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Vivement l'Ecole!

philosophie

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Raconter l'autre France - Avec Najat Vallaud-Belkacem et Rachid Benzine (Vidéo)

22 Décembre 2021 , Rédigé par Blonde Publié dans #Politique, #Education, #Philosophie

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Le seul intérêt de participer à une élection présidentielle, c’est de la gagner

15 Décembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Sociologie, #Philosophie

La primaire populaire veut départager et susciter un élan car « avec cinq  candidats déclarés à gauche, on est sûrs de perdre » - Paris (75000)

EXTRAITS

Développer des stratégies électorales d’union n’empêche en rien de poursuivre les luttes sur le temps long, estime le philosophe et sociologue Geoffroy de Lagasnerie. Pourquoi ne pas y réfléchir plutôt que brutalement en interdire la possibilité ?

Quelques heures après que Anne Hidalgo a proposé l’organisation d’une primaire de gauche, les deux principaux candidats, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, se sont empressés de rejeter cette idée. Animés par les mêmes automatismes mentaux, ils ont employé des arguments superposables : que ce n’était pas la bonne méthode, que le rassemblement était impossible car les programmes étaient trop différents et surtout que, si rassemblement il devait y avoir, c’était derrière eux qu’il devait s’opérer.

Mais face au constat de la faiblesse objective des forces progressistes, comment ne pas être saisi d’un certain effroi qu’une telle proposition ait pu être rejetée aussi rapidement et aussi naïvement ? Comment est-il possible que changer de stratégie paraisse à ce point inenvisageable ? Peut-on même ne pas ressentir de la colère en ayant l’impression que cette attitude traduit une transformation détestable de l’activité politique en finalité sans fin, comme si celle-ci se réduisait à un jeu interne au champ politique vidé de tout sens. Chacun des candidats semble prisonnier d’un contentement naïf d’être présent médiatiquement, de faire des bons mots applaudis par ses militants sur Twitter, de répéter que son programme est le meilleur… Point. Peu importe de perdre, ou de tout faire pour créer les conditions d’un changement.

Jean-Luc Mélenchon (pour lequel j’ai voté en 2017 et que je soutiens) a déclaré il y a quelques jours : «C’est un trou de souris, mais on a une chance d’être au second tour.» Mais en formulant ce constat, celui-ci aurait dû se faire la remarque qu’être au second tour ne sert à rien. Reconnaître que la meilleure perspective de sa candidature est «d’être au second tour» devrait le pousser à opérer un tournant stratégique. Car le seul intérêt de participer à une élection présidentielle, c’est de la gagner, et d’organiser concrètement la possibilité de s’accaparer l’appareil d’Etat. Tout autre but est une perte de temps et une diversion d’objectifs. On se demande si la faiblesse de la gauche n’est pas telle qu’elle la conduit à être prisonnière d’une sorte d’acceptation anticipatrice de la défaite. Elle accepte que son ambition se résume à faire «un bon score» et ne se soucie plus de ce qui devrait pourtant être sa préoccupation principale : gagner.

(...)

Penser la politique de façon plurielle

Il faut penser la politique de façon présentiste et cesser les comparaisons historiques stériles. Nous n’avons jamais connu une situation comparable à celle d’aujourd’hui. Nous devons donc instaurer quelque chose de nouveau. L’argument selon lequel les forces de gauche sont décevantes par leur incapacité à s’unir revient avec une telle force et détourne tant d’électeurs du vote qu’une telle démarche susciterait par son existence même une dynamique puissante.

La politique n’est pas un jeu - ni électoral ni médiatique. Il y a des urgences, des gens qui souffrent et dont les corps sont exposés à la violence sociale, économique, écologique. On a parfois l’impression que l’appartenance du personnel politique à la bourgeoisie ou la petite bourgeoisie la conduit à se désintéresser de cette exigence vitale. Si nous ne faisons rien pour nous donner la possibilité d’améliorer les conditions de la vie, si nous nous laissons happer par les inerties du champ militant alors, en fait, nous acceptons de laisser sans nous battre autrement que fictivement le pouvoir à ceux qui sont déterminés à répandre les logiques de la souffrance.

(...)

Ce que les personnalités de gauche ont dit lorsqu’elles ont répondu tels des automates à la proposition d’Anne Hidalgo c’est : «Nous savons que nous allons perdre, nous l’acceptons et tant pis. Nous traitons la politique comme un jeu et un spectacle fait aux autres et à soi». C’est le contraire d’une démarche politique rationnelle et même d’une éthique de vie radicale, généreuse, soucieuse de celles et de ceux qui souffrent.

par Geoffroy de Lagasnerie, Philosophe et sociologue

Texte complet à lire en cliquant ci-dessous

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Baker contre Blanquer

3 Décembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Blanquer, #Education, #Philosophie

Podcast / C'est arrivé le. 3 juin 1906 : Joséphine Baker, la plus  résistante des meneuses de revue

Joséphine Baker. Photo studio Harcourt

La puissance radicale de la figure de Joséphine Baker est aux antipodes des discours pleutres des politiques d’aujourd’hui. Elle souligne la nécessité pour la gauche de s’appuyer désormais sur cette façon d’être contestataire, à la fois morale et populaire.

Comment ne pas trouver profondément réjouissante l’entrée de la grande Joséphine Baker, première femme noire au Panthéon viriliste – elle qui réunit tant de traits qui sont chers à tou·te·s, le génie artistique, le courage dans la Résistance, la générosité envers les enfants de toutes couleurs ? Comment ne pas adorer cette image culte de Joséphine Baker aux côtés de Martin Luther King, à la Marche des libertés à Washington en août 1963, en uniforme de l’armée de l’air française bardée de décorations ? Comment ne pas apprécier pour une fois un président qui a été capable d’honorer une femme par ces mots mêmes «héroïne de guerre, danseuse, chanteuse, noire défendant les noirs, mais d’abord femme défendant les humains» ? Le premier trait, bien appuyé, le combat dans la Résistance – ah on ne prononce pas le nom d’«espionne», moins valorisant malgré ce qu’il demande d’ingéniosité, de courage et de charmes – est bien sûr ce qui vaut à Joséphine Baker cette panthéonisation – refusée à Gisèle Halimi pour cause de sympathies FLN pendant la guerre d’Algérie.

Mais la vraie force du geste est de récompenser une artiste singulière, une figure érotisée et fantasque de la Revue nègre, une icône enfin de la culture populaire – dont la manière d’être et le style de vie, d’un bout à l’autre, exprimaient une esthétique et une éthique originale, et profondément anticonformiste. Et on ne l’a guère souligné au-delà de l’image de 1963 : Joséphine Baker fut victime du racisme dès sa naissance – une enfance dans la pauvreté et la violence extrêmes – et lors de chacun de ses passages aux Etats-Unis. Cette expérience fit d’elle une puissante militante globale pour les droits civiques. Dès 1955, Joséphine Baker porta l’écho en Europe de l’indignation soulevée par le lynchage au Mississippi du jeune Afro-Américain Emmett Till, suivi de l’acquittement des deux assassins, qui ne se sont pas gênés pour revendiquer leur crime. Son discours en préface au «I have a dream» de King (avec à ses côtés Marlon Brando, Paul Newman, Joan Baez, Bob Dylan…) est l’exemple même d’un positionnement de la culture contre le racisme. Elle y rappelle ses voyages aux Etats-Unis dans les années 1950 : «On ne me laissait pas entrer dans les bons hôtels parce que j’étais de couleur, ou manger dans certains restaurants. Et je me suis dit : “Mon Dieu, je suis Joséphine, et s’ils me font ça à moi, qu’est-ce qu’ils font aux autres personnes en Amérique ?” J’ai été invitée dans les palais de rois et reines, dans les maisons des présidents… Mais je n’ai pas pu entrer dans un hôtel en Amérique et obtenir une tasse de café, et cela m’a mise en colère.» Elle ne manque pas d’évoquer les autres minorités : «Les Asiatiques, les Mexicains et les Indiens, ceux d’ici aux USA et ceux de l’Inde.» Tout est dit, comme une prémonition de ce moment de 2021 où Joséphine Baker serait considérée en France à la hauteur de son génie, mais ô combien mieux que tant d’habitants des quartiers populaires.

Se défendre, partout dans le monde, par ce qu’elle était

Macron nous dit que le jour de ce discours, «elle était plus française que jamais». Que veut-il dire par là, à part l’uniforme ? La lutte pour les droits deviendrait une spécialité française ? Mais notre président précise : «Elle ne défendait pas une couleur de peau», «elle portait une certaine idée de l’homme (sic)». Que diable signifie «défendre une couleur de peau» ? On ne «défend» pas une couleur, on se défend – quand on est attaqué, et en se défendant on révèle les conditions sociales et politiques de cette attaque. Cette défense a un nom, l’antiracisme, n’en déplaise au Président et son ministre de l’Education qui aiment si peu ce mot. Se défendre, partout dans le monde, par ce qu’elle était (noire, femme, bisexuelle, artiste, espionne… ), c’est ce que fit Joséphine Baker. Baker, pas Blanquer.

Un discours qui promeut une artiste grandiose, mais en même temps fait la leçon aux autres personnes racisées sur la bonne façon de l’être – pas «en colère» mais gentille et universaliste, qualificatif dont on affuble Joséphine Baker – en lui attribuant l’idéologie présidentielle dans le genre du mansplaining le plus lourdingue. Ce moralisme est insupportable en soi, mais encore plus pour une personnalité qui fut d’abord caractérisée par son anticonformisme et sa combativité, aux antipodes des discours pleutres des politiques d’aujourd’hui. Leur conformisme «nous chagrine» comme le disait Emerson, car en récusant toute revendication il (se) nourrit (de) l’imbécillité nationaliste et la caricature identitaire de la droite et de l’extrême droite. Mais comment ne pas déplorer aussi l’incapacité des politiques notamment à gauche à se saisir d’une telle occasion pour s’en différencier ?

La puissance radicale de la figure de Joséphine Baker, le sens de sa panthéonisation dans notre culture, soulignent la nécessité désormais à gauche de s’appuyer sur ce potentiel pédagogique de valorisation d’une façon d’être morale et contestataire. Elles rappellent que la culture populaire – danse, musique, séries télévisées, sport, BD, rap… est la source d’une partie de la culture politique et que cette vitalité nous sauve d’une politique réactionnaire (1), de la culture ringardissime que nous présente sa propagande électorale. Les thématiques de la Casa de Papel, The Handmaid’s Tale, Hippocrate sont reprises dans des manifestations ; les punchlines des rappeurs sont détournées pour démasquer les modes conformistes de discours politique. Ces éléments, comme l’allure de Joséphine, constituent la toile de fond esthétique des mouvements contemporains, ceux – antiracistes, féministes, environnementalistes – qui pourraient changer la donne des prochains mois, comme ceux sur lesquels Joseph Biden s’est appuyé pour défaire Trump en 2020.

Sandra Laugier

(1) Voir Frédérique Matonti, Comment nous sommes devenus réacs, Fayard, 2021.

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Coup de coeur... Aristote...

30 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

Comme il y a plusieurs fins, à ce qu'il semble, et que nous en pouvons rechercher quelques-unes en vue des autres, la richesse par exemple, et en général toutes ces fins qu'on peut appeler des instruments, il est bien évident que toutes ces fins ne sont pas parfaites et définitives par elles-mêmes. Or, le bien suprême doit être quelque chose de parfait et de définitif. Par conséquent, s'il existe une seule et unique chose qui soit définitive et parfaite, elle est précisément le bien que nous cherchons; et s'il y a plusieurs choses de ce genre, c'est la plus définitive d'entre elles qui est le bien.

Or, à notre sens, le bien qui doit être recherché pour lui seul est plus définitif que celui qu'on cherche en vue d'un autre bien : en un mot, le parfait, le définitif, le complet est ce qui est éternellement digne d'être recherché en soi, et ne l'est jamais en vue d'un objet autre que lui.

Mais voilà précisément le caractère que semble avoir le bonheur : c'est pour lui et toujours pour lui seul que nous le recherchons, ce n'est jamais en vue d'une autre chose. Au contraire quand nous poursuivons les honneurs, le plaisir, la science, la vertu sous quelque forme que ce soit, nous désirons bien sans doute tous ces avantages pour eux-mêmes, puisqu'indépendamment de toute autre conséquence nous désirerions certainement chacun d'eux; mais cependant nous les désirons aussi en vue du bonheur, parce que nous croyons que tous ces avantages divers nous le peuvent assurer, tandis que personne ne peut désirer le bonheur en vue de quoi que ce soit autre que lui.

Du reste, cette conclusion à laquelle nous venons d'arriver semble sortir également de l'idée d'indépendance, que nous attribuons au bien parfait, au bien suprême. Évidemment nous le croyons indépendant de tout. Et quand nous parlons d'indépendance, nous entendons par là ce qui, pris dans son isolement, suffit à rendre la vie désirable, et fait qu'elle n'a plus besoin de quoi que ce soit; or c'est là justement ce qu'est le bonheur.

Aristote, extrait de L'Ethique à Nicomaque, trad. A. Fouillée).

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Quelle société voulons-nous ?

21 Octobre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie

Questions pour un confiné – Dossier France Bleu

L’époque a bien des raisons d’être contestée mais plutôt que de céder à un désir obscur de clôture et de soumission, il faut prendre soin de la liberté qu’elle nous offre. Même si cela demande du travail et de l’engagement, du féminisme à la défense de la liberté d’expression.

Parmi les questions décisives qui se posent à nous en période électorale, il en est une qui relève de la philosophie politique comme de la psychanalyse, celle du jugement que nous pouvons porter sur la modernité. Si le monde qui vient doit être celui de la contestation, ainsi que le prédit le dernier rapport prospectif de la CIA, il convient de se demander ce que nous contestons et en vue de quoi nous le faisons, bref, quelle société nous souhaitons.

On peut critiquer, dans la modernité, le nouveau stade du capitalisme que nous connaissons. En creusant les inégalités et en épuisant les sujets humains, il invente une forme d’aliénation que Marx n’aurait pu envisager. L’idée du rendement nous envahit, rendant suspecte toute gratuité, toute inutilité, tout intervalle vide. Si nous contestons que la finalité d’une société humaine réside dans la seule productivité économique, nous devons refuser autant une éducation tournée vers la seule adaptation aux valeurs d’efficacité qu’une exploitation destructrice de la nature. Bien sûr, on peut aussi s’inquiéter de la tendance narcissique à aimer son image plus que soi-même et à juger d’autrui par la ressemblance avec celle-ci. La juste contestation implique également que nous cessions de fermer les yeux sur les esclaves invisibles qui sont à notre service et dont le nombre aurait rendu envieux les plus riches des maîtres des époques antérieures – esclaves jamais seulement technologiques mais toujours aussi incarnés dans des êtres humains qui n’ont souvent pas passé le seuil de l’adolescence. Il existe aussi un mépris moderne de la pauvreté, qui frappe d’inanité le recours égalitaire à la loi et au droit, et même un mépris de l’altérité, au sein de sa propre personne comme en celle d’autrui.

Pourtant, un phénomène social n’est jamais unilatéral. S’il peut être traversé d’un mouvement qui va vers la destruction, la souffrance et la servitude, il est également animé d’une autre tension qui va, elle, dans le sens de la liberté, de la culture et de la perpétuation de la vie. Si l’on peut schématiquement opposer des sociétés tournées vers la production (celles qu’on dit modernes) et des sociétés occupées plutôt du lien social (considérées comme traditionnelles), il faut aussi préciser que toutes sont traversées par des forces contraires et parfois conflictuelles. Ni les sociétés traditionnelles ni les sociétés modernes n’échappent à la bivalence et donc à la critique. On entend parfois dire que le problème de la modernité résiderait dans son caractère «occidental». Pourtant, si l’orientalisme est un mythe, l’occidentalisme en est un aussi, pas moins dangereux que le premier. Il n’existe pas, dans l’histoire, de sagesse immémoriale dont il faudrait retrouver le secret. La réalité est plutôt du côté d’un mélange de liberté et de violence, de savoir et d’ignorance. De plus, la critique est un art du discernement. Une critique radicale n’est déjà plus une critique.

La modernité ne réside pas seulement dans la valeur accordée à la liberté individuelle mais aussi et surtout dans la reconnaissance du principe de la subjectivité, dans la valeur accordée à la parole singulière, et dans la capacité à s’orienter par soi, au niveau personnel comme collectif. L’opposition convenue de l’individuel et du collectif est à tort considérée comme caractéristique des modernes. Elle ne permet pas de comprendre ce qui constitue la subjectivité puisqu’elle repose sur la fiction d’une frontière entre soi et l’altérité. Si l’altérité est au contraire au cœur du soi, nous ne sommes jamais clos·e·s et fermé·e·s sur nous-mêmes, mais toujours pris, e, s dans un commun partagé. Mais de ce commun ne résultent ni communauté ni société close, mais au contraire de la diversité et de la division. La liberté des modernes n’est pas plus «individualiste» que la solidarité n’est holiste. Mais, n’étant pas acquise, cette liberté demande de l’attention et du travail. Il existe, en effet, parfois chez les humains un désir obscur de clôture et de soumission, car, dans certaines circonstances, il apparaît plus facile d’obéir que de prendre sa vie en main et d’accepter de temps en temps de naviguer à vue. Si cette liberté n’est jamais acquise mais demeure toujours précaire, il nous incombe incessamment de la faire exister, que ce soit à travers le féminisme ou la défense de la liberté d’expression, de la libre circulation, du droit de changer sa vie, son pays et sa langue, ou encore du respect des minorités, et de tout ce qui ancre la démocratie dans le désir de vivre des sujets humains.

Hélène L’Heuillet.

Chronique assurée en alternance par Michaël Fœssel, Sandra Laugier, Frédéric Worms et Hélène L’Heuillet.

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Aux héros de la raison

20 Octobre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie

FICHE DE REVISION EN PHILOSOPHIE : LA RAISON, LA CROYANCE ET LA VERITE -  LAPHILODUCLOS

Face à la course à l’échalote de celles et ceux qui veulent exister politiquement, on peut à juste titre désirer que l’année soit placée sous le signe de la rationalité. Pourtant, tout ce qui fait l’ordinaire de la raison a disparu.

La «raison» a bonne presse en ce moment. Face au festival de dingueries que proposent les réseaux dits sociaux et les chaînes d’«information» en continu, face au déboutonnage des polémistes qui appellent à la fin de l’Etat de droit, face, enfin, à la course à l’échalote de celles et ceux qui leur emboîtent le pas pour exister politiquement, on peut légitimement souhaiter, en effet, qu’une année politique comme celle qui s’annonce (élections nationales, présidentielle et législatives) soit placée sous le signe de la raison. C’est, du reste, le principe de la démocratie : de la confrontation pacifique des arguments doit émerger ce qui est conforme à l’intérêt général – ce qui requiert parfois une ascèse intellectuelle quasi héroïque si l’intérêt général à long terme (la survie de l’espèce humaine, par exemple) est contraire aux vœux de la majorité présente (se gaver d’écrans plats, de voyages en avion et de 4x4). Héroïsme de la raison, qui pense contre les passions les plus viles, celles qui conduisent à vivre et à penser comme des porcs (mais ne diffamons pas les cochons, qui n’y peuvent rien) : ce n’est pas pour rien que la République fut pensée, dans les années 1780 et 1790 sous l’égide du stoïcisme romain et de ses vertus sacrificielles.

C’est, du reste, par Rome que la raison est advenue en politique, à la Renaissance et à l’époque classique : des philosophes comme Pierre-François Moreau, des historiens comme Joël Cornette et Denis Crouzet ont bien montré l’importance du néostoïcisme en Europe pour penser la Cité bonne et juste. Dans le contexte des guerres de religion (disons de 1530 à 1648), ces guerres civiles atroces où l’on s’entretuait pour des histoires de présence réelle du Christ dans l’eucharistie, de reliques qui guérissent et de statues qui parlent, le sévère ratio des Romains faisait un bien fou : considérer les faits, argumenter avec rigueur, produire des énoncés universellement valables permettait la construction d’un plan d’immanence où l’on puisse se retrouver, échanger et décider.

La raison inaugurait un monde nouveau : désenchanté (car on congédiait plus ou moins Dieu, sur lequel, de toute manière, on n’était plus d’accord), pacifié (avec l’avènement, bien étudié par Olivier Christin, des paix de religion), stable – du moins était-ce le but ! Elle était en outre éminemment subversive, car elle érigeait le sujet (et sa faculté de penser) en principe, en fin et en juge, au détriment des autorités traditionnelles, appelées à comparaître à la barre de l’examen critique. La raison fut l’être même de ces «Lumières radicales» identifiées par l’historien Jonathan Israel à la figure de Baruch Spinoza – ce penseur dont on ne cesse de redécouvrir la radicalité émancipatrice, des travaux de Frédéric Lordon à ceux de la grande spécialiste de Spinoza Chantal Jaquet, dont une partie du travail, désormais, est vouée à penser le destin social et politique des «transclasses», un concept que l’on lui doit.

La raison, donc, c’est tout sauf de l’eau tiède. On s’étonne dès lors de la voir annexée à certains combats politiques. Lorsqu’un secrétaire d’Etat qui a la faveur du Prince, Clément Beaune, dit que son maître doit incarner «le camp de la raison», on se pince. Qu’y a-t-il de rationnel (intellectuellement) et de raisonnable (moralement et civiquement) à faire la danse des sept voiles devant les chasseurs, à violer les décisions de justice qui interdisent la chasse à la glu, conformément au droit européen, alors que, en même temps, on prône, avec des trémolos poussifs, la protection du vivant ? Est-il conforme à la raison de s’entêter dans une politique fiscale inique au nom d’un «ruissellement» qui n’existe pas ? Etait-il bien raisonnable d’«assumer», bravache, les violences commises par un conseiller qui avait usurpé des insignes de police pour tabasser des citoyens dans la rue ? Est-il rationnel de passer son temps à insulter (les Gaulois, les Algériens, les illettrées, les chômeurs…) et à blesser, parce que, sans doute, l’on est blessé soi-même et que l’on court les plateaux pour éviter le psy ?

Rien n’est conforme à la raison dans tout cela – et la liste est longue de ce qui, depuis 2017, contrevient à la maîtrise des passions, nie la tempérance, la responsabilité, la non-contradiction, la prise en compte des faits, l’esprit critique : tout ce qui fait l’ordinaire de la raison est absent.

Pas grave, après tout : c’est de la com, les princes et les petits marquis sont des fils de pub, et les mots sont indifférents pour les thuriféraires de la «pensée complexe» aux idées simplettes et fausses. Ils brouillent tout, à commencer par le langage – le logos, autre nom de la raison.

Johann Chapoutot

Chronique assurée en alternance par Nadia Vargaftig, Guillaume Lachenal, Clyde Marlo Plumauzille et Johann Chapoutot.

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La philosophie arabe : voyage dans l'histoire des idées (La vidéo débute à 2 minutes 50 secondes)

14 Octobre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Philosophie, #Histoire

Dès le IXe siècle, le monde islamique connut une période d’intense renouveau intellectuel. Tout en s’inscrivant dans la continuité des auteurs grecs, dont ils se considéraient comme les héritiers, les philosophes arabes proposèrent des solutions originales aux questionnements de leur époque.

Du VIIIe au Xe, Bagdad fut le centre d’un immense mouvement de traduction du grec vers l’arabe qui irrigua la pensée philosophique et médicale du nouvel empire islamique. Quelles sont les modalités de ce transfert culturel, quel rôle jouèrent dans cette entreprise  intellectuelle les mécènes, les traducteurs et les philosophes et pourquoi finalement les Arabes se sont-ils emparés de cet héritage antique ?

Pauline Koetschet, chargée de recherche au CNRS, philosophe et spécialiste de textes arabes médiévaux

Cristina Cerami, spécialiste  de la tadition philosophique grecque et arabe et directrice du Centre d’Histoire des Sciences et des Philosophies Arabes et Médiévales. 

Une Table ronde modérée par Ziad Bou Akl, chargé de recherche au CNRS et maître de conférences en philosophie à l’Ecole normale supérieure.

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Philosophie : qu'est-ce que la bêtise ?

13 Octobre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Philosophie

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Conformismes, certitudes, haines ou sottise : la bêtise c'est toujours celle des autres, à la rigueur celle de l'air du temps. Comment penser cet objet toujours situé hors de soi ? 10 émissions pour répondre à cette ancienne question philosophique : pourquoi y a-t-il de la bêtise plutôt que rien ?

"Constellations" : telle est la forme qu'a retenue cette année la Semaine de la pop philosophie pour proposer une approche sociologique, historique, psychologique, littéraire, politique et philosophique bien sûr... de la connerie. Le thème étant en effet particulièrement fécond, France Culture Education propose 10 émissions pour explorer l'empire de la bêtise.

Tout à fait banale et pourtant dérangeante, la bêtise suscite tour à tour l'amusement ou l'agacement, le rire jaune de la mauvaise foi et l'orgueil de celui qui est persuadé qu'on ne parle pas de lui, mais des autres… Seulement, à la bêtise personne n'échappe vraiment. Pour "nuire à la bêtise" comme l'écrivait Nietzsche, il faut donc commencer par admettre qu'elle est en chacun de nous. Voilà peut-être pourquoi il est si difficile de l'appréhender. Car au fond, qu'est-ce que la bêtise ? De la stupidité "bête et méchante" ? Une simple erreur d'aiguillage ou le revers de notre insolente certitude ? Et quel est son contraire ? L'intelligence, la culture ou bien l'humilité ? Pour tenter de décrypter cette humaine, trop humaine faiblesse, il faut le concours de toutes les sciences humaines et sociales. Les psychologues spécialistes du comportement tentent de la définir en exposant le fonctionnement des biais cognitifs, sortes de raccourcis intellectuels, qui nous empêchent de réfléchir en nous confortant dans des schémas de pensée bien définis. Les historiens quant à eux délaissent les victorieuses batailles pour comprendre comment la bêtise peut être le moteur des grands événements, pour le meilleur comme pour le pire. Les philosophes enfin, pourtant grands amoureux de la sagesse, n'hésitent pas à raisonner sur la connerie. Car après tout, à en croire Gilles Deleuze, "rien ne donne plus à penser que ce qui se passe dans la tête d’un sot."

Pour essayer d'être un peu moins bête sur la bêtise, cette sélection propose un choix d'émissions pluridisciplinaires qui l'appréhende à travers ses manifestations et ses mécanismes.

Sommes-nous plus bêtes qu'avant ? 

La bêtise est-elle l’échec de l’intelligence ?

Qu'est-ce que la bêtise ?

Eloge de la bêtise 

A quoi sert l'âge bête ? 

Pourquoi y a-t-il la connerie plutôt que rien ?

Comment écrire l'histoire de la connerie ? 

Baudelaire. La poésie face à l'effroi de la bêtise 

Dostoïevski et l'idiotie

Deleuze et la bêtise

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A lire... "La cause des autres - Une histoire du dévouement politique", par Olivier Christin

12 Octobre 2021 , Rédigé par France Culture - Libération Publié dans #Sociologie, #Politique, #Philosophie

La crise sanitaire nous a conduits à revaloriser le dévouement ordinaire d’un grand nombre d’individus sans lesquels la vie commune serait tout simplement impossible. Pourtant, la reconnaissance politique offerte en retour à ces personnes reste pour le moment avant tout formelle et rhétorique, alors que la pandémie nous offre l’occasion de replacer les vertus publiques au cœur du contrat social, et d’ainsi déjouer le piège individualiste qui semble guetter nos démocraties.

L’engagement de chacun dans la vie civique apparaît alors comme inséparable de sa juste reconnaissance collective. Ce constat s’articule à celui, émis par d’autres voix, selon lequel notre société serait tout particulièrement gangrénée par une passion des plus tristes : le mépris. Ce dernier empoisonnerait les relations sociales et donc le sentiment d’appartenance à une même communauté de destin, mais bloquerait aussi la mobilité sociale, par le manque de confiance qu’il entraîne chez les individus moins favorisés que d’autres. La "société du mépris" ne doit-elle pas donc, là encore, faire place à une société de la reconnaissance et du civisme ?

Pour en parler, nous recevons Olivier Christin, historien, professeur à l’Université de Neuchâtel et directeur du Centre européen d’études républicaines (CEDRE) ; il est l’auteur de "La Cause des autres. Une histoire du dévouement politique" (PUF, 2021), et co-auteur des "100 Mots de la République" (PUF, 2017). Il est rejoint en seconde partie d’émission par Sébastien Le Fol, directeur de la rédaction du Point et auteur de "Reste à ta place !". Le mépris, une pathologie bien française (Albin Michel, 2021).

L'invité des Matins de France Culture. Comprendre le monde c'est déjà le transformer(07h40 - 08h00 - 15 Septembre 2021)

Retrouvez tous les invités de Guillaume Erner sur www.franceculture.fr

la cause des autres : une histoire du dévouement politique - Olivier  Christin - Puf - Grand format - Sauramps

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