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Vivement l'Ecole!

philosophie

Malentendu... Philippe Meirieu, Alain Finkielkraut et Alain...

25 Juillet 2022 , Rédigé par Philippe Meirieu Publié dans #Education, #Philosophie, #Pedagogie

Conférence "Pédagogie et émancipation" | Yakamedia

EXTRAIT

MALENTENDU (n. m.) association de l’adverbe « mal » et du participe passé du verbe « entendre » – « entendu » – au sens de « compris ». Stabilisé en 1558 au sens de « différences d’interprétation d’un fait ou d’un texte entre des personnes ». Le sens s’étend ensuite pour désigner la mésentente, voire le conflit, qui résulte de ce désaccord. Il est utilisé également pour désigner une situation où les protagonistes, convaincus de leur bon droit, campent sur leur position et accusent leur contradicteur de mauvaise foi.

En théorie, tout malentendu devrait pouvoir être levé en se référant au fait ou au texte qui en fait l’objet. En réalité, les malentendus persistent souvent car le référent n’est jamais totalement univoque. La reconnaissance de son équivocité pourrait peut-être permettre de transformer le malentendu en acceptation réciproque de cette équivocité, voire en faire une occasion d’assumer une tension féconde. Mais il semble que tout effort dans ce sens soit condamné à l’échec : « Je suis un traumatisé du malentendu, dit Jacques Lacan. Comme je ne m’y fais pas, je me fatigue à le dissoudre. Et du coup, je le nourris. »

Dans son émission Répliques consacrée au philosophe Alain et diffusée le 26 mai 2018 sur France Culture, Alain Finkielkraut affirme : « Je ne suis pas, je l’avoue, un grand lecteur d’Alain. Un des livres d’Alain, cependant, fait partie de ma bibliothèque idéale, les Propos sur l’éducation. J’y reviens sans cesse, je le lis et le relis, car cet ouvrage est une source de réflexion et d’inspiration inépuisable face à ce qui m’apparaît comme les dérives du pédagogisme. » Dans une autre émission de France Culture (Du grain à moudre, le 18 mai 2015), Alain Finkielkraut précisait : « Le plaisir de recevoir un enseignement, que célébrait Alain dans ses propos sur l’école, n’est pas un plaisir facile. C’est un plaisir difficile qui est indissociable du rapport maître-élève. Un professeur fait cours et l’élève entend le cours : quelque chose se noue là. Et ce qui m’étonne aujourd’hui […], c’est qu’on puisse désirer, au nom du plaisir et de l’efficacité, en finir avec ce rapport. Le cours, au sens classique, annonce-t-on très souvent, […] doit disparaître. Le cours magistral est toujours tenu en haute suspicion. C’est, pour moi, une preuve d’impudence et d’imprudence. Notre civilisation s’est constituée autour de ce rapport maître-élève. »

Voilà donc Alain enrôlé contre le « pédagogisme ». Ses Propos sur l’éducation seraient le texte majeur où se ressourcer sans cesse pour ne pas renoncer à ce qui fonde notre civilisation : la distinction décisive entre l’ignorance et le savoir… une distinction qui se traduit à l’école par une dénivellation irréductible entre le maître qui parle et l’élève qui écoute… et une dénivellation qu’incarne, dans sa forme la plus parfaite, le cours magistral aujourd’hui si injustement soupçonné ! Mais la démonstration, si on tente d’en comprendre les ressorts, s’avère un peu courte et révèle d’étranges sous-entendus : le cours magistral – l’exposé oral du professeur devant sa classe – serait, si on comprend bien, la seule méthode possible de transmission du savoir, destituant ainsi aussi bien l’interrogation socratique que la lecture individuelle de textes, le travail de recherche personnelle que les échanges collectifs. Plus encore : ce cours magistral serait la seule manière pour que « quelque chose se noue » entre celui qui sait et celui qui ignore. Mieux et plus fondamentalement peut-être : ce serait l’existence de ce cours comme seule forme de transmission qui garantirait l’indispensable écart, objet de tous les efforts fondateurs de « la civilisation », entre l’ignorance et le savoir. C’est grâce à lui seulement qu’on pourrait échapper à la terrible et toujours menaçante confusion des opinions. Renoncer au cours magistral, ce serait affirmer que tout se vaut : les bafouilles du gamin immature et le discours éclairé du professeur, les slogans publicitaires les plus débiles et la parole d’un maître instruit de ce que l’intelligence humaine a élaboré de meilleur, les croyances archaïques véhiculées par les cultures vernaculaires et la science dans ce qu’elle a de plus rigoureux. Mais n’assiste-t-on pas ici à un étrange glissement ? Ne confond-on pas l’existence d’un inévitable et indispensable dénivelé entre l’adulte qui enseigne et l’enfant qui est enseigné avec une – mais une seule – des manifestations possibles de ce dénivelé ? En effet, s’il n’est pas possible de nier, ou même seulement de sous-estimer, l’impératif de transmission à l’égard de celles et ceux qui viennent au monde… s’il n’est pas question de céder le moins du monde sur l’exigence de probité intellectuelle dont l’éducateur doit être porteur et qu’il doit faire intérioriser par l’élève… qu’est-ce qui permet de dire que le cours magistral est la seule bonne méthode pour y parvenir, la seule porteuse de l’exigence de probité et de vérité ?

(...)

Il nous reste alors une question et qui n’est pas, à mes yeux, seulement polémique : comment la lecture des Propos sur l’éducation d’Alain peut-elle laisser penser à de brillants intellectuels, comme Alain Finkielkraut, qu’il promeut le cours magistral alors qu’il dit explicitement le contraire et fournit une clé décisive pour sortir d’un débat stérile entre partisans et adversaires de la magistralité ? Peut-être parce qu’ils n’imaginent pas qu’on puisse être partisan de la rigueur, défenseur de la culture, réfractaire à toute forme de démagogie… et renoncer à la posture magistrale ? Serait-ce alors que cette posture est pour eux un élément si essentiel de leur identité qu’ils ne peuvent y déroger sans s’effondrer ? Et, si c’est le cas, alors ce n’est pas le nécessaire dénivelé entre le maître et l’élève qu’ils défendent, ni l’écart fondateur entre l’opinion et la vérité, mais plutôt leur propre position sociale et médiatique dont ils feraient indûment un principe philosophique. Pour mieux asseoir leurs privilèges peut-être ? On pourrait alors leur proposer de (re)lire les belles pages d’Alain sur « l’enseignement monarchique » : « Il y a, explique-t-il, un enseignement monarchique, j’entends un enseignement qui a pour objet de séparer ceux qui sauront et gouverneront de ceux qui ignoreront et obéiront. […] Cet écrasement des faibles exprime tout un système politique dans lequel nous sommes encore à moitié empêtrés. Il semble que le professeur ait pour tâche de choisir, dans la foule, une élite et de décourager et rabattre les autres. Et nous nous croyons bons démocrates parce que nous choisissons sans avoir égard à la naissance, ni à la richesse. Comptez que toute monarchie et toute tyrannie a toujours procédé ainsi, choisissant un Colbert ou un Racine, et écrasant ainsi le peuple par le meilleur de ses propres forces… Que faisons-nous maintenant ? Nous choisissons quelques génies et un certain nombre de talents supérieurs ; nous les décrassons, nous les estampillons, nous les marions confortablement, et nous faisons d’eux une aristocratie d’esprit qui s’allie à l’autre, et gouverne tyranniquement au nom de l’égalité… admirable égalité qui donne tout à ceux qui ont déjà beaucoup3. » Mais je ne doute pas que celles et ceux qui, à travers leur défense du cours magistral, veulent en finir avec les pédagogues et la pédagogie, réussissent – pour peu qu’ils me lisent – à retourner à leur avantage ce texte d’Alain… montrant ainsi qu’en croyant déjouer un malentendu, je n’ai fait qu’en susciter un autre. Le débat continue.

Philippe Meirieu

Dictionnaire inattendu de pédagogie paru en octobre 2021 chez ESF-Sciences humaines.

Texte complet à lire en cliquant ci-dessous

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Edwige Chirouter, philo pour les marmots

1 Juillet 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Philosophie

Edwige Chirouter - Nouveaux ateliers de philosophie à partir d'albums et autres  fictions : cycles 2 et 3

L’agrégée de philosophie pense que les enfants peuvent philosopher et parcourt le monde au nom de l’Unesco pour former élèves et enseignants.

Elle a toujours, fourrées dans son sac, des marionnettes. Un petit Kant, vêtu de gris, et un petit Platon, barbu vêtu de blanc. Ses doigts s’animent. «On peut parler des auteurs aux enfants, leur dire : “Tu vois, Kant, il pensait qu’il faut toujours dire la vérité, que c’est pas bien de mentir, quelles que soient les circonstances. Et lui, Platon, il est pas d’accord”.» Ses petits bouts de tissu sont son bâton de pèlerin. Depuis plus de vingt ans, Edwige Chirouter, athée jusqu’à l’os, évangélise : oui, on peut faire philosopher les enfants. Oui, on doit faire philosopher les enfants. Pour les équiper intellectuellement face aux vicissitudes du monde, les prémunir de la manipulation, des fake news, du dogmatisme et du relativisme. Certains puristes ont un principe : la philo n’existe que si l’on peut se plonger dans du Heidegger ou du Nietzsche dans le texte.

La titulaire de la chaire Unesco sur la pratique de la philosophie avec les enfants cumule les preuves du contraire, malgré un amour profond pour ces penseurs qui ont changé sa vie. «Tu peux commencer la philosophie dès 5 ans», tranche cette petite brune pêchue. Son catalogue d’expériences en témoigne. Notamment la première, face à des élèves de CP de la Sarthe. Le thème : «Faut-il toujours dire la vérité ?» «Ils m’ont épatée. J’ai retrouvé, dans leur discussion, une controverse philosophique entre Kant et Rousseau», dit en souriant l’agrégée de philo de 51 ans, depuis le septième étage de l’Unesco, qui offre une vue splendide sur Paris. Désormais, elle parcourt le monde pour former les bambins et, surtout, leurs enseignants à cette discipline.

Mais attention : l’affaire est sérieuse. «C’est pas le café du commerce, balaie Edwige Chirouter. C’est un travail, il y a des critères, une rigueur de pensée, une façon d’aborder les concepts. C’est pas un truc ésotérique, il y a des risques de dérive. Tu abordes la mort, l’amour, la violence, il ne faut pas le faire n’importe comment. Ce n’est pas parce que la philo est facile qu’on en fait avec les enfants, c’est parce que c’est difficile qu’il faut commencer tôtOn s’entraîne à réfléchir, à penser, à remettre en cause nos idées toutes faites. Ça ne se décrète pas magiquement en une année de terminale.»

De terminale… générale et technologique, pourrait-on préciser. Car les lycéens d’établissements professionnels restent, à quelques exceptions près, exclus de cette matière. «L’objectif principal de la philosophie est de permettre à chacun d’accéder à une liberté et à un processus d’émancipation. Ce qui est au cœur de l’école. Donc je ne comprends pas pourquoi la philosophie est aussi élitiste dans notre système scolaire, déplore-t-elle. Qu’on me dise qu’à 17 ans, il y a des gamins qui peuvent philosopher et des gamins qui ne peuvent pas, c’est scandaleux. Tu leur renvoies l’idée que : un, ils sont trop cons ; deux, penser est une activité qui ne pourrait pas les intéresser, voire qui ne leur serait pas utile.» Petite-fille de communiste, fille de soixante-huitard, cette adepte de La France insoumise (LFI), a «toujours été militante». «Tu ne défends pas la philo avec les enfants par hasard, il y a des valeurs derrière. Ça fait partie d’un projet politique humaniste», revendique la professeure.

Sans surprise, sa rencontre avec la philo eut lieu en terminale. En 1989, lycée Baudelaire de Roubaix. Premier cours : sa prof, Marie-Hélène Gauthier, évoque Heidegger et la mort. «Un coup de foudre.» La jeune Edwige rentre chez elle, annonce sa décision à son père : elle sera prof de philo. «En fait, je voulais être elle.» Cette même enseignante donnera, quelques mois plus tard, un nouveau tour à la vie d’Edwige Chirouter, en lui conseillant de postuler à la prestigieuse prépa d’Henri-IV, à Paris. Là-bas, l’ado nordiste, fille d’un instit devenu directeur de la Ddass et d’une secrétaire, se prend une gifle. Le décalage avec les Parisiens des beaux quartiers, «la violence institutionnelle». Elle pleurera en voyant sa première copie sanctionnée d’un «-30». Se félicitera de son premier «0». Si, «intellectuellement, [elle doit] tout à ces années-là», elle préférera finir sa khâgne à Lille. Moins éprouvant.

Après deux petites années en tant que prof de philo en lycée, dans le Nord, elle saute sur un poste à l’université et commence à enseigner à de futurs enseignants, à l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) du Mans, depuis devenu Institut national supérieur du professorat et de l’éducation (Inspe), où elle officie toujours. C’est là qu’elle entendra parler pour la première fois de philo avec les enfants. «Mon premier réflexe était de dire : “C’est pas de la philo !”» confesse-t-elle. Classique. C’est finalement sa fille, 25 ans aujourd’hui mais 4 à l’époque, qui la fait changer d’avis. Pour accompagner les questionnements incessants de sa mouflette – elle aura un fils ensuite –, Edwige Chirouter se plonge dans les livres pour enfants.

Elle a une épiphanie : «C’est beau, c’est profond.» Balayés, ses préjugés sur la vacuité de T’Choupi et Martine ; la philosophe découvre Claude Ponti et Grégoire Solotareff. «L’enfant n’est pas un con, il est capable de grands récits», défend celle qui vient de sortir Nouveaux Ateliers de philosophie à partir d’albums et autres fictions, pour aider enseignants et parents à philosopher avec les enfants grâce à la littérature jeunesse. Cette spécialiste de Jean-Jacques Rousseau – jonction parfaite entre ses passions pour la philosophie et la littérature – a longtemps poursuivi la quête du livre qui changerait sa vie. Moins maintenant, mais elle vit toujours ensevelie sous les bouquins, une boulimie héritée de cette enfance «nomade et solitaire» due aux nombreux déménagements de ses parents.

Aujourd’hui encore, elle se dit «nomade», une maison au Mans, l’autre à Paris, des voyages incessants grâce à l’Unesco, des histoires d’amour sans grande stabilité – «et c’est très bien comme ça». Cette enfance sans ancrage, «ça te donne une super force : l’indépendance et la capacité d’adaptation. Je suis un vrai caméléon, je suis à l’aise partout», défend celle qui reconnaît avoir «une belle vie» avec ses 3 000 euros mensuels. «C’est une nomade qui va quand même dans les beaux hôtels», tacle gentiment le metteur en scène de théâtre Gérald Dumont, le père de sa fille, dont elle est séparée depuis plus de vingt ans. Qui lui reconnaît cette faculté à «faire son travail on ne peut plus sérieusement, mais en s’amusant». Son ami le philosophe Frédéric Lenoir salue en elle une «bonne vivante», qui «picole bien», bourrée d’humour. «Il y a des universitaires ennuyeux, elle, c’est tout l’inverse, loue-t-il. Elle n’est pas que studieuse, elle n’est pas enfermée dans ses bouquins, dans le passé, elle est là pour faire bouger la société.» En éveillant ses plus jeunes sujets.

3 juillet 1970 Naissance à Lille.

1998 Premier poste à l’université.

2016 Titulaire de la chaire Unesco sur la pratique de la philosophie avec les enfants.

2021 Conte pour enfants Personne (L’Initiale).

15 juin 2022 Nouveaux ateliers de philosophie à partir d’albums et autres fictions (Hachette).

Elsa Maudet

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Fortes chaleurs : comment les lycées s'organisent-ils avant les épreuves de philosophie du bac ?

15 Juin 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Baccalaureat, #Philosophie, #Education

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Salles de classe aérées toute la nuit, ventilateurs, réserves de bouteilles d'eau : avec les températures caniculaires attendues ce mercredi, les lycées se sont organisés avant l'épreuve de philosophie.

Le bac de philosophie a lieu ce mercredi 15 juin au matin, pour 523.199 candidats très exactement ! Coup d'envoi de l'épreuve à 8 heures, jusqu'à 12h. Il s'agit de la dernière épreuve écrite pour les filières générale et technologique. Les candidats auront trois sujets au choix par filière.

Mais cette année, ils devront composer avec la chaleur. Le ministère de l'Education nationale a donné des consignes pour que les chefs d'établissements veillent au maximum à protéger les salles d'examen de la chaleur et qu'ils mettent de l'eau à disposition.

Garder la fraîcheur dans les salles

Ce n'est pas la première fois que le mercure s'affole pendant des examens. En 2019, les épreuves du brevet avaient été reportées de quelques jours pour que les candidats planchent dans de meilleures conditions. Cette fois-ci, il n'a pas été envisagé de décaler le bac mais des consignes ont été adressées aux proviseurs.

Sur son site internet, le ministère de l'Education nationale a listé des recommandations. À Nice, les élèves ont l'habitude des températures élevées mais les lycées ont quand même pris des mesures pour s'adapter. Au lycée Guillaume Apollinaire, la proviseure Sylvie Pénicaut, qui est aussi représentante du syndicat des chefs d'établissements SNPDEN, raconte que les salles d'examen ont été aérées toute la nuit : "On ne refermera les fenêtres que vers huit heures, dit-elle, pour garder le maximum de fraîcheur et on a aussi acheté un à deux ventilateurs par salle, selon la taille des salles. On a essayé de faire au mieux. C'est une problématique qui va se poser de plus en plus, donc il faut prévoir."

Les épreuves de français l'après-midi

La proviseure a aussi commandé des stocks de petites bouteilles d'eau : "Les 300 candidats en auront une sur leur table en arrivant, et on passera aussi si nécessaire avec des brocs d'eau et des verres. C'est vraiment primordial qu'ils puissent s'hydrater régulièrement. On a aussi des surveillants qui sont dans les couloirs, pour permettre d'aller se rafraîchir éventuellement au lavabo si nécessaire."

Mais ce qui inquiète Sylvie Pénicaut, c'est l'épreuve de français pour les élèves de Première, qui aura lieu ce jeudi 16 juin, entre 14 heures et 18 heures : "Je vois pas comment on va pouvoir rafraîchir les salles à l'avance, fait-elle remarquer. Elles seront déjà chaudes quand les candidats vont arriver. Notre lycée est mal isolé. On est bien jusqu'à 10 heures le matin et après, il commence à faire très chaud. Alors on a essayé de mettre au maximum les élèves côté nord mais cela a une limite parce qu'on a une vingtaine de salles qui vont être occupées donc il y en a forcément qui seront côté sud."

Les proviseurs aurait préféré que le bac de français ait lieu le matin. "Maintenant qu'il y a très peu d'épreuves écrites, estime Sylvie Pénicaut, qu'elles soient organisées le matin, ce serait plus facile, il ferait plus frais, les conditions seraient plus supportables". Mais si l'après-midi a été choisi, selon le ministère de l'Education nationale, c'est pour laisser davantage de temps aux lycées pour numériser toutes les pages des copies de philosophie.

Sonia Princet

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Le bac philo de Libé: l’union (populaire) fait-elle la force ?

15 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Baccalaureat, #Philosophie

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En politique, la force va à la force. Il suffit d’une promesse de victoire pour que des conflits auparavant insurmontables deviennent des malentendus vite dépassés. Récemment, la gauche française apparaissait tellement désunie qu’on la donnait pour morte. Et puis, forte d’un petit miracle (le score de Jean-Luc Mélenchon), elle s’est retrouvée comme un seul homme derrière l’espoir d’une conquête. Mais si la force favorise l’union, l’union fait-elle la force ?

«La populace, disait Victor Hugo, ne fait que des émeutes. Pour faire une révolution, il faut le peuple.» L’union du peuple confère une direction à la force des gens, elle évite qu’elle ne se disperse et ne se transforme en une juxtaposition de faiblesses. Jusqu’ici, la politique est semblable à l’amour : il arrive qu’un plus un fassent davantage que deux. Etre unis, ce n’est pas seulement ajouter ses forces, c’est en découvrir de nouvelles. Le «je» s’étonne que le «nous» puisse réaliser tant de choses : s’embrasser avec fougue durant des heures ou prendre la Bastille. Il suffit parfois d’être ensemble, ou de l’être à nouveau, pour se sentir immortels. Une force qui va en sachant où elle va paraît invincible. Que peut-on contre un peuple uni et déterminé ?

Il y a pourtant des raisons de se méfier du romantisme politique. Il n’est déjà pas sûr qu’un couple, même uni, constitue un seul individu, alors un peuple… «L’union fait la force» est la devise de la Belgique, un pays dont on sait bien qu’il est traversé par des divisions culturelles et linguistiques qui le placent souvent au bord du chaos. Quand on valorise l’union pour l’union, c’est certes pour se donner du courage, mais aussi pour voiler ses faiblesses. Le risque est alors de réaliser l’union par le haut, par exemple en pensant qu’un seul homme, roi ou président, suffira à faire taire les discordes. La Boétie a sous-titré son Discours de la servitude volontaire le «Contre-un». Il visait justement cette tentation de sacrifier la liberté singulière des sujets au mythe de l’unité sociale. Au nom de la force que confère l’unité on abandonne parfois le droit. Surtout lorsque l’on se met à croire que l’union s’incarne dans un monarque, fut-il présidentiel.

C’est pourquoi il n’y a pas d’union populaire sans débats intenses sur les institutions. Une institution démocratique est justement ce qui fait tenir des individus ensemble sans nier leurs singularités : comme dans un Parlement idéal, on y recherche l’unité à travers la discussion des désaccords. L’union fait le droit autant que la force si elle est conquise à chaque instant plutôt que postulée une fois pour toutes. Spinoza, le seul philosophe classique à être authentiquement démocrate, disait qu’une multitude a moins de chances de se tromper qu’un individu isolé, ne serait-ce que parce qu’il est rare que beaucoup de personnes s’entendent «sur une seule et même absurdité». Plus on est de fous, moins on délire sur la même folie, plus il y a de chances que nos illusions se neutralisent les unes les autres. L’union populaire fait la force (Spinoza dirait plutôt la «puissance») si elle demeure toujours «nouvelle», c’est-à-dire si elle valorise le conflit.

Michael Foessel, professeur de philosophie à l’Ecole polytechnique

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80 ans de « L’Étranger » d'Albert Camus : les 10 émissions indispensables

18 Mai 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Litterature, #Philosophie, #Histoire

L'Étranger, de Camus : Résumé

Le 16 mai 1942, paraissait le premier livre d’Albert Camus. Rédigé dans un petit hôtel, pendant l’occupation, cet ouvrage allait marquer la littérature par son propos, et son style. Il s'est vendu à 10 millions d'exemplaires, et connu un destin mondial. Sélection d'émissions.

1- A l’origine de « L’Étranger », l'ennui d'Albert Camus

Avant la parution de L'Etranger, l’écrivain avait fait une première tentative : « La mort heureuse », un livre dans lequel il consignait tout ce qu’il faisait… Et qui s’était écoulé à 300 exemplaires ! En 1940, Albert Camus a quitté son Algérie natale pour Paris. Mis à la porte du journal où il travaillait à Alger en raison de ses activités anti-coloniales, il rejoint la rédaction du journal Paris-soir. Comme il s’ennuie, il commence à écrire. La rédaction a lieu dans un hôtel sombre en face du bateau-lavoir à Montmartre. Mais cette fois-ci, la rédaction va couler de source.

🎧 ECOUTER | La Marche de l’Histoire de Jean Lebrun sur L’Étranger

2 - « L’Étranger », ou la dénonciation de l’absurde

Que raconte ce livre publié au printemps 1942, entre autres grâce à l’intervention d’André Malraux ? « La voix du narrateur est celle d'un jeune homme qui vit à Alger, travaille dans un bureau, il enterre sa mère, couche avec une copine, est mêlé à une histoire louche et tue un Algérien – tout ça raconté au même niveau, d'une voix calme et sans affect. Après son crime, il est condamné à mort, et c'est là, dans sa cellule, que l'absurde lui saute aux yeux : l'absurde du système judiciaire et de la condition humaine... »

🎧 ECOUTER | Livres et châtiments de Clara Dupont-Monod

3 - « L’Étranger », œuvre majeure

En 2020, Laure Adler consacrait quatre émissions au livre d’Albert Camus. Au début de chacune, Albert Camus lit lui-même L’Étranger. La première émission évoquait l’engagement politique de l’écrivain. Lorsqu'il était un jeune homme engagé du côté des communistes, Albert Camus a œuvré pour combattre l’inégalité et la pauvreté du peuple algérien sans pour autant comprendre l’importance de la question nationale.

🎧 ECOUTER | L’Heure bleue avec le regard de l’historien Benjamin Stora

La seconde met le projecteur sur l’aspect littéraire de L’Étranger avec Alberto Manguel écrivain et critique littéraire argentin, et surtout un bibliophile insatiable. L’Étranger est un livre qui a marqué toute sa génération. Il l'a lu comme un texte surréaliste, avec cette idée que quelque chose d’essentiel peut nous arriver sans explication et sans cause évidente.

🎧 ECOUTER | L'Heure bleue avec Alberto Manguel

Dans la troisième, il est question de l'influence d'Albert Camus dans le milieu littéraire avec Atiq Rahimi. À l’université, l’écrivain afghan a été puni pour une conférence sur l'auteur de l'Etranger. Pour le gouvernement, Albert Camus n’était qu'un écrivain engagé auprès des Soviétiques. Aujourd'hui, il retient de L'Étranger le style littéraire particulier avec peu d’adjectifs, des phrases courtes, limpides et transparentes.

🎧 ECOUTER | L'Heure bleue avec Atiq Rahimi

Enfin, dans la quatrième, il est question avec Marc Crépon de l'aspect philosophique du livre d'Albert Camus. L'histoire de L’Étranger rappelle la possibilité toujours ouverte que la vie nous échappe et que notre propre vie peut tomber hors de nous.

🎧 ECOUTER | L'Heure bleue avec Marc Crépon

4 - Quand Vincent Lindon lit le Le Discours de Stockholm » d'Albert Camus

En 1957, Albert Camus reçoit le Prix Nobel de Littérature. À cette occasion, il prononce un discours. Il remercie son enseignant, et précise la place de l’artiste dans la Cité.

🎧 ECOUTER | Vincent Lindon, invité de l’émission Boomerang d’Augustin Trapenard, et aussi : Le discours de Stockholm dans l’émission Affaires sensibles de Fabrice Drouelle

5 - Albert Camus de l’Algérie à Paris

La pauvreté à Alger, le choix d'être écrivain à 17 ans, son attachement à l'Algérie... Agnès Spiquel, professeur émérite de littérature française à l’Université de Valenciennes et qui fut aussi présidente de la Société des Études camusiennes revient sur la première partie de la vie de l'écrivain.

🎧 ECOUTER | Autant en emporte l'histoire avec Stéphanie Duncan.

6 - La vie et l'oeuvre d'Albert Camus

Dans 2000 ans d’Histoire, Patrice Gelinet recevait Yves Guerin l’auteur du dictionnaire Camus chez Robert Laffont. Il retrace la vie et l’œuvre de l’écrivain philosophe. La jeunesse pauvre à Alger, l’engagement auprès des communistes, le succès de L’Étranger... Une archive rediffusée en 2020

🎧 ECOUTER | Albert Camus, épisode 1, dans France Inter + en 2020

7- « La Peste », l'autre monument d'Albert Camus

Le comédien Reda Kateb lit des extraits du roman de 1947 d'Albert Camus. Une dénonciation des régimes totalitaires. Le récit qui se déroule dans les années 1940 à Oran. Il retrace l’apparition, l’apogée, puis le déclin d’une épidémie de peste qui frappe la ville, la coupe du monde extérieur, et agit comme révélateur de comportements très contrastés dans la population.

🎧 ECOUTER | Ca peut pas faire de mal, l'émission de Guillaume Gallienne

8 - Albert Camus par lui-même

Le 10 décembre 1957, Albert Camus va recevoir le Prix Nobel de Littérature, mais il ne le sait pas encore quand il répond, le 11 mars 1957, sur la Radio-Télévison-Française , à une série d’entretiens menés par le journaliste, Jean Mogin, sur son travail d’écrivain et d’auteur dramatique. Au cours de l'émission, il revient également sur les deux thèmes importants de son œuvre : l’absurde et la révolte.

🎧 ECOUTER | France Inter + avec des archives

9 -La correspondance entre Maria Casarès et Albert Camus

En mars 1944, Michel Leiris organise une petite réunion chez lui, à l'occasion d'une lecture d'un texte de Picasso. C'est là que vont se rencontrer la comédienne, Maria Casarès, et l'écrivain, Albert Camus. Ils deviennent amants le 6 juin 1944. Commence un voyage de quinze ans où l’un et l’autre joueront, en alternance, Ulysse et Pénélope.

🎧 ECOUTER | La correspondance Camus-Casarès dans la Marche de l'Histoire de Jean Lebrun

10 - La mort tragique d'Albert Camus

Camus disparaît au moment même où, de partout, s’échangeaient les vœux pour l’année 1960. On a retrouvé un manuscrit dans une sacoche dans la voiture accidentée. Ce sera : Le Premier Homme.

🎧ECOUTER | La Marche de l'histoire sur la mort d'Albert Camus

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Ukraine: parler ou se taire, par Hélène Cixous

30 Mars 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie, #Histoire

https://i.la-croix.com/1400x933/smart/2022/03/28/1201207359/habitante-Marioupol-devant-batiment-endommage-ville-25_0.jpg

L’écrivaine et dramaturge livre un texte inédit, un Cri, chant de colère et de douleur, premier mot perçant tout sommeil et toute indifférence, qui a pour nom Ukraine.

«Dois-je parler ou me taire ?»

«Eloquar an Sileam» ? se demande Enée par Virgile dans un souffle au livre III de l’Enéide, à l’instant où il hésite à évoquer l’horrible état du corps de Polydore, si transpercé de lances qu’il est devenu un buisson suintant sans cesse de sang

avons-nous le droit, ai-je la force, moi, témoin indemne des douleurs qui torturent mes semblables, de parler ?

dois-je garder le silence ? Ou bien ?

Comment garder la tendre distance qui ne trahirait pas la puissance des compassions ? Le besoin de pleurer ?

Et tandis qu’Enée se déchire intérieurement, Virgile se décide à faire entendre les Voix. Comment ne pas parler ? Comment parler ?

Quelle parole qui ne soit pas frelatée de littérature de luxe ? Questions si familières à tous les témoins serviteurs de la mémoire.

– Le juste ce serait le Cri, me dis-je. Mais j’ai déjà crié, me dis-je. J’ai déjà reçu les lances de la Guerre et j’ai lâché un Cri, ce genre de Cri qui s’élance jusqu’au ciel, mais en vain, comme l’a déjà regretté Rilke, et avant Rilke tout poète – car depuis Homère c’est le souci du poète – et après lui, Celan, et après Celan, l’Ukraine devenue cet immense personnage transpercé de coups, et qui ne se tait pas, qui fait trembler le grand Récit des siècles, encore une fois.

Le Cri, chant de colère et de douleur, premier mot perçant tout sommeil et toute indifférence, le Cri, en ces ténèbres-ci, a pour nom Ukraine !

Alors ça recommence ? !! la Guerre ? le Viol de la Vie ?

Et c’est comme ça qu’elle aura commencé la Littérature-fureur, par une explosion du cœur humain, par des soupirs en flammes.

Ce cri, je l’ai encore poussé naguère à Jérusalem. Et de même à Berlin il y a peu. C’était tout ce que j’avais à dire. Naturellement.

Quand j’avais 3 ans, il y a très longtemps – mais 1940 c’est si près – à Oran, à l’abri dans la cave, pendant l’alerte, je ne l’ai pas poussé : le monde entier n’était qu’un cri, avec hululements.

Dans la cave, il faisait noir, étouffant, comme dans une pré-tombe, mais j’étais protégée : mes parents veillaient et nous souriaient

A ceux qui sont réfugiés sous la terre, il faut un peu, un petit peu de sourires de parents, un peu de l’air de l’humaine tendresse

Je sens encore la sensation d’asphyxie et d’assourdissement dans la cave en bas de l’escalier. A l’époque 1940 je me berçais en chuchotant le mot qui respire : mamanmaman.

Aujourd’hui une parole ne cesse de clignoter sa lueur dans l’épaisseur sous la guerre : Oukraïna, Oukraïna. Nuit et jour je t’entends frémir Oukraïna, Oukraïna.

Hélène Cixous, 17 mars 2022.

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Comment se forger des opinions politiques aujourd'hui ? Par Najat Vallaud-Belkacem

29 Mars 2022 , Rédigé par Binge Audio - La Dose Publié dans #Politique, #Philosophie

 

"Le moment est venu d'agiter, d'éduquer, d'organiser"

Ministre, porte-parole du gouvernement et conseillère régionale, Najat Vallaud-Belkacem dispose déjà d’une grande carrière politique qui lui confère un regard aiguisé sur la manière dont se fabriquent aujourd’hui les convictions politiques.

J'ai trop de considération pour les sciences sociales pour ne pas avouer d'emblée que ma réponse à votre question va prendre un chemin de traverse, loin des méthodes que je devrais m'imposer. Si ce que vous recherchez ici est une forme de vérité à caractère scientifique, je dois vous renvoyer aux études sérieuses de toutes les disciplines qui se penchent sur la jeunesse, son rapport au monde et aux idées, mais aussi sur les déterminismes sociaux et culturels complexes qui pèsent sur la construction de soi, aujourd'hui. Faites-le, c'est important, et la recherche française est pleine de talents qui s'expriment régulièrement dans le débat public. 

Pour ma part, ce sera donc plutôt un témoignage en forme d'interrogation. Non pas sur la manière dont je me suis forgé des idées politiques, mais sur ce que je vois autour de moi depuis quelques années. Dans les associations, les partis, les campagnes électorales, à l'université, mes échanges sur les réseaux sociaux, ou aujourd'hui, chez ONE, avec notre programme international de jeunes ambassadeurs que nous impliquons dans nos actions, nos mobilisations. 

L'intuition la mieux partagée du moment semble être que les jeunes viendraient désormais à la politique à travers des causes : défense des droits d'une minorité, le climat ou un autre sujet environnemental, le féminisme, la cause animale, l'antiracisme, et tant d'autres... Des causes plus immédiates dans l'action, aussi, comme le soutien scolaire, ou la distribution d'aide alimentaire. Cela sous-entend qu'auparavant, nous aurions disposé au préalable d'un système de valeurs ou de convictions, un corpus construit et cohérent d'idées, une idéologie ou une doctrine dont nous déduisions des causes à défendre. Il en serait à l'inverse aujourd'hui : c'est à partir d'une cause précise, isolée, unique que l'on en viendrait ensuite à se politiser et à rejoindre un mouvement plus large, un groupe, une structure ou un parti qui agrégerait une série de causes, permettant ainsi, petit à petit, d'élaborer une vision politique plus globale. 

Ces parcours existent, c'est une évidence, ils sont même nombreux si j'en crois mon expérience. Mais il s'agit moins de la manière dont on se fait des idées politiques à soi, que de la manière personnelle d'arriver à un engagement collectif d'ordre politique. 

Cette intuition, qu’on retrouve dans de nombreux témoignages, reportages, tribunes et articles de presse, ne me semble donc pas tant rendre compte de la question de l'origine des idées politiques que de la désaffiliation de cette jeunesse à l'égard de la vie politique telle qu'elle est. Je ferais donc plutôt le pari d'une certaine permanence dans le parcours initiatique qui forge des idées politiques : un mélange de fidélité et d'émancipation à l’égard de ce qui vous est transmis par la famille, un milieu social, une culture, une religion, et l'école, bien sûr. 

Mon avis est que, si nous avons longtemps vécu dans une société dans laquelle cet héritage était puissant, et que nous avons progressivement conquis la liberté de le contester et de nous en libérer, nous sommes aujourd'hui confrontés à une forme d'ambiguïté dans ce que nous léguons aux plus jeunes. La liberté de penser par soi-même, l'exercice de l'esprit critique, la possibilité vertigineuse de s'informer à des sources infinies et contradictoires, immédiatement disponibles... Tout ceci est une extraordinaire richesse et une chance inouïe, mais n'est pas sans difficulté lorsqu'on cherche, d'une manière ou d'une autre, à s'en libérer pour marquer sa différence, exprimer sa part de rébellion contre la génération précédente, ou même, la société tout entière. 

Je formulerais donc volontiers l'hypothèse que c'est précisément dans cette transmission d'une liberté entière à penser ce que l'on veut, ainsi que la capacité à le faire, que se trouve la nouveauté de la situation. Comment supporter toute cette liberté, et qu'en faire ? Je vois, dans cette difficulté, non pas la nécessité d'en revenir à une société autoritaire, verticale et sans doute aussi patriarcale, bien sûr, mais le besoin, au contraire, de mieux aider ces générations à faire le meilleur usage collectif de cette liberté offerte. Nous ne pourrons pas continuer à vivre longtemps dans l'impasse que nous connaissons avec une jeunesse avertie, intelligente, éveillée et impliquée, mais qui refuse massivement l'organisation de notre vie démocratique. Les faits et les chiffres sont accablants, je n'en citerai qu'un seul pour y avoir été durement confrontée récemment : au premier tour des élections régionales du printemps dernier, 87% des 18-24 ans ne sont pas allés voter. Si je n'ai pas beaucoup d'inquiétude sur la valeur de la formation des jeunes aux idées politiques aujourd'hui, j'en forme la plus vive quant à leur façon de s'en servir dans un monde aussi instable et désorganisé que le nôtre. 

Najat Vallaud-Belkacem

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