)
Najat Vallaud-Belkacem et Sandra Laugier seront les invitées de la Matinale de France Inter le vendredi 18 septembre 2020 à 8h20.
 
«Et si le care devenait, enfin, l’affaire de tous?»

À la racine des inégalités de notre organisation sociale, il y a cette idée qu’une femme, c’est toujours un peu moins légitime, compétent, important qu’un homme. Voilà pourquoi on craint, à chaque soubresaut de l’histoire, que ne se réalise la prédiction de Simone de Beauvoir : «Il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse, pour que les droits des femmes soient remis en question.» De fait, la parole d’expertise et de pouvoir des hommes a repris le dessus durant la crise, alors même que nous redécouvrions que le vaste peuple, aussi indispensable qu’invisible, des travailleurs qui prennent soin des autres était massivement constitué de femmes. De sorte que le combat féministe pour l’égalité peut s’identifier à la défense d’un projet de société qui, au nom de notre vulnérabilité commune, reconnaisse enfin une valeur au travail du soin et à la contribution de chacun plutôt qu’au pouvoir de quelques-uns. Telle est l’éthique démocratique du care.
 
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Pour le droit de vote dès 16 ans ! Pétition...

11 Septembre 2020 , Rédigé par change.org Publié dans #Société

Pour le droit de vote dès 16 ans ! Pétition...

Chères jeunes générations,

Chères concitoyennes et chers concitoyens, 

Nous sommes des parlementaires, élus locaux, acteurs associatifs et militants, chercheurs ou citoyens engagés. Nous vous sollicitons pour co-signer cette pétition afin de convaincre les décideurs d’instaurer le droit de vote dès l’âge de 16 ans lors de l'examen de cette proposition de loi le 8 octobre prochain.

Cette proposition revient périodiquement dans le débat public. Organisations étudiantes et de jeunesse la portent depuis plusieurs années. Pendant la campagne présidentielle de 2017, des candidats de tous bords s'étaient déclarés favorables à l’extension du droit de vote envers les jeunes. A cette occasion, l’Union Nationale Lycéenne avait posé la question à 57 000 lycéens et 2/3 d’entre eux avaient approuvé la mesure. En 2019, en sortie de Grand Débat National, le Président de la République lui-même s’est dit “prêt” à avancer dans ce sens. Plus récemment encore, trois partis allemands ont remis la question à l’ordre du jour outre-Rhin.

Nous pensons que cette mesure s’impose aujourd’hui, plus que jamais. La crise sanitaire que nous vivons appelle des mesures d’urgence. Mais elle implique aussi des transformations profondes, radicales qui auront des incidences pour les prochaines décennies. Tant sur le plan de l’environnement, de l’emploi, de la santé, de la solidarité, que des finances publiques : vous, qui avez entre 16 et 18 ans, avez toute la légitimité pour vous exprimer, dire ce que vous voulez pour l’avenir, décider de celles et de ceux que vous souhaitez voir porter vos aspirations.  N’est-ce pas bien vous que médias, analystes et responsables politiques ont dénommés la “Génération Covid” ? Le “monde d’après” que nous souhaitons bâtir ne peut se faire sans vous alors qu’il sera le vôtre ! 

Accorder le droit de vote à 16 ans, c’est aussi une réponse à la crise démocratique que nous traversons. Election après élection, nous déplorons l’augmentation de l’abstention. Il est de notre responsabilité de redonner envie de voter. Mais la confiance ne se décrète pas, c’est une relation réciproque : avant de la demander, il faut la donner. Nous entendons régulièrement que les jeunes se désintéressent de la politique. C’est faux : ils se mobilisent dans la rue, dans les réseaux sociaux, dans les lycées ; ils se mobilisent pour le climat, pour les droits des femmes, contre les discriminations. Donnons-leur la possibilité de s’exprimer dans les urnes, au sein même des institutions ! Plusieurs études nous montrent que plus les citoyens prennent l’habitude de voter tôt, plus ils votent régulièrement et durablement tout au long de leur vie.

Il est question, enfin, de rééquilibrer droits et devoirs. Les jeunes de 16 ans sont aujourd’hui considérés majeurs juridiquement dans un grand nombre de domaines. A 16 ans, on peut travailler, obtenir son émancipation, créer ou adhérer à une association, conduire, s’immatriculer à la Sécurité Sociale, choisir son médecin traitant… Les jeunes de  16 ans sont aussi, ne l’oublions pas, responsables pénalement. Pour quelle raison ne pourrait-on pas à 16 ans accéder au premier des droits civiques : celui d’élire nos représentants ? Serait-on à 16 ans suffisamment matures pour payer ses impôts, reconnaître un enfant, faire son testament, mais pas pour avoir une pensée politique libre et indépendante ? 

Pour développer pleinement cette pensée libre et indépendante, le droit de vote à 16 ans devra être accompagné d’un renforcement de l’éducation citoyenne au lycée. Nous proposons d’organiser des débats d’idées dans les cours de philosophie ou d’histoire et de refonder les cours d'Enseignement Moral et Civique (EMC). Cette discipline aujourd’hui négligée devrait permettre de donner les bases nécessaires à la compréhension du système politique actuel et aux jeunes de se forger un esprit critique. La "Journée Défense et Citoyenneté́" pourrait également inclure une introduction au fonctionnement de la vie publique. Nous sommes convaincus que l’abstention qui touche aujourd’hui les jeunes est moins le résultat d’un manque d’intérêt que d’un déficit d’initiation à la vie politique et citoyenne. On ne vote pas sans savoir pourquoi on vote.

Plusieurs pays en Europe ont déjà franchi le pas du droit de vote à 16 ans. C’est le cas en Autriche et à Malte. En Allemagne dans certains Lander, en Écosse et en Estonie, celui-ci est ouvert aux élections locales. D’autres pays dans le monde l’autorisent également au niveau national, tels que le Brésil, l’Argentine, le Nicaragua, Cuba ou encore la Slovénie. L’extension du droit de vote aux jeunes serait une nouvelle avancée démocratique. En France, après l’abolition du suffrage censitaire en 1848, le droit de vote des femmes en 1944, l'égalité de suffrage en outre-mer en 1946, le droit de vote à 18 ans en 1974 et la naissance de la citoyenneté européenne en 1992, le droit de vote à 16 ans en 2020 constituerait une nouvelle étape de franchie dans l’histoire de la conquête du suffrage.

Mobilisons-nous dès maintenant pour que l’engagement des 16-18 ans soit pris au sérieux le 8 octobre prochain, lors du débat parlementaire qui aura lieu sur le sujet.

Ensemble, faisons en sorte que, dès les prochaines échéances électorales, la jeunesse de notre pays puisse prendre part aux décisions qui la concernent ! 

#JEVOTEA16ANS

POUR SIGNER, C'EST CI-DESSOUS

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L’antisémitisme, une valeur actuelle. Par Cécile Alduy (Janvier 2020)

29 Août 2020 , Rédigé par Site de Benjamin Stora Publié dans #Société, #Antisémitisme, #Racisme

L’antisémitisme, une valeur actuelle. Par Cécile Alduy (Janvier 2020)

EXTRAIT

Doit-on s’offusquer qu’un journaliste de la droite conservatrice portraiture un intellectuel de gauche en « poussah pontifiant » qui a « fait du gras » depuis ses jeunes années d’étudiant ?

L’article de Bruno Larebière sur l’historien Benjamin Stora, paru dans le numéro spécial d’octobre 2019 de Valeurs actuelles sur la guerre d’Algérie a suscité l’indignation. Plus de quatre cents intellectuels sont signé une pétition contre ce texte jugé antisémite. Pourtant, si l’attaque ad hominem sur le physique de l’historien est abjecte, l’article à charge s’attarde peu sur les origines juives de l’universitaire. On est loin de Céline, ou de Je suis partout. Mais qu’est ce qu’un texte antisémite à l’aube de 2020 ? Décryptage.

Interrogé par nos soins, Larebière confie être « tombé des nues ». : « Je me contrefiche éperdument que Stora soit juif. Se serait-il appelé Kervadec, issu d’une lignée catholique de Concarneau (…) que j’aurais fait, ou pu faire, le même papier ». A première vue, rien dans l’article ne désigne explicitement la judéité de Benjamin Stora à la vindicte : il y est fait deux mentions, dont l’une est une citation de Stora lui-même. Pour le reste, le texte est une biographie acerbe de l’ascension sociale de l’universitaire : jeunesse lambertiste, consécration comme conseiller des princes et des médias. Mais la clé de la lecture de ce récit est dans le prélude, un double portrait physique de Stora jeune et « émacié » d’abord, puis corpulent aujourd’hui : « L ‘homme n’a pas seulement fait du gras, il a enflé (…) Gonflé, au risque d’exploser de cette mauvaise graisse ayant prospéré à proportion de la vanité qui n’a cessé de croitre en lui à mesure que s’élevait son statut social ».

Les images ont une idéologie.

Pourquoi donc parler du corps d’un intellectuel ? Que l’article passe entièrement sous silence l’apport scientifique de l’universitaire met la puce à l’oreille : ce n’est pas une vie réelle qui est contée, mais une fable. Comme Giton, le « riche » de La Bruyère, Stora prend trop de place, littéralement et socialement. La masse de ses travaux (52 livres) au lieu d’être à son crédit témoigne de son « poids » médiatique excessif. Si le corps de l’universitaire est une métaphore, sa vie est une parabole en filigrane de l’hégémonie culturelle grandissante de la gauche sur l’histoire de la colonisation et de l’essor de l’immigration (« massive » pour l’extrême-droite) qu’elle favorise.

On est loin de l’iconographie du Juif Süss, mais c’est le même procédé narratif de la parabole à valeur d’avertissement, ici par allusion. Stora a gagné la confiance des puissants (à force d’une ruse particulièrement perverse : la compétence !), il avait un agenda caché (l’immigration), résultat (que le lecteur de Valeurs actuelles n’aura aucun mal à déduire) : la France est menacée d’invasion, et « d’explosion ».

(...)

Cécile Alduy, Professeur à Stanford University, chercheuse associée à Sciences Po. Cécile Alduy a publié Ce qu’ils disent vraiment. Les Politiques pris aux mots (Seuil, 2017).

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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Thomas Chatterton Williams : « Un espace public corseté par la “cancel culture” ne sert pas les intérêts des minorités »

26 Juillet 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Société

Thomas Chatterton Williams : « Un espace public corseté par la “cancel culture” ne sert pas les intérêts des minorités »

EXTRAITS

L’écrivain américain est l’un des instigateurs de la tribune signée par 150 intellectuels et artistes contre l’intolérance de la nouvelle gauche antiraciste à l’encontre des points de vue dissonants. Dans un entretien au « Monde », il analyse les débats qu’elle suscite.

Entretien. Thomas Chatterton Williams est un essayiste et journaliste américain. Il est l’un des cinq intellectuels américains à l’origine de la récente tribune contre la cancel culture, parue dans Le Monde (daté 9 juillet), Harper’s Magazine et bien d’autres publications à travers la planète. Plus de 150 journalistes, écrivains et artistes, dont Mark Lilla, Margaret Atwood, Wynton Marsalis, ont soutenu ce texte dénonçant la tendance qui existerait au sein de la nouvelle gauche antiraciste à vouloir faire taire toute voix jugée non conforme.

Thomas Chatterton Williams collabore notamment avec Harper’s, The New York Times. Il a publié dans The New Yorker une enquête sur l’influence des penseurs d’extrême droite français aux Etats-Unis. Après Une soudaine liberté (Grasset, 2019), il devrait faire paraître, l’hiver prochain, Autoportrait en noir et blanc, aussi chez Grasset.

Qu’est-ce que la « cancel culture » ?

C’est un phénomène, qui, sans être nouveau, a peu à peu pris de l’ampleur. Ce mouvement prend la forme d’attaques coordonnées, généralement lancées en ligne, contre quelqu’un afin de ruiner sa réputation et de lui faire perdre son emploi.

Ses détracteurs se mobilisent, car ils estiment que cette personne a tenu des propos ou s’est comportée d’une manière jugée infamante. Très souvent, le geste condamné ne porte pas atteinte à une norme établie, mais à de nouvelles normes défendues par des milieux très mobilisés, souvent pour des causes justes, comme la lutte contre le racisme.

La « cancel culture » ne se limite donc pas à l’insulte ou à une prise à partie, elle cherche à vous atteindre plus personnellement. Un climat de peur, contraire à la liberté d’expression, s’installe de ce fait, et les rapports sociaux deviennent plus brutaux.

(...)

Les réseaux sociaux, tout particulièrement Twitter, jouent un rôle important dans la diffusion de la « cancel culture ». Pourquoi ?

Très souvent, c’est en effet sur les réseaux sociaux que des campagnes s’organisent contre quelqu’un. La foule se mobilise sur Twitter et l’indignation monte. L’employeur de cette personne est alors interpellé, jusqu’au moment où une procédure d’enquête ou de licenciement est engagée contre elle. Mais la perte de son emploi ne suffit pas, il faut en plus stigmatiser cette personne, le pardon n’est pas possible.

Twitter joue un autre rôle, c’est aussi le lieu où se diffusent ces nouvelles normes, notamment au sein de la profession journalistique qui l’emploie massivement aux Etats-Unis. De sorte que les journalistes fréquentent en ligne des réseaux informels où l’on s’entre-surveille et où il est important de se conformer à la nouvelle orthodoxie, même si l’opinion publique américaine ne partage pas ces nouvelles valeurs.

Si bien que, dans les rédactions américaines, une forme d’autocensure s’installe et les relations de travail se tendent. La chroniqueuse du New York Times Bari Weiss a récemment annoncé son départ de ce prestigieux quotidien en expliquant qu’elle ne supportait plus « l’intimidation » qu’elle disait subir parce que certains de ses collègues n’acceptaient pas ses points de vue.

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Propos recueillis par Marc-Olivier Behrer

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Appel signé par 40 personnalités pour demander de véritables droits pour les moins de 25 ans...

9 Juillet 2020 , Rédigé par La Croix Publié dans #Société, #Jeunesse

Appel signé par 40 personnalités pour demander de véritables droits pour les moins de 25 ans...

La crise sanitaire a rendu particulièrement visible l’ampleur de la pauvreté des jeunes, qui touche en France plus d'un jeune sur cinq. La crise sociale qui s'annonce, avec la contraction de l'emploi, de l'intérim, des petits boulots, va accroître encore ces situations de pauvreté, en creusant inévitablement les inégalités d’accès à l’emploi. Ce sont des centaines de milliers de jeunes, diplômés ou pas ou peu qualifiés, qui, ne pouvant s'appuyer sur le soutien familial, vont se trouver sans ressources et sans filet de sécurité.

→ TRIBUNE. Pour ne pas laisser les jeunes vulnérables sombrer

La société solidaire qu'appelle de ses vœux le président de la République ne peut laisser ainsi une part importante de ses jeunes sur le bord de la route. Il en va de notre responsabilité collective. Il nous faut aujourd'hui tirer les leçons de trente ans de politiques de lutte contre la pauvreté des jeunes, partielles et segmentées, qui mettent des jeunes dans des cases, et définir enfin, pour tous, un droit à l'insertion, c'est-à-dire un droit à un accompagnement de qualité couplé à la garantie d'un revenu décent.

→ ANALYSE. Les diplômes du supérieur, solide tremplin vers l’emploi

Tout citoyen de 18 à 25 ans doit pouvoir, s'il le souhaite, être accompagné dans son parcours. Nous mesurons l'ampleur d'une telle ambition. Elle impose de mobiliser tous les acteurs qui accompagnent aujourd'hui les jeunes dans le cadre de politiques sectorielles (acteurs de l’insertion sociale et professionnelle, acteurs de l'hébergement, structures de l'insertion par l'activité économique, acteurs du handicap...) et de leur donner les moyens d'amplifier leurs efforts. A la diversité des situations doit en effet répondre une pluralité d’acteurs et de modalités d'action, pour garantir à la fois la qualité de l’accueil et l’adaptation aux profils et aux besoins des jeunes.

L’épidémie mine l’insertion des jeunes

Tous les jeunes en difficulté d’insertion pourront faire valoir ce droit à l'accompagnement, à commencer bien sûr par les plus exclus, dans une démarche active pour les repérer et les mobiliser, avec une attention particulière pour les jeunes en errance, les jeunes en situation de handicap, les jeunes sortant de l'aide sociale à l'enfance ou encore les jeunes des zones urbaines sensibles et des zones rurales isolées. Plus que jamais, le non-recours serait un aveu d'échec.

A ce droit à l'accompagnement doit répondre un droit à une allocation équivalente au montant du RSA, sous condition de ressources. Tout citoyen de 18 à 25 ans, s'il répond aux critères de ressources et s'il a fait valoir son droit à l'accompagnement, aura droit à cette allocation. Il est temps de mettre fin à cette discrimination qui exclut les moins de 25 ans du droit inscrit dans le préambule de la constitution du 27 octobre 1946, pour toutes les personnes en difficulté d’accès à l'emploi, d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.

→ DÉBAT. Emploi des jeunes : faut-il ouvrir le RSA aux moins de 25 ans

Il convient enfin de promettre à ces jeunes qu’ils ne seront jamais abandonnés sans solution. Le droit à l'accompagnement, comme le droit au soutien monétaire de la collectivité, doit donc s'exercer sans limite de durée, jusqu'à ce que les jeunes accompagnés soient autonomes.

La crise sociale qui s'installe et qui va toucher particulièrement les jeunes rend nécessaire une réponse forte de la Nation. Au-delà de leur coût et des effets d'aubaine qu’elles offrent aux employeurs, les recettes classiques qui, pour favoriser l'emploi des jeunes, passent par l'abaissement du coût du travail, ne traitent qu'une partie du problème, faute d’accompagnement pour les personnes qui ont besoin de temps et de soutien pour tracer leur chemin. Il faut aller plus loin et reconnaître enfin les devoirs de la société envers les jeunes les moins favorisés, en faisant progresser leurs droits. C'est à ce prix qu'on leur construira un avenir : le nôtre.

Vous trouverez la liste complète des signataires en cliquant sur ce lien

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