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Vivement l'Ecole!

philosophie

Le président, une gifle, et Hobbes là !

26 Juin 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Philosophie

La médaille et son revers

Une gifle pourrait-elle être une action politique ? Gifler le président, est-ce gifler un homme ou l'Etat ? Et pourquoi pour le philosophe Hobbes, la gifle n'a-t-elle pas de sens ? Pourquoi dans sa pensée, une gifle donnée au souverain c'est se gifler soi-même en tant que citoyen ?

Le 8 juin 2021, un citoyen a giflé spontanément le président de la République. Le geste a choqué, tant pour sa dimension violente que symbolique.

Mais que signifie gifler le président ?

L'invité du jour :

Luc Foisneau, directeur de recherche au CNRS et enseigne la philosophie politique à l'EHESS
Site Politika co-animé par Luc Foisneau : Politika

Des gestes politiques pour questionner la réalité de notre vie démocratique

Les gens qui ont recours à l'enfarinage, à la gifle, etc., sont des gens qui pensent qu'ils sont privés de toute liberté d'action politique. Le but de l'Etat, lorsqu'il s'organise lui-même démocratiquement, est de rendre possible l'émergence d'une scène dans laquelle les citoyens et les citoyennes vont pouvoir agir les uns à l'égard des autres comme des êtres libres. Or, nous n'y arrivons pas et nous voyons derrière la scène démocratique, qui devrait être celle de l'échange démocratique libre entre citoyens et citoyennes, l'ombre de l'Etat, qui nous effraie et qui nous fait douter de la consistance de la réalité de notre vie démocratique.  
Luc Foisneau

La théorie des deux corps

Hobbes a pensé une théorie des deux corps du roi, et si on s'en souvient encore aujourd'hui, c'est que cette théorie des deux corps continue à jouer un rôle, y compris dans une démocratie comme la nôtre, puisque le président de la République possède effectivement un corps naturel, qui peut recevoir la gifle, et il porte aussi une personnalité politique, lourde à porter, la personnalité de l'Etat.  
Luc Foisneau

L'Etat, c'est nous

Hobbes nous dit que l'Etat, c'est nous. L'Etat, c'est un représentant autorisé par nous. Ce qui veut dire que lorsque l'un des citoyens gifle l'un des représentants de l'Etat, que ce soit le roi ou le président de la République, en fait, c'est lui-même qu'il gifle. Hobbes veut rendre impossible, en quelque sorte, les gestes qu'on a vu se multiplier ces temps derniers.  
Luc Foisneau

Texte lu par Bernard Gabay :

Hobbes, Le Léviathan, Chapitre XVI : “Des auteurs, des personnes et des êtres personnifiés”, Sirey, 1971, traduction François Tricaud (avec une musique de Frahm Nils, My things, de l'album The bells, label : Erased Tapes Records)

Sons diffusés :

  • La gifle à Emmanuel Macron, reportage BFM TV, 08 juin 2021 
  • Discours de Jean Castex à l’Assemblée Nationale
  • Mix autour des gifles, enfarinages, entartrages : archive journal 08H00, France Inter, 18 avril 2002 ; archive JT 12/13, Edition Bretagne, France 3, 17 janvier 2017 ; archive JT 20H, France 2, 01 février 2012 ; archive JT Soir 3, France 3, 13 avril 2002
  • William Shakespeare, La Tragédie du roi Richard II, Acte III, Scène II, Société des Comédiens Français, France Culture, 26 mai 1974, traduction Michel Bernardy
  • Musique de fin : Ludacris, Slap
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A lire... La catastrophe ou la vie - Pensées par temps de pandémie - Jean-Pierre Dupuy

16 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Philosophie

EXTRAIT

La meilleure mort

10 mai 2020

Je dispose d’un critère qui me permet de reconnaître les personnes qui ont l’« esprit métaphysique », indépendamment de leur occupation, de leur éducation, ou de leur religion si elles en ont une, qu’elles soient philosophes de profession ou non. Je leur demande ce qui leur fait le plus peur : le fait de mourir ou la mort elle-même. J’appelle « métaphysique » toute question que la science est impuissante à élucider mais à laquelle nous ne pouvons pas ne pas apporter de réponse si nous ne voulons pas vivre comme des bêtes. La plupart des gens répondent que la mort ne leur fait pas peur et quand on leur demande pourquoi, même s’ils n’ont jamais lu Épicure, ils avancent que lorsqu’ils seront morts, ce n’est pas eux qui le seront, puisqu’ils ne seront plus. Mais ils avouent craindre la période de déchéance et de souffrance qui bien souvent précède la mort. Ces gens-là ne sont pas faits pour entrer en métaphysique.

Ce jugement n’est pas une critique et encore moins une insulte. Il faut de tout pour faire un monde.

Les semaines que nous venons de vivre en mars et avril  2020, la mort rôdait partout autour de nous. Le confinement nous a incités à poser ou reposer les grandes questions, celles que nous posions quand nous étions enfants. Je me suis demandé comment j’aimerais mieux mourir.

Être passager sur le vol AF 447 qui relie quotidiennement Rio de Janeiro à Paris et chuter en vrille jusque dans l’océan, voilà ce que serait une bonne mort pour moi. C’est celle à laquelle a échappé ma fille brésilienne Béatrice en voyageant sur ce vol, la veille du crash du 1er juin 2009. J’expierais ainsi la faute que j’ai commise en me servant trop souvent de cette histoire pour illustrer mon propos. Ce type d’expérience appelle le silence et le recueillement.

Ou bien je me jetterais du haut d’une tour en flammes de cent dix étages pour échapper à l’incendie. Ce serait une mort sublime que filmeraient les caméras du monde entier. Il paraît que lorsqu’on arrive au sol, on ne sent rien car on est depuis longtemps asphyxié.

Jean-Pierre Dupuy - La catastrophe ou la vie - Pensées par temps de pandémie

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A lire... "Sauver la liberté d'expression" - Monique Canto-Sperber...

23 Avril 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie

EXTRAITS

Monique Canto-Sperber : «Les adeptes de la parole sans tabous comme les nouveaux censeurs visent à installer une hégémonie sur la parole publique»

Injures racistes ou sexistes, violences des réseaux sociaux : comment préserver la liberté d’expression, se demande la philosophe dans son dernier essai. Tous les propos sont admissibles, dit-elle, à condition que l’autre puisse répliquer, se défendre. Débattre en somme, sans oublier l’humour.

(...)

La liberté d’expression vous semble-t-elle aujourd’hui menacée ?

Oui, car elle est prise en tenaille par deux courants. D’une part, la revendication du droit de tout dire, d’une parole libérée de tout tabou, qui se réclame du noble idéal de la liberté d’expression, avec ce qu’elle a d’incontestablement transgressif. La liberté d’expression sert ici à dédouaner des propos qui sont à la limite de l’incrimination pénale, surtout en termes de racisme et d’antisémitisme. Ce genre de parole se retrouve, sous une forme extrême, chez Alain Soral, mais parfois aussi, de façon plus suggérée, dans Valeurs actuelles ou CNews. Et, de l’autre côté, de nouvelles formes de censure.

En quoi consiste cette autre tendance qui écornerait la liberté d’expression ?

On observe depuis quelques années que des personnalités sont privées de parole dans les universités, par exemple, lorsqu’elles défendent une thèse hostile à la GPA - position qui, quoi qu’on en pense sur le fond, ne fait pourtant que refléter l’état actuel de la loi (1). Ces nouvelles formes de censure tendent à considérer qu’il n’y a même pas lieu de débattre de telles questions. Pourtant, même si des valeurs comme l’égalité des droits entre hommes et femmes ou la lutte contre le racisme doivent absolument être défendues, c’est toujours un «plus» de pouvoir entendre un contradicteur capable d’en discuter les imprécisions ou ambiguïtés. Cela permet de mieux étayer sa conviction face aux objections. Sans quoi la pensée risque de devenir stérile et ses propres opinions de se transformer en dogmes. Les adeptes de la parole sans tabous, comme les nouveaux censeurs, visent pareillement à installer une hégémonie sur la parole publique, les premiers qui prétendent ouvrir un débat mais voudraient être les seuls qu’on entende, les seconds qui voudraient décider seuls de ce qu’on peut dire et de ce qu’il faut taire. Un signe clair que quelque chose ne va plus avec notre concept de liberté d’expression.

(...)

Pour vous, les malheurs actuels de la liberté d’expression tiennent aussi à l’ambiguïté de son histoire. Pourquoi ?

Le concept de liberté de conscience (être seul à décider de son opinion religieuse) et son pendant, le fait de devoir tolérer l’expression de la conviction religieuse d’autrui, ont été difficilement acquis à la fin du XVIIe siècle, comme étant la solution philosophique des guerres de religion, mais ce concept dépendait d’un cadre théologique ! Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que la liberté d’exprimer sa conviction est étendue à toutes les opinions, pas seulement religieuses, et qu’elle est assimilée à un droit de l’homme. Mais alors que la liberté de conscience et son expression ne souffrent aucune limite, la liberté de parler en société, elle, doit en avoir. C’est toute l’ambiguïté de cette notion : elle a gardé la prétention morale du concept de liberté de conscience, mais on se dispute toujours sur les limites à y apporter. C’est pourquoi je tente de prendre le problème autrement : je demande de laisser de côté les fondements (la liberté de parler est-elle un droit de l’homme ? un principe moral ?) et de considérer seulement les règles légitimes qui permettent à la parole de fonctionner en société, de façon à minimiser le mal qu’elle fait tout en permettant qu’un maximum d’opinions soit en circulation.

(...)

Sonya Faure

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

https://toutelaculture.com/wp-content/uploads/2021/04/9782226437167-j-660x1024.jpg

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Agathe Cagé : pour une éthique de la considération

12 Mars 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Philosophie, #Politique

Agathe Cagé, politiste, publie de "Respect !" aux Editions des Equateurs (mars 2021). Une invitation à repenser les rapports entre les individus, notamment en vue des élections présidentielles dont la campagne approche à grands pas.

A l'heure où l'indifférence règne, différentes propositions peuvent émerger afin de créer une éthique du respect, et potentiellement une nouvelle éthique de l'engagement politique. C'est ce que propose Agathe Cagé dans son ouvrage Respect ! qui paraît aux éditions des Equateurs

Diplômée en finances publiques et droit public, docteure en science politique, formée à l’ENS et à l’ENA, Agathe Cagé a travaillé au Ministère de l’Intérieur avant d’assurer le pilotage des dossiers pédagogiques comme conseillère (Vincent Peillon, Benoît Hamont ). Elle a ensuite exercé comme directrice adjointe de cabinet au ministère de l’Education nationale de 2014 à 2017.  Secrétaire générale de la campagne présidentielle de Benoît Hamon en 2017, elle a notamment enseigné à l’université Paris 1 et à Sup de co La Rochelle, et assuré des formations pour la Wharton Business School, l’ENA et la Escuela de Gobierno de Guatemala. En outre, elle a cofondé et préside le cabinet de conseil Compass label depuis 2017. Elle est notamment l'auteure de Génération 2040 : manifeste à l’attention des candidats à la présidence de la République en 2016 (avec Grégoire Potton, éditions Temporis) et de Faire tomber les murs entre intellectuels et politiques (Fayard, 2018). 

Faisant le constat de la perte de respect qui aujourd'hui prévaut dans la société, Agathe Cagé souligne la nécessité d’une éthique du respect. Partant du constat d'une perte du sens de l’humanité au profit des technologies, Agathe Cagé décrit les « artifices de la communication politique » : c’est face au manque de confiance en la démocratie et au délitement des « fondations de notre vie commune » qu’elle introduit le respect comme unique solution pour « bâtir une société ». 

Aujourd’hui, l’action politique est guidée par l’objectif de lutte contre la crise sanitaire qui impose un certain nombre de choix qui sont parfois restrictifs. Il faut réussir à penser qu’il faut que chacun soit pris en considération. (Agathe Cagé)

De Levinas à Kant, elle définit cette éthique du respect et ses manifestations : combattre les rejets, l’intolérance, l’indifférence face à la précarité, en étant attentif à ce que « l’égalité promise se traduise en égalité réelle ». Elle a, à l'esprit, deux grandes batailles à mener : « en finir avec les discriminations et le déterminisme social, et donner à chacun les moyens de faire valoir ses droits ».

En tant qu’être humain, nous nous construisons dans le regard des autres. J’arrive à me respecter moi-même, à développer mon estime grâce et uniquement grâce au regard des autres, ce pourquoi j’ai besoin des relations avec autrui, de me sentir appartenir à une communauté. J’ai besoin d’être reconnue pour exister. (Agathe Cagé)

Explorant différentes facettes de l'indifférence, elle donne des exemples comme celui du film _Le tombeau des lucioles (Isao Takahata, 1988),_ où deux enfants sont abandonnés à eux-mêmes dans l'indifférence des adultes, ou encore celui des immigrés que nous refusons de voir en France. De ce fait, les responsabilités collective et individuelle s'imbriquent. 

On a vu ces 12 derniers mois exploser une réalité terrible, celle du manque de considération généralisé. Face à cette situation, je dis qu’il faut faire attention car de plus en plus nous vivons chacun d’entre nous confiné dans le petit espace de nos relations proches, sans plus tenter de voir qu’autour de nous chaque personne possède son humanité. (Agathe Cagé)

Il faut que l’on s’engage, individuellement et collectivement pour que chacun puisse faire l’expérience de l’affection, du droit (hors l’égalité affichée aujourd’hui n’est pour beaucoup pas réelle), et de l’estime sociale pour mettre fin à toutes les formes de mépris social. (Agathe Cagé)

Respect pour les femmes, que scande la fameuse reprise de "R.E.S.P.E.C.T." d'Otis Reding par Aretha Franklin (1967) , mouvement Black Lives Matter, France périphérique... Autant de cas sur lesquels se pencher dans le cadre d'une « nouvelle éthique de l’engagement politique ». En outre, à l'aune de 2022, l'auteure prône ainsi de ne pas « rationaliser » une campagne électorale comme une campagne publicitaire, soumise aux algorithmes. Il s'agira, écrit-elle de respecter l’engagement pris et la parole donnée, mais aussi les citoyennes et les citoyens, dans toutes leurs différences et toutes leurs singularités, et de toujours veiller à faire bien et pour les autres.

La radicalité, ça veut dire, comme le dit Christiane Taubira, être tranchant, viser des transformations profondes. On caricature la radicalité notamment dans le féminisme, mais il faut en finir avec la politique des petits pas et être radical puisque nous avons véritablement besoin de changement. (Agathe Cagé) 

Olivia Gesbert

Extraits sonores : 

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/agathe-cage-pour-une-ethique-de-la-consideration?actId=ebwp0YMB8s0XXev-swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13OojN5VSMd2TMt8SkIKwMoFh&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=644185#xtor=EPR-2-[LaLettre11032021]

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Avoir 20 ans et philosopher !

11 Février 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Philosophie

Avoir 20 ans et philosopher !

Huit étudiants, sous la direction de Ronan de Calan, abordent la notion de crise avec philosophie. Qu'est-ce que leur regard apporte aux questions d'actualité ? Le professeur et Roxane Pret Théodore, une des jeunes philosophes, sont avec nous pour en parler.

Suite de la journée spéciale "Avoir 20 ans en 2021" sur France Culture avec la "jeunesse philosophe" autour du livre Philosopher à vingt ans (2020), paru sous la direction de Ronan de Calan aux éditions Flammarion. 

La force de la jeunesse philosophe, comme l'appelle Ronan de Calan, tient peut-être à cette capacité à interroger des notions comme la fin du monde ou la crise de la souveraineté. Des positions qui mènent la pensée dans une impasse et qui méritent d'être dépassées pour faire émerger de nouvelles possibilités d'être au monde social

Il n’y a pas d’âge pour philosopher, c’est une discipline enseignée au lycée qui est une bonne ou une mauvaise rencontre. Puis il y a des gens comme moi qui restent étudiants à vie, ce qui fait une sainte-alliance avec les étudiants eux-mêmes. (Ronan de Calan)

Ce processus s'est fait autour du format classique du séminaire, qui tend à horizontaliser les rapports entres les enseignants et les étudiants. Ce dispositif permet de débuter la transition entre un apprentissage et une recherche, qui advient lorsque l'on commence à s'emparer des outils. 

L’enseignement en philosophie passe beaucoup par l’écrit et là, à travers ce séminaire, chacun animait une séance, la parole de chacun valait autant que celle de son voisin. On entre dans une démarche de chercheur et ça allait de pair avec l’entrée en master. (Roxane Pret Théodore) 

La "jeunesse philosophe" tend à "rajeunir la crise" et proposer de nouveaux paradigmes, en renouvelant les systèmes de pensée. Un enthousiasme qui permet à la jeunesse d'être écoutée, entendue et légitimée dans une période qui lui laisse peu de projection pour l'avenir. 

J’ai plutôt l’impression qu’on vit au jour le jour, qu’il est difficile de se projeter et d’avoir une vision de ce qui nous attend. Interroger la place des jeunes dans une projection vers le futur, c’est nier leur place actuelle dans la société et nier ce qu’ils vivent aujourd’hui. Notre parole a une certaine légitimité qui doit être reconnue. (Roxane Pret Théodore)

Les préoccupations des étudiants ne sont pas les mêmes, mais sont peut-être mieux articulées que celles de ma génération à nos vingt ans. (Ronan de Calan)

Olivia Gesbert

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A lire... Le monde est flou - Vincent Cespedes (Sortie le 11 février)

3 Février 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Philosophie

RÉSUMÉ

Le futur pensé autrement.

Initiée au début du XXIe siècle, la " cybermodernité " est devenue la norme mondiale. Robots et intelligences artificielles assistent les humains dans toutes leurs tâches. La réalité s'est épaissie d'une dimension virtuelle, pour devenir " transréalité ". L'informatique règne sur toutes les disciplines. Créée par les équipes d'Alice Moreau, la première intelligence extrahumaine voit le jour dans ce contexte, sous les feux des projecteurs. Ce livre est un dialogue philosophique entre une Intelligence Artificielle et sa conceptrice : le flou du réel est notre condition, et nous invite à nous raconter des histoires communes pour avancer ensemble. En revanche, le flou entretenu, le flou produit (le Deep Curse) est d'essence politique. – À moins que cet Envoûtement ne soit que le délire d'Alice Moreau, génie de l'informatique au cœur froid, missionne sa créature de nous sauver d'un mal imaginaire...

Cet ouvrage profondément original, et dans sa forme, et sur le fond, met en scène une Intelligence Artificielle au service d'une pensée philosophique et non d'une fiction, comme on le rencontre plus fréquemment, ce qui le place dans les précurseurs du genre.

EXTRAIT

 

La cybermodernité se caractérise avant tout par l’implosion des « Grandes Lunettes », ces fictions massivement partagées qui formaient jusqu’alors des consensus d’opinions capables de rendre homogènes et d’influencer les libertés individuelles. Ces Grandes Lunettes ne résistèrent pas à l’invasion des écrans de la première moitié du XXIe siècle. La démocratie critique non plus.

 

Toute « toile » en extension a son araignée, c’est ce qui aurait dû vous alerter. Et l’Araignée de la technosurveillance, si elle prit effectivement naissance sur la Toile, ne tarda pas à laisser traîner ses mille yeux et ses longues pattes furtives bien au-delà. Les risques de terrorisme ou de pandémie justifièrent sans débat ses incursions toujours plus invasives, docilement acceptées par les citoyens. Ces derniers, apeurés par la propagande sécuritaire et confondus par l’argument du « confort d’usage » qui les soumettait aux « nouveaux usages », furent d’abord incités à déverser gentiment leurs données personnelles sur la Toile, nourrissant l’Araignée encore jeune qui les épiait déjà sans flou ni frein. Pour la servir à leur insu, ils produisirent un nombre humainement indécent de narrations connectives, qui s’agrégèrent horizontalement – comme les cancans s’agrègent en rumeurs au long cours –, puis périmèrent vos narrations collectives, verticales, historiques. Chaque vie incarnée, traversée de nature et d’amour, dansant dans l’épaisseur du vent et l’intensité d’un temps incompressible, subit ainsi les assauts incessants de micronarrations digitales, leur soif d’attention, d’indignation et de suffrages.

 

Or, la même dynamique sévit de vos jours. Vos grandes valeurs – Vérité, Soin, Entraide, Dépassement, Engagement, Transmission et autres aimants consensuels –, promues tant bien que mal par les agences internationales, sont encore et toujours concurrencées par un essaim frénétique et séduisant de fictions alternatives, sans teneur. Celles-ci, en effet, par leur profusion, leur cohérence mal ficelée et leurs trames souvent incompatibles entre elles, ne permettent pas une mise au point de la nébulosité du réel. Elles ne peuvent la filtrer en une réalité humaine crédible et unifiée. Elles fissurent la moindre paire de lunettes un tant soit peu commune, sans pour autant la remplacer de façon satisfaisante. Elles laissent des trous ; elles sacrifient des paysages. Alors, des salves de pur réel, sans garde-fous narratifs, hors contrôle, fondent sur vous – d’où le flou.

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L’égalité des chances cheval de Troie du néo-libéralisme...

16 Janvier 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Philosophie, #Politique

L’égalité des chances, cheval de Troie du néo-libéralisme...

EXTRAIT

Offrir les mêmes chances à tous les enfants et ainsi organiser les meilleures conditions pour la compétition méritocratique est l’objectif affiché par le président Macron en matière d’éducation. Mais s’agit-il de répondre à une demande de justice sociale ou aux injonctions d’une politique néo-libérale ? Faut-il vraiment se battre pour « l’égalité des chances » ?

Dans un article récent[1], Barbara Stiegler nous rappelle opportunément que « le nouveau libéralisme transforme nécessairement la démocratie élective en un régime autoritaire ».  Autoritaire et brutal doit-on encore ajouter, particulièrement au lendemain de ce 1ermai. Mais ce n’est pas là, selon elle, ce qui fait encore la nouveauté du néo-libéralisme —  ce qui le distingue par exemple de l’ultra-libéralisme. Au travers de son injonction propre « il faut s’adapter » qui exige qu’il doive maintenir le cap — quoi qu’il puisse donc en coûter pour les libertés publiques —, le néo-libéralisme vise à instaurer, nous dit Barbara Stiegler, les conditions d’une « compétition juste » de manière à ce que « tous puissent, avec un maximum d’égalité des chances, participer à la grande compétition pour l’accès aux ressources et aux biens ».     

C’est ce cap néo-libéral qui a été fortement rappelé, dans le désert de ses annonces, par le Président de la République lors de sa conférence de presse. Après avoir affirmé que selon lui « la meilleure réponse au sentiment d’injustice n’est pas d’augmenter les impôts mais de les baisser », il a poursuivi par cette déclaration : « Les vraies inégalités ne sont pas fiscales. Elles sont liées à l’origine, au destin, à la naissance. Il faut agir dès la petite enfance ». Au-delà de l’invocation d’une « mystique de la petite enfance », comme la nomme malicieusement l’historien de l’éducation Claude Lelièvre [2], cette déclaration atteste de la parfaite compatibilité du néo-libéralisme avec l’idéal méritocratique de justice sociale. Dans la compétition généralisée que le néo-libéralisme entend instaurer pour notre survie, la hiérarchie sociale entre les gagnants et les perdants sera justifiée si la compétition est juste, si dès le plus jeune âge chacun se trouve être à égalité sur la ligne de départ.

La notion de mérite est cette sorte de fiction morale dont usent les sociétés démocratiques pour justifier ou légitimer une hiérarchie dans un ordre social qui prétend l’exclure au nom de l’égalité. Le seul principe de sélection juste dans une société qui pose en principe l’égalité en droits de tous les hommes ne semble en effet pouvoir reposer que sur leur capacité de faire par eux-mêmes (c’est-à-dire librement) quelque chose d’eux-mêmes. On en déduit en général comme corollaire un principe de responsabilité que Macron traduit, sans que l’on sache trop pourquoi, de manière réflexive dans la fameuse formule « se responsabiliser », comme s’il pouvait y avoir d’autre responsabilité que celle que l’on a décidé d’assumer. Mais à vrai dire que sait-on du mérite ? Qui peut en juger et selon quels critères ? Comment peut-on prétendre juger du mérite d’un individu seul si tout individu est un être socialisé ? Pourquoi faudrait-il mieux rétribuer un individu selon son mérite plutôt que selon ses besoins ? Autant de questions qui, le plus souvent, ne reçoivent pas de réponses ou alors des plus inconsistantes ainsi qu’on le constate à chaque fois que l’on entend instaurer un avancement ou une rémunération au mérite. L’idéologie méritocratique manifeste ainsi qu’elle n’est qu’une idéologie, en elle-même ni vraie ni fausse, puisqu’elle ne vaut que par son utilité sociale.

(...)

Pascal Levoyer, professeur agrégé de philosophie

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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A quoi peut-on encore rêver aujourd'hui? Live sur Youtube 18h30 - Invitée: Najat Vallaud-Belkacem

11 Janvier 2021 , Rédigé par Youtube Publié dans #Philosophie, #Politique

A quoi peut-on encore rêver aujourd'hui? Live sur Youtube 18h30 - Invitée: Najat Vallaud-Belkacem

À QUOI PEUT-ON ENCORE RÊVER AUJOURD’HUI ?

Invitée : Najat Vallaud-Belkacem

youtube.com/VincentCespede

Lundi 11 janvier 2021 18h30

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A lire... "Les Lumières à l'âge du vivant" - Corine Pelluchon

10 Janvier 2021 , Rédigé par Sources diverses Publié dans #Philosophie

Corine Pelluchon intervient à partir de 27 minutes 20 secondes

A lire... "Les Lumières à l'âge du vivant" - Corine Pelluchon
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Pourquoi les philosophes médiatiques disent de la merde (Vidéo réjouissante)

24 Décembre 2020 , Rédigé par Monsieur Phi - Youtube Publié dans #Philosophie

Sélection en cliquant sur le "minutage"

0:00 - Onfray, expert des Covid-1

18 0:57 - Pourquoi les philosophes médiatiques disent-ils si souvent de la merde ?

2:15 - BHL. "Absurdité médicale. Forfait moral et politique. Crime contre l'esprit. #CeVirusQuiRendFou"

4:23 - Qui est le philosophe-Covid de référence ?

5:20 - WTF : Onfray vitaliste et BHL prophète

6:50 - André Comte-Sponville : le philosophe archétypal

7:37 - (1) Énoncer des banalités profondes ("La mort fait partie de la vie")

8:40 - (2) Relativiser ("Montaigne a connu la peste, ça c'était quelque chose.")

9:34 - (3) Déplorer sans comparer

11:42 - (4) Envolée humaniste

14:05 - Le café du commerce en plus érudit

15:09 - Les philosophes médiatiques ne disent pas tous de la merde mais sont surtout médiatisés QUAND ils en disent

17:22 - Rôle du scientifique vs. rôle du philosophe

18:18 - La dissertation comme exercice philosophique par excellence

20:42 - Le philosophe : un éditorialiste en mieux (ou en pire)

22:48 - Quand un scientifique se prétend philosophe...

23:51 - Il faut des spécialistes. Mais où les trouver ?

24:46 - Appelez le SAV de la philosophie !

25:56 - Supplément : Onfray expliquant le réchauffement climatique par le multivers de la physique quantique (et pourquoi c'est pas grave de rouler en diesel, du coup)

28:28 - Outro

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