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Vivement l'Ecole!

philosophie

Peut-on encore rêver dans un monde prisonnier du réel?...

5 Septembre 2018 , Rédigé par France Culture... Publié dans #Education, #Philosophie

Dans un monde toujours plus complexe, traversé de conflits et de luttes idéologiques, nous créons des métaphores, des images, des symboles et des mots qui forment des représentations sociales. Quel rôle notre société peut-elle encore donner à l’imaginaire ?

Une rencontre enregistrée en 2013.

Nikos Kalampalikis, professeur de psychologie sociale

Serge Moscovici, psychologue et philosophe.

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L’échec, nouvel horizon philosophique?...

4 Septembre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Philosophie

L’échec, nouvel horizon philosophique?...

Après des siècles d’interrogation sur le bonheur, les philosophes se penchent sur l’échec : nouvelle question ou simple mode ?

La philosophie doit-elle nous conduire au bonheur ? Alors que, depuis l’Antiquité, les philosophes se sont interrogés sur cet état tant désiré et convoité, on constate aujourd’hui une tendance inverse : la propension des philosophes à se questionner sur l’échec. L’échec serait-il devenu le nouvel horizon philosophique, un nouvel objet d’étude qui manquait cruellement à la réflexion, ou une simple mode?

En finir avec le bonheur 

Qu’est-ce que le bonheur ? Est-ce réussir sa vie, comme le chante Bernard Tapie en 1985 ? Est-ce un état ou un horizon ? Un désir ou le propre de l’homme ? Comment atteindre le bonheur ? Par un travail sur le monde ou sur nous-mêmes ? Le bonheur se trouve-t-il au terme d’une quête tel un trésor, un bien, ou est-il une affaire de transformation de soi ?

Ces questions sur le bonheur sont tout à fait classiques, Epicure, Spinoza, Kant, et beaucoup d’autres, y ont réfléchi, elles sont au programme de philosophie des élèves de terminale, de la définition du terme à ses diverses théories. 

C’est comme si le bonheur était la finalité de toute vie, passant à côté de tous ces moments médiocres ou ratés qui la rythment, hélas, plus souvent, et sans lesquels le bonheur aurait surtout moins de saveur. C’était la critique de Charles Pépin dans son livre paru en 2016, Les Vertus de l’échec (éditions Allary).

Bonheur nocif et bienfait de l'échec

Ces questions, classiques, sur l’idée du bonheur ont aussi pris une tournure quotidienne et beaucoup moins réflexive… c’est la critique cette fois-ci de la sociologue Eva Illouz… 

Dans Happycratie, co-écrit avec le psychologue Edgar Cabanas, et tout juste paru aux éditions Premier Parallèle, Eva Illouz dénonce ces « marchands de bonheur » qui, en quelques recettes vous promettent la béatitude, et surtout : qui matraquent le bonheur sans laisser à chacun et à tous de se questionner sur cette recherche et cette injonction. 

D’où cette vague de réflexion et de réflexivité des penseurs aujourd’hui, demandant « qu’est-ce que le bonheur ? », certes, mais pointant surtout ce problème : à quoi bon le bonheur ? Ou pour le dire encore autrement : n’y a-t-il pas plutôt du bon dans le mauvais, dans les échecs, le malheur et l’infortune ?

Sur ces paradoxes d’un bien nocif et d’un bienfait de l’échec, on a cité Charles Pépin, Eva Illouz, on pourrait aussi citer les ouvrages qui promeuvent la fragilité ou le doute, ou toute cette série d’articles paru dans Le Monde cet été sous le titre « Surmonter les épreuves », avec les contributions géniales de la philosophe Claire Marin (qui explique en quoi la rupture amoureuse peut être l’occasion d’affirmer une nouvelle identité) ou celle de Pierre Zaoui (qui réfléchit, pour sa part, sur le mot de Beckett « Echouer mieux »). Mais pour la mienne, c’est la voix d’un autre, habitué au désespoir, que je voulais aussi citer et vous faire entendre…

L'échec est-il le nouveau bonheur ? 

Vous l’avez reconnu ? Il me semblait qu’évoquer Emil Cioran n’était pas inutile ici… Mais au fond on pourrait se demander : à critiquer le bonheur et à vouloir cultiver son envers, tel l’échec, ne tombe-t-on pas dans l’écueil inverse, à savoir promouvoir une autre forme d’idéal de rapport à soi, d’authenticité, et même de bien-être qui passerait cette fois-ci par le malheur ? 

Ma question est double : le malheur est-il devenu le nouvel horizon des philosophes, susceptible de récupération, de faire écran aux autres questions et aux illusions nécessaires à la vie ? Et surtout n’est-il pas qu’un moyen pour atteindre le bonheur, encore lui ? C’est une question double, mais surtout éternelle : est-ce à la philosophie de nous conduire au bonheur, même en passant par le malheur ? 

Géraldine Mosna-Savoye

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Le "macronisme" vu par Beckett...

29 Juillet 2018 , Rédigé par Harold Bernat Publié dans #Politique, #Philosophie

Le "macronisme" vu par Beckett...

"Beckett fait droit à cette angoisse sans la recouvrir par une rationalité défensive qui chercherait à en rendre raison logiquement. Ses personnages ne font plus qu'un avec l'absurdité qui les anime ou les immobilise sans raison. Au théâtre beckettien de l'absurde, nous pourrions voir un président monter sur scène. Des voix partent des coulisses, entre deux longs silences, elles crient: "Président"; "Philosophe"; "Ricoeur". Puis plus rien. Le personnage leur répond: "Révolution"; "Start-up nation". Un ton plus haut: "Liberté". Puis plus rien. S'ensuit un long mime, juste des clins d'oeil et un sourire au public. Puis plus rien. Des smartphones descendent sur des cintres pendant qu'un autre personnage, plus petit, passe sur un fauteuil roulant: "Soft Power!" Une vieille dame, dans une poubelle, lui répond: "Mais il a pas eu sa bouillie". Rideau. Une voix hurle: "En marche!" Et puis plus rien. Rien de plus. Rien de plus encore."

Harold Bernat - Le Néant et le Politique/Critique de l'avènement Macron/Ed L'Echappée, p 128

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Le 21 juillet 2017 disparaissait Anne Dufourmantelle... Gardons-la vivante...

22 Juillet 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Philosophie

Le 21 juillet 2017 à Ramatuelle disparaissait Anne Dufourmantelle... Gardons-la vivante...

La nuit est notre amplitude secrète. L'espace de notre folie intime, mutique. La nuit enregistre nos peurs et nous en délivre, le jour, par l'effet d'une amnésie bienfaitrice dont l'angoisse est le reste insécable. La nuit est notre vérité, elle nous intime à rejoindre un lieu plus ancien qu'on appelle parfois l'âme, et dont la langue nous est indéchiffrable.

Eloge du risque

                                  __________________________________

" Risquer sa vie " est l'une des plus belles expressions de notre langue. Est-ce nécessairement affronter la mort - et survivre...ou bien y a-t-il, logé dans la vie même, un dispositif secret, une musique à elle seule capable de déplacer l'existence sur cette ligne de front qu'on appelle désir ?

Eloge du risque

                                  __________________________________

Venue du plus loin de la mémoire de la vie, là où mère et enfant ne font qu'un, corps fusionnés, la douceur évoque un paradis perdu. Un avant originel qui serait une aube. Mais dès le commencement, il y aura eu de la violence, de la terreur, du meurtre. Le mimétisme et la rivalité qui font flamber la haine; pas de parole sans trahison et de civilisation sans l'attrait de la cruauté la plus raffinée. Le paradis est toujours déjà perdu si on le rapporte à l'origine, et ce constat n'appartient pas aux seuls mélancoliques. Vivre est une conquête arrachée à cette passion de la perte qui est aussi un leurre; les épopées, les récits, les mythes le rappellent. Il faut avoir le courage de ne pas acquiescer à cet élan perdu car il est une terrible méprise, il fera le lit de tous les ressentiments à venir. Il donnera raison au sacrifice.

Puissance de la douceur

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Elle l’écoute.
Les grands rêves sont des trésors qui, s’ils ne sont pas captés, peuvent devenir toxiques. Et c’est le corps, alors, qui devra se charger de donner l’alerte. C’est ainsi que parfois accidents ou maladies se déclarent. Aussi prête-t-elle aux songes une attention extrême, décryptant les détails redoublés, les ellipses, les inversions...autour des associations du rêveur. L’envers du feu ne brûle pas. Elle est troublée par ces mots-là.

L'envers du feu

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On ne revient jamais de voyage, d’aucun voyage. Quand on part, on ne revient pas le même, et c’est ce dépaysement, parce qu’il fait écho à nos fragmentations intérieures, qui brutalise nos accoutumances, tant il est vrai que nous percevons le monde avec des préenregistrements continuellement tamisés parce que nous pensons déjà, savons déjà, anticipons, devinons, pressentons, pour ne pas être attrapés trop brusquement par l’inouï. Ainsi va l’amour quand il est de foudre. Il offre tous les dépaysements possibles au détour de la rue d’à côté.

En cas d'amour: Psychopathologie de la vie amoureuse

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Les êtres ne se possèdent pas, ils se reconnaissent.

Souviens-toi de ton avenir

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Coup de coeur... Michel Foucault...Le courage de la vérité...

21 Juillet 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

« La démocratie ne peut pas faire appel au discours vrai. C’est à cela que s’opposera, dans le livre VII, la fameuse redescente des philosophes dans la caverne, lorsque, après avoir effectivement contemplé la vérité, on leur dira : Quel que soit le plaisir que vous ayez pu éprouver à contempler cette vérité, quand bien même vous y avez reconnu votre patrie, vous savez bien qu’il vous faut redescendre dans la cité et devenir ceux qui la gouvernent. Vous imposerez votre discours vrai à tous ceux qui veulent faire gouverner la cité selon les principes de la flatterie. Après la critique de la parrêsia démocratique, qui montrait qu’il ne peut y avoir de parrêsia au sens de dire-vrai courageux dans la démocratie, le retournement platonicien montre donc que, pour qu’un gouvernement soit bon, pour qu’une politeia soit bonne, il faut qu’ils se fondent sur un discours vrai, qui bannira démocrates et démagogues. » 

Michel Foucault - Le Courage de la vérité

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Coup de coeur... Anne Dufourmantelle...

26 Juin 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

La nuit est notre amplitude secrète. L'espace de notre folie intime, mutique. La nuit enregistre nos peurs et nous en délivre, le jour, par l'effet d'une amnésie bienfaitrice dont l'angoisse est le reste insécable. La nuit est notre vérité, elle nous intime à rejoindre un lieu plus ancien qu'on appelle parfois l'âme, et dont la langue nous est indéchiffrable.

Eloge du risque

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" Risquer sa vie " est l'une des plus belles expressions de notre langue. Est-ce nécessairement affronter la mort - et survivre...ou bien y a-t-il, logé dans la vie même, un dispositif secret, une musique à elle seule capable de déplacer l'existence sur cette ligne de front qu'on appelle désir ?

Eloge du risque

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Venue du plus loin de la mémoire de la vie, là où mère et enfant ne font qu'un, corps fusionnés, la douceur évoque un paradis perdu. Un avant originel qui serait une aube. Mais dès le commencement, il y aura eu de la violence, de la terreur, du meurtre. Le mimétisme et la rivalité qui font flamber la haine; pas de parole sans trahison et de civilisation sans l'attrait de la cruauté la plus raffinée. Le paradis est toujours déjà perdu si on le rapporte à l'origine, et ce constat n'appartient pas aux seuls mélancoliques. Vivre est une conquête arrachée à cette passion de la perte qui est aussi un leurre; les épopées, les récits, les mythes le rappellent. Il faut avoir le courage de ne pas acquiescer à cet élan perdu car il est une terrible méprise, il fera le lit de tous les ressentiments à venir. Il donnera raison au sacrifice.

Puissance de la douceur

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Elle l’écoute.
Les grands rêves sont des trésors qui, s’ils ne sont pas captés, peuvent devenir toxiques. Et c’est le corps, alors, qui devra se charger de donner l’alerte. C’est ainsi que parfois accidents ou maladies se déclarent. Aussi prête-t-elle aux songes une attention extrême, décryptant les détails redoublés, les ellipses, les inversions...autour des associations du rêveur. L’envers du feu ne brûle pas. Elle est troublée par ces mots-là.

L'envers du feu

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On ne revient jamais de voyage, d’aucun voyage. Quand on part, on ne revient pas le même, et c’est ce dépaysement, parce qu’il fait écho à nos fragmentations intérieures, qui brutalise nos accoutumances, tant il est vrai que nous percevons le monde avec des préenregistrements continuellement tamisés parce que nous pensons déjà, savons déjà, anticipons, devinons, pressentons, pour ne pas être attrapés trop brusquement par l’inouï. Ainsi va l’amour quand il est de foudre. Il offre tous les dépaysements possibles au détour de la rue d’à côté.

En cas d'amour: Psychopathologie de la vie amoureuse

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Les êtres ne se possèdent pas, ils se reconnaissent.

Souviens-toi de ton avenir

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Au nom de quoi un président exige-t-il le respect ? ...

23 Juin 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Philosophie

Au nom de quoi un président exige-t-il le respect ? ...

Lundi dernier, lors de la cérémonie de commémoration de l’appel du 18 juin 1940, Emmanuel Macron a repris un collégien qui l’avait salué d’un «Ça va, Manu ?» certes familier, mais dépourvu d’insolence. «Tu dis : "monsieur le Président."» Nous qui avons connu «Casse-toi, pôv con» et autres sarkonneries, nous trouvons l’apostrophe plutôt gentillette, même précédée des premières mesures de l’Internationale timidement chantonnées. Mais monsieur le Président n’a pas apprécié. «Le jour où tu veux faire la révolution, lui a-t-il expliqué, tu apprends d’abord à avoir un diplôme [sous-texte : si tu passes entre les gouttes de Parcoursup] et à te nourrir toi-même [sous-texte : sans te goberger avec les minima sociaux, s’il te plaît], d’accord ? Et à ce moment-là tu iras donner des leçons aux autres.»

D’accord ? Pas vraiment. Le raisonnement a l’air passablement bancal, qui pose en préalable à toute contestation ce qui en est en général la visée. En effet, si quelques-unes se font en dentelles, le plus souvent les révolutions sont le fait de gens qui n’ont pas de diplômes et qui crèvent de faim. «Vous n’avez qu’à manger de la brioche», aurait sans doute rétorqué Manu, ci-devant Macron, au peuple armé de la Bastille, ayant acheté dans quelque grande école le droit de faire la leçon aux autres. Tant que tu n’as pas les moyens de régler ton chariot de courses chez Lidl, ferme ta gueule. Tu l’ouvriras quand tu pourras te payer un costard. C’est en gros la philosophie ambiante ces temps-ci, en une langue peu châtiée, c’est vrai, mais quand on parle pognon, on va droit au but.

Cette pédagogie, s’il en est, rappelle celle de Marlène Schiappa qui, pour défendre la politique sociale du gouvernement, citait récemment la Première Internationale inspirée de Karl Marx : «L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes», avant que son propre père, spécialiste du révolutionnaire Gracchus Babeuf, ayant donc souscrit lui aussi aux conditions requises pour donner des leçons aux autres, ne lui fasse un petit cours de marxisme : «Il s’agit d’une œuvre collective("les travailleurs") et non individuelle (chaque travailleur devant se débrouiller tout seul) ; le but est l’émancipation collective(et non une réussite personnelle - laquelle, au demeurant ?),celle des travailleurs, du prolétariat. On ne peut attendre de salut de personne sauf de l’action organisée, donc consciente». Tout le contraire, par conséquent, de cette vision strictement individualiste de la réussite où chaque être humain semble devoir se muer en start-up de sa propre existence au son de «Marche ou crève» entonné par un leader au charisme de dingue. Marlène et Manu n’ont-ils pas bu la révolution au même tonneau de piquette ? Ils nous expliquent la vie, mais étaient-ils si bons que ça en philo ?

A propos de philo, et puisqu’il est toujours mieux d’avoir étudié, c’est certain, jetons un coup d’œil du côté des sujets de bac. Les élèves de 1re ES ont eu à plancher sur un texte de Durkheim qui analysait la notion de respect et cette «autorité morale» que nous reconnaissons à une personne douée d’une «énergie psychique d’un certain genre». «Le respect, écrit Durkheim, est l’émotion que nous éprouvons quand nous sentons cette pression intérieure et toute spirituelle se produire en nous.» Cette émotion, il est normal qu’un chef d’Etat souhaite l’inspirer à tous. Mais que respectons-nous quand nous disons «monsieur le Président» ? Un homme, une pensée, une action, ou bien seulement des convenances, les usages de la politesse ? Sommes-nous saisis de cette émotion envers celui qui empêche l’Aquarius d’accoster au port d’Ajaccio pourtant ouvert ? Sommes-nous respectueux de celui qui ne respecte pas les droits les plus élémentaires et qui, nous représentant tous, nous Français, vient d’être épinglé par la Commission nationale des droits de l’homme pour non-respect des procédures d’asile et privation de liberté des migrants dans des lieux indignes ? Manu militari. Et si nous rencontrions Donald Trump, lui dirions-nous «Mister President» ? Lui dirions-nous même «Hi, Donald !» ? Il a ordonné que des enfants soient dans des cages, séparés de leurs parents, et il faudrait être respectueux ? Le respect ne se commande pas. Fuck you, Trump. Qu’est-ce que le respect qui n’est pas réciproque ? Mesurée à cette aune, «ça va, Manu ?» est d’une extrême bienveillance. Il se pourrait qu’un jour, face à la jeunesse du pays, le président Macron ait la nostalgie d’une telle gentillesse.

Camille Laurens

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Monsieur le Président, serez-vous le fossoyeur de la philosophie?...

28 Mai 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Philosophie

Monsieur le Président, serez-vous le fossoyeur de la philosophie?...

Emmanuel Macron cite les philosophes, mais l’enseignement de la matière au lycée est menacé.

Entendre un président de la République se référer explicitement ou implicitement à Paul Ricœur, Spinoza ou Kant, tranche si fortement avec le niveau discursif de ses prédécesseurs qu’on ne peut que se féliciter de ce réanoblissement de la fonction (quoi qu’on en pense d’ailleurs). Cela rappelle que depuis quatre siècles la France a vu naître, de Descartes à Rousseau en passant par Diderot, Helvétius, La Mettrie, Condillac, Montesquieu, Comte ou Toqueville, une pléiade de philosophes de portée universelle. Au XXe siècle, Bergson, Sartre, Merleau-Ponty, Simone Veil, Alain, Foucault, Deleuze, Derrida, Ricœur et bien d’autres ont prolongé cette belle tradition et fait de la France un incomparable foyer de création philosophique qui dialogue avec les penseurs du monde entier.

On doit notamment cette fécondité contemporaine à une spécificité française que beaucoup nous envient : un enseignement philosophique dispensé à tous les élèves de classes terminales générales et technologiques, et, en particulier, l’existence d’une terminale littéraire à fort horaire de philosophie (dix heures hebdomadaires jadis, huit aujourd’hui) qui nourrit les universités et grandes écoles en futurs philosophes, professeurs et écrivains. S’attaquer à cette spécificité, c’est tuer à terme cette spécificité française.

Or, si l’actuelle réforme du lycée et du baccalauréat était maintenue en l’état, le même président, si friand de citations philosophiques, resterait dans l’histoire comme le fossoyeur d’une dimension essentielle de l’enseignement philosophique en France. Il n’est pas certain qu’il en ait conscience. En effet, si le futur baccalauréat affiche la philosophie comme matière universelle parmi les quatre épreuves écrites de toutes les séries, il consacre en réalité non seulement sa marginalisation dans les coefficients, mais aussi et surtout la disparition pure et simple de la terminale littéraire. Plus aucun élève ne pourrait bénéficier d’une formation qui le prépare comme aujourd’hui à des études supérieures en philosophie, mais aussi aux outils nécessaires dans la plupart des sciences humaines et sociales.

Quant au service des professeurs de philosophie, il s’en trouverait si alourdiqu’on en viendrait à réduire le nombre de dissertations des élèves, part irremplaçable de leur formation intellectuelle qui influe sur leurs capacités dans toutes les autres matières. Tout cela alors que, en relation avec les autres disciplines littéraires et scientifiques (1), l’enseignement philosophique est l’un des moyens les plus efficaces pour développer la citoyenneté, la laïcité, et faire barrage aux idéologies les plus régressives et dangereuses.

Sans une prise de conscience de ce que signifient les actuels projets du gouvernement, Emmanuel Macron restera bien comme un fossoyeur de la tradition française qui dans l’histoire a marié démocratie, république et philosophie depuis le siècle des Lumières. Sur son bureau de l’Elysée, De Gaulle n’avait pas les cours de la Bourse mais les œuvres de Hegel et de Nietzsche. Il n’est pas trop tard pour réagir.

(1) Il y a six mois, pour devancer cette menace, j’avais adressé au ministre de l’Education nationale une lettre cosignée par les physiciens Jean-Marc Lévy-Leblond et Etienne Klein, l’anthropologue Philippe Descola, le philosophe Pierre Guenancia, le sociologue Christian Laval, les historiens Bernard Legras et Pierre Serna, lettre restée sans réponse.

Jean-Paul Jouary, philosophe

Auteur de : le Futur antérieur. L'art moderne face à l'art des cavernes, Beaux Arts, 2017.

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Coup de coeur... Baruch Spinoza...

26 Mai 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

Si, dans une Cité, les sujets ne prennent pas les armes parce qu’ils sont sous l’empire de la terreur, on doit dire, non que la paix y règne, mais plutôt que la guerre n’y règne pas. La paix, en effet, n’est pas la simple absence de guerre, elle est une vertu qui a son origine dans la force d’âme, car l’obéissance est une volonté constante de faire ce qui, suivant le droit commun de la Cité, doit être fait. Une Cité, faut-il dire encore, où la paix est un effet de l’inertie des sujets conduits comme un troupeau, et formés uniquement à la servitude, mérite le nom de solitude1 plutôt que celui de Cité.

Quand nous disons que l’État le meilleur est celui où les hommes vivent dans la concorde, j’entends qu’ils vivent d’une vie proprement humaine, d’une vie qui ne se définit point par la circulation du sang et par l’accomplissement des autres fonctions communes à tous les autres animaux, mais principalement par la raison, la vertu de l’âme et la vie vraie.

Baruch Spinoza, Traité politique, 1677.

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