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Vivement l'Ecole!

pedagogie

"Il faut lire, discuter, bricoler" conseille Philippe Meirieu pour les vacances des enfants

5 Juillet 2021 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Pédagogie

"Il faut lire, discuter, bricoler" conseille Philippe Meirieu pour les vacances des enfants

Philippe Meirieu, est professeur honoraire, chercheur en science de l'éducation et spécialiste de la pédagogie, auteur de "Ce que l'école peut encore pour la démocratie" aux éditions Autrement. Il est l'invité du journal de 13h à la veille des vacances scolaires après deux années chaotiques dans les classes.

Les vacances scolaires débutent donc après demain mardi, jusqu'au 2 septembre. Pour les écoliers, collégiens ou lycéens, ces vacances s'annoncent donc à l'issue de deux années scolaires chaotiques en raison de la crise du coronavirus. Certains élèves ont pu paraître totalement perdus. Le spécialiste des sciences de l'éducation, Philippe Meirieu, était l'invité du journal de 13h, ce samedi. 

FRANCE INTER : Quel est l'état des enfants et des jeunes à l'issue de cette période compliquée

Philippe Meirieu : Vous avez raison il est temps que les vacances arrivent et qu'on puisse retrouver un équilibre de vie. Nous voyons à travers certaines études que, quand même, beaucoup d'enfants en Ont été sinon traumatisés, du moins bousculés par cette crise sanitaire et par les conditions de la scolarité. Cette année, je pense que pour reprendre l'année prochaine dans de bonnes conditions, il faut qu'ils passent de belles vacances.

C'est quoi des belles vacances ? Ne rien faire en juillet et en août ? Ou au contraire, essayer de rattraper le retard scolaire et garder un pied dans l'éducation ?

C'est un peu difficile. C'est à la fois tout cela. Ce que nous savons aujourd'hui, c'est qu'il y a un lien très fort entre l'équilibre psychique et les apprentissages cognitifs. Quelqu'un qui est en déséquilibre psychique et qui est un peu inquiet, traumatisé, angoissé aura du mal à apprendre. Beaucoup d'enfants sont aujourd'hui en déséquilibre psychique. Ils ont vécu une période un peu traumatique pour eux-mêmes et donc il faut retrouver cet équilibre psychique. Un cadre sécurisé, une ambiance relativement sereine et en même temps, dans cet équilibre psychique, il faut entretenir la curiosité, le désir d'apprendre. Il faut lire, il faut discuter, il faut bricoler. Il faut faire des tas de choses qui permettent d'avoir une activité intellectuelle et une activité cognitive qui soit constructive et positive. 

Le plus difficile, c'est peut être pour les écoliers qui passent du primaire au collège. Est ce que c'est la transition la plus délicate sur laquelle il faut faire le plus d'attention pour les parents ?

Oui, sans aucun doute. C'est la transition qui marque sans doute la rupture la plus forte. Je crois qu'il faut là aussi proposer aux enfants un cadre serein, sécurisé, leur dire que ce n'est pas la même école, mais c'est une école qu'on va continuer quand même avec les mêmes principes et qu'on va l'accueillir en sixième. Les sixièmes sont en général très bien accueillis. Il faut dire à son enfant qu'on va l'accompagner et qu'il aura auprès de lui des adultes qui vont veiller sur lui. Je crois que les enfants ont vraiment besoin de sentir que les adultes veillent sur eux. Ils ont vécu une période où la mort, les masques, tout cela a pu les inquiéter profondément. Nous avons des études qui montrent que ils ont pris du poids, qu'ils ont perdu un certain nombre de facultés cognitives. Ils ont subi cette crise plus que nous ne le pensons, je pense, et ils ont vraiment besoin d'adultes solides et sereins à leurs côtés. 

Il y a une question également importante qui est le décrochage scolaire. Est ce que des retards pourront être rattrapés, selon vous, dans les semaines qui viennent et à partir de la rentrée? 

Oui, il faut relativiser cette question. Bien sûr, il y a des retards, mais d'une part, ces retards ont affecté presque tous les élèves. Les écarts ne se sont pas, il faut l'espérer, grandis. Les études semblent montrer le contraire, mais je pense que les professeurs seront attentifs à ce que les écarts soient comblés, à ce qu'il y ait un accueil et un accompagnement personnalisé. Je pense qu' il faudra au cours de l'année prochaine, que nos enfants soient bien accompagnés sur le plan de la scolarité et qu'ils aient une année la plus sereine possible dans des conditions qui soient les plus équilibrées possible. 

Philippe Meirieu, quelles leçons enseignements tirez-vous de ces mois de crise dans les classes? 

Le fait que nous n'avons peut être pas suffisamment anticipé sur la durée que nous avons probablement géré trop au coup par coup pour les enfants, le coup par coup était quelque chose de difficile à vivre. Par rapport à cela, nous avons sans doute besoin, nous autres adultes, que nous soyons parents, que nous soyons administrateurs de l'Education nationale, professeurs, de nous projeter un peu plus loin, de lisser les choses d'une manière un peu plus grande pour éviter de soumettre nos enfants à des à-coups qui les déstabilisant quand même beaucoup.

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"Qu'est-ce que bien enseigner ?"

3 Juillet 2021 , Rédigé par Quora Publié dans #Education, #Pédagogie

EXTRAIT

Qu'est-ce que bien enseigner ?

La question paraît simple. Pourtant, la réponse est difficile à fournir car, en matière d'éducation - d'instruction, devrais-je dire, pour ne pas tout mélanger -, tout le monde a son mot à dire - la preuve, je ramène ma fraise aussi, mais c'est la saison…

Pourquoi ?

Tout simplement parce que tout le monde se dit d'une façon éclairée à l'allumette : "Moi aussi je suis allé à l'école ! Moi aussi j'ai subi des professeurs ! Moi aussi j'ai des idées pour améliorer l'enseignement !" comme s'il existait un lien de cause et de conséquence entre tous ces éléments…

Il m'est arrivé de consulter un médecin et cela n'a jamais été une raison suffisante pour que je me considère diplômé de médecine et encore moins spécialiste d'un domaine médical pour mener des consultations ou apprendre à mon médecin son métier et la bonne manière d'ausculter un patient !

Ma réponse ne se veut pas celle après laquelle plus rien ne pourra être dit - quel prétentieux je serais si telle était mon ambition. En revanche, elle est celle d'une personne qui s'est déjà posé la question au cours de sa vie et dont la réponse intéressera peut-être quelques lecteurs qui se perdent sur la plateforme…

Monsieur Jean-Noël Robert, professeur de lettres classiques à la retraite, m'a dit lors d'un stage à Paris : "Lorsque l'on est enseignant, il est nécessaire d'aborder l'exercice de ses fonctions avec humilité car rien n'est jamais acquis et il nous reste toujours beaucoup à apprendre dans notre discipline tout comme des élèves." Bien que le professeur puisse acquérir des méthodes et des savoir-faire pour toujours faire évoluer son enseignement dans l'intérêt des élèves, il est un élément qu'il doit garder en tête : rien n'est jamais acquis ! Une séance peut se dérouler sans encombres un jour et le lendemain tout peut dérailler à cause de la fatigue, d'un manque d'attention ou d'autres éléments et il en va de même d'une personne à l'autre : ce n'est pas parce qu'une façon d'expliquer a fonctionné sur Tartempion qu'elle fonctionnera également sur Tartemolle.

(...)

Nelson Pollet

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Dossier : L’art d’apprendre à lire, retour sur quelques leçons de la recherche

29 Juin 2021 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Pédagogie

Dossier : L’art d’apprendre à lire, retour sur quelques leçons de la recherche

Évoquez l’apprentissage de la lecture et aussitôt reviennent au premier plan les débats sur les manuels et les méthodes, globale et syllabique. Mais n’est-ce pas un angle un peu réducteur pour embrasser les multiples questions qui se posent sur les manières d’appréhender l’écrit ?

Avant même l’entrée au CP et le travail de B.A-BA, les enfants apprivoisent les liens entre signes et sens à travers tout un ensemble d’activités, sur lesquelles la recherche s’arrête de plus en plus.

Anita Collins et Misty Adoniou (University of Canberra) nous expliquent ainsi pourquoi les jeux de mots et comptines, loin d’être de simples divertissements, sont si présents en maternelle, tandis que Caroline Creusot-Tuphile (Université de Bordeaux) explore le dialogue qui se noue entre adultes et enfants autour des albums jeunesse. Des interactions essentielles pour poser les bases d’une bonne compréhension que les enfants peuvent affiner ensuite en se mettant dans la peau du conteur, selon les travaux de Sylvie Cèbe (Université Clermont-Auvergne).

À l’heure où les textes circulent de plus en plus en version numérique, les spécialistes de la psychologie cognitive nous invitent à ne pas négliger les aspects matériels de la lecture, du cadre où l’on se trouve au support que l’on utilise, car cela interfère avec la perception et le souvenir qu’on aura du récit, explique Ugo Ballenghein (UPEC). D’ailleurs, l’écriture manuscrite n’est pas seulement une habitude culturelle, mais aussi un tremplin vers l’apprentissage de la lecture.

Cet apprentissage se poursuit tout au long de la scolarité, l’élève s’initiant à l’analyse de textes toujours plus complexes et à l’art d’argumenter. Dans un contexte où prolifèrent les images et les informations, il faudra donc cultiver l’esprit critique, tout en assimilant les codes de la lecture sur écran, comme l’expose Divina Frau-Meigs (Université Sorbonne-Nouvelle), pour mieux jongler entre papier et ordinateur, selon les conseils de Naomi S. Baron (American University).

Lecture, postures, émotions : comment le corps nous aide à comprendre un texte

Aider à comprendre les histoires, ça s’apprend aussi !

« In extenso » : Pourquoi apprend-on encore à écrire à la main ?

Print, audio ou vidéo : quels supports choisir pour mieux apprendre ?

Apprendre à raconter à l’école maternelle

« In extenso » : Décrypter l’info sur écran, ça s’apprend !

Aurélie Djavadi - Cheffe de rubrique Education

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En autobus, en îlots ou en U : l’organisation de la salle de classe est un outil de contrôle

23 Juin 2021 , Rédigé par Ouest France Publié dans #Education, #Pédagogie

organiser la salle de classe

En « autobus », en « îlots » ou en U, l’organisation de la salle de classe répond à des objectifs qui n’ont rien de hasardeux, analyse le géographe Pascal Clerc.

Qu’est-ce qu’une salle de cours ? Un espace d’enseignement, bien sûr, mais aussi un lieu de pouvoir, voire de coercition si l’on en croit le philosophe Michel Foucault qui, dans Surveiller et punir​ , en 1975, décrivait la classe comme une machine à apprendre, mais aussi à surveiller, à hiérarchiser, à récompenser…

Longtemps, pourtant, la classe n’a été qu’un lieu sans enjeu, se confondant avec le logement du maître.

Il faudra attendre la monarchie de Juillet pour que les choses évoluent : la loi du 22 juin 1833 oblige pour la première fois les communes à mettre à disposition des élèves un local spécifique.

La normalisation qui s’ensuit, appuyée sur des préoccupations sanitaires (lutter contre la scoliose ou la myopie) conduira peu à peu à définir des modèles standards, qui interrogent aujourd’hui les chercheurs.

« L’organisation du pouvoir »

C’est l’objet d’une étude passionnante publiée par Pascal Clerc, professeur de géographie à l’université de Cergy-Pontoise, dans la revue Géocarrefour, qui s’intéresse à la classe en tant qu’objet géographique​.

Car, selon lui à travers l’analyse des agencements, des territoires, des mobilités et des postures corporelles, de l’organisation du pouvoir, il s’agit d’interroger la relation entre pratiques pédagogiques et géographie de la salle de classe ».

L’agencement, donc. Si l’on excepte la classe de maternelle ou les salles spécialisées (labos, salles d’activités manuelles), trois dispositions sont le plus souvent retenus : « en autobus », en « U » ou en « îlots ».

Dans le cas de « l’autobus », les rangées d’élèves orientées en direction d’un enseignant juché sur une chaire, puis, jusqu’aux années 1970, sur une estrade mobilisent les mêmes ressorts : la transmission et le contrôle par le maître qui donne de la voix, des encouragements ou des réprimandes.

Il en va autrement de l’organisation « en îlots » ​ : quatre ensembles de tables. Un modèle de l’autonomie et de la co-construction, qui confère un statut nouveau à l’enseignant et son savoir ​selon Pascal Clerc, en ce qu’il déconstruit un modèle rigide, directif et en fait simultané, pour en faire une pratique fondée sur la coopération, l’échange, le partage de documentation et le travail collectif ».

Le modèle en« U » ​quant à lui, offre une ouverture en direction du tableau et du bureau de l’enseignant. Pédagogiquement, c’est une structure mixte qui favorise d’une part la discussion et le débat puisque tous les acteurs ont la possibilité de se voir, d’autre part […] la transmission puisque l’enseignant, situé hors du U, peut être le point de convergence des attentions.

Rang d’honneur ou fond de la classe ?

L’organisation spatiale de la classe n’a donc rien d’anodine. Dans l’autobus, chaque élève peut être localisé par sa place dans une ligne et une colonne​, mais toutes ne se valent pas : rang d’honneur ou fond de la classe, à charge pour le maître de savoir s’il préfère surveiller au ras de son bureau les élèves les plus turbulents, ou les reléguer en fond de classe !

Quelle place pour les élèves dans cet espace restreint. Très contrainte : 2 à 3 mètres carrés par élève – s’il se prélassait sur une plage, on dirait que cette dernière est saturée – contre 10 à 15 mètres carrés pour le professeur. Cela dit la considération accordée aux espaces d’apprentissage​, estime Pascal Clerc.

Sans parler du mobilier qui, grosso modo, n’a que peu évolué. Avec toujours la même injonction : se tenir droit, redressé. Un formatage que l’on retrouve dans l’exercice militaire et dans la gymnastique​, relève Pascal Clerc, qui au fond n’obéit qu’à un seul objectif : lutter contre la paresse, le laisser-aller, les idées malsaines…

Arnaud Bélier

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A lire - "Les décrochés de l'école - 15 ans à leurs côtés" par Monique Argoualc'h

7 Avril 2021 , Rédigé par Monique Argoualc'h Publié dans #Pédagogie

Jean-Paul Delahaye (@octavegreard) | Twitter

Résumé :

De 2001 à 2016, Monique Argoualc’h a enseigné à Brest dans un « dispositif relais ». Elle éclaire ici son parcours au plus près d’élèves que le système tend à laisser au bord du chemin : les modalités d’accueil et de travail, les échanges avec les adolescent.es et les parents, les projets qui remotivent, restructurent, font revenir dans les apprentissages, dans le monde, dans l’Ecole. C’est à la marge qu’il faut aller pour faire bouger le centre. C’est quand l’Ecole aide à sortir d’elle-même qu’elle est la plus essentielle.

Extraits de la 4e de couverture décrite par Jean-Michel Le Baut.

Préface : Philippe Meirieu

Illustrations : Youen Siche-Jouan

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Sortir... "Métier d'enseignant.e, métier d'élève" au MUNAE de Rouen...

16 Novembre 2020 , Rédigé par Canope Publié dans #Education, #Pédagogie

Sortir...  "Métier d'enseignant.e, métier d'élève" au MUNAE de Rouen...
Métier d'enseignant.e, métier d'élève,  (Du 16 octobre 2020 au 5 septembre 2021)
Cette exposition couvre la période du milieu du XIXe siècle à nos jours. Elle évoque les éléments qui ont influencé la modification des conceptions et pratiques éducatives, et du rôle des acteurs de l’éducation, avec une focalisation sur la façon dont on peut considérer le « métier » d’enseignant, et celui d’élève, à différentes époques et à partir de différentes questions et thématiques. 
  • Sur les pas de Jules Ferry :  les élèves se mettent dans la peau d’écoliers des années 1880 et découvrent les différences entre l’école d’aujourd’hui et d’autrefois – cycle 2 au lycée. –
  • Belle écriture : l’écriture au XIXe siècle était très différente de celle que l’on connaît aujourd’hui. À travers cet atelier d’écriture à la plume, les élèves découvrent les gestes et postures de cet apprentissage d’autrefois – cycle 2 au lycée.
  • La vie quotidienne des écoliers depuis 1881 : les élèves découvrent l’évolution des tenues et des jeux de récré, depuis la fin du xixe siècle – cycle 2 au lycée.
  • Relooking de bonnet d’âne : objet emblématique du malheureux cancre… Et si l’on jouait à mettre le bonnet d’âne au goût du jour ? Ici, il sera fabriqué à partir d’un jeu sur les formes et les couleurs de la méthode Montessori. Le but est simple : être le premier à avoir décoré son bonnet d’âne ! – cycle 1 et CP.
  • Imprimerie selon la méthode Freinet : en découvrant le principe de l’imprimerie et des tampons, les élèves jouent avec les lettres et les mots – cycles 1 et 2. –  Ton école idéale Débat/réflexion autour de l’école et des relations prof/élève – collège et lycée.
  • Bons ou mauvais, tous des élèves ! : il est question d’aborder le principe de la réussite scolaire en interrogeant les notions de bons et mauvais élèves, sanctions et récompenses, et de sensibiliser au harcèlement en déconstruisant les clichés et les stéréotypes – cycles 3 et 4.
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Philippe Meirieu : Ce que l'Ecole peut encore pour la démocratie

25 Août 2020 , Rédigé par Le Café Pédagogique Publié dans #Education, #Pédagogie

Philippe Meirieu : Ce que l'Ecole peut encore pour la démocratie

EXTRAITS

"Il faut parier que l'éducation peut encore quelque chose pour nous aider à avancer vers  la démocratie". C'est bien à un parcours que nous invite le dernier livre de Philippe Meirieu. Dans ce livre, qui est probablement le plus personnel, Philippe Meirieu n'assène pas de leçons de pédagogie. Il partage son propre parcours, jalonné de rencontres avec les grands pédagogues actuels ou anciens. Il évoque ses doutes. Mais l'ouvrage porte aussi ses convictions, toujours interrogées, et son espoir de voir l'Ecole aider à faire naitre un monde moins inégalitaire et moins dominé. Philippe Meirieu évoque ce parcours dans cet entretien donné au Café pédagogique.

 

Ce nouveau livre est peut-être le plus personnel de vos récents ouvrages. Vous mettez en avant votre expérience d'enseignant dans le scolaire. Pourquoi ?

 

Je parle effectivement, dans ce livre, de mon expérience d'enseignement dans une école rurale de la grande banlieue parisienne, mais aussi dans un collège lyonnais durant de nombreuses années ou encore, plus brièvement, en lycée professionnel à Vénissieux. Mais j’évoque également mes pratiques de formateur et d’enseignant à l’université que j’ai toujours voulu cohérentes avec mes convictions pédagogiques. C’est très important pour moi : j’ai trop vu de cours magistraux qui expliquaient doctement qu'il n’en faut point faire ou de magnifiques exposés sur le conflit sociocognitif sans que l’on s’interroge le moins du monde sur ce qui se passait « dans la tête » des auditeurs ni sur la manière dont ils pourraient transférer ce qu’on leur avait enseigné. J’ai aussi été très attentif à la mise en place, tant avec mes élèves qu’avec mes étudiants ou en formation, à la construction de situations authentiques de coopération. J’essaye d’expliquer, le plus honnêtement possible, mon cheminement sur ces questions.

Ça n’a pas toujours été facile, tant il est vrai que les meilleurs analystes de la forme scolaire et de ses défauts peinent eux-mêmes à s’en dégager. Je me suis heurté également à la violence symbolique exercée sur les étudiants venant de BTS ou DUT dans une université qui prône la VAE mais ne la met pas en pratique. Le combat pour l'accès à la culture et aux études des jeunes qui n'ont pas le bagage culturel nécessaire doit s’incarner dans l’invention de formes d’accompagnement social adapté, mais on ne peut pas faire l'impasse sur les pratiques pédagogiques mises en place avec ces jeunes, la manière dont elles les excluent ouvertement ou subrepticement.

Finalement ce livre parle de mes engagements mais se veut surtout le témoignage d'une trajectoire. Il rend compte des rencontres, des découvertes, des émerveillements mais aussi des drames et des déceptions de ce parcours ainsi que de la manière de les surmonter. Peut-être est-ce utile, pour les collègues, de découvrir le cheminement de l’un des leurs, qui avoue comment il a évolué et ce qui lui a permis de progresser ?

 

(...)

 

Vous dites aussi que la pédagogie et les pédagogues sont dans la tourmente. Pourquoi ?

 

Précisément parce que nous vivons dans un contexte intellectuel où l’on dénie toute réflexion à caractère éthique en matière éducative au profit d'un scientisme qui prétend résoudre toutes les questions. Cela compromet, tout à la fois, la recherche pédagogique et la formation des enseignants.

En prétendant asseoir l’éducation sur des certitudes, indépendamment, de toute réflexion philosophique, on transforme les enseignants en exécutants de procédures « validées scientifiquement » alors que le métier est constitué de prises de décisions qui implique des choix de valeurs. Enseigner, ce n’est pas seulement « transmettre des savoirs » - même si, évidemment, cette transmission est essentielle -, c’est aussi s’engager à faire de cette transmission une émancipation. Et cela passe par le partage du plaisir d’apprendre : si les enseignants n’incarnent pas ce plaisir d’apprendre, ils réservent le bénéfice de la transmission à ceux et celles qui ont découvert ce plaisir par ailleurs, à l’extérieur de l’école.

Mais, peut-être bien que dire que les pédagogues sont "dans la tourmente" est plutôt une vision optimiste. Ils sont, en réalité, largement dans l'oubli. Si l’on excepte la totémisation de Montessori et quelques références à Freinet, l’histoire de la pédagogie est la grande absente de la formation initiale et continue dans l’Education nationale. Et il faut s'inquiéter de l'inculture pédagogique de nos dirigeants comme de ceux qui pilotent la formation des cadres et n'ont comme seule référence les neurosciences et le « management agile ».

 

(...)

 

Au-delà des questions de son organisation, sur quoi voudriez-vous insister pour cette rentrée ?

 

Je suis évidemment très sensible à l’impréparation matérielle de cette rentrée et à une scandaleuse absence d’anticipation. Mais il y a autre chose : quand j'écoute ceux qui aujourd'hui prétendent organiser la rentrée, j'ai le sentiment qu'ils s'adressent à un « enfant machine ». Il faut certes nourrir et protéger l’enfant, lui fournir des outils intellectuels qui lui permettront d’exercer un métier dans de bonnes conditions... Mais on oublie ce que les enfants ont vécu durant cette crise sanitaire sur le plan psychique : ils ont souvent souffert de solitude, certains ont subi des violences physiques ou psychiques, beaucoup ont pâti d’une situation oppressante où la mort était omniprésente. J'aimerais entendre dans la bouche du ministre qu'il est temps de relancer l’EMC, d'institutionnaliser les ateliers philo et de développer les activités artistiques et culturelles pour permettre à nos enfants de mettre des mots et des images sur ce vécu, pour que toutes et tous bénéficient d’une « catharsis » dont ils ont bien besoin.

 

(...)

 

... L’école n’est pas simplement un ensemble de « services » offerts à des usagers, elle est une institution pour permettre à nos enfants de découvrir et de se reconnaître dans ce que Montaigne nommait "l'humaine condition".

 

Propos recueillis par François Jarraud

 

L'entretien complet est à lire en cliquant ci-dessous

 

Philippe Meirieu, Ce que l'école peut encore pour la démocratie, éditions Autrement, ISBN : 9782746755697, 19.90€

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A lire... "Aider les élèves qui ne lèvent jamais la main"...

6 Août 2020 , Rédigé par Maitresseuh Publié dans #Pédagogie

A lire... "Aider les élèves qui ne lèvent jamais la main"...

Est-ce que dans votre classe on retrouve parfois le schéma classique ?

  • Le maître / la maîtresse pose une question
  • Au mieux : Les élèves qui savent lèvent le doigt, vous les interrogez, ils répondent
  • Au pire : Les élèves qui savent répondent plus vite que leur ombre, avant même que quiconque ait pu amorcer un levage de doigt (ou une quelconque réflexion)
  • De temps en temps : Vous interrogez un élève "au hasard" (mais pas vraiment, puisque vous essayez de choisir celui qui risque de s'endormir) et 95% du temps il est incapable de répondre car son esprit était parti à 20 000 lieues de la classe.

Si je récapitule, le nombre d'élèves réellement engagés dans le questionnement est souvent loin des 100%.

Il n'est pas question ici de brusquer les élèves introvertis (à la mode "note de participation") mais plutôt d'aménager un cadre de travail dans lequel ils pourront s'exprimer plus facilement.  

(...)

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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A lire... Ce que l’école peut encore pour la démocratie - Philippe Meirieu - Sortie le 26 août...

8 Juin 2020 , Rédigé par Editions Autrement Publié dans #Education, #Pédagogie

A lire... Ce que l’école peut encore pour la démocratie - Philippe Meirieu - Sortie le 26 août...

En librairie le 26 août 2020

Philippe Meirieu

Ce que l’école peut encore pour la démocratie

Deux ou trois choses que je sais (peut-être) de l'éducation et de la pédagogie

« Il ne s’agit pas seulement d’apprendre, mais d’apprendre ensemble »

Après La Riposte, Philippe Meirieu revient dans un essai plus personnel dans lequel il raconte la grande histoire de la pédagogie.  Une réflexion passionnante qui montre les grandes avancées, les allers-retours aussi, de cette science très humaine et faite de nuances.

De la Troisième République aux « enfants sauvages », de Bergson à Montessori, il montre aussi comment chaque enseignant est aussi et avant tout une personne qui s'implique, tâtonne, avec son cœur et son histoire personnelle.

Ce que vivent les Français au printemps 2020 en est la preuve éclatante : l'innovation et l'implication sont constantes dans l'éducation, et cet essai accorde une large place à cette actualité.

Un livre bilan, mais aussi un livre actuel, dans lequel Philippe Meirieu prend de la distance ; un essai qui mélange expériences de terrain,  références précises, et autocritique personnelle aussi. Un livre sincère qui parvient à naviguer entre les époques, les pratiques, en retraçant l’histoire de la pédagogie et de l’éducation.

Militant engagé pour une école plus juste, Philippe Meirieu est professeur émérite en sciences de l’éducation à l’université  Lumière-Lyon-2 et auteur de nombreux ouvrages, notamment Le Plaisir d’apprendre (Autrement, 2014), Lettre à un jeune professeur (ESF sciences humaines, 2016) et La Riposte. Écoles alternatives, neurosciences, bonnes vieilles méthodes : pour en finir avec les miroirs aux alouettes (Autrement, 2018).

Claire Fercak

Responsable presse et communication

Editions Autrement

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Classes multi-âges en REP - Une expérimentation interrompue... Pourquoi?

29 Novembre 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Pédagogie

EXTRAITS

« Et si on faisait des classes multi-âges en REP ? »

La chercheuse en sciences de l’éducation Françoise Carraud raconte la genèse et tire le bilan d’une expérimentation, interrompue, visant à réunir dans une même classe des élèves du CP au CM2.

Alors qu’ils sont regroupés dans des classes considérées comme homogènes, les compétences et les performances scolaires des élèves nés la même année sont très diverses. Mais cette organisation scolaire fondée sur l’égalité et l’uniformité, fondamentale à l’école primaire, et même au-delà, engendre nombre de difficultés tant pour les élèves que pour leurs maîtres.

C’est à partir de ce constat, largement partagé, que deux professeurs d’une grande école de réseau d’éducation prioritaire (REP), installée dans un quartier défavorisé et excentré d’une grande ville du Sud-Est – le nom de ce terrain de recherche ne sera pas divulgué ici –, ont réfléchi à la mise en place d’un dispositif différent en regroupant, dans une même classe, des enfants d’âges différents, formant ainsi un groupe largement hétérogène : la classe multi-âges. Cette expérimentation s’est mise en place en septembre 2017, au moment de l’implantation des dédoublements des classes de CP et de CE1 (mesure du ministre Jean-Michel Blanquer). Difficile et douloureuse coïncidence.

(...)

Un an pour construire le projet, embarquer le directeur et des collègues de l’école, obtenir le soutien de l’inspectrice et, en septembre 2017, les quatre classes multi-âge sont prêtes : quatre salles en enfilade au rez-de-chaussée d’un des bâtiments, avec dans chacune, des bancs délimitant un large coin regroupement, des tables en petits îlots ou seules, des étagères et du matériel à portée de main des élèves…

Si les élèves ont chacun un espace pour ranger leurs affaires, ils n’ont pas de place fixe. L’emploi du temps aussi est remanié : chaque élève a son propre plan d’apprentissage, prévu par l’enseignant pour la semaine ; les activités et les exercices à accomplir sont fixés en fonction des programmes et des compétences attendues, mais toujours en lien avec le niveau de chacun. Les adaptations sans cesse réévaluées et réadaptées en fonction du niveau réel de leurs acquisitions. La journée commence par un temps de regroupement avec des échanges collectifs à propos de la vie de la classe et des travaux engagés. Si le dispositif peut s’identifier à une classe traditionnelle à plusieurs niveaux (CPE-CE1 par exemple), l’organisation du travail, tant pour les élèves que pour les enseignants, et la pédagogie sont très largement différentes.

Transformer le travail des enseignants et celui des élèves

L’observation montre que le travail des enseignants est largement transformé : pas de leçons collectives ni d’exercices à faire faire par tous en même temps. Après le temps collectif, les élèves prennent leurs affaires, s’installent où ils le souhaitent et les enseignants circulent, ils vérifient que chacun est bien au travail. Ils ont des rapports beaucoup plus individualisés et proches : ils s’accroupissent auprès des tables, désignent le travail à faire sur le cahier ou le livre, ils cherchent le regard des élèves et multiplient les échanges non verbaux : ils pointent du doigt, entourent physiquement les élèves, leur touchent le bras, l’épaule, etc. ; et ils pratiquent une première évaluation en direct, en situation.

Si certains n’ont pas bien compris un exercice de maths ou de français, ils redonnent des explications individuelles ou à un petit groupe. D’autres enfants, plus jeunes ou plus âgés, peuvent écouter, participer, même si les enseignants restent vigilants à ce qu’ils accomplissent leurs propres tâches. Les interactions sont beaucoup plus individuelles que dans les classes habituelles, mais toujours réalisées dans le cadre collectif. Ainsi, chaque élève est suivi individuellement, tout en étant autonome dans le choix de ses activités et de son rythme de travail, et devant respecter un cadre négocié avec les enseignants.

Au bout de quelques mois le résultat est probant : les élèves sont beaucoup plus calmes et davantage engagés dans les apprentissages. Si les conflits sont toujours latents, il est plus rare qu’ils s’enveniment, les élèves se parlent, se concertent, s’entraident. Même les plus réticents sont heureux de venir à l’école et ceux inscrits en unité localisée pour l’inclusion scolaire (ULIS) ou en unité pédagogique pour élèves allophones arrivants (UPE2A) font partie de la classe comme les autres.

(...)

Dès 2018, les inspecteurs n’ont pas renouvelé leur soutien à ce dispositif qui est entré en contradiction avec les CP et CE1 dédoublés, et quelques parents d’élèves ont montré leur désaccord face à cette pratique qui bouscule les habitudes. Malgré les multiples réunions et rendez-vous pour expliquer le projet, malgré les discussions et les invitations à entrer dans les classes, quelques mères d’élèves se sont montrées hostiles et se sont plaintes de la différence de traitement des élèves qui serait induite par ces classes multi-âges. (...)

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Depuis la rentrée 2019, les classes uniques ne sont plus que des classes de cycle 3 (avec des CE2, CM1 et CM2), et les enseignants sont découragés et déprimés. Ils se questionnent sur le sens de leur travail, sur l’absence de soutien institutionnel, et ne comprennent pas les réactions des parents. Croyant pouvoir exercer un métier en étant en partie autonomes, ils ont le sentiment d’être totalement contraints par des prescriptions sociales et institutionnelles qui les dépassent. Ils s’interrogent pour l’avenir, le leur et celui de leurs élèves.

Françoise Carraud - Chercheuse en science de l'éducation

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