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Vivement l'Ecole!

parcoursup

Parcoursup : l’imposture...

25 Mai 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Parcoursup : l’imposture...

Ce qui se profile aujourd'hui, c’est la généralisation à grande échelle de quelque chose de plus pernicieux encore que le recours au tirage au sort. Par-delà la technique, il y a bien une philosophie : celle de la concurrence entre élèves comme entre établissements. Un diagnostic établi par près de 900 enseignants à l'université.

Aux jeunes, on a menti, et abondamment.

On leur a menti, d’abord, en forgeant un dispositif appuyé sur une rhétorique de la «responsabilisation» qui voudrait que chaque élève de 17 ans soit en mesure d’avoir un projet professionnel ainsi qu’une idée claire du type d’orientation académique qui y correspond, tout en interdisant, via Parcoursup, auxdits élèves de hiérarchiser leurs vœux.

On leur a encore menti en leur demandant d’écrire ces fameuses lettres de motivation. Cette exigence est absurde au fond : demander à des jeunes de 17 ans de rédiger des lettres de motivation à l’appui d’une demande d’admission dans des disciplines qu’ils ne connaissent guère ne peut conduire qu’à des lettres stéréotypées. Mais elle est en outre mensongère : au moment où ces lettres étaient demandées, il apparaissait déjà clairement que, dans leur grande majorité, elles ne seraient pas lues. Et ce, pour la bonne et simple raison que le travail de classement des candidatures Parcoursup – travail colossal qui consiste à affecter 800 000 étudiant·e·s ayant potentiellement fait 10 choix chacun·e – échoit à des universitaires déjà débordé·e·s. Impossible donc pour celles et ceux qui ont accepté de faire ce travail, de ne pas prendre d’abord en considération les résultats scolaires. Ces résultats, antérieurs au baccalauréat (notes de terminale et de première), constitués de notes non unifiées par un examen national, variables selon les lycées et les politiques éducatives, ont été transformés en critères de sélection des candidatures. Ceci fait écho à la réforme annoncée du baccalauréat, qui repose sur un accroissement de la part de «contrôle continu», et laisse craindre un creusement des inégalités entre lycéen·ne·s. Tout cela programme la fin du baccalauréat qui n’aura plus pour rôle d’établir l’aptitude à suivre les études supérieures de son choix.

Injustice de la mise en chiffres contre injustice du tirage au sort

Le «scandale» du tirage au sort dans le système précédent (APB) a largement servi de fondement et de justification à la mise en place de la loi ORE et du dispositif Parcoursup. Il faut d’emblée souligner la part d’instrumentalisation de cet argument, dès lors que le tirage au sort, tout problématique et injustifiable qu’il soit, n’a concerné que 0,4% des affectations dans l’enseignement supérieur en 2017.

Ce qui se profile aujourd’hui, c’est en réalité la généralisation à très grande échelle de quelque chose de plus pernicieux encore que le recours au tirage au sort. Qu’on en juge : dans des filières fréquemment confrontées à la nécessité de retenir environ 10% des candidatures (800 places pour 8 000 demandes ; 60 places pour 600 demandes…), le «classement» qu’il est demandé aux universités de réaliser aboutit à tout mettre en chiffres afin d’intégrer les appréciations qualitatives dans les algorithmes de classement : tel type d’appréciation «vaut» un 15/20, tel autre un 10/20… ; telle filière va privilégier les notes dites «littéraires», telle autre les notes dites «scientifiques». Mais cette mise en chiffres, sur de tels volumes, ne suffit pas : il faut encore départager les très nombreux ex aequo. Pour aboutir à un classement opératoire, il est nécessaire de descendre jusqu’au troisième chiffre après la virgule ! Si la seule différence entre un·e étudiant·e admis·e et un·e étudiant·e recalé·e tient à un millième de point sur une «moyenne» dont la confection soulève de graves questions de fond, n’aboutit-on pas à un système aussi injuste et plus trompeur que le tirage au sort ?

(...)

Suite et fin à lire en cliquant sur le lien de bas de page

Les signataires:

 

Georges Borenfreund, Isabelle Boucobza, Véronique Champeil Desplats, Emmanuel Dockès, Ylias Ferkane, Charlotte Girard, Tatiana Gründler, Nabil Hajjami, Stéphanie Hennette-Vauchez, Arnaud Le Pillouer , Eric Millard, Elsa Peskine, Marjolaine Roccati, Patricia Rrapi, Tatiana Sachs, Laurence Sinopoli, Béatrice Thullier, Marc Touillier, Juliette Tricot, Cyril Wolmark, Lionel Zevounou, juristes universitaires.

Ce texte a pour origine un groupe d’universitaires juristes de l’université Paris-Nanterre et a recueilli en deux jours près de 900 signatures d’autres universitaires.

La liste des signataires est accessible à l’adresse suivante : 

parcoursuplimposture.nursit.com.

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Parcoursup : un algorithme absurde qui renforce les inégalités sociales... (+ commentaire)

25 Mai 2018 , Rédigé par Bastamag Publié dans #Education, #Parcoursup

Parcoursup : un algorithme absurde qui renforce les inégalités sociales... (+ commentaire)

EXTRAITS

L’algorithme Parcoursup a rendu ses premières sentences : la moitié des 810 000 potentiels bacheliers n’ont pas reçu de proposition d’affectations, un mois avant le début des épreuves du bac. Ce fiasco était pourtant attendu, tant la logique opaque et élitiste du nouvel algorithme était critiquée. Explications.

Plus de 810 000 lycéens et étudiants avaient jusqu’au 31 mars pour confirmer leurs vœux sur la nouvelle plateforme Parcoursup et choisir parmi les 13 000 formations et filières proposées sur cette plateforme. Au 22 mai, 400 000 demeurent sans propositions d’affectation, dont une proportion encore inconnue se verront refuser toutes leurs options.

Avec APB, 80 % des étudiants disposaient d’une affectation avant le bac

De 2009 à 2017, les élèves de terminale indiquaient leurs vœux par préférence, avec un maximum de 24 filières. À l’exception des cursus annoncés comme sélectifs, les responsables d’une formation ne pouvaient pas classer les candidats ni examiner les dossiers scolaires. Ils annonçaient le nombre de places disponibles dans tel cursus et laissaient ensuite les affectations se faire. Entrait alors en jeu l’algorithme d’Admission post-bac (APB) pour répartir les candidats. Quand la demande était supérieure à l’offre, et après avoir épuisé tous les critères – académie, niveau de préférence, situation familiale –, l’algorithme procédait à un tirage au sort pour départager les élèves ayant obtenu le même classement.

Malgré ses défauts, ce mécanisme était alors perçu comme plus cohérent avec le principe de libre accès à l’université. Autre avantage : lorsqu’un candidat était accepté pour l’un de ses premiers vœux, toutes ses autres demandes moins prioritaires étaient annulées, libérant rapidement des places pour d’autres. Par exemple, si le troisième vœu d’un futur bachelier était accepté, et qu’il était donc sûr d’être au moins inscrit dans la troisième filière de son choix, ses quatrième, cinquième et vœux suivants étaient annulés. Ce qui n’est plus le cas avec Parcoursup, chaque candidat pouvant initialement obtenir plusieurs affectations, empêchant ainsi, jusqu’à ce qu’il détermine définitivement son choix, d’autres bacheliers d’y accéder.

Résultat : avec APB, à la mi-juillet 2017, 85 % des futurs étudiants avaient reçu une proposition d’affectation (80 % début juin). 87 000 demeuraient en attente, principalement pour des filières en forte tension comme Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), la première année commune aux études de santé (Paces), le droit ou la psychologie. Au final, à la rentrée 2017, 3000 candidats (0,35 % des candidats) se sont retrouvés sans affectation. Moins d’1 % ont été concernés par le tirage au sort en 2017. La Cour des comptes, opposée au tirage au sort, souligne elle-même dans un rapport d’octobre 2017 que : « Les effets réels de ce tirage au sort dans l’éviction de certains candidats restent circonscrits si on considère les volumes traités par l’outil APB. » L’algorithme d’APB, dit de « Gale Shapley », est toujours reconnu comme le meilleur algorithme d’affectation. Les grandes écoles d’ingénieurs l’utilisent encore pour répartir les candidats à la suite des concours d’entrée.

(...)

Un système qui risque encore d’amplifier les inégalités

La ministre de l’Enseignement supérieur avait promis en mars qu’« aucun candidat à l’université ne recevra un "non" ». Un mois plus tard une note du ministère explique qu’à l’issue la procédure, le 6 septembre, des élèves « en attente » pourront recevoir une « notification de décision négative ». « Le dispositif Parcoursup a ceci de pervers qu’il aboutit à ce que des étudiants, qui n’ont officiellement été refusés nulle part, se retrouvent sans formation à la rentrée », estime l’économiste David Cayla. « Va-t-on voir les médias évoquer la situation de milliers d’étudiants sans affectation à la rentrée ? Cela est en réalité très peu probable. Car à l’inverse de ce qu’il se passait pour APB, les candidats non affectés auront tous été classés et triés préalablement, et ceux qui seront exclus de l’enseignement supérieur seront vraisemblablement les titulaires de bacs professionnels ou technologiques avec des dossiers scolaires faibles. »

Un rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire indiquait, en septembre 2016, que la France était le pays le plus inégalitaire en matière d’éducation parmi les 35 membres de l’OCDE [3]. Si les prévisions sur le mode de sélection de Parcoursup se confirment, la situation ne s’améliorera pas, les bacheliers avec des parcours scolaires compliqués ayant une forte probabilité d’être, de fait, exclus de l’enseignement supérieur, sans même avoir l’occasion d’y tenter leur chance. Des universités et des enseignants ont cependant résisté à ce système implacable. Le syndicat Snesup-FSU avait appelé, dès le 27 mars, les enseignants à classer les candidats selon seulement deux critères : l’obtention future du bac, qui « prouvera que les attendus sont possédés », et la demande d’inscription, qui « témoigne de la motivation suffisante ». Ce qu’ont fait plusieurs dizaines de commissions à Nantes, Paris 1, Rouen ou Lille. Des personnels universitaires se sont également mis en grève pour protester contre Parcoursup et les interventions policières réprimant la contestation étudiante.

Mathieu Paris

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

Commentaire:

Un bémol mérite d'être apporté à cet excellent article de Mathieu Paris

Il est dit que la base du problème serait - je cite - "une insuffisance d’investissement dans l’enseignement supérieur ces dernières années".

Rappelons donc que pour 2017 le budget "enseignement Supérieur recherche" concocté par le gouvernement précédent était en augmentation de près d’1 milliard d’euros (850 millions exactement, effort absolument inédit en la matière en France) et que c’est Emmanuel Macron qui, sitôt élu, en a gelé la bagatelle de 350 millions.

Au contradicteur qui ne manquerait pas d'affirmer:

"Oui mais pour le budget 2018 nous avons augmenté de 700 millions", je me permettrai de répondre:

700 millions auxquels on retire 350 millions précédemment gelés, cela fera TOUJOURS moins que 800 millions!

Christophe Chartreux
 

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Parcoursup ou une certaine vision du monde... Angoissant!

23 Mai 2018 , Rédigé par SLATE Publié dans #Education, #Parcoursup

Parcoursup ou une certaine vision du monde... Angoissant!

EXTRAITS

La nouvelle organisation de la répartition des futurs étudiants et étudiantes ne s'est pas faite sans heurt.

Ce mardi, une blague a pas mal tourné sur Twitter… une parodie de la blague préférée des enfants:

«Qu’est-ce qui est jeune et qui attend?

–Les étudiants devant #parcoursup.»

En ce jour des premières réponses, #parcoursup a été le mot-dièse le plus utilisé en ligne. L'occasion de voir que nos lycéens et lycéennes ont pas mal d’humour

Avec des variantes:

Beaucoup en rient comme pour exorciser une certaine inquiétude: les lycéennes et lycéens ont un peu tous l’air dans le brouillard, la majorité de celles et ceux qui s'expriment n'évoquant que des refus ou des mises en liste d'attente de la part de Parcoursup. Et dans la vie réélle, les étudiantes et étudiants de mon entourage sont tous en attente… et même parmi ceux et celles qui ont obtenu des réponses positives.

(...)

Une certaine vision du monde

Parcoursup n'est finalement qu'un avater de la numérisation de notre société. Tout était censé être plus simple mais tout est plus compliqué pour les individus, vous, moi, nos enfants. Il faut se conformer à un mode d'organisation numérique et s’y adapter en étant non pas plus réflexif mais plus connecté, et surtout, plus patient. Parcoursup est pleinement un outil contemporain: c’est nous qui nous adaptons à la «machine» au système, et devons en fluidifier le fonctionnement.

La question passionnante, que pourront explorer les chercheurs et chercheuses en sciences politiques et les philosophes sera sans doute celle de la relation aux institutions, au «système» et à l’État. En organisant ainsi l’orientation et donc la vie des élèves, l'institution prend une énorme responsabilité. Et en montant au front pour défendre leur plateforme, les ministres Vidal et Blanquer ont surtout défendu une vision du monde, une manière d’organiser la vie et l’avenir.

Qu'est-ce qui est jeune et qui attend? Un peu tout le monde en fait.

Louise Tourret

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Parcoursup : « C’est pas une fac, c’est “Koh-Lanta” », les lycéens se défoulent sur Twitter...

23 Mai 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Parcoursup

Parcoursup : « C’est pas une fac, c’est “Koh-Lanta” », les lycéens se défoulent sur Twitter...

EXTRAITS

(...)

Quand les temps sont durs, il faut se serrer les coudes. C’est sûrement ce qu’ont dû se dire les lycéens de terminale et les étudiants en réorientation mardi 22 mai au soir après la publication des premiers résultats d’admission par la plate-forme Parcoursup. Dans les heures qui ont suivi, jusqu’à tard dans la nuit, ils se sont retrouvés sur Twitter pour donner leurs premières impressions à chaud… et partager leur désespoir.

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Parcoursup: un jeu d' "apprentis sorciers"...

22 Mai 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Parcoursup: un jeu d' "apprentis sorciers"...

EXTRAIT

Plus de 6 000 dossiers à trier, suivant des critères variables et discutables… Alors que les premiers résultats tombent ce mardi, une enseignante raconte à «Libération» ses cinq semaines de dilemmes.

Montée d’adrénaline en perspective. Quelque 800 000 élèves de terminale et étudiants en réorientation connaîtront ce mardi les premiers résultats de leurs souhaits d’affectation dans le supérieur pour la rentrée prochaine. Le vrai changement concerne l’entrée à l’université. Ces dernières semaines, les enseignants-chercheurs ont été invités à classer les candidatures des élèves. Certains se sont pliés à l’exercice avec goût, voyant là une chance de choisir les meilleurs profils et faire grimper les taux de réussite en licence. D’autres ont refusé catégoriquement, furieux de ce qu’ils considèrent comme une sélection à peine déguisée. D’autres encore y sont allés à tâtons, partagés entre souci de mettre les mains dans le cambouis pour ne pas léser les futurs bacheliers et frustration face à une réforme menée sans les moyens ni le temps nécessaire pour la mettre en place comme ils le voudraient. L’enseignante à qui nous donnons la parole fait partie de ceux-là. Elle ne souhaite pas que son nom apparaisse, tant cette réforme crispe et divise au sein de la communauté universitaire. Avec quatre collègues volontaires, elle s’est retrouvée à trier plus de 6 000 dossiers en cinq semaines. En septembre, environ 800 élèves rejoindront les bancs de sa fac.

«YouTube, à côté, c’est rien»

«On en a fini avec ce Parcoursup. Je ne dirai pas encore que je suis soulagée, mais du moins contente qu’on s’en soit sortis. On a fait le boulot, classé les candidatures. Désormais, c’est au dessus que cela se passe. Les élèves n’ont pas idée de nos dilemmes depuis un mois et demi… Heureusement qu’ils ne savent pas, cela dit.

«Ma tâche consistait à classer plus de 6 000 dossiers. Ce n’était pas de dire si tel ou tel élève a bien travaillé. Ou si on aime tel ou tel profil. Spontanément, c’est ce qu’on a envie de faire. Surtout quand on se retrouve face à une somme gigantesque d’informations. C’est très addictif. YouTube, à côté, c’est rien. On sait tout sur leur vie scolaire et même plus : identité, sexe. Le nom de leur lycée figure dans le dossier. La consigne était de ne pas en tenir compte, mais techniquement, il reste possible de classer avec ce critère. Il y a aussi les bulletins scolaires, avec toutes les notes, les moyennes de la classe, les appréciations des professeurs… Les lettres de motivation aussi. Beaucoup se ressemblent. Mais dans le lot, certaines sont sincères et touchantes. J’ai en tête cet élève : "J’ai changé, je jouais trop aux jeux vidéo. Là, j’ai arrêté, je suis très motivé." Trop mignon. Cela pourrait prêter à sourire. Mais je peux vous dire qu’on n’a pas ri. Il y a un côté hyperviolent à opérer un classement en entrant dans le détail des candidatures. Il faut arriver à se détacher de leurs histoires personnelles. J’ai parfois été prise de vertiges.

(...)

«Quand je discute de cette réforme à droite et à gauche, je me rends compte que beaucoup d’enseignants ont finalement joué le jeu : à ne pas compter leurs heures, à essayer tant bien que mal de faire le travail dans les temps et avec le plus de rigueur possible. Mais au bout du compte, pour quel résultat ? Quel changement ? Demain, beaucoup vont déchanter, en se rendant compte qu’ils ont travaillé pour rien. En réalité, de nombreuses filières ne sont pas prisées. Cette année, elles ont l’impression d’avoir reçu beaucoup de candidatures, mais c’est mécanique, à cause de la non-hiérarchisation des vœux. Au bout du compte, les facs seront obligées de prendre tous les candidats qui voudront venir… même si le collègue en a mis certains tout en bas du classement en estimant qu’ils n’ont pas le niveau. Il y a un côté humiliant pour notre travail. Autre chose, paradoxale : l’autonomie des universités mise en avant est très relative, les éléments les plus importants nous ont échappé. Par exemple, nous avons appris le taux de sectorisation seulement le 14 mai : ce qui veut dire que beaucoup de dossiers que nous avons épluchés et pris soin de classer seront écartés automatiquement car ils sont hors secteur… Les élèves ignoraient ce critère au moment de faire leurs vœux. C’est honteux ! En définitive, je n’ai aucune idée des élèves qui seront dans mon amphi à la rentrée. Est-ce ceux qui sont en haut de mon classement ? Ou, au contraire, ceux qui sont tout en bas, car les autres auront préféré aller ailleurs ? On lance nationalement des grandes réformes, en demandant à tous les fonctionnaires de se plier en quatre, mais pourquoi au bout du compte ? Cela me met en colère.»

Marie Piquemal

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Parcoursup déroge à la loi...

16 Mai 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Parcoursup

Parcoursup déroge à la loi...

EXTRAITS

Malgré le vote du Sénat, les députés ont suivi le gouvernement, afin de permettre aux établissements de ne pas dévoiler leur algorithme de classement des candidatures reçues via Parcoursup.

(...)

Parcoursup déroge à la loi

Dans ces conditions, Parcoursup déroge à la loi « pour une République numérique » d’octobre 2016, qui impose deux obligations aux administrations recourant à des algorithmes dans le dessein d’aboutir à des décisions individuelles : intégrer systématiquement une « mention explicite » pour informer tous les usagers de l’existence et des modalités d’exercice de leur droit à connaître le détail des « règles » et « principales caractéristiques de mise en œuvre » du programme informatique utilisé ; et mettre en ligne et en libre accès – à compter du 7 octobre 2018 – les règles définissant « les principaux traitements algorithmiques utilisés dans l’accomplissement de leurs missions ».

A l’Assemblée nationale, lundi 14 mai, le groupe de la gauche démocrate et républicaine (GDR) a tenté de rouvrir le débat en déposant un amendement – rejeté – appelant à « rétablir la communicabilité ou la publication, selon le cas, des règles et caractéristiques de mise en œuvre des traitements algorithmiques utilisés par les établissements d’enseignement supérieur ».

Cet amendement « reviendrait à priver les enseignants […] du bénéfice de la protection de leur délibération », a répondu au nom du gouvernement Nicole Belloubet, ministre de la justice. « Les 13 000 commissions d’examens des vœux verraient l’intégralité de leurs échanges publiée, au seul motif que ces formations auraient la faculté d’utiliser un algorithme local. »

Pour Nicole Belloubet, renoncer au « secret des délibérations » conduirait les formations « soit à recourir mécaniquement à l’outil d’aide à la décision [les algorithmes locaux] sans lui donner l’orientation pédagogique et sans délibérer sur le fond, soit à l’abandonner et à traiter l’intégralité des dossiers manuellement. Dans les deux hypothèses, […] cela conduit à une impasse. »

« Les recours d’étudiants vont se multiplier »

Rapporteure du texte au Sénat, la centriste Sophie Joissains, qui avait pris la tête de la fronde des sénateurs contre « le « manque de transparence de Parcoursup », fait part de son « effarement » à l’issue du vote à l’Assemblée nationale, dont la majorité LRM « a fait autorité », au détriment d’un « débat fondamental qui touche à la confiance, à l’équité et à l’équilibre du système universitaire ».

« Le “secret des délibérations” ne fera qu’alimenter la polémique. Et les recours d’étudiants vont se multiplier, bien plus encore qu’avec APB, dans la mesure où Parcoursup ne prévoit aucun classement des vœux », prévoit-elle.

(...)

Soazig Le Nevé

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Urgence. Dans moins d'une semaine, une avalanche de mauvaises nouvelles va s'abattre sur les lycéens et leurs parents...

16 Mai 2018 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Urgence. Dans moins d'une semaine, une avalanche de mauvaises nouvelles va s'abattre sur les lycéens et leurs parents...

Il y a urgence. Dans moins d'une semaine, une avalanche de mauvaises nouvelles va s'abattre sur les lycéens et leurs parents. Le 15 mai, Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, a visité un lycée général et un lycée professionnel pour parler de Parcoursup. La ministre promet que chacun aura une affectation au plus près de ses voeux. Une promesse répétée mais dont on ne voit pas comment elle pourra être tenue.

Des lycéens dans l'inquiétude

L'inquiétude est déjà bien installée. "A la Fcpe de Paris remontent les inquiétudes nombreuses des familles, les premières angoisses des lycéens", écrit l'association de parents d'élèves. Au lycée Dardenne de Vanves (92), devant la ministre, un professeur principal affirme que "nos élèves sont inquiets". Parcoursup a changé les règles de l'affectation dans le supérieur et cela inquiète.

Le 22 mai Parcoursup enverra un mail aux lycéens pour leur annoncer ce que sont devenues leurs demandes. Alors que la plupart espère un ou plusieurs "oui", dans un logiciel où les voeux ne sont pas hiérarchisés,  la grande majorité va se retrouver "en attente". Quelques uns n'auront même que des "non". Les désillusions pourraient être sévères.

(...)

La ministre pourra-t-elle tenir tous ces engagements ?

On a pourtant du mal à croire la ministre. D'abord parce que les textes qu'elle a préparé lui donnent tort. La loi ORE revient clairement sur les droits des bacheliers. Dès son 1er article il est précisé que le droit d'entrée dans le supérieur s'exerce "dans la limite des capacités d'accueil". Et le décret d'application du 9 mars 2018 précise en détail les mécanismes de sélection qui mettent fin à deux siècles de droit à l'éducation dans le supérieur pour les bacheliers.

Ensuite parce que le gouvernement n'a pas un budget qui lui permette de faire face et à la croissance démographique et à la croissance et l'aspiration vers le supérieur des bacheliers professionnels. La seconde moitié des années 1990 voyait en moyenne naitre 750 000 enfants. A partir de 2000, ceux qui ont 18 ans aujourd'hui, on passe à 830 000 et on reste au dessus de 800 000 naissances jusqu'en 2010. En même temps, de 2000 à 2016 on est passé de 83 000 à 171 000 élèves en terminale professionnelle. La majorité d'entre eux veut poursuivre au delà du bac.

C'est ce double mouvement vers le haut que le gouvernement a choisi de casser. Le budget  d'un milliard annoncé pour le quinquennat est nettement insuffisant pour faire face à cette croissance. D'autant que la moitié finance la nouvelle gratuité de la sécurité sociale des étudiants non boursiers (les boursiers avaient déjà la gratuité).

La ministre n'ose plus s'abriter derrière les 130 000 places " disponibles" dans le supérieur mais dans des formations et des lieux où personne ne veut aller. Elle utilise l'argument de la création de 19 000 nouvelles places à la rentrée. Mais c'est peu convaincant  : c'est un simple calcul sur le papier effectué en bourrant au maximum les TD. L'annonce de 32 000 places supplémentaires sur le quinquennat dont 7000 en BTS est nettement sous dimensionnée.

Entre le maintien du droit à l'éducation pour tous et la baisse des dépenses de l'Etat, le gouvernement a fait un choix.  Il a mis fin à un vaste mouvement de démocratisation de l'éducation. Parcoursup va s'avérer l'outil d'un tri social dans l'accès au supérieur. Et les victimes sont déjà stigmatisées.

(...)

F Jarraud

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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"Parcoursup, le nouveau système de sélection à l'université pourrait être bien pire que le tirage au sort qu'il était censé supprimer"

10 Mai 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Parcoursup et le scandale des algorithmes

Avec Parcoursup, le nouveau système de sélection à l'université pourrait être bien pire que le tirage au sort qu'il était censé supprimer. Des algorithmes locaux, secrets et opaques, différents d'une université et d'une filière à l'autre, n'apportent aucune garantie d'un traitement équitable des dossiers des lycéens. Une vidéo dénonce ce scandale.

"La CNIL a interdit l’utilisation d’une plateforme où des décisions seraient prises uniquement par un algorithme sans intervention humaine et le Conseil d’état a annulé la circulaire autorisant le tirage au sort”. C’est par ces mots que Frédérique Vidal, Ministre de l’Enseignement Supérieur, répondait à une question au gouvernement devant l’assemblée nationale à propos de Parcoursup. Mais des parlementaires soulignent que la loi “ouvre la voie à l’automatisation complète des décisions prises par l’administration”, ainsi que “le recours systématique au tirage au sort”. Une seule façon de savoir ce qu’il en est : il faut exiger la transparence des algorithmes locaux de Parcoursup.

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Parcoursup, une nouvelle Loterie nationale? Propos de membres de commissions de classement des dossiers ou de présidents d'université (extraits de l'article du Monde cité ci-dessous) :

« Il n’y a eu aucun paramétrage commun entre universités. Les facs sont donc parties à l’aventure, en solitaire, et un même lycéen, qui voudra faire du droit à Dijon, à Paris, ou à Nanterre ne sera pas évalué de la même manière. »

« Quand on sait que les lettres de motivation ont pu être rédigées avec l’aide d’officines privées payantes, cela ne nous semblait pas pertinent d’en tenir compte. »

« Nous avons ouvert des centaines de dossiers dont on ne sait que penser, tant ils se ressemblent, et qu’on a dû départager au pifOn se dit vraiment qu’on passe du tirage au sort à la loterie »

« Comment départager 4 100 dossiers ex æquo ?Même en les ouvrant à la main, nous sommes limités à trois chiffres après la virgule pour noter les dossiers, c’est mission impossible ».

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Sur le retour du tirage au sort via la plate-forme Parcoursup lire l'analyse de Julien Gossa sur son blog EducPros :

Parcoursup : Tirage au sort, fin ou généralisation ?

Voir également, par ordre chronologique de publication :

1. Les enseignants décryptent l'algorithme "ubuesque" de Parcoursup :

https://www.marianne.net/societe/baccalaureat-les-enseignants-decryptent-l-algorithme-ubuesque-de-parcoursup

2. Réforme de l'accès à l'université : le code source de Parcoursup n'a pas été rendu public, malgré le souhait de Macron :

https://www.francetvinfo.fr/societe/education/parcoursup/reforme-de-l-acces-a-l-universite-le-code-source-de-parcoursup-reste-inaccessible-malgre-la-promesse-de-macron_2732189.html

3. Parcoursup : les licences "en attente" :

http://lesupenmaintenance.blogspot.fr/2018/05/parcoursup-les-licences-en-attente.html

4. Parcoursup : comment s’opère le tri des dossiers des candidats en fac de droit :

http://www.lemonde.fr/campus/article/2018/05/07/parcoursup-comment-s-opere-le-tri-des-dossiers-des-candidats-en-fac-de-droit_5295233_4401467.html

Et sur les raisons de la contestation de la réforme, voir mon article intitulé "Université: vers un mai 18?". On peut le lire ICI.

Pascal Maillard

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Trois après-midis d’un étudiant contre la loi ORE...

9 Mai 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Parcoursup

Trois après-midis d’un étudiant contre la loi ORE...

EXTRAITS

On peut être étudiant en classe préparatoire et se préoccuper de la sélection à l’entrée à l’université. On peut ne pas être un habitué des manifestations et des occupations d’amphi et y aller, pour voir par soi-même, et prendre goût aux échanges et aux discussions qu’on y rencontre.

Jeudi 12 avril, j’avais rejoint des amis dans un café après les cours et nous discutions de la mobilisation étudiante, quand Aurélien reçut un message indiquant que 300 étudiants étaient en train d’occuper l’amphithéâtre Richelieu de la Sorbonne. Ils s’étaient très vite retrouvés enfermés par 200 CRS qui encerclaient le bâtiment afin d’empêcher que davantage d’étudiants entrent bloquer.

Je suis en hypokhâgne. Si je me suis mobilisé contre la loi Orientation et réussite des étudiants (ORE) alors que je fais partie d’un cursus sélectif, c’est parce cette loi fait de la sélection dans les études supérieures la norme, même à l’université. Je milite pour que les études supérieures puissent continuer à donner une chance à tous.

Je ne crois pas que cette réforme le fasse, puisque les universités ont plus de libertés pour sélectionner. Ces dernières ne vont pas toutes proposer des parcours personnalisés, par manque de moyen ou de volonté. Je suis persuadé que des universités comme Paris XI ou Paris II ne proposeront jamais les licences en quatre ans ou les cours de soutien prévus par la réforme. De plus, le gouvernement prétend qu’aucune faculté ne pourra refuser un candidat, sauf que la mention « En attente » de Parcoursup se transforme automatiquement en « Non  » le 1er septembre. Que vont devenir ces bacheliers ?

(...)

TOLBIAC : EXAMENS EN CHOCOLAT ET EXPRESSION LIBRE

Le 18 avril, je suis allé à la « Commune libre de Tolbiac », nom donné par les bloqueurs du Centre Pierre-Mendès-France – alias Tolbiac – de Paris 1, afin de soutenir le blocage et d’assister à une assemblée d’étudiants. J’y étais déjà allé plusieurs fois auparavant, entre autres pour assister à une conférence-débat avec Bernard Friot et Frédéric Lordon sur les mobilisations nationales. J’ai assisté à une assemblée d’étudiants de Paris 1 qui réfléchissaient sur les moyens de remplacer les partiels. N’étant pas étudiant en licence, je n’ai fait qu’assister aux différentes prises de paroles et aux réactions.

Cette discussion s’est déroulée à l’extérieur, à « l’amphi d’été ». Une centaine d’étudiants étaient réunis, trois personnes modéraient les prises de parole et faisaient circuler le micro. Certains semblaient utiliser la communication silencieuse par les gestes, reprise de Nuit debout, mais elle n’était pas utilisée par la majorité. Eux non plus, ils ne croient pas aux « examens en chocolat » [1]. Ils souhaitent être sélectionnés sur leurs résultats à la fac car ils sont conscients que Paris 1 est dans l’incapacité d’accueillir 100 % des étudiants d’une année à l’autre. La sélection à l’entrée en Master poserait aussi un problème, sans partiel. Diverses propositions ont été débattues, comme la possibilité de remplacer les partiels par des devoirs à faire chez soi, ou d’augmenter le coefficient du contrôle continu.

Après avoir assisté à une partie de cette discussion, je suis parti déambuler dans les couloirs de Tolbiac. Effectivement, j’y ai vu beaucoup de tags, ainsi que quelques dégradations. Mais j’y ai aussi vu la volonté de préserver ce lieu d’étude, par exemple les étudiants ont d’eux-mêmes fermé les étages pour les protéger des dérives. Les tags sur les murs laissaient transparaître une frustration, un besoin d’expression. S’il y a des dégradations indéfendables, il y a de réelles œuvres d’art qui ont été réalisées : on y trouve aussi bien des peintures que des poèmes.

(...)

DES GRENADES LACRYMOGÈNES

J’ai avancé jusqu’au moment où, à une intersection, il y a eu du bruit, puis de l’agitation. Mes yeux et ma gorge commencèrent à s’irriter. Les CRS s’étaient mis à lancer des grenades lacrymogènes sur les manifestants pour casser le cortège, avant de sortir les canons à eau. Les bruits des grenades résonnaient comme des détonations et causèrent des mouvements de panique chez les manifestants. Je me suis rapidement retrouvé emporté par la masse qui faisait marche arrière, affolée. Dans la panique, certains se sont bousculés, se sont blessés. Je fus impressionné par la réactivité des infirmiers manifestants, qui se mobilisaient avec une grande efficacité pour évacuer les blessés. J’ai revu sur les chaines d’informations certaines scènes où des manifestants « caillassent » les CRS. De mon point de vue de manifestant, j’ai compris qu’ils ne faisaient que renvoyer les grenades lacrymogènes d’où elles étaient parties.

Je n’ai vu aucun lancer de pavé. Je n’ai vu qu’une foule avançant pacifiquement dans un nuage de gaz lacrymogène, entourée de CRS qui avaient pour consigne de nous diviser et de nous isoler. Les percussions et les mégaphones nous donnaient la cadence et la force pour continuer jusqu’ au lieu de convergence, place d’Italie. Puis je suis rentré réviser mes concours blancs.

Thibault Vermeulen
Étudiant en hypokhâgne au lycée Michelet (Vanves)

[1Expression employée par Emmanuel Macron lors d’une interview accordée à Jean-Pierre Pernaut sur TF1 le jeudi 12 avril.

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Le blocage des universités est accusé de n’être qu’un désordre public... C'est totalement faux.

8 Mai 2018 , Rédigé par La Vie des Idées Publié dans #Education, #Parcoursup

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EXTRAITS

Le blocage des universités est accusé de n’être qu’un désordre public, organisé par des militants rompus à l’exercice. J. Le Mazier montre pourquoi ce jugement ne reflète pas ce qui se passe sur les campus.

Le printemps 2018 voit monter la contestation de la loi « relative à l’orientation et à la réussite des étudiants » (ORE), accusée d’instaurer la sélection à l’entrée de l’université, et d’une série de réformes corrélées, du lycée, du baccaluaréat et de la licence, qui multiplient les parcours « à la carte » et risquent d’aggraver la ségrégation sociale entre les filières. Des personnels des universités refusent de classer les élèves qui ont candidaté sur la plateforme Parcoursup, font la grève des cours et des examens. Des étudiants réactivent quant à eux des modes d’action déjà utilisés ces dernières décennies : assemblées générales (AG), grèves avec piquets, blocages, voire occupation de locaux.

Une lutte de ce type se joue aussi sur un plan symbolique, les acteurs mobilisés et leurs cibles — gouvernement et présidences d’université — s’employant à légitimer leurs propres manières de procéder et à disqualifier celles de l’adversaire. Les échanges de coups se font aussi au niveau des discours et des représentations : il en va ainsi des qualificatifs d’« agitateurs professionnels » et de « professionnels du désordre » utilisés par le président de la République pour désigner les occupants des universités [1]. Qui sont les étudiants mobilisés, que font-ils et que fait-on dire à leurs modes d’action [2] ?

Qui occupe les universités?

A-t-on affaire dans les universités à des « professionnels du désordre » ? Certes, l’action collective a pris forme sous l’effet d’un long travail de mobilisation organisé par des militants expérimentés. Il est rare en effet que les mouvements sociaux ne soient pas initiés par des « entrepreneurs de mobilisation » (social movement entrepreneurs) [3] qui construisent et diffusent les mots d’ordre, les incitations à s’engager, les cadres collectifs d’organisation et les dates d’actions à destination d’un public plus large. Dans le cas présent, il s’agit d’abord de syndicalistes étudiants, principalement de l’UNEF et de Solidaires-Étudiant-e-s. Depuis septembre 2017, ces organisations sont coordonnées au sein d’une interfédérale. Celle-ci réunit également les syndicats de salariés de l’enseignement secondaire et supérieur de la FSU, de la CGT, de FO et de Sud-Solidaires, une fédération de parents d’élèves, la FCPE, et une association disciplinaire, l’Association des sociologues enseignant-e-s du supérieur (ASES), soit des organisations à vocation représentative, interlocuteurs réguliers ou occasionnels du gouvernement. C’est cette interfédérale qui a arrêté les principales dates nationales de grève et de manifestation. Dans les universités, le travail d’information a également été réalisé par des organisations politiques de jeunesse : NPA-Jeunes, Jeunes Insoumis, Jeunes communistes ou Union des étudiants communistes (UEC). Enfin, parmi les collectifs qui se sont mobilisés dès le mois de février, on trouve aussi des autonomes, qui refusent l’appartenance à une organisation syndicale ou politique, mais disposent d’une expérience militante acquise dans d’autres luttes, mouvements de squats, ZAD ou manifestations de 2016 contre la « loi travail » par exemple.

Ces militants possèdent des compétences qui facilitent l’émergence d’une mobilisation, qu’il s’agisse de savoirs (argumentaires contre la loi ORE) ou de savoir-faire (organisation d’actions susceptibles de donner de la « force » à des revendications). Pour autant, même si la contestation ou le militantisme constituent pour certains un mode de vie à part entière, ils n’en sont pas moins pour la majorité d’entre eux des étudiants. La distinction entre « militants » et « étudiants » qui est parfois faite par les médias est trompeuse. Les syndicalistes étudiants ne sont pas professionnels, ou alors à un autre titre, puisque certains tirent tout ou partie de leurs revenus d’une activité salariée en parallèle de leurs études. En 2011, 32 % des participants aux congrès des principaux syndicats alors engagés dans les mobilisations (UNEF, Sud-Étudiant, Fédération syndicale étudiante) déclaraient travailler pendant l’année universitaire, à temps partiel ou à temps plein, comme 50 % de l’ensemble des étudiants [4].

Surtout, les militants ne sont pas les seuls étudiants à se mobiliser, loin de là. En 2009, seul un étudiant sur cent était membre d’un syndicat. Dans ces conditions, les organisations étudiantes ne peuvent pas compter sur leurs seules forces pour construire des mobilisations, et sont paradoxalement amenées, pour donner le poids du nombre à leurs revendications, à s’effacer devant des collectifs plus larges qu’elles. D’où le recours, plus fréquent en milieu étudiant que dans les grèves de salariés, aux AG, collectifs décisionnaires auxquels tout étudiant, qu’il soit ou non membre d’un syndicat, peut participer. Lorsque le nombre de participants aux AG dépasse 1000 personnes, comme cela a pu être le cas dans les universités Paris 1, Paris 8, de Nanterre, Nantes, Nancy ou Strasbourg, voire quand il se compte en milliers, comme à Montpellier, Toulouse Le Mirail et Rennes 2, et que la grève ou le blocage d’université y sont l’objet d’un vote majoritaire, cela signifie que les étudiants impliqués sont loin d’être tous des militants expérimentés.

(...)

Le Monde et Ouest France rappellent enfin que les blocages et occupations de sites universitaires sont illégaux. Le déversement par des militants de la FNSEA de lisier sur la voie publique l’est également, tout comme l’a été la mise en place par le gouvernement du dispositif d’affectation post-bac prévu par la loi ORE avant son adoption par le parlement. Beaucoup de mobilisations collectives testent les limites de la légalité dans le but de mettre en difficulté les autorités auxquelles elles adressent leurs revendications, et s’emploient à faire valoir comme légitimes ces contournements du droit, au nom de l’illégitimité de décisions prises par ces dernières. Les procès en illégitimité et en illégalité sont simplement plus couramment intentés aux étudiants qu’à d’autres groupes sociaux.

La jeunesse est souvent accusée d’être « dépolitisée ». Mais lorsque des catégories qui la composent, en l’occurrence des étudiants, se prononcent sur des sujets politiques, les pratiques adoptées sont à leur tour délégitimées. Parce que jeunes, ils sont suspectés d’être manipulés par des groupes extérieurs sans être capables de construire eux-mêmes leurs mobilisations, ou inversement accusés de trop vouloir ressembler aux salariés plus âgés auxquels sont reconnus des droits comme celui de faire grève. En conséquence, leurs chances de succès dépendent beaucoup de leur capacité à surmonter le discrédit dont ils subissent le poids.

Julie Le Mazier, « La lutte politique des étudiants », La Vie des idées , 8 mai 2018. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-lutte-politique-des-etudiants.html

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