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Vivement l'Ecole!

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Parcoursup : « C’est pas une fac, c’est “Koh-Lanta” », les lycéens se défoulent sur Twitter...

23 Mai 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Parcoursup

Parcoursup : « C’est pas une fac, c’est “Koh-Lanta” », les lycéens se défoulent sur Twitter...

EXTRAITS

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Quand les temps sont durs, il faut se serrer les coudes. C’est sûrement ce qu’ont dû se dire les lycéens de terminale et les étudiants en réorientation mardi 22 mai au soir après la publication des premiers résultats d’admission par la plate-forme Parcoursup. Dans les heures qui ont suivi, jusqu’à tard dans la nuit, ils se sont retrouvés sur Twitter pour donner leurs premières impressions à chaud… et partager leur désespoir.

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Parcoursup: un jeu d' "apprentis sorciers"...

22 Mai 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Parcoursup: un jeu d' "apprentis sorciers"...

EXTRAIT

Plus de 6 000 dossiers à trier, suivant des critères variables et discutables… Alors que les premiers résultats tombent ce mardi, une enseignante raconte à «Libération» ses cinq semaines de dilemmes.

Montée d’adrénaline en perspective. Quelque 800 000 élèves de terminale et étudiants en réorientation connaîtront ce mardi les premiers résultats de leurs souhaits d’affectation dans le supérieur pour la rentrée prochaine. Le vrai changement concerne l’entrée à l’université. Ces dernières semaines, les enseignants-chercheurs ont été invités à classer les candidatures des élèves. Certains se sont pliés à l’exercice avec goût, voyant là une chance de choisir les meilleurs profils et faire grimper les taux de réussite en licence. D’autres ont refusé catégoriquement, furieux de ce qu’ils considèrent comme une sélection à peine déguisée. D’autres encore y sont allés à tâtons, partagés entre souci de mettre les mains dans le cambouis pour ne pas léser les futurs bacheliers et frustration face à une réforme menée sans les moyens ni le temps nécessaire pour la mettre en place comme ils le voudraient. L’enseignante à qui nous donnons la parole fait partie de ceux-là. Elle ne souhaite pas que son nom apparaisse, tant cette réforme crispe et divise au sein de la communauté universitaire. Avec quatre collègues volontaires, elle s’est retrouvée à trier plus de 6 000 dossiers en cinq semaines. En septembre, environ 800 élèves rejoindront les bancs de sa fac.

«YouTube, à côté, c’est rien»

«On en a fini avec ce Parcoursup. Je ne dirai pas encore que je suis soulagée, mais du moins contente qu’on s’en soit sortis. On a fait le boulot, classé les candidatures. Désormais, c’est au dessus que cela se passe. Les élèves n’ont pas idée de nos dilemmes depuis un mois et demi… Heureusement qu’ils ne savent pas, cela dit.

«Ma tâche consistait à classer plus de 6 000 dossiers. Ce n’était pas de dire si tel ou tel élève a bien travaillé. Ou si on aime tel ou tel profil. Spontanément, c’est ce qu’on a envie de faire. Surtout quand on se retrouve face à une somme gigantesque d’informations. C’est très addictif. YouTube, à côté, c’est rien. On sait tout sur leur vie scolaire et même plus : identité, sexe. Le nom de leur lycée figure dans le dossier. La consigne était de ne pas en tenir compte, mais techniquement, il reste possible de classer avec ce critère. Il y a aussi les bulletins scolaires, avec toutes les notes, les moyennes de la classe, les appréciations des professeurs… Les lettres de motivation aussi. Beaucoup se ressemblent. Mais dans le lot, certaines sont sincères et touchantes. J’ai en tête cet élève : "J’ai changé, je jouais trop aux jeux vidéo. Là, j’ai arrêté, je suis très motivé." Trop mignon. Cela pourrait prêter à sourire. Mais je peux vous dire qu’on n’a pas ri. Il y a un côté hyperviolent à opérer un classement en entrant dans le détail des candidatures. Il faut arriver à se détacher de leurs histoires personnelles. J’ai parfois été prise de vertiges.

(...)

«Quand je discute de cette réforme à droite et à gauche, je me rends compte que beaucoup d’enseignants ont finalement joué le jeu : à ne pas compter leurs heures, à essayer tant bien que mal de faire le travail dans les temps et avec le plus de rigueur possible. Mais au bout du compte, pour quel résultat ? Quel changement ? Demain, beaucoup vont déchanter, en se rendant compte qu’ils ont travaillé pour rien. En réalité, de nombreuses filières ne sont pas prisées. Cette année, elles ont l’impression d’avoir reçu beaucoup de candidatures, mais c’est mécanique, à cause de la non-hiérarchisation des vœux. Au bout du compte, les facs seront obligées de prendre tous les candidats qui voudront venir… même si le collègue en a mis certains tout en bas du classement en estimant qu’ils n’ont pas le niveau. Il y a un côté humiliant pour notre travail. Autre chose, paradoxale : l’autonomie des universités mise en avant est très relative, les éléments les plus importants nous ont échappé. Par exemple, nous avons appris le taux de sectorisation seulement le 14 mai : ce qui veut dire que beaucoup de dossiers que nous avons épluchés et pris soin de classer seront écartés automatiquement car ils sont hors secteur… Les élèves ignoraient ce critère au moment de faire leurs vœux. C’est honteux ! En définitive, je n’ai aucune idée des élèves qui seront dans mon amphi à la rentrée. Est-ce ceux qui sont en haut de mon classement ? Ou, au contraire, ceux qui sont tout en bas, car les autres auront préféré aller ailleurs ? On lance nationalement des grandes réformes, en demandant à tous les fonctionnaires de se plier en quatre, mais pourquoi au bout du compte ? Cela me met en colère.»

Marie Piquemal

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Parcoursup déroge à la loi...

16 Mai 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Parcoursup

Parcoursup déroge à la loi...

EXTRAITS

Malgré le vote du Sénat, les députés ont suivi le gouvernement, afin de permettre aux établissements de ne pas dévoiler leur algorithme de classement des candidatures reçues via Parcoursup.

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Parcoursup déroge à la loi

Dans ces conditions, Parcoursup déroge à la loi « pour une République numérique » d’octobre 2016, qui impose deux obligations aux administrations recourant à des algorithmes dans le dessein d’aboutir à des décisions individuelles : intégrer systématiquement une « mention explicite » pour informer tous les usagers de l’existence et des modalités d’exercice de leur droit à connaître le détail des « règles » et « principales caractéristiques de mise en œuvre » du programme informatique utilisé ; et mettre en ligne et en libre accès – à compter du 7 octobre 2018 – les règles définissant « les principaux traitements algorithmiques utilisés dans l’accomplissement de leurs missions ».

A l’Assemblée nationale, lundi 14 mai, le groupe de la gauche démocrate et républicaine (GDR) a tenté de rouvrir le débat en déposant un amendement – rejeté – appelant à « rétablir la communicabilité ou la publication, selon le cas, des règles et caractéristiques de mise en œuvre des traitements algorithmiques utilisés par les établissements d’enseignement supérieur ».

Cet amendement « reviendrait à priver les enseignants […] du bénéfice de la protection de leur délibération », a répondu au nom du gouvernement Nicole Belloubet, ministre de la justice. « Les 13 000 commissions d’examens des vœux verraient l’intégralité de leurs échanges publiée, au seul motif que ces formations auraient la faculté d’utiliser un algorithme local. »

Pour Nicole Belloubet, renoncer au « secret des délibérations » conduirait les formations « soit à recourir mécaniquement à l’outil d’aide à la décision [les algorithmes locaux] sans lui donner l’orientation pédagogique et sans délibérer sur le fond, soit à l’abandonner et à traiter l’intégralité des dossiers manuellement. Dans les deux hypothèses, […] cela conduit à une impasse. »

« Les recours d’étudiants vont se multiplier »

Rapporteure du texte au Sénat, la centriste Sophie Joissains, qui avait pris la tête de la fronde des sénateurs contre « le « manque de transparence de Parcoursup », fait part de son « effarement » à l’issue du vote à l’Assemblée nationale, dont la majorité LRM « a fait autorité », au détriment d’un « débat fondamental qui touche à la confiance, à l’équité et à l’équilibre du système universitaire ».

« Le “secret des délibérations” ne fera qu’alimenter la polémique. Et les recours d’étudiants vont se multiplier, bien plus encore qu’avec APB, dans la mesure où Parcoursup ne prévoit aucun classement des vœux », prévoit-elle.

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Soazig Le Nevé

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Urgence. Dans moins d'une semaine, une avalanche de mauvaises nouvelles va s'abattre sur les lycéens et leurs parents...

16 Mai 2018 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Urgence. Dans moins d'une semaine, une avalanche de mauvaises nouvelles va s'abattre sur les lycéens et leurs parents...

Il y a urgence. Dans moins d'une semaine, une avalanche de mauvaises nouvelles va s'abattre sur les lycéens et leurs parents. Le 15 mai, Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, a visité un lycée général et un lycée professionnel pour parler de Parcoursup. La ministre promet que chacun aura une affectation au plus près de ses voeux. Une promesse répétée mais dont on ne voit pas comment elle pourra être tenue.

Des lycéens dans l'inquiétude

L'inquiétude est déjà bien installée. "A la Fcpe de Paris remontent les inquiétudes nombreuses des familles, les premières angoisses des lycéens", écrit l'association de parents d'élèves. Au lycée Dardenne de Vanves (92), devant la ministre, un professeur principal affirme que "nos élèves sont inquiets". Parcoursup a changé les règles de l'affectation dans le supérieur et cela inquiète.

Le 22 mai Parcoursup enverra un mail aux lycéens pour leur annoncer ce que sont devenues leurs demandes. Alors que la plupart espère un ou plusieurs "oui", dans un logiciel où les voeux ne sont pas hiérarchisés,  la grande majorité va se retrouver "en attente". Quelques uns n'auront même que des "non". Les désillusions pourraient être sévères.

(...)

La ministre pourra-t-elle tenir tous ces engagements ?

On a pourtant du mal à croire la ministre. D'abord parce que les textes qu'elle a préparé lui donnent tort. La loi ORE revient clairement sur les droits des bacheliers. Dès son 1er article il est précisé que le droit d'entrée dans le supérieur s'exerce "dans la limite des capacités d'accueil". Et le décret d'application du 9 mars 2018 précise en détail les mécanismes de sélection qui mettent fin à deux siècles de droit à l'éducation dans le supérieur pour les bacheliers.

Ensuite parce que le gouvernement n'a pas un budget qui lui permette de faire face et à la croissance démographique et à la croissance et l'aspiration vers le supérieur des bacheliers professionnels. La seconde moitié des années 1990 voyait en moyenne naitre 750 000 enfants. A partir de 2000, ceux qui ont 18 ans aujourd'hui, on passe à 830 000 et on reste au dessus de 800 000 naissances jusqu'en 2010. En même temps, de 2000 à 2016 on est passé de 83 000 à 171 000 élèves en terminale professionnelle. La majorité d'entre eux veut poursuivre au delà du bac.

C'est ce double mouvement vers le haut que le gouvernement a choisi de casser. Le budget  d'un milliard annoncé pour le quinquennat est nettement insuffisant pour faire face à cette croissance. D'autant que la moitié finance la nouvelle gratuité de la sécurité sociale des étudiants non boursiers (les boursiers avaient déjà la gratuité).

La ministre n'ose plus s'abriter derrière les 130 000 places " disponibles" dans le supérieur mais dans des formations et des lieux où personne ne veut aller. Elle utilise l'argument de la création de 19 000 nouvelles places à la rentrée. Mais c'est peu convaincant  : c'est un simple calcul sur le papier effectué en bourrant au maximum les TD. L'annonce de 32 000 places supplémentaires sur le quinquennat dont 7000 en BTS est nettement sous dimensionnée.

Entre le maintien du droit à l'éducation pour tous et la baisse des dépenses de l'Etat, le gouvernement a fait un choix.  Il a mis fin à un vaste mouvement de démocratisation de l'éducation. Parcoursup va s'avérer l'outil d'un tri social dans l'accès au supérieur. Et les victimes sont déjà stigmatisées.

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F Jarraud

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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"Parcoursup, le nouveau système de sélection à l'université pourrait être bien pire que le tirage au sort qu'il était censé supprimer"

10 Mai 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Parcoursup et le scandale des algorithmes

Avec Parcoursup, le nouveau système de sélection à l'université pourrait être bien pire que le tirage au sort qu'il était censé supprimer. Des algorithmes locaux, secrets et opaques, différents d'une université et d'une filière à l'autre, n'apportent aucune garantie d'un traitement équitable des dossiers des lycéens. Une vidéo dénonce ce scandale.

"La CNIL a interdit l’utilisation d’une plateforme où des décisions seraient prises uniquement par un algorithme sans intervention humaine et le Conseil d’état a annulé la circulaire autorisant le tirage au sort”. C’est par ces mots que Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement Supérieur, répondait à une question au gouvernement devant l’assemblée nationale à propos de Parcoursup. Mais des parlementaires soulignent que la loi “ouvre la voie à l’automatisation complète des décisions prises par l’administration”, ainsi que “le recours systématique au tirage au sort”. Une seule façon de savoir ce qu’il en est : il faut exiger la transparence des algorithmes locaux de Parcoursup.

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Parcoursup, une nouvelle Loterie nationale? Propos de membres de commissions de classement des dossiers ou de présidents d'université (extraits de l'article du Monde cité ci-dessous) :

« Il n’y a eu aucun paramétrage commun entre universités. Les facs sont donc parties à l’aventure, en solitaire, et un même lycéen, qui voudra faire du droit à Dijon, à Paris, ou à Nanterre ne sera pas évalué de la même manière. »

« Quand on sait que les lettres de motivation ont pu être rédigées avec l’aide d’officines privées payantes, cela ne nous semblait pas pertinent d’en tenir compte. »

« Nous avons ouvert des centaines de dossiers dont on ne sait que penser, tant ils se ressemblent, et qu’on a dû départager au pifOn se dit vraiment qu’on passe du tirage au sort à la loterie »

« Comment départager 4 100 dossiers ex æquo ?Même en les ouvrant à la main, nous sommes limités à trois chiffres après la virgule pour noter les dossiers, c’est mission impossible ».

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Sur le retour du tirage au sort via la plate-forme Parcoursup lire l'analyse de Julien Gossa sur son blog EducPros :

Parcoursup : Tirage au sort, fin ou généralisation ?

Voir également, par ordre chronologique de publication :

1. Les enseignants décryptent l'algorithme "ubuesque" de Parcoursup :

https://www.marianne.net/societe/baccalaureat-les-enseignants-decryptent-l-algorithme-ubuesque-de-parcoursup

2. Réforme de l'accès à l'université : le code source de Parcoursup n'a pas été rendu public, malgré le souhait de Macron :

https://www.francetvinfo.fr/societe/education/parcoursup/reforme-de-l-acces-a-l-universite-le-code-source-de-parcoursup-reste-inaccessible-malgre-la-promesse-de-macron_2732189.html

3. Parcoursup : les licences "en attente" :

http://lesupenmaintenance.blogspot.fr/2018/05/parcoursup-les-licences-en-attente.html

4. Parcoursup : comment s’opère le tri des dossiers des candidats en fac de droit :

http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/05/07/parcoursup-comment-s-opere-le-tri-des-dossiers-des-candidats-en-fac-de-droit_5295233_4401467.html

Et sur les raisons de la contestation de la réforme, voir mon article intitulé "Université: vers un mai 18?". On peut le lire ICI.

Pascal Maillard

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Trois après-midis d’un étudiant contre la loi ORE...

9 Mai 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Parcoursup

Trois après-midis d’un étudiant contre la loi ORE...

EXTRAITS

On peut être étudiant en classe préparatoire et se préoccuper de la sélection à l’entrée à l’université. On peut ne pas être un habitué des manifestations et des occupations d’amphi et y aller, pour voir par soi-même, et prendre goût aux échanges et aux discussions qu’on y rencontre.

Jeudi 12 avril, j’avais rejoint des amis dans un café après les cours et nous discutions de la mobilisation étudiante, quand Aurélien reçut un message indiquant que 300 étudiants étaient en train d’occuper l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Ils s’étaient très vite retrouvés enfermés par 200 CRS qui encerclaient le bâtiment afin d’empêcher que davantage d’étudiants entrent bloquer.

Je suis en hypokhâgne. Si je me suis mobilisé contre la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE) alors que je fais partie d’un cursus sélectif, c’est parce cette loi fait de la sélection dans les études supérieures la norme, même à l’université. Je milite pour que les études supérieures puissent continuer à donner une chance à tous.

Je ne crois pas que cette réforme le fasse, puisque les universités ont plus de libertés pour sélectionner. Ces dernières ne vont pas toutes proposer des parcours personnalisés, par manque de moyen ou de volonté. Je suis persuadé que des universités comme Paris XI ou Paris II ne proposeront jamais les licences en quatre ans ou les cours de soutien prévus par la réforme. De plus, le gouvernement prétend qu’aucune faculté ne pourra refuser un candidat, sauf que la mention « En attente » de Parcoursup se transforme automatiquement en « Non  » le 1er septembre. Que vont devenir ces bacheliers ?

(...)

TOLBIAC : EXAMENS EN CHOCOLAT ET EXPRESSION LIBRE

Le 18 avril, je suis allé à la « Commune libre de Tolbiac », nom donné par les bloqueurs du Centre Pierre-Mendès-France – alias Tolbiac – de Paris 1, afin de soutenir le blocage et d’assister à une assemblée d’étudiants. J’y étais déjà allé plusieurs fois auparavant, entre autres pour assister à une conférence-débat avec Bernard Friot et Frédéric Lordon sur les mobilisations nationales. J’ai assisté à une assemblée d’étudiants de Paris 1 qui réfléchissaient sur les moyens de remplacer les partiels. N’étant pas étudiant en licence, je n’ai fait qu’assister aux différentes prises de paroles et aux réactions.

Cette discussion s’est déroulée à l’extérieur, à « l’amphi d’été ». Une centaine d’étudiants étaient réunis, trois personnes modéraient les prises de parole et faisaient circuler le micro. Certains semblaient utiliser la communication silencieuse par les gestes, reprise de Nuit debout, mais elle n’était pas utilisée par la majorité. Eux non plus, ils ne croient pas aux « examens en chocolat » [1]. Ils souhaitent être sélectionnés sur leurs résultats à la fac car ils sont conscients que Paris 1 est dans l’incapacité d’accueillir 100 % des étudiants d’une année à l’autre. La sélection à l’entrée en Master poserait aussi un problème, sans partiel. Diverses propositions ont été débattues, comme la possibilité de remplacer les partiels par des devoirs à faire chez soi, ou d’augmenter le coefficient du contrôle continu.

Après avoir assisté à une partie de cette discussion, je suis parti déambuler dans les couloirs de Tolbiac. Effectivement, j’y ai vu beaucoup de tags, ainsi que quelques dégradations. Mais j’y ai aussi vu la volonté de préserver ce lieu d’étude, par exemple les étudiants ont d’eux-mêmes fermé les étages pour les protéger des dérives. Les tags sur les murs laissaient transparaître une frustration, un besoin d’expression. S’il y a des dégradations indéfendables, il y a de réelles œuvres d’art qui ont été réalisées : on y trouve aussi bien des peintures que des poèmes.

(...)

DES GRENADES LACRYMOGÈNES

J’ai avancé jusqu’au moment où, à une intersection, il y a eu du bruit, puis de l’agitation. Mes yeux et ma gorge commencèrent à s’irriter. Les CRS s’étaient mis à lancer des grenades lacrymogènes sur les manifestants pour casser le cortège, avant de sortir les canons à eau. Les bruits des grenades résonnaient comme des détonations et causèrent des mouvements de panique chez les manifestants. Je me suis rapidement retrouvé emporté par la masse qui faisait marche arrière, affolée. Dans la panique, certains se sont bousculés, se sont blessés. Je fus impressionné par la réactivité des infirmiers manifestants, qui se mobilisaient avec une grande efficacité pour évacuer les blessés. J’ai revu sur les chaines d’informations certaines scènes où des manifestants « caillassent » les CRS. De mon point de vue de manifestant, j’ai compris qu’ils ne faisaient que renvoyer les grenades lacrymogènes d’où elles étaient parties.

Je n’ai vu aucun lancer de pavé. Je n’ai vu qu’une foule avançant pacifiquement dans un nuage de gaz lacrymogène, entourée de CRS qui avaient pour consigne de nous diviser et de nous isoler. Les percussions et les mégaphones nous donnaient la cadence et la force pour continuer jusqu’ au lieu de convergence, place d’Italie. Puis je suis rentré réviser mes concours blancs.

Thibault Vermeulen
Étudiant en hypokhâgne au lycée Michelet (Vanves)

[1Expression employée par Emmanuel Macron lors d’une interview accordée à Jean-Pierre Pernaut sur TF1 le jeudi 12 avril.

LA TOTALITE DU BILLET EST A LIRE EN CLIQUANT CI-DESSOUS

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Le blocage des universités est accusé de n’être qu’un désordre public... C'est totalement faux.

8 Mai 2018 , Rédigé par La Vie des Idées Publié dans #Education, #Parcoursup

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EXTRAITS

Le blocage des universités est accusé de n’être qu’un désordre public, organisé par des militants rompus à l’exercice. J. Le Mazier montre pourquoi ce jugement ne reflète pas ce qui se passe sur les campus.

Le printemps 2018 voit monter la contestation de la loi « relative à l’orientation et à la réussite des étudiants » (ORE), accusée d’instaurer la sélection à l’entrée de l’université, et d’une série de réformes corrélées, du lycée, du baccaluaréat et de la licence, qui multiplient les parcours « à la carte » et risquent d’aggraver la ségrégation sociale entre les filières. Des personnels des universités refusent de classer les élèves qui ont candidaté sur la plateforme Parcoursup, font la grève des cours et des examens. Des étudiants réactivent quant à eux des modes d’action déjà utilisés ces dernières décennies : assemblées générales (AG), grèves avec piquets, blocages, voire occupation de locaux.

Une lutte de ce type se joue aussi sur un plan symbolique, les acteurs mobilisés et leurs cibles — gouvernement et présidences d’université — s’employant à légitimer leurs propres manières de procéder et à disqualifier celles de l’adversaire. Les échanges de coups se font aussi au niveau des discours et des représentations : il en va ainsi des qualificatifs d’« agitateurs professionnels » et de « professionnels du désordre » utilisés par le président de la République pour désigner les occupants des universités [1]. Qui sont les étudiants mobilisés, que font-ils et que fait-on dire à leurs modes d’action [2] ?

Qui occupe les universités?

A-t-on affaire dans les universités à des « professionnels du désordre » ? Certes, l’action collective a pris forme sous l’effet d’un long travail de mobilisation organisé par des militants expérimentés. Il est rare en effet que les mouvements sociaux ne soient pas initiés par des « entrepreneurs de mobilisation » (social movement entrepreneurs) [3] qui construisent et diffusent les mots d’ordre, les incitations à s’engager, les cadres collectifs d’organisation et les dates d’actions à destination d’un public plus large. Dans le cas présent, il s’agit d’abord de syndicalistes étudiants, principalement de l’UNEF et de Solidaires-Étudiant-e-s. Depuis septembre 2017, ces organisations sont coordonnées au sein d’une interfédérale. Celle-ci réunit également les syndicats de salariés de l’enseignement secondaire et supérieur de la FSU, de la CGT, de FO et de Sud-Solidaires, une fédération de parents d’élèves, la FCPE, et une association disciplinaire, l’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES), soit des organisations à vocation représentative, interlocuteurs réguliers ou occasionnels du gouvernement. C’est cette interfédérale qui a arrêté les principales dates nationales de grève et de manifestation. Dans les universités, le travail d’information a également été réalisé par des organisations politiques de jeunesse : NPA-Jeunes, Jeunes Insoumis, Jeunes communistes ou Union des étudiants communistes (UEC). Enfin, parmi les collectifs qui se sont mobilisés dès le mois de février, on trouve aussi des autonomes, qui refusent l’appartenance à une organisation syndicale ou politique, mais disposent d’une expérience militante acquise dans d’autres luttes, mouvements de squats, ZAD ou manifestations de 2016 contre la « loi travail » par exemple.

Ces militants possèdent des compétences qui facilitent l’émergence d’une mobilisation, qu’il s’agisse de savoirs (argumentaires contre la loi ORE) ou de savoir-faire (organisation d’actions susceptibles de donner de la « force » à des revendications). Pour autant, même si la contestation ou le militantisme constituent pour certains un mode de vie à part entière, ils n’en sont pas moins pour la majorité d’entre eux des étudiants. La distinction entre « militants » et « étudiants » qui est parfois faite par les médias est trompeuse. Les syndicalistes étudiants ne sont pas professionnels, ou alors à un autre titre, puisque certains tirent tout ou partie de leurs revenus d’une activité salariée en parallèle de leurs études. En 2011, 32 % des participants aux congrès des principaux syndicats alors engagés dans les mobilisations (UNEF, Sud-Étudiant, Fédération syndicale étudiante) déclaraient travailler pendant l’année universitaire, à temps partiel ou à temps plein, comme 50 % de l’ensemble des étudiants [4].

Surtout, les militants ne sont pas les seuls étudiants à se mobiliser, loin de là. En 2009, seul un étudiant sur cent était membre d’un syndicat. Dans ces conditions, les organisations étudiantes ne peuvent pas compter sur leurs seules forces pour construire des mobilisations, et sont paradoxalement amenées, pour donner le poids du nombre à leurs revendications, à s’effacer devant des collectifs plus larges qu’elles. D’où le recours, plus fréquent en milieu étudiant que dans les grèves de salariés, aux AG, collectifs décisionnaires auxquels tout étudiant, qu’il soit ou non membre d’un syndicat, peut participer. Lorsque le nombre de participants aux AG dépasse 1000 personnes, comme cela a pu être le cas dans les universités Paris 1, Paris 8, de Nanterre, Nantes, Nancy ou Strasbourg, voire quand il se compte en milliers, comme à Montpellier, Toulouse Le Mirail et Rennes 2, et que la grève ou le blocage d’université y sont l’objet d’un vote majoritaire, cela signifie que les étudiants impliqués sont loin d’être tous des militants expérimentés.

(...)

Le Monde et Ouest France rappellent enfin que les blocages et occupations de sites universitaires sont illégaux. Le déversement par des militants de la FNSEA de lisier sur la voie publique l’est également, tout comme l’a été la mise en place par le gouvernement du dispositif d’affectation post-bac prévu par la loi ORE avant son adoption par le parlement. Beaucoup de mobilisations collectives testent les limites de la légalité dans le but de mettre en difficulté les autorités auxquelles elles adressent leurs revendications, et s’emploient à faire valoir comme légitimes ces contournements du droit, au nom de l’illégitimité de décisions prises par ces dernières. Les procès en illégitimité et en illégalité sont simplement plus couramment intentés aux étudiants qu’à d’autres groupes sociaux.

La jeunesse est souvent accusée d’être « dépolitisée ». Mais lorsque des catégories qui la composent, en l’occurrence des étudiants, se prononcent sur des sujets politiques, les pratiques adoptées sont à leur tour délégitimées. Parce que jeunes, ils sont suspectés d’être manipulés par des groupes extérieurs sans être capables de construire eux-mêmes leurs mobilisations, ou inversement accusés de trop vouloir ressembler aux salariés plus âgés auxquels sont reconnus des droits comme celui de faire grève. En conséquence, leurs chances de succès dépendent beaucoup de leur capacité à surmonter le discrédit dont ils subissent le poids.

Julie Le Mazier, « La lutte politique des étudiants », La Vie des idées , 8 mai 2018. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-lutte-politique-des-etudiants.html

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Ce qu’il y a d’odieux dans ParcourSup, c’est évidemment le mensonge marketing...

8 Mai 2018 , Rédigé par Johanna Siméant-Germanos Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Ce qu’il y a d’odieux dans ParcourSup, c’est évidemment le mensonge marketing...

Par Johanna Siméant-Germanos (ENS, département de sciences sociales). Texte lu à l’occasion d’un « colloque intempestif» à l’ENS le 2 mai 2018. 

Si on m’a invitée à parler aujourd’hui, c’est je pense à cause d’un texte, « Démolition », écrit il y a quelques mois, et dont la circulation, la réception, m’ont surprise, parce que ce texte a semblé faire écho à des milliers d’autres expériences individuelles : j’avais essayé de décrire mon désarroi à l’égard de la mise en crise convergente de ce qui contribue à faire tenir, un peu, une société : les institutions de la santé, du social, des transports, du savoir… Pas seulement les institutions puisque ce qu’il me semblait observer, comme plein d’autres, c’était aussi la prolifération de tous ces dispositifs, algorithmes, badges, mises en règle, courses à la notation, formulaires de soumission (le mot parle de lui-même), d’une façon qui à tous les niveaux produit de l’avilissement, une façon de faire son travail moins bien et dans l’isolement. Comme si ce qui se jouait, c’était aussi le recul de nos capacités d’agir ensemble parce que chacun devient comme entrepreneur de son asservissement. Visiblement, je n’étais pas la seule à ressentir ce désarroi. Et l’avoir écrit autrement que du haut de ma science, mais à partir de ce qui était aussi ma tristesse d’avoir vu la vie des miens et mon propre métier changer, a pu rencontrer un écho chez d’autres.

Si on m’a invitée à parler aujourd’hui, c’est peut-être aussi parce que j’ai enseigné 22 ans à l’université avant d’arriver ici. Le temps de voir changer le métier, le temps de voir l’idée même de l’université être mise en crise. Et tout ça dans un contexte où chaque réforme, inspirée du processus de Bologne à la fin des années 90, de l’injonction à l’alignement sur la concurrence dans le marché international de l’enseignement supérieur, de la mise en place d’une soi-disant autonomie des universités, chaque réforme n’est jamais que la conjonction de la managérialisation et de la diminution des capacités de résistance des universités… autant de façons de faire reculer l’idée que l’université pourrait être un lieu d’émancipation.

Alors il faut bien un peu parler de la loi ORE et de ParcourSup, mais sans oublier que ça s’inscrit dans un processus de plus long terme.

Ce qu’il y a d’odieux dans ParcourSup, c’est évidemment le mensonge marketing de la façon dont cette réforme est présentée, cette façon d’insister sur ce qui serait le scandale d’un tirage au sort qui ne concernait en fait que 0.4% des anciens étudiants, ce qu’il y a d’odieux, c’est la mise en place d’une réforme avant même qu’elle ne soit adoptée au parlement, ce qu’il y a d’odieux c’est une réforme sans les moyens du peu de mieux qu’elle promettait : la ministre avait presque réussi à faire flancher des enseignants-chercheurs fatigués, conscients des taux d’échec dans une partie des parcours universitaires, et qui trouvaient que le « oui si » (proposer une remédiation à qui l’on jugeait plus fragile), ce n’était pas une si mauvaise idée. À ceci près qu’il n’y avait aucun véritable moyen de mettre en place ces fameuses filières de remédiation (on cherche toujours le milliard prétendument alloué !)… vu qu’il n’y a déjà pas assez de places qui ont été créées à l’université malgré les projections que n’importe quel bureaucrate un peu sérieux aurait pu effectuer à partir des statistiques sur le nombre de bacheliers… peut-être qu’il faudrait que les gens qui peuplent les cabinets ministériels soient un peu mieux frottés de sciences sociales et un peu moins de plans en deux parties / deux sous-parties…

Surtout, ce qu’il y a d’odieux dans ParcourSup, mais je crois que je ne vous apprends rien, c’est la façon dont cela va augmenter la polarisation sociale, les inégalités sociales, augmenter le chacun pour soi, augmenter le recours au privé pour garantir la meilleure scolarité à ses enfants… Juste un exemple : quand on est un collégien de la Courneuve, cela veut dire qu’on aura raté quatre mois d’anglais en cinquième, trois mois de maths en quatrième, deux mois d’histoire géo en troisième… et qu’évidemment, les algorithmes qui vont pondérer vos notes en fonction de votre lycée d’origine ne vous donneront pas grand chance d’accéder aux filières qui vous intéressent.

Bref, ce qu’il y a d’odieux dans ParcourSup, c’est le mélange de mensonge et d’incompétence, de gens qui soit ne savaient pas, soit ne savaient que trop bien… comme pour la question des lettres de motivation qui ne seront évidemment pas examinées, mais qui auront permis de décourager les plus fragiles là encore…

Prenez juste la question de l’algorithme… Parce que le plus important ce n’est pas les slogans dans cette affaire, « pour ou contre la sélection », le plus important ce sont les détails, les algorithmes, les timings, les financements annoncés et pas débloqués : l’algorithme précédent, celui d’APB, basé sur ce que l’on appelle en théorie des jeux la théorie des mariages stables, prenait en compte la hiérarchisation des choix des élèves, ce que ne fait pas ParcourSup, où l’on demande aux terminales de ne pas hiérarchiser (au début on croit à une blague…) : mais ce que ça veut dire, quand on propose de ne pas hiérarchiser, c’est que les institutions d’élite vont s’arracher les gens qu’elles considèrent les meilleurs parce que venus des meilleurs lycées (et comme elles les voudront, tous ces élèves pourront choisir entre plusieurs filières… donc pour eux ce sera encore plus confort, plus de choix), et que les autres continueront peut-être de façon pire qu’avant à se retrouver dans des endroits où ils ne veulent pas aller. Et que le storytelling de « trouver la bonne place pour les bonnes personnes » est bel et bien mensonger. Si vraiment le problème est de ne pas admettre les gens qui n’ont pas le niveau dans une filière, pourquoi limiter cette démarche aux seules filières sous tension, pourquoi ne pas instaurer des filières de remédiation dans toutes les filières ? À partir du moment où ce n’est pas le propos, où les moyens n’en sont pas donnés, c’est bien qu’il s’agit d’une gestion malthusienne et excluante de l’université qui est en marche. Donc derrière le mot valise de sélection, il faudrait se demander, avant de faire des choix sur des gens qui n’ont pas eu les mêmes chances, si on n’aurait pas plutôt pu se donner les moyens de restaurer, pour tous, leurs capacités de choix ? À voir l’état des collèges et des lycées, la réponse est, évidemment, non.

S’il ne s’agissait que d’une réforme mal fichue, le énième accident industriel de technocrate… dans un monde idéal, on leur ferait lire quelques bons sociologues de l’éducation et tout irait mieux. Mais la crise de l’université, de l’idée d’université, est plus profonde. Et cela, finalement, quelle que soit la conception qu’on a de l’université : soit que l’on rêve à une tour d’ivoire qui permet d’observer paisiblement le monde à distance ; ou que l’on rêve d’un savoir complètement impliqué dans la société, qui en procède et lui revienne pour lui servir.

Aucune de ces deux aspirations n’a la moindre chance d’être satisfaite par une évolution qui ne pourra satisfaire que les universitaires qui aspirent à devenir chefs de projet bureaucratiques ou employés du mois.

Ce qui nous menace aujourd’hui, c’est l’aggravation d’une offensive généralisée contre toute possibilité de dire le vrai sur le monde. Et ça ne concerne pas que l’université. Et ça ne vient pas que de l’État. On voit depuis quelques années les enquêtes en sciences sociales être menacées de façon croissante par des procédures qui barrent l’accès à certains terrains, censurent des résultats, des publications. On voit se développer le conformisme des Institutionnal Review Boardsdans les universités anglo-saxonnes, qui, sous couvert de respecter les gens auprès de qui l’on enquête (une question, celle du respect des publics, qu’on pose bien moins dans plein d’autres domaines des politiques publiques !), limitent les possibilités d’observations longues, de type ethnographique, d’enquêtes de qualité au long cours, etc.

Mais ça, c’est aussi ce que vivent les journalistes (enfin ceux qui essaient de faire leur travail !). C’est aussi ce qui menace les institutions qui tentent de produire des statistiques qui ne sont pas alignées sur les attentes des gouvernants. C’est aussi la loi sur le secret des affaires et la multiplication des procédures-bâillons à l’égard des lanceurs d’alerte. C’est une mise en crise de la presse telle qu’il n’y a même pas besoin de lui demander d’être conforme vu le conformisme que fabriquent la précarité et la quête de ressources publicitaires.

Je reviens à l’université : la question est donc bien loin de se limiter à pour ou contre la sélection. Le monde universitaire est devenu un monde où il faut devenir de plus en plus un entrepreneur de soi-même, où les chercheurs doivent se débrouiller pour accumuler les financements nécessaires à leurs recherches auprès de diverses institutions publiques ou privées (ANR, Europe, etc.) à coups de projets de recherche ad hocqui suintent le conformisme, tout ça pour se transformer en chefs de projets, et clientéliser des protégés dans des post-doctorats puisque de toute façon le nombre de créations de postes d’enseignants-chercheurs titulaires diminue… tout cela dans un processus général qui augmente la fragmentation, l’isolement, et l’anomie à l’université. Pourtant les livres de sciences sociales français les plus importants que j’ai eu l’occasion de lire ces dernières années n’ont rien à voir et ne devaient rien aux financements et à la bouillie secrétée par les bureaucraties de la recherche, le jargon de l’excellence bureaucratiquement définie (Idex, labex, equipex et j’en passe), l’alignement sur le classement de Shanghai ou autre.

Et c’est cela qui peut continuer à nous animer, l’idée que le savoir n’est ni une affaire de managers, ni de bureaucrates, mais l’affaire de celles, de ceux, qui entendent bien préserver la dignité de leur métier, qui est de produire et de diffuser des paroles vraies sur la société. Avec le maigre espoir que, parfois, dire le vrai puisse avoir encore son importance et nous engager.

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ORE, nouveau baccalauréat : l'avis d'un prof stagiaire...

8 Mai 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Parcoursup

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Je pense pouvoir dire que je fais partie de ces gens qui ont ressenti, à un moment de leur vie, l'appel de l'enseignement. Ou, du moins, je le pensais. Les conditions d'exercice réelles du métier, celles induites par les dernières réformes en particulier, rongent cependant ma vocation comme des termites particulièrement gloutonnes. Pourtant, je ne suis pas allergique aux élèves, et je savais déjà que de nos jours en France, on n'entre pas dans l’Éducation Nationale pour faire fortune. J'espérais au moins que je rendrais service à un public qui en a besoin, ne serait-ce que partiellement. L'ascenseur social était déjà plus ou moins cassé ; l'idée était de modestement tenter de faire la courte échelle à mes élèves, d'avoir une influence minime, mais réelle sur leur parcours. C'est cette ambition, pourtant plus que minimaliste à mes yeux de jeunot plein d'idéal, que les récents projets de mes nouveaux employeurs ont mis à mal. Cela m'inquiète : elle était déjà bien chétive.

«En quoi, jeune maroufle, ces réformes s'attaquent-elles à vos ambitions, et accessoirement, au parcours de vos élèves?» demanderont de sourcilleux contradicteurs.

Je crois devoir répondre en deux points à cette légitime interrogation, en commençant par le nouveau baccalauréat général. Je ferai un sort à Parcoursup ensuite. Je ne vais pas épiloguer des heures sur le potentiel pédagogique, ou l'absence d'icelui, du nouveau bac. Notons simplement qu'il est remis en question, autant dans les spécialités dites littéraires, comme la philosophie, que dans le domaine des sciences expérimentales comme les Sciences de la Vie et de la Terre. Non, ce qui m'intéresse, c'est que, mortefoutre, ce que ce nouveau système est compliqué ! Et, attention, chaque option compte. Je suppose que l'ancien paradigme, avec ses noms de séries univoques, a dû paraître trop simple aux petits génies du Ministère. Le système choisi est donc celui d'un bac à la carte, avec des choix de matières majeures qui seront passées au bac (trois en Première, deux en Terminale). Ce sont ces choix qui détermine le type de baccalauréat passé par le candidat. Vous me direz : «Du coup, les élèves ne sont plus enfermés dans une filière : c'est une bonne chose, non ? Pas forcément, non. Et pour cela, je vais être obligé de m'attaquer à Parcoursup».

Ce nouveau dispositif, en effet, prévoit que toute formation du supérieur doit établir un certain nombre d'attendus demandés aux candidats, au cas où celles-ci seraient "en tension" (terme disruptif pour dire "grave dans la dèche et incapable d'accueillir tout le monde"). Ces attendus sont les critères selon lesquels les professeurs de chaque formation classent les dossiers horriblement chronophages que leur envoient les jeunes. Puis, selon leur place dans le classement, nos élèves reçoivent une réponse positive, négative, ou un "oui si" (leur demandant de suivre un parcours adapté dont personne n'a pour le moment la moindre idée dans les universités). Bon, évacuons le premier point : classer les dossiers et en prendre un certain nombre, peu importe ce qu'on vous raconte, on appelle ça de la sélection. Point. Quiconque vous raconte le contraire vous prend pour un con. Essayez de ne pas justifier son attitude. Merci.

Or, le remplissage de ces attendus dépend donc en grande partie des options choisies au lycée. Donc, il faut avoir choisi les bonnes options pour être sélectionné. Il faut donc s'orienter de manière adaptée, selon son PROJEEEEEET, comme le dirait notre Respecté Foudroyeur du Secteur Public. Mais qui donc a un projet cohérent sur dix ans à la fin de la Seconde pour choisir les bonnes options pour faire la bonne formation ? Je ne crois pas qu'il s'agisse des gens dans le bas du panier social, d'autant moins même que les CIO qui pouvaient informer les élèves en dehors du lycée vont bientôt fermer.

«Mais ne reste-t-il pas des filière qui ne sont pas en tension, et donc accessible à tout le monde, Ô redoutable vilipendeur du gouvernement ?» De moins en moins, individu plein de courtoisie. En effet, les vœux fait par les candidats ne sont pas hiérarchisés. Toutes les facs reçoivent toutes les candidatures faites en faveur de leur établissement, même celles en dernière position. Les dossiers se multiplient donc comme des petits pains, et de nombreuses filières se retrouvent ainsi artificiellement «en tension».

On a donc deux réformes qui non seulement installent une sélection là où sa nécessité, en termes sociaux et politiques, est plus que discutable, mais qui en plus de ça rend cette compétition du supérieur encore plus injuste qu'elle ne l'était auparavant. Ce qui me pose, en tant que prof, un gros problème, que je formulerai de la manière suivante : à quoi je sers, fichtrechiasse ? Clairement, pas à former de futurs citoyens jouant jeu égal dans leur éducation, ayant les mêmes chances. Au vu des réformes, même tenter de rééquilibrer un peu la chance en faveur des moins fortunés me paraît difficile. Il y a des chances que je commence ma carrière dans des quartiers dits "difficiles" : comment je regarde en face ces élèves, si le peu de choix d'options au bac, si leur choix peu inspirés leur bloque de toutes façons l'accès au Supérieur ? Un bac par séries, au moins , assure un minimum syndical dans un domaine large donné. Là, avec ce système pour le moins confus, cette histoire d'attendus promettent bien des demains qui déchantent aux classes populaires. Et ce n'est pas pour cela que je suis devenu prof.

LUDOVIC THEROND-DEBAT 

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Un directeur de l'université Paris-III se met "en grève pédagogique illimitée"...

3 Mai 2018 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

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Après l'évacuation de Censier, le directeur du master "cinéma et audiovisuel", à la Sorbonne-Nouvelle, s'est déclaré "en grève administrative et pédagogique illimitée".

Les forces de l'ordre ont "évacué" ce lundi 30 avril au matin le site Censier de l'université Paris-III, dix jours après une opération similaire à Tolbiac pour lever les blocages contre la réforme de l'accès à la fac.

L'opération, qui s'est déroulée "dans le calme et sans aucun incident", selon la préfecture de police, entre 4h30 et 5h30, a été effectuée sur réquisition du président de l'université Paris-III. "Le président a signalé une détérioration du système électrique jeudi", a précisé ce lundi matin la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal sur Europe 1.

A la suite de cette intervention, Alexis Blanchet, directeur du master "cinéma et audiovisuel" à la Sorbonne-Nouvelle, s'est déclaré "en grève administrative et pédagogique illimitée". Dans une lettre ouverte adressée au président de son université et postée sur son compte Twitter, le chercheur et maître de conférences annonce renoncer à toutes les charges administratives qui lui incombent.

"Destruction programmée"

Alexis Blanchet, auteur de "Des pixels à Hollywood" (2010, Pix'n Love) et"les Jeux vidéo au cinéma" (2012, A. Colin), explique dans sa lettre désabusée : 

"La loi ORE et le dispositif ParcourSup ont fini d'épuiser ma bonne volonté et ma conscience professionnelle. L'intervention policière de cette nuit est le geste de trop. J'assiste depuis 14 ans maintenant (et depuis 21 ans si je compte mes années d'études universitaires) à une destruction programmée, lente mais résolue du service public de l'enseignement supérieur et de la recherche."En grève administrative et pédagogique illimitée, Alexis Blanchet affirme qu'il "n'assure donc plus dès à présent [ses] charges administratives (direction du master CAV) et pédagogiques (organisation du partiel de 257 inscrits en V4MA03 et suivi des 14 étudiants de master sous direction, organisation des sessions de rattrapage)". A la place, il se concentre "sur [ses] activités de recherche totalement interrompues depuis 4 ans, c'est-à-dire depuis [sa] prise de fonction à la tête du master CAV". 

Même sur son compte Twitter, Alexis Blanchet a rajouté la mention "[En grève]". 

"Mécanique mortifère"

"J'arrête parce que le système ne fonctionne que sur le souci profond du service public des agents que nous sommes toutes et tous, personnel administratif et enseignant", lance-t-il.Sa demande est donc "simple, basique", explique-t-il avant de détailler :

"- une réaffirmation totale d'un service public de l'enseignement supérieur et de la recherche,

- une refondation immédiate de l'université qui passe par un refinancement complet de ses structures à hauteur des enjeux,

- une réaffirmation des missions premières – les seules – des enseignants-chercheurs, et particulièrement des MCF : enseignement et recherche,

- une revalorisation de nos salaires passant par un dégel et une ré-évaluation du point d'indice."

En attendant ces changements, Alexis Blanchet arrête parce qu'il "décide de ne plus participer en petit soldat zélé de la gestion administrative à cette mécanique mortifère de destruction d'un des plus beaux atouts de notre nation". Mais aussi parce qu'il refuse de "voir [sa] santé comme celle de [ses] collègues se dégrader" ou encore de "ne pas voir [ses] enfants grandir". 

Sa prise de position a été saluée par des étudiants de l'université Paris-III, touchés par ce soutien : 

A la suite de l'intervention policière de cette nuit sur le site de Censier de l'université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, je me déclare en grève administrative et pédagogique illimitée.https://docs.google.com/document/d/1ubOUmb0Js2o4D9capaIsqa2yDVE90Zltb4Tc5xmkUOA/edit 

 

Vous avez notre soutien total monsieur, courage !

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