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Vivement l'Ecole!

politique

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Abstention des jeunes: un appel ardent à la concertation

22 Mai 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Jeunesse

https://cdn-s-www.ledauphine.com/images/2301114D-CAAE-4535-91C7-28C6286E00F6/NW_raw/pour-remobiliser-les-18-24-ans-il-faudrait-selon-certains-jeunes-interroges-que-la-politique-en-general-et-les-campagnes-electorales-en-particulier-se-mettent-a-fond-au-numerique-photo-le-dl-angelique-surel-1624518994.jpg

Pour limiter la non-participation politique des nouvelles générations, les principales organisations de jeunesse appellent à mettre en œuvre une politique de jeunesse transversale. Ils demandent la réunion d’un comité interministériel, par et pour les jeunes.

Les jeunes s’abstiennent. Ils s’abstiennent de plus en plus, et dans la durée : 41% des 18-24 ans et 38% des 25-34 ans ne se sont pas exprimés dans les urnes lors du dernier scrutin présidentiel. Devenu constant, ce phénomène engage le nouveau gouvernement à s’emparer des thèmes qui préoccupent les jeunes pour regagner leur confiance alors qu’un jeune sur deux estime que son avis n’est pas pris en compte.

Parallèlement, le baromètre sur la jeunesse le confirme, les jeunes de 18-30 ans apparaissent comme plus engagés que l’ensemble de la population. Ni résignées à être sacrifiées ni absentes de la vie publique, il est donc plus que temps de considérer les nouvelles générations pour ce qu’elles font, ce qu’elles revendiquent et ce à quoi elles aspirent. Les jeunesses s’engagent d’ailleurs dans les associations pour œuvrer dans des domaines aussi variés que la solidarité, la préservation de l’environnement, la culture, le sport ou bien encore la citoyenneté. C’est l’une des preuves de leur(s) engagement(s) au sein de toute la société française. De ce fait, il est important de ne pas enfermer les jeunes dans les thématiques qui concernent uniquement la jeunesse, mais bien de leur permettre de participer à l’élaboration de l’ensemble des politiques publiques qui fondent leur avenir.

Dès le lycée, les jeunes s’organisent dans des corps intermédiaires (associations, syndicats, partis politiques) et portent des propositions. Pour enfin prendre en compte leur avis, le rôle des organisations de jeunesse et l’expertise développée par ces jeunes doivent être reconnus, leur lien avec les pouvoirs publics refondés. Assurer leur pleine et entière participation à la vie publique, c’est déjà disposer d’un arsenal de solutions d’avenir écrit par les premières et premiers concernés. C’est le chemin à prendre pour a minima limiter la progression de l’abstention, voire la résorber. Dans ce contexte, la valeur de ces organisations est inestimable pour quiconque veut relayer les idées des jeunes et elles méritent d’être soutenues à la hauteur du travail qu’elles apportent à la société.

Des «trous dans la raquette»

Revoir la vision de nos jeunesses, c’est leur reconnaître le statut de citoyennes et citoyens à part entière en faisant enfin entrer les moins de 25 ans dans le droit commun. Face à une dégradation des conditions financières pour 41% des jeunes les plus précaires lors de la crise sanitaire, les dispositifs d’urgence adoptés lors du dernier quinquennat ne sont, par nature, pas pérennes ou sécurisés et les «trous dans la raquette» perdurent. Les jeunes restent donc victimes d’une précarité accrue qui impacte notamment leur santé mentale.

La crise sanitaire, sociale et la crise écologique ébranlent la confiance que les jeunesses ont dans leur avenir : 40% des moins de 25 ans rapportaient un trouble anxieux généralisé en 2021. Les jeunes doivent être alors parties prenantes de ce nouveau quinquennat pour être acteurs et actrices de leur futur.

Les principales organisations de jeunesse et d’éducation populaire appellent donc à mettre en œuvre une véritable politique de jeunesse transversale, avec les jeunes et à l’écoute des actrices et acteurs de l’éducation populaire. Pour refonder la méthode, le premier engagement du gouvernement doit être la réunion d’un comité interministériel, par et pour les jeunes.

La jeunesse ne saurait se résigner à subir continuellement les crises qu’on lui promet, mais bel et bien de forger dès maintenant son histoire et celles des générations suivantes.

Signataires : Allons enfants, Association nationale des apprentis de France (Anaf), Animafac, Cité des chances, Coexister, Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (Cnajep), Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), Fédération des associations générales étudiantes (Fage), Forum français de la jeunesse (FFJ), Jeunes écologistes, Jeunes Européens-France, Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), Jeunes radicaux, Jeunes socialistes, l’Alternative, la Voix lycéenne, le Mouvement associatif, MJCF, MRJC, RESES, Rêves Jeunes, UEC, UNEF, UNHAJ.

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Un fascisme qui installerait son nid dans celui de la République - Christophe Chartreux

16 Mai 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Litterature, #Histoire, #Politique

Fasciste ou pas? La gauche ne peut pas combattre l'extrême droite si elle  ne le comprend pas – Anti-K

La culture et le beau ont toujours été une cible privilégiée des fascistes et des nazis. Inutile d'énumérer ici les noms des artistes obligés de fuir leur patrie sous prétexte d'être "dégénérés" et de voir leurs œuvres interdites. Jusqu'aux autodafés.
Depuis quelques années, la France n'échappe pas à cette systématique mise en cause du “culturel”. De très nombreux journalistes, chroniqueurs, politiciens de droite, animateurs d'émissions “people” ne manquent pas une occasion de railler tel quotidien, tel critique littéraire, telle installation d'œuvre contemporaine – l' emballage de l'Arc de Triomphe par Christo a provoqué des commentaires absolument abjects et d'une rare stupidité - tel spectacle rompant avec les traditions classiques. Pour les néo fascistes français – c'est ainsi que je prends la liberté de les nommer même si c'est contestable sur le plan de la recherche historique – ce qu'ils appellent “le peuple” n'aurait droit qu'à la réhabilitation du vulgaire, du facile, du prêt à consommer, du clinquant. Les émissions de Cyril Hanouna sont l'exemple quotidien de ce glissement vers la médiocrité imposée aux "français moyens" supposément rétifs à la “haute culture”. Pire même, cette “haute culture” serait un outil de propagande gauchiste, voire même – c'est très tendance – islamogauchiste. Qu'il est loin le temps où la télévision française osait Eschyle et ses Perses à une heure de grande écoute. Osait Les Rois Maudits. Osait Le Grand Echiquier. Ce temps où la qualité partait à la rencontre de la France toute entière, sans distinction. Ecouter France-Culture et lire Le Monde est suspect en 2022. Quelle tristesse !
Le poison idéologique instillé par un Eric Zemmour – qui n'est pas le seul dans ce cas mais il est passé maître – est de faire croire que le “monde culturel” serait exclusivement occupé par les nantis, par celles et ceux méprisant le “petit peuple”, par une élite à abattre, par les islamogauchistes là encore. Cette propagande “culturo-fasciste” est convoquée pour asseoir l'idée, la faire certitude, que la culture ne peut être autre chose qu'un retour au passé supposément glorieux d'une Histoire de France romancée. Et qu'elle ne peut être QUE cela. Les néo fascistes français se complaisent à citer Chateaubriand, Hugo, La Fontaine ou Voltaire. Mais condamnent en même temps les médias qui auraient l'inconscience coupable de proposer ces auteurs par des adaptations de leurs œuvres à une heure de grande écoute. Les étudier à l'école – ce qui est le cas alors que les Zemmour et Le Pen affirment qu'il n'en est rien – soit. De là à proposer “Hernani” à 21h sur TF1, il y a un océan.
Soyons attentifs. Certes la France n'est pas fasciste. Très longtemps, ce mot “Fascisme” n'a pas reçu d'écho. Il était exagéré pour les uns ou sur-employé pour d'autres, mettant dans le même sac la famille Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Mais si la France n'est pas “fasciste”, elle peut le devenir. Depuis quelques mois, les signaux d'alerte se multiplient. Les idées et propositions à caractère fasciste trouvent des oreilles attentives. L'addition des voix potentielles de Marine Le Pen, d'Eric Zemmour, voire d'Eric Ciotti, donne un résultat vertigineux d'angoisse ! Alors que la crise économique met sur le flanc des centaines de milliers de gens en France, ce sont les questions identitaires et “culturelles” - cultuelles ? - qui surgissent au premier plan des discours extrémistes. Les femmes et hommes politiques de la droite républicaine modérée n'ont-ils pas récemment aligné leurs propositions sur celles des candidats fascisants? Un fascisme qui installerait son nid dans celui de la République. L'air de rien...
Le fascisme ne sera peut-être pas le régime de demain. Mais ses idées s'installent. C'est d'une dangerosité extrême !
A Buffalo, petite ville américaine de l'Etat de New York, un jeune homme suprémaciste blanc, au nom d'un supposé “Grand Remplacement”, notion complaisamment accueillie à la télévision française pour des débats infects, a tiré de sang-froid sur des femmes et hommes.
Parce qu'ils et elles étaient noir-e-s.
Christophe Chartreux
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Blanquer : la casquette avant la veste ?

16 Mai 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique

Jean-Michel Blanquer en mode Peaky Blinders, c'est peut-être un détail pour  vous…

Législatives: A Montargis, Jean-Michel Blanquer incongru à cette adresse

Le clivant ministre de l’Education tractait samedi dans la 4e circonscription du Loiret, détenue par LR depuis vingt ans, où il joue son avenir politique.

Tout chez Jean-Michel Blanquer crie son besoin d’être aimé. L’exemplaire de la République du Centre plié sous le bras suggère son intérêt pour la région. Le blouson en daim zippé sur quelques centimètres, laissant apparaître une chemise claire déboutonnée au niveau du col, subtilement dépareillé avec un chino bleu ciel, reflète l’idée que tout Parisien se fait du chic décontracté au-delà du périphérique. Et cette casquette… Arborée fièrement dans le dernier reportage de Paris Match consacré à sa campagne législative dans le Loiret, elle est encore là, vissée sur la tête du ministre de l’Education nationale. Ce samedi matin, il ne s’en sépare que pour en acheter une nouvelle, à rayures celle-là, qu’il ne quittera plus pendant ses deux heures de tractage sur le marché de Montargis, dans le Loiret.

L’objet ne lui facilite pas la tâche. Blanquer est constamment obligé de se découvrir pour que les passants le reconnaissent. Ici, le médiatique et clivant ministre, objet de tant de passions en salles des profs et sur les réseaux sociaux, passerait presque inaperçu. Sa présence ne suscite ni enthousiasme débridé, ni rejet, si ce n’est un «McKinsey» lancé par un militant de gauche ou un ex-élu de droite qui vient l’apostropher pour lui reprocher d’être parachuté. Beaucoup d’indifférence polie et une maigre poignée de selfies. «Je suis contente, exulte Bénédicte, agente hospitalière, après s’être fait prendre en photo avec le candidat. C’est bien de venir sur place pour voir la ville.» A une heure et quart de Paris, l’effort reste mesuré.

Dans le Gâtinais on est vite le parachuté de quelqu’un

«Alors, vous visitez ?» La pique est lancée par Ariel Lévy, le candidat LR que Blanquer est venu saluer dans sa permanence de la rue Dorée. Que Lévy lui reproche de débarquer ici en quête d’un mandat, c’est l’histoire de la paille et de la poutre. Le concurrent LR était lui-même adjoint au maire du XVIe arrondissement de Paris jusqu’en mars 2021, date de son départ pour briguer un siège de conseiller départemental du Loiret. Dans le Gâtinais, on est vite le parachuté de quelqu’un. Thomas Ménagé, le poulain du RN, était lui-même candidat en 2017 dans le Loir-et-Cher. «Je n’ai même pas eu le temps de décoller, le vol était court !, dit cet ex-directeur de cabinet de Nicolas Dupont-Aignan pour minimiser sa migration.

Quant au turbulent gilet jaune et militant anti-pass sanitaire, Olivier Rohaut, plus connu pour ses clashs sur le plateau de Cyril Hanouna sous le pseudonyme d’Oliv Oliv, il débarque à peine de Nice. «Le Gâtinais attire. J’en suis ravi pour mon territoire», ironise le candidat dissident de droite Philippe Moreau, le seul avec le représentant de la Nupes le communiste Bruno Nottin, à pouvoir se targuer d’être un élu local pur sucre depuis 2008. «Monsieur Blanquer se dit certainement qu’il pourra continuer à vivre à Paris. Il a de la chance, il pourra se faire soigner là-bas. Ici c’est l’un des pires déserts médicaux de France», persifle Nottin. «Il est venu en voiture, mais on va le renvoyer en canoë à Paris. Le Loing [rivière traversant Montargis, ndlr] est un affluent de la Seine», se marre le maire LR de Montargis, Benoit Digeon avant d’engloutir un petit LU.

«Ici, rien n’est simple»

«La seule question à poser est : avez-vous vu son passage sur BFM ?» Comme les autres concurrents de Blanquer, Ariel Lévy se délecte du mauvais quart d’heure passé par le ministre sur le plateau d’Apolline De Malherbe vendredi, où il s’est montré incapable de définir son intérêt pour la région de Montargis autrement que par des banalités sur les «atouts extraordinaires» et la «très grande richesse de l’histoire» du département. «C’était précisément pour dire que le Loiret est un concentré de France», répond Blanquer à Libération.

Selon lui, on s’acharnait beaucoup moins sur le parachutage de Jean-Luc Mélenchon en 2017 à Marseille, où le leader insoumis vient de faire atterrir à son tour son successeur Manuel Bompard«Avec moi, on a toujours un peu plus d’acide», se plaint Blanquer, qui assume son absence de lien avec le Loiret au-delà d’un vieil oncle ingénieur des canaux dans le département : «Dans le mot parachuté, il y a l’idée que vous arriveriez dans un endroit tout cuit pour vous. Ici, rien n’est simple.» Faute d’avoir obtenu une piste d’atterrissage plus confortable dans les Yvelines, le ministre est prié de faire ses preuves dans une circonscription détenue depuis vingt ans par un député LR qui ne se représente pas, et où Marine Le Pen a réuni près de 52% des voix au deuxième tour de la présidentielle.

Pour les régionales, «il s’est bien foutu de notre gueule»

Il n’y a que la division de la droite locale entre Moreau et Lévy pour lui faciliter la tâche. Pour plusieurs cadres de la majorité en Ile-de-France, Blanquer a été exilé ici en raison de son refus de mener la campagne des régionales l’an dernier. Pressenti pour en être la tête de liste, il a assisté à plusieurs réunions préparatoires avant de refiler le mistigri au député Laurent Saint-Martin«Il s’est bien foutu de notre gueule. Ce n’était pas très classe vis-à-vis de Laurent et méprisant vis-à-vis de nous, se lâche une députée LREM. Ses tergiversations ont agacé le Président.»

A Montargis, le premier prof de France joue son avenir politique à quitte ou double. S’il n’est pas reconduit au gouvernement cette semaine, l’Assemblée sera sa seule bouée de sauvetage. Pour convaincre les électeurs de cette circonscription en mal de médecins et d’une offre post-bac adaptée, il met en avant son CV de spécialiste de la formation. Il se voit déjà œuvrer à l’installation d’une institution d’enseignement supérieur dans le coin. «Je suis très heureux», assure-t-il en distribuant des tracts, sans pour autant se départir d’une certaine réserve. Faire campagne, c’est un métier pour lequel son suppléant, l’élu local Christophe Bouquet, semble plus à l’aise dans son costume sobre. Blanquer risque de se raidir un peu plus en retrouvant sur sa route les trublions du collectif Ibiza et son «sosie», l’élu EE-LV parisien Nour Durand-Raucher. Ils ont déjà prévu de venir lui rendre une petite visite surprise, d’ici le 12 juin, pour donner un coup de pouce à Bruno Nottin. Ne reste plus qu’à trouver la date.

Jean-Baptiste Daoulas

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La Nupes, un événement qui déjoue les scénarios de la ​Ve​ République

13 Mai 2022 , Rédigé par Slate Publié dans #Politique

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EXTRAITS

La Nouvelle Union populaire écologique et sociale sonne comme la conséquence d'une crise de confiance dans les institutions de la Ve République.

Pour la première fois dans l'histoire, un accord général entre les partis de gauche est signé dès le premier tour des élections législatives. Ni le Cartel des gauches ne l'avait fait, ni le Front populaire, ni même lorsque la gauche avait signé le Programme commun, ni la gauche plurielle.

L'avenir dira si ce phénomène est durable ou s'il est le fruit d'une conjoncture électorale. Mais plutôt que d'attendre son verdict, mieux vaut tenter de comprendre ce qui est en jeu dans ce moment politique. Car les commentateurs, sondeurs et politistes ne cessent de confondre deux choses: l'avenir des partis politiques et le devenir politique des gens, les fluctuations des intentions de vote et les inflexions de la conscience collective qui obéissent à des mouvements par nature imprévisibles.

La Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) est apparue dans notre galaxie politique parfaitement cartographiée telle une constellation inconnue, légèrement voilée, profilée comme une figure géométrique abstraite reliant comme autant de points les différents partis qui la composent.

(...)

Billet d'entrée dans un autre monde

Au-delà d'une adhésion à un ensemble de mesures économiques, sociales, écologiques, le bulletin de vote Nupes acquiert ainsi le sens d'un billet d'entrée dans un autre monde, une autre histoire, un autre peuple. Que vous soyez jeune ou vieux, femme ou homme, modéré ou radical, habitant des villes ou des banlieues, vous avez la possibilité d'écrire une nouvelle page de l'histoire collective. Vous devenez vous-même le narrateur de cette histoire…

Après des mois où l'on fut tenté à maintes reprises de tourner le dos à une non-campagne qui avait pour but explicite de reconduire le duo attendu Le Pen-Macron, l'inattendu est arrivé; il a surgi sous le signe ironique d'une victoire sans vainqueur, un gigantesque acte manqué électoral. Emmanuel Macron semblait paralysé par sa victoire, incapable de prévoir la suite; Jean-Luc Mélenchon, exclu du second tour, resurgissait au lendemain de sa défaite, comme galvanisé par son échec, déclarant un troisième tour, proposant de jouer «la belle», bousculant le calendrier électoral et l'esprit de la Ve République, en lui injectant le virus du parlementarisme.

Soudain, la campagne présidentielle rebondissait. À peine les résultats proclamés, un autre agenda prenait le dessus. La victoire tardait à s'affirmer, la fin refusait de finir, une autre campagne commençait avant que la précédente ne soit terminée. Le cours des événements refusait de rentrer dans le lit constitutionnel. Le vieux monde qui refusait de mourrir et le nouveau monde qui se faisait attendre depuis si longtemps s'étaient donné rendez-vous et cohabitaient soudain dans une image tremblée. Les signes divergeaient.

(...)

Jamais un président élu ou réélu n'était apparu au soir de sa victoire aussi peu grandi par l'élection. Il semblait privé de cette aura que donne le suffrage universel. Il n'était pas illégitime, mais comme démagnétisé. Au moment de rendre publics les résultats du scrutin, le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, pourtant rompu aux usages institutionnels, trébucha sur le chiffre des suffrages obtenus par Emmanuel Macron comme si l'histoire, par sa bouche, hésitait à reconnaître et à proclamer cette victoire qui ressemblait à une défaite.

Cette réélection était si peu inscrite dans la durée que le nouvel élu s'empressait de lui nier toute continuité, affirmant contre toute évidence: «Le peuple français n'a pas prolongé le mandat qui s'achève.» Il s'agirait d'un «peuple nouveau, différent d'il y a cinq ans [qui] a confié à un président nouveau un mandat nouveau». Surprenante actualisation de la formule de Brecht selon laquelle «le gouvernement doit élire un nouveau peuple».

(...)

... comme le rappelait le philosophe allemand Peter Sloterdijk, «c'est leur colère synchrone contre l'arrogance sans bornes des puissants qui a appris aux petites gens qu'ils voulaient désormais être des citoyens». C'est cela l'essence de la démocratie. Elle n'a pas d'autres acteurs. Ils, elles, les essentielles.

Christian Salmon

Texte intégral à lire en cliquant ci-dessous

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Le parachute de Blanquer - Le Billet de Charline / Vidéo

11 Mai 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Politique

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Blanquer, le fantôme de Montargis...

11 Mai 2022 , Rédigé par Arrêt sur images Publié dans #Education, #Politique

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EXTRAITS

Daniel Schneidermann a délaissé provisoirement son Matinaute quotidien pour se consacrer aux élections législatives. Il part sur les routes de ce "troisième tour", dans les pas des candidats, et dans les coulisses de la presse régionale. Aujourd'hui : Montargis, dans le Loiret, sur les traces d'un candidat fantomatique nommé Jean-Michel Blanquer.

MONTARGIS. Où est-il ? Que fait-il ? Quand viendra-t-il ? Un fantôme nommé Jean-Michel Blanquer hante les rues de Montargis (Loiret). Le ministre de l'Éducation a débarqué à pas de loup, un vendredi, avant même le second tour de la présidentielle, avec à la main une poignée de tracts pour Emmanuel Macron. "Ah oui, vous êtes ministre, mais de quoi ?" lui a poliment demandé un commerçant de la rue Dorée, artère principale de cette sous-préfecture du Loiret, si proche de Paris, si provinciale, et si fière de ses canaux qui la font surnommer "la Venise du Gâtinais" dans les documents de la municipalité et de l'agglo.  

C'est par chance que Stéphane Boutet, rédacteur en chef de L'Éclaireur du Gâtinaisl'a immortalisé distribuant ses tracts aux commerçants de la rue (où siège aussi, heureux hasard, la rédaction de L'Éclaireur)."LREM m'avait prévenu que Blanquer allait distribuer des tracts pour Macron. J'ai demandé s'il n'y avait pas du parachutage dans l'air. Ils m'ont ri au nez". N'empêche : clic clac, c'était dans la boîte (Blanquer avait aussi tweeté cette visite).

(...)

Si la campagne du ministre se poursuit aussi discrètement qu'elle a commencé, son déficit de notoriété ne risque pas de se combler. La République du Centre a dû quasiment lui arracher une première interview. "On a dû le pousser au cul, raconte Sylvain Riollet, journaliste à La Rep. Dès qu'on a appris qu'il allait sur le plateau de France 3 Orléans, on a sauté sur l'occasion". Un journaliste d'Orléans a donc été dépêché auprès du candidat. Ce qui a valu au journal l'exclusivité de cette forte déclaration : son parachutage "n'est ni un cadeau, ni un empoisonnement". Les Montargois ont également appris que leur territoire possède "un très gros potentiel", qui néanmoins – encouragement digne d'un livret scolaire – "peut s'affirmer davantage". Son équipe et lui-même devront "être très pragmatiques", manifester "une grande attention à la jeunesse", ainsi qu'une "attention particulière pour la ruralité, avec la 4G". Quant au candidat, il se dotera d'une camionnette pour "sillonner les villages et aller à la rencontre des citoyens". Élu, il s'installera dans la circonscription. Et battu ? "C'est pas impossible que je m'installe aussi, on le verra, c'est une question de vie personnelle" a-t-il éludé, ce qui ne fait jamais bon effet.

(...)

Et la gauche, dans l'histoire ? Nul n'est parfait : Bruno Nottin, candidat PCF investi par la NUPES contre Blanquer, n'est pas enseignant, mais greffier au tribunal des prud'hommes. Soyons clairs : ici, la NUPES n'a aucune chance a priori. Sauf si, paradoxalement, le parachutage ministériel valait au communiste un bond de notoriété. "Il est intervenu à la convention NUPES d'Aubervilliers, et Fabien Roussel le cite dans ses tweets" énumèrent les deux journalistes locaux. Sur son compte Twitter, après son investiture, le greffier a enregistré 3000 nouveaux abonnements en une nuit. Il a vite compris qu'il fallait s'accrocher à la détestation que suscite le parachuté.

(...)

Daniel Schneidermann

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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« Renaissance » : quand le marketing remplace la politique - Par Cécile Alduy

6 Mai 2022 , Rédigé par L'Obs - Cécile Alduy Publié dans #Politique, #Sémiologie

Je n'ai jamais vu un président aussi nul que vous" : échange tendu lors  d'un déplacement d'Emmanuel Macron en Alsace - ladepeche.fr

 

« Renaissance » : quand le marketing remplace la politique 

 

« Plus rien ne doit être comme avant. (...) Je suis prêt à inventer quelque chose de nouveau pour rassembler ». C’est la promesse énigmatique qu’avait lancée Emmanuel Macron lors de son unique meeting de la campagne de premier tour, le 2 avril 2022 au Zénith. Après cinq années au pouvoir qui devaient faire advenir, déjà, un « monde nouveau », il entendait incarner derechef, et de manière paradoxale pour un sortant, la « nouveauté ». Réinventer une fois encore la politique. Renouveler le renouvellement lui-même. Comment ? Le mystère reste entier puisque ses mesures-phares (retraite à 65 ans, conditionnement du RSA, suppression de la redevance) sont loin d’être des innovations.  

 Ce « quelque chose de nouveau » aussi vague qu’aspirationnel, et si c’était d’abord un nouveau nom pour son parti politique ? Plus de dix jours après sa réélection, ni nouveau premier ministre, ni nouveau gouvernement, ni réformes inédites annoncées, mais… un nouveau baptême pour La République En Marche, devenue le 5 mai, en toute simplicité, « Renaissance ». Un nom tout neuf et qui signifie justement le renouveau dans une sorte de circularité performative. Macron ou l’empire des signes auto-référentiels. 

Quel sens et quelle stratégie de communication derrière ce « rebranding » ? Quels sont les non-dits et sous-entendus de cette appellation inédite dans l’histoire des partis politiques ? Peut-on seulement déceler un contenu politique sous ce contenant marketing, habile mais illusoire ? Et qu’est-ce qui « renaît » et qu’est-ce qui meurt sous son égide ?

 

Le passé comme intelligibilité du futur  

 

Après le Louvre, Chambord. Avec « Renaissance », Emmanuel Macron continue de s’inscrire dans l’histoire de France. Mais pour nous faire accepter un futur qui décoiffe. 

Le « nouveau Macron » version 2022 sature toujours ses discours de « nouveauté » pour orienter résolument son programme vers l’avenir : le terme « nouveau » et ses dérivés constituaient la deuxième famille lexicale la plus utilisée dans sa profession de foi de l’élection présidentielle 2022, plus que « Français », « travail » ou « emploi ». Il ne s’agissait rien de moins que de « défricher de nouvelles frontières »,  de rédiger « un pacte républicain renouvelé », « une méthode démocratique nouvelle », tout cela supposant « nouveaux efforts et de nouvelles ambitions » pour « faire de ces temps de crises le point de départ d’une nouvelle époque française et européenne ». Mais contrairement au candidat « disruptif » de 2017, le Macron 2022 a jeté aux oubliettes le vocabulaire de la rupture pour inventer une image du futur aussi rassurante qu’une image d’Épinal. « Renaissance » est une nième application du « en même temps » : le mot évoque le passé mais signifie l’avenir, il fleure bon le connu mais ouvre sur l’inédit. 

Ce nom-programme ancre le parti présidentiel dans l’imaginaire collectif : par association d’idées subliminale, le parti macroniste se confondra avec l’une des périodes les plus fastes et idéalisées du roman national. (On passera sur le fait que « Renaissance » soit une invention rétrospective du 19e siècle, et que ce soit aussi l’époque des guerres de religion les plus meurtrières en France, de l’invention de la censure, des éditeurs brûlés en place publique…) La désignation est aussi auto-réalisatrice : le nom même impose à l’avance la lecture du quinquennat qui vient, période de « renaissance » bienfaisante et prospère donc, facilement déchiffrable pour les électeurs puisqu’un modèle historique est proposé comme clé interprétative dès l’entrée. Pendant les cinq ans qui viennent, le nom de « Renaissance » va nous dire que ce parti incarne l’avenir et le neuf, la grandeur retrouvée, de nouvelles découvertes et de nouvelles révolutions coperniciennes, alors qu’il ressuscite – puisqu’on parle de renaissance – un ensemble de mesures structurelles portées par la droite (retraites, immigration, défiscalisations), et les panache avec des promesses sociales ou sociétales portées par la gauche (planification écologique, intéressement des salariés). Ou comment façonner la réception des années qui viennent dès la deuxième semaine du quinquennat… Imposer son récit a toujours été une obsession de la communication d’Emmanuel Macron.

Le mot permet donc d’abord de donner un sens collectif connu, positif, à un avenir inconnu et plutôt anxiogène et à un programme corsé. Le monde de demain, avec l’accélération des bouleversements technologiques et géopolitiques, les incertitudes climatiques et économiques, effraie de nombreux Français ? Offrons un récit rassurant qui puise dans une mémoire collective où la nouveauté a été synonyme d’accomplissement et de grandeur. Telle est la fonction de ce mot de « Renaissance » : « repackager » l’agenda politique de la « start-up nation » de 2017, faite d’innovations et de sauts dans le futur, en une image adoucie d’un renouvellement à présent connoté d’une touche vintage

« Renaissance » c’est l’enrobage doucereux qui fera passer la pilule des réformes, le « mistral gagnant » nostalgique qui sert d’analgésique face aux retour à la retraite à 65 ans, l’anxiolytique lexical pour relaxer les Français avant des adaptations plus abruptes qu’annoncées. Avec un nom qui évoque plutôt les cures de jouvence d’une chaîne de spa ou une semaine de stage en développement personnel, « Renaissance » relooke son programme en parcours de santé. On reste sur une constante des stratégies de communication d’Emmanuel Macron : l’euphémisation et la « positive attitude ». 

 

Force du mythe

 

L’autre atout marketing de ce nom tient à ce qu’il condense en trois syllabes tout un récit. Si « En Marche ! » laissait imaginer une action, un mouvement pour le mouvement (sans jamais raconter où on allait), « Renaissance » raconte à lui tout seul une histoire entière. Ou plutôt, il recèle la structure archétypale du mythe : renaissance du phénix, résurrection christique, retour du royaume des morts d’Orphée, réveil de Lazare… les allusions mythologiques abondent. 

« En Marche ! » évoquait un mouvement horizontal, les « marcheurs » l’image de pèlerins volontaires. Avec « Renaissance » place à la verticalité, à l’ascension vers le ciel : Jupiter se fait christique. Une aura mythique et vaguement surnaturelle nimbe à présent le parti présidentiel, décidément jamais à court de modestie et d’humilité. 

Avec « Renaissance », toute la force imaginaire d’un mythe est enclose en un seul mot : crise, mort, résurrection, l’action aristotélicienne est complète. Il n’est pas même besoin de remplir d’un contenu précis ces trois étapes fondamentales, l’arc narratif archétypal suffit. Dans son programme présidentiel, Emmanuel Macron se contente de parler de « ces temps de crises », sans plus les détailler, pour esquisser un tableau repoussoir qui motive à aller vers l’avant, à se dépasser. Le storytelling n’a plus besoin de « story » : le nom du parti suffit. 

(On savourera tout de même l’ironie de choisir d’activer cet imaginaire de la renaissance pour un parti qui pourfendait les « woke », puisque le premier synonyme de « renaître » est « se réveiller »).

Ce qui est troublant, c’est que la structure (et non le contenu) de ce récit archétypal est exactement la même que celui de l’extrême droite. Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen et Éric Zemmour, pour ne citer qu’eux, n’ont eu de cesse de réciter le cycle inlassable de décadence-sursaut-renaissance qui structure pour eux l’histoire de France : cette matrice narrative cimente tous les discours du 1er mai du Front national depuis les années 80, tout comme la trame de la propagande zemmourienne dans ses livres. D’évidence, la nature du diagnostic (pour les uns, une crise civilisationnelle liée à un changement de nature de la France sous les « coups de boutoirs » de l’immigration ; pour le président une crise géopolitique, une crise sanitaire à dépasser et un manque de compétitivité) et les solutions proposées (fermeture ou ouverture) sont diamétralement opposées mais la structure du mythe est la même. Les deux partis ont compris la force du mythe et des structures narratives fondamentales des récits archétypaux pour offrir du sens aux électeurs-lecteurs, et partant, les mobiliser.

 

Marketing et dépolitisation 

 

Sauf qu’il existe une interprétation moins reluisante, non du mot de « Renaissance » mais de son usage politique, ou plutôt apolitique par La République En Marche. 

Tout d’abord à quoi s’applique ce mot ? Emmanuel Macron candidat a beau avoir esquissé (très rapidement à cause d’une campagne éclair) la justification narrative d’une renaissance (besoin de lancer « une nouvelle époque » après une série de « crises »), l’annonce du nom du nouveau parti par un Stanislas Guérini aussi charismatique qu’une porte de placard est complètement tombée à plat. 

Surtout, elle a réorienté le signifié de ce mot-étendard vers un projet bien plus prosaïque, la « refondation » du parti présidentiel pour lui donner « un nouveau souffle » et qu’il ne devienne pas « [un] astre mort ». Autrement dit, c’était La République En Marche, et non la France, qu’il fallait ressusciter. Étrange aveu de mort cérébrale pour le parti du candidat qui vient de gagner. 

Le Parisien rapporte une motivation encore plus problématique, susurrée par un membre de la macronie : « LREM était une mauvaise marque, il fallait en changer ». On est donc bien en plein rebranding : le contenu n’a pas changé d’un iota, aucun schisme interne, changement de figurants ou de leadership, aucun aggiornamento idéologique ne justifient de changement de nom. C’est une pure opération marketing. On nage en plein sketch de Coluche pour « le nouvel Omo », qui lave plus blanc que blanc. Ici, « Renaissance » risque de n’être qu’un mot pour être plus neuf que neuf. Or toute marque dont l’identité et l’attrait reposent sur la nouveauté perpétuellement renouvelée est condamnée à l’obsolescence programmée.  

Cette opération marketing est à la fois illusoire et éclairante : illusoire car nulle renaissance derrière Renaissance ; révélatrice car alignée sur la vision néolibérale qu’a la macronie du « marché » de l’offre et de la demande politique. « Renaissance » est cette invention de pur marketing coupée de toute histoire politique réelle, de toute tradition partisane, de toute histoire sociale, de toute conceptualisation idéologique. Elle accompagne un quinquennat, et bientôt deux, de dépolitisation du discours politique où l’on gomme les clivages et les conflictualités dans un soi-disant dépassement qui n’est qu’une autre idéologie qui, simplement, ne dit pas son nom. 

 

Cécile Alduy

Cécile Alduy

Agrégée et docteure en Lettres Modernes, normalienne, Cécile Alduy est Professeur de littérature et civilisation française à Stanford University, où elle enseigne depuis 2003, et chercheuse associée au CEVIPOF (Sciences PO Paris) depuis 2017. Elle est directrice du département de Français et d’Italien de Stanford University.

Après des travaux sur les mythologies politiques dans la littérature française de la Renaissance, elle se consacre depuis 2011 à l’analyse du discours politique, en croisant une approche stylistique, sémiologique, communicationnelle et de lexicométrie. Elle a publié Marine Le Pen prise aux mots. Décryptage du nouveau discours frontiste (Seuil: 2015) et Ce qu’ils disent vraiment. Les politiques pris aux mots (Seuil 2017).

Dernier livre paru:

 

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