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Vivement l'Ecole!

politique

Vers l'école de demain... Hausser le niveau éducatif de la Nation par la démocratisation de l’enseignement supérieur - Najat Vallaud-Belkacem... (9)

4 Décembre 2017 , Rédigé par Najat Vallaud-Belkacem Publié dans #Education, #Politique

Vers l'école de demain... Hausser le niveau éducatif de la Nation par la démocratisation de l’enseignement supérieur - Najat Vallaud-Belkacem... (9)

En 10 points - à raison d'un par jour - propositions pour une "Ecole de demain"

9- Hausser le niveau éducatif de la Nation par la démocratisation de l’enseignement supérieur

La France est une grande nation scientifique, dont la vie intellectuelle est toujours regardée avec attention partout à travers le monde, mais l’enseignement supérieur et la recherche français font aujourd’hui face à des défis majeurs. L’explosion de la demande mondiale de formation supérieure, portée par le développement des classes moyennes dans de nombreux pays, et le caractère désormais mondial de la recherche de « talents », rendent indispensable l’ouverture accrue aux échanges internationaux de nos laboratoires et universités.

Les effectifs étudiants progressent et vont continuer de progresser à un rythme rapide, notamment en raison de la démographie. L’enseignement supérieur français reste l’un des meilleurs au monde pour former des élites de haut niveau, mais demeure marqué par de fortes inégalités sociales : les enfants de familles aux revenus modestes sont sous-représentés dès la licence, encore moins nombreux en master, et quasiment absents des effectifs en doctorat.

L’ampleur des défis sociaux, environnementaux, technologiques à l’échelle mondiale accroit le besoin de nouveaux savoirs, et d’innovations de nature sociale, politique, technologique. L’investissement soutenu en matière de R&D dans les pays comparables ou émergents, et le retard français en terme de soutien à la recherche technologique, rendent nécessaire une politique d’innovation ambitieuse, seule à même de relever notre industrie au sein de la concurrence mondiale, tout en préservant nos emplois.

En donnant la priorité à l’éducation dans toutes dimensions, ce quinquennat a pris la mesure de ce défi en comblant les retards accumulés, et en jetant les bases d’une politique à venir. Grâce à un effort budgétaire important, mais aussi par la réorganisation historique de la carte universitaire et scientifique autour d’un nombre limité de sites pour doter la France de pôles de formation et de recherche attractifs et visibles à l’international. À travers la création des Comue, nous avons rapproché les universités, les écoles et les organismes de recherche, et fait converger les acteurs autour de stratégies de formation, de recherche et d’innovation répondant aux meilleurs standards internationaux. Nous avons également permis aux étudiants de se rapprocher des entreprises, de l’emploi et de la vie économique à travers le statut d’étudiant entrepreneur et la création des pôles étudiants pour l’innovation, le transfert et l’entrepreneuriat, permettant à chacun de concrétiser ses projets de création d’activité en lien avec son diplôme.

Donner à nos concitoyennes et à nos concitoyens la possibilité d’accéder au savoir et à la connaissance, c’est donner à notre pays davantage de force, et à nos existences davantage de sens. C’est dans l’accès de notre jeunesse au plus haut niveau d’éducation possible que réside l’avenir de notre pays dans un monde où le savoir, la connaissance, la recherche et l’innovation décideront de la prospérité des nations, mais aussi du sort de notre planète et de l’humanité elle-même. La France avait du retard dans ce domaine: nous avons relancé le mouvement, il faudra le poursuivre et l’amplifier dans la décennie qui vient car si les opportunités sont nombreuses, les inégalités qui pèsent lourd dans notre niveau de performance, le sont aussi.

Le premier défi est donc celui du budget que la Nation consent à ce qui constitue bien le premier des investissements d’avenir. Entre 2012 et 2017, les moyens alloués par l’État à l’enseignement supérieur et à la recherche auront augmenté de 1,4 Md€, soit une croissance de 6,25 %. Les besoins restent immenses puisqu’on estime à 1 Md€ annuel pendant cinq ans les crédits nécessaires pour faire face à la hausse démographique attendue. L’effort budgétaire de la Nation devra, à minima, être maintenu tant pour les formations que pour les aides directes aux jeunes les plus fragiles, et les équipes de recherche.

Le second défi est celui de la vie étudiante dont l’accompagnement par l’État ne permettait plus, depuis longtemps, d’offrir les conditions minimales de réussite à chacun : nous y avons remédié en urgence à travers une politique volontariste et ambitieuse de bourses et de logements pour les étudiants.

C’est l’enjeu de la grande réforme des bourses engagée dès 2013, qui a permis à près de 260 000 étudiants issus des classes moyennes de voir leur aide augmenter, pour un coût global de 216 M€ pour l’État, sur l’ensemble du quinquennat. C’est l’enjeu aussi du Plan 40 000 qui sera tenu d’ici la fin de l’année 2017 avec 40 000 nouveaux logements étudiants livrés partout en France, dont 27 000 le sont déjà depuis l’année dernière. Le pouvoir d’achat des plus de 700 000 étudiants boursiers a ainsi été intégralement préservé.

En 2017, ce sont en effet 854 000 jeunes qui candidatent à une formation de l’enseignement supérieur post-bac. Ils sont 136 000 de plus qu’en 2012. Nous avons accompagné cette évolution par plus d’aides aux jeunes les plus fragiles. Cela s’est traduit par un investissement sans précédent : entre 2012 et 2017, 550 M€ supplémentaires ont été consacrés aux aides aux étudiants, dont plus de 445 M€ au titre des bourses sur critères sociaux. C’est bien sûr plus de bourses d’un montant plus élevé, mais aussi plus de logements pour les étudiants.

Si on doit se réjouir de cette démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur – et nous devons encore nous assurer qu’elle profite aux jeunes issus des milieux modestes – elle nous impose une réponse à la hauteur des attentes. Une réponse qui fasse de l’exigence le maître mot de toutes nos actions pour accueillir cette nouvelle diversité étudiante. Plutôt que d’imposer une sélection à l’entrée des études, nous devons multiplier les parcours de réussite. C’est l’intérêt du pays car l’orientation imposée a les mêmes conséquences que l’orientation par défaut : la démotivation qui conduit bien souvent à l’échec.

Oui, l’avenir de la France dépend de notre enseignement supérieur et de notre recherche. Il n’y a pas que les technologies qui évoluent, les métiers aussi, et seul notre enseignement supérieur saura préparer notre jeunesse aux métiers de demain. Aujourd’hui, 43,5 % des jeunes accèdent à un diplôme de l’enseignement supérieur: il faut aller vers un objectif de 60 % d’une classe d’âge. C’est un objectif que nous pouvons atteindre si nous nous en donnons les moyens.

En un mot, la confiance renouvelée de la Nation dans sa jeunesse doit se traduire par un effort continu d’au moins dix ans encore pour que nos universités et nos laboratoires mettent pleinement leur action au service de la société, de l’économie, des politiques publiques, mais aussi de notre conception collective de l’avenir et des espoirs que nous devons y placer.

Najat Vallaud-Belkacem

Demain

La recherche au service de l’innovation dans toute la société française

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Cette Ecole qu'on déconstruit... Dans un silence inquiétant...

3 Décembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Politique

Cette Ecole qu'on déconstruit... Dans un silence inquiétant...

En quelques semaines, de multiples annonces ont envahi, voire saturé, l'espace médiatico/éducatif.

Parmi toutes les annonces, deux d'entre elles ont retenu l'attention davantage que d'autres:

- le "retour" du redoublement. Les guillemets indiquent ici que le terme est impropre puisque cet outil dont l'inutilité est démontrée par de nombreuses enquêtes et recherches n'a jamais été supprimé. D'exceptionnel il va devenir exceptionnel. C'est dire la révolution annoncée, pourtant commentée comme telle par de nombreux médias "grand public". 

- la semaine de 4 jours en primaire, semaine dont la supériorité pédagogique serait prouvée par des recherches scientifiques, recherches qui après quelques clics ne prouvaient en fait absolument rien allant dans ce sens.

Voir ci-dessous

Je passe - mais j'y reviendrai en temps voulu - sur la baisse drastique du nombre de postes ouverts aux concours. 

Baisse drastique qui n'est pas provoquée par la réforme du collège comme se plaisent ridiculement à le dire quelques "anti-tout", immobilisés en 2012/2017. Peut-être faudrait-il aller au secours de ces quelques-uns, "soldats japonais" perdus sur leurs îles sans savoir que la guerre est terminée depuis plusieurs mois. Sachant qu'il conviendrait utilement d'en engager une autre. Démocratique et pacifique, évidemment.

Voir ci-dessous

Au-delà de ces décisions qui ont été très commentées, parfois de manière superficielle, en d'autres occasions de manière beaucoup plus précise et sérieuse, il y a une politique éducative. Ce gouvernement, et pas un autre, celui-là, déconstruit le passé récent, pourtant appuyé sur la Loi, tout simplement la LOI de refondation du 8 juillet 2013.

Loi que beaucoup, aussi bien au sommet de l'Etat que dans le grand public et les différents médias  - auxquels je ne jette pas la pierre, sommés qu'ils sont de toujours aller au plus rapide, au plus immédiat - ont tendance à oublier. 

Et oublier une loi me semble être, quand même, le comble du mépris pour ce qui a été engagé et qui ne peut être remis en cause "comme ça", par quelques traits de plume, quelques signatures au bas de documents vertueusement classés dans des journaliers à soufflets...

Dans un silence, une apathie, une sidération, un découragement inquiétants...

Or cette politique éducative, nombreuses et nombreux sont celles et ceux parmi les enseignants qui peinent - le mot est faible - à en lire le projet. 

En revanche il est quelques certitudes:

- cette Ecole plait à DES enseignants refusant depuis toujours tout changement, plait à des électeurs de droite trouvant ou retrouvant dans ce ministère les accents anciens des de Robien, Darcos, Ferry (Luc) ou Chatel, plait hélas aussi à des parents qui ne peuvent compter que sur l'Ecole de la République, ces parents souvent peu informés qu'il est si aisé de rassurer en leur faisant croire en la supériorité du redoublement sur tout autre outil qui pourtant existe mais qu'on n'a pas le courage d'utiliser;

- cette Ecole très "technocratique", qui préfère des "enseignants/appliquant" bien plus que des "enseignant/réfléchissant", s'inscrit dans un modèle macronien productiviste où il faut réussir.

Il FAUT que l'élève transforme les savoirs en "réussite". En 100% de "réussite" au CP! Diable, si tôt? Réussir à 6 ans... Une injonction!

Et si l'élève ne "réussit" pas? Ah mince! On n'avait pas pensé à celui-là...

"Il est toujours plus aisé de dire comment on sélectionne les meilleurs que de dire ce que l’on fait des autres” pour reprendre François Dubet.

Quant à la "réussite, le concept est ambigu. "Réussir" au CP sans avoir acquis ni autonomie ni liberté, est-ce encore la "réussite"?

- cette Ecole enfin semble ne pas révolter grand-monde. Tout passe, tout glisse, sans la moindre anicroche. Sans ces mouvements de foule et de houle qui, il y a si peu de temps, ondulaient en tempêtes au moindre mot d'une ministre qui, je le rappelle, appliquait la LOI de refondation de l'Ecole du 8 juillet 2013, loi toujours en vigueur...

Christophe Chartreux

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Vers l'école de demain... Ouvrir l’École sur la société: parents d’élèves, collectivités locales, associations et entreprises - Najat Vallaud-Belkacem... (8)

3 Décembre 2017 , Rédigé par Najat Vallaud-Belkacem Publié dans #Education, #Politique

Vers l'école de demain... Ouvrir l’École sur la société: parents d’élèves, collectivités locales, associations et entreprises - Najat Vallaud-Belkacem... (8)

En 10 points - à raison d'un par jour - propositions pour une "Ecole de demain"

8. Ouvrir l’École sur la société: parents d’élèves, collectivités locales, associations et entreprises

Pour créer un lien plus étroit avec les parents, nos premiers alliés pour l’éducation et la réussite des enfants, nous avons posé les bases, au nom de la coéducation, de leur association plus étroite à la vie des écoles et établissements. Le statut du parent délégué, tant attendu, a été mis en place en 2016. Il structure la participation des parents dans les instances et la vie de l’école ou de l’établissement scolaire et facilite la reconnaissance de l’engagement des parents d’élèves délégués. La création des espaces parents permet désormais la mise en place d’un dialogue plus régulier tandis qu’avec la mallette des parents ou l’expérimentation du dernier mot laissé aux parents, j’ai voulu répondre aux demandes des parents, soucieux de transparence et de dialogue, de mieux comprendre l’École dans ses attentes, comme ses décisions.

C’est ainsi que j’ai souhaité renouveler en profondeur la remise du diplôme national du brevet, en lui offrant une signification nouvelle. Parce que c’est un véritable examen qui se déroule anonymement, qui porte sur les mêmes sujets nationaux, qui marque l’égalité de traitement entre tous les jeunes, parce que c’est un rite de passage vers le lycée, le moment symbolique qui marque l’entrée dans une autre scolarité, j’ai voulu que la société tout entière récompense de façon solennelle tous ses jeunes lauréats lors d’une cérémonie républicaine. Désormais, le premier mercredi de l’année scolaire, les élus de la République, maires, conseillers départementaux, et les autorités académiques remettent de façon officielle et symbolique les diplômes. C’est une cérémonie pour rassembler la communauté éducative et les élus autour des élèves qui achèvent leur parcours scolaire commun, une cérémonie pour dire le rôle essentiel de l’École dans la République, et dans le parcours de chacun. Ce sera le temps de la remise du livret citoyen qui accompagnera chaque jeune dans son parcours de citoyenneté.

Au cours du quinquennat, notre gouvernement a systématiquement soutenu l’engagement citoyen : celui des jeunes au travers du service civique devenu universel ; celui des autres citoyens aussi au travers de la Réserve citoyenne. J’ai tenu à ce que l’École soit pleinement engagée sur ces dispositifs : nous accueillons ainsi près de 10 000 jeunes en service civique dans nos écoles, collèges et lycées. À la suite des attentats de janvier 2015, j’ai répondu à la demande des citoyens d’être acteurs de l’École : plus de 6 000 réservistes citoyens sont reconnus par l’École et prêts à soutenir les projets éducatifs des enseignants. Cet élan citoyen devra être sans cesse soutenu car il matérialise l’attachement des Français à leur école ; car il donne à voir aux élèves l’intérêt et la diversité des modèles d’engagement civique. Les enseignants devront s’emparer pleinement de ce dispositif qui offre des témoignages et une illustration concrète de leurs enseignements.

Nos élèves expriment aussi le besoin d’une connaissance actualisée du monde professionnel et des potentialités qu’il offre. Cette connaissance est décisive pour les choix d’orientation ; elle est aussi une opportunité pour élargir la réflexion des élèves, leur faire prendre conscience de la nécessité de penser à leur parcours et à leur projet d’insertion. Depuis 2012, les échanges avec le monde professionnel se sont intensifiés dans un dialogue nourri par la rénovation des diplômes professionnels, la mise en place du réseau des 78 Campus des métiers et de qualifications ou à travers des conventions de partenariats école-entreprises. Ils se sont structurés aussi à travers le parcours Avenir, pour offrir aux jeunes des parcours de découverte du monde économique, de la sixième à la terminale, ou à travers les stages de découverte du monde professionnels mis en place pour les chefs d’établissement.

Enfin, depuis mon arrivée au ministère, j’ai impulsé une autre relation de l’École avec son territoire, et donc avec les élus. À l’école primaire, 92 % des communes ont mis en place des projets éducatifs de territoire pour favoriser la continuité éducative entre temps scolaires et temps périscolaires. À l’école comme aux collèges, ces logiques de partenariat sont notamment au cœur du plan numérique pour l’éducation. Déjà 50 % des collèges publics sont entrés dans l’ère numérique. Pour les écoles, j’ai multiplié par 10 le soutien de l’État pour l’équipement numérique. Cette coopération, je l’ai enfin orientée au service du développement économique des territoires et de la modernisation de notre offre de formation professionnelle. Avec les régions de France, nous avons ainsi posé les bases d’un partenariat durable en mars 2016 qui se décline concrètement aujourd’hui : 500 formations nouvelles sur des métiers de demain ou en tension ouvriront à la rentrée 2017 ; 78 Campus des métiers et des qualifications maillent nos territoires et répondent à leurs besoins de développement.

L’ouverture de l’École n’est pas un renoncement aux missions de l’École : elle est un enjeu majeur de réussite pour nos enseignants, pour nos élèves et pour l’efficacité de l’ensemble de notre système éducatif.

Najat Vallaud-Belkacem

Demain

Hausser le niveau éducatif de la Nation par la démocratisation de l’enseignement supérieur

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Monsieur le Président, avez-vous vraiment gagné l'élection?...

2 Décembre 2017 , Rédigé par Youtube Publié dans #Education, #Politique, #Statistiques

Albert se met à la politique ! Il découvre que c'est aussi une histoire de mathématiques.

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Vidéo basée sur une capsule du physicien Philippe Boulanger, réalisée dans le cadre de l'émission Archimède (1994-2003).

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Vers l'école de demain... Vers une École du « bien-être » et de l’exigence dans la lutte contre le décrochage - Najat Vallaud-Belkacem... (7)

2 Décembre 2017 , Rédigé par Najat Vallaud-Belkacem Publié dans #Education, #Politique

Vers l'école de demain... Vers une École du « bien-être » et de l’exigence dans la lutte contre le décrochage - Najat Vallaud-Belkacem... (7)

En 10 points - à raison d'un par jour - propositions pour une "Ecole de demain"

7. Vers une École du « bien-être » et de l’exigence dans la lutte contre le décrochage

Comment bien apprendre si l’on est souffrant ou porteur d’un handicap, si l’on se sent mal en classe, si l’on ne voit plus le sens des apprentissages ? C’est le sens de l’École inclusive, c’est aussi le sens de l’École bienveillante, deux principes inscrits dans la loi de Refondation de 2013.

La politique de lutte contre le harcèlement porte ses fruits. Les élèves se sentent bien à l’École dans leur immense majorité mais ce n’est pas encore le cas d’environ 10 % d’entre eux. Un tabou a donc été brisé dans ce domaine, mais nos efforts doivent se poursuivre, chaque jour, pour que le harcèlement cesse de détruire l’enfance et l’adolescence de certains de nos élèves. Ces violences reposent sur le rejet de l’autre, sa mise à l’écart, le refus de sa singularité. Éduquer prend ici tout son sens : dans la famille, à l’École, dans les médias pour que cessent ces violences répétées, subies. De même, il faut faire cesser les cyberviolences subies quotidiennement par de nombreuses jeunes filles et jeunes femmes mais aussi combattre les haines anti-LGBT. Une prise de conscience des élèves et de notre société est urgente : l’École a tout son rôle à jouer.

Parler de bien-être, c’est parler de la santé. Le parcours éducatif de santé relève en effet de la protection, de la prévention, mais aussi de l’éducation. Le Président de la République a engagé un plan national pour le bien-être et la santé des 11-21 ans. J’estime incontournable que les mesures expérimentées dans trois académies et par trois agences régionales de santé, puissent être menées jusqu’au bout et diffusées sur l’ensemble du territoire.

Garantir le bien-être des élèves, c’est aussi le moyen de lutter contre le décrochage. Redonner, à tous ceux qui l’ont perdu, le goût d’apprendre est essentiel. Dans ce domaine, je ne crois pas à la coercition, mais à l’accompagnement grâce à des dispositifs adaptés à la vie des jeunes d’aujourd’hui, au plus près des réalités de terrain. Pour cela, l’implication des enseignants est essentielle : un vaste programme de formation a été lancé en 2016 afin de mobiliser, autour de l’objectif de la prévention, l’ensemble des personnels intervenant dans la lutte contre le décrochage scolaire (enseignants, corps d’inspection, chefs d’établissement, responsables des réseaux « formation qualification emploi » et « référents décrochage scolaire » en établissement). Il s’agit de sensibiliser les professeurs aux signes précurseurs du décrochage (absentéisme, évolution soudaine du comportement, baisse des résultats scolaires, etc.). Cette action de prévention bénéficie aussi de la création du nouveau corps unique des psychologues de l’éducation nationale dont le rôle et les actions pour prévenir les ruptures scolaires et prendre en charge les jeunes sortis sans qualification ont été inscrits récemment dans leur circulaire de mission.

Les progrès qui ont été réalisés ces dernières années sont considérables, puisque moins de 100 000 jeunes étaient en situation de décrochage scolaire à la rentrée 2016, contre 136 000 il y a cinq ans. Et nous avons renforcé l’effort pour la prochaine rentrée, notamment pour favoriser le maintien au lycée en cas d’échec au bac, pour diminuer le nombre des décrocheurs jusqu’à 80 000. L’effort en faveur de la prévention du décrochage et en faveur de l’accompagnement pour le retour en formation devra donc être poursuivi comme une priorité par l’ensemble des ministères concernés. Parce que le suivi de l’orientation est très important, le parcours Avenir, depuis 2015, aide chaque élève dès la classe de sixième à élaborer son projet d’orientation. La possibilité est aussi offerte aux élèves nouvellement inscrits en lycée professionnel de changer d’orientation aux vacances d’automne. De plus, la loi de Refondation établit un droit du retour en formation initiale pour les jeunes de 16 à 25 ans sans diplôme. S’y ajoutent plusieurs formules d’accompagnement individualisé qui doivent être pérennisées, de même que le dispositif des alliances éducatives, expérimenté dans plusieurs académies, qui fait travailler ensemble des acteurs différents: collectivités, associations, familles, entreprises, services de l’action sociale.

Enfin, la priorité de l’École inclusive, c’est de toujours mieux accompagner les élèves en situation de handicap, donc poursuivre l’effort pour créer de nouvelles Ulis en écoles et établissements (+35 % depuis 2012), pour recruter des accompagnants d’élèves en situation de handicap (4 251 depuis 2012), pour transformer les contrats aidés en AESH (au rythme annuel de 6 400 ETP), ainsi que l’effort de formation des enseignants. Là encore, c’est la constance dans les politiques publiques qui sera le gage de leur efficacité.

Najat Vallaud-Belkacem

Demain

Ouvrir l’École sur la société: parents d’élèves, collectivités locales, associations et entreprises

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Vers l'école de demain... La grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République doit se poursuivre et s’amplifier - Najat Vallaud-Belkacem... (6)

1 Décembre 2017 , Rédigé par Najat Vallaud-Belkacem Publié dans #Education, #Politique

Vers l'école de demain... La grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République doit se poursuivre et s’amplifier - Najat Vallaud-Belkacem... (6)

En 10 points - à raison d'un par jour - propositions pour une "Ecole de demain"

6- La grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République doit se poursuivre et s’amplifier

La grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République après les attentats de janvier 2015 a donné lieu à un mouvement sans précédent. Le risque de dislocation de notre unité républicaine engageait notre responsabilité collective et j’ai voulu une mobilisation à la mesure de la tragédie qui venait de frapper la Nation et qui malheureusement devait connaître d’effroyables répliques. Ce furent de multiples actions déployées sur l’ensemble du territoire national, tels la mise en œuvre dès la rentrée 2015 des nouveaux programmes de l’enseignement moral et civique ou encore le renforcement de l’éducation aux médias et à l’information et le cadre du parcours citoyen. Ce furent l’engagement d’une formation à destination de 300 000 enseignants et personnels d’éducation sur les thématiques de la citoyenneté et des valeurs de la République et la création d’une Réserve citoyenne aujourd’hui forte de plus de 6 000 membres issus de toutes les sphères de la société civile. Nous avons mobilisé les Espe pour la formation à la laïcité des futurs enseignants et éducateurs, mis à disposition le livret laïcité à destination des chefs d’établissement et des directeurs d’école en complément de la Charte de la laïcité à l’École et des ressources qui ont accompagné sa publication. Tout a été mis en œuvre pour appliquer avec fermeté mon engagement de ne laisser sans suite aucune atteinte au principe de laïcité, ni aucune équipe éducative esseulée, livrée à elle-même.

Au-delà de l’indispensable rétablissement de l’autorité des maîtres et de la transmission des principes laïques, renforcer la pédagogie de la laïcité nécessite d’agir sur tous les leviers pour permettre à nos élèves d’être capables de penser les savoirs dans leur contexte, dans leur environnement. C’est tout l’enjeu de l’esprit critique dans un contexte où se développent le complotisme, la radicalisation, la pensée en kit. L’enjeu des prochaines années sera d’actualiser sans cesse les contenus, les dispositifs ou actions proposés, les formations en lien avec les chercheurs pour adapter nos réponses à l’évolution rapide des nouvelles pratiques des élèves.

Il est plus que jamais besoin d’outiller nos élèves dans leur construction citoyenne. Nous avons pour cela démultiplié les partenariats avec les acteurs de la citoyenneté au sens le plus large pour bâtir de véritables alliances éducatives : associations, fédérations et grands mouvements d’éducation populaire engagés sur le terrain de la citoyenneté, de l’égalité filles-garçons et de la lutte contre les discriminations, institutions mémorielles, musées, acteurs sociaux, culturels et sportifs, professionnels des médias et de l’information, et tous ceux qui avec eux ont immédiatement proposé de nous aider dans cette mission. Nous avons créé un portail de ressources sur les valeurs de la République avec le concours de chercheurs, de penseurs, de praticiens et d’intellectuels parmi les plus reconnus pour la qualité de leurs travaux et réflexions.

Cette mobilisation est un chantier pour les dix à quinze années qui doit se poursuivre et s’amplifier, en donnant toujours plus de place à la prise de responsabilité et à l’engagement des élèves, si nous voulons une société démocratique digne de ce nom.

Najat Vallaud-Belkacem

Demain:

Vers une École du « bien-être » et de l’exigence dans la lutte contre le décrochage

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Blanquer se perd dans les rythmes scolaires ...

30 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique

Blanquer se perd dans les rythmes scolaires ...

Le ministre de l'Education nationale a cité, lundi matin, une étude scientifique comparant, dit-il, les effets de la semaine de quatre jours avec celle de quatre jours et demi... alors qu'elle compare en réalité les semaines de quatre jours et demi entre elles.

INTOX. «Quand je suis arrivé dans mes fonctions, sur mon bureau j’avais une étude de Depp [Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance], qui avait été commandée par ma prédécesseure et qui montrait de façon extrêmement documentée qu’il n’y avait pas d’impact sur la performance scolaire selon que l’on se trouve à quatre jours ou à quatre jours et demi.» Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, lundi sur France Inter.

DÉSINTOX. La situation était assez incongrue, limite drôle. Lundi, quelques heures après son intervention sur France Inter, Jean-Michel Blanquer était attendu à un colloque sur les rythmes scolaires, où des chercheurs présentaient leurs derniers travaux sur le sujet. Le ministre avait envoyé pour le représenter un chercheur de la Depp, ce service du ministère chargé de mener des études et évaluations, que citait le ministre dans son interview le matin même. Au pupitre, Olivier Cosnefroy attaque par un préambule : «La Depp est là pour faire des constats, toutes nos publications sont disponibles en ligne.» Puis: «Sur la réforme des rythmes scolaires, la Depp n’a pas proposé une étude d’impact global. Pour cela, il aurait fallu pouvoir comparer avec un groupe témoin resté à quatre jours.»

Le chercheur de la Depp explique donc avoir seulement comparé les effets sur les apprentissages des élèves des différentes organisations du temps scolaires proposées sur quatre jours et demi : entre les communes qui ont opté pour deux après-midi plus courtes que les autres, par exemple, et celles qui ont concentré les activités périscolaires le vendredi après-midi… Une journaliste dans la salle lui demande : «Vous n’avez donc pas comparé les effets de la semaine de quatre jours par rapport à celle de quatre jours et demi ?» Réponse : «Oui, c’est bien cela.» Mais alors, la déclaration du ministre ce matin… Le chercheur, embarrassé : «Il faut poser la question à la personne concernée.» Interrogé, l’entourage de Blanquer renvoie sans se démonter sur l’étude, et souligne plusieurs passages comme : «L’étude portant sur les apprentissages des élèves […] ne mesure que des effets d’une ampleur très limitée [selon les différentes organisations sur quatre jours et demi, ndlr], largement inférieure aux effets des variables sociales ou culturelles.»

François Testu, chronobiologiste de la première heure et à l’origine de ce colloque, soupire. Il a beau se répéter que «les scientifiques sont là pour dégager des données», sans se mêler du politique, quand même, cette situation l’exaspère : «Aucun scientifique ne vous dira que la semaine de quatre jours est la meilleure solution.» Il cite plusieurs recherches qu’il a lui-même menées, notamment à Roanne (Loire) et Mulhouse (Haut-Rhin), et dit en perdre son latin «à force». Il farfouille dans ces documents, en ressort une photocopie du Quotidien du médecin : «En 1994 déjà, un appel de chercheurs : "Semaine des quatre jours à l’école, le réquisitoire de spécialistes des rythmes".» Il parle sommeil, rythmicité journalière, vigilance en classe, capacité de concentration et bien-être de l’enfant. Au passage, il explique aussi que l’Observatoire des rythmes et des temps de vie des enfants (Ortej), qui a organisé ce colloque lundi, a été créé il y a quatre ans pour justement arriver à faire entendre la voix de la recherche scientifique dans ce débat récurrent… Loupé.

Marie Piquemal

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Vers l'école de demain... Une politique d’éducation prioritaire et de mixité sociale au service de l’excellence - Najat Vallaud-Belkacem... (5)

30 Novembre 2017 , Rédigé par Najat Vallaud-Belkacem Publié dans #Education, #Politique

Vers l'école de demain... Une politique d’éducation prioritaire et de mixité sociale au service de l’excellence - Najat Vallaud-Belkacem... (5)

En 10 points - à raison d'un par jour - propositions pour une "Ecole de demain"

5. Une politique d’éducation prioritaire et de mixité sociale au service de l’excellence

Au sein d’un système scolaire marqué par le poids du déterminisme social, nous avons posé les bases d’une École plus juste, avec la mise en place de l’allocation progressive des moyens, la nouvelle éducation prioritaire à l’école et au collège, le dispositif d’accès des meilleurs bacheliers dans les filières sélectives, la mobilisation de l’École et de ses partenaires pour lutter contre le décrochage scolaire, la conservation des notes au bac, et le droit au redoublement dans l’établissement d’origine, ou encore les nouveaux parcours d’excellence. L’une des origines essentielles de l’inégalité de parcours scolaire et universitaire entre les jeunes gens de notre pays réside dans l’autocensure qui est beaucoup plus forte dans les milieux modestes. J’ai donc mobilisé et inventé de nouveaux leviers pour briser ce cercle vicieux de la reproduction sociale. Les bacheliers professionnels disposent désormais d’un accès privilégié au BTS. Les meilleurs bacheliers de chacun de nos établissements disposent aussi d’un accès privilégié aux filières sélectives qu’ils avaient demandées et pas encore obtenues. Les parcours d’excellence qui concernent essentiellement les élèves ou anciens élèves des réseaux d’éducation prioritaire ont pour objectif d’accompagner collégiens et lycéens dans la préparation de leur baccalauréat et de leur poursuite d’études. Dans une société où la précarité a pu éloigner certains parents de l’École, nous en avons fini au travers de ce quinquennat avec la réduction systématique des soutiens aux familles en difficulté : nous avons augmenté les fonds sociaux de plus de 85 % et accru les bourses des lycées et des collèges, en veillant à ce que les fournitures scolaires soient demandées avec parcimonie.

Nous avons agi partout, y compris là ou tant d’autres avaient renoncé : dans les 1 095 réseaux d’éducation prioritaire et dans les 450 lycées les plus fragiles, les moyens et le nombre d’adultes sont renforcés. Tous les territoires fragiles sont aidés : en Seine-Saint-Denis, 1 566 postes auront été créés depuis 2012. Pour les écoles de l’académie d’Aix-Marseille, nous avons créé 1 129 postes dans le 1er degré pour 11 800 élèves de plus : 1 enseignant supplémentaire pour 10 élèves de plus. Pour les écoles de l’académie de Créteil, nous avons créé 2 713 postes dans le 1er degré pour 23 168 élèves de plus : 1 enseignant supplémentaire pour 9 élèves de plus. Pour les écoles de l’académie de Lille, nous avons créé 835 postes dans les écoles alors même que le nombre d’élèves reculait de 5 200. C’est un choix clair, concret que j’ai porté : mettre plus d’enseignants, baisser le nombre d’élèves par classe dans les territoires qui le nécessitent. C’est cela l’égalité des chances en actes.

Pour les lycées et lycées professionnels relevant de l’éducation prioritaire, ainsi que pour ceux qui scolarisent les élèves les plus défavorisés, une réforme d’ampleur sera nécessaire. Elle devra à la fois être cartographique pour actualiser la liste des établissements, financière et pédagogique, avec l’élaboration d’un référentiel permettant d’atteindre les ambitions fixées à l’éducation prioritaire. Dans cette attente, j’ai mobilisé 450 ETP pour la prochaine rentrée scolaire et pris les dispositions pour sécuriser jusqu’en 2019 les indemnités des enseignants de ces lycées et leurs droits pour mutation.

Je souhaite aussi insister sur l’importance d’amplifier encore la politique de mixité sociale au collège. Voilà une politique construite à partir des acteurs de terrain, fondée sur l’autonomie, la confiance et la responsabilité. Une politique qui fait l’objet d’une évaluation et d’un accompagnement scientifiques rigoureux. Une politique qui crée des solutions à partir d’une analyse partagée des acteurs concernés, sans chercher à imposer telle ou telle modalité. À ce jour, 47 départements sont engagés au sein de 82 territoires pilotes qui concernent 249 collèges. En dépit de tous les scepticismes, la dynamique est réelle et les réussites incontestables sur le terrain. Toutefois, il faudra maintenir l’impulsion nationale et l’implication au plus haut niveau du ministère pour la prolonger.

Le soutien à la ruralité est aussi devenu une composante importante de l’action pour une éducation de qualité dans tous les territoires. Trop longtemps ce ministère a refusé de reconnaître la nécessité d’une approche territoriale. Trop d’élus et de parents d’élèves vivent dans l’angoisse de la carte scolaire. Le contexte démographique de beaucoup de nos campagnes est en effet très défavorable : dans les 20 départements les plus ruraux, il y a eu une baisse de 10 000 élèves entre 2011 et 2014 ; et il y aura une baisse d’environ 25 000 élèves entre 2015 et 2018. Le corollaire est la peur de perdre une classe ou une école, la peur de voir un service public disparaître et ainsi voir reculer l’attractivité de la commune. Au travers des conventions ruralité, les élus, l’éducation nationale et le préfet se mettent désormais autour de la table pour dialoguer, pour se mettre d’accord sur un diagnostic et le scénario d’évolution du réseau d’écoles. Cette politique de partenariat gagnant-gagnant, je l’ai voulue volontariste et ambitieuse pour l’école rurale : il y a deux ans, 5 départements s’étaient engagés dans ces « conventions ruralité » ; aujourd’hui il y en a 42.

Enfin, j’ai voulu accompagner les outre-mer pour que dans ces départements et collectivités aussi, nous nous donnions les moyens d’une École qui favorise la réussite de tous et porte chacun vers l’excellence. Avec la loi pour l’égalité réelle outre-mer, l’École sera au centre des attentions et des enjeux pour l’égalité réelle et la convergence des outre-mer vers l’Hexagone.

Najat Vallaud-Belkacem

Demain:

La grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République doit se poursuivre et s’amplifier

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Discours de Macron au Burkina Faso: la vraie rupture ne serait-elle pas d’arrêter de s’adresser à un continent comme s’il était un département français?...

29 Novembre 2017 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Politique, #Histoire, #Afrique

Depuis l’indépendance de ses anciennes colonies, la France délivre régulièrement ses messages au continent africain. Emmanuel Macron, en tournée au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Ghana du 28 au 30 novembre, s’est prêté à cet exercice bien français du « discours à l’Afrique ». Un discours de rupture dans les mots, certes, mais la vraie rupture ne serait-elle pas d’arrêter de s’adresser à un continent comme s’il était un département français ?

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Grandeur et limites du pouvoir «jupitérien»...

29 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Philosophie

Grandeur et limites du pouvoir «jupitérien»...

La verticalité du pouvoir, en partie nécessaire, est aussi une violente «dépossession» du peuple. Surtout quand elle est empreinte d’une «pulsion démo-phobique», qui voit dans les gouvernés des «fainéants» ou des «déraisonnables».

Il est un paradoxe qu’on ne saurait trop inciter les gouvernants de tout pays à méditer. D’un côté, la responsabilité politique ne s’exerce pas autrement que dans son pouvoir de décider. De l’autre, les décisions que prennent les gouvernants, qui ont été choisis pour le faire, sont nécessairement vécues par ceux auxquels elles s’appliquent comme une disposition, plus ou moins arbitraire de leur existence. Dans tous les domaines de la vie (la santé, l’éducation, le travail, la justice, la sécurité), le pouvoir fait ses choix. Il n’est, au demeurant, pas concevable qu’il n’en aille pas ainsi. Nous n’en attendons pas moins de son action, au moment où, par le biais d’un vote démocratique, nous nous en remettons à lui pour des protections que nous exigeons dans chacun de ces domaines. Nul en réalité ne désire, pas même le plus farouche de ses opposants, un gouvernement qui se révélerait incapable d’agir et donc de décider. Et rien ne lui serait davantage préjudiciable que l’attentisme, l’inertie, l’impuissance ou la paralysie.

A supposer que l’on veuille donner droit à la référence mythologique qui a fait couler tant d’encre depuis les dernières élections, la «verticalité» qui en résulte est constitutive de ce qui, dans ces conditions, pourrait faire la grandeur d’un «pouvoir jupitérien». Elle suppose, cette hauteur, que les décisions soient prises à l’abri des trois forces contraires qui empêchent le pouvoir de s’exercer en toute indépendance : d’abord, la versatilité de l’opinion maladroitement restituée par les sondages ; ensuite, la puissance des lobbys, désireux de faire valoir leurs intérêts particuliers à l’encontre de l’intérêt général ; enfin, l’embarras des querelles de partis et de courtisans. Comme l’indique suffisamment la métaphore olympienne, un pouvoir se réclamant de Jupiter aurait ainsi la vocation, sinon la prétention, de se tenir à distance des simples mortels que sont les citoyens ordinaires, au-dessus de leurs passions (la peur, la colère, le ressentiment) et de leurs querelles partisanes. Pour autant, quand bien même le pouvoir disposerait d’une légitimité démocratique incontestable, il est inévitable que les décisions qu’il prend dépossèdent ceux dont elle infléchit l’existence de leur capacité d’agir sur ces conditions. Dès lors que la vie humaine est conditionnée par des décisions qui ne lui appartiennent pas, il lui est impossible de ne pas ressentir le pouvoir qui exerce sa force sur elle comme une violence. Voilà le paradoxe du politique. Sa verticalité, en partie nécessaire, est une dépossession, par définition violente. On pourrait même dire que plus les décisions verticales sont olympiennes - avec ce que cela peut supposer de hauteur, de condescendance ou de mépris pour les opinions et les passions des simples mortels - plus la contrainte, mal vécue, est perçue comme l’effet d’une force arbitraire.

De la verticalité du pouvoir donc, on retiendra qu’elle est consubstantielle à la force qu’il exerce sur la vie des citoyens. Mais à quoi, au juste, sa domination fait-elle violence ? A rien de moins qu’à ce qu’on décrira comme une horizontalité composite. Paul Ricœur en avait retenu la leçon de Hannah Arendt : la politique trouve sa raison d’être dans «la pluralité humaine». L’intérêt de la notion d’horizontalité est qu’elle permet aussi bien de la décrire que de prescrire quelques règles organisant la coexistence de ses composantes. Pour que la «pluralité» soit assumée et protégée, il faut reconnaître au moins trois principes. Le premier est que rien n’autorise l’uniformisation des croyances et des opinions. L’humanité reste plurielle, dans un lieu donné, dès lors qu’aucune façon de penser, mais aussi de vivre ne s’y impose de façon unilatérale, au détriment des autres. Le deuxième est que l’horizontalité qui procède de cette égalité se traduit du même coup par une diversité de voix et d’expressions. Elle ne se maintient qu’en résistant à la confiscation ou à l’interdit de la parole, sous quelque motif que ce soit. Aussi n’est-elle jamais autant menacée que lorsqu’un pouvoir arrogant revendique le privilège de parler pour les autres ou à la place des autres. Quant au troisième principe, il vient compléter les deux premiers. Il suppose la considération ou encore la reconnaissance de l’ensemble des «prises de position» qui résultent de cette pluralité. Il ne suffit pas, en effet, de laisser les voix divergentes s’exprimer ni de les tolérer avec condescendance - de haut en bas. Il faut encore les écouter, leur reconnaître la part qu’elles sont appelées à prendre dans la discussion - leur accorder l’attention qu’elles attendent.

Est-ce toujours le cas dans une démocratie comme la nôtre, la considération et la reconnaissance de la pluralité des voix sont-elles assurées, le partage de la parole garanti ? Rien n’est moins sûr. Les moyens mis en œuvre pour minimiser, sinon ignorer la part démocratique de ces contre-paroles susceptibles de contrarier, sinon contester les décisions du pouvoir vertical relèvent de ce qu’on pourrait nommer sa «pulsion démo-phobique». De quoi s’agit-il ? Comme l’étymologie de ce mot-valise l’indique, la «démo-phobie» est la phobie (ou la hantise) du peuple, sinon son allergie. Elle se traduit par la construction de son image péjorative. Le peuple, en ce sens, il ne faut pas l’entendre comme le corps «démocratique des citoyens», mais comme l’ensemble des classes populaires : tous ceux et celles qui, ordinairement, n’ont pas voix au chapitre, et que les dirigeants ne font mine d’écouter que le temps d’une élection. Autant ils sont courtisés, tant que leurs voix sont nécessaires aux candidats pour être élus, autant la pente naturelle de ceux qui sont appelés à exercer le pouvoir est-elle, aussitôt élus, de se les représenter (et de les présenter) comme victimes de leurs affects, «ignorants», «déraisonnables», prisonniers de leurs «réflexes corporatifs», quand ce n’est pas «rétrogrades», «attentistes» ou «fainéants». Ainsi leur voix peut-elle être discréditée et ses effets minorés. Ce n’est pas, s’excuse un pouvoir démo-phobique, de reconnaissance et de considération que le peuple contestataire a besoin, mais de pédagogie, comme un enfant qui aurait mal compris la leçon du maître ou ses consignes.

Voilà pourquoi la démo-phobie est inquiétante. Elle mine le partage des voix, au risque de démoraliser la parole. Elle accrédite, lentement mais sûrement, l’idée qu’il faut laisser les gouvernants gouverner, parce qu’eux seuls disposent d’une expertise juste dans un monde trop complexe pour qu’on prétende le comprendre, sans avoir une connaissance suffisamment éclairée des impératifs et des contraintes économiques, sociales et politiques qui inspirent les décisions. La démo-phobie, c’est l’ombre de la démocratie et le revers de toutes les conceptions jupitériennes du pouvoir qui s’inscrivent dans ce cadre. Le risque est de tenir ces voix pour une donnée avec laquelle il faut seulement faire semblant de compter, faire croire, pour la forme, qu’on compte avec elles, mais jamais sur elles, en escomptant qu’elles s’épuiseront d’elles-mêmes. «Nous avons entendu, mais nous ne changerons rien, nous avons pour nous la légitimité démocratique, nous avons été élus pour mener la politique que nous menons», répètent à l’envi les gouvernants, assurés de la position dominante que leur donnent le sens et l’exercice des responsabilités. Et chacun d’entendre, du personnel hospitalier aux enseignants et autres fonctionnaires, des ouvriers licenciés, aux agriculteurs étranglés : «Vous avez manifesté votre mécontentement, très bien, vous vous êtes mis en grève, c’est votre droit, maintenant, laissez-nous gouverner !»

Est-ce ce surplomb et cette distance démo-phobiques que mettent en avant l’invocation et la revendication d’une conception «jupitérienne» du pouvoir ? On peut au moins le redouter, tant il est vrai qu’elles sont complétées par l’affirmation répétée que «le pouvoir n’appartient pas à la rue». Car c’est tout l’inverse qu’on devrait dire. Il faut bien sûr, il est vital pour la démocratie que la rue ait du pouvoir ! Qu’est-elle, en effet, sinon la métaphore la plus parlante de ce lien horizontal, auquel il importe par-dessus tout que reste articulé le rapport hiérarchique de commandement et d’autorité, dans lequel s’incarne la verticalité ? Voilà pourquoi, loin d’être perçue par le pouvoir vertical comme un empêcheur de gouverner, elle devrait lui apparaître, au contraire, comme l’une des conditions de son exercice. Un pouvoir démocratique crédible est un pouvoir, dont on peut contester les décisions ; un pouvoir contre lequel on veut croire qu’il vaut encore la peine de protester. Une démocratie qui n’aurait plus l’occasion que la rue le lui rappelle se serait figée en autre chose qu’elle-même. Pétrifié, sidéré, le lien horizontal qui porte la vie partagée des citoyens se réduirait à leur soumission commune.

Marc Crépon, Philosophe à l’ENS

Auteur de : l’Epreuve de la haine. Essai sur le refus de la violence, Odile Jacob, 2016.

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