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Vivement l'Ecole!

politique

Débat public - "Le drame de notre temps, c'est que la bêtise se soit mise à penser"...

2 Septembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Médias

La guerre des talk-shows enflamme la télé

"Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées. Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et l'amitié des hommes, ce silence est la fin du monde". Albert Camus, Le Siècle de la Peur (Combat, 1948)

Le débat public est d'une affligeante médiocrité. Tout le monde ou presque en est d'accord. Y compris celles et ceux organisant ces joutes verbales vues bien plus qu'entendues car devenues spectacles - ne parle-t-on pas de "talk show" - "machines à buzz et à clash" interdisant tout débat digne de ce nom. Les sujets traités sont les mêmes de plateaux télés en matinales radios et sont rarement ceux qu'il conviendrait de développer. Ils "font" l'actualité, surfent sur l'immédiateté ou sont feuilletonnés jusqu'à l'épuisement, jusqu'au sujet qui viendra remplacer le précédent.

Il en a toujours été ainsi pourrait-on dire. Non. L'actualité, depuis l'avènement de l'information dite "en continu" et des réseaux sociaux servant à la fois de chambres d'écho à l'infini et d'amplification des débats dans ce qu'ils ont de spectaculaires, de scandaleux et de choquants, est de nos jours offerte en bien de consommation presque comme un autre. Pire même, les animateurs d'émissions populaires/populistes comme Cyril Hanouna par exemple - mais il en est bien d'autres de Pascal Praud à Jean-Marc Morandini en passant par Marc Menant - mélangent les genres abattant les murs qui séparaient le "futile" du "sérieux". Pourquoi pas? La vulgarisation n'est somme toute pas condamnable en soi. Bien au contraire.

Hélas, cette vulgarisation ne privilégie que le superficiel, n'approfondit jamais tel ou tel sujet, transformant en éclats de rire et de voix permanents ce qui mériterait d'être respecté dans et par une réflexion partagée avec les auditeurs et téléspectateurs. Elle dit au citoyen ce qu'il a envie d'entendre, dans une paresse et une facilité absolument révoltantes. A la radio, les "formats" sont de plus en plus courts. Il faut aller vite. Les réponses doivent être courtes. Le journaliste se sent en permanence obligé, non pas de relancer son interlocuteur invité mais de le couper toutes les vingt secondes pour "animer" le plateau de peur peut-être d'ennuyer l'auditeur. Il en résulte des conversations hachées, chacun empiétant sur la parole de l'autre dans un magma de mots qui ne font plus sens, la réflexion se perdant avant d'être interrompue par la coupure publicitaire ou par l'intervieweur mettant fin au "dialogue". Le temps passe si vite n'est-ce pas? On en retiendra une phrase, un mot qui seront commentés à l'infini sur les réseaux dits "sociaux", sur lesquels ceux qui parlent fort sont ceux que l'on écoute, ceux parmi lesquels on étouffe tant ils semblent avoir absolument raison, pour plagier Camus. L'amusement y gagne. L'intelligence collective y perd. Quant au doute, pourtant si nécessaire à la volonté de réflexion, il n'a même plus sa place. Et pour cause! De la vulgarisation nécessaire, nous sommes passés au vulgaire inutile et dangereux.

Ce à quoi nous assistons n'est rien moins qu'une désintellectualisation du débat public par le biais de médias de plus en plus "médiocratiques". Alors que de nombreuses voix alertent souvent et caricaturalement sur "le niveau qui baisse" (à l'école), d'autres voix et très souvent les mêmes sont celles qui participent à l'effondrement du niveau, celui-là pas caricatural du tout, de notre débat public. Un débat dominé désormais par les communicants dont l'obsession est de nourrir le petit "oiseau bleu". Entre autres. Le développement de telle ou telle actualité, de tel ou tel thème, ne trouve plus sa place que sur quelques stations de radios - France-Culture par exemple heureusement de plus en plus écoutée, ce qui démontre l'appétence des français pour une information "ralentie", posée, réfléchie - ou chaînes de télévision. Dans la presse écrite aussi. Mais l'immense majorité du débat public se perd dans les analyses à court-terme, dans les talk-show récurrents, répétitifs et réunissant les mêmes "experts" en tout donc spécialistes de rien. Il faut parler, parler, parler. Prendre la parole et ne pas la céder. C'est à dire prendre le pouvoir sur l'autre sans lui reconnaître le droit de vous contredire pour vous convaincre. Dire très vite ce qui mériterait de longs développements. Le discours libéral se sent très à son aise dans de tels "formats". Centré toujours sur les individus bien davantage que sur les idées. Désintellectualisation et individualisation: deux écueils interdisant aux idées de trouver leur place. Les idées, sans doute trop subversives pour les démagogues qui nous dirigent ou nous "informent", qu'ils soient politiques, éditorialistes ou animateurs médiatiques.

Cette médiocrité - un véritable fait de société qui mériterait un débat mais il ne vient jamais, les responsables étant trop occupés, ou parfois contraints, à distiller des idées courtes traduites en autant d'éléments de langage - est évidemment une contribution majeure à l'abaissement de l'esprit critique. Dès le plus jeune âge, ce qui devrait faire de nous des citoyens éclairés - l'information développée - se transforme en messages courts, en slogans et "punchline". Un terreau idéal pour le libéralisme - au sens le plus large - qui ne se sent jamais aussi à l'aise que dans l'accélération et la prévalence de l' événementiel, de l'instantanéité et de l'émotionnel sur la réflexion et le débat respectueux de la parole contradictoire, outil essentiel permettant à l'individu/citoyen de pouvoir exercer son libre-arbitre. Libre-arbitre confisqué puisque délégué à quelques-uns "pensant" en son nom. Sous le prétexte fallacieux qu'une "bonne" polémique vaudrait toujours mieux qu'une conversation de salon. Raisonnement absurde destiné à discréditer le débat intellectuel pour l'enfermer dans un exercice élitiste destiné à un public choisi.

Bien entendu, le débat public trouve aussi des espaces où il peut jouer son rôle. Le "média-centrisme" ne doit pas nous aveugler. Dans les collectivités locales, nombreuses sont celles qui organisent des débats participatifs. Le développement des sites Internet permet à toutes et tous de trouver "débat à son pied": débat de société; consultation publique; assises thématiques; referendum local; conférences citoyennes à distance - la pandémie "covid19" a permis le développement de ces échanges via des outils que beaucoup ont découverts.

On le voit et ce n'est pas le moindre des paradoxes, alors que les français ont accès, via les "open data" entre autres, à des informations jadis inaccessibles aux communs des mortels, ils n'ont jamais été à ce point privés de débats publics de large audience sur les sujets majeurs pourtant ignorés par les média "mainstream". La demande est pourtant là. Très forte. Même si, il faut le dire, participer à des débats, Internet ou autres, n'influe que très exceptionnellement sur les décisions politiques en aval. Sauf lorsque ce débat est à l'initiative du pouvoir politique en place, ce qui ne participe qu'artificiellement à la revitalisation de la démocratie.

Enfin, ce débat public - je parle de celui qui se voit et s'entend comme un perpétuel bruit de fond gavant le citoyen comme l'éleveur gave ses oies - passe très largement à coté des dossiers essentiels. Je n'en dresserai pas ici la liste tant ils sont nombreux mais à force de privilégier l' actualité brûlante, le citoyen se voit privé de la réflexion longue au sujet de ce qui le passionne pourtant.

Qu'on y prenne garde, à force d'égarement nous pourrions être amenés à justifier l'élection de populistes tel Donald Trump, en donnant raison à Cocteau:

"Le drame de notre temps, c'est que la bêtise se soit mise à penser".

Qu'il sache que son constat, ancien, se réalise quotidiennement de nos jours. Hélas.

Christophe Chartreux

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"Le Canada étouffe sous un dôme de chaleur, la planète brûle, l’Arctique fond, et on nous passe en boucle les mêmes baltringues..."

15 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

Allocution d'Emmanuel Macron : « Nous devrons sans doute nous poser la  question de la vaccination obligatoire », indique le président

Covid-19 : les semaines à venir seront décisives, comme d’habitude

Christian Lehmann est écrivain et médecin dans les Yvelines. Pour «Libération», il tient la chronique d’une société suspendue à l’évolution du coronavirus.

La folie, selon une citation apocryphe attribuée à Albert Einstein, c’est de refaire constamment la même chose et de s’attendre à un résultat différent. Et nous y sommes, une nouvelle fois. Emmanuel Macron a causé dans le poste, les éditorialistes autorisés ont laissé fuiter quelques bribes, coups de sondes destinés à déterminer l’acceptabilité de mesures survenant toujours trop tard, et à contretemps. Il y a moins de deux mois, le 10 mai dans le Parisien, Jean Castex, l’homme qui aura foiré trois déconfinements, annonçait : «Nous sommes enfin en train de sortir durablement de cette crise sanitaire.» Emmanuel Macron se projetait vers la dernière année de son quinquennat, qui devait compter double. On sentait à quel point la classe politique tout entière voulait en avoir fini avec cette pandémie qui lui avait constamment échappé, qui avait rendu obsolètes les passes d’arme surjouées et les empoignes de plateau. Les soignants avec qui j’échange, un peu lassés je dois dire de jouer les Cassandre, ont écrit ici ou là que c’était une erreur, que ce n’était pas terminé, que le virus a pour lui la patience et la ténacité, quand le gouvernement vis-à-vis de cette crise semble avoir la capacité de concentration d’un bulot.

Sur le front médical, les indicateurs de cette «fin de partie» étaient patents. Le directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie réendossait son costume de cost-cutter et plafonnait le paiement des vacations des vaccinateurs, au prétexte qu’il aurait été inconvenant que la vaccination se professionnalise. Dans le même mouvement, il mettait fin au remboursement des téléconsultations par téléphone, alors que le public le plus fragile, les personnes les plus âgées et isolées, n’ont pas ou très rarement accès facile à un ordinateur et à une plateforme de visioconférence. Des centres vaccinaux fermaient. Pour la énième fois, les pouvoirs publics, dès l’annonce d’une embellie, agissaient comme si la pandémie était en phase terminale et qu’il s’agissait maintenant de resserrer les boulons du «quoi qu’il en coûte».

Effet de sidération

La preuve la plus flagrante de cet aveuglement volontaire a sans doute été la calamiteuse intervention d’Olivier Véran début juin, qui tentait de masquer l’incapacité logistique à approvisionner les centres vaccinaux sur les lieux de vacances, sous un vernis permissif, avec l’annonce d’une «dérogation» permettant aux Français d’allonger l’intervalle entre deux doses jusqu’à sept ou huit semaines en contradiction avec tous les protocoles établis jusqu’ici. Ce qu’entendirent les Français, alors que le gouvernement se démasquait, que Macron papouillait Biden et que les spots célébrant la normalité retrouvée fleurissaient sur les écrans, c’est que l’alerte était passée et qu’il était possible d’attendre le retour des vacances pour éventuellement songer à se vacciner. Alors qu’il aurait fallu au contraire revenir à l’intervalle initial le plus court possible entre deux doses (vingt et un jours pour Pfizer, vingt-huit pour Moderna) et insister sur l’urgence à se vacciner pour être protégé fortement quinze jours après la seconde dose.

La sortie de Véran a planté la campagne vaccinale au mois de juin, et en deux temps celui-ci a mangé son chapeau, d’abord en raccourcissant mi-juin l’intervalle entre les deux doses, puis en annonçant début juillet ce que nous avions réclamé depuis des mois – la possibilité de pratiquer la deuxième dose dans un autre centre que la première afin d’inciter les gens à vite se vacciner en sachant pouvoir recevoir la deuxième injection sur leur lieu de vacances. On mesure mal, je crois, l’effet désastreux de cette incapacité ministérielle à simplement admettre s’être trompé. Ne pas dire : «Contrairement à ce que nous avions annoncé, il faut raccourcir l’intervalle entre les doses au minimum, et vous vacciner dès maintenant, pour être protégé au plus vite», mais annoncer la modification de l’intervalle et la possibilité d’une vaccination multisites, sans la mettre en perspective avec l’annonce précédente, entraîne dans la population un effet de sidération autant qu’une défiance grandissante, puisque le ministre s’octroie la légitimité d’affirmer avec force le lendemain l’inverse de ce qu’il martelait la veille, sans jamais admettre même avoir fait fausse route.

Breaking news

Depuis le début, depuis le mensonge sur les masques, le déni de cette réalité a semblé plus important pour ceux qui nous gouvernent, que la nécessité d’informer honnêtement la population. Et ces obfuscations n’ont aucun sens parce que tout le monde, ou presque, a compris. Compris que pour économiser quelques dizaines de millions d’euros les gouvernements successifs ont laissé disparaître le stock de masques et de protections. Compris que les ministres et certains histrions télévisuels ont menti sur l’utilité des masques en population pour minimiser la pénurie. Compris que le «pari» de Macron depuis janvier de s’affranchir des avis des scientifiques et des réanimateurs, de les taxer d’«enfermistes», de repousser un confinement nécessaire, a coûté aux pays des centaines de milliers de contaminations. Compris enfin que la seule sortie de crise en l’absence de traitement, la vaccination, ne se déploie que grâce à l’énergie plus ou moins désespérée des soignants, des bénévoles et des administratifs soumis en permanence à des ordres contradictoires.

Lundi soir, nous savions qu’Emmanuel Macron allait parler. Qu’il allait annoncer, breaking news, comme à chaque fois, que «les semaines à venir seront décisives». On le savait, bordel. Chaque semaine est décisive, depuis le début. Chaque jour est décisif. Mais encore faudrait-il le garder en permanence à l’esprit, et pas s’en souvenir simplement quand par défaut d’anticipation les indicateurs flambent à nouveau. Mais bon, il ne faut pas rêver… le Canada étouffe sous un dôme de chaleur, la planète brûle, l’Arctique fond, et on nous passe en boucle les mêmes baltringues qui nous expliquent que l’écriture inclusive et le burkini signent la fin d’une civilisation.

Christian Lehmann

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Macron et le gouvernement... Pas de Pass contre la contradiction totale...

13 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

Image De Concept De Contradiction Avec Des Panneaux Routiers Dans La Forme  De Puzzle De Jugsaw Image stock - Image du morceaux, opposition: 148352361

Manger son chapeau, illustration

Depuis février 2020 et le début de la crise du Covid en France, les politiques auront démontré un formidable appétit pour tout ce qui, de près ou de loin, s'apparente à un chapeau. Mais celui dévoré hier par Olivier Véran est de taille. S'il fallait choisir, ce serait moins un panama qu'un sombrero mexicain, aux larges bords, que le ministre de la Santé a dû découper et manger avec un peu de sel en regardant l'allocution d'Emmanuel Macron hier soir. Le Président a donc annoncé l'extension du pass sanitaire aux lieux de loisirs accueillant plus de 50 personnes. Viendra ensuite le tour des cafés, des restaurants, des centres commerciaux, des moyens de transport longue distance, etc. Véran a dû apprécier, lui qui, en avril, assurait les sénateurs de l'inverse«Un mot sur le pass sanitaire. Notre pays a la passion de l'égalité. J'imagine mal que quand certains lieux rouvriront au public, ils ne rouvrent pas pour tous. C'est en tout cas mon opinion, mais le débat démocratique aura lieu. Nous y travaillons, sur le plan juridique, sanitaire, scientifique et logistique», indiquait le ministre alors que la sortie de confinement occupait les esprits.

Le mois suivant, toujours devant la Chambre haute, le même Véran se faisait encore plus précis. «Vous savez mon opposition de principe à l’usage d’un pass sanitaire pour des activités de la vie courante telle que manger au restaurant. En revanche, pour les lieux qui concentrent une forte population, un fort brassage, là, le pass sanitaire prend son sensjurait-il devant la commission des Lois. [...] Nous ne souhaitons pas utiliser un pass sanitaire pour des événements inférieurs à 1000 personnes.»

Macron contredit Macron

Mais Véran n'est pas le seul à aimer le goût du feutre. Macron aussi. Dans son interview donnée à la PQR fin avril, le chef de l'Etat ne pouvait être plus clair. «Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis», indiquait-il. En mai, son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune confirmait cette idée sur France 2«Ce n'est pas la mentalité de notre pays et j'y suis attaché moi aussi, estimait-il. On n'a pas envie que pour les activités comme le café, le restaurant, ou même faire ses courses, on ait une société à deux vitesses.»

La ligne rouge

Le 10 mai à l'Assemblée, le rapporteur du projet de loi de sortie de la crise sanitaire, le député Jean-Pierre Pont, lançait : «Le dispositif est entouré de garanties suffisantes car il ne s’appliquera pas aux activités quotidiennes». Et le gouvernement de promettre, de son côté, une jauge à 1000 personnes mais sans l'inscrire dans la loi… Le même jour, le député LREM Guillaume Gouffier-Cha estimait qu'il fallait «définir très clairement le périmètre des activités qui peuvent se voir appliquer le pass sanitaire». «Nous posons une ligne rouge, le pass sanitaire ne pourra jamais concerner les activités de la vie quotidienne», assurait l'élu du Val de Marne à la tribune de l'Assemblée. Gouffier-Cha évoquait notamment un amendement de la présidente LREM de la commission des Lois, Yaël Braun-Pivet. «J’ai tenu à inscrire noir sur blanc dans la loi qu’un restaurant, un cinéma ou un théâtre ne pourra pas demander le pass sanitaire»s'engageait-elle sur France 5 le 13 mai, défendant clairement les libertés publiques.

Et terminons avec Adrien Taquet qui, plus que quiconque, a besoin de bien mâcher ce matin. «Il [le pass sanitaire] sera donc réservé aux grands événements où le respect des gestes barrières ne peut être assuré ; en aucun cas il ne pourra être réclamé dans un commerce alimentaire ou dans un restaurant. Je me permets d’insister sur cette dernière précision et de redire que toute demande de présenter le pass sanitaire en dehors des cas prévus par la loi fera l’objet de sanctions», assurait en mai le secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des familles à l'Assemblée, lors de la séance des questions au gouvernement. Et bon appétit bien sûr.

Via Chez Pol - Libération

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Covid - L’Emmerdeur en chef a encore frappé

13 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

L'Emmerdeur en chef a encore frappé

Après avoir annoncé la vaccination obligatoire pour les soignants et l’extension du pass sanitaire, le Président s’est transformé en candidat énonçant un discours électoral.

S’en souvient-il seulement ? Désavouant sa ministre de la Santé sur l’élargissement de la loi Evin, Emmanuel Macron avait expliqué en février 2018 aux journalistes : «Je crois beaucoup à la formule de Georges Pompidou : N’emmerdez pas les Français». Trois ans et une pandémie plus tard, le voilà pourtant Emmerdeur en Chef, resurgissant sur fond de Marseillaise pour annoncer aux Français de nouvelles restrictions sanitaires. Il a prononcé ce lundi sa huitième allocution présidentielle depuis l’apparition du Covid-19 depuis le Grand Palais éphémère à Paris, sur fond de tour Eiffel qui augmentait encore l’impression d’un journal télévisé du week-end, quand le présentateur est plus jeune qu’expérimenté. Nous y voilà donc : vaccination obligatoire avant le 15 septembre pour les soignants et tous ceux au contact des personnes fragiles, annulation de la gratuité des tests PCR, et élargissement du passe sanitaire comme seul sésame aux restaurants et spectacles dès le mois d’août. L’allocution s’est alors transformée en discours électoral. Le Président de la République a profité du moment pour fustiger les paresseux, chanter les louanges de l’industrialisation et vanter sa réforme des retraites, appelant les Français à se projeter dans l’avenir, qu’il a décrit dans des termes presque caricaturaux de droite libérale. En septembre 1972, son modèle Georges Pompidou avait fustigé lui aussi la «vieille France», avant d’annoncer : «C’est terminé. La France a commencé et largement entamé une révolution industrielle.» C’était terminé effectivement, avec une industrialisation à marche forcée qui finit par défigurer le tissu social du pays, le déclin de l’agriculture, un cruel manque de logement en ville, des salaires anormalement bas dictés par un patronat conservateur, le tout sous couvert de «modernisme». Emmanuel Macron a lundi demandé aux Français de s’enthousiasmer pour cette nostalgie qu’il a qualifié d’«avenir». Les emmerdes ne font décidément que commencer.

Dov Alfon

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Rions avec Zemmour et Hanouna (ou pas)

5 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

Colloque: Rire en images à la Renaissance. Paris, 7-10 mars 2012 « Le blog  de l'APAHAU

Si les deux personnages s’activent sur les plateaux et peuvent recouvrir, de leur gestuelle à leur élocution, une dimension comique, dans la perspective de la présidentielle, le rire s’étrangle.

Prenons Zemmour et Hanouna, les deux cariatides de l’empire audiovisuel de Bolloré, celui qu’il est en train d’exporter sur Europe 1, en éjectant par conteneurs entiers tout ce qui pouvait ressembler à de la finesse de pensée ou d’expression. Considérés hors contexte, dans leur seule gestuelle, dans leur seule élocution, les deux personnages ont une indéniable dimension comique. Le petit malingre de cinquante kilos tout habillé déplorant la disparition de la masculinité, le clown se rêvant en phare de la campagne, voire en candidat à la présidentielle, après avoir conquis sa popularité en fourrant des nouilles dans le slip d’un de ses chroniqueurs : oui, ce sont les continuateurs potentiels du Chaplin du Dictateur. Dans la perspective de la présidentielle, Hanouna prépare un livre, dans lequel l’ancien directeur de l’Express Christophe Barbier va l’accoucher sur sa perception de la société française – scoop révélé par Bruno Jeudy, rédacteur en chef (placardisé) de Paris-Match. On a envie, on se sent autorisé à rire.

Comme on riait de la candidature Trump, en 2016. Car on riait, s’en souvient-on. On riait sur les plateaux des démocrates bien-pensants, du gros balourd de la télé-réalité, du «you are fired», à l’assaut de la Maison Blanche. Et c’est évidemment à ce moment que ça coince. A cette première pulsion de rire, font barrage les images mentales du mur de la frontière mexicaine, du retrait américain de l’accord de Paris, et du wagnérien assaut du Capitole, au début de l’année. Et le rire s’étrangle. Il s’étrangle d’autant plus que Trump, encore aujourd’hui, règne sur le Parti républicain, en éjectant tous ceux qui refusent l’univers parallèle du «Biden a trafiqué l’élection». Oui, ils sont dans leur monde, oui c’est un monde parallèle au nôtre, mais ce monde parallèle existe, où de sérieux journalistes pourraient citer un jour «le président Zemmour» ou «le président Hanouna». Et non seulement il existe, mais il mord à pleines mâchoires sur le nôtre, que nous considérons comme le réel.

Le rire entretient avec la brutalité des rapports complexes. Eric Zemmour expliquait récemment que Papacito le fait rire. Papacito est ce youtubeur fascisant qui venait de mettre en ligne une vidéo dans laquelle, en treillis militaire, il lardait de coups de poignards un mannequin de chiffon, figurant un gauchiste, ou un communiste, ou un baba cool, toutes ces catégories inférieures. Mais c’était pour rire, bien entendu. Vidéo «gaguesque», ratifia Zemmour. Mais tout le monde n’était pas d’humeur à plaisanter. Après une plainte de Jean-Luc Mélenchon, une enquête pour «provocation publique non suivie d’effet à la commission d’atteintes à la vie ou à l’intégrité des personnes» a été ouverte contre Papacito par le parquet de Paris.

Le rire n’est pas seulement l’arme du faible et du dominé. Il y a un rire du paramilitaire en gilet pare-balles, comme il y a un rire du tortionnaire, ou du bourreau, ou du putschiste, analyse le professeur de littérature allemand Albrecht Koschorke, dans un essai consacré à Mein Kampf (1). Ce rieur jouit d’avance de ses étranglements futurs. Il rit de la naïveté de ses adversaires démocrates. A l’aube de sa carrière, rappelle Koschorke, Hitler apparaissait à certains comme un personnage comique. «Hitler plus pouvoir égale horreur, mais Hitler moins pouvoir égale comédie», disait un humoriste. D’où Koschorke déduit une première nécessité de la terreur, contre le rire : «La terreur est un moyen nécessaire pour expurger le vague ridicule collant aux meneurs politiques autoproclamés.» Mais ce n’est pas tout. Même chez ses spectateurs innocents, la terreur peut provoquer un rire nerveux. «Les effets d‘un comique profondément irréel collent aussi de manière frappante à la terreur elle-même. Dans son inconcevabilité même, l’horreur confine au comique. Telle est la caractéristique des régimes de terreur que de s’enfermer dans une fin en soi absurde et opaque, jusqu’à rejoindre, pour étrange que cela paraisse, une comédie où tout sens vole en éclats.»

La perte du sens. Le vide des mots. Leur retournement. Le tonitruant cheptel de chroniqueurs de Zemmour ou de Pascal Praud qui se proclament quotidiennement bâillonnés. Oui, ce pourrait être seulement comique. Mais réfléchissons sur ce rire.

Daniel Schneidermann

(1) «Manipuler et stigmatiser, démystifier Mein Kampf», Albrecht Koschorke, CNRS Editions, 2018.

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Le Collège citoyen de France, une «ENA du terrain» pour prendre des cours de codes

30 Juin 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Education

Collège citoyen de France

Misant sur le partage d’expérience, cette nouvelle école, dont les cours débuteront en juin, veut former gratuitement une cinquantaine de citoyens au fonctionnement de la vie publique pour les aider à développer un projet d’intérêt général.

Parfois, il ne suffit pas d’avoir du temps, de l’énergie et des convictions pour concrétiser son projet. Il faut aussi compter dans son attirail une boussole pour s’orienter dans le labyrinthe de l’action publique : comprendre comment fonctionnent les institutions, comment se dépatouiller de l’administratif ou s’imposer au milieu d’une foule d’autres acteurs pas décidés à vous faire des cadeaux. C’est avec la volonté de pallier ce manque qu’un collectif, mêlant anciens hauts fonctionnaires, membres d’associations et artistes, a créé le Collège citoyen de France. Cette «ENA du terrain» entend former gratuitement des citoyens de tous horizons à la vie publique, pour leur permettre de développer un projet d’intérêt général. L’idée est née pendant le premier confinement, alors que le monde d’après s’inventait à coups de tribunes utopistes, avec l’envie de proposer quelque chose de plus concret pour redonner du sens à la politique.

«Une école comme l’ENA ne fait pas découvrir les réalités sociales, qui sont pourtant la matière première des politiques publiques», raconte Julien Neutres, l’un des dix cofondateurs, haut fonctionnaire passé par l’ENA. Parmi les dossiers des candidats au Collège citoyen, on retrouve des profils divers, allant d’une directrice d’Ehpad à un ex-commandant de caserne de pompiers, en passant par un ancien créateur de sites internet.

Une «petite démocratie»

La cinquantaine de nouveaux admis débuteront les cours en juin. Ils apprendront à construire un projet, mais aussi à comprendre le fonctionnement des institutions ou les relations entre acteurs publics, le lien avec l’Etat, avec un préfet, avec des partis politiques. «Il faut leur donner les moyens pour qu’ils ne se retrouvent pas démunis en arrivant dans ce milieu qui fonctionne selon des codes particuliers», expose Tania de Montaigne, l’une des cofondatrices, écrivaine et chroniqueuse à Libération. Si quelques vedettes viendront dispenser des cours (l’ancien ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, ou le professeur au Collège de France Patrick Boucheron), les créateurs du Collège citoyen ont surtout misé sur le partage d’expérience pour faire de leur formation une «petite démocratie». Chacun pourra faire profiter les autres de son vécu, et surtout, chacun devra s’ouvrir à la réalité de ses camarades de promo. Un agriculteur sera amené à passer du temps au côté d’un chef d’entreprise, et inversement

Si d’autres institutions similaires, comme «l’école de l’Engagement» d’Arnaud Montebourg, ont clairement vocation à préparer les futurs cadres d’un parti, le Collège citoyen insiste sur sa volonté d’accepter des élèves de toutes sensibilités politiques, tant que celle-ci ne confine pas aux extrêmes. «Il s’agit simplement de préparer des personnes qui voudraient prendre un engagement pour le bien commun, pour qu’elles aient la force de le mener à bien», appuie Dominique Versini, ancienne secrétaire d’Etat issue de la société civile et cofondatrice du Collège citoyen. Un sang neuf qui pourrait attirer l’attention de partis en quête de changement.

Nicolas Celnik

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21 novembre 2017: JM Blanquer "tuait" le front républicain. En direct, applaudi par Marine Le Pen...

25 Juin 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique

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Racisme d’État (1/2): un nouveau «front républicain»

Le 21 novembre 2017, le front républicain est mort en direct à l’Assemblée nationale. Un nouveau front républicain s’est formé quand les députés ont ovationné debout le ministre de l’Éducation nationale : celui-ci a fait l’unanimité, ou presque, non plus au nom de l’antiracisme pour faire barrage à l’extrême droite, mais avec le Front national, contre un syndicat qui combat le « racisme d’État ».

SUD Éducation 93 avait en effet annoncé pour la mi-décembre un stage de formation syndicale, sous le titre : « Au croisement des oppressions : où en est-on de l’antiracisme à l’école ? » « Deux ateliers « en non-mixité raciale » sont également au programme », précise Mediapart, « le premier portant sur “les outils pour déconstruire les préjugés de race, de genre et de classe”, le second sur le “ récit d’expérience des enseignant.es racisé.es”. »

On sait que la non-mixité, sexuelle et surtout raciale, fait polémique depuis le printemps 2016, d’abord avec les réunions féministes de Nuit Debout (mais qui s’indigne réellement de la non-mixité d’associations comme La Barbe ?) puis surtout après les journées de Paroles non-blanches, lors des mobilisations estudiantines à l’université Paris-8 contre la loi Travail : celles-ci avaient déjà suscité une question au gouvernement, et la condamnation de la ministre de l’Éducation nationale de l’époque.

Une fois encore, le Printemps républicain et le site d’extrême-droite Fdesouche ont lancé l’offensive : depuis des années, la « fachosphère » étend son influence avec des rhétoriques qui se réclament de la République comme de la laïcité. La censure se réclame désormais de la démocratie. La scène se répète, à propos du Camp décolonial contre le racisme d’État, et du Festival Nyansapo organisé par le collectif afroféministe Mwasi. C’est vrai aussi, dans le monde universitaire, sur des thèmes proches – même s’il n’y est pas question de non-mixité, autour du colloque sur l’intersectionnalité qui a failli être censuré au printemps 2017 à l’ESPE de l’académie de Créteil, ou de celui sur l’islamophobie qui l’a bien été à l’université Lyon-2 en septembre 2017.

Durant la séance de questions au gouvernement, Jean-Michel Blanquer commence par déclarer : « Tous les hommes naissent libres et égaux en droit. C’est l’article 1er de la Déclaration du 26 août 1789 qui je pense est à l’origine de l’engagement de tous les membres de cette Assemblée. » Autrement dit, c’est l’union sacrée autour de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « Tout ce qui met en cause ce fondement de notre République, de notre histoire républicaine, est évidemment très grave. »

Cécile Rilhac, députée LREM, a uniquement interrogé le ministre sur la non-mixité ; celui-ci n’en dit mot dans sa réponse. Il préfère s’en prendre au vocabulaire (quitte à se tromper au moment de citer) : « ces ateliers qualifiés (j’ouvre les guillemets) de “non-racialisés” – et de “racialisés” aussi d’ailleurs (je ferme les guillemets). L’expression même utilisée est absolument scandaleuse. Elle ne peut pas avoir sa place dans l’Éducation nationale. »

C’est une des caractéristiques du débat français : depuis des années, la classe politique confond les mots et les choses. On passe son temps à rejeter le mot « islamophobie » au lieu de combattre le racisme anti-musulman. On prétend s’engager contre le racisme en décidant, à défaut d’autres actions, de supprimer le mot « race » de la Constitution ou du droit français – alors que c’est une arme contre la discrimination raciale. Et cela, au moment même où s’en saisissent des antiracistes, souvent des personnes racisées, que Libération qualifiait en une, le 3 avril 2016, de « nouveaux antiracistes ».

Le ministre lutte pareillement contre un lexique : « On parle de “non-mixité raciale”, on parle de “blanchité”, on parle de “racisés”, c’est-à-dire les mots les plus épouvantables du vocabulaire politique sont utilisés au nom soi-disant de l’antiracisme alors qu’en fait ils véhiculent évidemment un racisme. » Les images montrent d’ailleurs, au passage, les quelques figures « non-blanches » de l’Assemblée nationale, comme pour appuyer la logique color-blind d’un discours républicain indifférent aux différences raciales.

Dès lors qu’il s’agit d’un stage antiraciste organisé par SUD Éducation, et non de journées du Front national, l’évidence pourtant n’a rien d’évident ; c’est bien pourquoi il faut l’affirmer avec force, « évidemment », contre ces nouveaux racistes que seraient les nouveaux antiracistes. Dans sa question, Cécile Rilhac était beaucoup plus modérée, puisque, si elle « condamn[ait] la méthode », la députée de la majorité rappelait l’importance du « combat contre le racisme », mais aussi le droit des enseignants d’« exprimer leur point de vue en toute liberté » ; « en même temps », elle mettait en garde contre « une forme d’hystérisation et d’instrumentalisation de cette polémique par une partie de l’extrême droite et de la fachosphère ».

Le ministre n’a pas cette exigence : ce n’est pas le risque de récupération qui l’inquiète, et il n’évoque pas davantage la liberté des enseignants. Il est d’ailleurs significatif que le ministre ne se soucie pas du risque de discrimination syndicale : le mot discrimination n’apparaît pas dans sa réponse. Sur le racisme, il n’a qu’une chose à dire : «  puisque ce syndicat a décidé de parler aussi de racisme d’État, j’ai décidé de porter plainte pour diffamation à l’encontre de SUD Éducation 93. »

Alors que la question n’avait pas été interrompue par des applaudissements, la conclusion de la réponse transforme les applaudissements nourris en ovation, Marine Le Pen en tête : « Nous devons avoir l’unanimité de la représentation nationale contre cette vision de l’homme. » Quand l’ennemi principal, c’est « l’antiracisme politique », le Front national est au cœur du pacte républicain.

Eric Fassin

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Un deuxième billet proposera une discussion du vocabulaire contesté : non seulement les mots racisés et blanchité, mais aussi antiracisme politique, politiques de racialisation et de la race, et racisme d’État.

Post Scriptum (15 décembre 2017) :

Il semble que les images de l'intervention de Jean-Michel Blanquer sur LCP aient changé depuis l'écriture de ce billet : http://www.lcp.fr/la-politique-en-video/ateliers-non-mixtes-de-sud-education-93-sur-le-racisme-detat-jean-michel. En particulier, on n'y voit plus aujourd'hui, à la fin de son intervention, Marine Le Pen parmi les premières à se lever pour ovationner le ministre. Heureusement, ces images que j'avais commentées sur Twitter (https://twitter.com/EricFassin/status/933421710703058944) y figurent toujours (https://twitter.com/LCP/status/932984363033116673).

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Le langage de l’extrême droite a fini par contaminer la classe politique.

21 Juin 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Langue

Ces mots de l'extrême droite qui contaminent le débat public | L'Humanité

Alors que la campagne pour les régionales prend fin, le langage de l’extrême droite a fini par contaminer la classe politique.

Il est une pandémie pour laquelle aucun antidote n’a, pour le moment, été trouvé, et qui, pourtant, fait des ravages. Fièvre, hallucinations, remontées acides, régurgitation parfois. Aucun vaccin n’est prévu pour le moment et c’est bien dommage car c’est une épidémie qui frappe le monde entier et ressurgit à intervalles réguliers. A chaque élection, très précisément. Son principal symptôme est de faire du lexique de l’extrême droite le seul langage électoral possible. C’est plus fort que les candidates et les candidats, de quelque bord qu’ils soient, c’est plus fort que les chaînes d’info continue et non continue, tous rechutent. Quand les élections approchent, l’imaginaire et le vocabulaire politique se rétrécissent jusqu’à devenir minuscule. L’atmosphère est soudain saturée de cet air vicié dont on reconnaît immédiatement le bruit et l’odeur. Ça pue. Comme si aucune autre forme de pensée n’existait plus. Comme si la seule manière de faire campagne, c’était d’emprunter ce chemin-là. Boueux, poisseux, putride. Soudain, toute singularité disparaît chez les candidats et, chacun se met, alors, à n’avoir plus qu’un vocabulaire appauvrit. Ça pue. Les phrases s’accolent les unes aux autres jusqu’à former des fausses suites logiques. Le but étant d’arriver à placer les mots «Français de souche», «musulmans», «noirs» «Arabes», «étrangers», «délinquants», «migrants», «reconduites à la frontière».

Le principe est simple, comme au jeu de l’oie, il faut partir de la case numéro 1 intitulée «On est chez nous» pour arriver tranquillement à la ligne d’arrivée nommée «Rentrez chez vous». Du «nous» d’un côté, du «vous» de l’autre, l’idée étant de créer les conditions qui permettront d’associer automatiquement «blancs» à «France» et «musulmans, noirs, arabes, pas blancs» à «étrangers». Et maintenir, ainsi, l’éternel fantasme de l’extrême droite qui voudrait qu’un Français soit forcément blanc et catholique. «Nous». «Vous». Entre la case départ et la ligne d’arrivée, libre à chaque candidat d’inventer les combinaisons qui lui conviennent. Par exemple, en cinq coups : «On est chez nous», «sécurité», «jeunes des quartiers», «délinquance», «Rentrez chez vous». Ça marche. On peut aussi faire : «On est chez nous», «violences», «caméra de sécurité», «musulmans», «Rentrez chez vous». Ou bien : «On est chez nous», «agressions», «surveillance», «lutte contre l’insécurité», «sauvageons», «Rentrez chez vous». Une fois qu’on a compris, c’est assez ludique, on peut même inventer des combinaisons plus toniques : «On est chez nous», «on a peur», «sécurité», «Rentrez chez vous». Et même si, dans le cas des élections régionales, la sécurité n’est pas du tout une compétence de la région et n’a donc rien à faire dans le débat, chacun des candidats veillera quand même à glisser le mot au début de chaque phrase.

Maintenant, rêvons un peu. Imaginons une campagne électorale qui aurait pour principe de mettre la politique au centre. «La politique», au sens premier du terme. Je sais, c’est fou comme idée, mais bon, je me lance. Il serait question, alors, de tout ce qui regarde la vie de la cité et ça en fait des sujets. Imaginons aussi qu’il y ait des candidates et des candidats qui se présentent à nous avec le désir ardent d’être responsables. Au sens qu’en donne le dictionnaire : réfléchi, qui pèse les conséquences de ses actes. Des candidats qui se présenteraient à nous avec un projet quoi. Je sais, c’est fou, mais bon. Un projet qui serait en lien avec tout un tas de sujets qui n’auraient rien à voir avec la division, le morcellement, la peur, la haine, la stigmatisation, l’essentialisation, la hiérarchisation, le mépris, la flatterie des plus bas instincts. Mais tout à voir avec le lien social, la mixité, l’éducation, l’environnement, le logement, la justice, la santé, la solidarité à l’égard de ceux que la pandémie a laissés sur le flanc. Un projet qui aurait à voir avec comment on vit, comment on pourrait mieux vivre. Autant de sujets qui seraient, au fond, la simple réaffirmation de principes fondateurs comme la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, la lutte contre l’exclusion, contre le racisme, contre les discriminations. Je sais, c’est fou.

Tania de Montaigne

Cette chronique paraît en alternance avec celles de Jakuta Alikavazovic, Thomas Clerc et Sylvain Prudhomme.

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Aujourd'hui nous votons, demain nous réfléchirons... (Au revoir Twitter)

20 Juin 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique

Comment réfléchir de façon stratégique ?

Chers amis ,

C'est aujourd'hui, 20 juin 2021, le premier tour des élections départementales et régionales. L'exercice démocratique du vote dans tout ce qu'il a de plus simplement beau: donner sa voix, exprimer son choix, participer en citoyen aux prises de décisions qui engagent les avenirs individuels et collectifs.

Pourtant, une fois de plus, c'est l'abstention qui affaiblira la portée des résultats. Ce soir et dimanche prochain aux alentours de 20h, les vainqueurs quels qu'ils soient déploreront le peu d'empressement des jeunes, des non-diplômés, des personnes présentant un faible niveau d’intégration. Mais très rapidement se réjouiront de leur victoire respective en attendant le prochain scrutin, celui qui donnera l'occasion aux français de choisir leur futur président.

Je ne crois pas que les français se désintéressent de la politique. C'est plus grave que cela: ils ne croient plus en la pertinence du discours politique, fait de promesses trop souvent peu suivies de faits. Le macronisme et son “Ni droite ni gauche” associé à la volonté assumée de mettre de coté les partis et corps intermédiaires ont achevé de tuer ce qui fait l'essence de la pratique politique, en fonde la légitimité: le débat d'idées contradictoires.

Si vous ajoutez à cela:

- des sondages de plus en plus omniprésents,

- des directeurs d'instituts de sondages annonçant sur les plateaux des chaines d'informations en continu les résultats présentés comme "écrits d'avance",

- la quasi certitude, quelle que soit votre attitude civique, d'assister à tel ou tel duel au second tour,

- des "débats" entre chroniqueurs abordant le moins souvent possible les idées mais en privilégiant les querelles de personnes et des thèmes n'ayant aucun rapport avec les enjeux locaux: sécurité et immigration plutôt que lien social, mixité, éducation, environnement, logement, justice, solidarité.

- la "nationalisation" des scrutins transformant chaque élection locale en avant-goût du duel imposé Macron/Le Pen (Alors que LREM ne représente rien au plan local)

vous comprenez mieux la démobilisation des citoyens. 

Depuis 2017, bien davantage encore qu'auparavant, une “prime” semble avoir été donnée à la médiocrité des commentaires et du “buzz” télévisuel alors que la réflexion longue est niée, raillée, voire contestée par celles et ceux dont la seule référence acceptable est le "bon sens du boucher du coin" pour reprendre la déclaration d'un ministre. Ces ministres que l'on retrouve sur les plateaux d'émissions populistes ou de chaines de télévision devenues des théâtres de décision en lieu et place des “Bulletins Officiels”. Les réseaux dits “sociaux” ne faisant qu'amplifier un mouvement mettant sur le même plan les travaux des chercheurs et l'opinion d'anonymes "starisés" par leurs passages récurrents sur tel ou tel plateau ou s'exprimant sur leur chaîne Youtube. Un jour peut-être, un candidat remportera une élection en n'utilisant QUE les réseaux sociaux.

Alors, peut-on écrire tout cela et participer soi-même, par une présence quasi permanente sur tel ou tel réseau dit “social”, à l'abaissement du débat d'idées et de la réflexion approfondie? A cette réflexion qui exige la rigueur du “temps long”. Evidemment non.

Voilà pourquoi j'ai décidé de ne plus m'exprimer – relativement rarement – qu'ici, sur ce blog, et de laisser de coté le brouhaha des Facebook, Twitter et autres plateformes de dialogues qui, j'en suis persuadé, connaîtront un jour prochain, un recul généralisé. Les citoyens ouvriront les yeux et les oreilles pour prendre le temps de regarder autour d'eux, d'écouter l'essentiel pour abandonner ENFIN l'accessoire médiocre nourrissant l'appétit des populistes extrémistes, trop heureux de tromper un électorat qu'ils veulent docile, voire servile. Ce ne sera en aucun cas un retour en arrière mais bien la découverte d'autres manières d'avancer ensemble, parfois contradictoirement, vers la démocratie reconstruite sur ses propres ruines.

Aujourd'hui, nous votons. Demain, nous réfléchirons. Il est grand temps !

Christophe Chartreux

PS: les articles de ce blog seront en liens sur Twitter et Facebook. Mais je ne m'y exprimerai plus de manière “directe” par des commentaires systématiques. Certains macronistes convaincus – c'est leur droit – s'en réjouiront. Ils ont tort.

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Régionales 2021 - L'Alternative, une dynamique attentive envers les étudiants!

17 Juin 2021 , Rédigé par NVB Publié dans #Politique, #Régionales2021

Chères amies, chers amis,

Najat Vallaud-Belkacem est la candidate la mieux placée pour faire gagner la gauche en Auvergne-Rhône-Alpes contre la droite et l'extrême-droite. 

Notre projet est le seul à s’engager contre la précarité des étudiants et à leur garantir les meilleures conditions d’étude et de vie : 
 

  • Gratuité des transports pour les étudiants boursiers + billets TER à 1€ pour tous les jeunes le weekend ��

  • Construction de logements étudiants

  • Création d’un bouclier social et sanitaire pour les étudiants les plus précaires (chèque santé, chèque alimentaire, etc.) ����‍⚕️

  • Augmentation de 30% des bourses pour les étudiants en formation sanitaire, sociale et paramédicale ��

  • Contraception gratuite pour tous les jeunes + des distributeurs de protections périodiques dans tous nos campus 

  • Des épiceries sociales et solidaires sur tous nos campus

  • Tous nos campus équipés en très haut débit numérique, en centres de santé, et en infrastructures dédiées à la pratique sportive ��‍�� ⚽️

  • 50% de la licence sportive payée par la région pour tous les 16-30 ans ��‍♀️

    + de places de concert, de ciné et de théâtre, etc .dans le Pass’ Région ��
    + de mobilité à l’international et à l’intérieur de la Région pour nos étudiants, etc.

     

 
 

Dimanche prochain votez pour la liste qui s’engage pour l’avenir de notre jeunesse ! 

Votez pour la liste de l’Alternative avec Najat Vallaud-Belkacem !

 

Pour plus de détails, retrouvez l’intégralité de notre programme �� ici 


Vous ne pouvez pas vous déplacer pour aller voter, ou vous n’êtes pas là les 20 et 27 juin prochains, pensez à la procuration !
 

�� Vous souhaitez vous engager à nos côtés dans cette campagne, nous faire part d’une idée, d’une remarque, faire un don ou tout simplement recevoir des informations.
 
➡️  Contactez-nous !
www.aura-alternative.fr
 

L’équipe de campagne de Najat Vallaud-Belkacem
 
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