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Vivement l'Ecole!

politique

Comment les morts du Covid ont disparu des discours d'Emmanuel Macron

16 Avril 2021 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Politique

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Depuis quelques mois, le chef de l'État a adopté une communication moins anxiogène, occultant le bilan humain de l'épidémie en France.

POLITIQUE - Prenez votre smartphone. Ouvrez l’application TousAntiCovid. Glissez jusqu’à la section “infos”, puis cliquez sur “voir tous les chiffres”. Apparaissent alors tous les indicateurs de l’épidémie. Tous? Il en manque un, et non des moindres: celui des morts du covid-19. Un vide qui fait écho à l’oubli progressif de la mort qui s’est installé au sein de la sphère politique, et que la barre symbolique des 100.000 décès vient brutalement rappeler. 

“Depuis le début de la pandémie, 100.000 Françaises et Français ont succombé au virus. Nous avons tous une pensée pour leurs familles, leurs proches, pour les enfants qui ont perdu un parent ou un grand-parent, les fratries endeuillées, les amitiés fauchées”, a tweeté Emmanuel Macron. Avant de promettre: “nous n’oublierons aucun visage, aucun nom”.

Pourtant, l’oubli des morts, c’est bien ce qui agaçait certains scientifiques ces derniers temps. Dans une tribune publiée début avril dans L’Express, le professeur Gilles Pialloux déplorait cette tendance à occulter le coût humain de l’épidémie. “La disparition de ce mot gomme au passage tout débat éthique et citoyen autour du prix payé en vies humaines à cette pandémie”, écrivait le chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon à Paris.

Virage des vœux présidentiels 

Au sein du Conseil scientifique censé éclairer la politique sanitaire de l’exécutif, c’est la même résignation qui demeure. Dans leur note du 11 mars, les Sages soulignaient qu’une “certaine indifférence face aux chiffres des décès s’installe” dans la société. Au sommet de l’État, le terme avait aussi disparu. Dans sa dernière allocution, Emmanuel Macron a préféré l’euphémisme, en évoquant les 100.000 familles “endeuillées”, sans référence explicite à la mort. 

Lors de son discours du 28 octobre annonçant le second confinement, Emmanuel Macron n’affichait pourtant pas la même pudeur. “Hier, 527 de nos compatriotes sont décédés du Covid-19”, annonçait-il d’un ton grave. Et pour justifier ce tour de vis, le chef de l’État n’hésitait pas à brandir le coût humain que représentait le maintien des ouvertures alors en vigueur. 

“Il énumère en un long paragraphe morbide les séquelles du Covid long, les hospitalisations, les déprogrammations et surtout peint un tableau sinistre du futur si rien n’est fait: ‘le tri entre les patients à l’hôpital’, ’400.000 morts supplémentaires’. Puis plus rien sur les morts”, observe auprès du HuffPost Cécile Alduy, chercheuse associée au CEVIPOF, spécialiste de l’analyse du discours politique. Selon elle, le chef d’État change de communication à partir des vœux présidentiels, quand “l’approche gestionnaire et l’héroïsation permanente pour souder le corps national font passer les victimes à la trappe, comme dans une guerre”. 

Et alors qu’Emmanuel Macron prend des décisions semblant à rebours du consensus scientifique, il ne peut plus faire machine arrière dans son récit. “Le politique l’emporte sur le scientifique. On s’absout des critères de taux d’incidence, des modélisations qui anticipent la mortalité. Le nombre de morts devient un impensé, et un non-dit, de la communication présidentielle”, poursuit Cécile Alduy, soulignant que la “panoplie de communication” du locataire de l’Élysée est “celle du héros, du chef militaire, pas du proche qui console”. 

“Desserrer l’étau d’anxiété”

Jean Garrigues, historien spécialiste de l’histoire politique, observe également “un choix de dédramatiser la situation” de la part du président de la République. Un choix que le chercheur explique par “la nécessité d’être optimiste, dans un moment où la psychologie collective est tourmentée et angoissée”.

Le spécialiste rappelle par ailleurs qu’un clip gouvernemental sur les risques du Covid diffusé à l’automne “avait été critiqué car jugé trop anxiogène”. D’où cette volonté de “se tourner vers plus de positif, ce qui implique une occultation de la mort, dans une société qui la tolère de moins en moins” et d’adopter “une communication politique qui vise à desserrer l’étau d’anxiété qui corsète la population”. 

Il est vrai qu’à cette période, de nombreuses études sur le moral déclinant des Français faisaient craindre à l’exécutif un refus du consentement des restrictions sanitaires, ce que les images venant des Pays-Bas ne faisaient que renforcer. Dans les couloirs ministériels, “l’acceptabilité” des futures mesures à prendre était d’ailleurs martelé comme un mot-clé.     

Dès lors, l’objectif devient, via un discours moins accablant, de ne pas déprimer davantage une société usée par plus d’une année de crise sanitaire et de restrictions. Une communication qui serait, selon Cécile Alduy, plus en phase avec le style d’Emmanuel Macron. “Il euphémise depuis le début les souffrances de la vie réelle, notamment celles induites par ses propres réformes”, observe la chercheuse, évoquant “sa réticence à parler de ‘pénibilité’ lorsqu’on parle de travail”.

Quoi qu’il en soit, dans les 63 mots qu’il a consacrés jeudi soir au franchissement de ce seuil tragique, un terme figure encore aux abonnés absents: celui de “mort”. 

Romain Herreros

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Najat Vallaud-Belkacem : « Il faut honorer les victimes de la pandémie à travers une journée nationale »

15 Avril 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Politique

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EXTRAITS

Alors que la France approche du chiffre des 100 000 décès dus au Covid-19, l’ancienne ministre de l’éducation explique, dans une tribune au « Monde », que les actes symboliques participent de la construction de cette conscience commune qu’est une nation et de sa guérison après un drame.

Tribune. Ça y est, nous y sommes. Nous atteindrons bientôt le chiffre douloureux des 100 000 morts du Covid-19 en France : 100 000 vies, 100 000 familles, des centaines de milliers d’enfants, d’amis, de proches frappés par l’épidémie, meurtris à tout jamais ; 100 000 vies interrompues et des millions de chagrins, parfois doublés d’indicibles sentiments de culpabilité qui rongent et embuent notre pays.

Bien sûr, on nous parle d’économie, de stress, de dépression, et la vie doit continuer quoi qu’il en coûte. Bien sûr, le pays doit vivre, les enfants doivent aller à l’école, les entreprises doivent produire, les terrasses, les cinémas doivent rouvrir. Mais avons-nous pris le temps de nous arrêter sur ces disparus ? Avons-nous marqué une pause, avons-nous posé un acte symbolique, avons-nous salué leur mémoire ?

(...)

Abstraction et désincarnation

Cacher ces morts que nous ne saurions voir, les réduire à de simples chiffres, de banales courbes défilant tous les soirs sur les chaînes d’info, c’est nourrir un peu plus encore ce virus de l’abstraction qui gangrène toute notre vie sociale et nos interrelations. Et qui aboutit, à terme, à un ébranlement de la démocratie, creusant un peu plus encore le fossé entre ceux qui dirigent et les citoyens.

La destinée d’un pays ne peut tenir dans des tableaux Excel et des statistiques, des courbes économiques et des indices de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Accepter délibérément la désincarnation des morts de cette pandémie et ne se projeter que vers une reprise économique, en faire l’alpha et l’oméga de notre salut, c’est projeter une vision trop étriquée de ce qu’est une nation, composée d’individus de chair et de sang, qui ont des rêves, des désirs, mais aussi des chagrins et de l’affliction.

Aucun dirigeant n’est un roi thaumaturge, mais les actes symboliques participent aussi de la construction de cette conscience commune qu’est une nation et de sa guérison après un drame. Plus simplement encore, enterrer nos morts et les honorer est ce qui nous caractérise, en tant qu’êtres humains.

(...)

Najat Vallaud-Belkacem est candidate (L’Alternative) aux élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes.

Tribune à lire intégralement en cliquant ci-dessous

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La France macronienne manque singulièrement d'imagination - Par Christophe Chartreux...

12 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique

J'écoute Camille Thomas et je rêve...

La France, depuis mai 2017, depuis l’avènement « Macron », manque singulièrement d’imagination. Le débat d'idées est d'une affligeante pauvreté. La parole politique se complait dans la médiocrité. Comme me le disait très récemment Cécile Alduy:

"Seule la littérature peut donner forme à nos vies démantibulées".

Je m’amuse souvent sur les réseaux sociaux. Sur Twitter en particulier que je squatte plus que de raison. L’affaire « Benalla », pendant l’été 2018, plus récemment celle des diners interdits, ont provoqué un tsunami de micro messages. Parmi eux, ceux des soutiens du Président de la République. Quelle tristesse de lire cette suite de copiés-collés d’éléments de langage, sans même que les ministres, secrétaires d’Etat, députés, autres élus et soutiens divers prennent la peine d’inclure quelques variantes pour masquer la martingale. Certains de leur toute puissance, ils méprisent l’imagination. Ils l'assassinent!

Ce ne sont pas les « ouvrages » - gloire à l’inventeur des guillemets - parus après l’élection du dernier locataire de l’Elysée qui ont relevé le niveau. Les Brice Couturier, Régis Debray, Olivier Duhamel, Pierre-André Taguieff, Philippe Reynaud, Alain Touraine ont tous taquiné leur souris – on ne trempe plus sa plume – pour proposer des dithyrambes plus ou moins enamourés. Laissant peu de place au rêve, la « Macronie » a installé sa « start-up nation » qui est à l’imagination ce qu’André Rieu est au violon : une faute de goût.

Pour tuer l’imagination, le pire des crimes, le candidat Macron a usé d’un subterfuge à dénoncer et à démonter.

Ce subterfuge tient en une expression : « En même temps ». Celle-ci élimine de fait l’altérité, la confrontation, le débat contradictoire. Vous vous trouvez embrassés dans une opinion généralisante, enveloppante, attrape-tout. Cette expression, tic de langage mais aussi arme de destruction massive, fut reprise par la journaliste Apolline de Malherbe pour titrer une émission régulière de BFM TV. C’est dire son succès.

Le candidat et Président Macron, c’est l’homme « favorable à une intervention militaire en Syrie et, en même temps, qui refuse le départ immédiat de Bachar el Assad ».

Qui « invite à renforcer nos frontières et, en même temps, à répondre pleinement de notre devoir d’accueil »

Qui «  veut multiplier les investissements d’avenir et, en même temps, faire preuve de sérieux budgétaire. »

Je pourrais écrire un livre entier en collationnant les phrases prononcées ou écrites par Emmanuel Macron, utilisant toutes l’expression « En même temps ». La pandémie de covid fourmille de ces exemples devenus marques de fabrique et, en même temps, de ridicule.

L’imagination, l’invention, le débat, la dispute disparaissent peu à peu dans un monde neutre, plat. Une banquise uniforme, monocolore. « Ni droite ni gauche »… « Plus de clivages »… Ne pas adhérer à la Macronie, c’est être déviant. C’est ne pas comprendre que l’avenir n’appartient pas à celles et ceux qui s’opposent, qui contredisent, qui projettent autre chose que l’horizon d’attente imposé par le « chef ». Le déviant contestataire n’a pas sa place en France macronienne. Il empêche la construction d’un pays lisse d’où sont absents les opposants, tous rangés dans le camp des extrémistes. D’où est absente l’imagination… C’est dangereux l’imagination pour un pouvoir tel que celui installé sous nos yeux.

Il est pourtant si doux, si nécessaire et vital, dans un monde où souvent la réalité est sombre, de coudre ensemble les fils de l’élégance, de la poésie et du rêve. 

A la place de l’imagination, Emmanuel Macron et ses affidés nous proposent le « rien ». A l’intérieur de ce « Rien », la Macronie offre des images auxquelles nous sommes priés d’adhérer. Images qui nourrissent les médias et réseaux sociaux. Elles provoquent immanquablement des commentaires au kilomètre, aussi inutiles et vains que les images elles-mêmes. Mais elles occupent des « parts de cerveaux disponibles » pour reprendre une formule devenue tristement célèbre. La critique s’efface. Le rêve disparait. Vive la start-up nation, ses slogans et son peuple de « collaborateurs » ! Soyez consentants, ne vous occupez de rien, nous créons POUR vous ! Malheur évidemment aux vaincus. Car il y en aura mais de ceux-là, il n’est jamais question en Macronie. Comme ont disparu les presque 100 000 morts de la crise sanitaire qui a déferlé sur la France, comme sur le monde, depuis un an.

Un cauchemar ! Le petit monde de l’arrivisme érigé en système ayant pour seules « valeurs » l’activisme et l’efficacité.

Un cauchemar ! Le petit monde où ne règnent plus que les trois « extrêmes » : l’extrême gauche, l’extrême droite et l’extrême centre macronien.

Un cauchemar où, sans que personne encore s’en soit alarmé, le Président de la République est imposé comme « le maître des horloges » ! Il faut avoir entendu les macroniens utiliser cette expression ! Même le temps serait donc prétentieusement à leurs bottes

Que reste-t-il quand l’imagination est morte ? Tout ! Tout ce que celles et ceux voulant s’ opposer à un modèle de société à ce point éloigné de l’humain auront à proposer.

A commencer par ces mots que j’écris… A commencer par la capacité qu’ont les français de refuser ce qu’on leur impose… A commencer par dénoncer la prétention du « maître des horloges.

A commencer par ton regard croisé un jour… Ce jour où nous avons compris que les mots seraient souvent inutiles. Sauf la littérature.

Nous ne maîtrisons rien mais nous comprenons tout…

Il nous reste une vie à imaginer...

Christophe Chartreux

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Fin des fictions : Emmanuel Macron, la com et le mur de la réalité - Par Cécile Alduy (Extraits)

11 Avril 2021 , Rédigé par AOC Publié dans #Politique

https://www.leparisien.fr/resizer/NP69KL-ZjI3GJs64jgzUjJFVkJ0=/932x582/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/leparisien/QCEAEX7NTE4OUWPGOOSGMF4RKQ.jpg

EXTRAITS

L’« allocution-confinement » est devenue un genre littéraire à part entière, avec son plan en trois parties (diagnostic, hypothèses, mesures), son registre et sa scénographie. Alors que la mise en scène de la parole occupe désormais davantage d’espace médiatique que l’énoncé lui-même, il est temps que le politique change son verbe présidentiel. Ni concepts, ni formules, ni grand récit, ni chiffres de technocrates ne pourront nous guérir de la crise de sens et des sens que nous traversons.

En avril 2017, un Emmanuel Macron candidat déclarait qu’il entendait être « maître des horloges ». Quatre ans plus tard, lors d’une conférence de presse à Montauban le 15 mars 2021, le président lâche : « Le maître du temps, c’est le virus, malheureusement. » Terrible aveu d’impuissance sur le contrôle de la pandémie et sur sa narration. Entre les deux phrases, près de 100 000 morts de la covid-19 qui broient la crédibilité du verbe présidentiel.

Ces deux phrases qui se répondent sont toutes deux des fictions. La première feint la maîtrise ; la secondel’abdique et déresponsabilise les gouvernants en personnalisant un virus qui n’est pas même une entité vivante. Rien n’est extérieur au temps, ni pourrait le contrôler, ni un virus ni Macron. Pourquoi continuer à raconter des fables, alors que nous avons plus que jamais besoin de vérité ?

La communication politique est l’art de coucher en un récit net et des formules clinquantes un réel qui par définition déborde de partout. On ne pouvait reprocher à Emmanuel Macron de faire tourner la machine à rêves, à futurs simples et objectifs clairs, avant mars 2020. Narrateur en chef, c’était aussi son rôle. Mais aujourd’hui, sa communication bute sur le mur du réel. Sur les tabous par excellence, la mort et le doute, qu’il a tant de mal à nommer. La mort et l’ignorance, qui ne font pas récit. Une autre parole politique est possible, qui prenne la mesure humaine de notre temps sans affabuler, mais saura-t-il l’apprendre ?

Depuis mai 2017, Emmanuel Macron n’a cessé d’essayer d’écrire un double roman : une Histoire de France qui renouerait avec un passé héroïque et une geste personnelle pour l’incarner. Sa campagne présidentielle mettait en scène un storytelling efficace qui alliait roman national et transformation néolibérale de l’économie : Révolution, titrait-il sa profession de foi, en toute modestie. Messianique et volontariste, l’ancien khâgneux offrait un récit linéaire avec héros, quête et résolution heureuse. Pour citer Baudelaire, l’action redevenait la sœur du rêve.

Puis, président, à coup de chemins mémoriels, de panthéonisations, de costume d’aviateur, de face-à face-solitaire avec les Français, de saillies culottées minutieusement mises en scène (le « pognon de dingue », les « Gaulois réfractaires »), il se posait en Rastignac ou en Julien Sorel, ambitieux « disruptif » au cœur de l’action et de l’Histoire.

Mais voilà, avec la pandémie, on n’est plus chez Balzac, mais en plein Nouveau Roman : on entre dans la répétition, le temps bloqué, l’ère du soupçon et de l’incertain. Emmanuel Macron, dont les goûts littéraires semblent s’arrêter au 19e siècle, croyait pouvoir nous faire vivre un roman de Stendhal, tout de défis audacieux et de dépassement individuel. Et nous, on vit En attendant Godot.

(...)

En France, Macron semble n’avoir que deux registres : l’euphémisation technocratique ou la dramatisation martiale. Éluder ou faire peur. En mars 2020, il adopte un registre churchillien : « Nous sommes en guerre », martèle-t-il. Aujourd’hui encore, posture virile : « L’école n’est pas négociable » – comme si on était face à une prise d’otages orchestrée par un virus fanatique. Certes, on peut comprendre le discours de chef de guerre du 16 mars 2020 : il fallait frapper les esprits et assurer la « mobilisation » de tous. Assurer l’union nationale, justifier l’état d’urgence sanitaire qui allait bientôt être voté. Face à l’inconnu, trouver un rôle et un modèle narratif du répertoire pouvait permettre d’embrigader tout le monde dans un effort paradoxal : agir en ne faisant plus rien.

Rétrospectivement, on se demande s’il ne fallait pas surtout préparer l’acceptabilité de l’hécatombe imminente, se décharger de sa responsabilité sur un « ennemi » anthropomorphisé. Mais puisque le degré de coercition du confinement était de fait extrême, pourquoi ne pas en expliquer rationnellement et humainement les ressorts ? Quelle vision de l’homme (et quel biais importé d’une version datée du management entrepreneurial) présuppose que seule la peur permettra de forcer les gens à la solidarité collective, plutôt que l’intelligence, l’altruisme et l’empathie ?

Pareillement, le discours du 28 octobre qui annonce le deuxième confinement mise sur la peur pour convaincre les Français, et s’adonne à de nouvelles fictions : une vision apocalyptique du futur et la récriture des mois précédents. C’est le seul discours où le président détaille avec insistance la face noire de la pandémie : il cite le nombre de morts imminents, les comorbidités, les séquelles à long terme, le futur tri des patients dans un tableau sinistre (« d’ici quelques mois c’est au moins 400 000 morts supplémentaires à déplorer »). Cette soudaine franchise doit faire accepter les privations de libertés en agitant le spectre d’une explosion encore future des malades de toutes les générations : scènes d’anticipation donc, qui vont de pair avec la récriture des semaines et mois précédents.

(...)

Quelles conséquences pour la crédibilité de la parole politique ? L’« allocution-confinement » est devenue un genre littéraire, avec son plan en trois parties (diagnostic, hypothèses, mesures), son registre et sa mise en scène. Elle prend la forme d’un récit archétypal : situation initiale de crise, intervention du/des héros (président, soignants, 2e ligne), actions réparatrices sous la forme d’épreuves qualifiantes, résolution dans un futur proche, lendemains heureux. La répétition du même conte, de mois en mois, ne fait cependant que souligner son manque de prise sur le réel.

La parole politique semble ne plus avoir aucune efficacité. Pire, l’impuissance de l’(in)action politique se double d’une forme d’aphasie : le pouvoir ne sait même plus nommer ce qu’il fait. Il y a eu la « drôle de guerre » ; on a le « drôle de confinement » depuis la mi-mars, confinés mais dehors. On durcit les règles, mais on les adoucit (couvre-feu reculé d’une heure), on interdit de circuler à plus de 10 km mais on laisse tout le monde partir à la campagne le week-end de Pâques, on ferme les écoles une semaine, mais on les ouvrira le 26 avril quelle que soit la situation sanitaire. Appliqué à des situations concrètes, le « en même temps » macroniste prouve l’absurde de son oxymore permanent.

Le futur lui-même n’est plus un temps crédible. On attend, et d’abord la parole du chef, sans cesse annoncée comme imminente et décisive, même lorsqu’elle décide de ne rien décider. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a ravivé le sens prophétique de son prénom : Ange Gabriel à la sauce langue de bois, il est devenu l’annonciateur récurrent d’un Verbe oraculaire. Comme si nous faire attendre le discours du président pouvait nous distraire de l’ennui, au sens baudelairien, de l’attente de la fin de la pandémie. La mise en scène de la parole prend plus d’espace médiatique que l’énoncé lui-même.

(...)

Balzac, Becket, Ponge : la littérature a su donner forme à l’informe, changer sa langue pour dire un monde et des consciences qui changent. Le politique, lui, ne sait plus nous parler. Qu’il écoute, donc, pour changer.

Cécile Alduy

CHERCHEUSE EN LITTÉRATURE, PROFESSEURE À STANDFORD, CHERCHEUSE ASSOCIÉE À SCIENCES PO

L'ensemble du texte - remarquable! - est à lire en cliquant ci-dessous

Ce qu'ils disent vraiment - Les politiques pris aux mots

A lire...

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L'ENA - L'école du pouvoir (Fiction) - Vidéo

10 Avril 2021 , Rédigé par Youtube Publié dans #Politique

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Quand Macron réécrit l'histoire du non-confinement...

26 Mars 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

Relecture, correction et réécriture

REECRITUREIEmmanuel Macron s'est livré à un petit exercice d'autocritique d'autosatisfaction, hier soir : «Des modèles montraient que nous allions flamber en février. [...] Nous avons eu raison de ne pas confiner la France fin janvier, parce qu’il n’y a pas eu l’explosion qui était prévue par tous les modèles. Je n’ai aucun mea culpa à faire, ni aucun remords, ni aucun constat d’échec.» Certains modèles semblaient pourtant alerter sur la situation entre la mi-mars et début avrilDans son avis du 12 janvier, le conseil scientifique (censé éclairer les choix de l'exécutif) pointait une situation «très préoccupante à moyen terme», avec «encore trois mois d’hiver devant nous favorables à la circulation du virus», ajoutant : «L’enjeu du 1er trimestre est de limiter le nombre de décès et de sauvegarder le système de santé durant les 3 mois à venir Son président Jean-François Delfraissy insistait le 28 janvier : «On va se retrouver à la mi-mars dans une situation sanitaire avec des conséquences importantes.» Dans une note d'éclairage le lendemain, le conseil alertait : «L’émergence de variants va rendre le contrôle de l’épidémie encore plus difficile dans les mois qui viennent Soit maintenant, moment où après de premières «mesures de freinage», Macron en annonce de nouvelles «dans les prochains jours et semaines».

RE-REECRITUREIDans la foulée de l’intervention tardive du chef de l’Etat, des cadres socialistes se sont en revanche souvenus d’un autre «modèle» : celui présenté par Jean Castex aux responsables parlementaires le 28 janvier. Pas une prévision, mais une modélisation de la trajectoire possible de l’épidémie en fonction des mesures prises ou non. «Les projections du gouvernement n'ont jamais anticipé d'explosion des cas en février, mais à partir de fin mars», a ainsi tweeté la présidente des députés PS Valérie Rabault, accusant, graphes à l'appui : «Ce que dit le Président est faux.» Le chef du parti Olivier Faure a, lui, déterré son propre tweet de la fin janvier comprenant les courbes fournies par le Premier ministre, le commentant a posteriori en interpellant Macron : «Les modèles n’ont jamais évoqué de flambée en février, mais [...] que ce serait l’explosion début avril. Nous y sommes

Via ChezPol/Libération (Extrait)

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Agathe Cagé : pour une éthique de la considération

12 Mars 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Philosophie, #Politique

Agathe Cagé, politiste, publie de "Respect !" aux Editions des Equateurs (mars 2021). Une invitation à repenser les rapports entre les individus, notamment en vue des élections présidentielles dont la campagne approche à grands pas.

A l'heure où l'indifférence règne, différentes propositions peuvent émerger afin de créer une éthique du respect, et potentiellement une nouvelle éthique de l'engagement politique. C'est ce que propose Agathe Cagé dans son ouvrage Respect ! qui paraît aux éditions des Equateurs

Diplômée en finances publiques et droit public, docteure en science politique, formée à l’ENS et à l’ENA, Agathe Cagé a travaillé au Ministère de l’Intérieur avant d’assurer le pilotage des dossiers pédagogiques comme conseillère (Vincent Peillon, Benoît Hamont ). Elle a ensuite exercé comme directrice adjointe de cabinet au ministère de l’Education nationale de 2014 à 2017.  Secrétaire générale de la campagne présidentielle de Benoît Hamon en 2017, elle a notamment enseigné à l’université Paris 1 et à Sup de co La Rochelle, et assuré des formations pour la Wharton Business School, l’ENA et la Escuela de Gobierno de Guatemala. En outre, elle a cofondé et préside le cabinet de conseil Compass label depuis 2017. Elle est notamment l'auteure de Génération 2040 : manifeste à l’attention des candidats à la présidence de la République en 2016 (avec Grégoire Potton, éditions Temporis) et de Faire tomber les murs entre intellectuels et politiques (Fayard, 2018). 

Faisant le constat de la perte de respect qui aujourd'hui prévaut dans la société, Agathe Cagé souligne la nécessité d’une éthique du respect. Partant du constat d'une perte du sens de l’humanité au profit des technologies, Agathe Cagé décrit les « artifices de la communication politique » : c’est face au manque de confiance en la démocratie et au délitement des « fondations de notre vie commune » qu’elle introduit le respect comme unique solution pour « bâtir une société ». 

Aujourd’hui, l’action politique est guidée par l’objectif de lutte contre la crise sanitaire qui impose un certain nombre de choix qui sont parfois restrictifs. Il faut réussir à penser qu’il faut que chacun soit pris en considération. (Agathe Cagé)

De Levinas à Kant, elle définit cette éthique du respect et ses manifestations : combattre les rejets, l’intolérance, l’indifférence face à la précarité, en étant attentif à ce que « l’égalité promise se traduise en égalité réelle ». Elle a, à l'esprit, deux grandes batailles à mener : « en finir avec les discriminations et le déterminisme social, et donner à chacun les moyens de faire valoir ses droits ».

En tant qu’être humain, nous nous construisons dans le regard des autres. J’arrive à me respecter moi-même, à développer mon estime grâce et uniquement grâce au regard des autres, ce pourquoi j’ai besoin des relations avec autrui, de me sentir appartenir à une communauté. J’ai besoin d’être reconnue pour exister. (Agathe Cagé)

Explorant différentes facettes de l'indifférence, elle donne des exemples comme celui du film _Le tombeau des lucioles (Isao Takahata, 1988),_ où deux enfants sont abandonnés à eux-mêmes dans l'indifférence des adultes, ou encore celui des immigrés que nous refusons de voir en France. De ce fait, les responsabilités collective et individuelle s'imbriquent. 

On a vu ces 12 derniers mois exploser une réalité terrible, celle du manque de considération généralisé. Face à cette situation, je dis qu’il faut faire attention car de plus en plus nous vivons chacun d’entre nous confiné dans le petit espace de nos relations proches, sans plus tenter de voir qu’autour de nous chaque personne possède son humanité. (Agathe Cagé)

Il faut que l’on s’engage, individuellement et collectivement pour que chacun puisse faire l’expérience de l’affection, du droit (hors l’égalité affichée aujourd’hui n’est pour beaucoup pas réelle), et de l’estime sociale pour mettre fin à toutes les formes de mépris social. (Agathe Cagé)

Respect pour les femmes, que scande la fameuse reprise de "R.E.S.P.E.C.T." d'Otis Reding par Aretha Franklin (1967) , mouvement Black Lives Matter, France périphérique... Autant de cas sur lesquels se pencher dans le cadre d'une « nouvelle éthique de l’engagement politique ». En outre, à l'aune de 2022, l'auteure prône ainsi de ne pas « rationaliser » une campagne électorale comme une campagne publicitaire, soumise aux algorithmes. Il s'agira, écrit-elle de respecter l’engagement pris et la parole donnée, mais aussi les citoyennes et les citoyens, dans toutes leurs différences et toutes leurs singularités, et de toujours veiller à faire bien et pour les autres.

La radicalité, ça veut dire, comme le dit Christiane Taubira, être tranchant, viser des transformations profondes. On caricature la radicalité notamment dans le féminisme, mais il faut en finir avec la politique des petits pas et être radical puisque nous avons véritablement besoin de changement. (Agathe Cagé) 

Olivia Gesbert

Extraits sonores : 

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/agathe-cage-pour-une-ethique-de-la-consideration?actId=ebwp0YMB8s0XXev-swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13OojN5VSMd2TMt8SkIKwMoFh&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=644185#xtor=EPR-2-[LaLettre11032021]

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Quand la jeunesse encense le Front National

10 Mars 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Jeunesse, #Politique, #k

Tewfik Hakem s'entretient avec les réalisateurs Mathias Théry et Etienne Chaillou, autour de leur dernier film, La Cravate, qui sort en DVD à la veille de la cérémonie des Césars

Mathias Théry

Il était assumé depuis le début que nous ne sommes pas politiquement en accord avec Bastien, mais notre problème n'était pas de faire une sorte de confrontation-débat médiatique mais de comprendre la trajectoire de ce jeune homme. Pour cela il nous fallait dépasser pas mal d'embûches pour essayer d'accéder à la vérité de son parcours. 

Il a fallu que l'on écrive un texte, le texte de cette voix off, pensé un peu comme un roman - on tournait et on faisait de longs entretiens hors caméra -  qui essaye de dépasser le mirage des images pour aller plus en profondeur dans la trajectoire et dans la vie de ce jeune homme.

" Il était essentiel aussi pour nous d'avoir une forme de consentement du personnage du film : autrement dit, est-ce que la personne reconnait le personnage que nous fabriquons  "

Le dispositif ne s'est pas imposé d'emblée ; nous écrivons nos films au fur et à mesure que nous les faisons, nous les réécrivons en permanence, les idées viennent, et nous les revoyons au fur et à mesure du tournage et aussi, du montage du film.

Etienne Chaillou

Le Front National ce n'était pas du tout notre dada au départ, sachant qu'on allait en tirer un roman - un regard un peu distancié, on a filmé autrement.

Un sympathique petit soldat de l'extrême droite

Bastien, nous l'avons rencontré à l'occasion d'un film de commande pour la télévision. Nous l'avons côtoyé des mois et des mois, et nous avons créé une relation assez complexe et retranscrite dans ce film, à la fois d'estime, de respect, de confiance aussi, après quelques mois de travail ensemble.

Mathias Théry

Il nous a raconté des choses de lui. Il a compris que notre désir était de faire un portrait assez complet et assez complexe, et il s'est saisi de cette opportunité pour essayer d'exister autrement dans ce film qu'uniquement comme il existait face aux caméras en tant que militant.

Tewfik Hakem

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Najat Vallaud-Belkacem sur France Info (Vidéo): droits des femmes, régionales, 2022, etc...

9 Mars 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Politique

Najat Vallaud Belkacem, ancienne ministre, directrice de l'ONG ONE est l'invitée de votre instant politique du lundi 8 mars 2021. Elle débat avec Anne-Marie le Pourlhiet, professeur de droit public à Rennes-1

Dans cette émission, Gilles Bornstein, met l'accent sur la journée internationale des droits des femmes, et le féminisme, sur l'évacuation des quais de Seine au canal Saint-Martin à Paris ce week-end, sur la question de la candidature de Najat Vallaud Belkacem aux élections Régionales en Auvergne Rhône-Alpes,  Avec l'invitée il aborde la question de l'élection présidentielle de 2022 et des stratégies d'alliances des partis politiques. Il parle également de légalisation du cannabis, de gratuité des transports, mais aussi d'islamophobie.

Adrien Rohard fait réagir les observateurs citoyens en direct par visioconférence.

A suivre sur les réseaux avec le hashtag #VIPol autour de @GillesBornstein et @AdrienRohard.

Du lundi au vendredi en direct de 19h à 19h50, Gilles Bornstein et Adrien Rohard reçoivent une personnalité politique. Notre invité(e) aborde tous les sujets qui font l’actualité du jour. Il répond également aux questions des "Observateurs citoyens", ils sont issus de tous horizons, géographiques, sociaux, professionnels et interrogent l'invité(e) sur les sujets qui les concernent, certains sont en direct pour apporter leur témoignage. Enfin, l’invité(e) débat avec une personnalité de la société civile. 

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Najat Vallaud-Belkacem appelle à l’union de la gauche, la France insoumise comprise

21 Février 2021 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Politique

Najat Vallaud-Belkacem appelle à l’union de la gauche, la France insoumise comprise

Pour l’ancienne ministre PS, les régionales devaient « être le laboratoire de l’union » de la gauche, dans la perspective de 2022. La division actuelle est selon elle « suicidaire » et « la marque d’une gauche qui s’est embourgeoisée

Najat Vallaud-Belkacem, ex-ministre PS, a affirmé que les régionales devaient « être le laboratoire de l’union » de la gauche, dans la perspective de 2022, sa division actuelle étant « suicidaire »dans une interview au « Journal du dimanche » paru ce dimanche 21 février.

« Je voudrais que ces élections soient le laboratoire de l’union » de la gauche pour la présidentielle, a affirmé Najat Vallaud-Belkacem, directrice France de l’ONG ONE depuis un an.

Dans la perspective de 2022, « notre responsabilité, c’est de construire une coalition : un candidat commun, un programme commun et un contrat de gouvernance », a-t-elle ajouté. La division de la gauche est « suicidaire » et « la marque d’une gauche qui s’est embourgeoisée ».

Selon elle, les divisions à gauche « ne sont pas si profondes. Toutes les forces de gauche, et les personnalités qui les portent, ont un jour été amenées à travailler ensemble. Y compris, si on remonte un peu dans le temps, Jean-Luc Mélenchon ».

En faveur d’une primaire commune

L’ancienne ministre se dit « favorable à une primaire commune, mais qui s’entoure des garanties nécessaires pour éviter ces trahisons et qui pense mieux son socle électoral »« Peut-être faut-il en revenir à un socle électoral composé des militants plutôt que du grand public », contrairement à ce qui s’était passé en 2016, avec la primaire ouverte

« Il faut tout tenter pour faire s’asseoir autour de la table » le leader de LFI, jusqu’ici seul candidat de gauche déclaré, a-t-elle insisté. « Et si ça se termine par une fin de non-recevoir, ça ne signifie pas que les militants et les sympathisants suivront le même chemin. Il n’est pas propriétaire des combats qu’il porte […] Nous verrons comment les gens se retrouvent aux régionales, au premier ou au second tour ».

Sera-t-elle candidate en Auvergne-Rhône-Alpes ? « Ce n’est ni le lieu ni le moment pour annoncer les choses »« les discussions sont toujours en cours. On y verra plus clair dans quelques jours. La question essentielle, c’est de mettre fin à la mandature d’un mini-Trump, Laurent Wauquiez ».

« La présidentielle ne fait pas partie de mes plans », a-t-elle également affirmé.

Obs avec AFP

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