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Vivement l'Ecole!

Articles avec #philosophie tag

Anne Dufourmantelle «La perversion du langage empêche de sortir de la colère sociale»...

16 Mai 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Philosophie

Anne Dufourmantelle «La perversion du langage empêche de sortir de la colère sociale»...

La mobilisation colérique a marqué cette campagne présidentielle. Mais pour l’auteure de la «Puissance de la douceur», la colère doit être écoutée, et, pour la dépasser, le dialogue et le débat démocratique s’imposent. Encore faut-il que les mots aient un sens.

Les éclats de voix et les coups d’éclat n’ont pas manqué pendant la campagne, et le vote protestataire a rassemblé largement à droite comme à gauche pour constituer un front «antisystème». Laurent Fabius, en installant Emmanuel Macron dans sa fonction de président de la République, a dit que le temps «d’apaiser les colères» était venu. Alors même que cette colère électorale, politique ou sociale prend de plus en plus de place et semble ne plus vouloir s’éteindre, ne laissant aucune place à ce que l’on appelait autrefois «l’état de grâce». Dès, le lendemain de l’élection, la première manifestation de l’ère Macron s’est déroulée à Paris. Pour la philosophe et psychanalyste, Anne Dufourmantelle, la première condition de l’apaisement est une capacité au dialogue qui ne peut exister alors que nous sommes plongés dans une époque de grande perversion du langage. Quand les mots échangés disent le contraire de ce qu’ils sont censés dire, la société se retrouve dans une impasse, confrontée à une colère sans fin.

La colère sous toutes ses formes, personnelle ou collective, a marqué la campagne présidentielle et semble être disqualifiée. Est-elle hors-jeu, hors débat ?

La colère est une émotion, mais c’est aussi le fruit d’une pensée. En parlant des individus ou masses en colère, on cherche à les discréditer. On réduit leur sentiment à une pulsion ou à un instinct qui ne peut ainsi accéder à la dignité d’une réaction à l’injustice, ce qui est tout de même sa première raison d’être. La «colère» qui s’est fait jour contre les partis de gouvernement n’est pas à négliger, sans quoi le ressentiment va se creuser. Le risque est de voir la colère se cristalliser en haine ou bien faire retour sur les sujets en les enfonçant plus encore dans le découragement. Ce qui ne promet que de la violence.

D’où vient-elle ?

La colère portée par un individu ou par un groupe vient le plus souvent d’un sentiment de déception ou de trahison. Et de ce point de vue, elle est saine et sainte. Elle exprime un élan vital, un éros, qui sort les sujets de la déréliction, de la morbidité. On est du côté de la vie beaucoup plus que de la mort. La colère est un moyen d’échapper à la mélancolie. S’il n’a pas un objet sur lequel il va «passer sa colère», l’individu risque de la retourner contre lui-même. On dit qu’il y a beaucoup de colère en France, mais c’est peut-être préférable à une situation de résignation léthargique grosse de haines futures. La colère est une sorte de fièvre, le signe d’une crise. On peut faire baisser la température momentanément, mais pour guérir, il faut aller en chercher la cause. Si on s’arrête au symptôme, on peut mettre en danger l’organisme, car le corps social comme le corps humain n’a plus de moyen de s’exprimer.

(...)

Quand il n’y a plus de mots, la rage vient ?

La colère s’accompagne souvent d’un manque de mots pour la dire. Il y a une distorsion de la parole. Les mots justes sont empêchés d’être dits, ou n’arrivent pas à être formulés, dépassent l’intention du sujet. Le danger est là quand la colère se cristallise en haine ou en rage. On entend bien «FHaine» dans FN. D’où peut-être leur récente idée de changer de nom. Dans la paranoïa, la haine permet au sujet de se donner une raison d’être. L’autre devient le bouc émissaire chargé de toutes les frustrations et angoisses de sujets en mal de reconnaissance. La haine permet de retourner un complexe d’infériorité en toute puissance possible contre un tiers. L’attrait immense de la haine vient de ce qu’elle permet à des sujets psychiquement fragiles de trouver un sens à leur frustration et leur impuissance. Elle permet d’échapper au chaos interne qui les menace.

(...)

Comment peut-on dépasser sa colère ?

On en sort par le langage, le dialogue avec l’autre pour obtenir la reconnaissance de la légitimité de son point de vue. Et là, nous nous heurtons à une difficulté pratiquement insurmontable dans notre société, c’est la perversion du langage. C’est moins des expressions que le sens des mots qui est retourné ou dévoyé. On dit «réaliste» quelqu’un qui se conforme à l’idéologie dominante, on dit «évaluer» quand, en réalité, on dévalue en encourageant la délation, on appelle «progrès» toute transgression quelle qu’elle soit, on parle «de protéger les gens» quand, en réalité, on les contrôle, on qualifie soudain de «plébiscite» ce qui était un «barrage» la veille, on dit «se mettre en disponibilité» quand on est placardisé en entreprise et que celle-ci ne licencie pas mais se «restructure», on appelle «réforme» des dérégulations et «révolution» l’actualisation de l’hégémonie économique sur la politique.

(...)

C’est un langage vide ?

C’est pire qu’un langage vide, c’est pire que le cynisme, c’est un langage pervers. Le risque - ou l’intérêt d’un Etat comme d’un sujet qui ne veut pas répondre à une demande de justice - alors est de ne laisser comme porte de sortie que la violence, la lutte armée, les affrontements des «casseurs». «On a que ça», disent-ils. Si les mots ne sont pas communs, si les mots n’ont plus de sens, le socle d’une compréhension commune disparaît, et nous nous retrouvons dans une société bloquée. D’autant que l’institution ne peut sortir de cette situation, c’est aux individus de refuser cette perversion pour retisser un dialogue efficient, qui convertit la colère non pas en haine mais en relation de deux intelligences loyales. Pour sortir de la colère, si on ne peut remédier à ce qui l’a provoquée, à ses causes profondes, il faut au moins créer un espace-temps un peu préservé et des conditions matérielles de dignité a minima, c’est-à-dire des conditions qui permettent de la supporter et de l’alléger, voir de retrouver une forme de sérénité. On ne peut pas demander à un sujet de dépasser sa colère sans qu’il ait un espace de reconnaissance un peu sauvegardé d’où il pourra la transcender et tâcher de la comprendre plutôt que d’y céder.

Philippe Douroux

L'entretien est à retrouver dans son intégralité ci-dessous

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Coup de coeur... Sôren Kierkegaard...

13 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Philosophie

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Je peux me figurer qu’il savait amener une jeune fille au point culminant où il était sûr qu’elle sacrifierait tout pour lui. Mais les choses ayant été poussées jusque-là, il rompait, sans que de son côté les moindres assiduités aient eu lieu, sans qu’aucun mot d’amour ait été prononcé, et encore moins une déclaration d’amour, une promesse. Et pourtant, une impression avait été créée, et la malheureuse en gardait doublement l’amertume, parce qu’elle n’avait rien sur quoi s’appuyer et parce que des états d’âmes de nature très différente devaient continuer à la balloter dans un terrible sabbat infernal lorsqu’elle se faisait des reproches, tantôt à elle-même en lui pardonnant, et tantôt à lui, et qu’alors elle devait toujours se demander si, après tout, il ne s’agissait pas d’une fiction, puisque ce n’était qu’au figuré qu’on pouvait parler de réalité au sujet de ce rapport.

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Oui, tout doit être fait avec passion!...

13 Mai 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Philosophie

De la création artistique à la rage destructrice, de la ferveur religieuse à la passion amoureuse… La passion est partout. Peut-elle influer sur nos comportements telle une drogue ? Que se passe-t-il dans le cerveau amoureux ? Peut-on être dépendant à l’amour passionnel ?

"La passion est le pressentiment de l'amour et de son infini auquel aspirent toutes les âmes souffrantes." Honoré de Balzac

Théâtre, littérature, sciences "carburent" au rythme des passions les plus viscérales et les plus débridées. De Balzac à Hume, le régime des passions sous toutes ses coutures.

Un débat enregistré en 2016.

Jean-Pierre Cléro, philosophe, professeur de l’Université de Rouen

Boris Lyon-Caen, maître de conférences en littérature à l’Université Paris-Sorbonne

Roland Jouvent, professeur de psychiatrie à l’Université Pierre-et-Marie Curie, directeur du Centre émotion du CNRS à l'Hôpital de la Salpêtrière à Paris

Catherine Portevin, chef de la rubrique Livres de "Philosophie Magazine".

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Chomsky, les mots du pouvoir...

11 Mai 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie, #Linguistique

Résultat de recherche d'images pour "Noam Chomsky Comprendre le pouvoir Edité par Peter R. Mitchell et John Schoeffel."

EXTRAITS

Père de la linguistique moderne, inlassable activiste et pourfendeur du néolibéralisme, le penseur américain réunit trente ans d’écrits politiques et prises de position contre l’endoctrinement étatique.

On peut admettre que le déterminisme familial existe, peu ou prou, et que, parfois, il fait assez bien les choses. William (Zev) Chomsky, pour éviter d’être enrôlé dans les armées tsaristes, fuit la Russie en 1913 et émigre aux Etats-Unis. C’est un homme de culture et de science, un pédagogue, qui consacre ses recherches à l’hébraïsme et à la langue hébraïque médiévale. Elsie Simonofsky est née en 1903 à Bobruisk, près de Minsk, aujourd’hui capitale de la République de Biélorussie. Elle a juste 1 an lorsqu’elle arrive avec sa famille à New York. Elle est professeure au Gratz College de Melrose Park, Pennsylvanie, l’institution d’éducation juive la plus prestigieuse, dont, chargée de la formation des maîtres, elle est l’une des figures majeures.

Mariés, William et Elsie travaillent ensemble à l’école Mikveh Israel puis au Gratz College. William écrit beaucoup, publie de nombreux ouvrages, dont Hebrew, the Eternal Language (1957), et acquiert une telle notoriété intellectuelle qu’à sa mort, en 1977, le New York Times le salue comme «l’un des tout premiers grammairiens de l’hébreu du monde». Elsie préfère rester dans l’ombre, y compris celle de son mari : elle est plus austère que lui, mais beaucoup plus engagée dans l’activité militante et les luttes sociales.

(...)

«Organiser la mobilisation»

Ce que le linguiste américain dit du contrôle social, en prenant acte de la progressive disparition des modes de «représentation» traditionnels, syndicaux ou politiques, semble au contraire d’une grande actualité. Il critique en effet le socialisme autoritaire, les types de gouvernements «éclairés» et les autres organisations constituées qui croient pouvoir dicter aux citoyens les modes de vie pour lesquels ils devraient opter et, de fait, les privent de toute initiative. Et se demande comment cette initiative pourrait être reprise collectivement, autrement dit comment «organiser la mobilisation» et coaguler les forces qui veulent non seulement comprendre les mécanismes de pouvoir mais les retourner pour qu’ils servent leur liberté au lieu de conforter leur aliénation. Mais comment faire, dans les pays où «les gens sont désillusionnés, effrayés, sceptiques, en colère» et «ne font plus confiance à rien, veulent quelque chose de mieux, savent que tout est pourri» ? Tout dépend, dit Noam Chomsky, de la «décision d’agir ou pas», d’une difficile décision, que toute son œuvre politique vise à «informer» et rendre possible. En ajoutant toujours : «Nous ne pouvons pas perdre espoir.» Parole d’un homme qui aura 89 ans à la fin de l’année.

Robert Maggiori

A lire intégralement ci-dessous

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Le sens, l'impasse de cette élection... Par Cécile Alduy

10 Mai 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Philosophie

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«Aller voter dimanche. Même contre», concluait la semaine dernière Caryl Férey. Surtout contre. Comme toujours contre. Et sans regrets. Ce qui ne veut pas dire sans amertume. Ni angoisse devant les lendemains qui déchantent. Depuis le soir du premier tour de cette étonnante élection a résonné une étrange rengaine : il serait fatigant, injuste, voire indigne de voter «contre». Comme si nous n’avions pas presque toujours par le passé mis un bulletin par défaut le jour du second tour. Songeons à 2012 : qui osera récrire l’histoire et nous faire croire que c’est le charisme fulgurant du plat François Hollande qui a convaincu une majorité (très relative) d’électeurs ? Combien de points gagnés grâce au réflexe anti-Sarkozy ? Inversement, 1995 fleurait bon la revanche pour la droite. Et pense-t-on que le vote FN est un vote «pour», quand il se nourrit du rejet ou de la haine de tant d’ennemis réels ou imaginaires ? Il n’y a pas jusqu’au fameux «sortir les sortants» et autre «dégagisme» de ces mêmes antimacronistes de gauche effarouchés qui ne relèvent aussi du vote «contre». C’est le principe même de l’alternance que de reposer autant sur la détestation que sur l’adhésion.

Voter contre, dans ce jeu d’antithèses qu’est tout second tour, c’est toujours aussi voter «pour», mais un «pour» plus large, plus désintéressé aussi que celui du 1er tour. C’est affirmer des valeurs supérieures à nos petites préférences partisanes, à nos allergies de personnes. S’assurer qu’une élection ne détruise pas, au gré de notre indifférence ou de nos vœux de pureté mal placés, la vie d’autres que nous, ou celle de nos enfants. Regardons outre-Atlantique, d’où je viens, où je vote aussi : certes, pas de «mur» encore sur la frontière mexicaine, mais des violences racistes et homophobes décomplexées, des industries minières et pétrolières euphoriques et le risque que, demain, des millions de familles perdent, littéralement, leur seul espoir de survie avec l’abolition de l’Obamacare, l’assurance médicale ouverte à tous. Le nouveau projet de loi renverra diabétiques, femmes enceintes, malades du sida, du cancer, ou hémophiles à leurs «conditions préexistantes». Voulait-on vraiment essayer ce qu’aurait été une France aux couleurs Bleu Marine ? Ou se coltiner les conséquences d’un score au-dessus des 40 % ?

On en vient à s’interroger : de quel côté ont été finalement les «pudeurs de gazelle» pendant cette campagne ? Les non-dits ont été parfois aussi délétères que les oukases. Il y a eu d’impressionnants silences : certains lourds comme des orages que nous feignons de ne pas entendre souffler sur nos nuques (le réchauffement climatique aux abonnés absents des débats) ; d’autres embarrassés ou cyniques, de ceux qui se sont cachés derrière des circonlocutions pour ne pas prononcer «voter Macron» afin de se ménager un avenir politique. Et puis cette lacune béante causée par le renoncement de Hollande : aucune discussion du bilan du quinquennat, zéro examen de conscience ni examen critique. Pas de construction collective d’un sens aux cinq années passées. Le sens, la grande impasse de cette élection.

Car maintenant que la poussière de la campagne est retombée, que reste-t-il de ces kilomètres de débats, discours, interviews, tweets ? Qui a su dire plutôt que taire, trouver les mots justes, dissiper la confusion du réel et des signes ? Car on en a soupé des mots flous - «le peuple», «le système», «la révolution» (de Macron, Fillon, Mélenchon) - brandis comme totems et tabous, chiffons rouges qu’on agite pour faire peur, aiguiser les haines (de classe, des médias ou de l’étranger), se draper de radicalité à peu de frais. Jusqu’au nouveau tic de langage de Mélenchon, «vous, les gens», à mi-chemin entre condescendance (il s’en exclut, un rien paternaliste) et séduction populiste («les vrais gens» en sous-entendu) : ou comment s’arroger le droit de parler au nom de ce «peuple» qui a pourtant voté de voix bien diverses.

Il y a aussi eu toutes ces bévues linguistiques ou transgressions stratégiques qui laissent un goût amer. On aura entendu Arnaud Montebourg parler d’«UMPS», Manuel Valls d’«assistanat», Malek Boutih traiter Benoît Hamon d’«islamo-gauchiste», Marine Le Pen se prendre pour Simone de Beauvoir. Dans un autre registre, François Fillon a sans ciller revendiqué sa «rebelle» attitude à 13 000 euros le costard. Emmanuel Macron, lui, a jeté un «je vous aime» comme argument électoral. Des euphémismes doucereux de Le Pen sur la sortie de l’euro ou son credo identitaire aux vraies «fake news» à la WikiLeaks relayés par le FN en fin de campagne, c’est l’arrimage des mots aux choses qui a été déjointé. D’où l’impression confuse, attristante, qu’on n’a rien entendu de fort, de marquant, de précis ces dernières semaines. Peu de pensée claire et distincte ; beaucoup de com, bravache, tonitruante ou version filet d’eau tiède consensuel ; des spectateurs électeurs à l’affût des punchlines, friands autant que dégoûtés des affaires. Surtout une politique des émotions qui se substitue aux clivages politiques traditionnels : ce sont des communautés sentimentales qui se sont reconnues (et qui ont été construites, exploitées par les discours) dans le quatuor de candidats au top du premier tour. Ressentiment et colère contre optimisme et enthousiasme, beaucoup ont voté avec leurs tripes.

Quel avenir pour cette politique des émotions ? On peut convaincre sur des idées, on peut arguer sur des projets, mais on ne peut pas persuader quelqu’un de changer son ressenti. La colère est là, la confiance aussi, mais ailleurs. Quand les clivages politiques deviennent des antagonismes affectifs, quelle réconciliation possible des expériences ?

On aurait voulu une campagne qui donne du sens, on aura eu des silences et l’exacerbation des sentiments. «L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant», écrivait René Char, qui n’a jamais confondu la pureté des principes et les exigences de la parole et de l’action. Cette campagne présidentielle en a été la triste illustration.

Cécile Alduy Professeure de littérature et de civilisation françaises

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Coup de coeur... Ruwen Ogien...

6 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

Peut-on philosopher sur l’amour sans  « tuer le sujet », c’est-à-dire sans lui ôter ce qui fait sa saveur, son  mystère, son importance dans nos vies ?

La  philosophie, avec ses concepts abstraits et ses schémas de pensée  généraux, peut-elle saisir ce qu’il y a de charnel, de sensuel,  d’émotionnel, de particulier dans chaque histoire d’amour.

Pour certains penseurs, la réponse est clairement « non ».

Si  on me passe l’image, je dirais que, pour eux, réfléchir sur l’amour  avec les outils rationnels de la philosophie, ce serait comme essayer de  capturer une infinité de poissons minuscules qui nagent dans tous les  sens avec un filet à grosses mailles.

Un projet vain et un peu ridicule.

Ils  estiment que la poésie, la nouvelle, le cinéma, le roman (avec des  allusions autobiographiques de préférence) sont des genres bien mieux  adaptés pour parler d’amour, en raison de leur absence de prétention  théorique et de leur sensibilité aux aspects corporels, singuliers, de toute activité humaine.

Ils  considèrent que les théories générales et abstraites de l’amour  produites par les philosophes sont autodestructrices, parce qu’elles  font disparaître ce qu’elles cherchent à expliquer : le caractère unique  de chaque rencontre amoureuse, l’intensité des émotions qu’elle suscite.

Martha  Nussbaum l’écrit à sa façon claire et directe : « Nous avons suggéré  que les théories sur l’amour, et tout particulièrement les théories  philosophiques, ne nous offrent pas ce que nous découvrons dans les  histoires [d’amour] parce qu’elles sont trop simples. »

Roland  Barthes est évidemment plus obscur et plus tortueux, mais il dit à peu  près la même chose : « L’amour (le discours amoureux) : cela même dont  le propre est de résister à la science, à toute science, à tout discours  de l’unification, de la réduction, de l’interprétation. »

Je suis en désaccord complet avec ces affirmations.

Elles  font de l’amour une sorte d’exception par rapport à toutes les autres  questions existentielles sans proposer de justification solide à ce  traitement sélectif.

Personne ne  semble penser que philosopher sur la nostalgie, la finitude ou l’ennui  conduira nécessairement à appauvrir ces sentiments, à les remplacer par  des généralités intellectuelles.

Personne  (à part quelques stoïciens) ne semble croire que réfléchir  rationnellement sur la souffrance ou la solitude aboutira à les faire  disparaître de nos vies (ce qu’on pourrait regretter par ailleurs).

Pourquoi n’en va-t-il pas de même pour l’amour ?

Pourquoi cette exception ?

À  mon avis, elle a pour origine le fait que, selon certains philosophes,  la connaissance de l’amour doit être aussi intuitive, spontanée,  émotionnelle que l’amour lui-même.

Or  cette proposition est loin d’être évidente. Elle ne fait que conforter,  sans aucun argument à l’appui, des préjugés anti-intellectuels. Je ne  vois donc pas pourquoi il faudrait la prendre au sérieux  philosophiquement.

D’autres objections au projet de philosopher sur l’amour, ou de proposer des théories de l’amour me paraissent moins douteuses.

Ainsi,  on pourrait accuser la philosophie de l’amour de rester prisonnière de  l’idée que l’amour et le bien, c’est la même chose.

Cette idée s’exprimerait dans la conviction, dont les sources chrétiennes ont été souvent soulignées, qu’il ne peut pas y avoir de « mauvais amour », car aimer c’est toujours bien, même lorsque l’objet de l’amour est un ennemi ou une crapule qui ne mérite pas l’attention affectueuse qu’on lui donne.

Vladimir  Jankélévitch a exprimé ce point de vue avec sa verve habituelle : « Il  est moral d’aimer, quel que soit l’aimé, et même si l’aimé n’est pas  aimable, c’est-à-dire ne mérite pas l’affection que nous lui portons :  car l’amour s’il est sincère et passionné a une valeur catégorique et  justifie à lui seul les aberrations de l’amant. Une fois au moins dans  sa médiocre vie l’homme le plus sec, tandis qu’il était amoureux, aura  connu la grâce de vivre pour un autre. »

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Ruwen Ogien, la liberté à tout jamais... "On peut mener la vie qu’on veut tant qu’on ne porte pas tort à autrui."

6 Mai 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie

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EXTRAIT

Le philosophe est mort jeudi d’un cancer. Personnalité d’une exquise gentillesse et volontiers provocateur, le directeur de recherches au CNRS défendait l’«éthique minimale», soit une approche libertaire de la morale selon laquelle on peut mener la vie qu’on veut tant qu’on ne porte pas tort à autrui.

Il n’est pas exagéré de dire que c’était un homme merveilleux, un homme s’émerveillant de tout, émerveillant tout le monde par son intelligence certes, par cet humour qui lui donnait la force de tourner en dérision ses propres tourments, la sale maladie par laquelle son corps était rongé depuis quatre ans, et surtout par une gentillesse et une courtoisie hors du commun, aussi éloignées que possible de la mièvrerie, qui le rendaient disponible aux choses et aux êtres et faisaient que, devant lui, si attentif, si accueillant, on se sentait plus intelligent, on devenait, ne serait-ce qu’un instant, la personne la plus importante du monde. Ruwen Ogien est mort jeudi, en début d’après-midi, à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. Il venait de publier Mes mille et une nuits (Albin Michel, 2017) où, fustigeant le «dolorisme», il parlait de son «cancer capricieux chaotique».

«Diagnostics lumineux»

C’était un proche de Libération, même si parfois il s’irritait de ce qu’il y lisait (mais généralement il cueillait là l’occasion d’écrire une nouvelle chronique), il écrivait sur le blog «LibéRation de philo», goûtant les «joies et les peines du "blogueur" exposé aux commentaires rarement très sympathiques des lecteurs», avait participé aux «Libé des philosophes», aux Master classes sur la justice, était souvent venu parler aux forums organisés par le journal, envoyait souvent des articles pour les pages Idées. C’est que rien ne lui était étranger, aucun événement politique, aucun fait de société, aucune question éthique - et que tout excitait sa réflexion, qu’il déployait souvent de façon paradoxale, sinon provocatrice. Il plaçait au-dessus de tout la liberté individuelle. Mais en un sens particulier. A propos de la liberté d’expression, par exemple, il écrivait ici même qu’elle n’était ni «un avantage qu’on réclame pour soi» ni «le droit d’affirmer publiquement ses propres opinions, de vanter ses idées», mais bien «le devoir de respecter celles des autres». Il se moquait lui-même du fait qu’on sollicite sans cesse les philosophes afin qu’ils donnent des avis. Signe, disait-il (1), que l’idée qu’ils soient capables «par la magie de [leur] esprit» de «poser des diagnostics lumineux sur absolument tout» est largement partagée. Aussi se gardait-il d’en «donner», des avis : il proposait plutôt des outils pour éprouver la validité des siens et pour que ses lecteurs testent la solidité des leurs.

(...)

Robert Maggiori

Suite et fin à retrouver en cliquant ci-dessous

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Mélenchon et Le Pen vus par Raphaël Enthoven... (Vidéo)

26 Avril 2017 , Rédigé par RCJ 94.8 Publié dans #Politique, #Philosophie

http://annette.blogs.liberation.fr/2017/04/24/melenchon-demasque/

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Au Maroc, les professeurs de philosophie mobilisés contre des manuels d’éducation islamique...

2 Mars 2017 , Rédigé par La Croix Publié dans #Education, #Philosophie

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Ils critiquent les nouveaux manuels d’éducation islamique qui dénigrent, selon eux, la philosophie.

Le ministère assure qu’ils permettent, au contraire, un débat sur l’islam et la philosophie.

Cela fait plus de deux mois qu’Abdelkarim Safir réclame, avec une partie de ses collègues, le retrait des manuels d’éducation islamique de l’éditeur Al Manar des écoles publiques du pays. « Ces manuels sont écrits d’une manière idéologique. Ils visent à intimider les élèves et à les empêcher de réfléchir, de s’épanouir », estime le secrétaire national de l’association marocaine des enseignants de philosophie.

Les professeurs évoquent un passage où le manuel cite le théologien du XIIIe siècle Ibn Salah Ach Chahrazouri, qui décrit la philosophie comme une « dépravation » contraire à l’islam. Pour Abdelkarim Safir, « les trois manuels d’Al Manar inculquent un islam wahhabite », en référence à la version rigoriste de l’islam promue par l’Arabie saoudite. « Une autre édition utilisée par les écoles publiques ne pose d’ailleurs, elle, pas de problème », relève-t-il.

Les professeurs ont commencé par organiser des sit-in fin du 21 au 23 décembre derniers et maintiennent, depuis, la pression sur le ministère.

Abdelkarim Safir affirme qu’ils n’ont jamais été reçus et qu’il n’a pas obtenu de réponse à leurs messages. Le ministère a publié un communiqué début janvier expliquant qu’il ne retirerait pas les manuels, puis le premier ministre Abdelilah Benkirane a apporté son soutien au ministre.

Une pédagogie censée développer l’esprit critique

Ces manuels, publiés au début de l’année scolaire, sont les supports du nouveau programme d’éducation islamique, appliqué pour la première fois cette année. Il a été élaboré en quelques mois à la suite de la déclaration de Marrakech sur les droits des minorités religieuses dans le monde islamique, et sur instruction du roi Mohammed VI.

L’objectif est d’abandonner l’apprentissage par cœur, sourate après sourate, et de consacrer les cours à une thématique. Une pédagogie qui est censée développer l’esprit critique.

Le Maroc prévoit des cours de philosophie pendant les trois dernières années du lycée. C’est un des rares pays arabes à prévoir cet enseignement, qui s’est maintenu depuis la fin du protectorat français en 1956. Après avoir été malmené sous le règne de Hassan II, qui a privilégié l’arabisation et la théologie islamique, l’enseignement de la philosophie connaît un second souffle depuis l’arrivée au pouvoir de Mohammed VI en 1999.

Pour Fouad Chafiqi, directeur des programmes au ministère de l’éducation nationale, les nouveaux manuels respectent l’esprit de ces nouveaux programmes. « L’extrait d’Ibn Salah Achahzouri est un avis présenté pour discussion. Ce n’est l’avis ni du ministère, ni de l’éditeur. Une autre citation est, elle, favorable à la réconciliation de la foi et de la raison. Les deux extraits ont pour objectif de provoquer un débat au sein de la classe. »

Rémy Pigaglio, à Casablanca (Maroc)
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