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Vivement l'Ecole!

pedagogie

Dans le ghetto reste l’École majuscule...

3 Mars 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Pédagogie

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À Bobigny, dans l’école dont elle est directrice, les enfants viennent de familles «  pauvres, très pauvres et extrêmement pauvres  ». Dans cette réalité de mixité relative, Freinet est convié pour que l’apprentissage prenne tous ses droits. Rencontre avec Véronique Decker, dont les propos nous racontent une école oubliée des politiques d’urbanisation, mais qui vit encore, comme un poumon essentiel dans la cité.

Elle entre dans le métier sans préméditation, délaissant l’imprimerie où elle travaillait jusqu’alors pour une profession où les horaires lui semblent plus compatibles avec sa nouvelle vie de maman. C’était une époque où le bac était le sésame, où la présence des syndicats et des mouvements pédagogiques favorisait les échanges pour construire une école émancipatrice au jour le jour. Ce qu’elle apprend à l’École normale et dans les écoles d’application, où tout semblait facile avec des élèves attentifs, est loin de ce qu’elle vit dans son premier poste à Montreuil. «  Sur le terrain, c’était plus difficile, on était au moment du regroupement familial avec des enfants venant du Mali, du Sénégal, du Maghreb, de scolarités différentes, avec des fonctionnements différents selon le pays.  »

Elle se rend compte rapidement que le manuel scolaire n’est pas le sésame universel, cherche des solutions dans le travail en équipe, en ébauche autour des bibliothèques, des centres de documentation pour «  apprendre à lire au-delà de l’association des lettres et des mots, apprivoiser les codes de l’écrit  ». L’écart est immense entre les élèves. Elle trouve auprès du GFEN et de l’ICEM des réponses à ses recherches sur la différenciation pédagogique et commence à mettre en place une classe Freinet. Son initiative est vécue dans son école comme un havre possible pour tous les élèves à l’étroit dans leur classe. «  Quand tu as une classe Freinet, on pense que le nouvel arrivant, la dys, le pas sage, seront mieux chez toi.  »

Remplaçante

Elle souhaite changer d’école, son barème la contraint à devenir remplaçante. Son remplacement se prolonge dans un établissement où elle rejoint une équipe au sein de laquelle elle se sent heureuse, partageant une démarche pédagogique réfléchie. Puis sa route reprend, avec l’étiquette apposée par l’inspection de «  remplaçante expérimentée qui peut faire face aux situations difficiles  ». Elle arrive dans des classes que personne ne souhaite, à la suite parfois, dès fin septembre, de deux enseignants qui ont déjà craqué. Dans une école, elle se retrouve à la tête d’une classe triée, composée d’élèves dont les autres enseignants ne veulent pas. Elle entend à l’heure de la récréation «  tes noirs ont attaqué mes blancs dans la cour  », elle vit l’école dont elle ne veut pas, avec des collègues dont elle ne partage pas la pédagogie et les valeurs. Elle recherche un poste de directrice qu’elle trouve dans une petite école maternelle de Bobigny où elle reste six ans.

Elle participe alors à une association qui souhaite créer dans la ville un collège Freinet. Le projet se heurte à des exigences académiques contradictoires et inconciliables. Elle tient à l’idée, contacte l’Inspection pour voir comment la transposer au primaire. La direction de l’école Marie-Curie se libère, elle prend le poste pour réaliser son vœu. Elle constitue progressivement l’équipe en lançant un appel au Mouvement Freinet, la compose avec des enseignants souvent jeunes, nommés dans le 93 en début de carrière.

Elle les forme, partage les méthodes en croisant les doigts pour qu’ils restent un petit bout de temps. «  Avec le jeu du barème, ils n’étaient pas à 100 % Freinet mais c’est bien aussi car, en cas de désaccord, cela oblige à réfléchir, construire, montrer pour convaincre.  » Elle encourage les uns et les autres à aller voir dans les classes ce qu’ils font, à piocher des idées là où un collègue a développé un projet, une approche, car dit-elle «  tout le monde est bon en quelque chose  ». Elle prône la coformation, soulignant qu’elle est plus efficace qu’un dispositif descendant car elle se fonde sur une envie d’aller voir, de partager.

Cette année, elle est confrontée à quatre changements simultanés d’enseignants, et suspend les ambitions de la pédagogie Freinet aux appropriations nécessaires, aux réglages entre des procédures qui semblaient fonctionner et leur interprétation par ceux qui n’ont pas participé à leur création. Son rôle de directrice d’école déchargée de classe est de rendre les choses possibles pour les enseignants, de les laisser se concentrer sur l’ingénierie pédagogique et la vie de classe. Elle gère la relation avec les parents, la mairie, la recherche de moyens pour les projets, l’achat et la gestion du matériel scolaire.

(...)

Monique Royer

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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Pour des "unités éducatives"...

1 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

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L’unité scolaire de référence : les « unités éducatives »

 

L’École doit profondément repenser les cadres et les structures qui se sont indurés depuis deux siècles. Pour apprendre « autrement » et « d’autres savoirs », il faut être capable d’opérer une rupture radicale dans le lieu même où elle opère. La forme scolaire dominante doit vraiment être interrogée, bousculée.

 

  • Une structure d’établissement repensée

Dans ses grandes lignes, il faut imaginer (pour le collège et le lycée principalement) une autre vision de ce que peut être un établissement. Une structure matricielle pourrait se décliner comme suit :

 

  • Établissements (collèges/lycées) de 60/100 élèves : C'est à dire des « unités éducatives » (expression chère à Philippe Meirieu), regroupées géographiquement par deux ou trois de 100 élèves chacune et remplaçant les établissements/usines pouvant dépasser 1500 élèves en collèges !

  • Équipes pédagogiques, au sens large, stables.

  • Fonctionnement souple et articulé : temps passé en grand groupe, en groupes stables, les groupes de besoin…

  • Une autre conception du travail supposant une formation disciplinaire élargie et une initiation à l’ensemble des savoirs que les élèves sont supposés construire ; nouvelle compétence indispensable à un moment où certains objets d’enseignement supposent des collaborations interdisciplinaires, voire des recompositions disciplinaires (la question du Développement Durable, par exemple).

  • Une structure souple et modulable

 

Ces « unités éducatives » seront confiées à des équipes d’enseignants dont le service sera entièrement repensé, en concertation avec toutes les parties prenantes.

 

L’ensemble des élèves pourra ainsi être réuni régulièrement pour des mises au point institutionnelles, des propositions d’activités, des projets pédagogiques à construire mais aussi des déplacements non plus par classes mais par « unités éducatives » favorisant.

 

Les « classes » seront remplacées par des groupes de travail hétérogènes :

 

- groupes stables pour les 2/3 du temps employé

- groupes de besoins voire même de niveau pour le 1/3 restant du temps employé. Groupes homogènes dans ce cas et très souples d’usage.

 

Ces groupes de travail peuvent être de taille variable selon les disciplines et très perméables à toute arrivée ou sortie d’élève, selon les difficultés ou progrès de celui-ci. En collège et dès les « groupes-classe nouveaux arrivants », il sera mis en place (entre autres outils) un système de tutorat pour les élèves décrocheurs, ceux dont les incivilités sont fréquentes et qui auront été repérés en amont grâce au travail commun des équipes pédagogiques de CM2 et de collège. Mesure qui doit rester exceptionnelle en raison des moyens mobilisés en amont. Dans ce dernier cas ultime, il conviendra de renforcer significativement les dispositifs existants : classes relais nécessitant des moyens matériels et humains. Il conviendra également de reconsidérer l’exclusion temporaire comme n’étant pas toujours sécuritaire mais bel et bien éducative.

 

Christophe Chartreux

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Education... Découvrez la trousse à projets...

27 Février 2017 , Rédigé par Dailymotion Publié dans #Education, #Pédagogie

La Trousse à projets est une plateforme numérique au service de projets éducatifs et pédagogiques bénéficiant aux élèves scolarisés, de la maternelle au lycée. Elle est à l’initiative de l’Office central de la coopération à l’école (OCCE), du Réseau Canopé, du Crédit coopératif, du Fonds numérique pour l’école (FPNE), et du ministère de l’Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Elle sera accessible dès la mi-mars.

En savoir plus : http://www.education.gouv.fr/cid113031/la-tr

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Les écoles en Asie sont-elles l’avenir de l’éducation?...

26 Février 2017 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Pédagogie

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Depuis que les comparaisons internationales (études PISA, TIMSS…) existent, se sont imposés le « modèle finlandais » et le « modèle asiatique », aux résultats scolaires excellents mais aux résultats « humains » fort différents. Faut-il s’inspirer du «  par-coeur » chinois ou coréen, soutenu par d’innombrables heures de cours particuliers ? Faut-il le rejeter en bloc ?
 
«  Dans les pays asiatiques, on obtient de très bons résultats scolaires : ça marche, parce qu’on n’hésite pas à avoir recours au par cœur et à la discipline et on respecte les maitres. Peut-être nous montrent-ils la voie ?  »
 
Qu’on soit d’accord ou non avec cette addiction, force est de constater que beaucoup d’États du monde ont pris l’habitude, depuis quelques années, d’attacher une importance considérable à leur rang dans les classements internationaux des performances de leurs systèmes éducatifs, dont PISA est le plus connu d’un large public. On entend alors opposer le courage de ceux qui se sont mis en état de «  PISA choc  » (on cite l’Allemagne, mais aussi la Pologne), c’est-à-dire qui ont entrepris véritablement de se réformer à la suite des informations qu’ils ont tirées de ces enquêtes, à l’inaction de ceux qui se contenteraient de se lamenter.

«  Alors que les jeunes Coréens, surdiplômés, sont désormais confrontés au chômage, le pays commence à se pencher sur ce qui se cache derrière les bonnes notes de ses élèves. Conscient que le système éducatif public a atteint ses limites, le ministre de l’Education promet de ne plus regarder seulement les résultats et de donner la priorité au «  bonheur  ». La promotion des filières professionnelles, jusqu’ici largement dénigrées, est également au programme. Enfin, dès l’an prochain, un «  semestre libre  » sera instauré au collège, pour que les élèves se consacrent aux matières artistiques ou sportives.  »

Libération, 24 avril 2015, «  La Corée fait classes à part  ».

Ce qui est toutefois étonnant c’est que dans les premières enquêtes PISA, on voyait le groupe des pays scandinaves, avec en tête la Finlande, galoper en haut de classement, pour l’efficacité aussi bien que l’équité de leurs systèmes. Les Finlandais n’ont à l’origine pas été les moins surpris de cette place, puis, de fait, beaucoup de chercheurs et de responsables se sont mis à étudier ces systèmes pour mettre à jour des caractéristiques qui ont été commentées à l’étranger, France comprise : une vraie école de base regroupant l’ancienne école élémentaire et l’ancien secondaire inférieur, un traitement précoce des difficultés d’apprentissage dans le cadre de la classe, à la suite d’une puissante formation des enseignants, une quasi-absence d’évaluations sommatives avant le fin de scolarité obligatoire, etc.

Puis le jeu s’est compliqué : des pays asiatiques sont venus le perturber et montrent, malgré des niveaux de développement encore très disparates (le Vietnam en développement comparé aux riches Hong Kong et Shanghai), des succès impressionnants à qui mesure les performances de leurs élèves.

Le problème est qu’on n’a encore guère étudié ces systèmes pour savoir s’il y a lieu de s’inspirer d’eux ni ce que cela signifierait…

Quelques éléments peuvent toutefois nous permettre de prendre une distance critique et d’amorcer une réflexion, ce qu’a tenté, suite à un colloque comparatiste, la Revue internationale d’éducation de Sèvres dans son numéro «  L’Éducation en Asie  » (n° 68, avril 2015). On doit considérer les réalités scolaires de l’Extrême-Asie avec autant d’esprit critique que d’intérêt.

(...)

Roger-François Gauthier

Le billet complet est à retrouver en cliquant ci-dessous

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La salle des professeurs, un jour...

25 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

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La salle des professeurs, un jour... Il y a quelques temps... Je reste là, avec Isabelle, ma jeune collègue de français et nous nous mettons à plaisanter, à délirer… La pression retombe… Comme des comédiens qui sortent de scène, nous nous lâchons… Je la trouve formidable d’enthousiasme et je me dis que rien n’est perdu, que la jeune génération sait encore ce qu’enseigner signifie, que jamais ils n’accepteront les classes rêvées par certains...

La salle de classe rêvée par tous les passéistes et "anti-pédagos" qu' on peut lire et entendre ici et là. Ces personnes qui caricaturent la pédagogie, de mensonges en invectives, en propos outranciers…

Rêvées?...

La classe rêvée est une classe d'enfants silencieux, donc semblant attentifs. J'étais un enfant très silencieux et pas du tout attentif parfois. Mais au moins, je rassurais mon professeur qui m'ennuyait mortellement et passait son année assis derrière son bureau...

Car la classe rêvée est devant le professeur, si possible sur une estrade. Et les élèves prennent des notes. Ils grattent comme ils disent. On entendrait une mouche voler. Le professeur déverse son savoir, à des enfants triés préalablement sur deux ou trois critères, toujours les mêmes. Combien de fois ai-je entendu des collègues "corriger" la bonne moyenne d' un élève "coupable" d'avoir 18/20 en EPS et 15 en musique mais 8 en français et 9 en mathématiques. Il y a les matières "majeures" et les matières "mineures"! Ah mais!

La classe rêvée se lève à l'entrée du Proviseur (en passant, mes élèves se lèvent depuis 34 ans à l'entrée des surveillants... et du Principal évidemment). Ils se lèvent et, dans leur dos, se font des signes parfaitement compréhensibles aux initiés mais tout le monde est content... Ils sont debout.

La classe rêvée rend toujours ses devoirs à la maison à temps. Ils sont toujours parfaits. Il faut dire que la classe rêvée est issue en général d'un milieu socio-culturel très élevé... Ca aide à la maison...

La classe rêvée ne fatigue jamais le professeur. Il est toujours en pleine forme. 16 heures assis derrière son bureau, il est vrai que cela n'est pas épuisant. Surtout devant de tels petits génies...

La classe rêvée ne fait jamais de fautes d'orthographe. On met quand même quelques mauvaise notes. Il faut rester dans la moyenne acceptable. L'enseignant qui aurait l'outrecuidance d'oser avoir une classe à 16/20 de moyenne serait accusé de laxisme. La "constante macabre" chère à mon collègue André Antibi a de beaux jours devant elle ! On fait même tout pour qu' ils aient de temps à autre de très mauvaises notes. Il est plus facile de mettre un 0 qu'un 18/20. Piéger les élèves... Hummmmm ! Quel bonheur !

Mais bien évidemment, tout cela n'existe pas... Personne n'en veut n'est ce pas?

Au revoir Isabelle…

Christophe Chartreux

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Pédagogues contre anti "pédagogistes".. Un "débat" souvent inutile...

24 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

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Plusieurs heures passées les réseaux sociaux comme sur les sites plus "spécialisés", m'ont amené  à regarder d'un oeil neuf le combat (beaucoup plus que le débat) qui oppose depuis des décennies "pédagogues" et "républicains".

L'objet de ce court billet n'est pas de définir les deux "écoles". Internet regorge de milliers de pages, toutes plus savantes les unes que les autres, qui informeront le lecteur curieux bien mieux que je ne saurais le faire.

Il est plutôt de constater et de faire constater à quel point ce "débat" est devenu vain, médiocre, inutile et dangereux.

D'ailleurs s'agit-il encore d'un débat? La définition donnée à ce terme n'est en rien illustrée par les invectives, accusations, injures parfois, qui jalonnent les échanges entre pédagogues et républicains. Un débat, ce sont des personnes de bonne volonté, d'avis certes différents mais qui échangent des opinions contraires dans un but COMMUN: la construction, la réalisation d'un projet.

Or nous assistons, depuis des années et en particulier sur les réseaux sociaux ou dans les "com" publiés à la suite d'articles parus dans la presse Internet (très friande de ce "débat"), à des dialogues de sourds d'un caractère très particulier:

Etape 1  : le républicain provoque, en général toujours le premier, un "débat" sur tel ou tel sujet. La pédagogie regorge d'occasions de se disputer. Il le fait en employant TOUJOURS la même méthode: la "réécriture" du discours "pédagogiste", pour reprendre la terminologie ironique utilisée. Le républicain ne dénonce pas la pédagogie. Il n'utilise quasiment jamais le corpus pourtant immense à sa disposition. Il se contente d'une complainte permanente, récurrente qui peu à peu glisse de la réécriture à l' invention pure et simple du discours de son "adversaire". L'idéologie remplace alors la réflexion, l'analyse scientifique.

Etape 2  : le pédagogue s'offusque et répond. Pour ce faire il prend alors le temps de se justifier. Il passe des heures à RE-construire ce qui vient d'être détruit. Cette auto-justification permanente n'empêche évidemment pas son interlocuteur "républicain" de considérer toujours le "pédagogue" comme ce "professeur de rien" dont parlait Jean Lechat en 2005 dans L’idée de science classique. (In Lombard J. LÉcole et les sciences. Paris : L’Harmattan, 2005). Et le "pédagogue", de justification en justification, finit par lasser et se lasser. Le "débat" trouvant sa conclusion dans des fins de non recevoir au mieux, dans l'invective et l'injure au pire.

Et de tout cela il ne sort... rien!

Car tout ce temps passé, par les uns à inventer idéologiquement un faux discours "pédagogiste", et par les autres à se justifier parfois maladroitement, est autant de temps perdu au détriment d'un sujet autrement plus essentiel: l'Ecole et ses réelles difficultés.

La critique du "pédagogisme" n’a pas d’objet. Elle procède de la rhétorique de la construction de l’adversaire. Les justifications permanentes des pédagogues n'ont pas plus d'objet non plus puisqu'elles sont la conséquence d'un propos lui même sans objet. On tourne en rond et l'Ecole passe au second plan. Un comble!

Voilà pourquoi je ne participe plus que de très loin à ce "débat" devenu inutile, inintéressant et consommateur d'un temps précieux. Je préfère consacrer mes heures à la construction de l'école de demain plutôt qu'à la destruction de celle d'aujourd'hui par la faute d'échanges qui ne font plus sens.

J'invite humblement mes lecteurs à faire de même et à s'engager dans cette voie, plus exigeante mais plus exaltante et positive.

Christophe Chartreux

P.S. de Philippe Meirieu : Pour "revisiter" ce débat et prendre de la distance avec lui, je me permets de renvoyer à mon ouvrage "Lettres à quelques amis politiques sur la République et l'état de son école", Plon, 1998, épuisé mais disponible gratuitement en téléchargement sur ce site : cliquez ici

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Ecoutons nos élèves...

19 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

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Lors d'un voyage en Italie avec mes élèves de 4è et 3è, j'ai pris le temps d'écouter, de les écouter, car nous disposions de ces heures d'échange qui manquent trop souvent au collège par la faute d'emplois du temps délirants d'absurdité. J'ai découvert d'autres pré-adolescents qui ont découvert j'espère un autre professeur.

De toutes ces conversations, avec les filles comme avec les garçons, le soir en bord de plage ou lors des pauses-déjeuner à Rome, Ostie ou Herculanum, jusque dans le train du retour, jusque dans la gare de Milan lors de notre correspondance vers Rome à l'aller puis Paris au retour, j'ai entendu leur curiosité, leur appétit de savoir, leur bonheur d'être ensemble, leurs émerveillements au Colisée ou devant les ruines  de la ville engloutie par les cendres du Vésuve.... Et puis j'ai très souvent entendu aussi leurs inquiétudes. L'avenir. Les 3è surtout. Ils quittaient le collège quelques mois après ce voyage.

Notre société française, ce "modèle", est fondée depuis des décennies sur le fait "certain" que l'Ecole aide les enfants à, au moins maintenir un rang social, au mieux aide celles et ceux qui partaient de très bas à gravir quelques échelons. Or depuis les années 1990, l'échelle est toujours là, l'Ecole aussi, mais elle semble ne "profiter" qu'aux plus favorisés à la naissance. Loin de moi l'idée d'en vouloir à ces excellents élèves. Je les ai toujours encouragés, félicités. Ai toujours interdit les moqueries à leur encontre: "Ah oui mais lui c'est un intello !"...

Il n'empêche que, pour reprendre une réflexion de François Dubet, "On traite mal ceux qui ne sont pas dans l'élite". Les clefs de la réussite scolaire sont détenues par les mêmes, plus fermement encore depuis la crise. Même les diplômés ne sont plus aussi certains de la valeur annoncée du diplôme obtenu. Alors, une peur en entraînant une autre, on conserve précieusement ces petits avantages personnels. On devient égoïste. On ne sait jamais. On n'est jamais trop prudent. Etc...

Et, d'émancipatrice l'Ecole a tendu un autre miroir à ses utilisateurs. celui de la "stagnation éducative". Tout s'est figé, comme les corps des suppliciés d'Herculanum enfermés dans leur prison de roche volcanique. Le divorce entre le "peuple" et les "élites" achève de se consommer. Une génération entière a désormais acquis la conviction tragique qu'il y a eu tromperie sur la marchandise. Une tromperie d'autant plus inacceptable que l'Ecole a continué de véhiculer l'idée d'un "contrat de confiance" qu'elle savait ne plus pouvoir honorer. D'où mon soutien total à la refondation de l'institution toute entière. Refondation qui n'est même plus discutable.

Dans les rires et les regards joyeux de mes élèves, dans les yeux gris-bleu de Sarah, dans les mots de Thomas et de Zoé, dans les colères soudaines de Jade, dans les courses folles de Pierre, Souad et Julie sur la plage, dans les mots de tous j'ai entendu leurs bonheurs présents et leurs peurs futures. Ces peurs qui sont le terreau du succès des discours réactionnaires.

Pour ces élèves-là, comme pour tous ceux de mes collègues, je souhaite une autre Ecole. Non pas une Ecole adaptée à la société qui va (mal) mais une Ecole qui ait un sens, qui donne du sens et qui indique quelle société nous voulons plutôt que d'accepter celle que nous subissons et, pire encore, faisons subir à nos élèves.

Christophe Chartreux

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Apprendre à nos élèves "juste parce que c'est beau"...

17 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

Je lis régulièrement "M Le Magazine du Monde". Il paraît chaque samedi. Grand amateur de ballets classiques, admirateur de Marie-Agnès Gillot, danseuse Etoile à l'Opéra de Paris, mon regard fut il y a quelques mois attiré par un rapide portrait fait d'elle.

Elle y confiait ceci :

«J'adorais mon grand-père. Il m'a appris plein de choses qui ne servent à rien comme pêcher la crevette, dessiner, apprivoiser les oiseaux, apprendre le nom des arbres».

Ce qui me fit réfléchir...

L'Ecole est en refondation. Trop, pas assez, trop rapidement, trop lentement, pas comme il faudrait pour les uns, comme il ne faut surtout pas pour d'autres. Là n'est pas le sujet de ma réflexion du moment. Voilà donc une danseuse qui, se souvenant de son grand-père adoré, conserve de lui l'image du pédagogue qu'il fut sans même le savoir. Un pédagogue particulier puisqu'il lui apprit des "choses qui ne servent à rien".

"Qui ne servent à rien..."

Et si, de temps à autres, nous, pédagogues experts, professeurs de profession, maniant les programmes avec dextérité, maîtrisant nos savoirs comme personne, capables de construire une séance qui s'achève "pile" sur la sonnerie de fin de cours, ne devrions-nous pas parfois prendre le temps, un temps nullement perdu, d'apprendre à nos élèves ces "choses qui ne servent à rien" ?

J'entends d'ici les quelques-uns, toujours les mêmes, poussant de hauts cris, bras levés vers le ciel, implorant la mémoire des anciens et m'accusant de dangereuse démagogie.

Comment? Ne pas respecter les programmes ? Emmener les élèves vers des «savoirs douteux», même pas évaluables  ? Scandale  !

Comment  ? Oser faire découvrir des savoirs inutiles  ? Quand tout savoir se doit, c'est un dogme scolaire, d'être utile et seulement utile  ? Scandale  !

Loin de moi l'intention de ne pas respecter les programmes ! En plus de trente-quatre ans de bons et loyaux services - je crois - , j'ai toujours mis un point d'honneur à obéir à la vraie seule injonction qui nous soit imposée: respecter ces fameux programmes et en laisser des traces.

Le grand-père de Marie-Agnès Gillot a laissé les traces que j'aimerais aussi laisser, prétentieusement sans doute, dans la mémoire de mes élèves. Ces traces indélébiles liées à des moments où, tout en apprenant ces «choses qui ne servent à rien», ces choses qu'on ne notera pas, ces choses qui ne feront pas l'objet d'un devoir, d'un contrôle, nous construirons ensemble des souvenirs, des souvenirs formateurs de l'adulte que chacun de nos élèves deviendra bientôt. Réapprendre, par exemple, qu'un livre est fait pour être lu avant d'être étudié. Et même, pourquoi pas, de ne pas être étudié du tout.

De temps en temps...

Je souhaite à tous les élèves de ce pays de conserver en mémoire aussi bien des formules mathématiques que la promenade qu'un jour un professeur de français vous fit faire, arrêtant le cours en son milieu, parce qu'il avait envie de vous montrer un paysage d'automne, de vous lire quelques passages de Flaubert et de Maupassant au milieu d'une Normandie vivante, loin du cadre strictement fermé de la salle de classe...

Et de vous montrer quelques libellules frôlant l'eau de la rivière...

Juste parce que c'est beau...

Christophe Chartreux

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L'Accompagnement Personnalisé (L'AP)?... C'est possible et porteur de progrès pour les élèves...

15 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

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Les mots ont un sens. Au-delà de la définition donnée par les textes officiels, il y a les pratiques que les professeurs de collège - je ne parle ici que du collège et du français - appliquent avec leurs élèves au cours des séances hebdomadaires inscrites dans leur emploi du temps.

"Accompagnement"... Oui, il s'agit bien d'accompagner, de "tenir compagnie" à Estelle qui peine en grammaire, à Pierre qui déteste la conjugaison ou à toute la classe qui trouve bien le long le chemin entre cette satanée consigne incompréhensible et la réalisation de ce qu'elle vous impose de faire. Entre bien d'autres obstacles que la langue et son emploi ont pris un malin plaisir à installer sur le parcours piégeux d'une scolarité collégienne...

"Personnalisé"... Oui, il s'agit bien de nous adresser à vous toutes et tous qui êtes une classe mais aussi à toi qui es un-e élève.

Les objections à la faisabilité, à l'efficacité de cet Accompagnement Personnalisé n'ont pas attendu sa mise en place pour être soulevées. Je ne vais pas ici les reprendre toutes, me contentant de commenter la plus entendue : " L'AP c'est bien gentil, un truc pondu par les technocrates de la Rue de Grenelle! Mais on fait comment avec des classes de vingt-cinq à trente éléves de 6e par exemple? Hein, on fait comment? Ben on peut pas! Encore une mesure ridicule!" Nous avons toutes et tous été confrontés - ou avons été les auteurs - de ce discours.

Les réseaux sociaux, cette caisse de résonance qui fabrique de l'opinion, ont contribué à donner de l'AP une image souvent apocalyptique, une activité pédagogique vouée à un échec annoncé a priori, une récréation destinée à faire croire qu'au Ministère le sort des élèves en difficulté serait soudain devenue la priorité, une "mesure-gadget", une lubie de la Ministre, etc. J'en passe et des bien pires. Des sites entiers, certains ayant pignon sur rue y compris celle des écoles, ont consacré des pages entières d'analyses, des émissions aux parfums savants, mais aux goûts amers de la mystification. Dans quelques cas, il s'agissait quasiment d'un "délit d'entrave numérique", ce dernier n'existant pas encore.

Etre opposé à une réforme, dire "Je suis contre" est une opinion et celle-ci est respectable. Son expression doit être libre et défendue, encore plus lorsqu'elle est argumentée et accompagnée de propositions. En revanche, présenter tel ou tel autre aspect de la réforme du collège en préférant l'approximation, parfois le mensonge éhonté à l'information, à l'éclairage par les faits n'est pas acceptable.

Alors qu'en est-il dans la réalité maintenant que l'Accompagnement Personnalisé s'installe dans nos collèges? Mon "exemple" - je suis loin d'être exemplaire! - n'a aucune valeur générale. Pourtant, d'après les "remontées" de terrain et les expériences de collègues, cet "exemple" n'est absolument pas unique.

Voici ce que fut ma première séance d'AP/6e en français: (je ne présente ici que l'aspect "organisationnel", vous épargnant le contenu de la séance portant sur l'utilisation et la variation des procédés de reprise et de substitution pour écrire de manière à être compris)

- 12 élèves devant moi;

- les 13 autres travaillent avec la Professeure-documentaliste. Je dis bien "TRAVAILLENT". Ils ne lisent pas des bandes dessinées (je n'ai rien contre les bandes dessinées!) ni ne bavardent à demi allongés dans des fauteuils.

Inversion chaque semaine. Tous les élèves conservent bien les 26 heures obligatoires et AUCUNE heure de marge n'est subtilisée à qui que ce soit. Une organisation que je n'ai pas mérite d'avoir mise en place (comme tous mes collègues) puisque celle-ci fut conseillée à de très nombreuses reprises lors des journées de formation "Collège2016". Conseils soulevant chez quelques-uns de grands éclats de voix ou de rire fort malvenus. "L'homme seul qui hurle des mensonges dans la foule silencieuse est toujours plus audible que tous ceux qui se taisent. Pourtant il ment". Proverbe bérbère. Passons...

Travail (en partie) avec les fiches d'accompagnement EDUSCOL qui sont très bien faites! Il est faux de dire que, parce que la source est institutionnelle, le travail proposé est "forcément" et "évidemment" infaisable. Il est faux de dire que le site Eduscol n'est qu'un insondable fouillis chronophage. J'ai mis cinq minutes, je dis bien cinq minutes, aidé par mon "ami" GOOGLE, pour trouver ce que je cherchais. Si certains collègues estiment qu'il est moins chronophage de réaliser soi-même TOUTES les séances de leurs classes respectives, sans aide aucune mise pourtant à notre disposition (et pas seulement sur EDUSCOL bien entendu), je leur souhaite bien du courage. S'inspirer des séances EDUSCOL n'interdisant nullement d'ajouter - c'est même préférable pour une simple raison de "confort pédagogique" - sa touche personnelle, d'adapter tel ou tel exercice proposé au groupe ou à tel ou tel élève, de transformer telle ou telle consigne si le besoin s'en fait sentir.

En une seule séance, j'ai constaté tous les avantages que je vais pouvoir tirer de cet "AP" pour faire progresser TOUS les élèves, quel que soit leur niveau.

Quel dommage, me disais-je en terminant cette séance... Quel dommage de n'avoir plus que quatre années devant moi... J'aurais tant aimé pouvoir enseigner ainsi encore longtemps et contribuer à poursuivre la construction d'une refondation qui n'en est qu'à ses balbutiements. Entendre cet élève me dire: "C'est mieux de travailler comme ça m'sieur"...

Aidons-la à bien grandir, cette réforme... C'est ce seul "mal" là que je lui souhaite...

Christophe Chartreux

PS: j'ai poursuivi évidemment les séances d'AP depuis ce texte. Elles n'ont fait que renforcer mes convictions.

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