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Vivement l'Ecole!

politique

Maternelle, une lettre ouverte au ministre...

28 Mars 2018 , Rédigé par Snuipp - FSU Publié dans #Education, #Politique, #Maternelle

Maternelle, une lettre ouverte au ministre...

À l'initiative du SNUipp-FSU et à quelques jours des "assises", dix organisations du monde éducatif écrivent leur ambition pour l'école maternelle, une école première qui nécessite de vrais moyens et une formation de qualité

Lettre ouverte au ministre de l'éducation nationale

Paris le 24 mars 2018

à M. Jean-Michel BLANQUER, ministre de l’Éducation nationale

Monsieur le ministre de l’Éducation,

Des assises de l’école maternelle sont organisées. Sans doute s’agit-il de faire un état des lieux de l’existant et présenter les leviers d’amélioration. C’est pourquoi, nous, représentants des personnels, de parents et d’associations qui constituons la communauté éducative, devons participer à la réflexion. Nous avons une analyse et un projet pour l’école maternelle qui repose sur les réalités de terrain. L’école n’est pas un sujet qui doit être traité dans l’entre soi mais qui doit prendre en compte les approches plurielles et être mis en débat avec celles et ceux qui la font vivre. Pour nous l’école maternelle, est une école à part entière, école première où l'on apprend ensemble !

L'école maternelle doit être une école bienveillante et exigeante. Souvent lieu de la première socialisation hors de la famille et lieu de la première rencontre des familles avec l'institution scolaire, elle est avant tout un milieu où l'on grandit en apprenant avec les autres... Les apprentissages y sont multiples et complexes, permettant le développement de chaque enfant. Les enseignantes et enseignants, les ATSEM, les AESH et l’ensemble des interventions des personnels qualifiés et experts prennent en compte les multiples dimensions du développement de l'enfant et mettent en place des modalités spécifiques d'apprentissage. Les enseignants s'assurent de la construction des savoirs par une évaluation des acquisitions fondée sur une observation continue et attentive des réussites et des progrès de chaque élève. Le langage, dont la place essentielle a été réaffirmée dans le programme de 2015, est à la fois le produit et la source de ces apprentissages. C'est bien à l'école maternelle que les élèves sont amenés à construire un nouveau rapport au langage, pour communiquer mais aussi parler et penser le monde. 

Les parents ne s'y trompent pas, ils manifestent à l'école maternelle soutien et confiance et y scolarisent massivement leurs enfants. Entre la crèche et l'école élémentaire, l'école maternelle doit prendre toute sa place et défendre sa spécificité. Pour cela elle doit offrir un cadre sécurisant à tous les enfants, leur renvoyer un regard positif, créer les conditions d'une égalité d'accès au savoir, permettre l'activité intellectuelle grâce à l'action et au langage pour élaborer leur pensée.

Le rôle de l’école maternelle est fondamental pour garantir la réussite de tous les élèves.

Tout au long du cycle 1 se construisent des savoir être et savoir-faire essentiels pour un développement harmonieux de chaque enfant et de ses capacités à entrer dans les apprentissages de l’école maternelle et de la suite de leur scolarité. L’école s’appuie sur le principe fondamental que tous les enfants sont capables d’apprendre et de progresser.

Des recherches nationales montrent la corrélation entre scolarisation précoce et réussite future. La scolarisation à 2 ans est un facteur de réussite notamment pour les enfants les plus éloignés de la culture scolaire. Mais cela suppose des adaptations matérielles et temporelles, des moyens et une pédagogie prenant en compte les besoins et le développement des très jeunes enfants. Les conditions d’accueil doivent donc répondre à ces exigences.

Gratuite, l'école maternelle bien que non obligatoire, exige une feuille de route ambitieuse. Elle a aussi besoin de stabilité pour confirmer son rôle essentiel dans la réussite de toutes et tous. Cela nécessite un investissement de l’état et des collectivités locales.

C'est en agissant sur les effectifs par classe, la formation de tous les personnels, l'aménagement des espaces et du temps, le maintien de contenus d'apprentissages exigeants dans tous les domaines, le développement de la relation aux familles, la présence effective des réseaux d'aide (RASED), la complémentarité des personnels que nous ferons grandir encore l'école maternelle.

C'est cette ambition partagée que nous souhaitons porter dans le cadre des assises de la maternelle.

Isabelle Racoffier, présidente de l’AGEEM
Roseline Prieur-Ndiaye, présidente du CRAP-Cahiers pédagogiques
Liliana Moyano, présidente de la FCPE
Isabelle Lardon, secrétaire du GFEN et Jacques Bernardin, président du GFEN
Agnès Joyeux, membre du CA collégial de l'ICEM-pédagogie Freinet
Claire Le Calonnec, secrétaire générale d’Interco-CFDT
Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa
Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT
Regis Metzger, Arnaud Malaisé, Francette Popineau, secrétaires généraux du SNUipp-FSU
Didier Bourgoin, secrétaire général du Snuter-FSU

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Une maternelle "nouvelle" en 2019? C'est une plaisanterie!

27 Mars 2018 , Rédigé par La Croix Publié dans #Education, #Politique

Une maternelle "nouvelle" en 2019? C'est une plaisanterie!

Alors qu'une grand-messe a été organisée aujourd'hui à Paris, sous la présidence d'Emmanuel Macron et en présence du Ministre de l'Education Nationale, afin de présenter ce que sera la maternelle à partir de 2019, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter celle qui fut installée par Najat Vallaud-Belkacem.

C'était en août 2015.

Lisez bien ce qui suit... Nous en reparlons après...

Christophe Chartreux

                                ________________________________________

Mardi 25 août, à une semaine de la reprise des cours, la ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem tient sa conférence de presse de rentrée.

Parmi les nouveautés : l’entrée en vigueur de nouveaux programmes pour l’école maternelle, qui doit mieux prendre en compte le développement de l’enfant, en privilégiant des activités ludiques, et lutter plus efficacement contre les inégalités.

Quelque peu éclipsés par la réforme du collège et ses nombreuses controverses, les nouveaux programmes de maternelle, qui ont fait l’an dernier l’objet d’une consultation des enseignants, entreront en vigueur à la rentrée.

Le cap fixé doit permettre de trouver un délicat équilibre entre l’épanouissement personnel de jeunes enfants et leur préparation à l’entrée en classe de CP. Avec, au passage, l’objectif affirmé de gommer les inégalités entre les élèves.

Pour y parvenir, le Conseil supérieur des programmes (CSP), qui a rendu sa copie définitive en mars dernier, profite du fait que les trois années d’école maternelle forment désormais un cycle pédagogique unique, alors qu’avant 2013, la grande section était rattachée au CP et au CE1.

Une école maternelle « bienveillante »

Il distingue cinq domaines d’apprentissage, mettant en avant la « mobilisation du langage », les activités physiques et artistiques ou encore la structuration de la pensée des jeunes enfants.

« Cela donne la possibilité d’exercer une pédagogie spécifique à l’école maternelle, qui n’est ni une garderie, ni un petit CP », approuve Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU. Le syndicaliste salue également « la revalorisation de la place du jeu, et notamment du jeu libre, comme les imitations ».

Car c’était là l’une des principales critiques formulées à l’égard des précédents programmes : trop de papier et de crayons, pas assez d’activités ludiques. « Considérer l’enfant certes comme un élève, mais aussi tout simplement comme un enfant, est une bonne chose », se réjouit Bénédicte, directrice d’école maternelle à Paris.

Dans la même logique, le CSP a voulu repenser les méthodes d’évaluation. « Il y avait des dérives avec les programmes précédents, trop de pression sur les élèves qui aboutissait à la mise en difficulté de certains, regrette Claire Krepper, secrétaire nationale SE-Unsa. Là, l’évaluation sera basée sur l’observation de l’enfant, fixée par rapport à une progression plutôt qu’une norme. »

Autant d’évolutions vers ce que l’éducation nationale appelle une école maternelle « bienveillante », qui doit « donner envie aux enfants ».

Des directives plus précises pour les enseignants

Les nouvelles directives pour les enseignants sont également plus détaillées que les précédentes, notamment en mathématiques. Elles s’appliquent ainsi à différencier chaque connaissance, même la plus basique.

« Un enfant peut savoir réciter les nombres jusqu’à 30, sans pour autant être capable de dénombrer une collection de quinze objets, ce qui nécessite une certaine organisation pour ne rien oublier », souligne Claire Margolinas, chercheuse en didactique des mathématiques.

Plus de précisions peuvent donc, selon elle, encourager les enseignants à ne rien laisser de côté, comblant ainsi, autant que faire se peut, les écarts sociaux entre les élèves. Un élément essentiel de la lutte contre les inégalités, érigée en priorité.

Reste qu’en la matière, un changement de programmes ne peut pas tout. « La réduction des inégalités n’est pas quelque chose qui se décrète, avertit Claire Margolinas. Et ce d’autant plus que les programmes ne déterminent qu’une partie de ce que font les professeurs. » En outre, leur impact ne sera réellement mesurable qu’à moyen terme, le temps que les enseignants se les approprient.

(...)

Les cinq axes des nouveaux programmes

Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions : l’accent est notamment mis sur la dimension orale, indispensable pour faciliter l’entrée dans la culture de l’écrit.

Agir, s’exprimer, comprendre à travers l’activité physique : le sport doit permettre de contribuer audéveloppement moteur, sensoriel et affectif des enfants, mais aussi de développer leur sociabilisation et de « construire l’égalité entre filles et garçons ».

Agir, s’exprimer, comprendre à travers les activités artistiques : l’école maternelle se veut une porte d’entrée vers les arts visuels, du son ou du spectacle vivant.

Construire les premiers outils pour structurer sa pensée : les enfants découvrent les nombres et apprennent les quantités, les positionnements, les ordres de grandeur, ainsi que les formes. Ils appréhendent pour la première fois la géométrie et la mesure, qui seront enseignées à l’école élémentaire.

Explorer le monde : les enseignants se concentrent sur l’apprentissage des dimensions spatiales et temporelles, ainsi que sur l’exploration des objets et de la matière.

MARGAUX BARALON

Donc, si vous avez pris le temps de lire cet article de La Croix et de comparer avec ce qui a été annoncé aujourd'hui, vous avez pu à la fois:

- constater des différences très sensibles dans la construction du projet. Alors que les Assises de la maternelle ont privilégié l'entre-soi de quelques uns ("L’Education nationale est représentée par une inspectrice générale nommée en janvier par Blanquer et qui a pour domaine de spécialité les protéines impliquées dans l’olfaction chez la mouche drosophile et la myélinisation" nous apprenait ce matin Sylvie Plane dans Libération). sans même convier les représentants syndicaux, les programmes 2015 avaient été construits après concertations. L'évaluation est également abordée dans une réflexion poussée;

- constater les ressemblances aussi. Il semble que Rue de Grenelle, peut-être en manque d'inspiration, on ait retenu:

* l'école de la bienveillance;

* l'importance des activités artistiques;

* l’importance des aspects ludiques dans la pédagogie.

Comme un petit air de "copié-collé" présenté en nouveauté. C'est l'une des marques de fabrique de ce gouvernement: faire du "faux neuf" avec du "vrai ancien".

Pour rappel, les programmes 2015 furent et sont toujours plébiscités par les professeurs exerçant en maternelle.

Outre le fait de n'avoir rendu ce jour que le triste brouillon d'une pâle copie, les "inventeurs" de la "maternelle 2019" n'ont rien trouvé de mieux à faire que de détruire ce qui fonctionnait fort bien tout en étant améliorable.

Mais certainement pas avec les mesurettes présentées ce 27 mars 2018.

Christophe Chartreux

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Instruction obligatoire à 3 ans : "Il s'agit surtout d'un symbole"...

27 Mars 2018 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Education, #Politique, #Maternelle

Instruction obligatoire à 3 ans : "Il s'agit surtout d'un symbole"...

Selon Eric Charbonnier, analyste éducation auprès de l’OCDE, abaisser l'âge de l'instruction obligatoire à 3 ans ne suffit pas à enrayer les disparités sociales en maternelle

L'Elysée entend "faire de l'école le lieu de l'égalité réelle". L'âge de l'instruction obligatoire sera donc abaissé, dès la rentrée 2019, de 6 ans - ce qui correspond à l'entrée au CP - à 3 ans, a annoncé l'Elysée ce mardi 27 mars, alors que s'ouvrent les "Assises de l'école maternelle". Actuellement, 97,6% des enfants sont scolarisés dès 3 ans, malgré de nombreuses inégalités au sein de l'Hexagone et dans les territoires d'Outre-mer.

Dans le même temps, France Stratégie a publié début mars une note d'analyse sur l'état des écoles maternelles en France : alors que le pays a longtemps été un modèle parmi les pays de l'OCDE, sa réputation  "est aujourd'hui ébranlée", y souligne l'organisme. Les différentes enquêtes internationales sur les acquis des enfants questionnent la responsabilité de l'école maternelle dans les résultats jugés " insuffisants " des jeunes français.

La mesure voulue par Emmanuel Macron peut-elle suffire à enrayer ces mauvais résultats ? Pour Eric Charbonnier, analyste éducation auprès de l'OCDE, cette annonce est avant tout "symbolique". Elle ne doit pas exonérer le gouvernement de s'attaquer à l'aspect qualitatif de l'enseignement.

La mesure annoncée par Emmanuel Macron peut-elle ramener vers l'école les 2,4% d'enfants qui n'y vont pas ?

Oui, bien sûr. Cette mesure est un symbole fort puisqu'elle souligne l'importance de la maternelle pour lutter contre les inégalités. Notre système est déjà universel mais l'annonce va faire prendre conscience que l'école est importante pour développer le langage.

Ces 2,4% [d'enfants qui ne vont pas à l'école entre 3 et 6 ans] sont généralement issus des milieux défavorisés ou alors ne sont pas prêts à rentrer en école maternelle, souvent parce qu'ils ne répondent pas encore à des objectifs de propreté par exemple.

Quel est l'objectif de cette mesure ?

Elle fait suite aux différents résultats de la recherche internationale : on sait que les trois premières années de la vie sont propices au développement du cerveau, avec des pics au niveau du langage et des relations sociales. Avant même l'entrée en maternelle, il y a donc des inégalités assez fortes, qu'elle n'arrive pas à combler. 

Une étude du CNRS montre ainsi qu'au moment de l'entrée en CP, 20% des enfants maîtrisent entre 200 et 250 mots alors que les 80% restants en connaissent plus de 1.200. Et ceux qui passent plus de temps à l'école maternelle ont également de meilleurs résultats à 15 ans !

Il faudrait aussi que la pédagogie soit davantage axée autour du jeu et de la socialisation des jeunes enfants. Il y a tout un aspect autour du bien-être à prendre en compte : d'ailleurs, la révision de programme de 2015 [sous François Hollande] est une bonne chose puisqu'elle met l'accent sur cela. Mais elle voit ses effets limités car les effectifs trop importants dans les classes…  

Justement, le gouvernement ne se trompe-t-il pas de combat ? Ne vaudrait-il mieux pas, par exemple, augmenter le nombre d'enseignants ?

Il s'agit surtout, comme je l'ai expliqué précédemment, d'un symbole : la mesure va faire du bien aux enseignants d'école maternelle qui avaient peur d'être mal considérés. Mais je n'ai rien entendu sur le taux d'encadrement, ni sur la formation du personnel. La France compte en moyenne un enseignant pour 22 enfants, lorsqu'en moyenne, les pays de l'OCDE en dénombrent 1 pour 14.

Et les recherches ont clairement montré que la taille des classes favorise l'interaction entre élèves et enseignants. En ce qui concerne les Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) et les enseignants, il n'y a pas de formation spécifique à ce niveau scolaire : ce sont les mêmes prérequis demandés que pour la primaire. La France a réussi à amener la quasi-totalité des enfants à l'école, mais les conditions de travail ne sont pas idéales pour les enseignants : l'école maternelle doit dorénavant évoluer vers plus de qualité.

Pourquoi le fonctionnement actuel de la maternelle n'arrive-t-il pas à enrayer les disparités sociales ?

Tout simplement parce que la maternelle n'a pas eu les investissements escomptés. Dans les premiers niveaux de l'éducation, les dépenses de l'Etat sont inférieures de 15% par rapport à la moyenne des pays de l'OCDE. Au contraire, les lycées ont bénéficié de 37% de dépenses annuelles de plus que les pays de l'OCDE.

Il n'y a pas non plus eu de politique efficace dans les zones défavorisées.

Y-a-t-il un pays de l'OCDE dans lequel la maternelle représenterait un modèle à suivre ?

Il y a même tout un ensemble de pays dans lesquels de l'âge de 1 ans jusqu'à 10 ans, le système de la petite enfance est performant : la Suède, la Norvège, le Canada par exemple ont des objectifs pédagogiques adaptés à l'âge des enfants.

Le personnel est qualifié pour tous les âges, il y a beaucoup d'échanges entre ceux des crèches et des maternelles, ce qui facilite le transfert d'un niveau à un autre. Et il n'y a qu'un seul ministère responsable de la petite enfance donc plus de cohérence en termes de politique éducative, alors qu'en France, le ministère de l'Education nationale et celui de la Famille (ou de la Santé, actuellement) sont tous les deux concernés.

Propos recueillis par Virginie Ziliani

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Vers un retour des Internats d'excellence?... De funestes souvenirs...

26 Mars 2018 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Education, #Politique

Vers un retour des Internats d'excellence?... De funestes souvenirs...

En "réponse" à cet entretien paru sur le site "VousNousIls", je publie à nouveau ce billet concernant les si funestes "Internats d'excellence".

Le Ministre de l'Education Nationale, répondant à un "Youtubeur", réaffirmait très récemment son attachement aux internats dits "d'excellence", citant en exemple celui de Sourdun.

Il sera intéressant de lire ce que fut cet internat "modèle". (Voir l'article en bas de page).

Afin au moins de savoir de quoi l'on parle.

Ces internats furent vantés pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ils n'ont concerné pourtant que peu d'élèves. Les résultats obtenus, en regard des moyens très importants mis à disposition de ces établissements, ne furent pas ceux espérés.

Manifestement, il s'agissait d'afficher un "vernis social", limité à quelques élèves. Sans jamais le développer, faute de moyens évidents. Pire, en déshabillant Pierre pour habiller Paul - les meilleurs éléments étaient "extraits" des établissements "difficiles" - on affaiblissait encore davantage ces établissements pour renforcer leurs difficultés. Un comble pour une mesure dont la couverture médiatique fut hors normes.

En 2017/2018, les "CP à 12" en REP+ et bientôt les CE1 semblent suivre la même pente:

- une mesure destinée à une partie des écoles (y compris à une partie seulement des écoles "REP+");

- une mesure médiatiquement mise en lumière à grands renforts de déclarations multiples répétées en mantras;

- un affichage "social" entraînant les conséquences vécues actuellement sur le terrain: des fermetures de classes et des effectifs 2018/2019 particulièrement chargés.

Curieusement, le discours consistant à affirmer que "toutes les études scientifiques démontrent la pertinence des classes à effectifs réduits" n'est, pour les écoles subissant des fermetures, plus d'actualité.

Christophe Chartreux

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Le douteux bilan de l’internat d’excellence de Sarkozy

Les journalistes pressés se seront sans doute satisfaits du communiqué de presse [PDF] daté du 11 avril 2013 vantant « l’efficacité » et le « fort impact » de l’internat dit « d’excellence » de Sourdun (Seine-et-Marne), vestige de l’époque sarkozyenne.

Les plus consciencieux auront pris le temps de consulter le rapport complet rédigé par quatre chercheurs de l’Institut des politiques publiques, « Les effets de l’internat d’excellence de Sourdun sur les élèves bénéficiaires  : résultats d’une expérience contrôlée », commandé par le Fonds d’expérimentation pour la jeunesse. Un rapport dont la méthodologie surprend – et les conclusions également – mais dont la publication ne doit probablement rien au hasard.

Cet internat, voulu par Sarkozy à destination des élèves qualifiés de méritants et censément issus des milieux défavorisés, avait ouvert ses portes à la rentrée 2009, soutenu par la générosité jamais démentie des autorités – en gros, un ratio d’un adulte pour trois élèves – des moyens disproportionnés par rapport à la pertinence du projet et une couverture médiatique hors norme.

Ils ont choisi de faire simple, simpliste même

A première vue, le rapport bilan qui vient d’être publié fait tout ce qu’il y a de plus sérieux  : 72 pages en petits caractères, bourrées de statistiques avec trois chiffres après la virgule et une bibliographie internationale. Un rapport qui, se dit-on, devrait pour le moins justifier les 154 000 euros qu’il a coûtés au Fonds d’expérimentation pour la jeunesse, c’est-à-dire au contribuable.

Très vite pourtant, la méthode suivie pour mener l’enquête suscite des doutes, puis, rapidement, l’incrédulité. Si tout enseignant sait qu’en matière éducative l’évaluation est une chose complexe, nos valeureux chercheurs (tous économistes) ne se sont pas encombrés de scrupules  : à Sourdun, malgré la lourdeur apparente du dispositif retenu, ils ont choisi de faire simple, simpliste même.

Les 258 élèves admis à l’internat en 2009 et 2010 ont été comparés aux 137 élèves qui y avaient déposé leur candidature mais qui, n’ayant pas été admis, ont poursuivi leur scolarité dans d’autres établissements. Déjà, on subodore la magouille…

Les élèves des deux groupes ont ensuite été soumis à des tests standardisés, spécialement conçus pour l’occasion par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance à l’Education nationale (DEPP), en mathématiques et en français exclusivement, ces matières faisant l’objet de deux sessions d’une heure et demi, passées deux années de suite.

Résultats  :

  • la première année, aucune différence n’est relevée entre les deux groupes – ce que les enquêteurs expliquent par des difficultés d’adaptation des élèves de Sourdun à leur nouvel environnement ;
  • l’année suivante, les internes de Sourdun se détachent en mathématiques nettement de l’autre groupe (les élèves scolarisés ailleurs) mais continuent à piétiner désespérément au même niveau en français.

On ne saura rien des autres disciplines, sans doute jugées peu dignes d’être évaluées.

« Bilan positif » : une enquête biaisée

Récapitulons  : à Sourdun, 258 élèves au départ fortement motivés, d’un bon niveau scolaire (hérité de leur établissement d’origine, ce qu’on aurait tendance à oublier), épaulés par leurs parents, plus sociables que la moyenne, recrutés sur dossier, bénéficiant d’un environnement éducatif hors pair, d’un encadrement surdimensionné, en un mot privilégiés, obtiennent après deux ans des résultats supérieurs en mathématiques, exclusivement, à ceux obtenus par 137 élèves non privilégiés qui passent leur scolarité selon la règle commune. Etonnant, n’est-ce pas  ?

Pourtant, il n’en faut pas plus aux enquêteurs pour conclure à un «  bilan positif  » et que le Figaro chante sans retenue les louanges des internats Sarkozy.

La réalité des internats d’excellence avait pourtant été dévoilée par un rapport de l’Inspection générale (IG), un rapport tellement accablant [PDF] que le ministre de l’époque, Luc Chatel, l’avait laissé dormir au fond d’un tiroir avant que son successeur ne se décide à le publier.

L’IG pointait, pêle-mêle :

  • les budgets consacrés à la structure (la dépense par élève y est deux fois plus élevée) ;
  • le recrutement des élèves qui, contrairement au principe affiché, ne relève pas de la justice sociale (à Sourdun, moins d’un élève sur deux est boursier) ;
  • des pratiques pédagogiques peu innovantes ;
  • des activités extra-scolaires accaparantes et pas forcément pertinentes ;
  • de graves lacunes en matière d’orientation des élèves
  • et même un climat d’établissement laissant à désirer  : en 2009-2010, on comptait 31 départs sur un effectif de 131 (soit un quart).

Pire que dans un collège de ZEP

L’IG relevait également 84 élèves punis ou sanctionnés une ou plusieurs fois, 186 rapports, 182 exclusions de cours, alors même que le projet éducatif affiche l’objectif de « limiter les exclusions de cours », 88 retenues, 66 rendez-vous avec les familles, 40 travaux d’intérêt général, 40 exclusions temporaires. Toujours en 2009-2010, l’établissement avait réuni trois conseils de discipline pour « violences physiques et dégradations ». Pire que dans un collège de ZEP…

Plus fondamentalement, le reproche majeur vise le principe même de l’internat d’excellence qui consiste à concentrer de lourds moyens sur un nombre infime d’élèves (0,02% des effectifs totaux), pas forcément plus « méritants » que les autres, alors que l’on supprimait des dizaines de milliers de postes et que l’éducation prioritaire était mise à mal.

Les internats d’excellence auront surtout joué le rôle d’un écran de fumée destiné à masquer le désintérêt de son initiateur pour l’échec scolaire, conséquence des inégalités sociales. La surdotation de Sourdun provient de tout ce qui a été ôté aux autres… avec la meilleure bonne conscience du monde.

Sourdun, un projet politique

Au final, quelle conclusion attendre de cette enquête faussée par une méthodologie biaisée ? Derrière une apparence de rigueur et de scientificité, se cache une idéologie forte, dont les « chercheurs » – puisqu’il faut les appeler ainsi – ne font d’ailleurs pas mystère dans leur conclusion (p.62)  :

« Le bilan est positif. […] Cependant, cette politique fait un choix, celui de cibler des ressources importantes sur des élèves motivés, de niveau scolaire médian et regroupés entre eux. […] Peut-être est-il préférable de concentrer les ressources là où elles sont utiles plutôt que de les diluer comme l’a longtemps fait la politique d’éducation prioritaire. »

En quelques phrases, la messe est dite  : sélection rigoureuse des élèves (et des enseignants) par le chef d’établissement, discipline traditionnelle, pédagogie routinière, l’internat de Sourdun a les couleurs du projet éducatif de l’UMP tourné vers la sélection précoce des élèves par la suppression du collège unique.

Dans ces conditions, que le proviseur de l’internat de Sourdun, Bernard Lociciro, soit également l’adjoint de Jean-François Copé à la mairie de Meaux, est-ce vraiment un hasard  ?

Bernard Girard - 14 avril 2013

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L'école maternelle à la française en danger ? Par Claude Lelièvre...

26 Mars 2018 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Politique

L'école maternelle à la française en danger ? Par Claude Lelièvre...

Des « Assises de l'école maternelle » vont se tenir mardi et mercredi. Il s'agit, selon Jean-Michel Blanquer, de rien moins que de « penser l'école maternelle de demain ». Bigre ! "Lettre ouverte au Ministre de l'Education nationale"

Pour permettre de mieux savoir où nous devons aller, il est sans doute opportun de ne pas oublier d'où nous venons si nous voulons éviter les mésaventures voire les contrefaçons. Et cela d'autant plus que des tentatives en ce sens ont déjà eu lieu, ne serait-ce que sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy (auquel Jean-Michel Blanquer a participé à un haut rang durant sa deuxième moitié en tant que DGESCO). On se souvient sans doute de l'annonce faite dès le le 11 mai 2009 par la secrétaire d'Etat chargée de la Famille Nadine Morano : le lancement de l'expérimentation de « jardins d'éveil » destinés aux enfants de deux à trois ans, l'objectif étant de créer 200000 offres d'accueil à l'horizon 2012.

Avant « l'école maternelle » créée durant la période ''ferryste'', il y a avait eu des « salles d'asile » (pour la garde et la sauvegarde des jeunes enfants dont les mères n'étaient pas en état de s'occuper, notamment lorsqu'elles travaillaient à l'usine). Il est remarquable que tous les textes officiels concernant ces « salles d'asile » (de 1829 à 1881, date de leur transformation en « écoles maternelles ») ont toujours fixé l'âge réglementaire d'admission à deux ans (celui de l'âge maximum variant, lui, entre six et sept ans).

L'arrêté du 28 juillet 1882 (écrit sous l'influence décisive de Pauline Kergomard) signe la naissance de « l'école maternelle » française (une quasi exception dans le paysage européen) : « l'école maternelle n'est pas une école au sens ordinaire du mot : elle forme le passage de la famille à l'école ; elle garde la douceur affectueuse et indulgente de la famille, en même temps qu'elle initie au travail et à la régularité de l'école […]. Tous les exercices de l'école maternelle doivent aider au développement des diverses facultés de l'enfant sans fatigue, sans contrainte ; ils sont destinés à lui faire aimer l'école et à lui donner de bonne heure le goût du travail, en ne lui imposant jamais un genre de travail incompatible avec la faiblesse et la mobilité du premier âge ».

Le décret du 18 janvier 1887 précise que « dans les écoles maternelles, les enfants peuvent être admis dès l'âge de deux ans révolus et rester jusqu'à l'âge de six ou sept ans ». Il est indiqué que « les écoles maternelles sont des établissements de première éducation ». Il s'agit bien d'éducation et non d'instruction.

Pauline Kergomard mènera durant trente ans une lutte incessante pour que l'école maternelle ne soit pas envahie par des programmes scolaires, mais soit le lieu où le jeu est reconnu comme étant l'activité la plus formatrice pour de jeunes enfants. En corollaire, elle tentera de promouvoir une formation spécifique pour les enseignantes en maternelles, mais sans grand succès.

Si l'on juge par ce qu'en dit elle-même Pauline Kergomard, le bilan de cette orientation et de ces luttes persistantes n'a pas été pleinement satisfaisant, signe de difficultés récurrentes qui peuvent encore se poser aujourd'hui . « C'est là la grande faille de notre éducation maternelle : on y confond le développement intellectuel avec l'instruction » L'école maternelle doit être clairement une « école », mais une école clairement « spécifique ».

Les « Assises de l'école maternelle » de ce mois de mars 2018 se situent dans un contexte lui aussi bien spécifique (préoccupant voire inquiétant). La « note d'analyse » de France Stratégie qui est parue récemment propose « un nouvel âge pour la maternelle ». L'OCDE insiste depuis quelque temps déjà sur des « modèles intégrés à gouvernance unique » pour les 1-6 ans, ce qui conduirait ipso facto à la fin de l'école maternelle à la française. Par ailleurs, le « Réseau français des villes éducatrices » met en garde, car le ministre Jean-Michel Blanquer a laissé entendre que la scolarisation dès trois ans « pourrait ne pas être pertinente et donc revue à la baisse » alors qu'elle est l'une des réponses tout à fait possibles. Il ne faudrait donc pas que les « Assises de la maternelle » « servent  à justifier des suppressions de postes » dans l'Education nationale (et en premier lieu en maternelle, comme cela a déjà commencé: près d'un millier pour la entrée selon le SNUipp...) avec report de « cette responsabilité sur les collectivités (accueils petite enfance) »

C'est pourquoi je soutiens volontiers – comme il me l'a été demandé – l'initiative prise par des organisations d'adresser au ministre de l'Education nationale une « Lettre ouverte » qui se situe clairement dans la ligne historique de « l'école maternelle à la française » en veillant à son approfondissement, ses mises à jour et ses équilibres internes.

Claude Lelièvre

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« Monsieur le Ministre de l’Education nationale,

Des assises de l’école maternelle sont organisées. Sans doute s’agit-il de faire un état des lieux de l’existant et présenter les leviers d’amélioration. C’est pourquoi, nous, représentants des personnels, de parents et d’associations qui constituons la communauté éducative, devons participer à la réflexion. Nous avons une analyse et un projet pour l’école maternelle qui repose sur les réalités de terrain. L’école n’est pas un sujet qui doit être traité dans l’entre soi mais qui doit prendre en compte les approches plurielles et être mis en débat avec celles et ceux qui la font vivre.

Pour nous l’Ecole Maternelle, est une école à part entière, école première où l'on apprend ensemble !

L'école maternelle doit être une école bienveillante et exigeante. Souvent lieu de la première socialisation hors de la famille et lieu de la première rencontre des familles avec l'institution scolaire, elle est avant tout un milieu où l'on grandit en apprenant avec les autres.. Les apprentissages y sont multiples et complexes, permettant le développement de chaque enfant. Les enseignant.e.s, les ATSEM, les AESH et l’ensemble des interventions des personnels qualifiés et experts prennent en compte les multiples dimensions du développement de l'enfant et mettent en place des modalités spécifiques d'apprentissage. Les enseignant.e.s s'assurent de la construction des savoirs par une évaluation des acquisitions fondée sur une observation continue et attentive des réussites et des progrès de chaque élève. Le langage, dont la place essentielle a été réaffirmée dans le programme de 2015, est à la fois le produit et la source de ces apprentissages. C'est bien à l'école maternelle que les élèves sont amenés à construire un nouveau rapport au langage, pour communiquer mais aussi parler et penser le monde.

Les parents ne s'y trompent pas, ils manifestent à l'école maternelle soutien et confiance, et y scolarisent massivement leurs enfants. Entre la crèche et l'école élémentaire, l'école maternelle doit prendre toute sa place et défendre sa spécificité. Pour cela elle doit offrir un cadre sécurisant à tous les enfants, leur renvoyer un regard positif, créer les conditions d'une égalité d'accès au savoir, permettre l'activité intellectuelle grâce à l'action et au langage pour élaborer leur pensée. Le rôle de l’école maternelle est fondamental pour garantir la réussite de tous les élèves.

Tout au long du cycle 1, se construisent des savoirs être et savoir-faire essentiels pour un développement harmonieux de chaque enfant et de ses capacités à entrer dans les apprentissages de l’école maternelle et de la suite de leur scolarité. L’Ecole s’appuie sur le principe fondamental que tous les enfants sont capables d’apprendre et de progresser.

Des recherches nationales montrent la corrélation entre scolarisation précoce et réussite future. La scolarisation à 2 ans est un facteur de réussite notamment pour les enfants les plus éloignés de la culture scolaire. Mais cela suppose des adaptations matérielles et temporelles, des moyens et une pédagogie prenant en compte les besoins et le développement des très jeunes enfants. Les conditions d’accueil doivent donc répondre à ces exigences.

Gratuite, l'école maternelle bien que non obligatoire, exige une feuille de route ambitieuse. Elle a aussi besoin de stabilité pour confirmer son rôle essentiel dans la réussite de toutes et tous. Cela nécessite un investissement de l’Etat et des collectivités locales.

C'est en agissant sur les effectifs par classe, la formation de tous les personnels, l'aménagement des espaces et du temps, le maintien de contenus d'apprentissages exigeants dans tous les domaines, le développement de la relation aux familles, la présence effective des réseaux d'aide (RASED), la complémentarité des personnels que nous ferons grandir encore l'école maternelle.

C'est cette ambition partagée que nous souhaitons porter dans le cadre des assises de la maternelle.

Isabelle Racoffier, présidente de l’AGEEM

Liliana Moyano présidente de la FCPE

Isabelle Lardon, secrétaire et Jacques Bernardin, président du GFEN

Agnès Joyeux, membre du CA collégial de l'ICEM-pédagogie Freinet

Claire Le Calonnec, secrétaire générale d’Interco-CFDT

Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa

Catherine Nave – Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT

Régis Metzger, Arnaud Malaisé, Francette Popineau secrétaires généraux du SNUipp-FSU

Didier Bourgoin, secrétaire général du Snuter-FSU

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Yolanda Renée King (9 ans), petite fille de Martin Luther King... Discours de Washington... "Enough is enough!"

25 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Education

MLK Jr.'s Granddaughter 'Yolanda Renee King' Speech at March for Our Lives "Enough Is Enough"

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Faut-il réduire le nombre d’élèves par classe? Oui, mais ne pas s'en contenter...

24 Mars 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique, #Pédagogie

Faut-il réduire le nombre d’élèves par classe? Oui, mais ne pas s'en contenter...

Faut-il réduire le nombre d’élèves par classe ?

Oui! Mais certainement pas n'importe comment, par populisme et en oubliant l'essentiel des paramètres à prendre en considération en amont, pendant et en aval d'une telle décision.

Le dédoublement des CP en REP+ n'est en aucun cas une "réduction d'élèves par classe".
  
  Toutes les études, notamment américaines (Etats-Unis) montrent que la réduction du nombre d’élèves par classe favorise tous les élèves, faibles et forts. Mais ceci à une condition : que cet effectif soit d’un maximum de 10 élèves, ce qui ne peut se faire à l’heure actuelle en France de manière généralisée, mais est possible de manière ponctuelle et ciblée. Il est prouvé que retirer 5 élèves sur un effectif de 25 n’aura aucun effet ; en revanche, retirer 5 élèves sur un effectif de 15 est porteur d’excellents résultats. (Voir School Class Size de Glass, Cahen, Smith et Filby paru en 1982). 

Donc, transformer une classe de 28 pour en faire deux de 14 n'a pas de sens lorsqu'on se contente de ne mettre en lumière QUE ces chiffres qui, à eux seuls, ne signifient rien.
   
  Les recherches menées au Etats-Unis (et en France notamment par Piketty) l’ont été de la manière suivante : les élèves ont été affectés de manière aléatoire dans des classes à effectif réduit ou dans des classes à effectif plus nombreux. Les chercheurs ont ensuite vérifié que les élèves composant les deux types de classes présentaient des caractéristiques comparables du point de vue de l’ethnie, du sexe et du statut socio professionnel des parents. Les résultats des élèves des deux groupes ont été comparés à des moments différents de leur scolarité et à travers des indicateurs diversifiés : tous confirment l’intérêt des classes à effectif réduit (10 ou moins de 10 élèves/Jamais moins de 8).

On est très loin des "expériences" (??) menées actuellement. D'autant qu'aucune mesure complémentaires et absolument nécessaire lorsqu'on réduit des effectifs n'a été mise en place.

Comme par exemple l'introduction des groupes de besoin.
   
L’intérêt des groupes de besoin
   
  L’idée de « groupes de besoin » n’est pas nouvelle. Claparède la préconisait en…1920. Aux Etats-Unis, dans le cadre beaucoup plus récent du plan Joplin, les élèves sont attachés en fonction de leur age à une classe hétérogène. Ils la quittent pour certains apprentissages (Lecture et mathématiques principalement) qui se déroulent en groupes homogènes. Cet assouplissement respecte à la lettre trois règles immuables :
   
  -       le temps passé en groupes homogènes est nettement inférieur au temps passé en classes hétérogènes, ce qui a pour conséquence que le groupe auquel les enfants s’identifient reste ce dernier
   
  -       la constitution des groupes homogènes repose sur l’évaluation d’une compétence spécifique et non plus sur celle d’une aptitude générale
   
  -       les groupes sont flexibles ; en fonction des progrès des élèves, ils peuvent être réorganisés

   
  Le plan Joplin a fait l’objet de plusieurs évaluations :
   
  -       l’effet positif est particulièrement sensible pour les élèves faibles, sans affecter le niveau des élèves forts
  -       les résultats en lecture des élèves du programme Joplin sont nettement supérieurs à ceux des élèves fréquentant des classes « traditionnelles ».
  -       aucune étude d’évaluation n’a  abouti à des résultats négatifs à propos du plan Joplin

   
  Il est donc nécessaire, puisque cela « marche », de constituer des classes hétérogènes à petits effectifs, surtout dans les premières années de l’école primaire, déterminantes pour l’avenir. Sur cette unité de base, il sera utile de greffer un fonctionnement par groupes de besoin en respectant les trois règles énoncées ci-dessus.

Tout cela n'est pas en place aujourd'hui. Et c'est dramatique car une mesure a priori utile - le dédoublement des CP et CE1 en REP+ - risque fort de n'être qu'un affichage dont les conséquences pourraient s'avérer néfastes pour les élèves concernés.

Je souhaite évidemment qu'il n'en soit rien...

Christophe Chartreux

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Cécile Alduy : « Emmanuel Macron camoufle la violence sociale sous des expressions abstraites »...

23 Mars 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Politique

Cécile Alduy : « Emmanuel Macron camoufle la violence sociale sous des expressions abstraites »...

EXTRAITS

Cécile Alduy, professeure de littérature à Stanford, en Californie, et chercheuse associée au Cevipof de Sciences Po, décrypte les ressorts du langage employé par Emmanuel Macron et ses proches.

Y a-t-il d’après vous une syntaxe spécifique au macronisme ?

Oui la syntaxe est particulière, avec d’abord l’emploi intransitif de verbes transitifs comme « faire », « transformer » ou l’usage dans l’absolu de verbes comme « agir » ou « avancer » sans compléments. Avec cet élément de langage répété comme justification de toute mesure : « le président fait ce qu’il a dit ». Comme si tout débat sur le bien-fondé des mesures envisagées sur le fond était balayé par l’argument de la parole tenue. C’est un signe inquiétant de notre démocratie : la parole politique a été tellement démonétisée que le seul fait de faire ce qu’on a annoncé (à la différence, sous-entendu, des prédécesseurs) devient en soi un gage – quelles que soient les conséquences économiques et sociales des mesures.

Le deuxième marqueur syntaxique découle du mouvement dialectique de la pensée « en même temps », qui suppose de toujours tenir ensemble dans une même phrase les deux versants a priori opposés d’un problème (« liberté et protection », « humanisme et fermeté ») : la syntaxe s’en ressent avec des phrases construites sur des symétries. Mais l’équilibre des phrases ne veut pas dire équilibre des politiques entre libéralisation et protection sociale par exemple.

(...)

L’irruption du discours entreprenarial est-elle propre à la Macronie ou est-ce une tendance de fond ?

D’une part, c’est surtout en interne, dans les équipes (principalement de Macron). La forme livrée au public est plutôt lissée et maîtrisée pour effacer un peu cette tendance. D’autre part, c’est une tendance de fond plus ancienne, déjà analysée lors des années Sarkozy. En fait au-delà du vocabulaire, finalement assez courant, c’est un tropisme économique plus profond analysé par Luc Boltanski et Eve Chiapello dans Le Nouvel Esprit du capitalisme [Gallimard, 1999] : c’est de voir le monde par le prisme de la rationalité économique avant tout.

Que recèle le mot « disruptif », qui est l’alpha et l’oméga des députés macronistes, quand il s’agit de décrire leur stratégie politique ?

En économie, une innovation est disruptive lorsqu’elle produit une rupture créatrice d’un état d’un marché donné : il y a rupture de l’équilibre mais surtout des fondements d’une industrie ou d’un marché (Airbnb et l’hôtellerie, Uber et les taxis, Facebook et les médias traditionnels, le streaming et l’industrie du disque) et introduction d’un système nouveau, qui le reconfigure sur de nouvelles bases.

Le « et de droite et de gauche » se vante d’être disruptif parce qu’il casse la structuration même du paysage politique pour faire émerger d’autres systèmes de fonctionnement. Mais on ne voit pas encore dans ce cas quelle est la valeur ajoutée produite, en quoi l’innovation du mouvement En marche ! révolutionne la production des politiques publiques par exemple. En fait le résultat vient assez banalement des idées qui existaient souvent déjà (réforme de la SNCF, des prud'hommes, de l’asile) mais « disruptif » donne un cachet « start-up ».

(...)

Propos recueillis par Nicolas Chapuis

Lire aussi :   Macron et les mots choisis de la réforme

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Intolérables violences, très "organisées", à la Faculté de Droit de Montpellier! Les images et témoignages...

23 Mars 2018 , Rédigé par France 3 Publié dans #Education, #Politique, #Université

Montpellier : des étudiants occupant la fac de Droit passés à tabac par des hommes cagoulés

Scène d'une grande violence, la nuit dernière à la faculté de Droit de Montpellier. Plusieurs étudiants occupant les locaux ont été agressés par une douzaine d'hommes cagoulés. Les forces de l'ordre sont intervenues vers 1h du matin. Plusieurs jeunes sont hospitalisés.

Vers minuit et demi, selon les témoignages, une bande de 10-15 personnes cagoulées a agressé les manifestants. Armés vraisemblablement de matraques ou de bâtons, visibles sur les images postées sur les réseaux sociaux, les hommes ont visiblement tenté de faire évacuer les locaux de force.

Résultat: plusieurs étudiants blessés, selon notre reporter, Caroline Agullo, qui était sur place. Certains ont été transportés à l'hôpital.

Qui sont les agresseurs?

Pour l'instant, rien ne filtre de l'enquête de la police mais certains étudiants présents accusent le doyen de la faculté de droit de Montpellier d'avoir commandité cette évacuation forcée.
Joint par France 3, Philippe Petel s'est défendu d'être à l'origine de cette attaque, mais insiste également sur la nécessité qu'il y avait à faire évacuer les lieux.

Ecoutez cette étudiante présente lors de l'agression. Elle est au micro de Caroline Agullo. Elle a les mains en sang après avoir tenté de dégager un étudiant attaqué et coincé sous une grille.

Réponse du doyen de la faculté de Droit, accusé par les étudiants d'avoir pour le moins facilité l'accès de l'université aux hommes armés et cagoulés.

Sylvie Bonnet

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