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Vivement l'Ecole!

politique

Emmanuel Macron et l’école des fans...

16 Février 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Politique

Le principal danger, pour le chef de l’État, ne vient pas de l'âpreté de l'opposition. Mais de la pâmoison de la majorité.

S’il est un danger qui guette le chef de l’État, ce n’est pas le retour de l’opposition : elle est encore convalescente. Ce n’est pas la dislocation de sa majorité : elle est encore reconnaissante. C’est bien plutôt le syndrome de "l’école des fans". 

Au bout de neuf mois de pouvoir, il faut se rendre à l’évidence : Emmanuel Macron est entouré de ministres qui ressentent pour lui (comment le dire sobrement ?)... une certaine adulation. C’est ainsi que Christophe Castaner assume, je cite, « une dimension amoureuse » dans sa relation avec le président. "Tout en lui est fascinant : son parcours, son intelligence, sa vivacité, et même sa puissance physique", explique le ministre des relations avec le Parlement. Gérard Collomb renchérit : "Avec Emmanuel, on s'adore, on a une relation quasiment fusionnelle, filiale", affirme le ministre de l’Intérieur dans le Journal du Dimanche. 

Mais dans cette course à la flatterie  éhontée, tous deux sont dépassés d’une tête par Richard Ferrand. Voici ce que dit le président du groupe LREM  à l’Assemblée : 

"Comme de Gaulle, Emmanuel Macron a une vision. Comme Pompidou, c'est un homme de lettres. Comme Giscard, un inspecteur des finances, comme Mitterrand, un homme d'histoire. Comme Chirac, il a un vrai intérêt pour les gens. Mais comme Sarkozy, il est hyper énergique et comme Hollande, il a de l'humour". N'en jetez plus.

Cette pâmoison générale se retrouve aussi parmi les parlementaires.

Dans la majorité, chacun en témoigne : quand le président reçoit les députés à l’Élysée par petit groupe, l’ambiance est davantage au fan club qu’au recul critique. « J’ai encore mal aux pieds » nous relate un député de la commission des affaires sociales, qui a vu ses collègues lui marcher dessus pour pouvoir prendre un selfie avec le Chef de l’État tout sourire. 

On en vient à se demander s’ils ont punaisé dans leur chambre des posters d’Emmanuel Macron ? Ou s'ils subtilisent parfois des décrets signés du président pour l’ajouter à leur collection d’autographes ? 

Plus sérieusement, comment expliquer ce phénomène ? Bien sûr, il y a l’effet de courtisanerie, propre à tout pouvoir, éternelle, dépeinte par Saint-Simon. Mais pas seulement. Le contraste est ici saisissant avec les quinquennats précédents. 

Auparavant, les ministres disaient plus de bien du président qu’ils n’en pensaient vraiment. Histoire de se faire bien voir. Désormais, c'est l'inverse. Hormis les quelques déclarations déjà citées, ils se refrènent en public. C’est en privé qu’ils parlent d’Emmanuel Macron des étoiles dans les yeux, le regard humide. « Il n’a pas peur de grand-chose », se pâmait une ministre pourtant expérimentée la semaine dernière devant nous.

Légitimité charismatique

Comment en est-on arrivé là ? Comment se  fait-il que des ministres semblent réfléchir non comme des ministres mais comme des miroirs -  des miroirs avantageux forcément pour le chef de l’Éta ? Bien sûr, personne ne peut nier la capacité de conviction, voire le côté hypnotique d'Emmanuel Macron. La conquête de la présidence à 39 ans a charmé les plus cyniques. Encore plus fort, il est même celui qui a convaincu François Bayrou de ne pas se lancer pour la présidentielle, et ça c’est une performance historique. 

Les partisans d’Emmanuel Macron vous diront que cet envoûtement est aussi un gage d’efficacité politique. La cohésion, le courage, le travail du gouvernement supposent  bien sûr une part d’adhésion liée au charisme, que Max Weber recensait parmi les sources de légitimité. Mais cette adulation comporte une part de risque. Qui osera dire au chef de l’État qu’il fait fausse route ? Qui le mettra  en garde contre les excès de la concentration du pouvoir ? Qui le vaccinera contre ces phénomènes de cour, qui peuvent griser les esprits les plus rationnels ? Le danger est d’accréditer le mythe d’un président omniscient, infaillible, comme en a tant rêvé la 5ème République. Attention à ce que les yeux de Chimène ne débouchent sur une chimère. C’est le risque de l’école des fans en politique.

Frédéric Says

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François Dubet, "Blanquer bénéficie du conservatisme des Français en matière d'école"

15 Février 2018 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Politique

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Baccalauréat : "Bravo l’artiste : une simplification ultra-compliquée !" - Claude Lelièvre...

14 Février 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Politique, #Baccalaureat

Baccalauréat : "Bravo l’artiste : une simplification ultra-compliquée !" - Claude Lelièvre...

EXTRAITS

Baccalauréat : " Le ministre de l'éducation nationale a manqué son rendez-vous avec l'Histoire "

Dans une tribune au « Monde », le professeur Claude Lelièvre, spécialiste de l’éducation, considère que le ministre Jean-Michel Blanquer n’a pas été jusqu’au bout de la demande de simplification demandée par le président Macron.

Tribune. Le premier choix que le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, était amené à faire était normalement de respecter l’annonce d’Emmanuel Macron lors de la dernière campagne présidentielle : quatre épreuves terminales, le reste en « contrôle continu ». Encore convient-il d’être très clair en l’occurrence.

Les tenants de ce type de proposition (ainsi que ses adversaires) ont toujours compris « contrôle continu » dans le sens qu’il a dans l’une des trois propositions faites par la mission Mathiot. C’est d’ailleurs l’un des trois scénarios qu’elle a proposés : les matières autres que celles figurant dans les épreuves terminales seraient évaluées en « contrôle continu » (c’est-à-dire avec les notes de première et de terminale).

(...)

Quasi-constante historique

(...)

On mesure ainsi à quel point Jean-Michel Blanquer a été exposé à une décision d’ordre historique. Allait-il être à la hauteur ? Allait-il réaliser ce que d’autres personnages illustres avaient envisagé mais n’avaient pas réussi à faire ? Entre autres Emile Combes en 1896, Michel Debré en 1950, Lionel Jospin en 1989, Claude Allègre en 2000 et François Fillon en 2005 ?

Eh bien non ! Le ministre de l’éducation nationale a manqué son rendez-vous avec l’Histoire en préférant ruser : 10 % de « vrai contrôle continu » (prise en compte des notes « ordinaires », comme dans les dossiers de candidatures aux formations post-bacs recherchées) ; mais 30 % de « faux contrôle continu » reposant sur des « partiels » ad hoc en première et terminale (pouvant avoir lieu en janvier et en avril pour la première, et en décembre pour la terminale).

La « simplification » demandée et proclamée par le chef de l’Etat Emmanuel Macron se solde par un étalement et une prolifération des moments possibles de « bachotage ». Bravo l’artiste : une simplification ultra-compliquée !

Claude Lelièvre

La tribune est à lire (pour abonnés) en cliquant ci-dessous

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Bac... Service National... Une ambiance post 1871...

14 Février 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

Bac... Service National... Une ambiance post 1871...

Quelques rapides petites réflexions inspirées des annonces récentes:

1- Le "nouveau" bac. (Je tiens aux guillemets):

Le nouveau bac « remusclé » va « décongestionner la France. » JM Blanquer/14 février 2018

On a le droit d'éclater de rire? Il faudra un jour m'expliquer pour quelles obscures raisons ce discours plait tant - parait-il - à une majorité de français? Aveugles? Sourds? Les deux? Ou de mauvaise foi? Discours également encensé par pas mal de médias et chroniqueurs influents...

Ambiance post 1871: la France dégénérée (= qui a perdu la guerre face à la Prusse) qu'il fallait en quelque sorte "remuscler".

2- Le service national universel (auquel personne ne comprend rien):

Même tonalité que le "point 1":

un "service national" qui doit "rééduquer la jeunesse"...

C'est tragique ce qui se passe... Dans une sidération et une apathie...sidérantes! 

Christophe Chartreux

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"Aux écoles citoyens/collègues! Formons nos bataillons!"

12 Février 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

"Aux écoles citoyens/collègues! Formons nos bataillons!"

Qui sont les VRAIS experts en matière d'éducation: les enseignants! Quelle que soit leur pédagogie, leur chapelle, etc.

Or in fine, qui décide?

- les parents: l'exemple des rythmes scolaires. Leur avis est plus important que celui des équipes enseignantes. Il faut le faire! Mais électoralement, ils ont du poids et les maires en tiennent compte. On est TRES loin des problèmes pédagogiques;

- des experts auto proclamés qui n'ont jamais enseigné. Cédric Villani est brillantissime dans son domaine, certainement sincère et sympathique mais l'entendre, avec Torossian, venir indiquer ce qu'est la meilleure pédagogie en mathématiques/cycle 2 alors qu'il n'enseigne qu'à des étudiants eux-mêmes brillantissimes et adultes, et alors qu'il ne SAIT PAS ce qu'est enseigner à 28 cp, cela me fait hurler!

- des chroniqueurs influents et autres personnes qui ne savent pas ce qu'est un élève de primaire mais ont un avis sur la pédagogie des mathématiques en CE2. Bon...

Je ne m'imagine pas devant mon médecin ou mon boulanger leur indiquer comment exercer leur profession et leur indiquer ce qu'il convient de faire ou pas pour soigner telle maladie, faire tel pain ou telle pâtisserie. Si cela m'arrivait, l'un comme l'autre me ficheraient dehors et ils auraient raison!

C'est pourtant ce qui arrive dans notre profession qui a vu ses serviteurs/experts être dépossédés du "pouvoir pédagogique".

Et le chemin pris actuellement ne fait qu'aggraver cette situation insupportable!

"Aux écoles citoyens/collègues! Formons nos bataillons!"

Christophe Chartreux

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Education - C’est si tentant la démagogie!...

11 Février 2018 , Rédigé par Enseigner au XXIe siècle Publié dans #Education, #Politique

http://fr.hellokids.com/c_1724/lire-et-apprendre/bd-pour-enfant/mots-et-themes-d-actualite-expliquees-en-bd/demagogie

http://fr.hellokids.com/c_1724/lire-et-apprendre/bd-pour-enfant/mots-et-themes-d-actualite-expliquees-en-bd/demagogie

« L’affaire du prédicat était symptomatique d’une école coupée des parents et méprisant la formation qu’ils avaient pu recevoir. » Cette phrase prononcée devant la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale par la nouvelle présidente du Conseil supérieur des programmes, Souad Ayada, ne manque pas d’étonner de la part d’une intellectuelle et philosophe. Au-delà de la question très technique de la pertinence ou pas de la notion de « prédicat » (et qui aurait dû rester une notion technique, de second ordre), ne peut-on lire là toute une conception de l’école qui ne devrait pas heurter le sens commun, qui devrait respecter les habitudes des familles et surtout pas les « choquer ». Par ailleurs, Souad Ayada fait l’éloge de l’esprit critique, par exemple appliqué aux religions, ce dont on ne peut que l’approuver. Mais j’ai appris, en terminale, il y a bien longtemps, que l’un des fondements de la philosophie était de secouer les préjugés. Ma première dissertation en terminale avait pour sujet « penser, c’est perdre le fil ». On peut étendre cela à bien d’autres domaines que celui de la philosophie. Oui, en SVT, on va sans doute heurter des conceptions venues du fond des âges en matière de sexualité notamment. Oui, en Histoire, on va remettre en cause des idées toutes faites sur le Moyen Age ou la colonisation et montrer la face grise de toute période contre aussi bien le « roman national » que la diabolisation. Oui, en français, on va aborder des œuvres qui pourront déranger … Et on usera d’un vocabulaire spécialisé qui troublera moins les élèves, pour qui « article » n’est pas plus clair que « déterminant » (bien au contraire) que les parents nostalgiques d’un bon vieux temps fantasmé. Pas sûr d’ailleurs que ces mêmes parents se débrouillent si bien avec le lexique grammatical plus « traditionnel ».

(...)

A vrai dire, à la nomination de madame Ayada, (dont j’admire le parcours, mais là n’est pas la question), j’ai cherché des écrits d’elle sur internet. Je suis tombé sur des textes vraiment incompréhensibles sur le soufisme et la culture islamique. Loin de moi alors d’ironiser ou de fustiger le jargon. Je mesurai surtout mon incompétence en la matière. Bien sûr, elle ne s’adressait pas à des familles. Mais justement, il y a un langage technique spécialisé qui peut et doit, de façon raisonnable et mesurée, être employé. « Prédicat » comme offense aux familles, quand même il fallait le faire ! Est-ce vraiment digne d’une philosophe dont on attend mieux ? On dirait aujourd’hui que les questions de langue française, de grammaire et d’orthographe, jouent le même rôle que les partis pris idéologico-politiques autrefois, elles rendent aveugles ou sourds certains intellectuels, quand ils sont de bonne foi. Et si on pouvait discuter sereinement, sans anathèmes ? Décidément, me voilà bien naïf ?

Jean-Michel Zakhartchouk

Billet à lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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FEMMES EN POLITIQUE - Aux portes du pouvoir ? Le défi de la participation des femmes à travers le monde... (Video)

11 Février 2018 , Rédigé par Femmes d'Histoire Publié dans #Education, #Politique, #Femme, #Histoire

 

Table ronde

Le défi de la participation des femmes à travers le monde

Participantes :

Najat VALLAUD-BELKACEM

Ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement de Jean Marc AYRAULT de 2012 à 2014. Ministre des Droits des femmes dans le gouvernemenmt de Manuel VALLS en avril 2014, elle a été également ministre de la ville, de la Jeunesse et des Sports. Elle a été la première femme à détenir le portefeuille de Ministre de l'Education Nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (d'août 2014 à mai 2017 dans le deuxième gouvernement de Manuel VALLS)

Maud RITZ, responsable des opérations à l’Organisationdes Nations Unies Femmes France. Fonctions dans des O.N.G féministes, à ONU Femmes au Mexique, au Conseil Supérieur de l’Égalité Professionnelle (C.S.E.P), puis au cabinet de l’ancienne ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol

Elen DEBOST, adjointe au maire du Mans Europe Ecologie les Verts, déléguée à la jeunesse et conseillère départementale, écoféministe.

Nabila MOUNIB

Universitaire, chercheuse, docteure et professeure en endocrinologie à l’Université Hassan II de Casablanca et femme politique marocaine.

Actuelle Secrétaire Générale du Parti Socialiste Unifié Marocain. Première femme élue à la tête d’un parti politique au Maroc

Ariane CHEMIN, grand reporter au journal Le Monde.

Auteure. Derniers ouvrages :  Les Strauss-Kahn, avec Raphaëlle Bacqué (Albin Michel, 2012). Le mauvais génie, avec Vanessa Schneider (Fayard, 2015), prix Bernard Mazières du livre politique. Mariage en douce

Et d'autres vidéos en cliquant ci-dessous

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Éducation : la stratégie du choc...

10 Février 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique

Éducation : la stratégie du choc...

Souvent dissimulés mais nombreux et dramatiques, quels sont les enjeux de la réforme gouvernementale pour les familles d’origine populaire, pour la qualité des enseignements, pour le travail des enseignants… et au-delà, pour la formation même de l’esprit critique ? Philippe Boursier, professeur, syndicaliste et membre de la Fondation Copernic, éclaire de façon limpide les dégâts qui s'annoncent.

La stratégie du choc pour casser les lycées, museler la jeunesse et baisser les salaires

Le démantèlement du bac et la disparition des filières au lycée visent à réduire encore les dépenses publiques consacrées à l'Education et à créer de nouveaux marchés tournés vers les familles solvables, du marché du coaching en orientation à celui des formations payantes de l’enseignement supérieur, en passant par celui du prêt étudiant. La cause est entendue : depuis une trentaine d’années les gouvernements libéraux s'attachent avec constance à défaire l'Etat social et à frayer une voie à l’expansion du capital. Mais la vague des contre-réformes qui frappe l’enseignement secondaire et supérieur - largement inspirées par le Medef et par les cercles de réflexion libéraux qui sont à sa main - procède d'une stratégie du choc qui a une visée plus large et moins immédiatement visible : baisser les salaires dans les entreprises comme dans les administrations et assujettir plus encore la force de travail à la volonté de ceux et celles qui en extraient du profit.

Il s’agit d’abord de baisser les salaires concédés aux enseignant.e.s des lycées. La semestrialisation de l’emploi du temps des élèves et l’annualisation des services programmés par le rapport Mathiot, allongent le temps de travail effectif des professeur.e.s sur l’année – tout en réduisant le nombre d’heures supplémentaires comptabilisées - entraînant ainsi une baisse des salaires horaires réellement perçus. Dans le même temps, la contraction des horaires des disciplines enseignées, a pour effet d’augmenter le nombre de groupes, et donc d’élèves, suivis par chaque enseignant.e et d’alourdir les tâches qui doivent être accomplies et la charge mentale qu’elles génèrent.

La baisse des salaires des enseignant.e.s est également induite par l'effondrement des postes aux concours – la baisse est de 35 % pour les postes aux concours externes 2018 du second degré ! - et par le recours aux salarié.e.s précaires qui s'ensuivra. Pour tenir son engagement de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires sur le quinquennat « l'exécutif souhaite étendre «largement» dans la fonction publique le recours aux contractuels ne bénéficiant pas de l'emploi à vie, et développer davantage la rémunération au «mérite». » Réduire le nombre de titulaires dans l'éducation participe donc bien d’une vaste offensive contre l’emploi stable - et le plus souvent l'emploi stable des femmes - visant à défaire le statut de fonctionnaire et à détériorer le rapport de forces entre les salarié.e.s stables et le patronat.

Dans le même temps, la fermeture de l’accès à l’université déstabilise aussi les étudiant.e.s d’origine populaire qui occupent des emplois précaires pour financer leurs études. En les privant des protections que procure le statut d’étudiant, on réduit leurs marges de jeu dans la négociation pour mieux les contraindre à accepter des conditions d’embauche et de rémunération toujours plus dégradées. Les projets de réforme qui se dessinent du côté des lycées professionnels procèdent d’ailleurs également d’une même volonté de domestiquer la jeunesse des classes populaires puisque le gouvernement prévoit simultanément d’étendre la précarité en encourageant l'apprentissage et d'assujettir les filières au bassin d’emploi, c’est-à-dire aux intérêts immédiats du patronat.

Mais la casse du lycée, le démantèlement du bac et la sélection à l’entrée de l’université auraient aussi des effets de pression à la baisse sur l’ensemble des salaires des travailleurs et des travailleuses pour d'autres raisons. Le niveau des salaires dans le secteur privé comme dans le secteur public, est en partie lié aux qualifications reconnues qui, jusqu’à présent, sont elles-mêmes adossées aux diplômes. S’attaquer au bac c’est remettre en question le principe des diplômes nationaux construits comme des points d’appui collectifs dans la définition des grilles des salaires et faire glisser la négociation salariale à un niveau de plus en plus local et individuel et donc de plus en plus défavorable aux salarié.e.s. Il y a bien longtemps que le patronat rêve de faire éclater la grille des salaires codifiée par les conventions collectives en remplaçant les diplômes certifiés par l’institution scolaire par des compétences validées – à la baisse - par le monde de l'entreprise.

Enfin, l'éviction d'une partie de la jeunesse - et en particulier de ses bachelier.e.s d'origine populaire - de l'université a aussi un arrière-plan politique et stratégique. Les années d'université participent à la construction critique des personnes et sont fréquemment des moments de socialisation à l'action collective. Le monde étudiant, notamment celui qui a des origines sociales dominées, a eu souvent un rôle décisif dans les grandes batailles engagées par les salarié.e.s et leurs organisations syndicales : contre le Contrat première embauche (CPE) en 2006, contre la casse du système des retraites en 2003 et en 2010, et plus récemment contre la déréglementation du droit du travail. La sélection à l’entrée de l’université poursuit aussi l’objectif inavoué de défaire les pôles de résistance du monde étudiant qui, dans un contexte de massification scolaire et de déclassement d’une partie des diplômé.e.s, sont toujours susceptibles de catalyser les puissantes mobilisations de la jeunesse scolarisée.

Les attaques contre les lycées et l'accès au supérieur font système et participent très clairement des mesures libérales-autoritaires qui frappent les salarié.e.s, de la facilitation des licenciements aux projets punitifs contre les chômeur.euse.s. À cette stratégie du choc qui espère créer un état de sidération et neutraliser les résistances, nous devons opposer la volonté collective d'assumer pleinement l'affrontement qui vient en fédérant autour d’un intérêt commun salarié.e.s de l’enseignement public secondaire et supérieur, lycéen.ne.s, étudiant.e.s et parents d’élèves. Et puisque l'offensive est conduite conjointement contre le service public d'éducation et contre les salarié.e.s, ce vaste mouvement unitaire doit sceller une alliance durable entre les mobilisations du monde de l’école et celles du monde du travail.

Philippe Boursier

Professeur de sciences économiques et sociales, syndicaliste et membre du conseil d’administration de la Fondation Copernic
le 1er février 2018

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Éducation nationale : La gabegie...

10 Février 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique, #Blanquer

Éducation nationale : La gabegie...

Le ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer entame une série de réformes tant au niveau des épreuves du baccalauréat qu'au niveau de l'accès aux filières universitaires, jetant ainsi le désarroi total chez le corps professoral qui ne comprend pas à quoi riment tous ces changements sans queue ni tête.

C'est un peu la gabegie  au niveau de l'enseignement en France. Professeurs, psychologues, conseillers d'orientation, sociologues, élèves, étudiants, tout le monde est un peu perdu..

    Que faire ? Comment orienter ses élèves dans les cycles qui leur correspondent ? Quelle filière choisir  ? Pour quelle Académie ? S'inscrire où ? Comment ? Un vrai foutoir..

    Et ça paraît tellement compliqué de faire son choix que personne ne veut y penser. Un vrai casse-tête qu'on essaie d'éviter mais qu'on ne peut contourner sans dégâts, à moins de payer..

    Il existe en effet une possibilité pour les flemmards qui ne veulent pas faire travailler leur méninges pour faire leurs choix: Consulter  des sites payants pour les aider à s' orienter. Seul inconvénient: le coût du conseil. La consultation est à 600 euros la demie heure.

    Pourquoi faire compliquer quand alors on peut faire simple ? Monsieur Blanquer aurait mieux fait de rendre plus accessible les procédures d'orientation et d'inscription pour le bien de tout le monde.

    Les prochaines rentrées scolaire et universitaire s'annoncent catastrophiques tant pour les élèves et étudiants que pour leurs professeurs.

Rachid Barbouch

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Parcoursup - Vers un renforcement des inégalités...

9 Février 2018 , Rédigé par Slate Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Parcoursup - Vers un renforcement des inégalités...

Parcoursup, le nouveau dispositif d'inscription des bacheliers dans l'enseignement supérieur, introduit des «attendus», fixés par les universités pour l’entrée dans chaque licence.

(...)

Vers un renforcement des inégalités

Ce nouveau mode de sélection renforce les inégalités entre les bacheliers. Beaucoup des attendus n’ont pas grand-chose à voir avec le parcours scolaire. Est-on obligé de parler de cursus, de CV pour des élèves qui sortent de l’école? Je crois qu’en terminale, je n’aurais rien pu dire qui ne soit indiqué dans mon dossier scolaire, à moins de faire la liste de mes colonies de vacances et de mes goûts musicaux.

La capacité à se valoriser et à mettre ses atouts en avant est très variable suivant les individus; elle recoupe des compétences sociales qui n’ont sans doute pas à entrer en compte comme critère de jugement dans un pays déjà très inégalitaire scolairement –nous sommes champions en la matière.

Les activités extra-scolaires dépendent hélas encore beaucoup du milieu d’origine et de l’engagement familial dans le parcours de l’enfant, notamment financier: les inscriptions en club de sport, en cours de musique... ont un coût. De même, faire des «séjours à l’étranger» un attendu confirmé relève purement et simplement du tri social.

Cette sélection pose également la question de l’anticipation: à quel âge est-on censé commencer à préparer son orientation et cocher les bonnes cases des attendus? Est-ce vraiment trop tard de choisir une voie à 18 ans?

Un recrutement basé sur les compétences sociales et les activités extra-scolaires s’opère déjà dans de nombreuses filières sélectives et à l’entrée des grandes écoles. Science Po et l’Essec – entre autres – ont dû créer des dispositifs d’ouverture sociale tant il leur était impossible d'offrir autre chose qu’un entre-soi de privilégiés à leurs étudiants. Ce sera désormais peut-être aussi le cas dans certaines universités.

(...)

Louise Tourret

Article à lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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