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Vivement l'Ecole!

politique

Blanquer tient-il les engagements de Macron? Un couple d'enfer!... Par Claude Lelièvre...

5 Mai 2018 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Politique

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Encore ensemble en Nouvelle Calédonie. Un an, c'est court ; mais c'est la moitié de la durée moyenne d'exercice d'un ministre de l'Education nationale sous la cinquième République. Cependant, on peut déjà voir dans quelle mesure il s'est attaché à mettre en œuvre les engagements du président de la République nouvellement élu ; et lesquels de façon prioritaire.

Trois retours vers la situation d'avant le quinquennat précédent assumés

Candidat Macron : « Rendre possible le retour à la semaine de quatre jours dans le primaire »

Le 2 juin 2012, dans l'Académie de Clermont-Ferrand, Stanislas Dehaene (professeur de psychologie cognitive au Collège de France) avait indiqué : « il faut s’entraîner un peu tous les jours, avec des périodes de sommeil pour consolider l’apprentissage de la lecture ; en ce sens, la concentration de l’apprentissage sur une semaine de 4 jours est une absurdité » . Jean-Michel Blanquer (alors encore DGESCO) avait surenchéri, en indiquant qu'« il faut en effet une bonne répartition du temps comme le dit Stanislas Dehaene, sur 9 demi-journées par exemple ; mais, jusqu’à présent, le problème n’a pas tellement été un problème d’ordre ministériel, mais un problème de responsabilisation des adultes, localement ».

Quand cela devient son problème ministériel, cela n'empêche pas le nouveau ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer d'assumer, sans aucun état d'âme, l'engagement d'Emmanuel Macron et de prendre très rapidement (dès le 28 juin 2017) un décret permettant le retour à la semaine de quatre jours (qui avait été dûment abolie sous le ministère de Vincent Peillon fin 2012)...

Candidat Macron « Donner la priorité à l’apprentissage des fondamentaux "lire, écrire, compter" en maternelle et dans l'élémentaire ».

Cela dépend comment on entend cette injonction... Cela signifierait-il que cet objectif aurait été perdu de vue dans les nouveaux programmes de 2015 du primaire élaborés sous le ministère de Najat Vallaud-Belkacem et qu'il faudrait revenir (sans le dire ouvertement) vers des orientations qui ont présidé à l'élaboration des programmes de 2008 sous le ministère de Xavier Darcos ? Il semble bien que certaines des interventions et injonctions récentes du nouveau ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer vont dans ce sens. Ces programmes de 2008 avaient été pourtant vivement mis en cause conjointement, en leur temps, par Jack Lang et Luc Ferry pour leurs aspects rétrogrades...

Candidat Macron : « Au collège il faudra laisser aux équipes pédagogiques la possibilité de proposer à nouveau des parcours bi-langues en sixième ainsi que la possibilité de rétablir pleinement l'enseignement des langues anciennes

Le nombre d'élèves de sixième ayant une deuxième langue vivante qui était passé de près de 128000 à moins de 92000 remonte à 112000 à la rentrée 2017. En cette même rentrée, le taux d'élèves de collège étudiant une langue ancienne passe de 17 % à 18%. Une circulaire en date du 25 janvier 2018 souligne « l'importance des langues et cultures de l'Antiquité en collège et au lycée », mais certains syndicats d'enseignants posent la question de l'utilisation par les établissements de leurs dotations horaires globales,

L'un des quatre engagements en faveur de l'éducation prioritaire a été mis en oeuvre

Candidat Macron : « Diviser par deux les effectifs des classes de CP et de CE1 en REP et REP+mesure qui serait la plus importante prise en faveur de l’éducation prioritaire depuis la création des ZEP en 1981 »

Il y a eu manifestement une mise en place de cette mesure-phare (et il faut reconnaître que ce n'était pas gagné d'avance) : 2500 classes de CP de REP+ affichent désormais un effectif maximum d'une douzaine d'élèves (avant un élargissement aux CP et CE1 de REP d'ici à 2019). Dans les endroits où les locaux ont fait défaut (15 % d'entre eux), il s'agit plutôt de co-enseignement avec deux maîtres pour 24 élèves en moyenne.

Candidat Macron : « Il n’est plus acceptable que les territoires où la difficulté sociale et scolaire se concentre soient confrontés chaque année à l’impossibilité de recruter des enseignants : parce qu’il faut reconnaître cette difficulté et y répondre, les enseignants, du premier et du second degré, qui exercent en REP+ seront mieux accompagnés et recevront une prime annuelle supplémentaire de 3 000 € nets»

Pour le moment, il apparaît que cette « prime annuelle supplémentaire » n'a pas été mise en place.

Candidat Macron : « Nous n’affecterons plus aucun professeur (hors choix motivé) en zone prioritaire pendant ses 3 premières années d’enseignement »

Compte tenu des délais nécessaires pour une telle mise en œuvre, il faudra attendre la rentrée 2018 pour voir si elle devient effective. Mais on aimerait savoir s'il y a des consignes données actuellement en ce sens pour les affectations de la rentrée 2018 , et lesquelles. Et cela alors même qu'un décret paru au JO le 27 avril 2018 modifie, lui, les modalités du traitement des mutations pour les personnels enseignants du premier et second degrés.

Candidat Macron :« Nous laisserons une part d’autonomie de recrutement pour les établissements de l’éducation prioritaire ». On n'a rien vu de nouveau pour le moment à ce sujet.

Trois engagements mis en œuvre de façon pour le moins équivoque

Le candidat Macron  se prononce lors de la présentation de son programme, le 2 mars 2017, pour un baccalauréat avec seulement 4 épreuves obligatoires, le reste étant composé d'un contrôle continu, en évoquant sa volonté de  « simplifier» le baccalauréat et de « réduire le coût de l'examen jugé trop important à cause du nombre des épreuves »

Mais il est décidé par le ministre de l'Education nationale que les trois quarts de l'évaluation du ''contrôle continu '' vont se passer sous la forme d'examens spécifiques ad hoc : la'' réduction du nombre des épreuves'' et la ''simplification'' du baccalauréat s'avèrent dès lors des plus problématiques...

Le candidat Macron  se prononce, toujours lors de la présentation de son programme le 2 mars 2017, pour «l 'interdiction de l'usage des téléphones portables dans l'enceinte des écoles primaires et des collèges »

Après avoir envisagé la solution du dépôt obligatoire des téléphones portables dans des casiers utilisés à cet effet, le ministre de l'Education nationale reconduit pour l'essentiel les principes qui encadraient déjà leur usage dans les établissements scolaires.

Candidat Macron : « Une part importante des inégalités scolaires se joue en dehors de la salle de classe. Au collège. nous remettrons des études dirigées partout dans les établissements »

Le ministre de l'Education nationale annonce la mise en place à partir de la rentrée des vacances de Toussaint 2017 du dispositif « Devoirs faits » : « Il doit y avoir des devoirs et ils doivent pouvoir être faits au sein de l'établissement grâce à un temps d'étude accompagnée. Cela s'appellera ''Devoirs faits'' ». Selon une enquête réalisée auprès d'environ 300 collèges dans toute le France par le SNPDEN (le principal syndicat de chefs d'établissement), 30% des collèges n'ont même pas mis en place le dispositif.

Des engagements dont la mise en oeuvre est restée évanescente voire totalement absente jusqu'ici.

« Nous formerons sur la durée du quinquennat un million de jeunes aujourd'hui sans qualification ni activité » ; « Nous développerons les périodes de pré-apprentissage, et les filières en alternance dans tous les lycées professionnels» ; « Nous simplifierons les démarches pour les entreprises et les jeunes, et affecteront l'ensemble de la taxe d'apprentissage à son financement » ; «  Nous étendrons la formation en alternance dès la licence pour les étudiants qui se destinent aux métiers de l'enseignement » ; « Nous favoriserons un lien de confiance renouvelée par une place plus grande donnée à l'échange avec les parents, en généralisant notamment l'expérience de la ''mallette des parents'' » ; « Nous encouragerons une grande mobilisation inter-générationelle par l'implication de bénévoles (notamment étudiants et retraités) dans le soutien des élèves après la classe » ; « Dans le parcours de tous les étudiants de France, il y aura un trimestre dédié à cette activité ».

Au final, la mise en œuvre des engagements du candidat Macron par le ministre de l'Education nationale Blanquer n'a guère été ''franche et massive'' que pour les trois ''retours'' vers la situation d'avant le quinquennat précédent, plus la mesure-phare du dédoublement des CP en éducation prioritaire. Elle a été équivoque pour trois autres engagements (''simplification'' du bac, ''interdiction'' du portable, opération ''Devoirs faits''). Et elle a été évanescente ou totalement absente pour une dizaine d'autres engagements. Un bilan qui rend d'autant plus surprenant les jugements du Président de la République lors de ses interviews de début avril : « on change tout ; et cela n'était pas arrivé depuis Jules Ferry », « Jean-Michel Blanquer est un excellent ministre ». « Excellent » en quoi, pour quoi et surtout pour qui ? A cet égard, il est vrai que Jean-Michel Banquer excelle dans le ''one man show'' cf mon billet précédent: "Blanquer: bilan d'un one man show")

Claude Lelièvre

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Mai 68 - Le 5 mai vu par Olivier Guez : Tante Yvonne est enrhumée...

5 Mai 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Histoire

Mai 68 - Le 5 mai vu par Olivier Guez : Tante Yvonne est enrhumée...

Le préfet Grimaud passe un dimanche «paisible», le jeune Mélenchon ronge son frein devant un gigot-flageolets, le Général se met au roumain et Cohn-Bendit se demande ce que ferait Krivine pour faire l’inverse…

J’ai choisi le 5 mai 1968 à la légère. Début janvier, Libération m’a envoyé un calendrier du Mai français (d’un œil distrait examiné) et j’ai sélectionné le 5/5, par superstition, sans prêter attention aux événements qu’il faudrait relater. Maintenant, je le regrette : il ne se passe rien ou presque, un dimanche «paisible», écrit Maurice Grimaud, le préfet de police de Paris, dans ses Mémoires.

«Rien» en comparaison de la pagaille du 3 : la police a dégagé la Sorbonne où s’étaient rassemblés Cohn-Bendit et les Nanterrois pour s’opposer à la fermeture de leur université. Pendant leur transfert vers un commissariat où l’on contrôlerait leur identité, des étudiants ont affronté les forces de l’ordre. Le lendemain, huit prévenus ont été condamnés à la prison avec sursis par la 10e chambre correctionnelle.

Et le 5 ? La chambre siège exceptionnellement, il faut marquer les esprits. A l’audience, le commandant Demuriez, 54 ans, témoigne : «Vendredi, j’ai vu des garçons fous furieux dressant des barricades, faisant fondre le goudron avec du feu pour dépaver la chaussée. J’ai vu, pour la première fois de ma carrière, des forces de police obligées de reculer devant une offensive à coups de pavés.» Quatre insurgés écopent de deux mois de prison ferme pour agressions sauvages.

Ces condamnations vont mettre le feu aux poudres. Evidemment, personne, encore, ne le sait. Alors, en attendant le grand basculement du lendemain, je vais romancer quelque peu ce dimanche printanier.

Lorsque le jugement lui est communiqué, le préfet Grimaud, assis à son bureau Empire, desserre machinalement son nœud de cravate. De la prison ferme, c’est très rare pour des manifestants. A sa nomination, De Gaulle et Pompidou lui ont vanté l’efficacité de son prédécesseur, Maurice Papon. Maintenant que l’affaire algérienne est réglée, Grimaud souhaite plutôt désengorger la circulation et fermer les hôtels de prostitution. Il voudrait des agents de police courtois, capables de calmer les excités avec placidité. Il pressent que ces réformes ne sont plus à l’ordre du jour : il a été frappé par la violence des échauffourées de vendredi, la sauvagerie des étudiants, la rage froide de ses hommes. Posté maintenant devant une fenêtre entrouverte, le préfet Grimaud réfléchit. Des pèlerines bleues vont et viennent, la Seine scintille, Notre-Dame carillonne et, place Louis-Lépine, des badauds se pressent au marché aux oiseaux.

A la même heure, midi, Dany Cohn-Bendit émerge. La veille, il n’a pas dormi : relâché au petit matin, sa garde à vue a été pénible, les flics considèrent qu’il est responsable des émeutes. L’un d’eux lui a balancé : «Mon petit père, tu vas payer. C’est dommage que tu n’aies pas crevé à Auschwitz avec tes parents parce que, comme ça, on n’aurait pas à le faire aujourd’hui…» Le rouquin n’a pas cédé à l’intimidation mais il a eu très peur. Il boit un café en songeant à son programme du jour, un dilemme : préparer sa défense du lendemain devant le conseil de l’université ou bien retrouver deux Hollandaises croisées à Nanterre trois jours plus tôt. Que ferait Krivine ? Il passerait l’après-midi à exhumer des citations de Marx et de Lénine pour étayer son plaidoyer. Alors Cohn-Bendit enfile un jean, une chemise froissée, et court retrouver les Bataves. Une bonne pirouette vaut mieux qu’un long discours, se dit-il, en arpentant les boulevards, les gens et les médias raffolent du spectacle, il l’a compris depuis le début du Mouvement du 22 Mars et, à présent reposé, il se sent prêt à tout, le soleil brille, Paris va s’enflammer, la banque bientôt sauter.

A Lons-le-Saunier, Jean-Luc Mélenchon, 16 ans, mâchonne maussade un gigot-flageolets. Sa mère, son oncle Gilles, sa tante Sylvie, et un couple de leurs amis (Gérard et Dominique) se réjouissent de l’ouverture du premier supermarché dans le Jura et de la livraison prochaine de la nouvelle R16 de Gilles. «Bande d’aliénés», pense l’adolescent qui aimerait leur parler des ravages de la société de consommation (bien qu’il rêve d’une paire de Clarks) et des insoumis du Nord-Vietnam. Au dessert, une tarte aux pommes caramélisées dont Jean-Luc raffole, la troublante Dominique lui demande s’il part cet été en Dordogne avec les jeunes de la paroisse, comme l’an passé.

A Téhéran, où il est en visite officielle, le Premier ministre, Georges Pompidou, confère des avantages de l’énergie nucléaire et du poète Omar Khayyam avec Sa Majesté le chah, dans les jardins du palais impérial.

A l’Elysée, le général de Gaulle s’impatiente, son appariteur roumain est en retard. Le grand homme part à Bucarest dans moins de dix jours et il lui faut des rudiments de roumain, quelques formules chocs qui enflammeront le cœur des Balkaniques et de leur nouveau dirigeant, le prometteur Nicolas Ceausescu. Décidément, tout l’ennuie ce jour-là, tante Yvonne (enrhumée), les mollassons qui l’entourent et ne cessent de quémander, et les jeunes cons entrés en ébullition vendredi soir. L’ordre public régnera, marmonne-t-il, lorsqu’enfin le professeur Titulescu est introduit dans le bureau présidentiel.

L’après-midi bien entamé, tout s’accélère désormais.

Le préfet Grimaud réunit ses collaborateurs afin d’arrêter les dispositions pour le service d’ordre du lendemain. Deux manifestations sont prévues, la première, le matin, doit soutenir Cohn-Bendit et les autres accusés déférés devant le conseil de discipline, la seconde en fin d’après-midi, place Denfert-Rochereau, sous la bannière de l’Unef. A 17 heures, il est reçu par le ministre de l’Intérieur. Christian Fouchet insiste sur la nécessité de dédramatiser : «Vos hommes doivent garder leur sang-froid», lui dit-il.

Chez les Miller, dans le XVIe arrondissement de Paris, Gérard, 19 ans, a enfin éteint la télé. Depuis que ses parents l’ont achetée, il passe chaque jour des heures devant, fasciné, zappant de la première à la deuxième chaîne, de la deuxième à la première, d’un doigt expert. Ce 5 mai, il a enchaîné Pulsation (Claude Nougaro a chanté A tes seins, Alan Shelly interprété Lady Black Wife accompagné par l’orchestre de Manu Dibango) puis Télé-Dimanche, Gérard Miller adore Raymond Marcillac. A présent, il déchiffre dans sa chambre la dernière livraison des cahiers marxistes-léninistes que son grand frère Jacques-Alain, un garçon plus sérieux, lui a ramenée la veille.

Alain Geismar, le secrétaire général du Snesup, tient une conférence de presse. Il énonce les revendications des contestataires : réouverture de la Sorbonne et des facultés, départ de la police du Quartier latin, libération des étudiants emprisonnés.

Le dîner familial des Grimaud est interrompu par un coup de téléphone. Christian Fouchet, résolu, dans sa DS noire qui quitte l’Elysée : le Général insiste, force doit rester à la loi.

Après avoir regardé les filles place de la Liberté sans oser les aborder, Jean-Luc Mélenchon a regagné l’internat du lycée Rouget-de-Lisle. Il contemple les posters de Sheila et de Mao qui ornent sa triste chambre et se dit qu’il va y avoir du grabuge à Paris et qu’il devrait faire quelque chose, mais mardi il a un contrôle sur la Terreur, or il n’est pas mauvais en histoire et son passage en terminale n’est pas assuré. «Mon tour viendra», maugrée-t-il, en ouvrant son manuel.

Dany Cohn-Bendit peine à trouver le sommeil. Il espère que le rassemblement pour le soutenir aura un large écho et que la contestation va se généraliser.

A 23 h 05, le bulletin météorologique d’Europe numéro 1 annonce qu’il fera un temps splendide à Paris, le lundi 6 mai 1968.

Lundi, le 7 mai vu par Lise Charles.

Olivier GUEZ

Dernier ouvrage paru

La disparition de Josef Mengele

Grasset, 2017.

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Débat : Réforme du bac, compétences, méthode Singapour, formation des enseignants… tout est question d’évaluation...

5 Mai 2018 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Politique

Débat : Réforme du bac, compétences, méthode Singapour, formation des enseignants… tout est question d’évaluation...

L’évolution du système éducatif français est indéniable et rapide. Les usages du numérique, les méthodes d’enseignement, l’introduction des compétences sont régulièrement mis sur le devant de la scène éducative. La pléthore de réformes apparaît parfois contradictoire, non cohérente et produit une fracture avec l’approche disciplinaire historique auxquels les enseignants sont habitués.

Quelques résistances aux changements sont assez significatives :

  • résistance aux EPI (enseignement pratique interdisciplinaire) pourtant efficaces pour donner du sens aux apprentissages et induire une approche problème. Le résultat en est leur quasi-suppression ;

  • résistance aux CAPES-AGREG bi-disciplinaires comme Maths-Physique, alors que la France est une exception internationale qui a normalisé les concours physique-chimie et histoire-géographie ;

  • résistance à l’approche par les compétences, pas seulement d’un point de vue idéologique, mais basé aussi sur des lieux communs : la compétence serait un concept mou, difficilement évaluable « sérieusement », c’est-à-dire en temps limité par un examen sur table, comme les connaissances disciplinaires ;

  • résistance à envisager des alternatives à la note, à la moyenne.

Sacro-sainte approche disciplinaire

La formation des enseignants du secondaire reste disciplinaire, c’est-à-dire basée sur des corpus de connaissances organisées par matière. Une option au concours du CAPES ou de l’agrégation (lettres classiques-lettres modernes), physique ou chimie) produit des enseignants qui, souvent, se revendiquent d’une des deux disciplines et se disent incapables d’enseigner une matière voisine.

Très récemment, on a pu constater une focalisation sur l’organisation des enseignements : grand oral et contrôle continu au bac dictée quotidienne, calcul mental, utilisation de la méthode Singapour qui plonge ses racines dans des méthodes utilisées il y a plus d’un demi-siècle : les bûchettes pour les longueurs, surfaces, volumes ; les problèmes de la vie courante et le bachotage.

Heureusement, la très vendeuse « innovation pédagogique » basée principalement sur l’application d’outils numériques connus à des techniques pédagogiques connues, commence à être remise à sa place : le bilan initialement triomphaliste des MOOCs est remis en cause.

À titre d’exemple, la classe inversée est resituée : elle a toujours existé par la préparation bibliographique des cours par les étudiants, demandée par les enseignants.

« Classiques » vs « pédagogistes », débats sans fin

J’invite tous les enseignants à lire l’ouvrage de Durkheim (L’évolution pédagogique en France, PUF), ils y trouveront une critique et des propositions d’une actualité inquiétante, mais formulées au début du XXe siècle.

En effet, le projet initial des ESPE, qui devaient être un lieu d’échange entre formateurs et enseignants de tous horizons est redevenu disciplinaire, même si quelques thématiques sociétales transversales doivent y être abordées selon l’Arrêté du 27 août 2013 fixant le cadre national des formations dispensées au sein des masters « métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » (JORF n°0200 du 29 août 2013 page 14627 texte n° 48).

Les « classiques » et les « pédagogistes » glosent et s’écharpent sur l’organisation de l’enseignement, le respect des disciplines, les méthodes, en s’appuyant sur des concepts et des analyses souvent purement théoriques, voire des images d’Épinal d’un âge d’or qui n’a jamais existé, où tout le monde savait lire, écrire, compter, raisonner parfaitement pour les uns et où personne ne savait enseigner pour les autres. On s’attache aux connaissances de la matière que l’on oppose aux compétences, notamment transversales, dont on ne veut pas entendre parler.

Entrer dans la culture de l’évaluation

Cependant, le concept de compétence apporte des éléments de réflexion sur le lien étroit entre évaluation et apprentissage. Évaluer une compétence c’est mesurer la possibilité qu’a l’élève ou l’étudiant de mobiliser ses connaissances et savoir-faire pour résoudre un problème concret, souvent mal posé, et à distance du moment d’apprentissage.

L’évaluation est rarement évoquée dans les réformes, bien qu’elle soit fondamentale, puisqu’elle conditionne l’apprentissage, la motivation et l’orientation des élèves et des étudiants. Elle n’est pas mentionnée dans l’Arrêté du 27 août 2013. Sur le terrain, on y consacre quelques heures au maximum dans les formations dispensées dans les ESPE.

L’évaluation serait-elle naturelle, évidente voire marginale ? La remise en cause des notes ne doit-elle rester qu’un enjeu politique ? Nous sommes arrivés à un tournant, où l’évaluation, parent pauvre des formations d’enseignants, doit entrer dans la culture, quelle que soit la discipline. L’évaluation des élèves et des étudiants est l’unique moyen de valoriser et de soutenir l’apprentissage, dans une démarche positive (bienveillante ?), à condition de l’extraire d’un rôle purement sommatif.

Une formation efficace et en profondeur des enseignants et formateurs à la docimologie (sciences des examens, concours et notation) est nécessaire, du primaire au supérieur, surtout si on cherche à en faire un outil indissociable de progrès dans la discipline enseignée. La relativité des notations, l’élaboration de barèmes explicites, les effets de halo et Pygmalion, l’élaboration d’un questionnaire, la théorie du cygne noir, les différents types d’évaluation, la constante macabre… devraient constituer un pilier pour toutes les formations d’enseignants avec de nombreuses mises en pratique, tout au long de leur parcours didactique et pédagogique.

Des évaluations avec une part d’humanité et de vision systémique

Il faut changer la dogmatique vision de la moyenne sacralisée, basée sur des évaluations en temps limité sur table, organisées à la fin d’un chapitre. Développons les outils d’apprentissage en profondeur. Intégrer toutes les compétences enrichit à la fois la démarche pédagogique et la prise en compte des élèves et des étudiants dans la complexité de leur humanité. Les points de présentation, d’orthographe, dans toutes les matières doivent s’accompagner d’une remédiation organisée pour être utiles.

Évaluons sérieusement, c’est-à-dire en y introduisant une part d’humanité et de vision systémique. Et puis, servons-nous de cette véritable culture de l’évaluation pour évaluer les projets, les enseignements, les dispositifs pédagogiques en prenant en compte l’adaptation aux publics, les progrès de la connaissance, les évolutions sociétales, économiques et politiques.

Évaluer c’est également un moyen d’amélioration de nos pratiques car des indicateurs de leur efficacité sont riches en information, indisponibles autrement. La culture de l’évaluation disciplinaire et transdisciplinaire pourrait-elle briser les résistances au changement ?

Dominique Barchiesi
Professeur des Universités en optique et nanotechnologie, métrologie, design, innovation, Université de Technologie de Troyes

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4 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique, #Histoire, #Art

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Quand le chef de l'état s'en prend à ceux dont "le summum de la lutte c'est les 50€ d' APL"...

4 Mai 2018 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Politique

Quand le chef de l'état s'en prend à ceux dont "le summum de la lutte c'est les 50€ d' APL"...

"Ils ne savent pas ce qu'est l'histoire de notre pays..." 

Emmanuel Macron. Après une réflexion sur la mort du colonel Beltrame, le chef de l'État s'en prend à ceux dont "le summum de la lutte c'est les 50€ d' APL". 

France Inter - itw France 3

A écouter en cliquant ci-dessous. 

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4 Mai 68... Quelques mots... Pas une nostalgie... Un espoir... Annie Ernaux en parle...

4 Mai 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Histoire, #Mai 68

4 Mai 68... Quelques mots... Pas une nostalgie... Un espoir... Annie Ernaux en parle...

Le 4 mai vu par Annie Ernaux : le désir ardent que «ça continue»

«Me situer le 4 mai, c’est, comme après une fulgurante histoire d’amour, vouloir revenir au premier moment de la rencontre quand on ne connaît pas la suite.»

Autant l’avouer tout de suite, je n’ai aucun souvenir précis du samedi 4 mai 1968, ni de ce qui a eu lieu la veille au Quartier latin, des heurts d’une extrême violence entre la police et des étudiants militants d’extrême gauche de 7 heures à 10 heures du soir, entraînant plus de 500 arrestations immédiates.

En 1968, je vivais loin de Paris dans une ville moyenne des Alpes, la fac la plus proche à deux heures de train et je n’étais plus étudiante. Quand, à la fin des années 70, j’arriverai en région parisienne, je rencontrerai tellement de gens qui racontaient avoir été là, à Nanterre, à la Sorbonne, rue Gay-Lussac, à l’Odéon, avoir participé aux assemblées générales, marché dans les manifs, hurlé des slogans, lancé des pavés, que j’éprouverai confusément le sentiment mélancolique de ne pas avoir été là où il fallait, de n’avoir rien vu au sens strict, genre Fabrice à Waterloo. Je les enviais. Ils donnaient l’impression d’avoir engrangé en un mois de quoi remplir une vie.

Moi, j’étais une prof de province qui avait fait la grève de son lycée mais qui n’était allée à aucune manif à cause d’une grossesse à ménager, c’est ce mois-là que j’ai acheté deux robes ad hoc pour la dissimuler selon l’usage d’alors. Il me semblait que je n’avais rien à dire, je n’avais pas été une actrice des événements, ils m’avaient seulement traversée.

Mais traversée comme un événement ne l’avait jamais fait et ne le ferait ensuite, ainsi que je m’en suis aperçue presque quarante ans après, lorsque, dans le livre que j’écrivais et qui s’intitulera les Années, je suis arrivée à Mai 68.

Accolées à des images collectives - un calicot «Usine occupée» près du supermarché Carrefour d’Annecy, la cantine du lycée où tous les élèves ont été rassemblés et où la prof de philo explique les raisons de la révolte des étudiants en sociologie de Nanterre -, à des moments personnels insignifiants, revenaient toute la stupeur, la sidération, l’attente, le tremblement de l’espérance et le découragement de ces jours. Il y a une sensation que, aujourd’hui, je vois au fond de toutes les autres durant le mois de mai, celle de ne jamais rattraper ce qui arrive, du réel toujours en avance sur l’imagination - ou ce qu’on s’est interdit jusqu’ici d’imaginer : les lieux sacrés de la société, éducatifs, culturels, investis par tout le monde, l’arrêt progressif puis total du travail, l’égale valeur de la parole. Pour le dire autrement, l’imaginaire était devenu réel. Je ne me souviens pas avoir entendu alors le mot révolution. Nommer avec certitude ce qui arrivait n’était pas nécessaire, ou possible. Ni même de le penser. Vivre suffisait.

Choisir de me situer le 4 mai, c’est, comme après une fulgurante histoire d’amour, vouloir revenir au premier moment de la rencontre quand on ne connaît pas la suite, ce vieux rêve de se replacer dans le commencement, au surgissement même de l’événement. Avant l’apothéose du 13 mai et des dix millions de grévistes, avant les signes inquiétants et les négociations amères de Grenelle, avant De Gaulle à la télé en statue du Commandeur fustigeant «la chienlit» et le noir défilé de la réaction sur les Champs-Elysées avec Malraux en tête, pantin grimaçant, avant l’essence revenue dans les pompes pour les départs de la Pentecôte, circulez c’est fini.

Ce samedi 4 mai, où il est clair que les «troubles» dans les universités auxquels on n’attachait pas beaucoup d’importance sont devenus une «émeute», il y a dans ce que j’éprouve un étonnement qui va s’évanouir rapidement, dont je me souviendrai beaucoup plus tard : qui pouvait prévoir que l’ébranlement du pouvoir gaulliste surgirait du monde étudiant ? Que s’était-il passé depuis que j’avais quitté celui-ci seulement deux ans plus tôt, après l’obtention du Capes ? A Rouen, Bordeaux, Grenoble, le calme régnait dans les amphis, des mandarins débitaient dans le silence leurs cours rédigés dix ans avant. La violence des manifs contre la guerre d’Algérie, des castagnes entre étudiants de gauche et d’extrême droite s’arrêtait à la porte des facs et des restos U. Ce qu’André Breton écrit dans Nadja, en observant les gens qui sortent des bureaux et des ateliers rue La Fayette - «Allons, ce n’étaient pas encore ceux-là qu’on trouverait prêts à faire la Révolution» -, j’aurais pu le dire alors de mes congénères assis à côté de moi. Breton, mort en 1966 dans la discrétion, dont je n’avais certainement pas oublié, en ce début mai 1968, ce qu’il écrit aussi : «L’événement dont chacun est en droit d’attendre la révélation du sens de sa propre vie, cet événement […] n’est pas au prix du travail.» Je ne peux prévoir que dans l’espace d’une semaine ou deux, ce message se déclinera de toutes les manières sur les murs. Ni que la révolte des étudiants va entraîner celle des salariés se souciant comme d’une guigne des mots d’ordre syndicaux, qu’elle sera à deux doigts près de balayer le président de la République. Je suis seulement suspendue dans l’attente, le désir secret, ardent, que ça continue.

Aujourd’hui, il me semble que nous soyons nombreux à retenir notre souffle, à ne pas oser dire cette espérance, dont on soupçonne qu’elle relève de la pensée magique, d’un nouveau Mai 68. L’abondance des émissions, des papiers consacrés à celui-ci nous paraît propice à en répandre le désir dans les générations qui sont nées après. On en voit les signes, le blocage des facultés, les interventions brutales de la police, la lutte des cheminots. On se refait le coup du «même», comme chaque fois que des étudiants et des lycéens descendent dans la rue, en 1986 (loi Devaquet), en 2006 (CPE) - mais, notons-le, pas en 2005 quand ce sont les jeunes des banlieues qui brûlent des voitures à l’instar pourtant des jeunes de la rue Gay-Lussac.

Mais la France, comme les autres pays, n’a plus du tout le même visage qu’il y a cinquante ans et Mai 68 en est justement responsable en partie. La révolution qui viendra - parce que la domination demeure, les injustices augmentent et le désir d’une autre vie ne s’éteint pas - aura une forme que nous ne pouvons pas encore imaginer.

Annie Ernaux

Dernier ouvrage paru : «Mémoire de fille», Gallimard, 2016.

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Education - Ce gouvernement ne réforme pas. Il se contente de faire de la politique...

4 Mai 2018 , Rédigé par Christophe Publié dans #Education, #Politique

Education - Ce gouvernement ne réforme pas. Il se contente de faire de la politique...

Depuis plusieurs années, l'immense majorité des politiciens français a cédé au pouvoir absolu du court terme, à l'immédiateté d'un résultat et à la dictature des sondages. Les élections se succèdent à un rythme accéléré. Qui peut s'en plaindre? N'est-ce pas le signe d'une démocratie vivante? Tant de peuples nous envient!

Hélas, ces échéances électorales qui reviennent inlassablement en cadences régulières imposent aux candidats, comme aux électeurs, l'obligation de la victoire, la peur de la défaite et surtout les obligent à s'interdire toute vision à long terme puisque ce long terme est parsemé d' "obstacles" à franchir et à franchir absolument sous peine de "mort politique".

L'éducation: un cas d'école

Sans revenir trop loin en arrière et ne disposant pas des compétences historiques d'un Claude Lelièvre par exemple, il est facile d'observer les dégâts causés par la succession rapprochée, dans le temps long de l'Histoire, des différentes "réformes" construisant et déconstruisant méthodiquement les politiques éducatives en France. C'est absolument affolant et chaque décision en annule une autre. Ou se superpose en un mille-feuilles indigeste. Enseignants et élèves subissent. Les parents informés savent éviter les pièges. Les autres franchissent tant bien que mal les haies. Ou pas...

Nos politiques - droite et gauche - seraient donc très bien avisés, notamment en matière de politique éducative où les résultats ne peuvent pas être obtenus dans un temps court, de cesser d'annoncer, comme c'est le cas actuellement, que les "réformes" vont résoudre les problèmes de notre Ecole. C'est tout simplement impossible et donc voué à l'échec; échec que le citoyen ne manquera pas, aussi inlassablement que reviennent les réformes, de reprocher aux gouvernements successifs, tous esclaves du temps court et du résultat - utopique - immédiat. 

Le gouvernement: un cas d'école

Et ce gouvernement de "réformer" en détricotant le travail de la Ministre précédente, en promettant - évidemment - que ses décisions, présentes et à venir, sont le rattrapage d'années de "déshérence", que le passé est une charge à éliminer. A force de regarder dans le rétroviseur, de régler des comptes, la vision à long terme - et en matière d'éducation, elle est une obligation qu'avaient comprise Vincent Peillon, Benoit Hamon et Najat Vallaud-Belkacem  -  se brouille.

Toute décision est alors d'abord dictée par la "stratégie immédiate" quand il faudrait adopter une attitude "révolutionnaire" sur le plan politique:

PROJETER notre école - et donc notre pays- à "horizon trente ans". Voire plus!

On en est, actuellement, très loin... Très loin... 

Ce gouvernement ne réforme pas. Il se contente de faire de la politique. A l'ancienne...

Christophe Chartreux

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Formation: de quels enseignants avons-nous besoin?...

3 Mai 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Pédagogie, #Politique

Formation: de quels enseignants avons-nous besoin?...

Réformer la formation des enseignants est un enjeu politique crucial mais l'état a-t-il l'intention d'y consacrer un budget conséquent ? Un collectif de professeurs exige de larges concertations entre tous les acteurs et un allongement des formations sur un minimum de trois années.

La formation des enseignants devrait être rapidement la prochaine réforme que le gouvernement voudrait mettre en route. On connaît maintenant la technique du gouvernement: rapidité, pseudo-concertations, passage en force. Non ! Ce projet ne résoudra rien et il aggravera la situation de l’enseignement. On en aperçoit les grandes lignes. Sur le diagnostic, on ne peut qu’être d’accord: la formation des enseignants est à revoir. Elle est en fait quasi inexistante et sans doute l’une des premières responsables de la faiblesse des résultats aux évaluations internationales.

Pourtant, derrière l’affichage pour le grand public de «bonnes intentions», que Jean-Michel Blanquer ne manquera pas de faire valoir (un grand coup de communication est à prévoir sur un prétendu allongement d’un an de la formation), se dessine un projet caché de libéralisation de l’enseignement public. Ses visées: faire des économies sur la formation en remplaçant le concours de recrutement par une sélection à l’entrée en master des métiers de l’éducation et de la formation, s’attaquer au statut de fonctionnaire des futurs enseignants. Plus grave encore, faire de l’école un simple lieu de transmission de savoirs, de management des processus de sélection. C’est oublier que l’école est bien plus que cela: un lieu d’éducation (mais cela ne s’évalue pas !).

L’école est l’avenir d’une nation, son premier capital culturel. La formation est une question politique cruciale. Enseigner est un rude métier: instruire, éduquer, ouvrir à une large culture, moderne, apprendre aux élèves à penser, à vivre ensemble, donner à chacun les meilleures chances pour choisir son avenir. La tâche est lourde, très complexe. Elle l’est encore plus quand elle se trouve au cœur de tensions sociales vives. Depuis une quinzaine d’années, du primaire à l’université, le métier enseignant a des ratés. Les résultats médiocres aux évaluations internationales, comme les échecs en première année à l’université ne sont pas acceptables, comme l’augmentation des écarts de réussite selon les milieux sociaux. Avec Parcoursup, la sélection opérée va s’accroître. Le principe d’égalité des chances est oublié. C’est injuste, dangereux pour la démocratie et l’avenir du pays.

Nombre d’enseignants et leurs élèves sont en souffrance. Aujourd’hui, la formation très succincte des enseignants, à peine rétablie après sa suppression sous Sarkozy, ne les prépare pas aux défis nouveaux rencontrés au quotidien: s’adapter à des publics de plus en plus hétérogènes, (1 élève sur 5 est d’origine étrangère dans l’ensemble des pays de l’OCDE; s’adapter au numérique, préparer à des métiers qu’on imagine encore mal, doter les nouvelles générations de connaissances, valeurs partagées pour gérer avec sagesse et responsabilité l’avenir écologique, économique de la planète. Nos sociétés sont en plein changement. L’école n’y échappe pas! Elle doit s’ajuster, se réinventer. Nos pratiques pédagogiques sont très en retard par rapport à nombre de pays européens comme la Finlande, l’Irlande, l’Écosse, l’Estonie et bien d’autres qui ont opéré de profondes mutations et qui pour cela forment très longuement leurs enseignants.

De quoi manquent nos enseignants ? De tout ou presque, tant le désarroi, les difficultés des jeunes professeurs sont immenses, les abandons nombreux! Ils n’ont eu que deux ans: une année de préparation au concours et une année dite de «professionnalisation» pendant laquelle ils ont un service d’enseignement à mi-temps, l’autre étant consacrée à la formation et la préparation d’un master. Deux ans suffisent-ils pour s’approprier les savoirs indispensables au métier: mission impossible! Deux ans pendant lesquels, ils n’ont eu que très peu l’occasion de rencontrer des élèves, des classes, des établissements différents, encore moins le temps d’observer des enseignants et discuter avec eux. Deux ans, une misère, là où d’autres pays consacrent à la formation de trois à cinq ans. Quant à la formation continue, elle aussi sinistrée, elle est en passe de devenir l’an prochain, une simple courroie de transmission des choix de manuels et méthodes du ministère.

Nous avons besoin d’enseignants libres, auteurs et responsables de leurs choix pédagogiques et didactiques, décidés dans le cadre institutionnel fixé par les programmes (la loi). Ce principe institué par Jules Ferry est au fondement de la responsabilité et de l’engagement des enseignants de l’École Publique. Nous avons besoin d’enseignants respectés par l’institution. Des enseignants jugés capables de faire eux-mêmes les analyses critiques des différentes méthodes, manuels disponibles; des enseignants compétents pour évaluer eux-mêmes leurs élèves, non obligés de faire bachoter les élèves trois ou quatre fois par an pour des tests envoyés par le ministère!

Nous avons besoin de temps, de locaux adaptés pour les collaborations entre enseignants, parents, partenaires de l’école. Le statut de contractuel qu’envisage le ministre pour les futurs recrutés, comme l’évaluation des enseignants «au mérite», risque fort de fragiliser ce travail collectif qui ne peut s’inscrire que dans la durée et la confiance. Nous avons besoin d’enseignants engagés dans la défense des valeurs de la république. Elles n’ont rien à voir avec celles d’une société néo-libérale, individualiste, élitiste. Nous avons besoin d’enseignants en mouvement, en quête du meilleur pour leurs élèves et pour eux-mêmes et qui n’hésiteront pas à s’engager dans les démarches de recherche.

Refonder la formation est un enjeu politique, national. Prenons le temps! De vraies concertations de tous les acteurs et protagonistes sont indispensables. Exigeons d’avoir du temps pour trouver des accords entre les différents protagonistes, formateurs universitaires et professionnels de terrain. Le temps de partager sereinement les responsabilités et compétences entre l’Université, les rectorats. De penser les spécificités et points communs entre enseigner en primaire, dans le secondaire ou à l’université. Le temps de trouver un vrai statut aux ESPE (école supérieure du professorat des écoles), aux formateurs, à la recherche en éducation. Le temps d’interroger les syndicats, les associations de spécialistes, etc.

Diverses décisions doivent être prises en priorité! La première est budgétaire. L’Etat a-t-il l’intention oui ou non de consacrer un budget conséquent à la formation? Si ce n’est pas le cas, inutile d’amuser la galerie pour camoufler l’objectif réel de faire des économies sur le dos d’étudiants -stagiaires en les rémunérant moins et au final casser le statut de fonctionnaire des enseignants. Autres questions: quelle durée? Trois ans est un grand minimum. Quels types de licence? Quelles formes de recrutement? À quel moment? Quelles formes d’alternance, d’accompagnement, pour l’observation, la pratique accompagnée, les démarches d’expérimentation? Ces débats ne peuvent être escamotés.

Non monsieur le Ministre, la formation ne peut être l’affaire de quelques décrets ou ordonnances prises à marche forcée sous le maquillage d’une pseudo-modernité, voire d’une pseudo-efficience. Nous exigeons de longues et larges concertations. Il en va de l’avenir de l’école et des jeunes générations.

Signataires: Dominique Bucheton, PU sciences du langage et de l’Education, Montpellier; Richard Etienne, PU Sciences de l’Education, Montpellier; Chabanne Jean-Charles, PU, Lyon, IFE; Patrick Rayou, PU, Créteil; Véronique Boiron, MCF Sciences du langage, ESPE Bordeaux; Martine Jaubert, PU Sciences du langage, ESPE Bordeaux; Philippe Mérieu, PU, Lyon; Brochier Pierre, Président FCPE 69; Youx Viviane,présidente de l’AFEF (Association française pour l’enseignement du français); Bloch Isabelle, PU Bordeaux présidente ADRM (assoc Maths); Perez-Roux Thérèse, PU Sc de l’éduc Montpellier; Milkovitch -Rioux Catherine, PU Clermont FD; Roditi Eric, PU Didactiques des Maths, Paris Descartes; Schneider Anne, MCF Clermont; Grau Sylvie, PU mathématiques ESPE Nantes; Peltier Marie-Lise, MCF Maths; Giron Celine, MCF Psycho Espe Paris; Jore Françoise, MCF Univ Catholique Angers; Marzin janvier Patricia, MCF Dida des SVT Grenoble; Grenouillet Corinne, MCF Strasbourg; Lascassies Cyril, formateur temps partagé ESPE Toulouse; Gasparini Rachel, MCF Sociologie Lyon 1; Connac Sylvain,MCF, Montpellier; Winghardt Marie-France, élue PCF, FG, ex-formatrice, ESPE

Un collectif de professeurs universitaires

 

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Un directeur de l'université Paris-III se met "en grève pédagogique illimitée"...

3 Mai 2018 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

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Après l'évacuation de Censier, le directeur du master "cinéma et audiovisuel", à la Sorbonne-Nouvelle, s'est déclaré "en grève administrative et pédagogique illimitée".

Les forces de l'ordre ont "évacué" ce lundi 30 avril au matin le site Censier de l'université Paris-III, dix jours après une opération similaire à Tolbiac pour lever les blocages contre la réforme de l'accès à la fac.

L'opération, qui s'est déroulée "dans le calme et sans aucun incident", selon la préfecture de police, entre 4h30 et 5h30, a été effectuée sur réquisition du président de l'université Paris-III. "Le président a signalé une détérioration du système électrique jeudi", a précisé ce lundi matin la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal sur Europe 1.

A la suite de cette intervention, Alexis Blanchet, directeur du master "cinéma et audiovisuel" à la Sorbonne-Nouvelle, s'est déclaré "en grève administrative et pédagogique illimitée". Dans une lettre ouverte adressée au président de son université et postée sur son compte Twitter, le chercheur et maître de conférences annonce renoncer à toutes les charges administratives qui lui incombent.

"Destruction programmée"

Alexis Blanchet, auteur de "Des pixels à Hollywood" (2010, Pix'n Love) et"les Jeux vidéo au cinéma" (2012, A. Colin), explique dans sa lettre désabusée : 

"La loi ORE et le dispositif ParcourSup ont fini d'épuiser ma bonne volonté et ma conscience professionnelle. L'intervention policière de cette nuit est le geste de trop. J'assiste depuis 14 ans maintenant (et depuis 21 ans si je compte mes années d'études universitaires) à une destruction programmée, lente mais résolue du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche."En grève administrative et pédagogique illimitée, Alexis Blanchet affirme qu'il "n'assure donc plus dès à présent [ses] charges administratives (direction du master CAV) et pédagogiques (organisation du partiel de 257 inscrits en V4MA03 et suivi des 14 étudiants de master sous direction, organisation des sessions de rattrapage)". A la place, il se concentre "sur [ses] activités de recherche totalement interrompues depuis 4 ans, c'est-à-dire depuis [sa] prise de fonction à la tête du master CAV". 

Même sur son compte Twitter, Alexis Blanchet a rajouté la mention "[En grève]". 

"Mécanique mortifère"

"J'arrête parce que le système ne fonctionne que sur le souci profond du service public des agents que nous sommes toutes et tous, personnel administratif et enseignant", lance-t-il.Sa demande est donc "simple, basique", explique-t-il avant de détailler :

"- une réaffirmation totale d'un service public de l'enseignement supérieur et de la recherche,

- une refondation immédiate de l'université qui passe par un refinancement complet de ses structures à hauteur des enjeux,

- une réaffirmation des missions premières – les seules – des enseignants-chercheurs, et particulièrement des MCF : enseignement et recherche,

- une revalorisation de nos salaires passant par un dégel et une ré-évaluation du point d'indice."

En attendant ces changements, Alexis Blanchet arrête parce qu'il "décide de ne plus participer en petit soldat zélé de la gestion administrative à cette mécanique mortifère de destruction d'un des plus beaux atouts de notre nation". Mais aussi parce qu'il refuse de "voir [sa] santé comme celle de [ses] collègues se dégrader" ou encore de "ne pas voir [ses] enfants grandir". 

Sa prise de position a été saluée par des étudiants de l'université Paris-III, touchés par ce soutien : 

A la suite de l'intervention policière de cette nuit sur le site de Censier de l'université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, je me déclare en grève administrative et pédagogique illimitée.https://docs.google.com/document/d/1ubOUmb0Js2o4D9capaIsqa2yDVE90Zltb4Tc5xmkUOA/edit 

 

Vous avez notre soutien total monsieur, courage !

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Claude Lelièvre: «Mai 68 a décrispé l’école»...

3 Mai 2018 , Rédigé par Le Courrier Picard - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Politique

« Ce sont mai 1968 et cette période du gaullisme qui ont le plus changé l’école depuis Jules Ferry », affirme l’Amiénois Claude Lelièvre, qui fait référence en histoire de l’éducation.

Claude Lelièvre, vous avez connu mai 1968. Que faisiez-vous alors ?

J’étais un jeune professeur d’histoire-géo dans un collège de Roubaix (Nord). Un collège de garçons. Les élèves n’y avaient pas de blouse, pas d’uniforme. Ils passaient des compositions trimestrielles, pour être classés par discipline. J’avais un bureau monté sur une estrade. Je faisais des leçons magistrales pour l’essentiel.

Était-ce partout ainsi ?

Pour les compositions trimestrielles, oui. La mixité en revanche avait déjà commencé à être instaurée dès 1962 en primaire puis dans les collèges, surtout en ruralité, pour rationaliser les moyens. Pour les lycées, il aura fallu attendre après 1968. Quant à l’uniforme, dans le public, il n’était absolument pas généralisé. On le retrouvait surtout dans les établissements les plus huppés. Mai 1968 a contribué à le faire disparaître là où il existait, pour effacer le caractère distinctif de ces établissements, mais aussi, par envie de s’habiller comme on le voulait.

On fumait en classe ?

Dans des « grandes » classes oui, une habitude née des assemblées générales. Mais ça n’a pas duré. Du moins pour les élèves.

Les images retiennent de mai 1968 que les événements à Paris. À tort ?

Il y avait des assemblées aussi à Lille par exemple que les étudiants suivaient jusque dehors avec des haut-parleurs, mais aussi divers lieux de prise de parole continue. À Amiens, la mobilisation était moindre dès lors que l’université n’était encore qu’une antenne de Lille.

Qu’est-ce que mai 1968 a entraîné comme changement à l’école ?

La seule mesure inspirée directement par mai 68 sera l’introduction de représentants des parents et des élèves dans les conseils d’administration et les conseils de classe. Les événements ont surtout précipité certaines décisions sur des réformes qui étaient déjà prêtes : suppression des compositions et remises de prix, allongement à deux ans de la formation professionnelle, instauration d’une formation continue des instituteurs, suppression du latin en 6e et 5e. Mai 68 a amené une autre lutte autour des résidences universitaires non mixtes à l’époque. Depuis quelques années déjà, les filles pouvaient aller voir les garçons, mais pas l’inverse. Derrière cette question de la sexualité libre est apparue au début des années 1970 l’éducation sexuelle, dont on ne parlait jamais jusqu’alors.

Et la notation sur 20 alors ?

La note sur 20 datait de 1890. En mars 1968, s’est tenu le « colloque d’Amiens ». Il réunissait la fine fleur des hauts fonctionnaires et chercheurs de l’éducation, pour s’accorder sur l’urgence d’une rénovation éducative. Le rapport final du colloque stigmatisait « les excès de l’individualisme qui doivent être supprimés en renonçant au principe du classement des élèves, en développant les travaux de groupe, en essayant de substituer à la note traditionnelle une appréciation (lettres A, B, C, D, E). En clôture, le très gaullien ministre de l’Éducation Alain Peyrefitte déclarait : «  Nous voulons des maîtres qui soient moins les serviteurs d’une discipline que les serviteurs des enfants  ». Le mot de la fin du recteur Robert Mallet, puissance invitante, fut des plus étonnants : «  Le seul moyen d’éviter les révolutions, c’est d’en faire.  »

Toutes ces réformes ont-elles survécu ?

Nombre d’entre elles vont se heurter à des résistances, comme l’idée d’une coopération désormais nécessaire entre enseignants et enseignés. Dès 1971, la notation sur 20 est d’ailleurs autorisée à nouveau. Reste qu’en 1968, la moitié des profs avaient moins de neuf ans d’ancienneté et moins de 30 ans. Le corps enseignant ayant été largement renouvelé, les professeurs étaient donc prêts au changement.

Au fond, quel héritage mai 68 a-t-il laissé à l’école ?

Les différences entre garçons, filles, professeurs et élèves en ont pris un coup. Plus personne ne se mettra sur une estrade. Et l’on ne reverra plus de théâtralisation des classements trimestriels. Mai 68 a décrispé l’école. Un retour au laxisme, diront certains. Pour moi, ce sont mai 1968 et cette période du gaullisme qui ont le plus changé l’école depuis Jules Ferry, alors que la mémoire collective ne va attribuer la modernisation de l’école qu’à la gauche.

 Propos recueillis par Gael RIVALLAIN

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