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Vivement l'Ecole!

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Des grains de sable dans la machine #Parcoursup...

27 Juillet 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Parcoursup

Des grains de sable dans la machine #Parcoursup...

Avec la nouvelle plateforme, les inscriptions à l’université ont pris du retard. Près de 130 000 élèves dont un vœu a été validé gardent sous le coude au moins une autre proposition, grippant le système. Explications.

Un petit changement, pour la forme. Le tableau de bord permettant de suivre, jour après jour, l’application de la réforme d’accès au supérieur a changé. La colonne «candidats n’ayant pas encore reçu de proposition» s’appelle désormais «candidats qui souhaitent s’inscrire dans l’enseignement supérieur via Parcoursup». Interdit de sourire. Le ministère de l’Enseignement supérieur en a plein le dos de ces articles de presse «qui relèvent du commentaire politique alors qu’objectivement, le nouveau système Parcoursup fonctionne très bien, conforme aux prévisions». Tout de même. La machine semble grippée. Peut-être encore davantage que du temps de l’ancien système Admission post-bac (APB, lire l'encadré plus bas).

Sur les 812 000 élèves inscrits lors du démarrage sur la plateforme, seule une grosse moitié (467 000) a validé définitivement une proposition et sait donc où aller en septembre. Pour les autres, à des degrés divers, c’est encore le flou. 145 000 candidats ont pris la poudre d’escampette : ils ont abandonné la procédure (on était dans le même ordre de grandeur sous APB). Ensuite, 55 000 ne donnent plus signe de vie : pas un seul clic. Ces «candidats fantômes» inquiètent en haut lieu. Enfin, il y a cette catégorie qui n’existait pas du temps d’APB et qui fait aussi aujourd’hui tourner en bourrique les services du ministère (quoi qu’ils en disent) : il s’agit de ceux qui ont une proposition mais conservent, sous le coude, un ou plusieurs vœux en attente au cas où une place viendrait à se libérer. Jeudi, ils étaient 127 263 dans cette situation et «ce stock» d’élèves diminue lentement…

Avec des répercussions en cascade. A tous les niveaux, de l’université jusqu’aux classes prépas les plus élitistes, la plupart des promos ne sont toujours pas constituéesLes inscriptions administratives ont pris du retard par rapport à l’année dernière, annonçant une rentrée de septembre rock’n’roll. Mais qui sont donc ces élèves en attente qui gripperaient le système ? Revue des possibles.

L’hypothèse du vœu de secours et la prime à l’attente

Première possibilité, ces quelque 130 000 élèves ont accepté une place dans une formation où ils ne veulent pas aller. Et attendraient donc fébrilement qu’une place se libère ailleurs… Ce qui voudrait dire qu’ils ont formulé en amont un vœu qu’ils ne voulaient pas du tout ? Est-ce crédible ? Oui, car cet hiver, beaucoup de profs de lycée, inquiets du nouveau système, ont insisté pour que leurs élèves formulent au moins «un vœu de secours» dans une filière peu demandée, pour ne pas se retrouver «sans rien» en septembre.

Problème : tous les élèves ne peuvent pas se permettre d’attendre. C’est ce qui chiffonne le plus Simon, prof de maths dans une prépa de l’est de la France : «Quand l’élève doit trouver un logement par exemple : toutes les familles n’ont pas les moyens financiers pour s’y prendre au dernier moment et payer le prix fort. Qui a le choix d’attendre jusqu’au bout ? Les plus aisés, c’est une évidence.» D’autant plus avantagés, estime-t-il, qu’ils bénéficieront d’un «effet d’aubaine». A la fin de la procédure, parie Simon, les élèves qui auront pu attendre, et même ceux en bas des classements, pourraient remonter en flèche et décrocher une place dans une formation prisée.

La théorie du collectionneur

C’est une hypothèse qui circule, notamment dans les couloirs du ministère. «La fameuse théorie du collectionneur, ça ne vous dit rien ?» commence un prof de prépa du lycée Kerichen à Brest. A l’en croire, ces élèves qui se gardent un vœu sous le coude auraient en réalité un choix déjà arrêté dans leur tête. «Ils savent où ils iront à la rentrée mais conservent des vœux en attente "pour voir". Et pour s’enorgueillir ensuite : "Si j’avais voulu, j’aurais pu aller là".» Cette hypothèse serait d’autant plus plausible, dit-il, chez les élèves de milieux favorisés : «Ils s’autocensurent moins que les autres et osent des choix assez audacieux qu’ils maintiennent.» Yann Garandel, enseignant-chercheur en anglais à Paris XIII et qui a une «parcoursupienne» à la maison, a une hypothèse un peu similaire : «Pour moi, certains jeunes se gardent un vœu un peu comme un ticket de loto. Pour laisser une petite place au hasard ou aux rencontres de l’été.»

L’autoblocage et la tentative de déstabilisation

C’était le jeudi 12 juillet, en pleine Coupe du monde. Claire Mathieu, une pointure en algorithmes (directrice de recherches au CNRS et chargée de mission auprès du ministère depuis novembre sur Parcoursup), se met à écrire sur Twitter : «Si le candidat A a accepté un vœu d’une formation F1 en maintenant son vœu pour F2 en attente, et que le candidat B a accepté un vœu d’une formation F2 en maintenant son vœu pour F1 en attente, il ne se passera rien de plus.» Dit autrement : Jean-Paul a une place dans la formation dont rêve Jean-Jacques qui, lui, est accepté là où Jean-Paul a toujours voulu aller. Auto-blocage, c’est ballot. Fin de l’histoire. «Les formations F1 et F2 ont fini de recruter. Elles ont fini mais elles ne savent pas qu’elles ont fini», écrit la chercheuse. Est-ce pour faire bouger les lignes que le ministère a publié le «taux de remplissage» ?

Ce 12 juillet, quelques heures avant, les élèves avaient découvert sur la plateforme ce nouvel indicateur : le taux de remplissage de chacune des formations, défini comme le «pourcentage de candidats ayant accepté la proposition»… Oscillant entre 95 % et 100 % à chaque fois. Voyant ça, une partie des élèves ont abandonné leurs vœux en attente, croyant n’avoir plus aucune chance d’être pris… Avant d’apprendre via le compte officiel de Parcoursup sur Twitter : «Bonjour, cette info correspond au pourcentage de candidats qui ont accepté définitivement la formation ou qui l’ont acceptée en maintenant des vœux en attente.» Un indicateur qui ne donne que peu d’informations, donc… Accusé d’avoir voulu déstabiliser les élèves, le ministère se défend : «On est dans la transparence depuis le début, on avait annoncé en amont qu’on publierait les taux de remplissage après les résultats du bac. C’est ce que nous avons fait.» Et comment expliquer cette augmentation subite des capacités d’accueil dans une partie des facs ? «Il y a toujours 10 % environ d’absents à la rentrée, c’est simplement pour anticiper cela qu’on augmente artificiellement le nombre de places. D’habitude, on le fait en septembre, là on s’y prend plus tôt», répond le ministère, qui répète avec assurance que «tout se passe comme prévu».

En classes prépas, l’attente qui fait fuir

Il n’y a pas que les élèves qui sont dans l’attente. «La grande nouveauté, par rapport à APB, c’est que désormais tout le monde est dans l’attente, même nous, le corps enseignant.» François Boisson est pourtant professeur dans un établissement parisien très prisé, au lycée Charlemagne. La nouvelle promo maths sup MPSI n’est pas encore constituée : seuls 54 élèves sur 96 ont validé définitivement, les autres ont dit oui sans confirmer. Qu’attendent-ils ? Une place à Henri IV ou Louis-le-Grand, les prépas les plus prestigieuses ? C’est une hypothèse.

Vérification faite auprès de Roger Mansuy, qui exerçait jusqu’ici à Louis-le-Grand, «dans nos prépas aussi, nous avons des élèves qui n’ont toujours pas confirmé leur venue». Il poursuit : «Je ne doute pas que l’effectif sera au complet à la rentrée, mais cette situation pose malgré tout des problèmes, notamment une désorganisation dans le travail du secrétariat, qui va devoir gérer les inscriptions administratives au dernier moment.» Sur le papier pourtant, le nouveau système Parcoursup ne changeait rien dans le recrutement des filières sélectives (prépas, BTS ou IUT). Mais dans la pratique, il a des répercussions non anticipées. Les classes prépas des villes moyennes patinent dans la semoule. La semaine dernière, l’association des profs de prépas économiques et commerciales alertait dans un bref communiqué : «Les prépas dites de proximité sont loin de faire le plein.»

Mickaël Prost, de l’association des professeurs de prépas scientifiques, raconte que seuls 50 % des élèves acceptés en prépa ont confirmé leur choix. Pourquoi ? Plusieurs hypothèses là aussi, mais dans le lot, une qui stresse pour de bon les profs de prépa : que des élèves se soient découragés. «Au-delà des hypothèses de blocage, nous n’avons qu’une peur, c’est qu’avec la publication des rangs de classement, des élèves aient abandonné leur projet d’aller en prépa, craignant ne pas être à la hauteur…» A Chambéry (Savoie), la semaine dernière, un prof de prépa, inquiet de se retrouver devant une classe à moitié vide, a lancé un appel sur Twitter… pour trouver des volontaires.

Marie Piquemal

Une comparaison difficile avec APB

Peut-on comparer Parcoursup avec APB ? Pas simple. D’abord, parce que l’algorithme d’affectation APB moulinait seulement trois fois, et affectait les places d’office en fonction de l’ordre de préférence pré-établi par les élèves. A l’inverse, Parcoursup tourne toutes les nuits et laisse à chaque fois le choix aux candidats. La procédure d’affectation prend forcément plus de temps. Si l’on s’en tient aux candidats n’ayant aucune proposition et toujours «actifs sur la plateforme» (montrant des signes de vie), mercredi, ils étaient 17 999, contre 7 811 deux ans plus tôt. Pour l’année 2017, cet indicateur n’a pas été rendu public : le ministère préférant en pleine polémique sur APB communiquer sur le chiffre mêlant les candidats actifs et inactifs, plus touffu. Même à la fin de la procédure, il restera compliqué de comparer les deux systèmes : on ne pourra pas évaluer le niveau de satisfaction des élèves par exemple, vu que cette année les vœux ne sont pas classés. Comment savoir s’ils sont là où ils voulaient vraiment aller ?

MP

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Du tirage au sort… au mérite, l’année où #Parcoursup a remplacé APB...

22 Juillet 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Parcoursup

Du tirage au sort… au mérite, l’année où #Parcoursup a remplacé APB...

EXTRAITS

Emmanuel Macron avait promis, à l’été 2017, « une révolution de l’éducation ». Un an après, la table a-t-elle été renversée ?

Renverser les tables, faire trembler les murs de l’université et trouver un autre modèle en rupture pour l’enseignement supérieur…, ils sont quelques centaines d’étudiants, opposants déclarés à la politique du gouvernement, à avoir entretenu cette ambition au printemps 2018, bloquant les facultés à Nanterre, à Saint-Denis, à Toulouse, à Montpellier, Tolbiac à Paris… Mais le premier à avoir promis une réforme explosive l’avait fait sous les dorures du palais de l’Elysée, à la fin d’août 2017. Près d’une année est passée, la table a-t-elle été renversée ?

Lors de ce premier été du quinquennat macronien, alors que lycées et universités désertés somnolent sous la chaleur estivale, Emmanuel Macron annonce, dans l’hebdomadaire Le Point, « une révolution de l’éducation »et présente le cap général de son action : « En finir avec notre imposture de ces dernières années : celle d’un pays dur aux faibles mais qui se gargarise d’égalité et de fraternité (…), d’un pays inégalitaire mais qui ne fait pas sa place au mérite, d’un pays à la fois inefficace et injuste, injuste parce qu’inefficace, inefficace parce qu’injuste. »

Dans la foulée, le président annonce la fin du tirage au sort pour l’accès aux filières en tension et brise le tabou de la sélection : « Nous ferons en sorte que l’on arrête de faire croire à tout le monde que l’université est la solution pour tout le monde. »

(...)

Le désert des Tartares

L’effort de pédagogie semble avoir fait flop. Le 22 mai, jour où les lycéens découvrent en ligne les premiers résultats de Parcoursup, 400 000 jeunes, soit près de la moitié des 812 000 candidats, se retrouvent sans proposition. Un choc pour ceux qui constatent qu’ils ne figurent pas parmi les meilleurs profils et qui touchent du doigt le sens du mot « sélection ». « Il faut laisser le système se dérouler », déclare Mme Vidal, soucieuse de calmer les inquiétudes.

En effet, le système est conçu de manière à distribuer des propositions tout au long de la procédure, et les meilleurs candidats sont les premiers servis. « Parcoursup n’a sur ce point donné lieu à aucun changement. Comme sur APB, les meilleurs obtiennent leurs premiers choix, les moins bien classés attendent qu’une place se libère », constate Raymond Artis, président de la Fédération nationale des conseils de parents d’élèves (FCPE). Le processus doit durer jusqu’à la fin de l’été. Mais le rappel de l’enchaînement chronologique du système par le ministère ne suffit pas à calmer l’angoisse des élèves et des familles.

Lire :   Parcoursup : « “L’attente”, c’est devenu une insulte dans mon lycée, une blague »

Parcoursup et la réforme de l’entrée à l’université ont été construits sur les cendres d’APB, et dès son premier printemps, la nouvelle plate-forme fait la démonstration de ses imperfections. Cela à un bien mauvais moment, alors que le gouvernement parvenait à débloquer, une à une, les universités tenues par les opposants à la réforme et à seulement quelques jours du baccalauréat.

C’est donc avec une pression particulière que la moitié des lycéens ont passé le bac. Non pas que les candidats aient eu plus que leurs aînés peur d’un échec à l’examen (le taux de réussite atteint 88,3 % en 2018), mais ils ont dû affronter la perspective d’une orientation tronquée ou d’une absence de proposition envisageable. « La diffusion des premiers résultats a généré l’inquiétude des élèves, du stress et des questions des familles », reconnaît Philippe Vincent, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’éducation nationale (SNPDEN).

« Pas de visibilité sur les stratégies des lycéens »

Le 22 mai, près de la moitié des 812 000 candidats sont sans réponse positive, à la mi-juillet, seuls 54 % des 812 000 candidats ont accepté définitivement une de ces offres, libérant, par leur choix, les autres possibilités offertes à d’autres candidats en liste d’attente. A l’heure de partir en vacances, quelque 100 000 candidats n’ont toujours aucune proposition, et 152 000 n’ont pas validé une offre de formation qui leur a été faite, dans l’espoir d’une réponse positive à un vœu leur convenant davantage. Un an plus tôt, à la même période, 87 000 jeunes étaient en attente d’une réponse positive d’APB.

(...)

Le système a donc démontré qu’il était perfectible et que la correction des défauts de l’ancien système d’orientation (APB) en a généré de nouveaux. L’évaluation de l’objectif de ne laisser aucun lycéen sur le carreau se fera en septembre, à l’heure de la rentrée universitaire. Peut-être trop tard pour ceux qui sont encore en attente d’une place. 

Eric Nunès

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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#Parcoursup : le privé comme dernier recours...

21 Juillet 2018 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Parcoursup

De nombreux élèves ayant obtenu leur bac en juin sont encore en attente d'une affectation pour la rentrée prochaine. Les écoles privées sont, pour beaucoup, une alternative.

Parcoursup, la nouvelle plateforme d'admission postbac, est vivement contestée par beaucoup d'étudiants. À ce jour, 20 juillet, près de 12% des inscrits du site internet sont toujours sans aucune proposition d'orientation concrète. C'est le cas de Gwendal, qui vient d'obtenir un Bac Pro de cuisine en Bretagne. Pour trouver une formation à la rentrée, il a décidé de quitter Parcoursup.

L'alternative du privé

Il prend rendez-vous dans une école de marketing, une école privée pour trouver un BTS. Comme lui, des centaines de lycéens se tournent vers les établissements privés, qui rivalisent de communication pour les attirer. Les candidatures ont augmenté cette année. Les écoles privées sont une alternative que tout le monde ne peut pas s'offrir, il faut compter jusqu'à 6 500 € par an pour une formation d'ingénieur, par exemple.

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Parcoursup?... Pire qu'APB...

18 Juillet 2018 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

Parcoursup synonyme de stress pour 102 000 bacheliers

Parcoursup, la plateforme d'orientation vers les études supérieures, met les nerfs à vif des bacheliers. Un inscrit sur huit attend encore une proposition pour la rentrée.

Pour des milliers de bacheliers, les vacances pourraient être beaucoup plus sereines. À ce jour, 102 606 lycéens et étudiants inscrits sur la plateforme Parcoursup sont toujours sans proposition de formations. Ils étaient 87 000 à la mi-juillet 2017. Le fonctionnement du système paraît donc pire. Selon le député Nouvelle Gauche Régis Juanico, Parcoursup est une "usine à gaz anxiogène".

Recours aux facultés payantes

Parcoursup, c'est 812 000 candidats inscrits, dont une très large majorité qui a reçu une ou plusieurs propositions, et seulement la moitié qui s'est prononcée définitivement. Il faut attendre fin août pour finaliser les inscriptions. Dans ces conditions, il apparaît difficile d'anticiper la rentrée scolaire. Certains préfèrent donc se tourner vers des universités payantes qui recrutent hors de la plateforme Parcoursup.

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Parcoursup : les syndicats saisissent le Défenseur des droits...

18 Juillet 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Parcoursup

https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/actualites/2017/09/cartooning-for-peace-et-de-nombreux-autres-partenaires-soutiennent-educadroit-une

https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/actualites/2017/09/cartooning-for-peace-et-de-nombreux-autres-partenaires-soutiennent-educadroit-une

Ils exigent la publication des critères utilisés par les universités pour classer les candidatures des élèves, alors que plus de 100 000 jeunes n'ont aucune solution pour la rentrée.

Voilà que le Défenseur des droits est invité à mettre son nez dans Parcoursup. Ce mardi, plusieurs organisations syndicales ont déposé une saisine sur son bureau, pour plus de transparence et au nom de la lutte contre les discriminations. L'appel, qui se veut «unitaire», est en effet assez cosmopolite : il est signé par l’Unef (étudiants), la FCPE (parents d’élèves), l’UNL (lycéens), le Snuep-FSU (enseignants-chercheurs), le Sneptes (personnel technique des universités), la CGT-éducation, mais aussi le SAF (avocats). «Alors que plus de 70 000 jeunes se retrouvent toujours sans aucune solution d’inscription dans l’enseignement supérieur, le gouvernement refuse de transmettre les critères de sélection utilisés par les établissements universitaires», dénoncent-ils d'une seule voix.

Ils réclament la publication des «algorithmes locaux». Au printemps, quand les universités ont reçu les dossiers des élèves, il leur a été demandé de classer les candidatures. Dans les UFR, chaque équipe a trié les dossiers comme elle a voulu (ou pu), en fonction de critères de leur choix. Certaines se sont pris la tête des heures pour s’entendre sur les critères les «plus justes» possible, d’autres moins. Quand le nombre de candidature était très élevé pour trier dossier par dossier, les enseignants-chercheurs ont utilisé des «modules d’aide à la décision». Que l'on appelle aussi les algorithmes locaux. 

«Limites de ce système»

Les organisations syndicales réclament la publication des paramétrages de ces algorithmes. «Ces critères ont eu un impact plus que déterminant sur la possibilité des jeunes de pouvoir étudier dans la filière de leur choix, disent-ils. Les témoignages démontrant les limites de ce système se multiplient : un pourcentage de boursiers inégalement réparti entre académies, une surreprésentation des jeunes d’origine sociale modeste parmi celles∙ceux se retrouvant sans solution d’inscription, des pratiques de pondération des notes en fonction du classement des lycées, une mise au ban des candidats issus de baccalauréats professionnels ou technologiques.»

Le communiqué parle de 70 000 jeunes toujours sans rien pour la rentrée. En réalité, ils sont 102 000 sans aucune solution, selon les derniers chiffres ministériels. Auxquels viennent s'ajouter les 149 000 qui sont toujours dans l'angoisse, car «en attente de mieux» : ceux-là ont certes reçu une proposition mais dans une filière demandée par défaut et dans laquelle ils ne veulent pas aller… Ils espèrent remonter sur les listes d’attente qui patinent.

Marie Piquemal

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L’extrême lenteur de #Parcoursup inquiète établissements et futurs étudiants...

17 Juillet 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Parcoursup

L’extrême lenteur de #Parcoursup inquiète établissements et futurs étudiants...

EXTRAIT

A la veille de la trêve estivale, un tiers des candidats ne sont pas fixés sur leur sort. Les responsables de formation craignent une désorganisation à la rentrée.

Les vacances qui s’annoncent devraient être un peu moins sereines que prévues pour plusieurs milliers de bacheliers et leurs familles. Avec comme un air de déjà-vu : à la mi-juillet, quelque 100 000 candidats n’ont toujours reçu aucune proposition de formation, sur la nouvelle plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur, Parcoursup. Soit un chiffre légèrement supérieur à celui constaté l’année dernière, à la même période. Les résultats définitifs du bac n’ont pas apporté le sursaut que certains espéraient.

 

Plusieurs députés de l’opposition n’ont pas manqué, déjà, d’interpeller la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, sur une « usine à gaz anxiogène », des mots de Régis Juanico (Nouvelle Gauche) à l’Assemblée nationale, le 10 juillet, bien que la nouvelle procédure Parcoursup, désormais en continu, ne s’achève qu’en septembre. « Les choses continuent de progresser de façon satisfaisante », se défendait la ministre, sur Europe 1, le 12 juillet, soulignant que « 680 000 jeunes ont reçu en moyenne trois propositions » et que « 30 000 jeunes ont été pris en charge par les commissions rectorales et sont accompagnés ».

 

La bataille des chiffres est complexe, avec ce fonctionnement inédit à l’entrée de l’enseignement supérieur. Depuis l’ouverture de Parcoursup, le 22 mai, plus de huit candidats sur dix ont reçu au moins une proposition de formation. Mais seuls 54 % des 812 000 candidats inscrits sur la plateforme en ont accepté définitivement une, d’après le tableau de bord publié quotidiennement par le ministère, en date du 16 juillet.

 

Près d’un tiers des candidats ne sont, en revanche, pas encore fixés pour la prochaine rentrée : près de 104 000 candidats n’ont reçu aucune proposition, dont certains ont saisi le rectorat de leur académie pour être accompagnés. Auxquels il faut ajouter 152 000 jeunes qui ont certes, décroché une formation, mais ne l’ont pas validé définitivement, espérant potentiellement une réponse qui leur convienne davantage.

 

A date comparable, lors de la troisième phase de l’ancien système Admission post-bac (APB) le 14 juillet 2017, ils étaient 87 000 candidats sans aucune proposition, soit 16 000 de moins qu’aujourd’hui. La ministre de l’enseignement supérieur évoquait alors un « énorme gâchis » et lançait sa réforme mettant fin à APB, sur les chapeaux de roue.

 

(...)

 

Camille Strombini

 

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#Parcoursup: « Aucun adulte ne supporterait ce système »...

15 Juillet 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Parcoursup

#Parcoursup: « Aucun adulte ne supporterait ce système »...

EXTRAITS

Parcoursup : en attendant une réponse…

Encore un tiers des candidats sur Parcoursup espèrent une place ou une proposition plus conforme à leurs vœux. Témoignages d’une attente souvent lancinante.

Partir en vacances ou rester ? Déménager ou continuer d’espérer une place à côté de chez soi ? Conserver ses vœux « en attente de place » ou s’inscrire dans le privé, hors Parcoursup ? Cet été, l’attente sur la plate-forme qui a remplacé Admission post-bac pèse sur les aspirants étudiants et leurs familles, qui ont répondu à un appel à témoignages sur Le Monde.fr.

« J’ai eu mon bac S mention bien, j’ai candidaté pour cinq Paces [première année commune des études de santé] du Grand-Ouest et je suis toujours sur liste d’attente ! », se désole ainsi Mathéo* :

« Quelle est la logique ? L’équité ? Aujourd’hui, seuls les très très bons sont admis en Paces, alors que l’an dernier, la porte était ouverte à tousQuelle est ma faute ? Etre né un an trop tard.

Rien n’est encore définitif, puisque la phase normale de Parcoursup s’achève le 5 septembre, et la phase complémentaire, qui permettant de formuler de nouveaux vœux, dans des formations disposant encore de places –, le 20 septembre. Mais depuis l’ouverture de la procédure, le 22 mai, seulement 52,8 % des 812 000 candidats initiaux ont accepté définitivement une proposition. Une partie ont quitté la plate-forme, mais 33,5 % restent dans l’attente, parfois lancinante : plus de 160 000 candidats ont accepté une proposition sans la valider définitivement, espérant une réponse qui leur convienne davantage. Et la situation est encore plus incertaine pour les près de 110 000 candidats qui n’ont encore aucune place, et dont une partie ont demandé un accompagnement de leur rectorat d’académie. 

(...)

« Aucun adulte ne supporterait ce système »

« On est dans une procédure glissante sur toute la période de l’été. C’est très “sympa” aussi pour nous, profs principaux, car nous devons être joignables pour conseiller nos élèves. Cela nous demande donc une grande disponibilité, souligne Emilie Bathier, professeure principale d’une classe de terminale S. La difficulté étant que nous n’avons aucun recul en cette première année, et que nous n’avons pas grand-chose de factuel à leur répondre. » Dans la classe d’Emilie Bathier, sur 33 élèves devenus bacheliers, 8 attendent encore d’être fixés sur leur avenir.

La situation semble aussi délicate pour Lisa*, qui a obtenu avec la mention bien son bac S spécialité SVT (sciences de la vie et de la Terre). Cette Normande voudrait pouvoir déménager :

« J’ai formulé plusieurs vœux mais mon principal reste une licence de biologie à Toulouse, car j’avais des projets de vie là-bas : n’étant pas du secteur, j’étais 2572e le 22 mai, aujourd’hui je suis 294e. L’attente est interminable, avant, pendant et après le bac, on attend toujours… Cela veut dire que je ne sais même pas si je serai là où je veux en septembre ».

« Chaque matin, c’est la même routine. Lancer la bouilloire et consulter Parcoursup », témoigne une maman d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-seine). « Personne ne comprend » que son fils, 5de sa classe en terminale S, soit en liste d’attente dans plusieurs classes préparatoires scientifiques, et encore au 875e rang pour une licence scientifique à Paris. « Aucun adulte ne supporterait ce système. » Le salut est finalement venu d’un déblocage de liste d’attente inespéré, vendredi 13 juillet : le jeune homme ira à Dauphine, la seule université qui recrute hors Parcoursup.

(...)

... "Quel formidable système où chacun doit marcher sur l’autre pour trouver une place !" ...

Soazig Le Nevé et Adrien de Tricornot

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Quand #Parcoursup alimente l'enseignement privé...

13 Juillet 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Parcoursup

Quand #Parcoursup alimente l'enseignement privé...

Post-bac, les pièges des écoles privées

Face aux incertitudes engendrées par Parcoursup, de nombreux bacheliers se détournent des formations publiques pour poursuivre leurs études. Mais les promesses de certaines écoles sont parfois mensongères et les diplômes pas toujours reconnus.

Ce sont trois copines, croisées peu avant les résultats du bac, à un salon étudiant à Paris. Myriam, Lauryn et Nithusha, 17 et 18 ans, «à la recherche d’un avenir», les bras chargés de brochures sur papier glacé. Acides dans leurs propos : «On nous laisse quel choix ? Personne ne veut de nous dans le public. Alors, c’est soit une formation privée, soit rien.» Aucun de leurs vœux en BTS n’a été satisfait et elles stationnent toujours en bas des listes d’attente à la fac.

C’est un organisateur du salon Studyrama, qui explique sans complexe avoir réservé les trois quarts de ses stands à des écoles privées (management, surtout) pour «présenter aux jeunes la richesse des formations qui ne sont pas répertoriées sur Parcoursup afin qu’ils puissent encore trouver une formation pour la rentrée.»

C’est un enseignant de Seine-et-Marne, dans un lycée de classe moyenne, qui se désole que ses classes ne soient jamais au complet à partir des vacances de printemps : «Il y a toujours un élève absent, en train de passer un entretien dans une boîte à BTS ou une école privée. C’était déjà comme ça l’année dernière. Je crois qu’à force d’entendre que l’université, c’est un carnage avec des taux d’échec énormes, les élèves intègrent que ce n’est pas pour eux.» Sa collègue, en filière technologique, raconte encore comment l’une de ses élèves, qui n’a eu que des «non» à toutes ses demandes de BTS, a reçu dans la foulée des résultats plusieurs coups de téléphone de vendeurs de rêve. En l’espèce, le rêve s’appelle école privée avec promesse de trouver du boulot à la sortie.

C’est enfin cette mère de famille qui a passé des heures à décortiquer par le menu les écoles de management «pour que [son] fils sorte de cette spirale du dossier scolaire qui plombe tout. Le privé, c’est une alternative à ce système, une façon de prendre un autre chemin».

«Les parents sont prêts à payer»

Bien sûr, ces témoignages ne permettent pas de tirer de conclusions générales : il est trop tôt pour mesurer un éventuel effet Parcoursup, les inscriptions se déroulent en ce moment. Mais l’anxiété générée par le système d’affectation, déjà palpable du temps d’APB, est un boulevard pour le business des formations privées… qui se portait déjà très bien.

Le marché prospère depuis vingt ans. Les effectifs du privé dans l’enseignement supérieur ont doublé entre 2001 et 2015. Aujourd’hui, 18,2 % des étudiants suivent un cursus dans le privé, soit 475 000 étudiants, selon les derniers chiffres de 2016-2017. 30 % sont inscrits dans des écoles de commerce (avec une énorme progression de 85 % entre 2001 et 2015), 20 % préparent un BTS dans des instituts privés, 14 % dans les formations paramédicales, 11 % en écoles d’ingénieurs, 7 % dans les facs cathos et 6 % dans les écoles artistiques ou culturelles. Surtout, les effectifs progressent plus vite que dans le public. Ainsi, entre 1998 et 2016, les inscriptions dans le privé ont augmenté de 87,9 % (222 000 élèves en plus), contre 13,9 % dans le public (261 000).

Comment expliquer ce phénomène ? Les mentalités ont évolué. «De plus en plus d’élèves préfèrent jouer la carte d’une formation privée professionnalisante. C’est perçu comme la sécurité et donc les parents sont prêts à payer. La fac est souvent jugée risquée car ne préparant pas à un métier précis», assure Camille Fromaget, fondateur de Study advisor, une start-up mettant en relation des lycéens avec des étudiants pour les conseiller en orientation.

«L’Etat ne peut pas tout faire»

Martine Depas, qui conseille les investisseurs s’intéressant au marché de l’éducation pour le cabinet la Financière de Courcelles, le constate aussi : «Les mœurs ont changé. Ces écoles se cachent moins qu’avant, elles assument beaucoup plus, elles font de la pub ouvertement à présent. Certainement aussi parce que l’Etat se rend compte qu’il ne peut pas tout faire.» Et donc choisit de laisser faire. Le nombre de places créées dans les universités, BTS et classes prépa ne suit pas la hausse démographique. Certes, le gouvernement a mis le paquet, après plusieurs années de disette, en finançant 21 000 nouvelles places dans les filières les plus demandées. Mais cela ne suffit pas à absorber la hausse des effectifs : plus de 30 000 élèves supplémentaires déboulent à chaque rentrée aux portes du supérieur à cause du baby-boom des années 2000. D’ailleurs, la Conférence des grandes écoles (CGE), qui représente 240 établissements, se vante, sur son site internet, d’être un «partenaire indispensable de l’Etat», qui n’aurait plus les moyens de s’en passer… Sans l’assumer. «Notre pays est toujours englué dans le clivage public-privé», déplore Alice Guilhon de la CGE qui regrette qu’on mette dans le même panier les grandes écoles et «les autres, ces structures qui s’ouvrent à tout va pour faire du business». Combien sont-elles ? Difficile à dire. Elles seraient 1 500 à la louche, avec une tendance à la hausse, mais ce n’est qu’une estimation, aucune autorité publique ne tient de recensement précis. Car en France, l’enseignement supérieur est libre. N’importe qui peut ouvrir une école et proposer une formation, à quelques conditions minimales près (casier judiciaire vierge par exemple). En revanche, l’Etat a le monopole de la «collation des grades». En langage clair : seuls les établissements publics peuvent délivrer des diplômes nationaux : «baccalauréat», «licence», «doctorat». Mais les écoles privées peuvent obtenir que leurs diplômes soient reconnus par l’Etat.

«Bachelor» ou «mastaire»

Qui décide et comment ? Libération a cherché à comprendre : prise de tête assurée. En fait, derrière l’étiquette «reconnu par l’Etat», on trouve une myriade de labels dont certains, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’apportent que très peu de garanties. Et un même établissement peut avoir une partie de ses diplômes reconnus par l’Etat et les autres non.

Dans les diplômes adoubés, se rangent les «diplômes visés» ou ceux «conférant le grade de master». Il y a aussi les titres RNCP (répertoire national des certifications professionnelles), niveau I, II, III… Des appellations officielles entre lesquelles viennent se faufiler d’autres aux apparences sérieuses mais qui ne recouvrent aucun contrôle de l’Etat : «bachelor», mot emprunté au vocabulaire anglo-saxon, «mastère» (avec un e) ou encore «mastaire». Un fouillis sans nom, et nid à la publicité mensongère.

Les universités le savent. «Chacun dans nos spécialités, on regarde de près les écoles qui se créent. Elles leurrent parfois les étudiants en leur faisant croire qu’ils auront des passerelles à la fac, mais il est hors de question pour nous de prendre en master des élèves venant d’écoles qui n’ont aucune garantie. Ce serait cautionner», explique une enseignante-chercheure en sciences de gestion à Caen.

En fait, il existe deux systèmes de reconnaissance parallèles : l’un sous l’égide du ministère de l’Enseignement supérieur et l’autre sous la tutelle du ministère du Travail. Le premier évalue la qualité pédagogique des formations, l’autre mesure les chances de trouver un emploi à la sortie. Les deux systèmes coexistent, sont censés être complémentaires, mais entretiennent un épais brouillard. D’autant qu’il est possible aux écoles qui obtiennent la reconnaissance du ministère du Travail de louer leur label à d’autres écoles qui ne l’ont pas…

De part et d’autre, les commissions qui examinent les dossiers sont complètement débordées face à l’afflux de demandes. Le problème n’a rien de nouveau, il est identifié depuis un paquet d’années par les autorités. En 2012, la médiatrice de l’Education nationale tirait la sonnette d’alarme, après de nombreuses réclamations des familles. 2014 : l’équipe de François Hollande crée un nouveau label, venant s’ajouter au millefeuille. C’est la naissance des Eespig (établissement d’enseignement supérieur privé d’intérêt général), à mi-chemin entre public et privé.

«Publicité trompeuse»

L’ancienne majorité avait par ailleurs commencé à plancher sur un guide à distribuer à l’entrée des salons étudiants, avec un système de mariannes en couleurs pour s’y retrouver dans la jungle des labels. Le projet a été abandonné. Trop difficile de faire quelque chose de clair… et pas simple à porter politiquement. «Alors que la montée en puissance de l’enseignement supérieur privé pose naturellement des questions sur l’évolution des rapports entre la sphère publique et la sphère privée, le sujet reste relativement tabou en France», pioche-t-on dans un rapport de l’Inspection générale, de juin 2015. Commandé par le ministère de l’époque, ce rapport visait à dresser un état des lieux précis pour procéder ensuite à un grand ménage. L’ancienne équipe s’est arrêtée à l’étape du rapport. Les conclusions sont pourtant édifiantes. Tout y est : «Les commissions [manquent de moyens pour] assumer le flux croissant des demandes qui leur sont adressées ; […] la multiplication des labels entraîne des confusions, voire facilite la publicité trompeuse.» Ce rapport reste d’une parfaite actualité. L’actuel ministère de l’Enseignement supérieur loue d’ailleurs ce «constat très clair.» Et donc ? Une des pistes envisagées serait de reconnaître certains établissements historiques, et non plus seulement les diplômes. Cela ne ferait qu’élaguer la forêt…

Marie Piquemal

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La bachelière polynésienne... "Un vœu accepté n’équivaut pas forcément à un candidat satisfait"...

9 Juillet 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Parcoursup

La bachelière polynésienne... "Un vœu accepté n’équivaut pas forcément à un candidat satisfait"...

La bachelière polynésienne et l’emballement Parcoursup

La photo a fait le tour des sites des journaux ce week-end. Une jeune fille, souriante, avec une fleur rose dans les cheveux. Ranitea Gobrait, Polynésienne, vient de décrocher son bac avec 20,32 de moyenne sur 20 (grâce aux options). Belle perf. Major du bac de l’archipel, elle est en prime championne de 800 mètres nage libre. Cela méritait bien un portrait, de ceux que l’on trouve par floppées pour «incarner» les résultats du bac. Mais voilà, cette brillante jeune fille est un peu amère. «Les grandes prépas nous ont laissés de côté, nous, les îles d’outre-mer», a-t-elle dit à l’Agence France-Presse, dans une dépêche largement diffusée (y compris par Libé.fr). Le journaliste explique qu’elle a été «refusée dans tous les établissements parisiens dans lesquels elle a postulé, et reste en liste d’attente dans le lycée toulousain Pierre-de-Fermat pour une prépa d’ingénieur». Puis, citant la proviseure de son lycée : «On est forcé de constater qu’être en Polynésie française, ça peut défavoriser les élèves qui demandent des formations bien particulières. […] Cette année, avec Parcoursup, ça a été un peu plus flagrant [que du temps de l’ancien système APB, ndlr] Dans le contexte actuel, ce témoignage a une résonance particulière : Parcoursup, qui s’applique pour la première année, a modifié radicalement les règles d’affectation dans le supérieur. Et suscite donc questionnements et inquiétudes. Ainsi, au moment des premiers résultats de Parcoursup, les élèves (et leurs profs) de banlieue parisienne avaient cette même impression désagréable de ne pas être sur le même pied d’égalité que les Parisiens, et de passer «après». Un ressenti tout aussi difficile à prouver qu’à évacuer.

Samedi soir, communiqué de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal : «Les équipes de Parcoursup ont consulté le dossier de la bachelière (polynésienne), afin de pouvoir lui proposer l’accompagnement nécessaire. Il ressort du dossier de cette bachelière que celle-ci a reçu et refusé plusieurs propositions d’admission, notamment dans des classes préparatoires aux grandes écoles qu’elle avait appelées de ses vœux, à Paris.» Au réveil, dimanche, une journaliste du Figaro embrayait, dénonçant sur Twitter notamment cette politique du clic qui pousse les médias à publier des infos sans les vérifier.

De cette histoire, on peut tirer deux enseignements. Le premier, c’est la force de frappe de l’AFP, à laquelle tous les médias sont abonnés et font pleine confiance… de sorte que la moindre imprécision, ou erreur, se propage à toute allure, et de façon incontrôlée. Le deuxième, sur le fonctionnement de Parcoursup : la difficulté, sinon l’impossibilité, de mesurer la satisfaction des élèves. Jusqu’ici, sur APB, les candidats hiérarchisaient leurs vœux par ordre de préférence. Avec le nouveau système, le classement a été abandonné. Cette jeune fille avait été acceptée dans une prépa parisienne certes, sauf qu’il s’agirait d’une prépa éco… Et qu’elle aspire à un cursus scientifique. Autrement dit, un vœu accepté n’équivaut pas forcément à un candidat satisfait.

Marie Piquemal

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Parcoursup, coulisses d’une réforme précipitée... "810 000 jeunes ça fait beaucoup de cobayes"...

6 Juillet 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Parcoursup

Parcoursup, coulisses d’une réforme précipitée... "810 000 jeunes ça fait beaucoup de cobayes"...

Au moment où sont dévoilés les résultats du bac, plus de 300 000 jeunes sont sans affectation définitive. Avec l’impression de faire les frais d’une stratégie bulldozer visant à éviter toute contestation.

Les résultats du bac, qui tombent ce vendredi, vont-ils faire du ménage dans les listes d’attente de Parcoursup ? Jeudi, ils étaient encore 350 000 à ne pas savoir ce qu’ils deviendraient à la prochaine rentrée, dans moins de deux mois. Aujourd’hui, 220 000 ont une proposition, mais n’ont pas validé définitivement leur choix dans l’espoir de remonter sur les listes d’attente de leurs autres vœux. 130 000 n’ont, eux, rien du tout : ils ont parfois écopé de «non» dans les filières sélectives et collectionnent les «en attente» pour leurs demandes en fac. Enfin, 68 000 ont abandonné la procédure.

La semaine dernière, devant la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, (r)assurait de sa voix calme et convaincante : «Chacun pourra accéder à une formation qui lui correspond.» Mais les listes d’attente patinent, évoluant à la vitesse d’un escargot. Stressant pour les candidats et leurs familles, qui, en prime, ont ce sentiment pénible d’essuyer les plâtres.

Le nouveau système d’affectation, radicalement différent de l’ancien, a été mis en place à toute allure, en l’espace de quelques mois. Le 22 novembre, le projet de loi était présenté en Conseil des ministres. Deux mois plus tard, le 21 janvier, la nouvelle plateforme Parcoursup entrait en application… avant même le vote de la loi. Pourquoi être allé aussi vite ? Pourquoi ne pas avoir pris le temps ?

Une étincelle et le ministère embraye

Tout s’est emballé l’été dernier en quelques heures. Certes, l’incendie couvait. La situation est en effet tendue depuis plusieurs années. Conséquence du baby-boom des années 2000, plus de 30 000 étudiants supplémentaires déboulent chaque année dans l’enseignement supérieur et le nombre de places ouvertes dans les formations, en fac, comme en BTS ou classe prépa, ne suit pas… Jusqu’alors, l’algorithme APB était paramétré de telle sorte qu’en dernier recours, les candidats étaient départagés par tirage au sort. Ainsi, 8 900 élèves ont été déboutés de leur premier vœu dans leur académie. Ils étaient 5 300 dans ce cas en 2016 et 7 500 en 2015. Cette pratique, très critiquée et critiquable, touchait depuis des années les filières les plus demandées, comme Staps (sports) ou psycho, sans que cela n’émeuve outre mesure. Mais voilà que l’année dernière, une étincelle a tout dynamité.

C’était le 8 juin. Un article, publié sur le site internet de l’Etudiant. «Exclusif. 857 candidats ont été victimes du premier tirage au sort en première année commune aux études de santé (Paces) en Ile-de-France.» Le ministère embraye dans la seconde. Un communiqué, daté du 9 juin au matin, annonce une réunion de crise. Les doyens des sept facs de santé franciliennes sont convoqués fissa pour «trouver une solution». Jean-Luc Dumas, doyen de la fac de médecine de Bobigny jusqu’à peu, raconte : «Il y a eu un vent de panique. Quand je suis arrivé au ministère, j’ai d’emblée proposé d’accueillir 250 élèves supplémentaires, je pouvais le faire, les locaux le permettaient.» Les autres doyens suivent. «En un quart d’heure, le problème était réglé.» Rien que d’y repenser, cette histoire le met en pétard : «On a fait porter à la médecine le chapeau du problème des capacités d’accueil saturées. Or, il n’en était rien. Nous avions la place. On a utilisé l’émotion d’un possible tirage au sort en médecine pour justifier l’urgence de cette réforme.» L’histoire de Parcoursup ressemble à un coup politique de maître. Ou de chance. Ou les deux.

En réalité, les places n’ont jamais manqué en première année de médecine en Ile-de-France, et le tirage au sort n’a pas été utilisé. Des efforts pour pousser les murs n’étaient même pas nécessaires. Jean-Luc Dumas l’a compris après-coup. Le problème était en fait technique, lié à un changement de paramétrage d’APB, qui incluait désormais dans l’entonnoir initial les élèves en réorientation ou venant de l’étranger. «Sauf que les places que nous réservions d’ordinaire pour ces élèves n’avaient pas été numériquement versées aux autres», explique l’ancien doyen. Le chiffre des refusés s’est naturellement dégonflé, façon neige au soleil. A l’université de Versailles, il est même resté au bout du compte 70 places vacantes, raconte le doyen de l’UFR de santé, Djillali Annane. Lui aussi reconnaît, à mots mesurés, «qu’il y a eu un peu d’affolement pour pas grand-chose. Il faut se replacer dans le contexte. La nouvelle équipe venait d’arriver au ministère, ils ont vu monter la polémique, certainement n’ont-ils pas eu le recul nécessaire.» Jean-Luc Dumas est plus incisif : «Tout s’est emballé, la pression sociétale était très forte, d’accord. Mais le fond de ma réflexion : il y avait une volonté politique de certains de faire exploser le système.»

Quelques heures après la réunion, nouveau communiqué de Frédérique Vidal. «La ministre salue l’engagement de tous les acteurs qui ont rendu cette solution possible.» Puis :«La situation de la filière Paces d’Ile-de-France illustre les limites du système APB. Frédérique Vidal s’est clairement exprimée sur la nécessité de réduire au maximum les effets du tirage au sort pour la rentrée 2017, et de mettre fin au classement aléatoire, qui n’est ni juste ni souhaitable pour la rentrée 2018.» La presse nationale entretient le feu, «Des lycéens tirés au sort pour entrer en médecine» (le Monde), «APB : les ratés en médecine» (le Figaro).

«On parle de la fac de médecine… à Paris ! C’est malheureux, mais c’est comme ça en France : toute la presse nationale - parisienne - a foncé, tête baissée. Le ministère a ajouté un peu d’huile sur le feu, et le tour était joué. La réforme légitimée», résume, avec une once de cynisme, un observateur aux premières loges. Maintenant que la partie est jouée (gagnée ?), les langues se délient. Un proche de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education, abonde : «On va dire qu’il y a eu une utilisation exagérée d’un épisode pour présenter une réforme comme nécessaire, alors que des ajustements à l’ancien système auraient peut-être suffi. Le discours a pris dans l’opinion. Ils ont foncé, il ne fallait pas louper le coche.» Une fenêtre d’opportunité en or, comme on dit dans les amphis de sciences politiques où l’on décortique l’action publique. En plus, coup de bol pour Macron, pile à ce moment-là, l’Unef, deuxième syndicat étudiant, est empêtré dans des histoires internes de harcèlement sexuel, donc tout à fait incapable d’organiser la rébellion. La mise en demeure de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui reproche à l’algorithme APB de déterminer le sort des élèves «sans intervention humaine», est le coup de grâce.

Le Parlement regarde le train passer

La ministre a un boulevard. Elle rappelle quand même en catastrophe l’ex-directeur de cabinet de l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem pour piloter concrètement la réforme. Le ministère navigue à vue et à toute vitesse. Le rythme imposé par «l’urgence» est redoutablement efficace. Les fameux «attendus», ces compétences estimées nécessaires pour réussir sa licence, sont publiés le 12 décembre. Les équipes universitaires ont alors un petit mois pour éventuellement les amender, mais avec les fêtes de fin d’année, la plupart n’ont pas le temps de se retourner. Ni même de saisir ce qui était en train de se jouer. D’autant qu’au démarrage, la plupart des enseignants-chercheurs étaient favorables à une réforme, partageant la même envie d’avoir une prise sur le choix de leurs futurs élèves.

Les parlementaires, aussi, ont regardé le train passer. Un collaborateur se remémore ce calendrier «totalement dingue», ces vingt jours (et les nuits courtes) entre la découverte du texte de loi et son examen en séance à l’Assemblée. Express pour décrypter un texte et lire entre les lignes. Régis Juanico, député du groupe socialiste : «On a voté à l’aveugle, clairement. Sous les apparences qu’il fallait aller vite pour des aspects techniques, nous n’avions que très peu d’informations sur la façon dont le système allait fonctionner, sur l’existence d’algorithmes locaux par exemple. Nous n’avions aucune étude d’impact.» Le texte sera adopté à l’Assemblée en un jour et demi, sans réel débat. Quand le projet débarque au Sénat, les 810 000 élèves sont déjà en train d’inscrire leurs vœux dans Parcoursup… La loi est entrée en application avant même d’en être une.

Les socialistes, insoumis et communistes vitupèrent, en portant la question devant le Conseil constitutionnel. L’argument n’a même pas été repris dans la réponse des «sages». La loi ORE (relative à l’orientation et à la réussite des étudiants) est publiée au Journal officiel le 9 mars. Dans les facs, les enseignants-chercheurs - même les enthousiastes du début - commencent à tiquer sur ces nouvelles règles du jeu, très variables dans l’application d’une fac à l’autre. Dans les amphis, les étudiants se réveillent doucement : des universités sont bloquées, d’autres perturbées, la mobilisation s’agrippe à celle des cheminots. Mais sans coordination nationale, le mouvement étudiant ne parvient pas à avoir assez de visibilité pour mettre en difficulté la ministre. Et puis, il est tard. Le système s’applique déjà, les dés sont jetés. Au même moment, Frédérique Vidal et son équipe ont une tout autre angoisse, bien plus terre à terre : que l’algorithme Parcoursup mouline, sans plantage.

«L’opinion publique ne l’a pas mesuré, mais aucune analyse de convergence n’a été faite en amont. Aucune modélisation des données», assure un observateur. Dans les colonnes de Libé, le 5 juin, le think-tank Terra Nova s’étonnait qu’on ose ce genre «d’expérience grandeur nature». Effectivement, 810 000 jeunes citoyens, ça fait beaucoup de cobayes.

Marie Piquemal

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