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Vivement l'Ecole!

philosophie

Pourquoi tout doit être fait avec passion... (video)

12 Juillet 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Philosophie

De la création artistique à la rage destructrice, de la ferveur religieuse à la passion amoureuse… La passion est partout. Peut-elle influer sur nos comportements telle une drogue ? Que se passe-t-il dans le cerveau amoureux ? Peut-on être dépendant à l’amour passionnel ?

"La passion est le pressentiment de l'amour et de son infini auquel aspirent toutes les âmes souffrantes".

Honoré de Balzac

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Réflexions simplistes sur pensée complexe...

3 Juillet 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Philosophie

Réflexions simplistes sur pensée complexe...

Le retour de bâton est sévère. Alors qu’il était candidat, la presse a chouchouté Emmanuel Macron. Aujourd’hui, les journalistes sont ignorés, pire, privés d’interview du 14 Juillet !

Donc, Emmanuel Macron pense complexe. C’est le Monde qui le dit. Plus précisément, c’est un membre de «l’entourage» présidentiel qui explique ainsi la renonciation de Macron à la «traditionnelle interview du 14 Juillet», devant deux ou trois journalistes vedettes de la télé. Je cite le journal : «"Il n’y a pas de refus d’obstacle avec la presse", jure-t-on à l’Elysée, où l’on fait valoir que la "pensée complexe" du Président se prête mal au jeu des questions-réponses avec des journalistes.» «Pensée complexe» est entre guillemets. «L’Elysée» a donc bien prononcé ces mots. Il y a donc un membre de «l’entourage» qui a expliqué sans rire au Monde que la pensée présidentielle était trop complexe pour s’exposer aux questions simplistes de Gilles Bouleau et Léa Salamé, et qu’elle se déploierait plus à son aise devant le Congrès réuni au château de Versailles. Risée immédiate sur Twitter, où fleurissent les images de melons. Et resurgit l’image d’une interview accordée par Macron à Cyril Hanouna, avec cette légende : «Rare journaliste capable de comprendre une pensée complexe.»

Qu’Emmanuel Macron pense complexe, on le pressentait déjà. Allons plus loin : on l’espérait. C’est préférable dans son job. Mais ce qui est nouveau, c’est la révélation que le Président pense trop complexe pour accepter que cette pensée soit réduite par le questionnement médiatique. Macron n’est pas le premier à faire le constat navré de l’incompatibilité entre une pensée complexe et la moulinette médiatique. Avant lui, c’est Michel Rocard qui avait poussé le plus loin la réflexion accablée sur le sujet. A cette différence près que Rocard en parlait volontiers dans les médias, ce qui le plaçait dans une situation schizophrène et hautement guignolisable. Si les médias sont incapables de restituer une pensée complexe, à quoi bon tenter de l’expliquer dans les médias ?

Mais soit. Partons du principe que Macron pense complexe. Entendez : qu’il pense loin, qu’il pense dialectique, que dans les replis forcément supérieurs de son cerveau se conçoit une vision stratégique. Que cette vision lui dicte des priorités échappant aux simples mortels. Par exemple lorsqu’il invite Trump le 14 Juillet, partons du principe qu’il sait ce qu’il fait, dans quel objectif stratégique secret il s’expose à l’infamante photo avec Trump sur la place de la Concorde.

Dans cette hypothèse, on n’arrive pas à comprendre comment il pense son rapport aux médias. Voilà un candidat qui, depuis l’origine, a été fêté, porté, par l’enthousiasme médiatique. Qui a bénéficié, non seulement d’un nombre sans équivalent de couvertures de magazines, mais aussi d’un soutien idéologique sans faille, avant et après le premier tour, étant présenté par toute l’éditocratie française comme le seul candidat capable de faire barrage à Le Pen. S’il y a eu un «candidat des médias», à l’oral, à l’écrit et à l’image, c’est bien lui. Et à peine élu, du jour au lendemain, distribution de baffes symboliques : intention provocante de trier les journalistes qui suivront ses déplacements, procès intentés aux auteurs de fuites dans la presse, sympathiques invitations à ne pas «fragiliser» par des enquêtes trop offensives des ministres potentiellement mis en cause. Quelle ingratitude.

Ce n’est pas qu’on pleure ici la fin de l’interview du 14 Juillet. On ne va pas verser de larmes sur cette étrange «interview tricolore» à laquelle prêtent chaque année leur concours deux ou trois présentateurs vedettes, affublés pour la circonstance du bonnet de Marianne. Sur les affaires Ferrand ou Pénicaud, sur les démissions de Bayrou et Sarnez, sur l’élection de Ferrand à main levée au poste de président du groupe dominant de l’Assemblée, sur l’accaparement des postes de responsabilité à l’Assemblée par La République en marche, comment trouver un juste ton de questionnement, entre un défilé militaire et deux bouchées de petits fours de la garden-party ?

On ne la pleurera pas, cette interview confite de respect républicain où, au fil des décennies, on a plutôt compté les questions non posées, que les hardiesses investigatrices. Mais au-delà, exclure les questionneurs et les reporters d’images indésirables a-t-il un autre but que de permettre à la souriante propagande présidentielle de se déployer sans concurrence ? Reconnaissons de manière simpliste que la stratégie médiatique de Jupiter, que l’on pourrait résumer par «image partout, info nulle part», manque un peu de complexité.

Daniel Schneidermann

Pour en savoir plus (et surtout pour rétablir la "vérité" sur la "pensée complexe"):

 

 

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A Lire... Connaissance, igorance, mystère... Edgar Morin...

11 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Philosophie

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EXTRAIT

J’aime connaître.

J’ai gardé les curiosités de l’enfance, les interrogations de l’adolescence, j’ai pu, à vingt-sept ans, dans mon livre L’Homme et la Mort, interroger ce qui, dans la condition humaine, pose le plus problème et nécessite une culture transdisciplinaire ; à trente ans, j’ai eu la chance d’être intégré au CNRS, qui m’a permis de satisfaire mes curiosités et interrogations, loué soit-il pour la liberté qu’il m’a accordée !

Je ressens toujours très vivement le plaisir des découvertes et des lucidations, et je n’ai cessé de lire revues scientifiques et ouvrages m’informant des prodigieux progrès des connaissances.

Néanmoins, très rapidement, j’ai compris que la relation entre la connaissance et la réalité posait le problème soulevé depuis longtemps par des penseurs indiens, chinois, grecs, soulevé de nouveau par Kant et aujourd’hui par la science du cerveau et la philosophie de la connaissance : que connaît-on, que peut-on connaître de la réalité ?

La connaissance devenue problématique rend la réalité elle-même problématique, qui rend tout autant problématique l’esprit producteur de la connaissance, lequel rend aujourd’hui énigmatique le cerveau producteur de l’esprit.

Ainsi débouchons-nous sur la relation inséparable et circulaire entre réalité, connaissance, esprit, cerveau. Nous découvrons un inconnu en chacun d’eux et, chose paradoxale, l’inconnu se trouve à l’intérieur du connu et du connaissant. Autrement dit, tout ce qui élucide devient obscur sans cesser d’élucider.

Cela n’a pas éteint ma soif de connaissance, mais l’a élargie et amplifiée dans le but de tenter de connaître la connaissance elle-même, ses possibilités, ses limites, ses risques d’erreur, d’illusion, et de chercher les moyens d’élaborer une connaissance, la plus pertinente possible, ce qui m’a conduit à écrire La Méthode.

Je ressens toujours autant le plaisir des découvertes, des élucidations, aussi bien à propos de l’univers que des petits détails de la vie quotidienne. Cela a suscité chez moi, de plus en plus fortement, l’étonnement – parfois émerveillement, parfois vertige – d’être en vie, de marcher, d’être sous le soleil, de regarder la lune montante dans le ciel nocturne, de contempler les amas d’étoiles, minuscules à mes yeux, énormes à ma connaissance.

Tout ce qui est évident, tout ce qui est connu devient étonnement et mystère.

Mon étonnement s’accroît à chaque regard, à chaque sensation. Ce n’est pas seulement le mystère de la vie, de l’existence, de la réalité, c’est aussi la tête des passants dans la rue, les arbres, les animaux…

Je m’ébahis devant les pépins amassés, protégés comme des bébés à l’intérieur de la chair du melon, des pépins du grain de raisin, ou devant l’amande calfeutrée à l’intérieur du noyau cuirassé de la pêche.

J’ai le fort sentiment de l’invisible caché dans le vu.

Je ressens ce qui a été ressenti par tant d’esprits dans tant de civilisations, le sentiment d’une vérité secrète, qu’il faut chercher avec obstination et ascèse, jusqu’à l’initiation qui fait accéder enfin à la vérité ésotérique. Mais je suis arrivé à la conscience que cette vérité restera à jamais cachée à notre conscience. Ceux qui croient y être parvenus s’illusionnent d’un maître mot qui les illumine. Du reste, je suis toujours éberlué quand j’entends ceux qui brandissent le mot qui dissipe toutes ténèbres : Dieu, Matière, Esprit, Raison, Déterminisme.

Je suis de ceux qui s’émerveillent de l’univers, mais non de ceux qui lui trouvent un sens ou le rationalisent.

Quand le grand Einstein s’enchante de la raison supérieure qui régit l’univers, je ne peux m’empêcher de penser que cette raison supérieure est toute mêlée d’une folie immodérée, avec les annihilations d’antimatière par la matière, les collisions et explosions d’étoiles, les désintégrations ininterrompues de tout ce qui est intégré, sans oublier les cataclysmes qu’a connus l’histoire de la vie, et, si l’on passe à l’humain, les extinctions de civilisations, les anéantissements culturels et les déferlements de massacres et délires, cruautés de toutes sortes !

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Anne Dufourmantelle «La perversion du langage empêche de sortir de la colère sociale»...

16 Mai 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Philosophie

Anne Dufourmantelle «La perversion du langage empêche de sortir de la colère sociale»...

La mobilisation colérique a marqué cette campagne présidentielle. Mais pour l’auteure de la «Puissance de la douceur», la colère doit être écoutée, et, pour la dépasser, le dialogue et le débat démocratique s’imposent. Encore faut-il que les mots aient un sens.

Les éclats de voix et les coups d’éclat n’ont pas manqué pendant la campagne, et le vote protestataire a rassemblé largement à droite comme à gauche pour constituer un front «antisystème». Laurent Fabius, en installant Emmanuel Macron dans sa fonction de président de la République, a dit que le temps «d’apaiser les colères» était venu. Alors même que cette colère électorale, politique ou sociale prend de plus en plus de place et semble ne plus vouloir s’éteindre, ne laissant aucune place à ce que l’on appelait autrefois «l’état de grâce». Dès, le lendemain de l’élection, la première manifestation de l’ère Macron s’est déroulée à Paris. Pour la philosophe et psychanalyste, Anne Dufourmantelle, la première condition de l’apaisement est une capacité au dialogue qui ne peut exister alors que nous sommes plongés dans une époque de grande perversion du langage. Quand les mots échangés disent le contraire de ce qu’ils sont censés dire, la société se retrouve dans une impasse, confrontée à une colère sans fin.

La colère sous toutes ses formes, personnelle ou collective, a marqué la campagne présidentielle et semble être disqualifiée. Est-elle hors-jeu, hors débat ?

La colère est une émotion, mais c’est aussi le fruit d’une pensée. En parlant des individus ou masses en colère, on cherche à les discréditer. On réduit leur sentiment à une pulsion ou à un instinct qui ne peut ainsi accéder à la dignité d’une réaction à l’injustice, ce qui est tout de même sa première raison d’être. La «colère» qui s’est fait jour contre les partis de gouvernement n’est pas à négliger, sans quoi le ressentiment va se creuser. Le risque est de voir la colère se cristalliser en haine ou bien faire retour sur les sujets en les enfonçant plus encore dans le découragement. Ce qui ne promet que de la violence.

D’où vient-elle ?

La colère portée par un individu ou par un groupe vient le plus souvent d’un sentiment de déception ou de trahison. Et de ce point de vue, elle est saine et sainte. Elle exprime un élan vital, un éros, qui sort les sujets de la déréliction, de la morbidité. On est du côté de la vie beaucoup plus que de la mort. La colère est un moyen d’échapper à la mélancolie. S’il n’a pas un objet sur lequel il va «passer sa colère», l’individu risque de la retourner contre lui-même. On dit qu’il y a beaucoup de colère en France, mais c’est peut-être préférable à une situation de résignation léthargique grosse de haines futures. La colère est une sorte de fièvre, le signe d’une crise. On peut faire baisser la température momentanément, mais pour guérir, il faut aller en chercher la cause. Si on s’arrête au symptôme, on peut mettre en danger l’organisme, car le corps social comme le corps humain n’a plus de moyen de s’exprimer.

(...)

Quand il n’y a plus de mots, la rage vient ?

La colère s’accompagne souvent d’un manque de mots pour la dire. Il y a une distorsion de la parole. Les mots justes sont empêchés d’être dits, ou n’arrivent pas à être formulés, dépassent l’intention du sujet. Le danger est là quand la colère se cristallise en haine ou en rage. On entend bien «FHaine» dans FN. D’où peut-être leur récente idée de changer de nom. Dans la paranoïa, la haine permet au sujet de se donner une raison d’être. L’autre devient le bouc émissaire chargé de toutes les frustrations et angoisses de sujets en mal de reconnaissance. La haine permet de retourner un complexe d’infériorité en toute puissance possible contre un tiers. L’attrait immense de la haine vient de ce qu’elle permet à des sujets psychiquement fragiles de trouver un sens à leur frustration et leur impuissance. Elle permet d’échapper au chaos interne qui les menace.

(...)

Comment peut-on dépasser sa colère ?

On en sort par le langage, le dialogue avec l’autre pour obtenir la reconnaissance de la légitimité de son point de vue. Et là, nous nous heurtons à une difficulté pratiquement insurmontable dans notre société, c’est la perversion du langage. C’est moins des expressions que le sens des mots qui est retourné ou dévoyé. On dit «réaliste» quelqu’un qui se conforme à l’idéologie dominante, on dit «évaluer» quand, en réalité, on dévalue en encourageant la délation, on appelle «progrès» toute transgression quelle qu’elle soit, on parle «de protéger les gens» quand, en réalité, on les contrôle, on qualifie soudain de «plébiscite» ce qui était un «barrage» la veille, on dit «se mettre en disponibilité» quand on est placardisé en entreprise et que celle-ci ne licencie pas mais se «restructure», on appelle «réforme» des dérégulations et «révolution» l’actualisation de l’hégémonie économique sur la politique.

(...)

C’est un langage vide ?

C’est pire qu’un langage vide, c’est pire que le cynisme, c’est un langage pervers. Le risque - ou l’intérêt d’un Etat comme d’un sujet qui ne veut pas répondre à une demande de justice - alors est de ne laisser comme porte de sortie que la violence, la lutte armée, les affrontements des «casseurs». «On a que ça», disent-ils. Si les mots ne sont pas communs, si les mots n’ont plus de sens, le socle d’une compréhension commune disparaît, et nous nous retrouvons dans une société bloquée. D’autant que l’institution ne peut sortir de cette situation, c’est aux individus de refuser cette perversion pour retisser un dialogue efficient, qui convertit la colère non pas en haine mais en relation de deux intelligences loyales. Pour sortir de la colère, si on ne peut remédier à ce qui l’a provoquée, à ses causes profondes, il faut au moins créer un espace-temps un peu préservé et des conditions matérielles de dignité a minima, c’est-à-dire des conditions qui permettent de la supporter et de l’alléger, voir de retrouver une forme de sérénité. On ne peut pas demander à un sujet de dépasser sa colère sans qu’il ait un espace de reconnaissance un peu sauvegardé d’où il pourra la transcender et tâcher de la comprendre plutôt que d’y céder.

Philippe Douroux

L'entretien est à retrouver dans son intégralité ci-dessous

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Coup de coeur... Sôren Kierkegaard...

13 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Philosophie

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Je peux me figurer qu’il savait amener une jeune fille au point culminant où il était sûr qu’elle sacrifierait tout pour lui. Mais les choses ayant été poussées jusque-là, il rompait, sans que de son côté les moindres assiduités aient eu lieu, sans qu’aucun mot d’amour ait été prononcé, et encore moins une déclaration d’amour, une promesse. Et pourtant, une impression avait été créée, et la malheureuse en gardait doublement l’amertume, parce qu’elle n’avait rien sur quoi s’appuyer et parce que des états d’âmes de nature très différente devaient continuer à la balloter dans un terrible sabbat infernal lorsqu’elle se faisait des reproches, tantôt à elle-même en lui pardonnant, et tantôt à lui, et qu’alors elle devait toujours se demander si, après tout, il ne s’agissait pas d’une fiction, puisque ce n’était qu’au figuré qu’on pouvait parler de réalité au sujet de ce rapport.

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Oui, tout doit être fait avec passion!...

13 Mai 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Philosophie

De la création artistique à la rage destructrice, de la ferveur religieuse à la passion amoureuse… La passion est partout. Peut-elle influer sur nos comportements telle une drogue ? Que se passe-t-il dans le cerveau amoureux ? Peut-on être dépendant à l’amour passionnel ?

"La passion est le pressentiment de l'amour et de son infini auquel aspirent toutes les âmes souffrantes." Honoré de Balzac

Théâtre, littérature, sciences "carburent" au rythme des passions les plus viscérales et les plus débridées. De Balzac à Hume, le régime des passions sous toutes ses coutures.

Un débat enregistré en 2016.

Jean-Pierre Cléro, philosophe, professeur de l’Université de Rouen

Boris Lyon-Caen, maître de conférences en littérature à l’Université Paris-Sorbonne

Roland Jouvent, professeur de psychiatrie à l’Université Pierre-et-Marie Curie, directeur du Centre émotion du CNRS à l'Hôpital de la Salpêtrière à Paris

Catherine Portevin, chef de la rubrique Livres de "Philosophie Magazine".

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Chomsky, les mots du pouvoir...

11 Mai 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie, #Linguistique

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EXTRAITS

Père de la linguistique moderne, inlassable activiste et pourfendeur du néolibéralisme, le penseur américain réunit trente ans d’écrits politiques et prises de position contre l’endoctrinement étatique.

On peut admettre que le déterminisme familial existe, peu ou prou, et que, parfois, il fait assez bien les choses. William (Zev) Chomsky, pour éviter d’être enrôlé dans les armées tsaristes, fuit la Russie en 1913 et émigre aux Etats-Unis. C’est un homme de culture et de science, un pédagogue, qui consacre ses recherches à l’hébraïsme et à la langue hébraïque médiévale. Elsie Simonofsky est née en 1903 à Bobruisk, près de Minsk, aujourd’hui capitale de la République de Biélorussie. Elle a juste 1 an lorsqu’elle arrive avec sa famille à New York. Elle est professeure au Gratz College de Melrose Park, Pennsylvanie, l’institution d’éducation juive la plus prestigieuse, dont, chargée de la formation des maîtres, elle est l’une des figures majeures.

Mariés, William et Elsie travaillent ensemble à l’école Mikveh Israel puis au Gratz College. William écrit beaucoup, publie de nombreux ouvrages, dont Hebrew, the Eternal Language (1957), et acquiert une telle notoriété intellectuelle qu’à sa mort, en 1977, le New York Times le salue comme «l’un des tout premiers grammairiens de l’hébreu du monde». Elsie préfère rester dans l’ombre, y compris celle de son mari : elle est plus austère que lui, mais beaucoup plus engagée dans l’activité militante et les luttes sociales.

(...)

«Organiser la mobilisation»

Ce que le linguiste américain dit du contrôle social, en prenant acte de la progressive disparition des modes de «représentation» traditionnels, syndicaux ou politiques, semble au contraire d’une grande actualité. Il critique en effet le socialisme autoritaire, les types de gouvernements «éclairés» et les autres organisations constituées qui croient pouvoir dicter aux citoyens les modes de vie pour lesquels ils devraient opter et, de fait, les privent de toute initiative. Et se demande comment cette initiative pourrait être reprise collectivement, autrement dit comment «organiser la mobilisation» et coaguler les forces qui veulent non seulement comprendre les mécanismes de pouvoir mais les retourner pour qu’ils servent leur liberté au lieu de conforter leur aliénation. Mais comment faire, dans les pays où «les gens sont désillusionnés, effrayés, sceptiques, en colère» et «ne font plus confiance à rien, veulent quelque chose de mieux, savent que tout est pourri» ? Tout dépend, dit Noam Chomsky, de la «décision d’agir ou pas», d’une difficile décision, que toute son œuvre politique vise à «informer» et rendre possible. En ajoutant toujours : «Nous ne pouvons pas perdre espoir.» Parole d’un homme qui aura 89 ans à la fin de l’année.

Robert Maggiori

A lire intégralement ci-dessous

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Le sens, l'impasse de cette élection... Par Cécile Alduy

10 Mai 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Philosophie

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«Aller voter dimanche. Même contre», concluait la semaine dernière Caryl Férey. Surtout contre. Comme toujours contre. Et sans regrets. Ce qui ne veut pas dire sans amertume. Ni angoisse devant les lendemains qui déchantent. Depuis le soir du premier tour de cette étonnante élection a résonné une étrange rengaine : il serait fatigant, injuste, voire indigne de voter «contre». Comme si nous n’avions pas presque toujours par le passé mis un bulletin par défaut le jour du second tour. Songeons à 2012 : qui osera récrire l’histoire et nous faire croire que c’est le charisme fulgurant du plat François Hollande qui a convaincu une majorité (très relative) d’électeurs ? Combien de points gagnés grâce au réflexe anti-Sarkozy ? Inversement, 1995 fleurait bon la revanche pour la droite. Et pense-t-on que le vote FN est un vote «pour», quand il se nourrit du rejet ou de la haine de tant d’ennemis réels ou imaginaires ? Il n’y a pas jusqu’au fameux «sortir les sortants» et autre «dégagisme» de ces mêmes antimacronistes de gauche effarouchés qui ne relèvent aussi du vote «contre». C’est le principe même de l’alternance que de reposer autant sur la détestation que sur l’adhésion.

Voter contre, dans ce jeu d’antithèses qu’est tout second tour, c’est toujours aussi voter «pour», mais un «pour» plus large, plus désintéressé aussi que celui du 1er tour. C’est affirmer des valeurs supérieures à nos petites préférences partisanes, à nos allergies de personnes. S’assurer qu’une élection ne détruise pas, au gré de notre indifférence ou de nos vœux de pureté mal placés, la vie d’autres que nous, ou celle de nos enfants. Regardons outre-Atlantique, d’où je viens, où je vote aussi : certes, pas de «mur» encore sur la frontière mexicaine, mais des violences racistes et homophobes décomplexées, des industries minières et pétrolières euphoriques et le risque que, demain, des millions de familles perdent, littéralement, leur seul espoir de survie avec l’abolition de l’Obamacare, l’assurance médicale ouverte à tous. Le nouveau projet de loi renverra diabétiques, femmes enceintes, malades du sida, du cancer, ou hémophiles à leurs «conditions préexistantes». Voulait-on vraiment essayer ce qu’aurait été une France aux couleurs Bleu Marine ? Ou se coltiner les conséquences d’un score au-dessus des 40 % ?

On en vient à s’interroger : de quel côté ont été finalement les «pudeurs de gazelle» pendant cette campagne ? Les non-dits ont été parfois aussi délétères que les oukases. Il y a eu d’impressionnants silences : certains lourds comme des orages que nous feignons de ne pas entendre souffler sur nos nuques (le réchauffement climatique aux abonnés absents des débats) ; d’autres embarrassés ou cyniques, de ceux qui se sont cachés derrière des circonlocutions pour ne pas prononcer «voter Macron» afin de se ménager un avenir politique. Et puis cette lacune béante causée par le renoncement de Hollande : aucune discussion du bilan du quinquennat, zéro examen de conscience ni examen critique. Pas de construction collective d’un sens aux cinq années passées. Le sens, la grande impasse de cette élection.

Car maintenant que la poussière de la campagne est retombée, que reste-t-il de ces kilomètres de débats, discours, interviews, tweets ? Qui a su dire plutôt que taire, trouver les mots justes, dissiper la confusion du réel et des signes ? Car on en a soupé des mots flous - «le peuple», «le système», «la révolution» (de Macron, Fillon, Mélenchon) - brandis comme totems et tabous, chiffons rouges qu’on agite pour faire peur, aiguiser les haines (de classe, des médias ou de l’étranger), se draper de radicalité à peu de frais. Jusqu’au nouveau tic de langage de Mélenchon, «vous, les gens», à mi-chemin entre condescendance (il s’en exclut, un rien paternaliste) et séduction populiste («les vrais gens» en sous-entendu) : ou comment s’arroger le droit de parler au nom de ce «peuple» qui a pourtant voté de voix bien diverses.

Il y a aussi eu toutes ces bévues linguistiques ou transgressions stratégiques qui laissent un goût amer. On aura entendu Arnaud Montebourg parler d’«UMPS», Manuel Valls d’«assistanat», Malek Boutih traiter Benoît Hamon d’«islamo-gauchiste», Marine Le Pen se prendre pour Simone de Beauvoir. Dans un autre registre, François Fillon a sans ciller revendiqué sa «rebelle» attitude à 13 000 euros le costard. Emmanuel Macron, lui, a jeté un «je vous aime» comme argument électoral. Des euphémismes doucereux de Le Pen sur la sortie de l’euro ou son credo identitaire aux vraies «fake news» à la WikiLeaks relayés par le FN en fin de campagne, c’est l’arrimage des mots aux choses qui a été déjointé. D’où l’impression confuse, attristante, qu’on n’a rien entendu de fort, de marquant, de précis ces dernières semaines. Peu de pensée claire et distincte ; beaucoup de com, bravache, tonitruante ou version filet d’eau tiède consensuel ; des spectateurs électeurs à l’affût des punchlines, friands autant que dégoûtés des affaires. Surtout une politique des émotions qui se substitue aux clivages politiques traditionnels : ce sont des communautés sentimentales qui se sont reconnues (et qui ont été construites, exploitées par les discours) dans le quatuor de candidats au top du premier tour. Ressentiment et colère contre optimisme et enthousiasme, beaucoup ont voté avec leurs tripes.

Quel avenir pour cette politique des émotions ? On peut convaincre sur des idées, on peut arguer sur des projets, mais on ne peut pas persuader quelqu’un de changer son ressenti. La colère est là, la confiance aussi, mais ailleurs. Quand les clivages politiques deviennent des antagonismes affectifs, quelle réconciliation possible des expériences ?

On aurait voulu une campagne qui donne du sens, on aura eu des silences et l’exacerbation des sentiments. «L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant», écrivait René Char, qui n’a jamais confondu la pureté des principes et les exigences de la parole et de l’action. Cette campagne présidentielle en a été la triste illustration.

Cécile Alduy Professeure de littérature et de civilisation françaises

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Coup de coeur... Ruwen Ogien...

6 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

Peut-on philosopher sur l’amour sans  « tuer le sujet », c’est-à-dire sans lui ôter ce qui fait sa saveur, son  mystère, son importance dans nos vies ?

La  philosophie, avec ses concepts abstraits et ses schémas de pensée  généraux, peut-elle saisir ce qu’il y a de charnel, de sensuel,  d’émotionnel, de particulier dans chaque histoire d’amour.

Pour certains penseurs, la réponse est clairement « non ».

Si  on me passe l’image, je dirais que, pour eux, réfléchir sur l’amour  avec les outils rationnels de la philosophie, ce serait comme essayer de  capturer une infinité de poissons minuscules qui nagent dans tous les  sens avec un filet à grosses mailles.

Un projet vain et un peu ridicule.

Ils  estiment que la poésie, la nouvelle, le cinéma, le roman (avec des  allusions autobiographiques de préférence) sont des genres bien mieux  adaptés pour parler d’amour, en raison de leur absence de prétention  théorique et de leur sensibilité aux aspects corporels, singuliers, de toute activité humaine.

Ils  considèrent que les théories générales et abstraites de l’amour  produites par les philosophes sont autodestructrices, parce qu’elles  font disparaître ce qu’elles cherchent à expliquer : le caractère unique  de chaque rencontre amoureuse, l’intensité des émotions qu’elle suscite.

Martha  Nussbaum l’écrit à sa façon claire et directe : « Nous avons suggéré  que les théories sur l’amour, et tout particulièrement les théories  philosophiques, ne nous offrent pas ce que nous découvrons dans les  histoires [d’amour] parce qu’elles sont trop simples. »

Roland  Barthes est évidemment plus obscur et plus tortueux, mais il dit à peu  près la même chose : « L’amour (le discours amoureux) : cela même dont  le propre est de résister à la science, à toute science, à tout discours  de l’unification, de la réduction, de l’interprétation. »

Je suis en désaccord complet avec ces affirmations.

Elles  font de l’amour une sorte d’exception par rapport à toutes les autres  questions existentielles sans proposer de justification solide à ce  traitement sélectif.

Personne ne  semble penser que philosopher sur la nostalgie, la finitude ou l’ennui  conduira nécessairement à appauvrir ces sentiments, à les remplacer par  des généralités intellectuelles.

Personne  (à part quelques stoïciens) ne semble croire que réfléchir  rationnellement sur la souffrance ou la solitude aboutira à les faire  disparaître de nos vies (ce qu’on pourrait regretter par ailleurs).

Pourquoi n’en va-t-il pas de même pour l’amour ?

Pourquoi cette exception ?

À  mon avis, elle a pour origine le fait que, selon certains philosophes,  la connaissance de l’amour doit être aussi intuitive, spontanée,  émotionnelle que l’amour lui-même.

Or  cette proposition est loin d’être évidente. Elle ne fait que conforter,  sans aucun argument à l’appui, des préjugés anti-intellectuels. Je ne  vois donc pas pourquoi il faudrait la prendre au sérieux  philosophiquement.

D’autres objections au projet de philosopher sur l’amour, ou de proposer des théories de l’amour me paraissent moins douteuses.

Ainsi,  on pourrait accuser la philosophie de l’amour de rester prisonnière de  l’idée que l’amour et le bien, c’est la même chose.

Cette idée s’exprimerait dans la conviction, dont les sources chrétiennes ont été souvent soulignées, qu’il ne peut pas y avoir de « mauvais amour », car aimer c’est toujours bien, même lorsque l’objet de l’amour est un ennemi ou une crapule qui ne mérite pas l’attention affectueuse qu’on lui donne.

Vladimir  Jankélévitch a exprimé ce point de vue avec sa verve habituelle : « Il  est moral d’aimer, quel que soit l’aimé, et même si l’aimé n’est pas  aimable, c’est-à-dire ne mérite pas l’affection que nous lui portons :  car l’amour s’il est sincère et passionné a une valeur catégorique et  justifie à lui seul les aberrations de l’amant. Une fois au moins dans  sa médiocre vie l’homme le plus sec, tandis qu’il était amoureux, aura  connu la grâce de vivre pour un autre. »

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Ruwen Ogien, la liberté à tout jamais... "On peut mener la vie qu’on veut tant qu’on ne porte pas tort à autrui."

6 Mai 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie

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EXTRAIT

Le philosophe est mort jeudi d’un cancer. Personnalité d’une exquise gentillesse et volontiers provocateur, le directeur de recherches au CNRS défendait l’«éthique minimale», soit une approche libertaire de la morale selon laquelle on peut mener la vie qu’on veut tant qu’on ne porte pas tort à autrui.

Il n’est pas exagéré de dire que c’était un homme merveilleux, un homme s’émerveillant de tout, émerveillant tout le monde par son intelligence certes, par cet humour qui lui donnait la force de tourner en dérision ses propres tourments, la sale maladie par laquelle son corps était rongé depuis quatre ans, et surtout par une gentillesse et une courtoisie hors du commun, aussi éloignées que possible de la mièvrerie, qui le rendaient disponible aux choses et aux êtres et faisaient que, devant lui, si attentif, si accueillant, on se sentait plus intelligent, on devenait, ne serait-ce qu’un instant, la personne la plus importante du monde. Ruwen Ogien est mort jeudi, en début d’après-midi, à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. Il venait de publier Mes mille et une nuits (Albin Michel, 2017) où, fustigeant le «dolorisme», il parlait de son «cancer capricieux chaotique».

«Diagnostics lumineux»

C’était un proche de Libération, même si parfois il s’irritait de ce qu’il y lisait (mais généralement il cueillait là l’occasion d’écrire une nouvelle chronique), il écrivait sur le blog «LibéRation de philo», goûtant les «joies et les peines du "blogueur" exposé aux commentaires rarement très sympathiques des lecteurs», avait participé aux «Libé des philosophes», aux Master classes sur la justice, était souvent venu parler aux forums organisés par le journal, envoyait souvent des articles pour les pages Idées. C’est que rien ne lui était étranger, aucun événement politique, aucun fait de société, aucune question éthique - et que tout excitait sa réflexion, qu’il déployait souvent de façon paradoxale, sinon provocatrice. Il plaçait au-dessus de tout la liberté individuelle. Mais en un sens particulier. A propos de la liberté d’expression, par exemple, il écrivait ici même qu’elle n’était ni «un avantage qu’on réclame pour soi» ni «le droit d’affirmer publiquement ses propres opinions, de vanter ses idées», mais bien «le devoir de respecter celles des autres». Il se moquait lui-même du fait qu’on sollicite sans cesse les philosophes afin qu’ils donnent des avis. Signe, disait-il (1), que l’idée qu’ils soient capables «par la magie de [leur] esprit» de «poser des diagnostics lumineux sur absolument tout» est largement partagée. Aussi se gardait-il d’en «donner», des avis : il proposait plutôt des outils pour éprouver la validité des siens et pour que ses lecteurs testent la solidité des leurs.

(...)

Robert Maggiori

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