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Vivement l'Ecole!

politique

Malaise... Par Najat Vallaud-Belkacem/19 septembre 2019 et toujours d'actualité

18 Septembre 2021 , Rédigé par Najat Vallaud-Belkacem Publié dans #Politique

Malaise... Par Najat Vallaud-Belkacem/19 septembre 2019 et toujours d'actualité

Il fut un temps où, quand le premier personnage de l’Etat parlait de «fuite d’eau», nous entendions de toutes parts de justes réactions d’indignation. Aujourd’hui, des mots aussi déshumanisants que «vague» sont employés sans que personne n’y trouve plus rien à redire. On va jusqu’à employer, au Gouvernement, une rhétorique guerrière avec un appel à «armer le pays». On n’en dira jamais assez les dommages causés, dans notre pays, par ces années de mauvais débats sur l’identité nationale et l’immigration, et qui resurgissent aujourd’hui sous une autre forme, dans d’autres bouches.

En termes de cadrage des perceptions, nous savons combien les métaphores utilisées influent sur la manière dont nous pensons les choses. Ces figures de style et exercices de communication sont donc non seulement dérangeants, sinon odieux, ils sont surtout catastrophiques d’un point de vue politique. Les effets de manche et l’inflation sémantique, loin de compenser les insuffisances des actes ou leur inefficacité, ont en effet un impact direct sur les représentations et les attentes. Le discours de Grenoble et ses suites n’ont rien produit d’autres que de l’intolérance vis à vis de l’immigration, et une polarisation toujours plus grande de l’opinion. Parler des choses, «sans tabou», quand on en parle mal, quand on libère chacun des contraintes des normes sociales et que l’on laisse libre cours aux fantasmes, cela n’apaise rien. Cela aggrave le problème.

Par les mots employés par le Président de la République cette semaine — «parti bourgeois» opposé à ces catégories populaires qui «vivraient avec» -, on semble acter un renoncement politique. En nommant les choses ainsi, on fige en effet une forme de partition sociale que l’on dénonçait pourtant hier à grands coups d’envolées lyriques sur l’émancipation et l’égalité des chances. On semble ainsi renoncer à toute possibilité de réconcilier l’ensemble des Français autour d’intérêts communs, de les fédérer autrement qu’en leur désignant des ennemis et des boucs émissaires.

Mais il y a pire : par ces mots, on enferme «le peuple», et surtout «les catégories populaires» dans une posture victimaire, la posture de ceux qui «subissent», «vivent avec», on leur nie la possibilité d’être ouverts, généreux, de savoir dépasser leurs intérêts particuliers pour considérer l’intérêt général. Finalement, vu d’en haut, le peuple serait incapable d’empathie, ce carburant de nos démocraties que j’ai pourtant plus souvent trouvé dans les quartiers populaires que dans les ministères. Il serait incapable de saisir la complexité d’une situation, il faudrait donc lui résumer les faits au risque de la caricature, exciter ses émotions au risque de flatter ce que l’humain a de plus médiocre… Cette approche réductrice, paternaliste, caricaturale du peuple ne vaut pas mieux que celle qui consiste à tout pardonner à certaines catégories de populations parce qu’elles seraient, à elles seules, l’essence même du peuple. Quel que soit le groupe caricaturé ou érigé en bouc émissaire, la politique qui parie sur les jalousies ou la victimisation ne saura jamais réconcilier et jeter les bases de compromis qui nous sont tant nécessaires.

Le Macronisme se voudrait avant tout un «pragmatisme», on le sait. Outre qu’opposer «humanité» et «fermeté» est profondément dérangeant, car cette opposition induit que l’on serait contraint de sacrifier son humanité afin de vivre dans une société pacifiée et ordonnée — il y a dans la revendication de pragmatisme une mystification incroyable. Pour mémoire, il y a eu plus d’un million de demandes d’asile dans le monde en 2018, un chiffre en baisse, et 46 700 personnes l’ont obtenu en France pour cette même année (OFPRA). En Colombie, pays moins grand que le nôtre où je me suis rendue récemment, on accueille chaque jour, sans drame, 27 000 réfugiés vénézuéliens. Ici, nous fantasmons sur des hordes qui se presseraient à nos portes, et ne savons même pas gérer correctement les malheureux qui parviennent jusqu’à nous — la plupart du temps, sans désir de rester dans notre pays.

On se jette des images et des symboles à la figure, comme par exemple l’AME dont on a entendu qu’elle serait détournée pour financer des «prothèses mammaires», quand nous savons bien que l’essentiel finance des interventions médicales urgentes, visant avant tout à prévenir la résurgence de maladies graves, et donc à nous protéger collectivement… Souvent, ces caricatures sont élaborées au nom d’un prétendu affrontement entre «raison» et «émotion». Mais c’est oublier que la politique n’est ni purement rationnelle, ni émotion brute. Nos démocraties souffrent autant de manque d’empathie que de manque de faits établis et de chiffres éprouvés et incontestables! La politique ne doit se désigner pour ennemi ni la raison ni l’émotion, elle est une combinaison de tout cela, et a un ennemi prioritaire : la manipulation, l’erreur de perception, la négation du réel, la «Fake news».

Avec cette approche adoptée aujourd’hui sur l’immigration, le politique vient une fois de plus s’arrimer à des perceptions majoritaires — la France est l’un des pays du monde qui surestime le plus le nombre d’immigrés sur son territoire — : ayant renoncé à agir sur les choses en abandonnant toute audace réformatrice sur l’autel de l’ultra-libéralisme, il ne prétend même plus agir sur les erreurs de perception, et se contente de surfer sur une réalité parallèle en espérant que cela suffise à lui redonner un semblant de légitimité et de soutien populaire. Si nous persistons collectivement, non seulement en France mais aussi au Royaume-Uni, en Italie ou aux États Unis, dans cette voie, alors j’en ai la conviction: la Politique n’en sortira pas grandie, et la question migratoire n’en deviendra que plus difficile à résoudre.

Najat Vallaud-Belkacem

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Revalorisation des enseignants : Monsieur Blanquer, un peu d’honnêteté !

17 Septembre 2021 , Rédigé par Parti Socialiste Publié dans #Education, #Politique

Revalorisation des enseignants : Monsieur Blanquer, un peu d’honnêteté !

Yannick Trigance, secrétaire national du Parti socialiste à l'École, l'Éducation, l'Enseignement supérieur et la Recherche

Depuis plusieurs semaines, engagé dans une nouvelle campagne médiatique dont lui seul a le secret, le Ministre de l’Éducation nationale Blanquer affirme sans vergogne que « le salaire des enseignants aura bien plus augmenté entre 2017 et 2022 qu’entre 2012 et 2017 quand il y avait un gouvernement que soutenait Madame Hidalgo ». (« Le Parisien » du 13 septembre)

Une fois de plus, M. Blanquer part du principe que ses assertions restent indiscutables et indiscutées : il n’en est rien, bien au contraire.

Car la réalité des faits ramène les propos de M. Blanquer à ce qu’ils sont : des contre-vérités.

La réalité d’abord, c’est qu’entre 2012 et 2017 des mesures de revalorisation ciblées ont été prises pour les enseignants par les gouvernements socialistes : alignement de l’indemnité de suivi et d'accompagnement des élèves du premier degré sur celle du second degré en la portant à 1200 euros par an, augmentation des indemnités éducation prioritaire pour rendre plus attractifs ces territoires en les portant à 1 734 euros en REP et 2312 euros en REP+, attribution de nouvelles décharges aux directeurs d’école, augmentation des indemnités pour l'exercice de missions particulières.

La réalité encore, c’est que les accords PPCR (Parcours professionnels, carrières et rémunérations) conclus avec l’ensemble des forces syndicales – qu’est devenu le dialogue social sous le quinquennat Blanquer ? – , concernaient l’ensemble des enseignants et permettaient d’aller plus loin en revalorisant très sensiblement le salaire moyen des professeurs, au-delà de la moyenne OCDE.

En fin de carrière, ce PPCR portait le salaire des enseignants français au niveau les plus élevés de l’OCDE, comme l’Allemagne. Sur l'ensemble d'une carrière, un enseignant devait percevoir 23 000 € brut de plus qu'aujourd'hui, soit un effort total d'un milliard d'euros, dont près de 500 millions dès 2017 et 300 millions au titre de la hausse du point d'indice.
Et la nouvelle grille plus linéaire mise en place dans le cadre de ces accords permettait à tous les enseignants d’accéder à la « hors classe », ce qui était loin d'être le cas jusqu’alors notamment dans le premier degré.

Enfin, il était prévu que la classe exceptionnelle soit accessible pour 80% à des enseignants ayant exercé des missions particulières, par exemple pour un enseignant ayant travaillé durant 8 ans en éducation prioritaire : une logique nouvelle qui ne reconnaissait plus seulement les enseignants travaillant avec les élèves les plus forts mais aussi ceux qui s'engagent en Rep ou Rep+.

La réalité toujours, c’est que contrairement à ce que font M. Blanquer et l’actuel gouvernement, les grandes augmentations précédentes avaient opté pour une programmation sur plusieurs années. Le PPCR, par exemple, engageait l'exécutif jusqu'en 2020.

La réalité enfin, c’est que cette programmation mise en place jusqu’en 2017 sous l’action de Najat Vallaud-Belkacem, Monsieur Blanquer ne l’a pas poursuivie : il s’est récemment contenté d’une vague promesse de 500 millions chaque année pendant plusieurs années, sans aucune garantie.

Au final, la revalorisation présentée aux syndicats le mercredi 25 août – une modeste enveloppe de 245 millions d’euros pour le budget de 2022 – se traduit par une prime de 29 euros net par mois pour les enseignants en milieu de carrière à 57 euros pour les plus jeunes : on est bien loin des revalorisations réalisées entre 2012 et 2017 !

Et si « la présidentielle ne peut pas être une Foire du Trône de la démagogie » comme le ministre le claironne dans la presse, il lui faudra rendre des comptes sur sa politique éducative de régression face à ceux qui, comme Anne Hidalgo, ont décidé de placer l’éducation, l’école et ses enseignants au cœur de leur projet et de leurs priorités.

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Paris 2024 : le discours indécent de coach Macron

15 Septembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Jeunesse, #Education

Paris 2024 : comment le Covid chamboule les Jeux olympiques - L'Express  L'Expansion

Les athlètes français ne rapportent pas assez de médailles par rapport à l’argent public investi dans le sport, et il va falloir changer tout ça : c’est le message transmis lundi soir par Emmanuel Macron aux médaillés de Tokyo qu’il recevait à l’Elysée.

Ils n’avaient plus besoin de prouver qu’ils avaient un mental à toute épreuve. Les médaillés olympiques français viennent pourtant de le démontrer une nouvelle fois, en subissant lundi les consignes en vue de Paris 2024 concoctées par coach Macron, qui les recevait à l’Elysée pour une cérémonie en leur honneur. Sauf que d’hommage, il a été peu question au beau milieu d’un exposé échevelé qu’on aurait pu intituler «le macronisme appliqué au sport», ponctué de quelques concepts inaudibles : «pacte de performance»«cordée du sport» ou «capital sportif-entrepreneur»...

Evacués quelques mots rapides de félicitations pour Tokyo, le Président a prévenu celles et ceux sans qui la France ne figurerait pas dans le top 10 du tableau des médailles : il faudra «faire beaucoup plus» dans trois ans. Belle leçon d’hypocrisie envers des personnes qui se sont ruinées (souvent au sens financier du terme) et épuisées pendant cinq ans pour brillamment contribuer à remplir les objectifs olympiques. Sans chiffrer son rêve de médailles, le chef de l’Etat a souhaité que la France fasse, a minima, partie des cinq meilleures nations olympiques en 2024.

Le manège rhétorique fonctionne peut-être devant d’autres publics. Mais athlètes confirmés et autres aspirants à la médaille n’ont pas envie d’entendre de telles inepties: ils veulent du concret. Qu’on leur parle des aides envisageables pour les trois ans qui les séparent des prochaines olympiades, d’un plan pour former plus d’entraîneurs, d’éducateurs avec des vraies compétences ou de moyens financiers mis dans le développement des clubs.

Le rapport Onesta, base de travail pour 2024

Dans son discours d’une dizaine de minutes, le président a promis qu’il annoncerait «dans les prochaines semaines un plan massif pour les équipements sportifs de proximité». C’est bien, mais l’Agence nationale du sport (ANS), financée par les crédits du ministère des Sports, subventionne déjà des projets de construction ou de rénovations d’équipements. Et surtout, c’est au début du quinquennat qu’il aurait fallu mettre le paquet. Au moment même où les Jeux ont été attribués à Paris, en 2017. Ce moment où l’ancienne ministre des sports Laura Flessel évoquait déjà l’ambitieux objectif de 80 médailles. Qui apparaît aujourd’hui démesuré, tant les investissements en faveur du sport n’ont pas suivi.

L’ANS devait alors se substituer au ministère des Sports en vue des Jeux, et permettre le développement des structures dédiées aux athlètes partout en France. Or ses prérogatives et les moyens qui lui ont été alloués ont été bien trop limités pour espérer une première «montée en gamme» lors des JO de Tokyo cet été.

Si le président parle d’un bilan «mitigé», qu’on ne s’y trompe pas : les 33 médailles grappillées (olympiques et paralympiques) au Japon (contre 42 à Rio en 2016) sont peu ou prou conformes à ce que la France pouvait espérer, au vu de l’intérêt minime porté par le gouvernement pour le secteur jusqu’ici.

Le discours présidentiel n’a d’ailleurs pas l’air d’avoir convaincu les concernés. Teddy Riner, plutôt bien placé pour savoir de quoi il en retourne, vu le nombre de récompenses récoltées dans sa carrière. «La France est une grande nation de sport mais se dire qu’on va faire 90 médailles à Paris 2024, non. Faut faire beaucoup plus de choses pour prétendre à 90 médaillés dans trois ans», a-t-il réagi. Avant de résumer la pensée de beaucoup: «Il fallait investir déjà sept ans en arrière dans le sport, massivement.»

Et suivre les recommandations de la cellule de haute performance montée sur mesure en 2017 afin de dicter une ligne directrice sur sept ans. Emmanuel Macron en a repris aveuglément certains points lundi. Il a indiqué vouloir imiter les prédécesseurs chinois et anglais, qui ont doublé leur moisson de breloques lors de leurs éditions organisées à domicile en 2008 et 2012, en concentrant les efforts «sur les profils et les disciplines à fort potentiel».

Entrer dans le fameux top 5 est jouable à condition d’être au rendez-vous dans ce qui fait la force de la délégation française: le judo, l’escrime, les sports cos, et – ce sont les gros chantiers – l’athlétisme et la natation, deux disciplines ayant raté le coche à Tokyo. Mais il ne faut pas négliger les autres sports, nécessaires dans cette quête vers les sommets, où quelques futurs champions et championnes ne demandent qu’à éclore, à condition de bénéficier d’un environnement sportif décent, propice à la performance.

Claude Onesta, l’ancien entraîneur des handballeurs français, deux fois doré aux Jeux et désormais manageur de la haute performance, vient de remettre au gouvernement ses préconisations en vue des JO de Paris. Une fois n’est pas coutume, espérons que l’exécutif le suive au pied de la lettre. Pas sûr que les athlètes doivent être les seuls à «en faire beaucoup plus».

Romain Métairie

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Doublement du salaire des profs : quand Hidalgo réveille le débat politique

15 Septembre 2021 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Politique

https://images.bfmtv.com/EG2XBIgBJoRa7-9mU8py4IIKeyE=/0x43:768x475/640x0/images/La-maire-de-Paris-Anne-Hidalgo-annonce-sa-candidature-a-la-presidentielle-le-12-septembre-2021-a-Rouen-1126437.jpg

Désormais candidate à la présidentielle, la maire de Paris publie demain son sixième livre intitulé « une femme Française ». Et dans ce livre se niche la proposition que l’on n’attendait pas : le doublement du salaire des profs.

Car oui, Anne Hidalgo pense possiblede multiplier par deux au moins, sur un quinquennat, le traitement de toutes les personnes au contact avec les élèves. Pour commencer, elle veut aligner le salaire des nouveaux professeurs sur le salaire médian des titulaires d’un bac 5. 

Depuis que cette mesure est connue, la bataille des chiffres fait rage et ses rivaux s’étouffent

Pour résumer, Anne Hidalgo ne serait qu’une sombre démagogue

Il est pourtant de bonne guerre que la maire de Paris, essayant de réanimer le grand cadavre à la renverse qu’est la social-démocratie, s’adresse en premier à un segment électoral qui votait autrefois largement pour le PS. 

Pour mémoire, en 2012, près de la moitié des profs avait choisi François Hollande au premier tour ! En 2017, plus d’un tiers d’entre eux avaient opté pour Emmanuel Macron, et un quart pour Jean-Luc Mélenchon. 

C’est d’ailleurs ce qui explique la réaction épidermique du leader de la France insoumise. Il a commencé par se moquer, en se demandant si le PS avait perdu sa culture de gouvernement. 

Dans le Journal du Dimanche, il a clamé qu’Anne Hidalgo n’avançait aucune idée politique particulière alors que lui promet par exemple une loi d’urgence sociale avec blocage des prix et smic à 1400 euros. 

On l’a compris, la bataille pour le leadership à gauche est sérieusement lancée

Mais la proposition d’Anne Hidalgo est-elle vraiment crédible ? 

Dans son livre, Anne Hidalgo la chiffre à 9 000 euros par an et par élève tout au long de sa scolarité. Le prix à payer pour transformer l’école et réduire le nombre de décrocheurs, selon elle.

Les économistes s’entendent autour d’un coût de 30 à 35 milliards d’euros par an, soit un huitième du coût global du quoi qu’il en coûte, évalué à 240 milliards. 

Encore une promesse que le PS ne tiendrait pas me soufflait hier un cadre de la majorité en référence à taxation à 75 % sur les très hauts revenus promise par François Hollande en 2012. Mais cet interlocuteur régulier du président reconnait que l’idée « n’est pas idiote ». 

Pas idiote en effet parce qu’avec sa proposition dont il reste à détailler les conditions exactes de mise en œuvre, l’élue PS réussit à organiser le débat autour d’elle. Intersectionnelle à sa manière en faisant se croiser deux des thèmes phares de la rentrée : la priorité donnée à l’éducation et l’augmentation du pouvoir d’achat. 

Soazig QuéménerRédactrice en chef politique à Marianne

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A lire... "LE NOUVEAU MONDE - TABLEAU DE LA FRANCE NÉOLIBÉRALE"

11 Septembre 2021 , Rédigé par Ed Amsterdam Publié dans #Sociologie, #Politique

Éditions Amsterdam (@amsterdam_ed) | Twitter

Dans quel pays vivons-nous ? « Un nouveau monde », disent-ils. Mais lequel ? Pour répondre à cette question, il fallait mener une enquête de grande ampleur sur la France contemporaine.

Le Nouveau Monde, auquel ont participé près de quatre-vingt-dix auteurs – chercheurs en sciences sociales, journalistes, écrivains, praticiens et militants –, brosse un tableau sans équivalent de la France à l’heure néolibérale. En mêlant les voix et les regards, en multipliant les angles et les cadrages, en réinscrivant notre présent dans des tendances de plus long terme, il nourrit l’ambition de rendre intelligible le moment singulier dans lequel nous nous trouvons : prédation des communs et crise écologique, emprise de la finance et capture de l’État, délitement politique et violence sociale généralisée.

Du séparatisme de la bourgeoisie aux formes instituées du mépris, des piliers de l’ordre dominant aux multiples oppositions, alternatives et diversions qu’il suscite, du quotidien des travailleurs aux mythologies qui structurent l’esprit du temps, ce livre-somme dégage les lignes de force de l’époque. Pour construire un autre nouveau monde, le nôtre.

Couverture (c) Juliette Maroni

Liste des contributeurs :

Sarah Abdelnour, Sabrina Ali Benali, Bruno Amable, Philippe Bacqué, Camille Beauvais, François Bégaudeau, Sophie Béroud, Aurélien Bernier, Laurent Binet, Laurent Bonelli, Christophe Bonneuil, Michel Bozon, Gérard Bras, Benoit Bréville, Isabelle Bruno, Antony Burlaud, Éric Chauvier, Johann Chapoutot, Hadrien Clouet, Laurent Cordonnier, Denis Colombi, Laurence De Cock, Amina Damerdji, Jean-Marie Delarue, François Denord, Thierry Discepolo, Gatien Elie, Sophie Eustache, Amélie Ferrand, Nicolas Framont, Pierre François, Simone Gaboriau, Julie Gervais, Cécile Gintrac, Samuel Gontier, Guillaume Gourgues, Serge Halimi, Christophe Hanna, Camille Herlin-Giret, Vincent Jarousseau, François Jarrige, Fabien Jobard, Anne Jourdain, Raphaël Kempf, Rachel Knaebel, Aurore Koechlin, Paul Lagneau-Ymonet, Renaud Lambert, Jérôme Lamy, Mathilde Larrère, Frédéric Lebaron, Gérald Le Corre, Claire Lemercier, Thomas Le Roux, Danièle Linhart, Frédéric Lordon, Marius Loris, Sandra Lucbert, Nelo Magalhaes, Anne Marchand, Gérard Mauger, Michel Offerlé, Ugo Palheta, Stefano Palombarini, Evelyne Pieiller, Frédéric Pierru, Jean-Luc Porquet, Christian Prigent, Nathalie Quintane, Clément Quintard (illustrations), Mathias Reymond, Hélène Richard, Pierre Rimbert, Anne-Cécile Robert, Claire Rodier, Max Rousseau, Mathias Roux, Grégory Rzepski, François Ruffin, Rachel Saada, Arnaud Saint-Martin, Grégory Salle, Julien Sartre, Antoine Schwartz, Pierre Serna, Vincent Sizaire, Félix Tréguer, Antoine Vauchez, Xavier Vigna.

Prologue - Extrait

En 1833, Michelet publiait son Tableau de la France, mince prélude à une œuvre immense. Cet arpentage géographique de l’Hexagone voulait saisir, en même temps que les traits du paysage, les ressorts psychologiques et politiques du pays.

Aujourd’hui, difficile pour un seul auteur de prétendre embrasser et restituer la réalité française dans toute son ampleur. De là le premier parti pris de ce livre : solliciter plusieurs dizaines de contributeurs, aux profils et aux spécialités variés. Beaucoup sont chercheurs (sociologues, politistes, historiens, économistes, géographes…) ; ils apportent les questions, les méthodes et les acquis de sciences sociales qui fournissent l’armature analytique du livre.

Mais les voies de l’enquête sont multiples. Les écrivains, s’ils ont le sens du social, les journalistes, quand ils vont au-delà de la surface des choses, les militants devenus experts de leur terrain de lutte, les esprits attentifs aux paroles et aux vies minuscules, les polémistes même, quand ils appuient là où ça fait mal : eux aussi ont quelque chose à raconter de l’état du pays. On a donc fait le choix de convoquer d’autres voix et d’autres regards que ceux des chercheurs, d’autres cadrages et d’autres tons, en pariant qu’ainsi on pourrait non seulement dire autrement, mais aussi saisir autre chose.

Réunies, ces contributions forment un tableau. D’autres compositions, assurément, auraient été possibles. Mais, pour divers qu’ils soient, les textes qui suivent ne forment pas un ensemble disparate ou contingent. L’ouvrage a son unité, et des lignes de forces qui apparaîtront, espère-t-on, à la lecture.

Il a aussi son architecture. Après un prologue qui nous fait traverser le paysage français à vol d’oiseau, les textes s’articulent autour de quelques grands thèmes.

La première partie se concentre sur les couches supérieures de la société et de l’État  : elle met en évidence, par-delà les différences sectorielles, une propension générale au séparatisme. La deuxième partie s’attache à décrire les logiques des politiques sociales, économiques et environnementales dans la France d’aujourd’hui – laissant apparaître le poids toujours accru des intérêts privés, des impératifs comptables et des raisonnements court-termistes. La troisième partie réunit, autour de la thématique commune du mépris, des éclairages sur le sort fait à «  ceux d’en bas  », aux populations dominées, qu’elles constituent le grand ou le petit nombre.

Le cahier central rassemble une quarantaine de courts témoignages de travailleurs. En recueillant ces récits – c’est-en-dire en choisissant d’endosser peu ou prou, malgré les difficultés que cela soulève, le rôle de «  l’écrivain public  » –, on n’a pas prétendu donner une vision d’ensemble des réalités professionnelles aujourd’hui, mais bien rappeler l’importance toujours centrale de la question du travail (celui qu’on a ou celui qu’on cherche) dans la vie des individus, et celle des travailleurs dans la vie du pays. On a aussi tenu – tout misérabilisme ou pittoresque mis à part – à rappeler combien l’expérience du travail peut être difficile et douloureuse, dégradée et dégradante, pour une large partie de la population.

La cinquième partie prend pour objet les pratiques et enjeux ordinaires (mais aussi fondamentaux) de la vie contemporaine  : se nourrir, se soigner, apprendre, etc. Aux textes d’analyse, qui proposent une vue générale, largement cadrée, s’accolent des scènes et des évocations, plus précises, plus vives, qui tentent de donner un peu de grain à l’image.

Quant aux deux parties suivantes, elles se penchent sur les dynamiques conflictuelles qui affectent le pays. La première traite des multiples oppositions qui contestent, fracturent ou prétendent réinventer les formes (politiques, sociales et culturelles) instituées – sans faire a priori le départ entre fronts de lutte bien constitués et mouvements évanescents, vraies alternatives et diversions, combats honorables et fourvoiements indignes. L’autre porte sur le maintien de l’ordre, lato sensu, c’est-à-dire sur les différents modes de contrôle et de coercition qui permettent de maintenir et, le cas échéant, de défendre l’ordre social tel qu’il est.

Enfin, une série de textes plus courts, plus libres – volontiers polémiques – tente de saisir, à travers divers signaux courants – objets, discours et syntagmes, figures et lieux –, un peu de l’air du temps, de déplier les « mythologies » du moment, d’écailler quelques-unes des fausses évidences au milieu desquelles nous vivons.

 

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MANU, MCSAM ET CARLITO ...

3 Septembre 2021 , Rédigé par Arrêt sur images Publié dans #Politique, #Médias, #Education

https://images.ladepeche.fr/api/v1/images/view/613096a33e45464970439c35/large/image.jpg?v=1

EXTRAITS

Il porte un cadre retourné. Étrange. Suspense. Soudain, au bon moment, il le retourne. Ce sont les photos des youtubeurs McFly et Carlito. C'est donc la suite de la mini-série, après Mc Fly et Carlito promeuvent les gestes barrière, et McFly et Carlito invités à l'Elysée. Il avait promis de montrer leurs portraits le 14 juillet, il tient sa promesse - avec un peu de retard, le public comprendra, mais il tient. Il est fair-play. Il ose. La "commu" des youtubeurs est censée être en extase. Il a dû redouter que cette promesse le poursuive toute la campagne, comme un sparadrap. Sait-on jamais. Une promesse non tenue à McFly et Carlito, si ça menait en Haute Cour, par les temps qui courent. Mais n'oublions pas les choses sérieuses. Cette rentrée scolaire, tout de même, est dédiée à Samuel Paty. Spéciale dédicace. Sam, si tu nous regardes ! Mais là, pas de photo.

(...)

Daniel Schneidermann

Billet complet à lire en cliquant ci-dessous

 

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Débat public - "Le drame de notre temps, c'est que la bêtise se soit mise à penser"...

2 Septembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Médias

La guerre des talk-shows enflamme la télé

"Nous étouffons parmi les gens qui croient avoir absolument raison, que ce soit dans leurs machines ou dans leurs idées. Et pour tous ceux qui ne peuvent vivre que dans le dialogue et l'amitié des hommes, ce silence est la fin du monde". Albert Camus, Le Siècle de la Peur (Combat, 1948)

Le débat public est d'une affligeante médiocrité. Tout le monde ou presque en est d'accord. Y compris celles et ceux organisant ces joutes verbales vues bien plus qu'entendues car devenues spectacles - ne parle-t-on pas de "talk show" - "machines à buzz et à clash" interdisant tout débat digne de ce nom. Les sujets traités sont les mêmes de plateaux télés en matinales radios et sont rarement ceux qu'il conviendrait de développer. Ils "font" l'actualité, surfent sur l'immédiateté ou sont feuilletonnés jusqu'à l'épuisement, jusqu'au sujet qui viendra remplacer le précédent.

Il en a toujours été ainsi pourrait-on dire. Non. L'actualité, depuis l'avènement de l'information dite "en continu" et des réseaux sociaux servant à la fois de chambres d'écho à l'infini et d'amplification des débats dans ce qu'ils ont de spectaculaires, de scandaleux et de choquants, est de nos jours offerte en bien de consommation presque comme un autre. Pire même, les animateurs d'émissions populaires/populistes comme Cyril Hanouna par exemple - mais il en est bien d'autres de Pascal Praud à Jean-Marc Morandini en passant par Marc Menant - mélangent les genres abattant les murs qui séparaient le "futile" du "sérieux". Pourquoi pas? La vulgarisation n'est somme toute pas condamnable en soi. Bien au contraire.

Hélas, cette vulgarisation ne privilégie que le superficiel, n'approfondit jamais tel ou tel sujet, transformant en éclats de rire et de voix permanents ce qui mériterait d'être respecté dans et par une réflexion partagée avec les auditeurs et téléspectateurs. Elle dit au citoyen ce qu'il a envie d'entendre, dans une paresse et une facilité absolument révoltantes. A la radio, les "formats" sont de plus en plus courts. Il faut aller vite. Les réponses doivent être courtes. Le journaliste se sent en permanence obligé, non pas de relancer son interlocuteur invité mais de le couper toutes les vingt secondes pour "animer" le plateau de peur peut-être d'ennuyer l'auditeur. Il en résulte des conversations hachées, chacun empiétant sur la parole de l'autre dans un magma de mots qui ne font plus sens, la réflexion se perdant avant d'être interrompue par la coupure publicitaire ou par l'intervieweur mettant fin au "dialogue". Le temps passe si vite n'est-ce pas? On en retiendra une phrase, un mot qui seront commentés à l'infini sur les réseaux dits "sociaux", sur lesquels ceux qui parlent fort sont ceux que l'on écoute, ceux parmi lesquels on étouffe tant ils semblent avoir absolument raison, pour plagier Camus. L'amusement y gagne. L'intelligence collective y perd. Quant au doute, pourtant si nécessaire à la volonté de réflexion, il n'a même plus sa place. Et pour cause! De la vulgarisation nécessaire, nous sommes passés au vulgaire inutile et dangereux.

Ce à quoi nous assistons n'est rien moins qu'une désintellectualisation du débat public par le biais de médias de plus en plus "médiocratiques". Alors que de nombreuses voix alertent souvent et caricaturalement sur "le niveau qui baisse" (à l'école), d'autres voix et très souvent les mêmes sont celles qui participent à l'effondrement du niveau, celui-là pas caricatural du tout, de notre débat public. Un débat dominé désormais par les communicants dont l'obsession est de nourrir le petit "oiseau bleu". Entre autres. Le développement de telle ou telle actualité, de tel ou tel thème, ne trouve plus sa place que sur quelques stations de radios - France-Culture par exemple heureusement de plus en plus écoutée, ce qui démontre l'appétence des français pour une information "ralentie", posée, réfléchie - ou chaînes de télévision. Dans la presse écrite aussi. Mais l'immense majorité du débat public se perd dans les analyses à court-terme, dans les talk-show récurrents, répétitifs et réunissant les mêmes "experts" en tout donc spécialistes de rien. Il faut parler, parler, parler. Prendre la parole et ne pas la céder. C'est à dire prendre le pouvoir sur l'autre sans lui reconnaître le droit de vous contredire pour vous convaincre. Dire très vite ce qui mériterait de longs développements. Le discours libéral se sent très à son aise dans de tels "formats". Centré toujours sur les individus bien davantage que sur les idées. Désintellectualisation et individualisation: deux écueils interdisant aux idées de trouver leur place. Les idées, sans doute trop subversives pour les démagogues qui nous dirigent ou nous "informent", qu'ils soient politiques, éditorialistes ou animateurs médiatiques.

Cette médiocrité - un véritable fait de société qui mériterait un débat mais il ne vient jamais, les responsables étant trop occupés, ou parfois contraints, à distiller des idées courtes traduites en autant d'éléments de langage - est évidemment une contribution majeure à l'abaissement de l'esprit critique. Dès le plus jeune âge, ce qui devrait faire de nous des citoyens éclairés - l'information développée - se transforme en messages courts, en slogans et "punchline". Un terreau idéal pour le libéralisme - au sens le plus large - qui ne se sent jamais aussi à l'aise que dans l'accélération et la prévalence de l' événementiel, de l'instantanéité et de l'émotionnel sur la réflexion et le débat respectueux de la parole contradictoire, outil essentiel permettant à l'individu/citoyen de pouvoir exercer son libre-arbitre. Libre-arbitre confisqué puisque délégué à quelques-uns "pensant" en son nom. Sous le prétexte fallacieux qu'une "bonne" polémique vaudrait toujours mieux qu'une conversation de salon. Raisonnement absurde destiné à discréditer le débat intellectuel pour l'enfermer dans un exercice élitiste destiné à un public choisi.

Bien entendu, le débat public trouve aussi des espaces où il peut jouer son rôle. Le "média-centrisme" ne doit pas nous aveugler. Dans les collectivités locales, nombreuses sont celles qui organisent des débats participatifs. Le développement des sites Internet permet à toutes et tous de trouver "débat à son pied": débat de société; consultation publique; assises thématiques; referendum local; conférences citoyennes à distance - la pandémie "covid19" a permis le développement de ces échanges via des outils que beaucoup ont découverts.

On le voit et ce n'est pas le moindre des paradoxes, alors que les français ont accès, via les "open data" entre autres, à des informations jadis inaccessibles aux communs des mortels, ils n'ont jamais été à ce point privés de débats publics de large audience sur les sujets majeurs pourtant ignorés par les média "mainstream". La demande est pourtant là. Très forte. Même si, il faut le dire, participer à des débats, Internet ou autres, n'influe que très exceptionnellement sur les décisions politiques en aval. Sauf lorsque ce débat est à l'initiative du pouvoir politique en place, ce qui ne participe qu'artificiellement à la revitalisation de la démocratie.

Enfin, ce débat public - je parle de celui qui se voit et s'entend comme un perpétuel bruit de fond gavant le citoyen comme l'éleveur gave ses oies - passe très largement à coté des dossiers essentiels. Je n'en dresserai pas ici la liste tant ils sont nombreux mais à force de privilégier l' actualité brûlante, le citoyen se voit privé de la réflexion longue au sujet de ce qui le passionne pourtant.

Qu'on y prenne garde, à force d'égarement nous pourrions être amenés à justifier l'élection de populistes tel Donald Trump, en donnant raison à Cocteau:

"Le drame de notre temps, c'est que la bêtise se soit mise à penser".

Qu'il sache que son constat, ancien, se réalise quotidiennement de nos jours. Hélas.

Christophe Chartreux

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"Le Canada étouffe sous un dôme de chaleur, la planète brûle, l’Arctique fond, et on nous passe en boucle les mêmes baltringues..."

15 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

Allocution d'Emmanuel Macron : « Nous devrons sans doute nous poser la  question de la vaccination obligatoire », indique le président

Covid-19 : les semaines à venir seront décisives, comme d’habitude

Christian Lehmann est écrivain et médecin dans les Yvelines. Pour «Libération», il tient la chronique d’une société suspendue à l’évolution du coronavirus.

La folie, selon une citation apocryphe attribuée à Albert Einstein, c’est de refaire constamment la même chose et de s’attendre à un résultat différent. Et nous y sommes, une nouvelle fois. Emmanuel Macron a causé dans le poste, les éditorialistes autorisés ont laissé fuiter quelques bribes, coups de sondes destinés à déterminer l’acceptabilité de mesures survenant toujours trop tard, et à contretemps. Il y a moins de deux mois, le 10 mai dans le Parisien, Jean Castex, l’homme qui aura foiré trois déconfinements, annonçait : «Nous sommes enfin en train de sortir durablement de cette crise sanitaire.» Emmanuel Macron se projetait vers la dernière année de son quinquennat, qui devait compter double. On sentait à quel point la classe politique tout entière voulait en avoir fini avec cette pandémie qui lui avait constamment échappé, qui avait rendu obsolètes les passes d’arme surjouées et les empoignes de plateau. Les soignants avec qui j’échange, un peu lassés je dois dire de jouer les Cassandre, ont écrit ici ou là que c’était une erreur, que ce n’était pas terminé, que le virus a pour lui la patience et la ténacité, quand le gouvernement vis-à-vis de cette crise semble avoir la capacité de concentration d’un bulot.

Sur le front médical, les indicateurs de cette «fin de partie» étaient patents. Le directeur de la Caisse nationale d’assurance maladie réendossait son costume de cost-cutter et plafonnait le paiement des vacations des vaccinateurs, au prétexte qu’il aurait été inconvenant que la vaccination se professionnalise. Dans le même mouvement, il mettait fin au remboursement des téléconsultations par téléphone, alors que le public le plus fragile, les personnes les plus âgées et isolées, n’ont pas ou très rarement accès facile à un ordinateur et à une plateforme de visioconférence. Des centres vaccinaux fermaient. Pour la énième fois, les pouvoirs publics, dès l’annonce d’une embellie, agissaient comme si la pandémie était en phase terminale et qu’il s’agissait maintenant de resserrer les boulons du «quoi qu’il en coûte».

Effet de sidération

La preuve la plus flagrante de cet aveuglement volontaire a sans doute été la calamiteuse intervention d’Olivier Véran début juin, qui tentait de masquer l’incapacité logistique à approvisionner les centres vaccinaux sur les lieux de vacances, sous un vernis permissif, avec l’annonce d’une «dérogation» permettant aux Français d’allonger l’intervalle entre deux doses jusqu’à sept ou huit semaines en contradiction avec tous les protocoles établis jusqu’ici. Ce qu’entendirent les Français, alors que le gouvernement se démasquait, que Macron papouillait Biden et que les spots célébrant la normalité retrouvée fleurissaient sur les écrans, c’est que l’alerte était passée et qu’il était possible d’attendre le retour des vacances pour éventuellement songer à se vacciner. Alors qu’il aurait fallu au contraire revenir à l’intervalle initial le plus court possible entre deux doses (vingt et un jours pour Pfizer, vingt-huit pour Moderna) et insister sur l’urgence à se vacciner pour être protégé fortement quinze jours après la seconde dose.

La sortie de Véran a planté la campagne vaccinale au mois de juin, et en deux temps celui-ci a mangé son chapeau, d’abord en raccourcissant mi-juin l’intervalle entre les deux doses, puis en annonçant début juillet ce que nous avions réclamé depuis des mois – la possibilité de pratiquer la deuxième dose dans un autre centre que la première afin d’inciter les gens à vite se vacciner en sachant pouvoir recevoir la deuxième injection sur leur lieu de vacances. On mesure mal, je crois, l’effet désastreux de cette incapacité ministérielle à simplement admettre s’être trompé. Ne pas dire : «Contrairement à ce que nous avions annoncé, il faut raccourcir l’intervalle entre les doses au minimum, et vous vacciner dès maintenant, pour être protégé au plus vite», mais annoncer la modification de l’intervalle et la possibilité d’une vaccination multisites, sans la mettre en perspective avec l’annonce précédente, entraîne dans la population un effet de sidération autant qu’une défiance grandissante, puisque le ministre s’octroie la légitimité d’affirmer avec force le lendemain l’inverse de ce qu’il martelait la veille, sans jamais admettre même avoir fait fausse route.

Breaking news

Depuis le début, depuis le mensonge sur les masques, le déni de cette réalité a semblé plus important pour ceux qui nous gouvernent, que la nécessité d’informer honnêtement la population. Et ces obfuscations n’ont aucun sens parce que tout le monde, ou presque, a compris. Compris que pour économiser quelques dizaines de millions d’euros les gouvernements successifs ont laissé disparaître le stock de masques et de protections. Compris que les ministres et certains histrions télévisuels ont menti sur l’utilité des masques en population pour minimiser la pénurie. Compris que le «pari» de Macron depuis janvier de s’affranchir des avis des scientifiques et des réanimateurs, de les taxer d’«enfermistes», de repousser un confinement nécessaire, a coûté aux pays des centaines de milliers de contaminations. Compris enfin que la seule sortie de crise en l’absence de traitement, la vaccination, ne se déploie que grâce à l’énergie plus ou moins désespérée des soignants, des bénévoles et des administratifs soumis en permanence à des ordres contradictoires.

Lundi soir, nous savions qu’Emmanuel Macron allait parler. Qu’il allait annoncer, breaking news, comme à chaque fois, que «les semaines à venir seront décisives». On le savait, bordel. Chaque semaine est décisive, depuis le début. Chaque jour est décisif. Mais encore faudrait-il le garder en permanence à l’esprit, et pas s’en souvenir simplement quand par défaut d’anticipation les indicateurs flambent à nouveau. Mais bon, il ne faut pas rêver… le Canada étouffe sous un dôme de chaleur, la planète brûle, l’Arctique fond, et on nous passe en boucle les mêmes baltringues qui nous expliquent que l’écriture inclusive et le burkini signent la fin d’une civilisation.

Christian Lehmann

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Macron et le gouvernement... Pas de Pass contre la contradiction totale...

13 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

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Manger son chapeau, illustration

Depuis février 2020 et le début de la crise du Covid en France, les politiques auront démontré un formidable appétit pour tout ce qui, de près ou de loin, s'apparente à un chapeau. Mais celui dévoré hier par Olivier Véran est de taille. S'il fallait choisir, ce serait moins un panama qu'un sombrero mexicain, aux larges bords, que le ministre de la Santé a dû découper et manger avec un peu de sel en regardant l'allocution d'Emmanuel Macron hier soir. Le Président a donc annoncé l'extension du pass sanitaire aux lieux de loisirs accueillant plus de 50 personnes. Viendra ensuite le tour des cafés, des restaurants, des centres commerciaux, des moyens de transport longue distance, etc. Véran a dû apprécier, lui qui, en avril, assurait les sénateurs de l'inverse«Un mot sur le pass sanitaire. Notre pays a la passion de l'égalité. J'imagine mal que quand certains lieux rouvriront au public, ils ne rouvrent pas pour tous. C'est en tout cas mon opinion, mais le débat démocratique aura lieu. Nous y travaillons, sur le plan juridique, sanitaire, scientifique et logistique», indiquait le ministre alors que la sortie de confinement occupait les esprits.

Le mois suivant, toujours devant la Chambre haute, le même Véran se faisait encore plus précis. «Vous savez mon opposition de principe à l’usage d’un pass sanitaire pour des activités de la vie courante telle que manger au restaurant. En revanche, pour les lieux qui concentrent une forte population, un fort brassage, là, le pass sanitaire prend son sensjurait-il devant la commission des Lois. [...] Nous ne souhaitons pas utiliser un pass sanitaire pour des événements inférieurs à 1000 personnes.»

Macron contredit Macron

Mais Véran n'est pas le seul à aimer le goût du feutre. Macron aussi. Dans son interview donnée à la PQR fin avril, le chef de l'Etat ne pouvait être plus clair. «Le pass sanitaire ne sera jamais un droit d’accès qui différencie les Français. Il ne saurait être obligatoire pour accéder aux lieux de la vie de tous les jours comme les restaurants, théâtres et cinémas, ou pour aller chez des amis», indiquait-il. En mai, son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune confirmait cette idée sur France 2«Ce n'est pas la mentalité de notre pays et j'y suis attaché moi aussi, estimait-il. On n'a pas envie que pour les activités comme le café, le restaurant, ou même faire ses courses, on ait une société à deux vitesses.»

La ligne rouge

Le 10 mai à l'Assemblée, le rapporteur du projet de loi de sortie de la crise sanitaire, le député Jean-Pierre Pont, lançait : «Le dispositif est entouré de garanties suffisantes car il ne s’appliquera pas aux activités quotidiennes». Et le gouvernement de promettre, de son côté, une jauge à 1000 personnes mais sans l'inscrire dans la loi… Le même jour, le député LREM Guillaume Gouffier-Cha estimait qu'il fallait «définir très clairement le périmètre des activités qui peuvent se voir appliquer le pass sanitaire». «Nous posons une ligne rouge, le pass sanitaire ne pourra jamais concerner les activités de la vie quotidienne», assurait l'élu du Val de Marne à la tribune de l'Assemblée. Gouffier-Cha évoquait notamment un amendement de la présidente LREM de la commission des Lois, Yaël Braun-Pivet. «J’ai tenu à inscrire noir sur blanc dans la loi qu’un restaurant, un cinéma ou un théâtre ne pourra pas demander le pass sanitaire»s'engageait-elle sur France 5 le 13 mai, défendant clairement les libertés publiques.

Et terminons avec Adrien Taquet qui, plus que quiconque, a besoin de bien mâcher ce matin. «Il [le pass sanitaire] sera donc réservé aux grands événements où le respect des gestes barrières ne peut être assuré ; en aucun cas il ne pourra être réclamé dans un commerce alimentaire ou dans un restaurant. Je me permets d’insister sur cette dernière précision et de redire que toute demande de présenter le pass sanitaire en dehors des cas prévus par la loi fera l’objet de sanctions», assurait en mai le secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des familles à l'Assemblée, lors de la séance des questions au gouvernement. Et bon appétit bien sûr.

Via Chez Pol - Libération

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Covid - L’Emmerdeur en chef a encore frappé

13 Juillet 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

L'Emmerdeur en chef a encore frappé

Après avoir annoncé la vaccination obligatoire pour les soignants et l’extension du pass sanitaire, le Président s’est transformé en candidat énonçant un discours électoral.

S’en souvient-il seulement ? Désavouant sa ministre de la Santé sur l’élargissement de la loi Evin, Emmanuel Macron avait expliqué en février 2018 aux journalistes : «Je crois beaucoup à la formule de Georges Pompidou : N’emmerdez pas les Français». Trois ans et une pandémie plus tard, le voilà pourtant Emmerdeur en Chef, resurgissant sur fond de Marseillaise pour annoncer aux Français de nouvelles restrictions sanitaires. Il a prononcé ce lundi sa huitième allocution présidentielle depuis l’apparition du Covid-19 depuis le Grand Palais éphémère à Paris, sur fond de tour Eiffel qui augmentait encore l’impression d’un journal télévisé du week-end, quand le présentateur est plus jeune qu’expérimenté. Nous y voilà donc : vaccination obligatoire avant le 15 septembre pour les soignants et tous ceux au contact des personnes fragiles, annulation de la gratuité des tests PCR, et élargissement du passe sanitaire comme seul sésame aux restaurants et spectacles dès le mois d’août. L’allocution s’est alors transformée en discours électoral. Le Président de la République a profité du moment pour fustiger les paresseux, chanter les louanges de l’industrialisation et vanter sa réforme des retraites, appelant les Français à se projeter dans l’avenir, qu’il a décrit dans des termes presque caricaturaux de droite libérale. En septembre 1972, son modèle Georges Pompidou avait fustigé lui aussi la «vieille France», avant d’annoncer : «C’est terminé. La France a commencé et largement entamé une révolution industrielle.» C’était terminé effectivement, avec une industrialisation à marche forcée qui finit par défigurer le tissu social du pays, le déclin de l’agriculture, un cruel manque de logement en ville, des salaires anormalement bas dictés par un patronat conservateur, le tout sous couvert de «modernisme». Emmanuel Macron a lundi demandé aux Français de s’enthousiasmer pour cette nostalgie qu’il a qualifié d’«avenir». Les emmerdes ne font décidément que commencer.

Dov Alfon

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