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Vivement l'Ecole!

philosophie

Jean-Paul Sartre : "Un enfant, ce monstre que les adultes fabriquent avec leurs regrets"...

4 Novembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Philosophie

Denis Podalydès donne une lecture de quelques extraits des Mots, dans le cadre de la "Nuit Sartre", enregistrée en juin 2013.

Dans "Les Mots" Sartre conteste le mythe de l'écrivain, la sacralisation de la littérature dans un procès dont il est à la fois juge et partie. "L'écrivain engagé" dénonce ce risible sacerdoce, cette religion absurde héritée d'un autre siècle..., et piétine les illusions d'une vocation littéraire.

"J'ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute : au milieu des livres. Dans le bureau de mon grand-père, il y en avait partout ; défense était de les faire épousseter sauf une fois l'an, avant la rentrée d'octobre. Je ne savais pas encore lire que, déjà, je les révérais, ces pierres levées : droites ou penchées, serrées comme des briques sur les rayons de la bibliothèque ou noblement espacées en allées de menhirs, je sentais que la prospérité de notre famille en dépendait..."

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Eloge de la lenteur... (Vidéo)

2 Novembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Philosophie

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Coup de coeur... Cornelius Castoriadis... "Stopper la montée de l'insignifiance"...

24 Octobre 2017 , Rédigé par Le Monde Diplomatique Publié dans #Littérature, #Philosophie

(...)

L’éducation devrait être beaucoup plus axée vers la chose commune. Il faudrait comprendre les mécanismes de l’économie, de la société, de la politique, etc. Les enfants s’ennuient en apprenant l’histoire alors que c’est passionnant. Il faudrait enseigner une véritable anatomie de la société contemporaine, comment elle est, comment elle fonctionne. Apprendre à se défendre des croyances, des idéologies.

Aristote a dit : « L’homme est un animal qui désire le savoir. » C’est faux. L’homme est un animal qui désire la croyance, qui désire la certitude d’une croyance, d’où l’emprise des religions, des idéologies politiques. Dans le mouvement ouvrier, au départ, il y avait une attitude très critique. Prenez le deuxième couplet de L’Internationale, le chant de la Commune : « Il n’est pas de Sauveur suprême, ni Dieu - exit la religion - ni César, ni tribun » - exit Lénine !

Aujourd’hui, même si une frange cherche toujours la foi, les gens sont devenus beaucoup plus critiques. C’est très important. La scientologie, les sectes, ou le fondamentalisme, c’est dans d’autres pays, pas chez nous, pas tellement. Les gens sont devenus beaucoup plus sceptiques. Ce qui les inhibe aussi pour agir.

Périclès dans le discours aux Athéniens dit : « Nous sommes les seuls chez qui la réflexion n’inhibe pas l’action. » C’est admirable ! Il ajoute : « Les autres, ou bien ils ne réfléchissent pas et ils sont téméraires, ils commettent des absurdités, ou bien, en réfléchissant, ils arrivent à ne rien faire parce qu’ils se disent, il y a le discours et il y a le discours contraire. » Actuellement, on traverse une phase d’inhibition, c’est sûr. Chat échaudé craint l’eau froide. Il ne faut pas de grands discours, il faut des discours vrais.

De toute façon il y a un irréductible désir. Si vous prenez les sociétés archaïques ou les sociétés traditionnelles, il n’y a pas un irréductible désir, un désir tel qu’il est transformé par la socialisation. Ces sociétés sont des sociétés de répétition. On dit par exemple : « Tu prendras une femme dans tel clan ou dans telle famille. Tu auras une femme dans ta vie. Si tu en as deux, ou deux hommes, ce sera en cachette, ce sera une transgression. Tu auras un statut social, ce sera ça et pas autre chose. »

Or, aujourd’hui, il y a une libération dans tous les sens du terme par rapport aux contraintes de la socialisation des individus. On est entré dans une époque d’illimitation dans tous les domaines, et c’est en cela que nous avons le désir d’infini. Cette libération est en un sens une grande conquête. Il n’est pas question de revenir aux sociétés de répétition. Mais il faut aussi - et c’est un très grand thème - apprendre à s’autolimiter, individuellement et collectivement. La société capitaliste est une société qui court à l’abîme, à tous points de vue, car elle ne sait pas s’autolimiter. Et une société vraiment libre, une société autonome, doit savoir s’autolimiter, savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire ou qu’il ne faut pas désirer.

Nous vivons sur cette planète que nous sommes en train de détruire, et quand je prononce cette phrase je songe aux merveilles, je pense à la mer Egée, je pense aux montagnes enneigées, je pense à la vue du Pacifique depuis un coin d’Australie, je pense à Bali, aux Indes, à la campagne française qu’on est en train de désertifier. Autant de merveilles en voie de démolition. Je pense que nous devrions être les jardiniers de cette planète. Il faudrait la cultiver. La cultiver comme elle est et pour elle-même. Et trouver notre vie, notre place relativement à cela. Voilà une énorme tâche. Et cela pourrait absorber une grande partie des loisirs des gens, libérés d’un travail stupide, productif, répétitif, etc. Or cela est très loin non seulement du système actuel mais de l’imagination dominante actuelle. L’imaginaire de notre époque, c’est celui de l’expansion illimitée, c’est l’accumulation de la camelote - une télé dans chaque chambre, un micro-ordinateur dans chaque chambre -, c’est cela qu’il faut détruire. Le système s’appuie sur cet imaginaire- là.

La liberté, c’est très difficile. Parce qu’il est très facile de se laisser aller. L’homme est un animal paresseux. Il y a une phrase merveilleuse de Thucydide : « Il faut choisir : se reposer ou être libre. » Et Périclès dit aux Athéniens : « Si vous voulez être libres, il faut travailler. » Vous ne pouvez pas vous reposer. Vous ne pouvez pas vous asseoir devant la télé. Vous n’êtes pas libres quand vous êtes devant la télé. Vous croyez être libres en zappant comme un imbécile, vous n’êtes pas libres, c’est une fausse liberté. La liberté, c’est l’activité. Et la liberté, c’est une activité qui en même temps s’autolimite, c’est- à-dire sait qu’elle peut tout faire mais qu’elle ne doit pas tout faire. C’est cela le grand problème de la démocratie et de l’individualisme.

Cornelius Castoriadis

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Najat Vallaud-Belkacem - Dimanche 8 octobre - Blois, Hôtel de Ville salle James Malfray 11h30 - 13h "La République : un ascenseur social ? Hier et aujourd'hui"

6 Octobre 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire, #Philosophie

Najat Vallaud-Belkacem - Dimanche 8 octobre - Blois, Hôtel de Ville salle James Malfray 11h30 - 13h "La République : un ascenseur social ? Hier et aujourd'hui"

La République : un ascenseur social ? Hier et aujourd'hui

« L’ascenseur social », sous la Ve République, a fonctionné. Le parcours de Najat Vallaud-Belkacem, qui l’évoque dans son livre La vie a plus d’imagination que toi (Grasset), et ceux de Marc Gricourt et de Pierre Micheletti, tous deux originaires des « Quartiers Nord » de Blois, en témoignent. Alors que l’un est devenu maire de sa ville, l’autre dirige en effet aujourd’hui une grande ONG. Ces itinéraires seraient-il encore possible ? Qu’en est-il aujourd’hui de la méritocratie républicaine ?

Blois, Hôtel de Ville - Salle James Malfray 11h30 - 13h
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4 (bonnes) raisons philosophiques d’être fainéant...

14 Septembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Philosophie, #Faineant

EXTRAITS

Paria, marginal ou cynique, le fainéant a toujours suscité autant louanges que dédain ou critiques, jusqu'à Emmanuel Macron. Depuis l'Antiquité, les philosophes font l'éloge de l'oisiveté contre le dogme du travail. Mais pourquoi Sénèque, Rousseau, Lafargue ou Russell défendent-ils la paresse ?

"Je ne céderai rien, ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes", déclarait le chef de l'État, Emmanuel Macron, vendredi 8 septembre depuis Athènes. Mais pourquoi s'insurger contre ces "fainéants", la paresse ne pourrait-elle pas être ce terreau de la réflexion et de la liberté ? Les philosophes interrogent cet art de ne rien faire : Sénèque, Rousseau, Lafargue et Russell font ainsi l'apologie de l'oisiveté et des loisirs.

(...)

Extrait de la Lettre LV, issue des Lettres à Lucilius, écrites en 63-64 :

Il y a loin du vrai repos à l'apathie. Pour moi, du vivant de Vatia, je ne passais jamais devant sa demeure sans me dire : "Ci-gît Vatia." Mais tel est ô Lucilius, le caractère vénérable et saint de la philosophie, qu'au moindre trait qui la rappelle le faux-semblant nous séduit. Car dans l'oisif le vulgaire voit un homme retiré de tout, libre de crainte, qui se suffit et vit pour lui-même, tous privilèges qui ne sont réservés qu'au sage. C'est le sage qui, sans ombre de sollicitude, sait vivre pour lui ; car il possède la première des sciences de la vie. Mais fuir les affaires et les hommes parce nos prétentions échouées nous ont décidées à la retraite, ou que nous n'avons pu souffrir de voir le bonheur des autres ; mais, de même qu'un animal timide et sans énergie se cache par peur, c'est vivre, non pour soi, mais de la plus honteuse vie : pour son ventre, pour le sommeil, pour la luxure. Il ne s'ensuit pas qu'on vive pour soi de ce qu'on ne vit pour personne. Au reste, c'est une si belle chose d'être constant et ferme dans ses résolutions, que même la persévérance dans le rien faire nous impose.

(...)

Dans Les rêveries du promeneur solitaire, "sixième promenade", rédigées entre 1776 et 1778 et publiées à titre posthume en 1782, Jean-Jacques Rousseau écrivait ceci :

Je m'abstiens d'agir, car toute ma faiblesse est pour l'action, toute ma force est négative, et tous mes péchés sont d'omission, rarement de commission. Je n'ai jamais cru que la liberté de l'homme consistât à faire ce qu'il veut, mais bien à ne jamais faire ce qu'il ne veut pas, et voilà celle que j'ai toujours réclamée, souvent conservée, et par qui j'ai été le plus en scandale à mes contemporains ; car, pour eux, actifs, remuants, ambitieux, détestant la liberté dans les autres et n'en voulant point pour eux-mêmes, pourvu qu'ils fassent quelque-fois leur volonté, ou plutôt qu'ils dominent celle d'autrui, ils se gênent toute leur vie à faire ce qui leur répugne, et n'omettent rien de servile à commander.

(...)

Extrait de Le droit à la paresse de Paul Lafargue, paru en 1880 :

Et cependant le génie des grands philosophes du capitalisme reste dominé par le préjugé du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le rédempteur de l'humanité, le Dieu qui rachètera l'homme des sordidæ artes et du travail salarié, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la liberté.

(...)

Russell écrivait dans L'éloge de l'oisiveté, en 1932 :

Si le salarié ordinaire travaillait quatre heures par jour, il y aurait assez de tout pour tout le monde, et pas de chômage (en supposant qu'on ait recours à un minimum d'organisation rationnelle). Cette idée choque les nantis parce qu'ils sont convaincus que les pauvres ne sauraient comment utiliser autant de loisir. [...] Le bon usage du loisir, il faut le reconnaître, est le produit de la civilisation et de l'éducation. Un homme qui a fait de longues journées de travail toute sa vie n'ennuiera s'il est soudain livré à l'oisiveté. Mais sans une somme considérable de loisir à sa disposition, un homme n'a pas accès à la plupart des meilleurs choses de la vie. Il n'y a plus aucune raison pour que la majeure partie de la population subisse cette privation ; seul un ascétisme irréfléchi, qui s'exerce généralement par procuration entretient notre obsession du travail excessif à présent que le besoin ne s'en fait plus sentir.

(...)

Caroline Barkhou

L'article est à lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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Coup de coeur... Montesquieu...

25 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

Coup de coeur... Montesquieu...

Nous avons dit que les lois étaient des institutions particulières et précises du législateur, et les mœurs et les manières des institutions de sa nation en général. De là, il suit que, lorsque l’on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, cela paraîtrait trop tyrannique : il vaut mieux les changer par d’autres mœurs et d’autres manières.

Ainsi, lorsqu’un prince veut faire de grands changements dans sa nation, il faut qu’il réforme par les lois ce qui est établi par les lois, et qu’il change par les manières ce qui est établi par les manières : et c’est une très mauvaise politique, de changer par les lois ce qui doit être changé par les manières.

La loi qui obligeait les Moscovites à se faire couper la barbe et les habits, et la violence de Pierre Ier qui faisait tailler jusqu’aux genoux les longues robes de ceux qui entraient dans les villes, étaient tyranniques. Il y a des moyens pour empêcher les crimes, ce sont les peines : il y en a pour faire changer les manières, ce sont les exemples.

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«Les cartes représentent aussi ce qui n’existe pas, elles donnent accès à l’imaginaire de l’autre»...

20 Juillet 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Histoire, #Geographie, #Philosophie

«Les cartes représentent aussi ce qui n’existe pas, elles donnent accès à l’imaginaire de l’autre»...

Deux philosophes, Gilles A. Tiberghien et Jean-Marc Besse, observent une véritable extension du domaine de la carte ces dernières années. Dans un ouvrage collectif, ils montrent que la cartographie ne se contente plus de représenter le monde mais qu’elle y inscrit des valeurs, des croyances, des normes et des rêves.

Tout est cartographiable aujourd’hui : les déserts médicaux, le patrimoine végétal mondial, et même les représentations des utilisateurs de Snapchat… Les centres d’art contemporain s’emparent également de l’objet cartographique, sans oublier un usage plus militant de sites comme MigrEurop recensant les naufrages en Méditerranée. Jean-Marc Besse, philosophe et spécialiste des savoirs géographiques, et son confrère Gilles A. Tiberghien, qui enseigne l’esthétique à la Sorbonne, ont tenté de dessiner l’extension du domaine de la cartographie dans un ouvrage magnifiquement illustré, Opérations cartographiques (Actes Sud, 2017). Ils ont convoqué pour des rencontres et des séminaires d’autres passionnés, comme Catherine Hofmann, conservatrice au département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France, Guillaume Monsaingeon, commissaire de plusieurs expositions artistiques sur la cartographie, Gilles Palsky, géographe et historien de la cartographie, et une vingtaine d’autres spécialistes… qui sont aussi auteurs de cet ouvrage.

(...)

Catherine Calvet

Suite et fin en cliquant ci-dessous

 

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Pourquoi tout doit être fait avec passion... (video)

12 Juillet 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Philosophie

De la création artistique à la rage destructrice, de la ferveur religieuse à la passion amoureuse… La passion est partout. Peut-elle influer sur nos comportements telle une drogue ? Que se passe-t-il dans le cerveau amoureux ? Peut-on être dépendant à l’amour passionnel ?

"La passion est le pressentiment de l'amour et de son infini auquel aspirent toutes les âmes souffrantes".

Honoré de Balzac

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Réflexions simplistes sur pensée complexe...

3 Juillet 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Philosophie

Réflexions simplistes sur pensée complexe...

Le retour de bâton est sévère. Alors qu’il était candidat, la presse a chouchouté Emmanuel Macron. Aujourd’hui, les journalistes sont ignorés, pire, privés d’interview du 14 Juillet !

Donc, Emmanuel Macron pense complexe. C’est le Monde qui le dit. Plus précisément, c’est un membre de «l’entourage» présidentiel qui explique ainsi la renonciation de Macron à la «traditionnelle interview du 14 Juillet», devant deux ou trois journalistes vedettes de la télé. Je cite le journal : «"Il n’y a pas de refus d’obstacle avec la presse", jure-t-on à l’Elysée, où l’on fait valoir que la "pensée complexe" du Président se prête mal au jeu des questions-réponses avec des journalistes.» «Pensée complexe» est entre guillemets. «L’Elysée» a donc bien prononcé ces mots. Il y a donc un membre de «l’entourage» qui a expliqué sans rire au Monde que la pensée présidentielle était trop complexe pour s’exposer aux questions simplistes de Gilles Bouleau et Léa Salamé, et qu’elle se déploierait plus à son aise devant le Congrès réuni au château de Versailles. Risée immédiate sur Twitter, où fleurissent les images de melons. Et resurgit l’image d’une interview accordée par Macron à Cyril Hanouna, avec cette légende : «Rare journaliste capable de comprendre une pensée complexe.»

Qu’Emmanuel Macron pense complexe, on le pressentait déjà. Allons plus loin : on l’espérait. C’est préférable dans son job. Mais ce qui est nouveau, c’est la révélation que le Président pense trop complexe pour accepter que cette pensée soit réduite par le questionnement médiatique. Macron n’est pas le premier à faire le constat navré de l’incompatibilité entre une pensée complexe et la moulinette médiatique. Avant lui, c’est Michel Rocard qui avait poussé le plus loin la réflexion accablée sur le sujet. A cette différence près que Rocard en parlait volontiers dans les médias, ce qui le plaçait dans une situation schizophrène et hautement guignolisable. Si les médias sont incapables de restituer une pensée complexe, à quoi bon tenter de l’expliquer dans les médias ?

Mais soit. Partons du principe que Macron pense complexe. Entendez : qu’il pense loin, qu’il pense dialectique, que dans les replis forcément supérieurs de son cerveau se conçoit une vision stratégique. Que cette vision lui dicte des priorités échappant aux simples mortels. Par exemple lorsqu’il invite Trump le 14 Juillet, partons du principe qu’il sait ce qu’il fait, dans quel objectif stratégique secret il s’expose à l’infamante photo avec Trump sur la place de la Concorde.

Dans cette hypothèse, on n’arrive pas à comprendre comment il pense son rapport aux médias. Voilà un candidat qui, depuis l’origine, a été fêté, porté, par l’enthousiasme médiatique. Qui a bénéficié, non seulement d’un nombre sans équivalent de couvertures de magazines, mais aussi d’un soutien idéologique sans faille, avant et après le premier tour, étant présenté par toute l’éditocratie française comme le seul candidat capable de faire barrage à Le Pen. S’il y a eu un «candidat des médias», à l’oral, à l’écrit et à l’image, c’est bien lui. Et à peine élu, du jour au lendemain, distribution de baffes symboliques : intention provocante de trier les journalistes qui suivront ses déplacements, procès intentés aux auteurs de fuites dans la presse, sympathiques invitations à ne pas «fragiliser» par des enquêtes trop offensives des ministres potentiellement mis en cause. Quelle ingratitude.

Ce n’est pas qu’on pleure ici la fin de l’interview du 14 Juillet. On ne va pas verser de larmes sur cette étrange «interview tricolore» à laquelle prêtent chaque année leur concours deux ou trois présentateurs vedettes, affublés pour la circonstance du bonnet de Marianne. Sur les affaires Ferrand ou Pénicaud, sur les démissions de Bayrou et Sarnez, sur l’élection de Ferrand à main levée au poste de président du groupe dominant de l’Assemblée, sur l’accaparement des postes de responsabilité à l’Assemblée par La République en marche, comment trouver un juste ton de questionnement, entre un défilé militaire et deux bouchées de petits fours de la garden-party ?

On ne la pleurera pas, cette interview confite de respect républicain où, au fil des décennies, on a plutôt compté les questions non posées, que les hardiesses investigatrices. Mais au-delà, exclure les questionneurs et les reporters d’images indésirables a-t-il un autre but que de permettre à la souriante propagande présidentielle de se déployer sans concurrence ? Reconnaissons de manière simpliste que la stratégie médiatique de Jupiter, que l’on pourrait résumer par «image partout, info nulle part», manque un peu de complexité.

Daniel Schneidermann

Pour en savoir plus (et surtout pour rétablir la "vérité" sur la "pensée complexe"):

 

 

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A Lire... Connaissance, igorance, mystère... Edgar Morin...

11 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Philosophie

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EXTRAIT

J’aime connaître.

J’ai gardé les curiosités de l’enfance, les interrogations de l’adolescence, j’ai pu, à vingt-sept ans, dans mon livre L’Homme et la Mort, interroger ce qui, dans la condition humaine, pose le plus problème et nécessite une culture transdisciplinaire ; à trente ans, j’ai eu la chance d’être intégré au CNRS, qui m’a permis de satisfaire mes curiosités et interrogations, loué soit-il pour la liberté qu’il m’a accordée !

Je ressens toujours très vivement le plaisir des découvertes et des lucidations, et je n’ai cessé de lire revues scientifiques et ouvrages m’informant des prodigieux progrès des connaissances.

Néanmoins, très rapidement, j’ai compris que la relation entre la connaissance et la réalité posait le problème soulevé depuis longtemps par des penseurs indiens, chinois, grecs, soulevé de nouveau par Kant et aujourd’hui par la science du cerveau et la philosophie de la connaissance : que connaît-on, que peut-on connaître de la réalité ?

La connaissance devenue problématique rend la réalité elle-même problématique, qui rend tout autant problématique l’esprit producteur de la connaissance, lequel rend aujourd’hui énigmatique le cerveau producteur de l’esprit.

Ainsi débouchons-nous sur la relation inséparable et circulaire entre réalité, connaissance, esprit, cerveau. Nous découvrons un inconnu en chacun d’eux et, chose paradoxale, l’inconnu se trouve à l’intérieur du connu et du connaissant. Autrement dit, tout ce qui élucide devient obscur sans cesser d’élucider.

Cela n’a pas éteint ma soif de connaissance, mais l’a élargie et amplifiée dans le but de tenter de connaître la connaissance elle-même, ses possibilités, ses limites, ses risques d’erreur, d’illusion, et de chercher les moyens d’élaborer une connaissance, la plus pertinente possible, ce qui m’a conduit à écrire La Méthode.

Je ressens toujours autant le plaisir des découvertes, des élucidations, aussi bien à propos de l’univers que des petits détails de la vie quotidienne. Cela a suscité chez moi, de plus en plus fortement, l’étonnement – parfois émerveillement, parfois vertige – d’être en vie, de marcher, d’être sous le soleil, de regarder la lune montante dans le ciel nocturne, de contempler les amas d’étoiles, minuscules à mes yeux, énormes à ma connaissance.

Tout ce qui est évident, tout ce qui est connu devient étonnement et mystère.

Mon étonnement s’accroît à chaque regard, à chaque sensation. Ce n’est pas seulement le mystère de la vie, de l’existence, de la réalité, c’est aussi la tête des passants dans la rue, les arbres, les animaux…

Je m’ébahis devant les pépins amassés, protégés comme des bébés à l’intérieur de la chair du melon, des pépins du grain de raisin, ou devant l’amande calfeutrée à l’intérieur du noyau cuirassé de la pêche.

J’ai le fort sentiment de l’invisible caché dans le vu.

Je ressens ce qui a été ressenti par tant d’esprits dans tant de civilisations, le sentiment d’une vérité secrète, qu’il faut chercher avec obstination et ascèse, jusqu’à l’initiation qui fait accéder enfin à la vérité ésotérique. Mais je suis arrivé à la conscience que cette vérité restera à jamais cachée à notre conscience. Ceux qui croient y être parvenus s’illusionnent d’un maître mot qui les illumine. Du reste, je suis toujours éberlué quand j’entends ceux qui brandissent le mot qui dissipe toutes ténèbres : Dieu, Matière, Esprit, Raison, Déterminisme.

Je suis de ceux qui s’émerveillent de l’univers, mais non de ceux qui lui trouvent un sens ou le rationalisent.

Quand le grand Einstein s’enchante de la raison supérieure qui régit l’univers, je ne peux m’empêcher de penser que cette raison supérieure est toute mêlée d’une folie immodérée, avec les annihilations d’antimatière par la matière, les collisions et explosions d’étoiles, les désintégrations ininterrompues de tout ce qui est intégré, sans oublier les cataclysmes qu’a connus l’histoire de la vie, et, si l’on passe à l’humain, les extinctions de civilisations, les anéantissements culturels et les déferlements de massacres et délires, cruautés de toutes sortes !

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