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Vivement l'Ecole!

philosophie

Pourquoi il faut relire "L'Étranger" de Camus...

31 Décembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Philosophie, #Littérature

"L'Étranger" raconte la méchanceté du quotidien, l’ambivalence du soleil, la tendre indifférence du monde et la folie des hommes, sacrifiant sur l’étal de leurs certitudes celui qui, parce qu’il ne sait pas mentir ni pleurer, ne leur ressemble pas.

"N'attendez pas le jugement dernier. Il a lieu tous les jours". Albert Camus

En 1938, Albert Camus écrit L'Etranger. Contrairement au personnage d'une première tentative romanesque, il met le protagoniste face à la menace d'une exécution capitale , et y décrit cette attente insoutenable. C'est à travers lui que le lecteur voit le procès et perçoit le face à face avec la mort.

Une conférence enregistrée en novembre 2017.

Agnès Spiquel, professeur émérite de littérature française à l'Université de Valenciennes. Agnès Spiquel s'est consacrée d'abord à Victor Hugo et au romantisme ; puis à Albert Camus, son oeuvre, ses engagements, ses rapports avec l'Algérie.

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Réponse d'Yvon Quiniou, philosophe, à Emmanuel Macron déclarant: "C’est la République qui est laïque, pas la société"...

29 Décembre 2017 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Laïcité, #Philosophie, #Politique

Réponse d'Yvon Quiniou, philosophe, à Emmanuel Macron déclarant: "C’est la République qui est laïque, pas la société"...

EXTRAITS

Le président Macron, dans un entretien inédit et chaleureux avec les représentants des différents cultes, a affirmé que « les religions font partie de la vie de la nation » [Le Monde du 23 décembre]. Affirmation surprenante : on peut y voir un truisme, un constat d’évidence – ce qu’elle n’est pas. Bien plutôt, elle constitue une forme d’apologie des religions, la reconnaissance implicite de leur apport positif à la vie collective.

Or ceci n’a rien d’un truisme et constitue au contraire une thèse tout à fait contestable et d’une rare naïveté, surtout si l’on se souvient qu’il a un minimum de formation philosophique. Car elle oublie un fait, lui incontestable : les religions, qui sont censées unir les hommes (le mot latin religare signifie « relier »), n’ont cessé, tout au long de l’histoire, de se déchirer entre elles et d’abîmer le lien social, donc la vie en société, et ce de plusieurs manières qu’Emmanuel Macron semble oublier ou ne veut pas voir.

(...)

Spinoza, Hume, Kant, Rousseau...

Au final, on est un peu stupéfait par ces propos d’Emmanuel Macron, même si l’on sait par ailleurs qu’il se dit « habité par la transcendance », ce qu’il ne devrait d’ailleurs pas déclarer publiquement, car il rompt ainsi le pacte de neutralité qu’il devrait observer en tant que chef d’Etat !

Stupéfait, aussi, car il devrait se souvenir du diagnostic critique que tous les grands penseurs ont pu faire de la religion : Spinoza, Hume, Kant, Rousseau, en tant que philosophes partisans de la rationalité et du libre examen, puis les esprits de type scientifique du XIXe et du XXe siècle comme Feuerbach, Marx, Nietzsche et Freud. Leurs approches sont différentes (psychologique, sociale, biologique, psychanalytique) mais, sur ce sujet, complémentaires.

On peut les résumer en disant que, au-delà de l’explication humaine de l’origine des religions, ils ont dénoncé leurs effets désastreux sur la vie des hommes, y voyant une source d’aliénation, contribuant à empêcher les êtres humains de réaliser toutes leurs potentialités de vie. Est-ce cela, Monsieur le président, que vous approuvez et même valorisez… ou alors êtes-vous dans le subtil calcul politicien, les croyants étant aussi des électeurs ?

Yvon Quiniou est entre autres l’auteur du livre Critique de la religion. Une imposture morale, intellectuelle et politique (La ville brûle, 2014)

La tribune intégrale est à lire en cliquant ci-dessous

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C'était en juillet 2017... Mort de la philosophe Anne Dufourmantelle...

29 Décembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie

Chaque jour, un "article" revenant sur l'année 2017...

Un choix arbitraire...

Mais de coeur...

Christophe Chartreux

                             ____________________________________

Douceur, c’est le premier mot qui vient à l’esprit quand on pense à Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste, morte accidentellement vendredi, à l’âge de 53 ans, à Ramatuelle.

Notre peine est immense car Anne Dufourmantelle était chroniqueuse à Libération, mais c’était surtout une amie. On se souvient de la douceur de sa voix, inquiète, quand elle nous appelait chaque mois pour savoir si sa chronique était à la hauteur de nos attentes. Et elle l’était. Depuis deux ans dans nos colonnes, comme dans l’ensemble de son travail, Anne Dufourmantelle, spinoziste, questionnait le rapport entre la fatalité et la liberté, ce qui fait qu’une vie s’ouvre à la liberté malgré les conditionnements, les fidélités, les obéissances.

Docteure en philosophie de l’université Paris-Sorbonne en 1994 et diplômée de l’université Brown, elle a enseigné à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris la Villette, à l’Institut des hautes études en psychanalyse, à l’Ecole normale supérieure, à la New York University, et signé plusieurs essais et romans dont Intelligence du rêve en 2012 (Payot), Puissance de la douceur en 2013 (Payot) et Défense du secret (Payot, 2015). Son œuvre mêle avec beaucoup de finesse et de délicatesse excursions philosophiques et occurrences psychanalytiques.

Anne Dufourmantelle était aussi jurée du Prix des rencontres philosophiques de Monaco. «La sérénité lumineuse et la douceur qui se dégageait d’elle n’étaient jamais mièvres mais semblaient toujours une grâce conquise au contact de la fragilité et d’une extrême sensibilité à la souffrance», se souvient Charlotte Casiraghi, présidente des Rencontres de Monaco.

Ses mots, son intelligence, sa douceur nous manqueront, parce qu’ils nous aidaient à prendre le risque de s’ouvrir aux autres et au monde.

Anastasia Vécrin             

A noter:

Anne Dufourmantelle s'est noyée en portant secours à des enfants...

Note du webmaster

                       _______________________________________

"La douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable.
 
Elle ne peut se trahir, sauf à être falsifiée. La menace de mort même ne peut la contrer.
 
La douceur est politique. Elle ne plie pas, n'accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s'accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l'humain.
 
De l'animalité, elle garde l'instinct, de l'enfance l'énigme, de la prière l'apaisement, de la nature, l'imprévisibilité, de la lumière, la lumière."
 
Anne Dufourmantelle - Puissance de la douceur
C'était en juillet 2017... Mort de la philosophe Anne Dufourmantelle...
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A celles et ceux qui savent que le silence n'est pas un renoncement...

24 Décembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Philosophie

A celles et ceux qui savent que le silence n'est pas un renoncement...

Camus a souvent parlé du silence. Du silence imposé comme du silence consenti...

Il existe aussi une place privilégiée attribuée par Camus au silence. Celui de l'artiste, ce silence choisi, imposé par soi-même à soi-même en quelque sorte. Pour mieux écouter le monde. Pourquoi pas jusqu'à ses silences.

Ceux qui permettent de s'arrêter sur un banc après une longue marche épuisante et de regarder le paysage avant de reprendre la route, le souffle retrouvé et les idées plus claires.

Sans silence, il n'y aurait ni révolte, ni transformation, ni poursuite de la phrase musicale qu'est la vie...

Oui vraiment, il existe des silences nécessaires... Ils ne sont jamais des renoncements...

Christophe Chartreux

(...)

"Je n'ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d'être, à la vie libre où j'ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m'a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m'aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent, dans le monde, la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs.

Ramené ainsi à ce que je suis réellement, à mes limites, à mes dettes, comme à ma foi difficile, je me sens plus libre de vous montrer pour finir, l'étendue et la générosité de la distinction que vous venez de m'accorder, plus libre de vous dire aussi que je voudrais la recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n'en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. Il me restera alors à vous en remercier, du fond du cœur, et à vous faire publiquement, en témoignage personnel de gratitude, la même et ancienne promesse de fidélité que chaque artiste vrai, chaque jour, se fait à lui-même, dans le silence."

Albert Camus - Discours de Suède

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Grandeur et limites du pouvoir «jupitérien»...

29 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Philosophie

Grandeur et limites du pouvoir «jupitérien»...

La verticalité du pouvoir, en partie nécessaire, est aussi une violente «dépossession» du peuple. Surtout quand elle est empreinte d’une «pulsion démo-phobique», qui voit dans les gouvernés des «fainéants» ou des «déraisonnables».

Il est un paradoxe qu’on ne saurait trop inciter les gouvernants de tout pays à méditer. D’un côté, la responsabilité politique ne s’exerce pas autrement que dans son pouvoir de décider. De l’autre, les décisions que prennent les gouvernants, qui ont été choisis pour le faire, sont nécessairement vécues par ceux auxquels elles s’appliquent comme une disposition, plus ou moins arbitraire de leur existence. Dans tous les domaines de la vie (la santé, l’éducation, le travail, la justice, la sécurité), le pouvoir fait ses choix. Il n’est, au demeurant, pas concevable qu’il n’en aille pas ainsi. Nous n’en attendons pas moins de son action, au moment où, par le biais d’un vote démocratique, nous nous en remettons à lui pour des protections que nous exigeons dans chacun de ces domaines. Nul en réalité ne désire, pas même le plus farouche de ses opposants, un gouvernement qui se révélerait incapable d’agir et donc de décider. Et rien ne lui serait davantage préjudiciable que l’attentisme, l’inertie, l’impuissance ou la paralysie.

A supposer que l’on veuille donner droit à la référence mythologique qui a fait couler tant d’encre depuis les dernières élections, la «verticalité» qui en résulte est constitutive de ce qui, dans ces conditions, pourrait faire la grandeur d’un «pouvoir jupitérien». Elle suppose, cette hauteur, que les décisions soient prises à l’abri des trois forces contraires qui empêchent le pouvoir de s’exercer en toute indépendance : d’abord, la versatilité de l’opinion maladroitement restituée par les sondages ; ensuite, la puissance des lobbys, désireux de faire valoir leurs intérêts particuliers à l’encontre de l’intérêt général ; enfin, l’embarras des querelles de partis et de courtisans. Comme l’indique suffisamment la métaphore olympienne, un pouvoir se réclamant de Jupiter aurait ainsi la vocation, sinon la prétention, de se tenir à distance des simples mortels que sont les citoyens ordinaires, au-dessus de leurs passions (la peur, la colère, le ressentiment) et de leurs querelles partisanes. Pour autant, quand bien même le pouvoir disposerait d’une légitimité démocratique incontestable, il est inévitable que les décisions qu’il prend dépossèdent ceux dont elle infléchit l’existence de leur capacité d’agir sur ces conditions. Dès lors que la vie humaine est conditionnée par des décisions qui ne lui appartiennent pas, il lui est impossible de ne pas ressentir le pouvoir qui exerce sa force sur elle comme une violence. Voilà le paradoxe du politique. Sa verticalité, en partie nécessaire, est une dépossession, par définition violente. On pourrait même dire que plus les décisions verticales sont olympiennes - avec ce que cela peut supposer de hauteur, de condescendance ou de mépris pour les opinions et les passions des simples mortels - plus la contrainte, mal vécue, est perçue comme l’effet d’une force arbitraire.

De la verticalité du pouvoir donc, on retiendra qu’elle est consubstantielle à la force qu’il exerce sur la vie des citoyens. Mais à quoi, au juste, sa domination fait-elle violence ? A rien de moins qu’à ce qu’on décrira comme une horizontalité composite. Paul Ricœur en avait retenu la leçon de Hannah Arendt : la politique trouve sa raison d’être dans «la pluralité humaine». L’intérêt de la notion d’horizontalité est qu’elle permet aussi bien de la décrire que de prescrire quelques règles organisant la coexistence de ses composantes. Pour que la «pluralité» soit assumée et protégée, il faut reconnaître au moins trois principes. Le premier est que rien n’autorise l’uniformisation des croyances et des opinions. L’humanité reste plurielle, dans un lieu donné, dès lors qu’aucune façon de penser, mais aussi de vivre ne s’y impose de façon unilatérale, au détriment des autres. Le deuxième est que l’horizontalité qui procède de cette égalité se traduit du même coup par une diversité de voix et d’expressions. Elle ne se maintient qu’en résistant à la confiscation ou à l’interdit de la parole, sous quelque motif que ce soit. Aussi n’est-elle jamais autant menacée que lorsqu’un pouvoir arrogant revendique le privilège de parler pour les autres ou à la place des autres. Quant au troisième principe, il vient compléter les deux premiers. Il suppose la considération ou encore la reconnaissance de l’ensemble des «prises de position» qui résultent de cette pluralité. Il ne suffit pas, en effet, de laisser les voix divergentes s’exprimer ni de les tolérer avec condescendance - de haut en bas. Il faut encore les écouter, leur reconnaître la part qu’elles sont appelées à prendre dans la discussion - leur accorder l’attention qu’elles attendent.

Est-ce toujours le cas dans une démocratie comme la nôtre, la considération et la reconnaissance de la pluralité des voix sont-elles assurées, le partage de la parole garanti ? Rien n’est moins sûr. Les moyens mis en œuvre pour minimiser, sinon ignorer la part démocratique de ces contre-paroles susceptibles de contrarier, sinon contester les décisions du pouvoir vertical relèvent de ce qu’on pourrait nommer sa «pulsion démo-phobique». De quoi s’agit-il ? Comme l’étymologie de ce mot-valise l’indique, la «démo-phobie» est la phobie (ou la hantise) du peuple, sinon son allergie. Elle se traduit par la construction de son image péjorative. Le peuple, en ce sens, il ne faut pas l’entendre comme le corps «démocratique des citoyens», mais comme l’ensemble des classes populaires : tous ceux et celles qui, ordinairement, n’ont pas voix au chapitre, et que les dirigeants ne font mine d’écouter que le temps d’une élection. Autant ils sont courtisés, tant que leurs voix sont nécessaires aux candidats pour être élus, autant la pente naturelle de ceux qui sont appelés à exercer le pouvoir est-elle, aussitôt élus, de se les représenter (et de les présenter) comme victimes de leurs affects, «ignorants», «déraisonnables», prisonniers de leurs «réflexes corporatifs», quand ce n’est pas «rétrogrades», «attentistes» ou «fainéants». Ainsi leur voix peut-elle être discréditée et ses effets minorés. Ce n’est pas, s’excuse un pouvoir démo-phobique, de reconnaissance et de considération que le peuple contestataire a besoin, mais de pédagogie, comme un enfant qui aurait mal compris la leçon du maître ou ses consignes.

Voilà pourquoi la démo-phobie est inquiétante. Elle mine le partage des voix, au risque de démoraliser la parole. Elle accrédite, lentement mais sûrement, l’idée qu’il faut laisser les gouvernants gouverner, parce qu’eux seuls disposent d’une expertise juste dans un monde trop complexe pour qu’on prétende le comprendre, sans avoir une connaissance suffisamment éclairée des impératifs et des contraintes économiques, sociales et politiques qui inspirent les décisions. La démo-phobie, c’est l’ombre de la démocratie et le revers de toutes les conceptions jupitériennes du pouvoir qui s’inscrivent dans ce cadre. Le risque est de tenir ces voix pour une donnée avec laquelle il faut seulement faire semblant de compter, faire croire, pour la forme, qu’on compte avec elles, mais jamais sur elles, en escomptant qu’elles s’épuiseront d’elles-mêmes. «Nous avons entendu, mais nous ne changerons rien, nous avons pour nous la légitimité démocratique, nous avons été élus pour mener la politique que nous menons», répètent à l’envi les gouvernants, assurés de la position dominante que leur donnent le sens et l’exercice des responsabilités. Et chacun d’entendre, du personnel hospitalier aux enseignants et autres fonctionnaires, des ouvriers licenciés, aux agriculteurs étranglés : «Vous avez manifesté votre mécontentement, très bien, vous vous êtes mis en grève, c’est votre droit, maintenant, laissez-nous gouverner !»

Est-ce ce surplomb et cette distance démo-phobiques que mettent en avant l’invocation et la revendication d’une conception «jupitérienne» du pouvoir ? On peut au moins le redouter, tant il est vrai qu’elles sont complétées par l’affirmation répétée que «le pouvoir n’appartient pas à la rue». Car c’est tout l’inverse qu’on devrait dire. Il faut bien sûr, il est vital pour la démocratie que la rue ait du pouvoir ! Qu’est-elle, en effet, sinon la métaphore la plus parlante de ce lien horizontal, auquel il importe par-dessus tout que reste articulé le rapport hiérarchique de commandement et d’autorité, dans lequel s’incarne la verticalité ? Voilà pourquoi, loin d’être perçue par le pouvoir vertical comme un empêcheur de gouverner, elle devrait lui apparaître, au contraire, comme l’une des conditions de son exercice. Un pouvoir démocratique crédible est un pouvoir, dont on peut contester les décisions ; un pouvoir contre lequel on veut croire qu’il vaut encore la peine de protester. Une démocratie qui n’aurait plus l’occasion que la rue le lui rappelle se serait figée en autre chose qu’elle-même. Pétrifié, sidéré, le lien horizontal qui porte la vie partagée des citoyens se réduirait à leur soumission commune.

Marc Crépon, Philosophe à l’ENS

Auteur de : l’Epreuve de la haine. Essai sur le refus de la violence, Odile Jacob, 2016.

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Coup de coeur... Michel Foucault... (+ vidéos)

22 Novembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

"À cela s’ajoutait une longue entreprise pour imposer à la perception qu’on avait des délinquants une grille bien déterminée : les présenter comme tout proches, partout présents et partout redoutables. C’est la fonction du fait divers, qui envahit une partie de la presse et qui commence à avoir ses journaux propres. Le fait divers criminel, par sa redondance quotidienne, rend acceptable l’ensemble des contrôles judiciaires et policiers qui quadrillent la société ; il raconte au jour le jour une sorte de bataille intérieure contre l’ennemi sans visage ; dans cette guerre, il constitue le bulletin quotidien d’alarme ou de victoire. Le roman criminel, qui commence à se développer dans les feuilletons et dans la littérature à bon marché, assume un rôle apparemment inverse. Il a surtout pour fonction de montrer que le délinquant appartient à un monde entièrement autre, sans relation avec l’existence quotidienne et familière. Cette étrangeté, ce fût d’abord celle des bas-fonds, puis celle de la folie, enfin celle du crime doré, de la délinquance de « haut-vol ». Les faits divers joints à la littérature policière ont produit depuis plus d’un siècle une masse démesurée de « récits de crime » dans lesquels surtout la délinquance apparaît comme très proche et tout à fait étrangère, perpétuellement menaçante pour la vie quotidienne, mais extrêmement lointaine par son origine, ses mobiles, le milieu où elle se déploie quotidienne et exotique. Par l’importance qu’on lui prête et le faste discursif dont on l’accompagne, on trace autour d’elle une ligne qui, en l’exaltant, la met à part. Dans cette délinquance si redoutable, et venu d’un ciel si étranger, quel illégalisme pourrait se reconnaître ?… "

Michel Foucault - Surveiller et Punir

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Coup de coeur... Raphaël Glucksmann...

19 Novembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Philosophie

Nous allons bientôt mourir. Nous le sentons, le savons, le répétons jusqu’à la nausée. Notre scène publique ressemble au mur des Lamentations. Intellectuels, politiques et journalistes nous distribuent l’extrême-onction et organisent nos funérailles. Ci-gît la France, vieille et grande nation morte de ne plus savoir comment ni pourquoi vivre.

Pris séparément, Jeanne, David, Paul et Leïla se portent peut-être à merveille. Mais, collectivement, en tant que peuple, ils sont à l’agonie. Tous les sondages confirment ce paradoxe français: plutôt optimistes quant à notre situation personnelle, nous tombons dans un pessimisme sans égal dès que la question porte sur l’avenir de notre pays. Nous évaluons notre bien-être individuel de la même façon que les Hollandais ou les Belges et notre destin commun à la manière des Irakiens et des Afghans. Comment expliquer pareille déprime?

Certes, nous sommes malades : notre économie stagne, notre aura internationale décline, le chômage ne se résorbe pas et des centaines de milliers de nos compatriotes dorment dans la rue ou font la queue aux Restos du cœur. Mais pourquoi une accumulation d’échecs et d’injustices parfaitement réversibles devient-elle à nos yeux une fatalité? Blâmer Bruxelles, les immigrés ou les dieux pour des maux dont notre apathie est la cause première: voilà la définition même d’une aliénation. La maladie française du siècle est d’abord mentale, spirituelle avant d’être matérielle.

Chaque défi à relever se mue dans nos têtes angoissées en problème existentiel. Trente mille réfugiés syriens à accueillir quand l’Allemagne en reçoit un million? Une menace pour notre identité ! La construction européenne, ce vieux rêve français? Une menace pour notre identité! L’immigration, pourtant de moins en moins «massive? Une menace pour notre identité! La mondialisation? Une menace pour notre identité! Mais quelle est donc cette «identité» que chaque vent du large paraît devoir emporter et dissoudre?

À nous écouter, l’Orient et l’Occident, les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur, les lobbys de Wall Street et les boat people de Méditerranée participent tous, volontairement ou non, à l’érosion de notre être. Pour protéger ce que nous croyons être – une myriade d’AOC que nous nommons «identité» – nous multiplions les lignes Maginot. Pour préserver notre terre, notre langue, nos traditions, notre mode de vie, nous creusons des tranchées imaginaires et nous élevons des miradors conceptuels.

Il fut pourtant un temps où nous abattions les murs au lieu de les ériger, un temps où nous prétendions, pour le meilleur (les droits de l’homme) et le pire (la colonisation), exposer, proposer, imposer à l’humanité nos «Lumières», où le monde s’offrait à nous comme une aventure plutôt qu’une menace, où la rencontre de l’autre n’impliquait pas la disparition de soi, mais son enrichissement, où la politique était affaire de projection plus que de protection, où le présent comme l’avenir n’étaient pas synonymes de déclin, où la mort enfin n’apparaissait pas seule à l’horizon. Qu’est-il donc advenu au chant épique de Hugo et Gary, de Jeanne d’Arc et Jules Ferry? Où sont passés l’audace de Danton, le culot de Mirabeau, la verve de Jaurès?

Quelque chose d’essentiel et d’immatériel s’est brisé, quelque chose d’insaisissable et pourtant indispensable: le bonheur, la fierté d’être ce que nous sommes, d’être français. Une identité nationale n’est ni une donnée naturelle, ni un fichier d’état civil. Elle n’est pas innée et ne sera jamais définitivement acquise. C’est une construction politique et sociale complexe à cultiver sans relâche, sous peine de la voir se déliter. Le plus beau palais édifié par l’homme comme la plus simple demeure, s’ils ne sont pas entretenus, finissent par tomber en ruine.

Voilà ce qui est arrivé à l’identité française. Une élite indolente a cessé de la dire et de la faire vivre, des brèches sont apparues qui sont devenues des failles béantes. Plongée dans un trop long silence, la France a commencé à avoir peur. Peur du temps qui passe, peur des autres, peur du monde. Demain, qui était pour elle hier encore une immense promesse, prend aujourd’hui les traits d’une malédiction fatale. Notre nation s’est abîmée et personne – parmi les maîtres supposés «progressistes» de l’époque – ne s’est levé pour la redresser.

D’autres bardes sont alors sortis du néant dans lequel d’antiques trahisons les avaient relégués. Ils ont (re)commencé à chanter la France avec leur voix de crécelle et leurs mots petits et rances, des mots qu’elle rejetait autrefois et qu’elle accepte désormais faute de mieux, des mots qui lui dessinent un autre visage, grimaçant d’angoisse et de ressentiment, le visage d’un pays parquant des réfugiés dans des bidonvilles et lançant des croisades dans des cantines scolaires. Ce visage ne doit pas, ne peut pas être celui de la France.

Raphaël Glucksmann - Notre France. Dire et aimer ce que nous sommes

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Pourquoi lire les philosophes arabes... "L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l'équation." Averroès

19 Novembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Philosophie

Lire les philosophes arabes médiévaux avec l’œil de la philosophie contemporaine pour y trouver des affinités. Leurs travaux dans de nombreux domaines, comme la médecine, la logique ou l’histoire continuent de nous interpeller comme ils ont contribué à la formation de la pensée européenne.

Lire ces philosophes arabes, c’est aussi les inscrire dans la tradition et le patrimoine de l’humanité, car ils ont su ménager des accès multiples à la vérité où religion et philosophie sont pensées de manière conjointe. Le médiéval rejoint alors le contemporain dans cette riche histoire qui est celle de l’humain et de l’intellect.

"L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l'équation." Averroès

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Coup de coeur... Voltaire...

12 Novembre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

Coup de coeur... Voltaire...

Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d'en jouir aussitôt qu'il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c'est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans l'état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute autre autorité vient d'une autre origine que la nature. Qu'on examine bien et on la fera toujours remonter à l'une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s'en est emparé ; ou le consentement de ceux qui y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils ont déféré l'autorité.

La puissance qui s'acquiert par la violence n'est qu'une ursurpation et ne dure qu'autant que la force de celui qui commande l'emporte sur celle de ceux qui obéissent ; en sorte que, si ces derniers deviennent à leur tour les plus forts, et qu'ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l'autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l'autorité la défait alors : c'est la loi du plus fort.

Quelque fois l'autorité qui s'établit par la violence change de nature ; c'est lorsqu'elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu'on a soumis : mais elle rentre par là dans la seconde espèce dont je vais parler et celui qui se l'était arrogée devenant alors prince cesse d'être tyran.

La puissance, qui vient du consentement des peuples, suppose nécessairement des conditions qui en rendent l'usage légitime, utile à la société, avantageux à la république, et qui la fixent et la restreignent entre des limites ; car l'homme ne doit ni ne peut se donner entièrement et sans réserve à un autre homme, parce qu'il a un maître supérieur au-dessus de tout, à qui seul il appartient tout entier. C'est Dieu, dont le pouvoir est, toujours immédiat sur la créature, maître aussi jaloux qu'absolu, qui ne perd jamais de ses droits et ne les communique point. Il permet pour le bien commun et pour le maintien de la société que les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, qu'ils obéissent à l'un d'eux ; mais il veut que ce soit par raison et avec mesure, et non pas aveuglément et sans réserve, afin que la créature ne s'arroge pas les droits du Créateur. Tout autre soumission est le véritable crime de l'idolâtrie. Fléchir le genou devant un homme ou devant une image n'est qu'une cérémonie extérieure, dont le vrai Dieu qui demande le coeur et l'esprit ne se soucie guère et qu'il abandonne à l'institution des hommes pour en faire, comme il leur conviendra, des marques d'un culte civil et politique, ou d'un culte de religion. Ainsi ce ne sont point ces cérémonies en elles-mêmes, mais l'esprit de leur établissement, qui en rend la pratique innocente ou criminelle. Un Anglais n'a point de scrupule à servir le roi le genou en terre ; le cérémonial ne signifie que ce qu'on a voulu qu'il signifiât , mais livrer son coeur, son esprit et sa conduite sans aucune réserve à la volonté et au caprice d'une pure créature, en faire l'unique et le dernier motif de ses actions, c'est assurément un crime de lèse-majesté divine au premier chef.
 

Coup de coeur... Voltaire...
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« La philo à l’écran »

12 Novembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Philosophie

 « La philo à l’écran »

“La Philo à l’écran”, c’est un projet fondé il y a 5 ans, en 2012, dans le cadre de l’association Clavim de la ville d’Issy-les-moulineaux, et qui consiste chaque année, d’octobre jusqu’à mai, en un cycle de projections de films, un par mois, suivi d’une conversation philosophique. 

C’est donc une autre manière de faire de la philosophie, en dehors de l’université, et sous une forme pratique. Mais pourquoi le cinéma se prête-t-il tout particulièrement à cette manière d’en faire, pourquoi peut-il être une expérience philosophique ? Réponse avec le fondateur de “Philo à l’écran”, le chercheur Emiliano Ferrari. 

Alors, bien sûr, si l’idée de projet est de cultiver une voie moins rationaliste, plus sceptique, de la philosophie, elle n’est pas non plus de dire que tout film est philosophique ni seulement de parler du film pour lui-même, mais d’en dégager un problème… La preuve par l’exemple avec le premier projeté en octobre, c’était 28 jours plus tard de Danny Boyle, avec ses zombies...

Autre exemple encore de cette philosophie hors les murs et à l’écran : elle s’adresse à tous, et propose ainsi un cycle de projections destinés aux enfants...

“La philo à l’écran”, c’est donc tous les mois à Issy-les-moulineaux, à la Halle des épinettes, grâce à l’association Clavim. La prochaine projection, c’est samedi 18 novembre avec le film de Jean-Stéphane Bron, L’opéra, et cette question : quelle est la source de la solidarité ? Et puis, il y aura aussi Parle avec elle de Pedro Almodovar sur la rencontre amoureuse, ou encore Jimmy’s hall de Ken Loach sur le rapport entre Etat et libertés, sans oublier toute la programmation destinée aux enfants. 

   Suivez le programme pour les enfants et les adultes ici : 

Association Clavim, la philo à l'écran

Halle des Epinettes sur Facebook

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