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Vivement l'Ecole!

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Le «trou noir» du cabinet élyséen... Par Claude Lelièvre...

23 Juin 2017 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Politique

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Il n'y a toujours pas de conseiller «Education» alors même que la liste des membres du cabinet (pléthorique) du Président de la Républiques est parue au JO du 18 juin. Un Warterloo annoncé ou un Appel ?

On ne peut pas dire que l'absence d'une nomination d'un conseiller ''Education '' auprès du nouveau Président de la République pourrait s'expliquer par des considérations allant dans le sens de la modération du nombre de conseillers (à l'instar de ce qui a été dernièrement préconisé par le Chef de l'Etat pour les ministres : pas plus de 10 conseillers). L' « arrêté du 15 mai 2017 relatif à la composition du cabinet du Président de la République » (publié au JO du 18 juin) montre en effet que le cabinet ne compte pas moins de 45 membres. Les ''deux poids, deux mesures '' allant à l'évidence dans le sens d'un gouvernement très élyséen....

Autres curiosités (et non des moindres), le Premier ministre dispose d' « une conseillère éducation, enseignement supérieur, jeunesse et sports (''chef de pôle'') », Marie Reynier (ex rectrice des académies de Martinique, Orléans et Nancy, de 2004 à 2017). Et l'on trouve dans la liste des membres nouvellement nommés du cabinet du Président de la République : un « conseiller enseignement supérieur, recherche et innovation » (Thierry Coulhon) et un « conseiller sport » (Cyril Moulin).

Est-ce à dire que le nouveau ministre de l'Education nationale (auquel on a dévolu aussi la « jeunesse ») serait l'objet d'une confiance exceptionnelle, hors ''surveillance'' élyséenne (les conseillers du président de la République jouant traditionnellement plus un rôle de ''veille'' que d'''inspirateur'') ? Mais ce serait oublier que le ministre de l'Education nationale est de toute façon dans le périmètre dévolu à la ''chef de pôle'' Marie Reynier auprès du Premier ministre Edouard Philippe.

Ce serait aussi oublier que Jean-Michel Blanquer prend volontiers ses propres conseillers parmi ceux qui ont ''conseillé'' son ami « Baroin » (qui vient de mener la campagne des « Républicains ») lorsque celui-ci était ministre de l'Economie et des Finances, en 2011. On peut citer ainsi Christophe Pacohil, son chef de cabinet ; ou Perrine Dufoixs qu'il vient de nommer « conseillère presse et communication ». Le laisserait-on être le ''Grouchy'' de Waterloo ? A sa charge (ou décharge), on notera que François Baroin a « versé une larme » quand il a appris la nomination de son ancien camarade de classe : « c'est quarante ans de vie commune ; c'est comme un frère pour moi ; mon père l'adorait. C'est de très loin le meilleur ; c'est un missionnaire de la transmission du savoir » (sur Europe n°1)

Il reste l' « Appel ». A Brigitte Macron. Dans « Paris Match », en novembre 2016, elle a déclaré que son « combat sera sur l'éducation afin d'offrir aux jeunes autre chose que des cages d'escalier. Si on les abandonne au bord du chemin cela explosera ». Six mois plus tard, dans le même journal, elle a soutenu que « si Emmanuel Macron était élu, elle s'impliquerait dans l'univers féminin et social, l'éducation, le handicap, la culture, son monde ». Les considérations précédentes donneraient plutôt du crédit à une certaine prise en compte effective imminente de cela pour expliquer le mystère du ''trou noir''. Mais il serait temps d'en sortir et de paraître en pleine lumière. Il y va quelque peu d'une bonne ''gouvernance'' et de l'importance dévolue ou non à l'Education au sommet de l'Etat.

Claude Lelièvre

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De quel droit somme-t-on Danièle Obono de crier «Vive la France» ?...

22 Juin 2017 , Rédigé par Libération Publié dans #Education, #Politique, #Racisme

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La députée nouvellement élue de La France insoumise s'est vue rappeler à la radio une pétition de 2012 où elle défendait la liberté d'un artiste à chanter «Nique la France». Est-ce parce qu'elle est noire qu'elle est la seule des signataires à s'être ainsi fait sermonner ?

Il se passe une chose surréaliste, autour de Danièle Obono, porte-parole nationale de La France insoumise élue députée de la 17e circonscription de Paris. Depuis mercredi monte une polémique, suivant un circuit désormais rodé : partant de la fachosphère, relayée par le Front National, amplifiée par les réseaux sociaux, elle est arrivée à trouver un débouché dans la presse. Le Figaro nous informait ce matin d'une importante affaire : «Une députée Insoumise défend le droit de dire "Nique la France" et soulève une bronca.»

Cette «bronca» fait suite à une interview sur RMC, hier. Danièle Obono était conviée au grand oral des Grandes Gueules. Là, au bout d'une quart d'heure, lui fut rappelé qu'elle avait signé en 2012 une pétition de soutien au groupe ZEP, coupable d'une chanson intitulée «Nique la France». La pétition, lancée par les Inrocks, faisait suite à la mise en examen du chanteur Saïdou du groupe ZEP (Zone d’expression populaire) et du sociologue Saïd Bouamama pour «injure publique» et «provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence», suite à une plainte de l’Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne), association d'extrême droite. En cause, un ouvrage et une chanson, Nique la France, sortis en 2010. La chanson disait : «Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes. Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes.»

«En tant que députée, êtes-vous fière d'avoir signé ?» Elle fit une réponse limpide : «Pour défendre la liberté d’expression de ces artistes, oui. Parce que ça fait partie des libertés fondamentales.» Réponse assez évidente mais pas suffisante pour les journalistes et chroniqueurs qui entouraient Danièle Obono et qui roulaient des yeux ronds comme des billes. Parce que quand même, devinait-on dans les mines indignées, «Nique la France», même au nom de la liberté d'expression, cela trahit quand même un petit manque d'amour de la République. Cette République dont il fut rappelé à Danièle Obono qu'elle lui avait permis de s'élever au rang de députée (grâce à l'«école républicaine», etc…). Pour laver l'affront, la députée – scène surréaliste – se vit enjoindre de dire, là, sur le plateau : «Vive la France». «Vous pouvez dire "vive la France" ?» lui demanda le journaliste. Là, c'est elle qui roulait des yeux ronds : «Je peux dire «vive la France», mais pourquoi, en soi ? Je ne me lève pas le matin en disant "Vive la France"» Autour d'elle, le ton, de semi-accusateur, vira indigné : «Vous signez plus facilement nique la France que vous ne dites "vive la France".» Voilà comment donc est née «la bronca».

Il faut préciser à ce moment que Danièle Obono est noire. Et aussi que d'autres responsables politiques ont signé la même pétition, en 2012. Noël Mamère, Clémentine Autain, Eric Coquerel, Eva Joly, Olivier Besancenot. On n'a pas souvenir d'avoir entendu un journaliste demander à Noël Mamère ou Clémentine Autain de déclamer son amour sans réserve de la Nation sur un plateau pour justifier (ou expier) sa signature. Nous avons raté l'article du Figaro sur Eric Coquerel, lui aussi élu : «Un député Insoumis défend le droit de dire «Nique la France» et soulève une bronca». En fait, le seul mérite de cet ahurissant procès fait à Danièle Obono est de conférer un supplément de pertinence à la pétition qu'on lui reproche d'avoir signé.

Le texte (que nous republions ci-dessous) rappellait que la chanson de ZEP s'inscrit dans une tradition pamphlétaire française. Il citait Ferré, Renaud, Aragon. Le texte s'inquiétait de la liberté d'expression à deux vitesses qui fait, en substance, que le droit des Français à critiquer la France diminue à mesure que leur peau se colore. «Cela dépasse, choque et insupporte qu’une telle parole puisse être portée, d’autant plus quand elle l’est par ceux qui subissent en premier lieu les politiques racistes et antisociales. Lorsque des Noirs ou des Arabes font le choix de sortir de l’invisibilité et du mutisme afin de décrire la réalité telle qu’elle est – violente, inégale et destructrice –, la droite extrême, l’extrême droite ou encore l’Etat s’emploient à tenter de convaincre l’opinion publique de l’illégitimité de ces discours.» Cinq ans plus tard, la stupide agitation autour de Danièle Obono rappelle que ces lignes sont toujours tristement d'actualité.

Si Ferré pouvait «baiser la Marseillaise» et Renaud «tringler la République», le chanteur de ZEP (même arabe) peut bien «niquer la France». Si Coquerel, Besancenot ou Eva Joly peuvent (doivent ?) rappeler cette saine évidence, Danièle Obono (même noire) le peut aussi.

Pétition pour le droit à l'insolence antiraciste

«Le rappeur Saïdou du groupe Z.E.P. (Zone d’Expression Populaire) et le sociologue et militant Saïd Bouamama ont été mis en examen pour "injure publique" et "provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence" sur une plainte de l’AGRIF, un groupe d’extrême droite nostalgique de l’Algérie française. En cause, un ouvrage et une chanson du même nom, Nique la France, qui assène en refrain : "Nique la France et son passé colonialiste, ses odeurs, ses relents et ses réflexes paternalistes / Nique la France et son histoire impérialiste, ses murs, ses remparts et ses délires capitalistes."

«Comme des millions de gens à travers le globe ces dernières années, les deux auteurs ont attaqué le colonialisme et le système capitaliste et impérialiste. Comme beaucoup d’entre nous ils dénoncent une idéologie toujours très en vogue : le racisme, sous ses formes les plus courantes mais aussi les plus décomplexées. Comme de nombreux habitants des quartiers populaires, ils ont criés leur colère contre les inégalités, les discriminations et la justice à double vitesse.

«S’inscrivant dans une longue tradition pamphlétaire des artistes engagés en France contre l’Etat français, du "nation de porcs et de chiens" d’André Breton à "le temps que j’baise ma marseillaise" de Léo Ferré en passant par le "je conchie l’armée française" d’Aragon ou le "votre République, moi j'la tringle" de Renaud, Saïdou et Saïd Bouamama ont choisi d’assumer leur "devoir d’insolence" afin d’interpeller et de faire entendre des opinions qui ont peu droit de cité au sein des grands canaux de diffusion médiatique.

«Mais voilà, cela dépasse, choque et insupporte qu’une telle parole puisse être portée, d’autant plus quand elle l'est par ceux qui subissent en premier lieu les politiques racistes et antisociales. Lorsque des Noirs ou des Arabes font le choix de sortir de l’invisibilité et du mutisme afin de décrire la réalité telle qu’elle est – violente, inégale et destructrice – la droite extrême, l’extrême droite ou encore l’Etat s’emploient à tenter de convaincre l’opinion publique de l’illégitimité de ces discours. NTM, Sniper, Ministère Amër, Mr R, La Rumeur, Youssoupha ou Houria Bouteldja sont autant de rappeurs et militants attaqués ces dernières années pour des paroles jugées trop irrévérencieuses. Pourtant tous n’ont fait que porter publiquement l’expression populaire du rejet des discriminations et de la stigmatisation des quartiers populaires, des Noirs, Arabes et musulmans.

En signant cette pétition, nous exigeons que les poursuites contre Saïdou et Saïd Bouamama soient abandonnées. D’accord ou pas d’accord avec les propos et les formulations incriminés, nous défendons leur droit de les tenir. L’extrême droite veut interdire le droit de chanter la révolte, imposons le droit de l’exprimer sans entraves.

Cédric Mathiot

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« Demain commence aujourd’hui : ouvrons ensemble une nouvelle page pour la gauche »... (A faire connaître)

21 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Socialisme

Dessin sur le débat entre Jacques Attali et Bernard Maris : Comment éviter la mort la gauche ?

Chers toutes et tous,

Dans un mouvement collectif, nous lançons un appel à la mobilisation aujourd’hui pour réinventer la gauche demain ! Je vous invite à signer, vous aussi, cet appel et à le partager autour de vous.

Pour signer sur Change.org :

Se mobiliser aujourd’hui pour réinventer la gauche demain !

Merci d'avance à toutes et tous.

Najat Vallaud-Belkacem

                    _________________________________________

Et retrouvez ici le texte de notre appel :

L'élection présidentielle a profondément bouleversé le paysage politique français. Le parti socialiste a connu la plus lourde défaite de son histoire moderne. Au premier tour, les candidats de gauche n’ont convaincu qu’une minorité d’électeurs et les électeurs socialistes se sont répartis sur trois candidats. Si le second tour a marqué le refus de l'extrême droite par une nette majorité de Français, il serait irresponsable de ne pas s’inquiéter des 34% des voix obtenus par Marine Le Pen. Dans ce contexte, il fallait protéger la République et c’est que nous avons fait, sans hésiter et avec détermination comme des millions de Français de droite comme de gauche.

Pour autant, chacun sait que l’élection d’Emmanuel Macron ne peut être une réponse à l’ensemble des inquiétudes et des fractures qui s’expriment dans le pays. Certes, sa position centrale, dans un contexte politique extrêmement troublé, a indéniablement séduit, mais souvent plus comme un refuge que comme l'expression d'une ambition choisie pour la France. Si les oppositions stériles et systématiques asphyxient la démocratie, la confrontation des projets et les débats d'idées la font vivre et respirer. Pour nous, dans la durée, la distinction entre droite et gauche contribue à la structuration et à la lisibilité de la vie politique, en offrant clairement aux citoyens deux voies distinctes dans le spectre républicain et la garantie d’une alternative démocratique. Nous ne considérons pas que le clivage du 7 mai se substitue dorénavant à la gauche et la droite et nous nous opposerons de toutes nos forces à ce que le prétendu clivage entre les « patriotes » et les « mondialistes », celui-là même que le Front National rêve d’ancrer, soit la seule grille de lecture de la vie publique de demain. Ce serait dangereux.

Naturellement, nous souhaitons la réussite du quinquennat qui s’ouvre et nous sommes persuadés que, pour cela, la France a besoin d’une gauche rénovée, offensive, claire sur ses valeurs, responsable dans ses choix. Nous assumons être prêts à soutenir les décisions positives pour le pays et à refuser celles avec lesquelles nous sommes en désaccord.

Pour cela, il faut lucidement tirer les conséquences de la séquence présidentielle. Le Parti socialiste, réduit à un score historiquement bas, doit revoir son discours et son projet : une refondation est indispensable pour redonner des perspectives à la gauche. Oui, il faut reconnaître à la fois que le bilan du quinquennat de François Hollande n’a été ni expliqué ni défendu durant la campagne présidentielle et que certaines orientations de la mandature qui s’achève n’ont pas été comprises par une partie de la gauche ; et il faut de même constater que certaines propositions de notre candidat n’ont pas été admises par une autre partie de la gauche.

Pour nous, l’avenir de la gauche ne réside ni dans une lente dérive gauchiste, qui se contenterait de postures et renoncerait par facilité à exercer les responsabilités, ni dans la voie du social libéralisme, qui renoncerait à transformer le réel pour seulement s’y adapter et qui chercherait à rester à tout prix au pouvoir. Les faux espoirs sont les ferments de la défiance. L’absence d’espoir fait le lit des idéologies extrémistes. Si la gauche s’est déchirée, fragmentée, c’est faute d’avoir fait, dans un monde qui change vite, très vite,sa révolution intellectuelle et, nous osons le dire, idéologique.

Nous sommes des élus de terrain, de gauche, engagés dans nos villes, nos départements, nos régions, au contact quotidien de nos concitoyens. Nous menons des politiques qui portent leurs fruits sur nos territoires. Notre constat est sans appel : pour la gauche, l’avenir ne peut être le simple retour au projet social-démocrate porté par le Parti socialiste depuis 20 ans. Notre choix c’est celui de la social-écologie réformiste qui transforme la société en profondeur et répond aux nouveaux défis du XXIe siècle. Notre choix c'est concilier la gauche créative et la gauche responsable, conjuguer utopie et pragmatisme.

Jamais sans doute notre monde n’a été confronté à de si grands défis : les mutations économiques s’accélèrent avec leur lot d’inquiétude pour tous ceux qui ont le sentiment de ne plus peser sur leur destin. L’urgence écologique nous oblige, dès maintenant, à penser différemment la production, les transports, l’énergie. La révolution numérique nous bouscule et modifiera le rapport au travail. L’Europe et le monde sont confrontés à la montée des tensions et de la violence. Nous devons faire de ces transitions autant d’opportunités.

Cinq chantiers majeurs s’imposent :

Le premier est celui de la justice sociale et de l’égalité réelle. Elle est au cœur du combat de la gauche. Elle est remise en cause, de manière insidieuse, au nom tantôt de l’efficacité, tantôt du refus d’un pseudo égalitarisme niveleur. Il faut reprendre le flambeau: par une protection sociale collective et mutualiste et non assurantielle et individuelle ; par la réaffirmation de la place du service public ; par la sécurité pour tous, par la priorité à l’école et à la formation tout au long de la vie ; par le renforcement de la lutte contre la pauvreté ; par le pari de l’investissement social car nous devons donner les moyens à chacune et chacun de choisir sa vie, en refusant les logiques de destin écrit par avance.

Le deuxième est celui de la transition écologique de l’économie. La raréfaction des ressources et des énergies fossiles ne permet plus de fonder la politique économique seulement sur la croissance. Nous devons apprendre à produire autrement les richesses, à nous déplacer autrement : plus que jamais, la question environnementale doit être au cœur de l’ensemble de nos choix. Elle ne peut être un sujet qui s’ajoute aux autres, mais bien ce qui fonde nos manières de penser et d’agir, pour construire un modèle de société sobre et durable. Priorité doit être donnée à la recherche, aux énergies renouvelables, aux transports du futur, aux outils de lutte contre le changement climatique.

Le troisième est d’affirmer le rôle des territoires dans la mise en œuvre de ces transitions. Ils sont des espaces de solution, grâce à l’énergie de leurs habitants et de leurs acteurs économiques, à leur capacité à innover et à s’engager. Sortons des fractures entre ville et campagne par une nouvelle alliance des territoires qui doit se construire sur des sujets concrets comme la question alimentaire ou l’accès à la santé. Donnons-leurs les moyens d’agir davantage, de mieux encore contribuer à dessiner l’avenir de la France, d’être les laboratoires du futur.

Le quatrième est celui de la démocratie. Pour nous, elle comprend trois dimensions complémentaires. Tout d’abord, la réforme de nos institutions pour donner davantage de place à la démocratie parlementaire, comme chez tous nos voisins européens, par exemple en inversant le calendrier électoral, en instaurant une part de proportionnelle à l’Assemblée nationale, en moralisant la vie publique. Ensuite de nouvelles pratiques démocratiques par une citoyenneté active, créative, par l’association réelle et sincère des citoyens à la décision, en mobilisant l’intelligence collective au travers de stratégies collaboratives Enfin une vraie place à la démocratie sociale en confortant, au plan national comme local, le rôle des partenaires sociaux tant dans les évolutions du droit du travail que dans nos régimes de protection sociale.

Le dernier enjeu est celui de l’Europe. C’est, nous en sommes certains, au sein d’une Europe rénovée, que s’inscrit l’avenir de la France. Nous sommes conscients de ses lourdeurs, de ses faiblesses ; nous savons qu’il faudra convaincre nos partenaires d’agir ensemble pour réaliser la transition sociale-écologique de l’économie et de la société. Mais nous refusons les fausses solutions qui, dans une partie de la gauche, font de la sortie de l’Europe, de l’euro, un échappatoire démagogique et un déni de réalité.

Tel est notre projet. Pour nous, c’est au sein d’un Parti socialiste profondément rénové, refondé, qu’il doit se réaliser. Si elle veut exister à l’avenir, la gauche doit abandonner les vieux schémas et les réponses du passé. Il y a, il y aura, une gauche entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Ce ne sont pas les gauches qui sont irréconciliables : nous le vivons au quotidien dans nos collectivités. Ce sont les appareils politiques qui le sont devenus.

« Demain commence aujourd’hui : ouvrons ensemble une nouvelle page pour la gauche ».

Premiers signataires :

Nathalie APPERE, Députée-maire de Rennes
Olivier BIANCHI, Maire de Clermont-Ferrand, Président de Clermont Auvergne Métropole
Jean-François DEBAT, Maire de Bourg-en-Bresse, Président du groupe socialiste et démocrate au Conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes
Carole DELGA, Ancienne ministre, Présidente du Conseil régional d’Occitanie
Olivier DUSSOPT, Député-maire d’Annonay
Olivier FAURE, Député de Seine-et-Marne, Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale
Matthias FEKL, Ancien ministre, Député du Lot-et-Garonne
Estelle GRELIER, Ancienne ministre, Députée de Seine-Maritime
Mathieu KLEIN, Président du Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle
Johanna ROLLAND, Maire de Nantes, Présidente de Nantes Métropole
Najat VALLAUD-BELKACEM, Ancienne ministre
André VIOLA, Président du Conseil départemental de l’Aude

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Assemblée : les faux-semblants du renouvellement...

21 Juin 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

Conseil, École, Actualités, Nouvelles

EXTRAITS

La promesse d’un nouveau personnel politique a sans doute été un puissant argument de vote en faveur des candidats En marche. Mais l’arrivée de ces novices pourrait n’avoir d’autre effet que de servir une mythologie du changement.

Durant toute la campagne électorale, Emmanuel Macron n’a eu de cesse d’appeler au renouvellement de la vie politique. Ses tirades désormais célèbres sur la «caste» qui gouvernerait le pays, sur la «profession réglementée» ou «l’entre-soi nauséabond» que serait devenue la politique ont fait mouche. Les promesses d’un nouveau personnel politique, largement issu de la «société civile», ont été de puissants arguments de campagne du candidat En marche.

(...)

Pourtant, réaliser ce renouvellement sans s’intéresser à l’architecture du pouvoir pourrait bien être relativement inutile, voire s’avérer contre-productif. Inutile parce qu’en l’état du fonctionnement des institutions, la place conférée aux parlementaires dans le régime de la Ve République est limitée. Contraints dans leur initiative par une division des pouvoirs qui privilégie fortement le gouvernement, dotés de moyens de contrôle de l’exécutif plus faibles que dans de nombreux autres pays, les députés sont toujours sous la menace des différentes mesures destinées à éviter leur trop grande indiscipline. Lors du précédent quinquennat, les frondeurs du Parti socialiste ont éprouvé la faiblesse des marges de manœuvre laissées aux dissidents dans le régime actuel. Ils n’ont d’ailleurs jamais triomphé.

(...)

Du point de vue démocratique, l’arrivée de vrais novices en politique (vierges de mandat et d’expériences au sein d’organisations politiques ou en tant que collaborateurs d’élus ) pourrait même s’avérer contre-productive. Car s’il est un seul argument en faveur de la professionnalisation de la politique, c’est probablement celui du professionnalisme, l’expertise que l’engagement politique de long terme permet d’accumuler. Or, en appelant de ses vœux un Parlement largement renouvelé, et ce dans un contexte où l’entrée en vigueur de la loi sur le non-cumul des mandats fait que les députés de 2017 sont ceux qui ont le moins d’expérience parlementaire depuis plus de quatre décennies, le président de la République se retrouve face à une Assemblée profane, donc moins en mesure de s’opposer. L’équilibre des pouvoirs tend à être encore plus asymétrique qu’à l’habitude.

(...)

Sébastien Michon Sociologue au CNRS, université de Strasbourg

Le billet complet est à retrouver en cliquant ci-dessous

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L’arrêté du 16 juin 2017 : une méthode Ferry-Fillon-Blanquer?

20 Juin 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique

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EXTRAIT

M. Blanquer, par l’arrêté du 16 juin sur l’organisation des enseignements au collège qui réduit la place des enseignements pratiques interdisciplinaires, n’est pas sans rappeler dans la méthode Luc Ferry avec les itinéraires de découverte ou François Fillon avec les travaux personnels encadrés. Quels enseignements tirer de ces précédents ?

Malgré l’avis défavorable formulé le 8 juin par le conseil supérieur de l’éducation, J-M Blanquer a donc signé le 16 juin un arrêté modifiant l’arrête du 19 mai 2015 relatif à l’organisation des enseignements dans les classes de collège[1].

On peut mesurer dans ce texte, comme dans celui de la charte octroyée aux Français par Louis XVIII, une volonté nette de restauration, mais les limites aussi d’une contre-réforme qui ne peut strictement faire disparaître toute trace des changements intervenus lors du quinquennat précédent.

Dès l’article premier, le nouvel arrêté rappelle que les enseignements complémentaires « contribuent, avec les autres enseignements, à la mise en œuvre du parcours citoyen, du parcours d'éducation artistique et culturelle, du parcours éducatif de santé ainsi que du parcours Avenir ». Les quatre parcours sont donc confirmés, comme l’existence d’enseignements complémentaires. L’article 4 confirme qu’ « outre la dotation horaire correspondant aux enseignements obligatoires, une dotation horaire, sur la base de trois heures par semaine et par division, est mise à la disposition des établissements qui en arrêtent l'emploi ».

De ce point de vue, le nouvel arrêté semble donc correspondre bel et bien à un texte aménageant et non pas abolissant la réforme du collège.

Mais les changements apportés par le nouvel arrêté ne sont pas minces pour autant. Les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) et l’accompagnement personnalisé (AP), qui fondaient la nouvelle organisation, subissent une coupe très claire : alors que l’AP était proposé aux quatre années du collège et les EPI toute le cycle 4 (de la 5e à la 3e), l’obligation faite aux établissements sera d’en proposer sur une seule année du cycle 4. Les thèmes obligatoires des EPI disparaissent également.

On observera que rien n’interdit aux établissements qui le souhaitent de poursuivre l’AP et les EPI comme en 2016-17, mais que rien ne les y incite, et que désormais la nouvelle autonomie qui leur est donnée peut leur permettre de revenir en arrière.

(...)

Jean-Pierre Veran

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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Mythes et légendes du macronisme...

20 Juin 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

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Entre fables et vieilles recettes, il n’y a rien de foncièrement innovant dans les réformes promises par le gouvernement, bien au contraire.

Emmanuel Macron, fort de sa majorité absolue à l’Assemblée nationale, disposera des moyens de mettre en œuvre sa politique de réformes structurelles néolibérales. Sa base sociale (1) est bien plus fragile que ne le laisse supposer le nombre impressionnant de députés de sa formation, mais il peut, pour l’instant, compter sur une opposition divisée et en partie (Les Républicains) favorable à son programme économique voire sécuritaire et répressif.

Les «réformes» promises, qui sont attendues avec une impatience non dissimulée de l’autre côté du Rhin, ont été vendues comme ouvrant la voie à une «nouvelle croissance» plus concurrentielle, fondée sur l’innovation permise par un accroissement de la flexibilité et qui serait plus inclusive grâce à des nouvelles protections. A y regarder de plus près, on peut avoir des doutes.

L’idée de la «start-up nation» - terme d’abord utilisé pour qualifier Israël (2) - est fondée sur le mythe de la Silicon Valley : l’idée que la croissance découle de petites firmes innovantes qui, libérées des entraves de la réglementation du travail comme de celle sur les marchés de produits, bousculent les monopoles établis et apportent la prospérité pour tous.

Des travaux en économie de l’innovation ont montré la part de vérité assez limitée contenue dans cette fable (3). Le succès des start-up doit beaucoup à l’investissement public en recherche et leur impact sur la croissance est tout relatif. Des travaux récents tendent à montrer que les gains de productivité résultent plus des améliorations apportées aux techniques et produits existants réalisées par les firmes en place que de la création destructrice soi-disant schumpétérienne (4).

Quant aux mesures pour favoriser la concurrence par la diminution de la réglementation sur les marchés de biens et services, elle se traduit la plupart du temps par un démantèlement des services publics correspondants au profit de nouveaux monopoles, privés cette fois-ci, qui ont peu à voir avec l’histoire enchantée de la petite firme innovante. L’impact supposé positif sur la croissance, lui, est assez illusoire (5).

L’aspect «inclusif» de la soi-disant nouvelle croissance repose beaucoup sur la formation. Là encore, le refrain est connu : plutôt que de protéger des emplois voués à une disparition soi-disant inexorable, on entend protéger l’individu en lui permettant d’augmenter son employabilité. Cette histoire fait écho avec celle de l’innovation destructrice d’emplois anciens et créatrice d’emplois nouveaux. Dans la «nouvelle» croissance, les individus sont supposés devoir changer de profession plusieurs fois au cours de leur vie, ce qui implique qu’ils soient formés pour pouvoir rebondir après la perte de leur emploi. On contraste habituellement la nouveauté radicale de cette situation avec la stabilité de l’emploi à vie qui aurait caractérisé la période de l’après-guerre.

En fait, indépendamment de la réalité statistique de cette histoire, il est intéressant de noter qu’elle était déjà racontée dans The Good Society, le livre écrit par Walter Lippmann en 1937 dont la parution en France donna lieu à un colloque considéré comme celui de la fondation du néolibéralisme.

La réforme du marché du travail, qui sera la première mesure du gouvernement, aura pour principal objectif de rendre les licenciements plus faciles. On connaît par cœur la justification de cette mesure : rassurer les employeurs qui hésiteraient à embaucher de peur de ne pouvoir licencier au cas où. Cette demande de sécurité cadre assez mal avec la glorification de l’entrepreneur héroïque qui prend tous les risques. De plus, cet effet, s’il existe, est tout au plus de second ordre dans la détermination du niveau de l’emploi. Ce dernier dépend plus de l’épaisseur des carnets de commandes que de celle du code du travail. Mais le nouveau président compte certainement sur une amélioration de la conjoncture dans l’ensemble de l’OCDE pour conduire à une baisse du chômage qu’il ne manquera pas d’attribuer à sa politique de «réformes».

(1) L’illusion du bloc bourgeois. Alliances sociales et avenir du modèle français, de Bruno Amable et Stefano Palombarini, Raisons d’Agir, 2017.
(2) Start-up Nation. The Story of Israel’s Economic Miracle, de Dan Senor et Saul Singer, Twelve Books, 2011.
(3) En particulier The Entrepreneurial State : Debunking Public vs Private Sector Myths, de Mariana Mazzucato, Anthem Press, 2013.
(4) «How Destructive is Innovation ?» de Daniel Garcia-Macia, Chang-Tai Hsieh et Peter J. Klenow, 2016.
(5) Libéralisation, innovation et croissance. Faut-il vraiment les associer ? de Bruno Amable et Ivan Ledezma. Ed. Rue d’Ulm, 2016.

Bruno Amable Professeur à l’université de Genève

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Face à Emmanuel Macron, les enseignants en embuscade... (+ commentaire)

18 Juin 2017 , Rédigé par JDD Publié dans #Education, #Politique

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Le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, choisi par Emmanuel Macron et Edouard Philippe, reçoit un accueil mitigé des syndicats enseignants.

Ne pas confondre vitesse et précipitation. L'impatience d'Emmanuel Macron à tout remettre à plat pour lutter contre l'inégalité des chances donne le tournis. Accueilli de façon mitigée par les syndicats pour son profil de droite, Jean-Michel Blanquer s'attaque dès la rentrée aux rythmes scolaires tout juste intégrés par les familles et les équipes pédagogiques ainsi qu'à l'autonomie des établissements. Deux sujets brûlants alors que le Sénat a publié début juin un rapport dans lequel il recommande de ne pas revenir sur la semaine de quatre jours et demi et invite à "en finir avec les réformes incessantes, mal préparées et mises en œuvre dans la précipitation, sans expérimentation ni concertation préalable"*.

La remise en cause d'un agenda démarré avant les législatives

Le 8 juin, le nouveau ministre de l'Education nationale présentait devant le Conseil supérieur de l'éducation une série de décrets pour mettre en musique les premières promesses de l'ancien candidat à la présidentielle. Et notamment celle de créer 2.000 classes de 12 élèves en CP dans les zones REP+. Si les centrales y sont favorables, elles redoutent que ce coup de pouce ne se fasse au détriment du dispositif "maître en plus"**, qui a fait ses preuves dans les quartiers difficiles. Comme sur le Code du travail, le SNUipp-FSU, la FCPE mais aussi la CFDT mettent en cause un agenda qui a démarré avant les élections législatives. Un dialogue réduit à portion congrue, des mesures qui dynamitent les anciennes sans même leur avoir laissé le temps de faire leurs preuves, les syndicats enseignants habitués aux manifs et aux grèves ne laisseront pas de répit à l'ancien patron de l'Essec.

Par Emmanuelle Souffi

* La réforme du collège était en préparation depuis des années. Tout le monde semble l'avoir oublié.

Les réformes en matière d'éducation demandent de la patience et  du "temps long".

Si Emmanuel Macron veut démontrer sa REELLE volonté d'innover, qu'il mette en oeuvre cette réforme radicale:

confier le Ministère de l'EN à une "direction collégiale" en interdisant constitutionnellement de modifier sa composition au gré des alternances! Et la laisser travailler!

Chiche Monsieur Macron?

** Plus exactement appelé "Plus de maîtres que de classes".

*** Les enseignants ne sont pas "en embuscade". Cette expression laisse imaginer des professeurs et syndicats prêts à tirer à vue. Il ne s'agit pas de ça. Nous sommes et serons attentifs et certainement moins "anti tout" que cela a pu être le cas pendant les cinq ans qui viennent de s'écouler. Une attitude qui n'a servi qu'à empêcher idéologiquement une réforme nécessaire de bien naître et de s'installer!

Christophe Chartreux

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La France s'ennuie...

18 Juin 2017 , Rédigé par Pierre Viansson-Ponté Publié dans #Education, #Politique, #Histoire

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Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c'est l'ennui.  Les Français s'ennuient. Ils ne participent ni de près ni de loin aux  grandes convulsions qui secouent le monde, la guerre du Vietnam les  émeut, certes, mais elle ne les touche pas vraiment. Invités à réunir "un milliard pour le Vietnam",  20 francs par tête, 33 francs par adulte, ils sont, après plus d'un an  de collectes, bien loin du compte. D'ailleurs, à l'exception de quelques  engagés d'un côté ou de l'autre, tous, du premier d'entre eux au  dernier, voient cette guerre avec les mêmes yeux, ou à peu près. Le  conflit du Moyen-Orient a provoqué une petite fièvre au début de l'été  dernier : la chevauchée héroïque remuait des réactions viscérales, des  sentiments et des opinions; en six jours, l'accès était terminé.

Les  guérillas d'Amérique latine et l'effervescence cubaine ont été, un  temps, à la mode; elles ne sont plus guère qu'un sujet de travaux  pratiques pour sociologues de gauche et l'objet de motions pour  intellectuels. Cinq cent mille morts peut-être en Indonésie, cinquante  mille tués au Biafra, un coup d'Etat en Grèce, les expulsions du Kenya,  l'apartheid sud-africain, les tensions en Inde : ce n'est guère que la  monnaie quotidienne de l'information. La crise des partis communistes et  la révolution culturelle chinoise semblent équilibrer le malaise noir aux Etats-Unis et les difficultés anglaises.

De  toute façon, ce sont leurs affaires, pas les nôtres. Rien de tout cela  ne nous atteint directement : d'ailleurs la télévision nous répète au  moins trois fois chaque soir que la France est en paix pour la première  fois depuis bientôt trente ans et qu'elle n'est ni impliquée ni  concernée nulle part dans le monde.

La jeunesse s'ennuie. Les  étudiants manifestent, bougent, se battent en Espagne, en Italie, en  Belgique, en Algérie, au Japon, en Amérique, en Egypte, en Allemagne, en  Pologne même. Ils ont l'impression qu'ils ont des conquêtes à entreprendre, une protestation à faire entendre, au moins un sentiment de l'absurde à opposer à l'absurdité, les étudiants français se préoccupent de savoir si les filles de Nanterre et d'Antony pourront accéder librement aux chambres des garçons, conception malgré tout limitée des droits de l'homme.

Quant  aux jeunes ouvriers, ils cherchent du travail et n'en trouvent pas. Les  empoignades, les homélies et les apostrophes des hommes politiques de  tout bord paraissent à tous ces jeunes, au mieux plutôt comiques, au  pire tout à fait inutiles, presque toujours incompréhensibles.  Heureusement, la télévision est là pour détourner  l'attention vers les vrais problèmes : l'état du compte en banque de  Killy, l'encombrement des autoroutes, le tiercé, qui continue d'avoir le dimanche soir priorité sur toutes les antennes de France.
Le général de Gaulle s'ennuie. Il s'était bien juré de ne plus inaugurer les chrysanthèmes et il continue d'aller, officiel et bonhomme, du Salon de l'agriculture à la Foire de Lyon. Que faire d'autre ? Il s'efforce parfois, sans grand succès, dedramatiser  la vie quotidienne en s'exagérant à haute voix les dangers extérieurs  et les périls intérieurs. A voix basse, il soupire de découragement  devant " la vachardise " de ses compatriotes, qui, pourtant, s'en  sont remis à lui une fois pour toutes. Ce qui fait d'ailleurs que la  télévision ne manque pas une occasion de rappeler que le gouvernement est stable pour la première fois depuis un siècle.

Seuls  quelques centaines de milliers de Français ne s'ennuient pas :  chômeurs, jeunes sans emploi, petits paysans écrasés par le progrès,  victimes de la nécessaire concentration et de la concurrence de plus en  plus rude, vieillards plus ou moins abandonnés de tous. Ceux-là sont si  absorbés par leurs soucis qu'ils n'ont pas le temps de s'ennuyer, ni d'ailleurs le cœur à manifester et à s'agiter. Et ils ennuient tout le monde. La télévision, qui est faite pour distraire, ne parle pas assez d'eux. Aussi le calme règne-t-il.

La réplique, bien sûr, est facile : c'est peut-être cela qu'on appelle, pour un peuple, le bonheur. Devrait-on regretter  les guerres, les crises, les grèves ? Seuls ceux qui ne rêvent que  plaies et bosses, bouleversements et désordres, se plaignent de la paix,  de la stabilité, du calme social.

L'argument est fort. Aux pires  moments des drames d'Indochine et d'Algérie, à l'époque des  gouvernements à secousses qui défilaient comme les images du  kaléidoscope, au temps où la classe ouvrière devait arracher la moindre concession par la menace et la force, il n'y avait pas lieu d'être particulièrement fier  de la France. Mais n'y a-t-il vraiment pas d'autre choix qu'entre  l'apathie et l'incohérence, entre l'immobilité et la tempête ? Et puis,  de toute façon, les bons sentiments ne dissipent pas l'ennui, ils  contribueraient plutôt à l'accroître.

Cet état de mélancolie devrait normalement servir l'opposition. Les Français ont souvent montré qu'ils aimaient le changement pour le changement, quoi qu'il puisse leur en coûter. Un pouvoir de gauche serait-il plus gai que l'actuel régime ? La tentation sera sans doute de plus en plus grande, au fil des années, d'essayer, simplement pour voir, comme au poker. L'agitation passée, on risque de retrouver la même atmosphère pesante, stérilisante aussi.

On ne construit rien sans enthousiasme. Le vrai but de la politique n'est pas d'administrer le moins mal possible le bien commun, de réaliser quelques progrès ou au moins de ne pas les empêcher, d'exprimer en lois et décrets l'évolution inévitable. Au niveau le plus élevé, il est de conduire un peuple, de lui ouvrir des horizons, de susciter des élans, même s'il doit y avoir un peu de bousculade, des réactions imprudentes.

Dans  une petite France presque réduite à l'Hexagone, qui n'est pas vraiment  malheureuse ni vraiment prospère, en paix avec tout le monde, sans  grande prise sur les événements mondiaux, l'ardeur et l'imagination sont  aussi nécessaires que le bien-être et l'expansion. Ce n'est certes pas  facile. L'impératif vaut d'ailleurs pour l'opposition autant que pour le  pouvoir. S'il n'est pas satisfait, l'anesthésie risque de provoquer la consomption. Et à la limite, cela s'est vu, un pays peut aussi périr d'ennui.

Pierre Viansson-Ponté, 15 mars 1968

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En 2017, le même ennui doublé d'une désespérance est lisible dans l'abstention et dans cette expression entendue si souvent:

"Je n'irai pas voter parce que cela ne changera rien à ma situation".

Alors viennent le fatalisme et le découragement...

Du découragement à la révolte, il ne suffit parfois que du prétexte, que de l'étincelle...

Ne vous avisez pas, ministres, d'interdire aux garçons de rejoindre les filles dans les dortoirs des internats...

En 1968, ce fut l'une des étincelles...

A quoi tiennent, n'est-ce pas, les révolutions?...

Christophe Chartreux

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Que nous dit la novlangue macronienne?...

18 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Vocabulaire

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Quelques mots et expressions sont apparus et réapparus dans le "paysage langagier" depuis qu'Emmanuel Macron a annoncé sa candidature à la présidence de la République.

Sa campagne fut ponctuée de discours se caractérisant surtout et même exclusivement par le souci de ne rien dire. Et ne rien dire par le discours est un art. Emmanuel Macron, en la matière, a révélé des talents uniques. Grand bien lui en a fait puisque, seul le résultat comptant, il est désormais pour cinq ans locataire du bureau présidentiel au Palais de l'Elysée.

Les candidats aux législatives ont bien retenu la leçon de "Jupiter". Frappés par la foudre et tétanisés par l'extase, ils marchent sur les pas de leur "dieu" en utilisant les mêmes méthodes. Pourquoi pas? Puisque cela semble fonctionner sur une partie de l'électorat. Et tant pis si celle-ci ne représente que 13 à 15% des électeurs inscrits. Là encore, seul le résultat compte. L'Assemblée Nationale réservera bientôt au Président un véritable triomphe romain.

Tous ont utilisé ces étranges formules du candidat Macron, formules qu'il faut ici rappeler, à défaut d'en expliquer le sens puisque le plus souvent l'objectif de l'utilisateur de ces formules "magiques" est de ne surtout pas se faire trop comprendre.

Tout d'abord un petit florilège messianique qu'il est inutile de commenter:

"La solution est en nous"!

" Nous pouvons nous réconcilier avec nous-mêmes";

(Il faut que ) "nous croyions en l'espérance" (sic);

(Il ne faut) "laisser personne sur le bord du chemin";

(Il faut) "semer sur toutes les terres";

et bien entendu le célébrissime:

"Il faut nous mettre en marche".

Comme l'a trés justement observé Cécile Alduy, professeure à Stanford et auteure de "Ce qu'ils disent vraiment. Les politiques pris aux mots" (Seuil, 2017):

"Prédicateur, apôtre de la 'bienveillance', les bras en croix, il motive ses ouailles à se dépasser, s’engager dans la voie d’un salut individuel et collectif à coup d'injonctions aussi vagues que séduisantes."

Les mots et expressions sont répétés par chaque candidat EnMarche! , répétés jusqu'à ce que l'oreille de l'électeur, saturée, permette au cerveau d'établir les liens immédiats et réflexes entre eux et La République En Marche (LREM). Car c'est toute la société française qui est appelée à "marcher". Ni aux sons des trompettes, ni aux sons des canons, ni même au pas cadencé... Non .. Seulement bercée, hypnotisée, séduite, captée par le vocabulaire dont voici les occurrences les plus fréquentes:

"Je viens de la société civile";

"Ni droite ni gauche";

"La fin des clivages";

"Le Président jupitérien";

"La verticalité mais le souci de l'horizontalité";

"Les outsiders" versus "les insiders";

"L'énergie";

"Faire émerger";

"Evaluation" (Nous allons beaucoup évaluer... Et être évalués);

"Autonomie" (par exemple celle des établissements scolaires; entendre "autonomie des personnels de direction". Car il faut TOUJOURS entendre autre chose derrière le vocabulaire macronien. Ceux qui ne font pas cet effort, par distraction, par paresse ou par manque d'informations, entendent le mot, adhèrent à l' "impression" et...marchent!

"Une vision";

"Grand récit";

"Mobilité"...

Emmanuel Macron aime aussi faire preuve d'originalité en revivifiant des expressions anciennes:

"Galimatias"

"In peto"

"Perlimpinpin"

"Derechef"

Tout ce vocabulaire, macronien, puis "EnMarche!" par l'intermédiaire des candidats aux législatives, fait sens. Mais pas, surtout pas, celui d'un projet, pourtant affirmé par le mot "projet":

"Parce que c'est mon projet!!!!!!!" hurla-t-il un jour.

Mais seul le MOT fut prononcé. Les journalistes, à chaque discours distillé au compte-goutte, attendait d'entendre le mot se "remplir" d'idées et propositions. Ce ne fut que très rarement le cas. Et toujours sur des thèmes très consensuels.

Emmanuel Macron et ses "clones" commentent leur posture, leur candidature respective sans jamais parler de leur "projet". D'où les difficultés observées sur de très nombreux plateaux des candidats "EnMarche!", incapables de répondre aux questions précises des journalistes, incapables de présenter des idées concrètes et refusant in fine de débattre tant la tâche s'avère pour eux absolument impossible.

Emmanuel Macron est un marcheur qui décrit son pas mais en aucun cas ne dévoile ses buts véritables. "Regardez comme je marche bien! Suivez-moi! Marchons ensemble!"

Point...

Le projet Macron peut se résumer en un mot, un seul:

Macron!

Et un seul peut résumer sa politique:

Personnalisation!

Christophe Chartreux

A lire:

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