Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

societe

Sondages d'opinion : les autres influenceurs - France Culture/Vidéo

14 Octobre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Société, #Politique

Le début de la campagne présidentielle, marqué en premier lieu par le phénomène médiatique Eric Zemmour, ne peut pas non plus être dissocié d’une véritable frénésie sondagière : chaque jour ou presque, au cours des dernières semaines, un nouveau sondage retentissant annonçait une nouvelle percée du probable candidat d’extrême-droite, tout en prophétisant l’"effondrement" du Rassemblement national, d’Anne Hidalgo ou de Jean-Luc Mélenchon – c’est selon. On sait pourtant qu’il a été très rare, depuis les débuts de la Ve République, de voir des sondages organisés si tôt en amont du vote, donner un résultat conforme à celui des élections effectives.

À quoi servent alors les sondages et quelles sont les méthodes qui peuvent permettre de réduire leurs marges d’erreur ? En marquant les esprits de chiffres très aléatoires, ne risquent-ils pas d’influencer l’opinion publique et en ce sens, de constituer un véritable danger pour la démocratie ?

Nous en parlons ce matin en compagnie de Martial Foucault, directeur du CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po), professeur de sciences politiques à Sciences Po Paris et spécialiste des questions de comportement électoral et d’économie politique, il a récemment cosigné "Les Origines du populisme" (Seuil, 2019). Il est rejoint en deuxième partie par Frédéric Dabi, analyste politique et directeur général de l’Institut français d’opinion publique (IFOP), récemment auteur de "La Fracture. Comment la jeunesse d’aujourd’hui fait sécession" (Les Arènes, 2021).

L'invité des Matins de France Culture. Comprendre le monde c'est déjà le transformer(07h40 - 08h00 - 12 Octobre 2021)

Retrouvez tous les invités de Guillaume Erner sur www.franceculture.fr

France Culture

Lire la suite

A lire... "La conversation des sexes - Philosophie du consentement" - Manon Garcia

10 Octobre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Société, #Femme

A lire... "La conversation des sexes - Philosophie du consentement" - Manon Garcia

Pour en lire un extrait, cliquer ci-dessous

Lire la suite

A lire... "Comprenne qui voudra" - Pascale Robert-Diard et Joseph Beauregard

22 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Littérature, #Histoire, #Société

Dans «Comprenne qui voudra», la journaliste Pascale Robert-Diard et le documentariste Joseph Beauregard retracent la passion interdite entre une professeure et son élève sur laquelle même Pompidou s’est exprimé.

Mai 68. La vague de contestation parisienne arrive à Marseille. Gabrielle Russier tombe amoureuse de Christian Rossi. Sur le parvis du lycée Nord, ils profitent de la bulle de liberté qu’offrent les effervescences historiques pour partager leur amour. Mais alors que le proviseur met fin à «la chienlit» après la dissolution de l’Assemblée nationale par le général de Gaulle, les mœurs de l’époque reprennent leurs droits et font vivre un enfer aux deux amants. Car «l’amoureuse de mai» est divorcée, mère de deux enfants et professeure de français. Et son «métèque» comme elle le surnomme à cause de sa barbe noire et ses cheveux longs, il est son élève de seconde. Gabrielle à 32 ans, Christian en a 16.

«Est-ce le nouveau roman de Christiane Rochefort, la version hollywoodienne de Phèdre ou de Chatterton ? Non. C’est simplement une histoire vraie.», écrit Jean-Marie Rouart dans un billet publié en une du Figaro le 17 juillet 1968. L’histoire envahie «les colonnes des journaux et les ondes des radios» dans cette France déchirée par les récents événements. Gabrielle est jugée après la plainte des parents de Christian pour «enlèvement et détournement de mineur». Elle est condamnée à douze mois d’emprisonnement mais continue d’être persécutée par «les représentants de la société» qui font appel du jugement. Fatiguée, sans espoir et passée par un centre psychothérapeutique, elle finit par se suicider le 1er septembre 1969 en avalant le contenu d’une boîte de médicaments avant de s’asphyxier au gaz dans sa chambre. «La vie ne sait pas terminer les histoires en beauté».

Documents inédits

Après avoir écrit six récits sur le sujet pour le Monde en juillet 2020, la journaliste Pascale Robert-Diard et Joseph Beauregard, documentariste, rassemblent cette série sous forme de récit littéraire. Ils retracent le parcours de cette «passion hors la loi» dans cette France où même les intellectuels de gauche qui se disent ouverts comme les parents de Christian, estiment que «la révolution sexuelle s’arrête à la porte du domicile familiale». A l’aide de documents inédits (dont un album d’images), on replonge avec émotion et consternation au cœur de ce scandale dont le président Pompidou dira en utilisant les mots d’Eluard : «Comprenne qui voudra…».

Comme l’a si bien résumé l’écrivain Raymond Jean, Gabrielle était «une femme amoureuse de 32 ans, qui avait voulu croire que 1968 était la “première année du monde” mais qui ne fut que “l’enfant prématurée” de son mois de mai». Elle avait l’amour de la littérature et l’a transmis à ses élèves. Ils ont imaginé «la classe idéale» et ont passé des heures à parler de cinéma, de livres et de musique. Elle a créé une bibliothèque «rien que pour eux», leur a donné des surnoms littéraires et fait découvrir les joies du ski. Mais Gabrielle était amoureuse de Christian qui était amoureux de Gabrielle. Et pour cela, la société les a condamnés.

Richard Godin

Pascale Robert-Diard et Joseph Beauregard, Comprenne qui voudra, L’Iconoclaste et Le Monde, 180pp., 19€.

"Maintenant que le meurtre rituel est accompli, cette affreuse affaire va devenir un beau drame humain, lourd des tristesses de la destinée. Et demain, aujourd'hui peut-être, laissant le dénouement à la littérature, l'appareil judiciaire va reprendre imperturbablement son aveugle besogne, avec le concours de son bourreau borgne, l'opinion publique. "

Robert Escarpit - Le Monde  (Cité par les auteurs)

Lire la suite

A mes élèves homosexuels, trans, bi...

17 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Société

A mes élèves homosexuels, trans, bi...

A mes élèves homosexuels, trans, bi...

C'est aux adolescents, nos élèves, auxquels je pense en écrivant ces lignes. Aux adolescents, filles et garçons, qui sentent confusément ou de manière absolument certaine qu'ils sont et seront homosexuels.

A quoi pouvaient penser ces jeunes filles et garçons en voyant et en écoutant, il y a quelques mois, quelques années, des milliers de Français, avec, parmi eux peut-être, des parents qui ignorent tout de la sexualité de leurs propres enfants, défiler en hurlant leur opposition, pour beaucoup leur haine, au mariage pour tous, mais d'abord à l'homosexualité, cette "déviance", cette "inversion", cette "atteinte intolérable à l'ordre naturel de l'humanité"  ? N'étaient-ils pas, ces jeunes homosexuels, en droit d'avoir peur, tout simplement peur, face à ce déferlement d'intolérance  ?

J'ai eu, j'ai et j'aurai des élèves homosexuels, trans, bi...

Devenu athée mais d'éducation traditionnellement catholique, baptisé, communié et confirmé, je peux concevoir les interrogations, les doutes, les interpellations de conscience. Je ne peux, en revanche, accepter les appels à l'ostracisation, à la stigmatisation, au rejet, à l'isolement, à l'enfermement, à la violence jusqu'au meurtre dans des caricatures abominables amenant certains à comparer les homosexuels à des singes. A des singes!

Alors, pour mes élèves homosexuels, avec tant d'autres je me suis battu à ma manière afin que leur droit à l'égalité de choix - celui de se marier ou pas, celui d'adopter ou pas - leur soit reconnu comme il l'est déjà dans de nombreux pays très catholiques comme l'Espagne et le Portugal.

Je pense à ces centaines, peut-être ces milliers de filles et garçons moqués, insultés, traités de PD, de tapettes, de fiottes, de gouines, de goudous, de lopettes, d'invertis, de tarlouzes. Le corpus dans ce domaine est d'une "richesse" infinie. Au XXIème siècle le triangle rose a disparu. Les mots sont restés. La honte aussi.

Pour mes élèves homosexuels, trans, bi, je me battrai - car les haines n'ont pas disparu; les agressions violentes en témoignent encore -  afin que soit effacée cette honte qui n'a pas lieu d'être. Je me battrai au nom de traditions familiales chrétiennes -  mais oui  - qui m'ont permis d'être d'abord à l'écoute, d'être d'abord dans le partage, d'être d'abord dans l'amour des autres et du prochain, quelle que soit son orientation sexuelle.

Pour mes élèves homosexuels, trans, bi, je défendrai et appelle à défendre la dignité à laquelle ils ont droit.

Pour tous mes élèves enfin, je me battrai pour construire une société civile tendant le plus possible vers l'égalité et vers la compréhension des uns entre les autres, hétérosexuels, homosexuels, trans et bi dont le point commun est d'AIMER...

Christophe Chartreux

Lire la suite

François Cusset : «Pour comprendre que le monde était malade, il a fallu qu’un virus nous rende, nous, malades»

14 Mai 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Société

Le génie du confinement - broché - François Cusset - Achat Livre ou ebook |  fnac

EXTRAITS

Même si ce qui s’est joué en nous lors du tout premier confinement s’efface petit à petit des mémoires, il reste encore la sensation très étrange d’un impossible qui se concrétise contre toute attente. Pour saisir la bizarrerie et la radicalité de ce moment si particulier, l’historien des idées a choisi la littérature plutôt que l’essai sociétal.

(...)

En quoi le premier confinement est-il un événement majeur ? Vous le comparez, dans une certaine mesure, à une guerre…

Il faut d’abord rappeler la différence absolue entre l’expérience de ce premier confinement et ceux qui ont suivi, tout cet après effrayant et plus familier qui, lui, est d’une autre nature – et qui exige une mobilisation collective, une résistance politique, un combat. Dans le premier, non. C’était trop tôt. On ne peut pas combattre au moment où on est terrassé, sidéré, réduit à l’inertie des corps. Et puis, il y a ce concept d’événement. Un événement, ce n’est pas seulement un tsunami ou une bombe atomique. C’est ce qui marque un avant et un après en déplaçant les façons de percevoir et de penser. De ce point de vue, les perceptions qui ont été les nôtres au printemps 2020, leur nouveauté radicale, leur étrangeté mondialement partagée, sont la marque d’un événement majeur, d’une rupture décisive, à la façon d’une guerre, oui. Sauf que ça en a pris la forme inverse, sans les bruits de bottes, sans les bombes, avec un ennemi invisible, un peu abstrait. L’événement est à bas bruit, et on ne fait rien. On s’ennuie, on s’engueule, on s’inquiète pour ses revenus en chute libre depuis le canapé de son salon.

(...)

Quel rôle ont joué les technologies ?

Le pire de cette crise sanitaire, c’est ce qui ne partira pas une fois que la marée de la maladie se retirera, si elle se retire un jour : c’est d’abord la place nouvelle et soudaine prise par les géants du numérique et leurs écrans au cœur de nos vies. Ils ont gagné vingt ans en deux mois sur tous leurs plans de développement. Ce qui s’est mis en place de sinistre au printemps dernier va durer dans tous les domaines. Dans l’enseignement, on nous parle de possible hybridation entre présentiel et cours en visio. Quelle infamie ! Le télétravail, qu’on nous présente comme émancipateur, va devenir la forme suprême de la précarisation et du contrôle, de la déliaison sociale et professionnelle. On va passer du salariat au télétravail contractuel intermittent. Mais au-delà, je pense que le confinement, avant d’être ce qui nous a été imposé en réaction à la circulation d’un virus mortel, c’est ce qui était déjà là, et qui a rendu possible cette réclusion sanitaire : le numérique et la vie sur écran. Si on ne pouvait pas vivre et travailler sur écran, baiser et s’informer sur écran, s’éduquer sur écran, on ne tiendrait pas chez soi. Sans écran, on sortirait, on ne se laisserait pas enfermer. L’écran permet le confinement. L’écran est le confinement.

Selon vous, ce premier confinement a révélé l’anormalité du monde d’avant…

Il faut se rappeler comment fonctionne la normalisation. La norme, c’est en général la normalisation de l’anormal, la banalisation de l’insoutenable, c’est-à-dire d’un rapport de pouvoir, d’une violence exercée, d’un déséquilibre, qui prennent la forme admise de la normalité, de l’équilibre, de la nature. C’est ce que nous disent les néolibéraux depuis trente ans : que l’économie est naturelle, inéluctable, comme la météo… Pour que la pathologie de ce faux normal apparaisse, il faut qu’un soudain anormal vienne la révéler. Pour comprendre que le monde était malade, il a fallu un virus qui nous rende, nous, malades. Ce qu’on a tous compris, c’est que nos façons de vivre qui nous paraissaient normales l’étaient si peu, c’est que les épuisements et les fatigues qui nous essoraient n’avaient rien de fatidique, c’est que les embouteillages sans fin et la surconsommation apocalyptique, on pouvait très bien vivre sans.

Pourquoi ne parle-t-on alors aujourd’hui que du désir d’un retour à une «vie normale» ?

On le dit trop vite. Parce que la nouveauté fatigue autant que le mensonge de la norme. Epuisés par cet état d’exception sans fin, nous rêvons de retour à l’ordinaire. Sauf que cet ordinaire ne l’était pas – c’est ce qu’on a enfin compris. Qui, en fait, désire vraiment revenir à cette frénésie de surtravail et de suraliénation, de performance et de burn-out ? Revenir à la consommation infinie et à la saturation du désir, qui mettaient dans le rouge les libidos comme les comptes en banque ? On a même entrevu, sans être un décroissant ni un survivaliste, ce qu’il y avait d’étrange dans le fait de prendre l’avion pour aller faire du tourisme bien-pensant dans une contrée lointaine, de bizarre dans le fait d’aller au bureau se faire agonir par un patron forcené, ces choses folles devenues à ce point ordinaires qu’au bout du confinement, lessivés, nostalgiques, certains rêvent d’y revenir… Leur arrêt, leur suspension, a fait voir enfin qu’elles n’avaient rien d’ordinaire. Attention, ça ne va pas suffire pour faire de nous des révolutionnaires, mais on ne va pas y retourner aussi spontanément, aussi docilement – en tout cas pas tous –, que les pouvoirs l’aimeraient. Je ne suis pas si sûr que les gens vont repartir vers l’ordinaire comme des moutons, ou comme les condamnés vont à l’échafaud, en baissant la tête.

(...)

Propos recueillis par Erwan Cario

Entretien complet à lire en cliquant ci-dessous

Lire la suite

A lire... "404" de Sabri Louatah - "La déchiqueteuse à démocratie est en route" - Najat Vallaud-Belkacem

14 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Société

404

Coédition Flammarion / Versilio

«"Rentre dans ton pays. Entendre ça alors que ça fait soixante-dix ans qu’on vit en France ! Mon petit Rayanne c’est la quatrième génération, il va falloir combien de générations pour que vous nous foutiez la paix ? Combien ? ", s’emporte un des personnages de mon roman.

Avec 404, j’ai voulu regarder la brèche, sans ciller, et raconter cette tragédie française de la partition et de la séparation ethnique à travers le destin d’une poignée de personnages réunis dans une petite commune de l’Allier. Pile au centre de la France et de toutes les tensions qui la traversent… »

Sabri Louatah signe un puissant thriller politique et rural. En explorant ce que l’on décide collectivement de ne pas voir, il raconte un pays qui se creuse dans le pays et ajoute à notre roman national un chapitre plein de bruit et de fureur.

 Hors collection - Littérature française Paru le 29/01/2020
               _________________________

EXTRAIT


Depuis qu’elle a quitté le pays, il lui écrit sur sa vieille adresse wanadoo.fr, tous les quatre mois, environ, pour lui donner des nouvelles et pour en prendre. Allia répond quelques jours plus tard, un e-mail de trois courts paragraphes séparés par un double interligne pour plus de lisibilité. Elle parle de la Californie, du dernier roman qu’elle a lu, de son père resté en France et qui lui manque. Chaque fois, il ne tient que quelques heures avant de répondre à la réponse, et chaque fois elle en reste là, ayant tout dit dans son premier message.

Attendre en vain le remplit d’amertume, il se jure de ne pas lui écrire la prochaine fois, de la laisser faire le premier pas, et au bout de quelques mois il recommence, prenant prétexte d’une phrase lue dans un livre, d’un dialogue entendu dans un film. Tout ce qui le touche et l’intéresse le ramène à Allia, c’est plus fort que lui, c’est en tout cas ce qu’il se raconte, ce qu’il a fini par croire.

Ils se sont rencontrés en hypokhâgne il y a vingt-deux ans. Ali et Allia, les deux Algériens de la classe. Ils ont pris des chemins diamétralement opposés dans la vie : Allia a bifurqué et fait Polytechnique tandis qu’Ali ratait Normale Sup et devenait cuisinier, il ne lui a jamais dit pourquoi il avait choisi la cuisine, il ne le lui dira jamais parce que c’est à cause d’elle, d’une phrase qu’elle a lâchée un jour, comme quoi elle pourrait avoir un orgasme si un homme lui faisait bien à manger, il rougit jusqu’aux orteils quand il y pense.
Lire la suite

Blanche-Neige 2021 : «Embrasse-moi idiot !»

13 Mai 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Société

Prise de parole d’une starlette de conte de fées qui réclame qu’on fiche la paix à ses envies, à l’heure où la bienséance rééducatrice s’offusque du baiser volé du prince charmant.

Allez, embrasse-moi idiot que je puisse sauter au cou de n’importe qui me plaira et passera par là (1) ! Réveille-moi de ce lourd sommeil où je croupis depuis que ma marâtre m’a prise au piège de la pomme d’amour. Dépêche-toi, je n’en peux plus d’étouffer mes désirs et de les réduire en marmelade.

Tu as l’air charmant et bon prince, tant mieux ! Mais le bécot baveux de n’importe quel crapaud avantageux aurait fait l’affaire. Cela aurait pu être celui du chasseur qui m’a épargnée, désobéissant aux ordres de ma tourmenteuse, lui ramenant le cœur et autres abats d’une bête de substitution. De ces matières sanguinolentes, la vieille peau a botoxé sa beauté occultée, histoire de conjurer sa frayeur de disparaître du parc aux cerfs. Cette libération initiale aurait pu aussi revenir à l’un des Sept Nains si ces petits êtres exquis n’étaient les dignes représentants de l’infantilisation actuelle du masculin. Mais tu ne sauras rien des privautés inoffensives auxquelles nous nous sommes livrés en bande organisée. Mes préférences du moment étant assez fluides, la tâche aurait pu également échoir à Peau d’Ane, à Cendrillon ou au Petit Chaperon rouge, lutineuse assez allumeuse qui n’a vraiment pas peur du loup.

Embrasse-moi, corniaud. N’écoute pas celles et ceux qui dénoncent un baiser que tu me volerais. Comment veux-tu que je signe en trois exemplaires une décharge devant notaire alors que je roupille en égérie dévitalisée ? Je suis majeure, même si pas encore vaccinée. Extrêmement consentante, j’aspire à une sexualité adulte que j’entends bien aduler. Embrasse-moi, et tu verras comme je ferai des chiffons de papier des codes de bonne conduite dispensés par des rééducatrices qui se la racontent sorcières quand ce ne sont que des duègnes qui finiront douairières.

Je fatigue de ces bons apôtres et de ces belles âmes qui se disputent mon corps sous blister quand je voudrais déchirer cette pellicule ridicule. Ils me gonflent, autant qu’enflent les manches ballons de mes robes. Ils serrent les lacets de mon corset et émiettent les biscuits de leurs prescriptions pour attirer les colombes nunuches qui volettent alentour et éviter que le petit oiseau sorte du puits de ma mélancolie. Les «wokes» et les tradis, qui sont les deux faces d’une même médaille, jouent cette fois à front renversé.

Les premiers m’enchâssent dans une pureté intouchable. Faible femme, je serais une petite chose sacrée, une merveille éternelle, une dolente peu ardente qu’il faudrait préserver de la souillure des libidos forcément violeuses de ces rustauds de mâles à réformer. Dès que tu m’auras embrassée et que j’aurai retrouvé la parole, je vais leur faire voir de quel bois je me chauffe. Je n’en peux plus de ces apeurés et de ces offensées qui dramatisent le plaisir et judiciarisent des émois qui ne sont qu’à moi. Ils m’appartiennent en propre, et même assez salement si j’en décide. Moi aussi, je veux croquer la pomme avec des brigands heureux, des sacripants fameux, des forbans foireux. Moi aussi, en Eve serpentine, je veux cracher les pépins et pépier à l’infini sur Tinder. Moi aussi, je veux comprendre pourquoi les images de tueries et de massacres à la tronçonneuse passent sur les écrans comme lettres à la poste quand on s’affole de ton bisou mou, aussi crémeux qu’un chou de sentimentalité faisandée.

Les tradis sont plus ambivalents. Ils se désolent à grand fracas de cette «annulation» qui rôde et menace ma résurrection. Mais je ne sais trop s’ils réclament que je serine en boucle «Un jour, mon prince viendra» et entendent me confire dans la bonbonnière conjugale telle une bobonne qui finira matrone. Ou s’ils sont prêts à accepter que j’aille voir ailleurs en papillon paritaire et que je me découvre chopeuse si ça me chauffe et si ça me chaut ?

En tout cas, je suis ravie qu’on se dispute à mon chevet. Etre l’objet d’une polémique, aussi artificielle soit-elle, lustre mon ego terni par les ans. Je commençais à m’ennuyer de n’être qu’une star déclassée d’un dessin animé décavé. Je ronflotais, allongée sur le divan défraîchi des psychanalystes, qui ont beaucoup aimé se pencher sur mon cas. On me croyait naïve assez rétive, coquette assez simplette, gourde assez dinde. Eh bien, voyez comme ça me ragaillardit de faire équipe avec les modèles affranchis et réprouvés de Gauguin, de Schiele ou de Balthus !

Surtout, je me rengorge d’en remontrer à la Reine des neiges. Cette petite pouffe ramenarde était en train de ruiner ma renommée, comme j’en ai privé ma belle-mère. D’accord, d’accord, je suis un mythe que chaque génération peut s’approprier à sa guise. Mais il serait assez farce, qu’à vouloir me libérer, on m’encage, et qu’à vouloir me délivrer, on m’enferme dans une prison de bons sentiments.

Alors, s’il te plaît mon prince gaufré et chocolaté, embrasse-moi rapido que je puisse enfin embraser ma folle vie !

Luc Le Vaillant

(1) Dessin de Coco dans Libération (6 mai).

Lire la suite

L'histoire d'un ascenseur tombé en panne...

8 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Société, #Politique, #économie

L'ascenseur social toujours en panne ! - Dal 77 - Droit au Logement

La France a connu, pendant les Trente Glorieuses, une mobilité sociale forte et très ascendante. Les trajectoires descendantes restent moins nombreuses aujourd’hui, mais elles se multiplient, notamment pour certaines catégories de population. Qui sont les laissés-pour-compte de l'ascenseur social ?

Alors que la Chine affiche un taux de croissance de 18,4% au premier trimestre 2021, l’Union Européenne est à la traîne avec son 0,4% de récession. La France, elle, affiche 0,4% de croissance. Et cette atonie de la croissance dans les économies en développement, accentuée par la crise actuelle, n’est pas nouvelle : depuis 2001, la France n’a pas dépassé les 3% de croissance annuelle. Les possibilités d’enrichissement individuel et de mobilité sociale se sont taries avec la croissance dans les économies développées depuis les années 1990.

Il semble que, depuis les années 1990, il y ait plutôt une peur du déclassement, qui doit tout de même être prise avec beaucoup de sérieux parce qu'elle ne veut pas dire qu'il n'y a pas de réalité. Mais c'est plutôt un sentiment que la vie est plus dure pour ces générations que pour les générations précédentes. Il y a tout de même une précarisation de l'emploi, qui était moins forte pendant l'âge d'or des Trente Glorieuses. - Hélène Périvier

Pourtant, depuis la construction des tables de mobilité par l’INSEE en 1953, la mobilité sociale a augmenté en France, et elle a été plus souvent ascendante que descendante. Le taux d’immobilité sociale a presque été divisé par deux en cinquante ans : en 2012, 36 % des fils avaient un statut socioprofessionnel similaire à celui de leur père, contre près de 70 % en 1953. Pendant longtemps, cependant, ces changements de catégories socioprofessionnelles entre père et fils ont été majoritairement dus à des modifications structurelles du marché du travail.

C'est important de raisonner sur l'ensemble de la distribution. On a mis l'accent, à raison, sur la croissance de l'écart entre les 1% et les 99% restants, mais quand on regarde l'ensemble de la distribution des revenus, on n'arrive pas à des conclusions du même type : l'indice de Gini, qui mesure l'inégalité de revenu, est resté relativement stable pendant longtemps en France. - Louis-André Vallet

Depuis les années 1990, le marché du travail subit des transformations moins fortes et la mobilité sociale est moins dynamique, en France comme dans le reste des pays développés. Le chômage est devenu un phénomène de masse, la croissance est presque atone, et l’emploi s’est précarisé : face à ces phénomènes, est-il possible de renouer avec l’enrichissement continu des Trente Glorieuses ? Ne doit-on pas modifier les outils avec lesquels on mesure la mobilité sociale depuis maintenant presque 70 ans alors que la société s’est tant transformée ?

Pour en parler, nous avons fait appel à Louis-André Vallet, sociologue et directeur de recherches au CNRS et à Hélène Périvier, économiste à l’OFCE Sciences Po, directrice du programme PRESAGE (Programme de Recherche et d’Enseignement des Savoirs sur le Genre).

Lire la suite

Drogue, prostitution, délinquance… Les enfants perdus de Barbès

5 Mars 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Société, #Sociologie, #Jeunesse

Sécurité : Barbès au bord de l'explosion - Action Barbès

EXTRAITS

Ils sont quelques dizaines d’adolescents à errer depuis 2016 dans les rues de ce quartier parisien, partageant un quotidien fait de violences. Dans ce groupe composé surtout de jeunes migrants isolés, quelques filles en rupture familiale, plus vulnérables encore, survivent sans rien attendre du lendemain.

Hana* marche d’un pas assuré rue de la Goutte-d’Or, même quand elle tangue. Ce soir de décembre, à Barbès, dans ce quartier populaire du 18e arron­dissement de Paris, tout le monde la salue – commerçants, policiers, passants… Ils le font plus ou moins gentiment. A ceux qui crachent « pute » à son passage, elle adresse un doigt d’honneur et un regard plein de colère. Même geste envers le groupe qui la traite de « Pokémon » – elle est toute petite.

Hana est drôle et entraînante. Elle a de grands yeux verts, des joues rebondies couvertes de taches de rousseur et la peau encore veloutée de l’enfance. Elle porte une grande balafre sur la joue. Un coup de couteau donné par un garçon dans un squat. « C’est pas tout », rigole-t-elle en retirant son écharpe : elle dévoile deux entailles profondes au niveau du cou, tout juste suturées.

Son objectif du moment : rejoindre la laverie plus bas, celle dont les tambours sont d’un jaune un peu décati et où la chaleur humide est agréable. Trois copains sont déjà là, ils se tombent dans les bras. Hana veut qu’on lui roule un joint. Un garçon s’exécute. Il a la coupe de cheveux en vigueur auprès des gamins de son âge : tempes rasées et petite houppe au sommet du crâne. Bientôt, un adulte, blouson noir et barbe de trois jours, passe une tête. Deux euros le cachet de Rivotril. Cette benzodiazépine – aux effets sédatifs et anxiolytiques – à laquelle les jeunes se shootent et qui les rend méchamment accros, les jeunes la couplent systémati­quement au Lyrica, un antiépileptique également utilisé pour les troubles anxieux. Un cocktail médicaments-joints-alcools qui les laisse hagards, désinhibés et vulnérables.

(...)

La vie plus trépidante de la rue

Le commerçant, un vieil Algérien qui ferme sa boutique à l’heure de la prière, est désolé pour Hana : il ne peut pas l’aider, sa batterie est morte. Il lui vend pour 12 euros un vieux téléphone. En attendant qu’il soit chargé, elle roule un joint dans un coin. Le vendeur secoue la tête. Il la voit traîner là depuis des années, « ça ne s’arrange pas ». Comme beaucoup d’habitants du quartier, il a pris ces jeunes en pitié et les aide comme il peut. Une autre fille patiente dans la boutique. Brune, cheveux bouclés. « Je lui parle pas, c’est une nouvelle. Elle est algérienne. » Hana évite les Algériens et les Tanjaouis (les habitants de Tanger). « Je ne les aime pas, pas mon délire, c’est eux qui m’ont volé mon téléphone. » Elle traîne avec les garçons de Fès et de Salé. Elle raconte qu’ils se regroupent comme ça. Sur Facebook, chacun ajoute le gentilé de sa ville d’origine après son prénom. Ça donne : « Ahmed Slaoui »« Célia Lfassiya », etc. Dans la rue, ils s’appellent comme ça, « Hey Casaoui ! », et affichent leurs blases sur les murs.

Le lendemain, Hana, de retour à la laverie, a l’air plus en forme. Elle porte sur elle une petite sacoche pleine de maquillage. Elle attend son copain. Elle pense être enceinte. Ce serait lui le père. Quand il arrive, elle l’embrasse à pleine bouche. Ayman* sort du tribunal, il a obtenu un hébergement, dans le 15e arrondissement. Ces foyers de l’aide sociale à l’enfance ou de la protection judiciaire de la jeunesse (lorsque les mineurs ont commis des infractions), les adolescents passent leur vie à en fuguer.

(...)

Des vies confuses et fragmentées

La première fois qu’on a croisé Célia, c’était au mois d’octobre 2020. Comme ses copines, elle n’avait pas l’air d’une marginale, elle ressemblait à une fille de son âge. Ce sont leurs mains, épaisses, aux ongles noircis, les engelures et les croûtes sur les phalanges, leurs dents abîmées qui trahissent leur vie dans la rue. Célia réclamait des cigarettes aux passants de la rue des Islettes. Elle faisait ça poliment et en souriant, avec sa grande copine Soraya*, une adolescente robuste. Elles dansaient aussi au pied des immeubles. Puis elles ont disparu.

Célia a grandi à Fès, à Bensouda, un ­quartier où s’entassent les familles précaires. Elle y a vécu longtemps avec ses grands-parents marocains avant de débarquer à Paris, à 12 ans, avec son grand frère, un an de plus qu’elle. Leur mère, française, était toxicomane, ils ont grandi dans les foyers. Son frère, surtout. Célia a très vite préféré la vie dehors. Elle se souvient que « la première fille à la Goutte-d’Or », c’était Sophie*, une Colombienne qu’elle a rencontrée au foyer de la Croix-Nivert, dans le 15e arrondissement, et qu’elle a suivie à Barbès. Sophie a eu une fille avec un Marocain qui s’est barré aux Pays-Bas. Elle l’élève chez sa mère. Célia, elle, ne peut plus voir sa fille, Janna, née il y a deux ans et placée en famille d’accueil. Des gens bien, il paraît.

(...)

« La vie, c’est de la merde »

Elle s’appelle Farah* et elle ne marche plus très droit. Elle a pris des ecstasys avec son amoureux, dans un studio dans le quartier de La Chapelle. Elle dit « mon copain », mais elle l’a rencontré la veille. Ses parents sont kabyles. Elle a longtemps vécu en Espagne avec sa mère avant de partir avec des garçons marocains rencontrés là-bas. Avant ça, elle ne connaissait pas Barbès. Son récit est ponctué de soupirs et de « la vie, c’est de la merde ». Elle salue des gars qu’elle connaît. L’un d’eux tente de l’embrasser, elle le repousse. Il insiste et colle ses lèvres contre les siennes. Elle se dégage. Ça lui arrive tout le temps, ces gars qui la touchent et l’embrassent alors qu’elle n’a pas envie. Ou qui l’insultent, l’air dégoûté. Les filles ont l’habitude de ces remarques. À leur passage, un agent municipal avait lancé à une riveraine : « C’est même plus des filles. » Farah mâche son chewing-gum, « la vie, c’est de la merde ».

(...)

Les filles, tabassées « comme des mecs »

Ayoub est arrivé de Tanger il y a trois ans. Il avait 11 ans. Il dit que Paris, c’est trop dur. Où voudrait-il aller ? Il se frappe la poitrine : « Vraiment ? Je te jure, au paradis. Regarde-moi : je n’ai pas mangé depuis l’hôpital, je dors dehors ou à l’hôtel. » Appuyé contre un mur, il ne s’arrête plus : « Eh ! oui, je vole, je peux le dire, mais, si je ne vole pas, je ne mange pas. Les riches ne peuvent pas comprendre, ils ont la belle vie. » Il se met à pleurer : « Je vole, je suis un sale voleur. Mais on m’a aussi volé 2 000 euros. J’essaye d’économiser pour envoyer de l’argent à mes parents. »

Hakim*, 1,50 mètre à tout casser, l’interrompt : il cherche des baskets. On lui a volé les siennes au squat, pendant qu’il dormait. La rue les abîme en un rien de temps. Les insensibilise. Ayoub en tire une sorte de fierté un peu amère : « Comment on supporte tout ça ? On a le cœur dur. Pas comme les enfants français. Ils ont 14 ans, on les voit quand ils sortent de l’école, ils ne sont pas comme nous. Ils ont papa, maman, des manteaux et des petits pains au chocolat. Ils ne tiendraient pas une minute dans la rue. Est-ce qu’ils ont voyagé comme nous, partout ? » Il vient de rouler un joint. « Ça ne te gêne pas ? » Il l’allume.

(...)

Accro au quartier

Février 2021. Célia est de retour à la Goutte-d’Or. À la mi-décembre, elle a fugué de son foyer aux Pays-Bas. « C’était dans un endroit où il n’y avait rien, pas de magasins, pas de cafés, rien… La campagne, mais il n’y avait même pas de chèvres ou de poules. Rien ! » Elle est d’abord allée en Allemagne, où elle a récupéré sa grande copine Hana. Hana, qui en avait marre de Paris, s’est barrée après Noël. Ensemble, elles sont retournées à Amsterdam. La police les a arrêtées. Hana a été conduite en centre fermé en attendant son rapatriement en France.

Célia, majeure, a pu rentrer sans encombre. Et la revoilà à la Goutte-d’Or, par - 2 °C, sans manteau sur son jogging noir. Devenue accro au quartier, son chez-elle depuis ses 14 ans, elle ne cesse d’y revenir. Elle y a pourtant traversé le pire, ce qui arrive à toutes ces filles : la drogue, les viols, les grossesses non désirées, la délinquanceEt elle est à nouveau dans le pétrin. Il y a quatre jours, elle s’est fait embarquer pour outrage à agent. Un flic a cassé sa bouteille de vodka, alors elle a pété les plombs, elle lui a dit « nique ta race de keuf ». Il a tout filmé avant de l’embarquer en garde à vue. Elle ne peut pas s’empêcher de rigoler en racontant ça. Quelques nuits plus tôt, le campement situé dans des tunnels sous la gare de Lyon où elle s’était trouvé une place a été évacué. Elle y dormait avec deux autres filles et des dizaines de migrants, des hommes. Depuis, elle s’est trouvé une place dans un squat.

Célia aura 19 ans dans quatre jours, mais, pour elle, l’avenir est devenu un concept flou. « Je ne peux rien prévoir. Je ne sais pas ce qui va se passer tout à l’heure ou ce soir… » Elle sait juste qu’elle ne veut plus dormir dans son squat de Saint-Ouen. La veille, ils étaient quinze à vouloir « la forcer ».

* Le prénom a été modifié.

Zineb Dryef

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

 
Lire la suite

Najat Vallaud-Belkacem : “Les métiers du care ont été totalement absents de la gestion de la crise” (Vidéo)

30 Janvier 2021 , Rédigé par 50/50 Publié dans #Société

Najat Vallaud-Belkacem poursuit son combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Elles est aujourd’hui directrice générale France de l’ONG ONE qui lutte contre l’extrême pauvreté et les maladies évitables.

Elle a récemment co-écrit avec la philosophe Sandra Laugier La société des vulnérables, leçons féministes d’une crise. Une analyse pointue sur le care avec cette question fondamentale : “Et si le care devenait enfin l’affaire de toutes ?”.

Vous découvrirez ce que les autrices entendent par l’éthique démocratique du care. Pour l’ancienne ministre des Droits des Femmes, les acquis et les droits des femmes sont très friables et peuvent être remis en cause à chaque crise.

Lire la suite
1 2 3 4 5 6 7 > >>