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Vivement l'Ecole!

philosophie

"On voudrait une colère mais polie, bien élevée" - Frédéric Gros, philosophe

7 Décembre 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Philosophie

"On voudrait une colère mais polie, bien élevée" - Frédéric Gros, philosophe

Pour le philosophe Frédéric Gros, les élites sont sidérées par le caractère hétéroclite et inédit de la mobilisation des gilets jaunes. Selon lui, il faut admettre l’existence d’un certain registre de violence.

Dans son dernier livre, Désobéir (Albin Michel, 2017), il cherchait les raisons de notre passivité face à un monde toujours plus inégalitaire. Aujourd’hui, une partie de la population s’insurge et Frédéric Gros, philosophe et professeur à Sciences-Po, analyse l’expression inédite de la colère des gilets jaunes.

Salariés ou retraités, les gilets jaunes font parfois preuve de violence dans leurs propos ou dans leurs gestes. Comment l’expliquez-vous ?

Déjà, il y a la part de violences émanant d’une minorité de casseurs ou de groupuscules venant pour «en découdre». Elle est incontestable, mais il faut comprendre à quel point, en même temps, elle suscite un effroi émotionnel et un soulagement intellectuel. On demeure en terrain connu. Le vrai problème, c’est qu’elle est minoritaire. Elle est l’écume sombre d’une vague de colère transversale, immense et populaire. On ne cesse d’entendre de la part des «responsables» politiques le même discours : «La colère est légitime, nous l’entendons ; mais rien ne peut justifier la violence.» On voudrait une colère, mais polie, bien élevée, qui remette une liste des doléances, en remerciant bien bas que le monde politique veuille bien prendre le temps de la consulter. On voudrait une colère détachée de son expression. Il faut admettre l’existence d’un certain registre de violences qui ne procède plus d’un choix ni d’un calcul, auquel il est impossible même d’appliquer le critère légitime vs. illégitime parce qu’il est l’expression pure d’une exaspération. Cette révolte-là est celle du «trop, c’est trop», du ras-le-bol. Tout gouvernement a la violence qu’il mérite.

Ce qui semble violent, n’est-ce pas aussi le fait que ce mouvement ne suive pas les formes de contestations habituelles ?

Le caractère hétéroclite, disparate de la mobilisation produit un malaise : il rend impossible la stigmatisation d’un groupe et le confort d’un discours manichéen. Il a produit une sidération de la part des «élites» intellectuelles ou politiques. Non seulement elles n’y comprennent rien mais, surtout, elles se trouvent contestées dans leur capacité de représentation, dans la certitude confortable de leur légitimité. Leur seule porte de sortie, au lieu d’interroger leur responsabilité, consiste pour le moment à diaboliser ce mouvement, à dénoncer son crypto-fascisme. Cela leur permet de prendre la posture de défenseur de la démocratie en péril, de rempart contre la barbarie et de s’héroïser une nouvelle fois.

Cette forme de désobéissance, cette violente remise en cause des corps intermédiaires et de la démocratie représentative constituent-elles un danger ?

Les risques sont grands et ce spontanéisme représente un réel danger social et politique. Mais on ne va quand même pas rendre responsables de la crise de la représentation démocratique les perdants de politiques orientées toutes dans le même sens depuis trente ans. Nous payons la destruction systématique du commun durant ces «Trente Calamiteuses» : violence des plans sociaux, absence d’avenir pour les nouvelles générations, poursuite folle d’une «modernisation» qui s’est traduite par le déclassement des classes moyennes. La seule chose dont on puisse être malheureusement certain, c’est du fait que les victimes des débordements ou des retours de bâton seront les plus fragiles.

Vous avez travaillé sur la notion de sécurité (1), que pensez-vous de la réponse de l’Etat après les manifestations et les dégradations ?

De la part, cette fois, des forces de l’ordre, on entend le même discours : «Cette violence est totalement inédite, on n’avait jamais vu ça, un tel déferlement, une telle brutalité.» Il ne faudrait pas que cette mise en avant de la «nouveauté» ne serve d’écran à une augmentation de la répression.

Dans votre récent livre, Désobéir, vous analysiez les racines de notre «passivité». Que s’est-il passé pour que les gilets jaunes sortent du «confort» du conformisme ?

Notre obéissance politique se nourrit pour l’essentiel de la conviction de l’inutilité d’une révolte : «à quoi bon ?» Et puis vient le moment, imprévisible, incalculable, de la taxe «de trop», de la mesure inacceptable. Ces moments de sursaut sont trop profondément historiques pour pouvoir être prévisibles. Ce sont des moments de renversement des peurs. S’y inventent de nouvelles solidarités, s’y expérimentent des joies politiques dont on avait perdu le goût et la découverte qu’on peut désobéir ensemble. C’est une promesse fragile qui peut se retourner en son contraire. Mais on ne fait pas la leçon à celui qui, avec son corps, avec son temps, avec ses cris, proclame qu’une autre politique est possible.

Sommes-nous dans un grand moment de désobéissance collective ?

Oui, une désobéissance qui a comme repère sûr sa propre exaspération. On a tout fait depuis trente ans pour dépolitiser les masses, pour acheter les corps intermédiaires, pour décourager la réflexion critique, et on s’étonne aujourd’hui d’avoir un mouvement sans direction politique nette et qui refuse tout leadership. Cette désobéissance témoigne profondément de notre époque. Il faut en priorité en interroger les acteurs.

(1) Le Principe sécurité, Gallimard, 2012.

Sonya Faure

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Le consentement - Camus : "Consentir, c'est ne pas se résigner"...

25 Novembre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Philosophie

 Le consentement - Camus : "Consentir, c'est ne pas se résigner"...

Si l'absurde est un événement qui fait de nous des êtres complètement démunis face à la perspective de la mort, comment revenir à la vie et au monde ? Marylin Maeso vous raconte cette convalescence et cette renaissance telle que l'a voulue l'intuition camusienne : sous les auspices de la révolte et de l'amour.

Le texte du jour

« Qu’est-ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement. Un esclave, qui a reçu des ordres toute sa vie, juge soudain inacceptable un nouveau commandement. Quel est le contenu de ce « non » ?

Il signifie, par exemple, « les choses ont trop duré », « jusque-là oui, au-delà non », « vous allez trop loin », et encore, « il y a une limite que vous ne dépasserez pas ». En somme, ce non affirme l’existence d’une frontière. On retrouve la même idée de limite dans ce sentiment du révolté que l’autre « exagère », qu’il étend son droit au-delà d’une frontière à partir de laquelle un autre droit lui fait face et le limite. Ainsi, le mouvement de révolte s’appuie, en même temps, sur le refus catégorique d’une intrusion jugée intolérable et sur la certitude confuse d’un bon droit, plus exactement l’impression, chez le révolté, qu’il est « en droit de… ». La révolte ne va pas sans le sentiment d’avoir soi-même, en quelque façon, et quelque part, raison. C’est en cela que l’esclave révolté dit à la fois oui et non. Il affirme, en même temps que la frontière, tout ce qu’il soupçonne et veut préserver en deçà de la frontière. Il démontre, avec entêtement, qu’il y a en lui quelque chose qui « vaut la peine de… », qui demande qu’on y prenne garde. 

(…) En même temps que la répulsion à l’égard de l’intrus, il y a dans toute révolte une adhésion à part entière et instantanée de l’homme à une certaine part de lui-même. Il fait donc intervenir implicitement un jugement de valeur, et si peu gratuit, qu’il le maintient au milieu des périls. (…) Le révolté, au sens étymologique, fait volte-face. Il marchait sous le fouet du maître. Le voilà qui fait face. Il oppose ce qui est préférable à ce qui ne l’est pas. Toute valeur n’entraîne pas la révolte, mais tout mouvement de révolte invoque tacitement une valeur. »

Camus, L’homme révolté (Gallimard), p 25-26

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Coup de coeur... Raphaël Glucksmann...

24 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

Le tabouret de Matthieu

Donald Trump habite la Maison-Blanche, l’Union européenne se délite, Vladimir Poutine est le parrain de l’époque et Matteo Salvini son étoile montante, les murs se multiplient et les ponts s’effondrent, les ports se ferment aux exilés et les douanes reviennent en grâce, la démocratie libérale qui devait s’étendre sur le globe se rétracte à vue d’œil : notre échec est grandiose. Nous, intellectuels progressistes, militants humanistes, partisans de la société ouverte, défenseurs des droits humains et autres citoyens cosmopolites, sommes incapables d’endiguer la vague nationaliste et autoritaire qui s’abat sur nos sociétés.

Pourtant, tels de vieux curés voyant dans la désertion des fidèles la preuve qu’ils ont raison de pester contre la terre entière, nous continuons à professer que les masses font fausse route, sans jamais considérer l’hypothèse que nous nous sommes peut-être, un jour, trompés de chemin. Nous vitupérons, nous twittons, nous postons, nous pétitionnons, nous manifestons. Si nous doutons aisément des autres, nous sommes sûrs de nous-mêmes. Malgré les débâcles qui s’enchaînent, nous refusons de nous demander ce que nous avons bien pu rater pour être devenus si inaudibles.

Pareil orgueil, risible par temps calme, devient suicidaire lorsque gronde l’orage. Pour gagner les batailles politiques et culturelles à venir, il nous faut d’abord comprendre pourquoi nous avons perdu les précédentes. Pour combattre les démagogues qui ont le vent en poupe, nous devons chercher les raisons de leurs succès dans le vide qui nous entoure et souvent nous habite. Pour renaître de nos cendres, commençons par mourir à nous-mêmes.

*

Afin de lancer notre voyage au cœur de la crise qui frappe nos démocraties, rendons-nous un instant à l’église. Non pour prier le ciel de nous venir en aide, mais pour admirer les peintures du Caravage, et une en particulier, qui trône à Rome en l’église Saint-Louis-des-Français : Saint Matthieu et l’ange.

Ce tableau est, à première vue, l’œuvre la plus lisse du peintre rebelle. On n’y voit ni pute déguisée en madone, ni éphèbe lascif, ni tête tranchée. Pas même les pieds sales des pèlerins agenouillés devant la Vierge à l’Enfant de Sant’Agostino qui choquèrent tant les évêques. Matthieu, qui semble tout juste sorti du bain, porte une belle toge orange et rouge. Sa dignité de philosophe antique est sanctifiée par une discrète auréole. Un genou posé sur un tabouret en bois, il écrit son Évangile sur un pupitre et sous la dictée d’un ange qui, pour une fois chez Le Caravage, joue parfaitement son rôle asexué d’émissaire de Dieu. Les drapés et les regards se rejoignent sans se toucher dans une parfaite harmonie. Tout est à sa place. Tout est relié. Tout s’élève.

Mais si vous observez attentivement la scène, l’impression de quiétude laisse place à une forme de trouble. Après cinq ou dix minutes passées à vous demander d’où vient votre gêne devant tant de grâce, vous réalisez que le tabouret sur lequel Matthieu appuie son genou a un pied dans le vide et menace à tout instant de tomber. Plus vous le regardez, plus vous le voyez bouger. Vous réalisez que le vieux saint risque à chaque instant de s’affaler sur vous. Et de tout emporter dans sa chute : l’ange, le ciel. Et Dieu avec eux. Ce tabouret branlant au premier plan d’un tableau apparemment si sage inverse le sens global de l’œuvre : l’harmonie n’était qu’une illusion et tout, dans la Création, s’avère être fragile et friable, même la scène la plus sacrée.

Le tabouret qui rompt l’ordre cosmique est la signature du Caravage. C’est aussi l’image parfaite de la démocratie libérale, un système politique qui repose, comme le genou de Matthieu, sur un socle bancal. Son énoncé même révèle la contradiction structurelle qui l’anime. Le nom « démocratie » pose le primat du collectif sur l’individuel, sanctuarise ce qui est commun. L’adjectif « libérale » s’inscrit dans la tradition philosophique opposée et sacralise l’individu face à la collectivité. « Démocratie » implique un mouvement centripète, une quête d’unité sans cesse répétée. « Libérale » induit le mouvement inverse, centrifuge : une réaffirmation constante du multiple. Cette rencontre explosive de la pensée démocratique et de la pensée libérale génère le dynamisme des démocraties libérales.

Leur nature hybride fait leur force. C’est l’oscillation permanente entre ces deux pôles opposés qui permet à nos sociétés d’être libres et de progresser. Elles vivent au rythme du va-et-vient entre deux extrémités qui sont les deux faces symétriques d’une même mort : l’utopie collectiviste d’un côté, l’atomisation sociale de l’autre. La fin du mouvement de balancier signifierait la chute du tabouret de Matthieu et l’effondrement de la démocratie libérale. Si la contradiction qui anime nos systèmes cesse d’être dynamique, si l’un des pôles devient trop dominant pour être contrebalancé, la démocratie cesse d’être libérale ou le libéralisme cesse d’être démocratique : la crise éclate. Voici précisément ce qui se produit aujourd’hui : l’individualisme a triomphé, le déséquilibre est si grand, le pôle collectif si affaibli que la balance ne fonctionne plus. Le tabouret de Matthieu s’affaisse et nous sommes incapables de le redresser.

Raphaël Glucksmann - Les enfants du vide - De l'impasse individualiste au réveil citoyen

 

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Coup de coeur... Anne Dufourmantelle...

23 Octobre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Philosophie

La nuit est notre amplitude secrète. L'espace de notre folie intime, mutique. La nuit enregistre nos peurs et nous en délivre, le jour, par l'effet d'une amnésie bienfaitrice dont l'angoisse est le reste insécable. La nuit est notre vérité, elle nous intime à rejoindre un lieu plus ancien qu'on appelle parfois l'âme, et dont la langue nous est indéchiffrable.

Eloge du risque

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" Risquer sa vie " est l'une des plus belles expressions de notre langue. Est-ce nécessairement affronter la mort - et survivre...ou bien y a-t-il, logé dans la vie même, un dispositif secret, une musique à elle seule capable de déplacer l'existence sur cette ligne de front qu'on appelle désir ?

Eloge du risque

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La douceur apparaît d'abord comme une défaillance.
Elle déroge à toutes les règles du savoir-vivre social.
Les êtres qui en font preuve sont parfois des résistants mais ils ne portent pas le combat là où il a lieu habituellement. Ils sont ailleurs.
Incapables de trahir comme de se trahir, leur puissance vient d'un agir qui est constamment une manière d'être au monde.

(...)

Dessous est la douceur, tapie.
Sous chaque chose regardée, juste la ligne en dessous, c'est là, sous chaque chose touchée, chaque mot prononcé, chaque geste commencé, comme la ligne mélodique qui accompagne une ligne chantée.

(...)

La douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable.
Elle ne peut se trahir, sauf à être falsifiée. La menace de mort même ne peut la contrer.

(...)

La douceur est politique. Elle ne plie pas, n'accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s'accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l'humain.

(...)

De l'animalité, elle garde l'instinct, de l'enfance l'énigme, de la prière l'apaisement, de la nature, l'imprévisibilité, de la lumière, la lumière.

(...)

La douceur est l'un des noms de cette réconciliation avec ce qui a été refoulé, exilé dans le passé et ainsi "repris" avec mansuétude et le courage qu'il faut pour s'avouer qu'on y était, en conscience.

(...)

Suavité de l'ineffable. Beauté de ce qui n'apparaît pas dans l'apparence donnée des choses et des phénomènes.

(...)

La douceur fait apparaître l'écart entre ce qui est là et qui échappe.

(...)

Le charnel et le spirituel, mais pas seulement, aussi tous les écarts, les ellipses, dans la langue, dans le visible, dans la volute baroque, dans la doublure de l'anamorphose.

(...)

La douceur est ce qui nous permet d'aller au-devant de cet étranger qui s'adresse à nous, en nous. C'est la voix que le poète anime, et recueille.
C'est une part du monde sauvage déposée là.

(...)

Comment faire entendre le manque de la douceur dans l'existence, la mémoire, la fragilité des êtres ?
Ce manque n'est presque pas audible, je ne sais même pas s'il est vraiment perçu. Il apparaît en creux dans la norme de plus en plus présente que fait peser une société qui se veut démocratique et libérale mais dont la logique consumériste fait s'indifférencier les êtres dans une économie qui ne souffre aucun "état d'âme".

(...)

Attenter à la douceur est un crime sans nom que notre époque commet souvent au nom de ses divinités :
l'efficacité, la rapidité, la rentabilité.

(...)

On tente de la rendre désirable, échangeable, institutionnalisable, pour qu'elle ne bouleverse pas tout. On tue la douceur par la douceur.
On en fait une drogue frelatée dont on veut nous inculquer le besoin

Eloge de la douceur

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Coup de coeur... Jean Baudrillard...

21 Septembre 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Sociologie, #Philosophie

Medium is Message.

Ici, et dans ce sens au moins, il faut admettre comme un trait fondamental dans l'analyse de la consommation la formule de McLuhan : « Le médium, c'est le message. » Cela signifie que le véritable message que délivrent les  les media T. V. et radio, celui qui est décodé et « consommé » inconsciemment et profondément, ce n'est pas le contenu manifeste des sons et des images, c'est le schème contraignant, lié à l'essence technique même de ces média, de désarticulation du réel en signes successifs et équivalents : c'est la transition normale, programmée, miraculeuse, du Vietnam au music-hall, sur la base d'une abstraction totale de l'un comme de l'autre.

Et il y a comme une loi d'inertie technologique qui fait que plus on se rapproche du document-vérité, du « en direct avec », plus on traque le réel avec la couleur, le relief, etc., plus se creuse, de perfectionnement en perfectionnement technique, l'absence réelle au monde. Plus s'impose cette « vérité » de la T. V. ou de la radio qui est que chaque message a d'abord pour fonction de renvoyer à un autre message, le Vietnam à la publicité, celle-ci au journal parlé, etc. - leur juxtaposition systématique étant le mode discursif du médium, son message, son sens. Mais en se parlant ainsi lui-même, il faut bien voir qu'il impose tout un système de découpage et d'interprétation du monde.

Ce procès technologique des communications de masse délivre une certaine sorte de message très impératif :  message de consommation du message, de découpage et de spectacularisation, de méconnaissance du monde et de mise en valeur de l'information comme marchandise, d'exaltation du contenu en tant que signe. Bref, une fonction de conditionnement (au sens publicitaire du terme — en ce sens, la publicité est le médium « de masse » par excellence, dont les schèmes imprègnent tous les autres média) et de méconnaissance.
Ceci est vrai de tous les média, et même du medium livre, la « literacy », dont McLuhan fait une des articulations majeures de sa théorie. Il entend que l'apparition du livre imprimé a été un tournant capital de notre civilisation, non pas tant par les contenus qu'il a véhiculés de génération en génération (idéologique, informationnel, scientifique, etc.) que par la contrainte fondamentale de systématisation qu'il exerce à travers son essence technique. Il entend que le livre est d'abord un modèle technique, et que l'ordre de la communication qui y règne (le découpage visualisé, lettres, mots, pages, etc.) est un modèle plus prégnant, plus déterminant à long terme que n'importe quel symbole, idée ou phantasme qui en fait le discours manifeste : « Les effets de la technologie ne se font pas voir au niveau des opinions et des concepts, mais altèrent les rapports sensibles et les modèles de perception continûment et inconsciemment. »

Ceci est évident : le contenu nous cache la plupart du temps la fonction réelle du médium. Il se donne pour message, alors que le message réel, en regard duquel le discours manifeste n'est peut-être que connotation, c'est le changement structurel (d'échelle, de modèles, d'habitus) opéré en profondeur sur les relations humaines. Grossièrement, le « message » du chemin de fer, ce n'est pas le charbon ou les voyageurs qu'il transporte, c'est une vision du monde, un nouveau statut des agglomérations, etc. Le « message » de la T. V., ce ne sont pas les images qu'elle transmet, ce sont les modes nouveaux de relation et de perception qu'elle impose, le changement des structures traditionnelles de la famille et du groupe. Plus loin encore, dans le cas de la T. V. et des mass média modernes, ce qui est reçu, assimilé, «consommé », c'est moins tel spectacle que la virtualité de tous les spectacles.

La vérité des média de masse est donc celle-ci : ils ont pour fonction de neutraliser le caractère vécu, unique, événementiel du monde, pour substituer un univers multiple de média homogènes les uns aux autres en tant que tels, se signifiant l'un l'autre et renvoyant les uns aux autres. A la limite, ils deviennent le contenu réciproque les uns des autres - et c'est là le « message » totalitaire d'une société de consommation.

Jean Baudrillard - La Société de Consommation

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"Rentrée en chantant"... "Ecole de la confiance"... Quand le bonheur devient un outil de gouvernance...

10 Septembre 2018 , Rédigé par Libération Publié dans #Sociologie, #Philosophie

Eva Illouz contre la tyrannie du bonheur

Dans son dernier livre «Happycratie», la sociologue dénonce l’injonction qui nous est faite d’être heureux. Cette idéologie, dont la psychologie positive est le bras armé, n’a qu’un objectif : culpabiliser les individus et conforter le néolibéralisme. Une fois de plus, l’auteure veut «mettre de la sociologie là où domine la psychologie».

Elle donne ces jours-ci des entretiens à tout bout de champ et court les studios de plusieurs radios. Il faut dire qu’elle a du travail : la tyrannie du bonheur, contre laquelle son livre s’élève, se porte comme un charme en France, et en Occident en général.

La sociologue Eva Illouz publie Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies (Premier Parallèle), coécrit avec le docteur en psychologie Edgar Cabanas. L’essai dénonce l’injonction qui nous est lancée d’être heureux, et le rapprochement, dans lequel nous baignons, entre plénitude et normalité. Selon cette logique, les insatisfaits seront regardés comme des incapables. L’euphorie à tout prix s’accompagne de l’hyperculpabilisation de ceux qui ne l’atteignent pas. A nous de développer notre capital de bonheur puisque ce dernier sommeille en nous, n’attend que nos efforts pour éclore, et que l’éprouver résulte d’un choix.

Une vision du monde

Cette fable, explique Happycratie, anesthésie la souffrance sociale et les reproches qu’une population peut adresser à l’Etat et au non-partage des richesses. De nombreux bénéficiaires profitent d’une telle vision du monde : les auteurs de guides de développement personnel, leurs éditeurs, les comportementalistes, le coaching, mais aussi le management paternaliste qui lie joie sur le lieu de travail, et accomplissement personnel. C’est aux Etats-Unis, le pays de l’élévation par le dur labeur, la nation obsédée par la santé physique et mentale, qu’a émergé la promotion de cette «pseudoscience» du bonheur. Son bras armé est la psychologie positive qui fructifie depuis les années 90.

Ce n’est pas la première fois qu’Eva Illouz, chercheuse à l’EHESS depuis trois ans, s’attaque aux beaux discours sur l’épanouissement et la réussite, et déconstruit nos émotions. Selon Eva Illouz, l’amour, la colère, le sentiment d’injustice sont fabriqués par la société. Sa grille de lecture est sociologique. Son précédent livre publié en France s’intitulait Pourquoi l’amour fait mal (2012, Seuil). Elle y disséquait le sentiment amoureux contemporain, et le discours qui le porte. Si l’amour fait souffrir, à l’heure où les séparations sont si fréquentes, ce n’est pas que l’être quitté est peu doué pour la relation amoureuse, comme, selon Eva Illouz, le martèlent les psychologues aux cœurs solitaires. La cause se situe du côté de «l’économie émotionnelle et sexuelle propre à la modernité» qui sans cesse évalue les comportements, exige la perfection (de la silhouette, des ébats), et la réussite d’une relation. La culpabilisation et la responsabilisation individuelle à outrance sont donc aussi à l’œuvre dans le domaine amoureux, et leur dénonciation semble être un fil directeur du travail d’Eva Illouz. Elle l’admet, quand on la rencontre, la semaine passée, à Paris : «Souvent on ne perçoit la cohérence de nos recherches qu’avec plusieurs années de recul. On comprend mieux la prose que l’on parle au fil du temps. Celle que j’ai parlée sans le savoir serait celle-ci : mettre de la sociologie là où domine la psychologie. Les émotions reflètent les normes, les hiérarchies, les codes moraux. J’essaie de m’opposer au fait de ne se penser, soi, qu’en termes psychologiques. Ce que l’on appelle la psyché et les émotions sont faites de bric-à-brac social.»

Les médias

Eva Illouz, 57 ans, se partage entre Paris et Israël, où vivent ses enfants. Née à Fès dans une famille juive marocaine, elle a habité à Sarcelles à son arrivée en France avant de déménager à Paris. Elle quitte la khâgne pour voyager, part en Israël où elle fait son master. «Je n’ai pas décidé de devenir sociologue, mais, très jeune, je me suis intéressée à l’influence des médias. A l’époque, en France, ce n’était pas un centre d’intérêt prestigieux. Depuis tout a changé. Les Etats-Unis prenaient au sérieux leurs médias, tant sur le plan intellectuel que pratique. J’ai fait ma thèse à l’Université de Pennsylvanie, et petit à petit, ma façon d’écrire est devenue sociologique.» En Israël, c’est dans un département de sociologie qu’elle est admise comme professeure.

Contre l’intériorité

Jeune adulte, les textes qui l’ont marquée sont d’abord ceux de Barthes : «J’ai adoré le lire. Bourdieu et Foucault sont venus plus tard. Un roman a aussi éminemment compté pour moi : Belle du Seigneur, d’Albert Cohen. J’ai compris en le lisant qu’il y avait une dimension sociologique à l’amour ; c’est le romancier qui pour la première fois crée une trame narrative autour de l’idée que l’amour est étroitement lié au pouvoir social.» Elle continue de lire de la fiction, le lieu des nuances par excellence. Elle aime la romancière israélienne Zeruya Shalev, dont elle est une amie, et Annie Ernaux, un goût curieux de la part d’une sociologue qui s’élève contre l’intériorité : elle a aimé les Années, dont elle pense qu’il est un grand livre sociologique.

à portée de la main

Happycratie consacre une partie décisive et inquiétante de son analyse à la naissance de la psychologie positive aux Etats-Unis. Elle doit son origine au psychologue Martin Seligman, né en 1942. Il œuvre à doter d’une assise soi-disant scientifique cette idéologie du «self-help», de la performance à portée de la main. Il est puissant, capable notamment de lever des fonds importants pour la recherche en «santé mentale», ce qui fait frémir. Grâce à cet argent aussi, il a publié une «classification universelle des forces et vertus humaines», afin que les lecteurs atteignent «leur potentiel maximal», expliquent Eva Illouz et Edgar Cabanas.

Le livre présente aussi l’alliance, qui date du début du XXe siècle, entre «économistes du bonheur» etpsychologie positive. En répandant l’idée que le bonheur se mesure objectivement, qu’il est le but de toute existence et que le rater est un échec individuel et non collectif, ces acteurs aident les multinationales et les gouvernements à se défausser des crises qui pourraient remonter contre eux les citoyens. Selon Eva Illouz et Edgar Cabanas, c’est ainsi que les ravages de 2008 furent amortis par endroits. Ils prennent l’exemple de Coca-Cola qui, dans chaque pays où la marque possède une branche, a implanté un «Coca-Cola Happiness Institute, institut chargé de publier chaque année des rapports, pays par pays, sur le sujet - les Happiness Barometers».

Etrangement, la psychanalyse, pourtant vent debout contre le culte de l’optimisme et de l’amélioration de soi, n’apparaît jamais dans Happycratie. C’est qu’Eva Illouz refuse de différencier psychologie cognitive et psychanalyse freudienne : «Je l’inclus dans la psychologie. Toutes deux partagent l’idée que le plus important est notre psyché, et la façon dont elle nous structure particulièrement et individuellement.» Selon Eva Illouz, nous ne sommes pas des êtres à l’intériorité unique mais nous réagissons selon les concepts et les lois collectives du moment. L’explication par l’intériorité individuelle, qui triompherait actuellement, est pour Eva Illouz nocive : «Quand une femme est abandonnée par un homme pour la cinquième fois, son entourage abordera ce problème à travers l’explication psychologique et lui demandera d’examiner son enfance pour comprendre ce qui dans sa psyché provoque l’échec amoureux inconscient. La psychologisation des êtres humains est devenue incontournable.»

Ce qui revient à déposer un fardeau sur les épaules des malheureux que l’on incite à fouiller leur moi. Au service du «néolibéralisme», la psychologie positive culpabilise ceux qui échouent ou se perdent dans la dépression. Le mot «résilience» est mis désormais à toutes les sauces. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, le «père» du concept, a vécu un traumatisme, sa famille fut exterminée par les nazis, et il est sorti de son enfance par le haut : tout le monde devrait en faire autant, selon l’idéologie honnie par Eva Illouz. Ceux qui s’effondrent s’ils sont au chômage ou freinent des quatre fers devant la mobilité exigée par leur hiérarchie ont tout faux. «Affirmant la victoire de la vie et de l’esprit sur la mort, la notion de résilience a tout pour plaire», écrivait la sociologue dans une tribune parue dans le Monde (1), à l’origine du livre - qui n’est publié qu’en France pour l’instant et le sera bientôt en Grande-Bretagne, en Espagne, en Italie et en Allemagne.

Scruter les codes sociaux qui nous conditionnent, relever le cynisme de la publicité faite à la réussite, affirmer que nous ne sommes pas entièrement responsables de notre bonheur (même si le mot inconscient n’appartient pas au vocabulaire d’Eva Illouz), tout ceci préserve-t-il la sociologue de la culpabilité en cas d’échec ? «Pas du tout, je suis comme tout le monde et peut-être même pire. C’est sans doute parce que je connais bien le sujet que j’écris sur la culpabilité.»

(1) «Gare aux usages idéologiques de la résilience», le Monde, décembre 2016.

Par Virginie Bloch-Lainé

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Peut-on encore rêver dans un monde prisonnier du réel?...

5 Septembre 2018 , Rédigé par France Culture... Publié dans #Education, #Philosophie

Dans un monde toujours plus complexe, traversé de conflits et de luttes idéologiques, nous créons des métaphores, des images, des symboles et des mots qui forment des représentations sociales. Quel rôle notre société peut-elle encore donner à l’imaginaire ?

Une rencontre enregistrée en 2013.

Nikos Kalampalikis, professeur de psychologie sociale

Serge Moscovici, psychologue et philosophe.

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L’échec, nouvel horizon philosophique?...

4 Septembre 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Philosophie

L’échec, nouvel horizon philosophique?...

Après des siècles d’interrogation sur le bonheur, les philosophes se penchent sur l’échec : nouvelle question ou simple mode ?

La philosophie doit-elle nous conduire au bonheur ? Alors que, depuis l’Antiquité, les philosophes se sont interrogés sur cet état tant désiré et convoité, on constate aujourd’hui une tendance inverse : la propension des philosophes à se questionner sur l’échec. L’échec serait-il devenu le nouvel horizon philosophique, un nouvel objet d’étude qui manquait cruellement à la réflexion, ou une simple mode?

En finir avec le bonheur 

Qu’est-ce que le bonheur ? Est-ce réussir sa vie, comme le chante Bernard Tapie en 1985 ? Est-ce un état ou un horizon ? Un désir ou le propre de l’homme ? Comment atteindre le bonheur ? Par un travail sur le monde ou sur nous-mêmes ? Le bonheur se trouve-t-il au terme d’une quête tel un trésor, un bien, ou est-il une affaire de transformation de soi ?

Ces questions sur le bonheur sont tout à fait classiques, Epicure, Spinoza, Kant, et beaucoup d’autres, y ont réfléchi, elles sont au programme de philosophie des élèves de terminale, de la définition du terme à ses diverses théories. 

C’est comme si le bonheur était la finalité de toute vie, passant à côté de tous ces moments médiocres ou ratés qui la rythment, hélas, plus souvent, et sans lesquels le bonheur aurait surtout moins de saveur. C’était la critique de Charles Pépin dans son livre paru en 2016, Les Vertus de l’échec (éditions Allary).

Bonheur nocif et bienfait de l'échec

Ces questions, classiques, sur l’idée du bonheur ont aussi pris une tournure quotidienne et beaucoup moins réflexive… c’est la critique cette fois-ci de la sociologue Eva Illouz… 

Dans Happycratie, co-écrit avec le psychologue Edgar Cabanas, et tout juste paru aux éditions Premier Parallèle, Eva Illouz dénonce ces « marchands de bonheur » qui, en quelques recettes vous promettent la béatitude, et surtout : qui matraquent le bonheur sans laisser à chacun et à tous de se questionner sur cette recherche et cette injonction. 

D’où cette vague de réflexion et de réflexivité des penseurs aujourd’hui, demandant « qu’est-ce que le bonheur ? », certes, mais pointant surtout ce problème : à quoi bon le bonheur ? Ou pour le dire encore autrement : n’y a-t-il pas plutôt du bon dans le mauvais, dans les échecs, le malheur et l’infortune ?

Sur ces paradoxes d’un bien nocif et d’un bienfait de l’échec, on a cité Charles Pépin, Eva Illouz, on pourrait aussi citer les ouvrages qui promeuvent la fragilité ou le doute, ou toute cette série d’articles paru dans Le Monde cet été sous le titre « Surmonter les épreuves », avec les contributions géniales de la philosophe Claire Marin (qui explique en quoi la rupture amoureuse peut être l’occasion d’affirmer une nouvelle identité) ou celle de Pierre Zaoui (qui réfléchit, pour sa part, sur le mot de Beckett « Echouer mieux »). Mais pour la mienne, c’est la voix d’un autre, habitué au désespoir, que je voulais aussi citer et vous faire entendre…

L'échec est-il le nouveau bonheur ? 

Vous l’avez reconnu ? Il me semblait qu’évoquer Emil Cioran n’était pas inutile ici… Mais au fond on pourrait se demander : à critiquer le bonheur et à vouloir cultiver son envers, tel l’échec, ne tombe-t-on pas dans l’écueil inverse, à savoir promouvoir une autre forme d’idéal de rapport à soi, d’authenticité, et même de bien-être qui passerait cette fois-ci par le malheur ? 

Ma question est double : le malheur est-il devenu le nouvel horizon des philosophes, susceptible de récupération, de faire écran aux autres questions et aux illusions nécessaires à la vie ? Et surtout n’est-il pas qu’un moyen pour atteindre le bonheur, encore lui ? C’est une question double, mais surtout éternelle : est-ce à la philosophie de nous conduire au bonheur, même en passant par le malheur ? 

Géraldine Mosna-Savoye

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Le "macronisme" vu par Beckett...

29 Juillet 2018 , Rédigé par Harold Bernat Publié dans #Politique, #Philosophie

Le "macronisme" vu par Beckett...

"Beckett fait droit à cette angoisse sans la recouvrir par une rationalité défensive qui chercherait à en rendre raison logiquement. Ses personnages ne font plus qu'un avec l'absurdité qui les anime ou les immobilise sans raison. Au théâtre beckettien de l'absurde, nous pourrions voir un président monter sur scène. Des voix partent des coulisses, entre deux longs silences, elles crient: "Président"; "Philosophe"; "Ricoeur". Puis plus rien. Le personnage leur répond: "Révolution"; "Start-up nation". Un ton plus haut: "Liberté". Puis plus rien. S'ensuit un long mime, juste des clins d'oeil et un sourire au public. Puis plus rien. Des smartphones descendent sur des cintres pendant qu'un autre personnage, plus petit, passe sur un fauteuil roulant: "Soft Power!" Une vieille dame, dans une poubelle, lui répond: "Mais il a pas eu sa bouillie". Rideau. Une voix hurle: "En marche!" Et puis plus rien. Rien de plus. Rien de plus encore."

Harold Bernat - Le Néant et le Politique/Critique de l'avènement Macron/Ed L'Echappée, p 128

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