Voilà donc une nouvelle bataille à mener dans l'éducation : éradiquer les téléphones portables dans les enceintes de nos établissements scolaires ! Dimanche, je n'ai pas prêté attention à la déclaration sur ce sujet de Jean-Michel Blanquer au grand jury de RTL.

Peut être car le ministre de l'Éducation nationale remit en cause lors de ce même entretien la participation des mères voilées aux sorties scolaires, un sujet qui me tient à cœur et sur lequel je me suis déjà exprimé dans ce blog.

Que ce soit pour l'un ou pour l'autre sujet, ne nous y trompons pas, ce sont des thèmes, le retour à une discipline plus stricte dans nos écoles et les dangers de l'islam face à l'école laïque, qui permettent d’opérer une belle diversion.

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L'interdiction du portable au collège : c'est déjà le cas...

Lundi matin, une radio m'a même contacté pour m'exprimer sur le sujet. J'ai refusé, j'avais cours. Il aurait été cocasse de répondre en classe devant mes élèves que le portable à l'école est un faux problème.

Oui, l'interdiction du portable est un faux problème pour la simple et bonne raison qu'il est déjà interdit dans une grande majorité des établissements et que cela n'engendre pas des conflits à la pelle.

Dans mon collège, l'interdiction est étendue aux couloirs et cour de récréation. Parfois, un portable sonne en cours. Il est confisqué, remis à la direction et l'un des responsables de l'élève doit venir le récupérer. C'est tout.

Après consultations de mes élèves, d'autres établissements tolèrent son utilisation dans la cour et les couloirs. Soit. Peut être faudrait-il uniformiser les règlements dans l'ensemble des collèges sans en faire une information capitale. Quant aux écoles élémentaires, le débat n’existe même pas au vu du nombre d’enfants possédant un smartphone.

Pour ce faire, le ministre souhaite confiner les portables.

Mais où ? Dans des casiers ? J'ai déjà expérimenté la remise du téléphone dans une boîte. C'était dans un dispositif de réinsertion scolaire avec seulement quatre élèves par session. Chaque matin, il me fallait dix minutes de négociations pour obtenir le téléphone. Et parfois, l'élève en avait deux. Comment savoir ? Fouiller les élèves ? La mise en place d'une telle mesure étendue à des centaines d'élèves chaque matin s'annonce problématique.

L'utilisation des téléphones en cours est rarissime. Dans les établissements ou cela arrive, leur utilisation n'est qu'un refus de se plier à la discipline parmi d'autres. Pour asseoir cette autorité mise à mal, il faut du personnel en nombre et bien formé. Voilà le vrai sujet totalement transparent dans les médias et qui aurait pourtant dû être évoqué fin novembre.

De plus, l'utilisation du téléphone est parfois appréciable. Le ministre l'a d’ailleurs reconnu. Des collègues de technologie l’utilisent, je m’en sers également dans mon club journal. Avec les élèves, nous filmons, montons et enregistrons les voix à l'aide de nos smartphones et le rendu est de bonne qualité.

Un retour vers une école au fonctionnement archaïque ?

Cette volonté d'interdire les portables n'est qu'un élément parmi d’autres d'une volonté de restaurer une école digne de la première moitié du XXe siècle. Après les téléphones, l'uniforme sera certainement mis sur le tapis ou d'autres mesures qui ne résoudront en rien les problèmes de fond de notre institution.

Ces écoles, il en existe, n’ont pourtant pas de résultats probants.

Cette semaine, des conseillers régionaux Front de Gauche d’Île de France ont ainsi alerté le ministre de l’Éducation nationale sur les limites rencontrées par les écoles hors contrat de la fondation Espérance banlieue qui bénéficient d’un financement public.

Privilégiant des méthodes traditionnelles et attirant des familles des quartiers populaires lassées de voir « des professeurs non remplacés et des classes surchargées » les élèves en uniforme lèvent le drapeau chaque semaine. Il se trouve que ceux qui en sortent pour retrouver le secteur public affichent des lacunes importantes aux tests qu’ils sont obligés de passer. Ces écoles privées hors contrat sont pourtant saluées par les médias et même des artistes comme Jamel Debbouze.

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Jean-Riad Kechaou

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