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Vivement l'Ecole!

neurosciences

Vers la création d' individus performants?...

20 Janvier 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Sociologie, #Neurosciences

Vers la création d' individus performants?...

Le pouvoir en place depuis maintenant sept mois semble avoir décidé, sous l'impulsion jupitérienne  du Président de la République Emmanuel Macron, l' "état de performance", comme il existe un "état d'urgence".

Tout dans notre République est désormais tourné vers la performance maximale. Il FAUT, c'est un dogme, "performer" en tout. Tout individu, groupe et sous-groupe refusant ou n'étant pas en capacité de réaliser ces objectifs est immédiatement mis de coté, considéré comme un dangereux déviant. Dangereux car susceptible d'empêcher ou de ralentir la course vers les objectifs fixés d'en-haut. "Vae victis" disait-on, le pouce baissé, dans les cirques romains de l'Antiquité. "Mort aux loosers" croit-on entendre dans le grand cirque de la macronie triomphante.

Loosers, echoués, décrochés dont il n'est jamais question dans aucun discours présidentiel, dans aucune intervention ministérielle. Les perdants ont disparu du champ des intérêts gouvernementaux, ceux-ci se portant uniquement, exclusivement sur les "performants", ceux capables d'écrire les "success stories" voulues par le pouvoir, relayées par une partie de la presse complaisante - Paris-Match et BFMTV en sont les plus éclatants représentants -  exemplaires de cette "France first", reflet d'un président n'ayant jamais connu l'échec. A tel point qu'il est permis de se demander si Emmanuel Macron est seulement capable d'imaginer qu'il puisse exister en France des individus malheureux, brisés, écartés. Très éloignés de l'égalité révolutionnaire, traduite en "égalitarisme" - pouah! Quelle horreur! - dans un pays de plus en plus séduit par les "bienfaits" de l'inégalité.

La France macronienne se veut pragmatique. Le pragmatisme, cet outil glacial qui élimine les clivages gauche/droite, les débats d'idées, les réflexions contradictoires fondées sur des valeurs et illustrées par elles.

Au diable les valeurs! Ou plus exactement vive la valeur "efficacité", seule capable de déterminer le degré d'intérêt porté sur un individu, un groupe ou une idée. Personne ne semble s'apercevoir que les plus performants, pragmatiques et efficaces sont toujours les mêmes: ceux nés avec un capital - financier et culturel - important. Quant aux autres, les loosers, ils ne peuvent espérer qu'un ruissellement sans jamais - vous l'aurez remarqué - être invités à la table du festin. Ni à devenir les "premiers de cordée". Mesdames et messieurs les perdants, dégustez les restes. Restez à votre place. Cela vous suffira bien.

L'école qui se construit sous nos yeux est à l'image de ce qui vient d'être dit. Afin d'éliminer tout débat interne et, notamment, celui qui oppose depuis des décennies les républicains aux pédagogues - rebaptisés "pédagogistes" par le Ministre de l'Education Nationale en personne - il est fait appel à un troisième "larron" dont la mission, pragmatique et politique, est d'éliminer les deux autres: les neurosciences.

Obnubilées par les capacités "performatives" du cerveau de nos élèves, elles évitent habilement d'autres problématiques. Au diable les ennuyeuses questions sur le but de l'école, les causes des inégalités scolaires, la sociologie de l'éducation, l'école que nous voulons pour nos enfants et les enfants que nous voulons pour la société qui vient, le sort des "échoués"! Tout cela disparait. DOIT disparaitre!

Au nom d'un seul credo:

faire de l'enfant/individu un être performant.

Je refuse de m'engager dans cette voie. Elle est d'une dangerosité redoutable!

Christophe Chartreux

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Les neurosciences, marotte du ministre de l'Education, une piste pour apprendre mieux?...

11 Janvier 2018 , Rédigé par La Voix Du Nord Publié dans #Education, #Neurosciences

Dessin de Cost, paru dans Le Soir, Bruxelles

Dessin de Cost, paru dans Le Soir, Bruxelles

EXTRAITS

Les neurosciences sont régulièrement mises en avant par le ministre de l'Education. Peuvent-elles améliorer les pratiques enseignantes et faciliter l'apprentissage des élèves ? Oui, à condition de ne pas occulter d'autres champs de recherche, estiment des spécialistes.

Jean-Michel Blanquer s'est à de nombreuses reprises prononcé en leur faveur pour modifier les méthodes d'enseignement ou les programmes. Il les a par exemple mentionnées lorsqu'il a préconisé la méthode de lecture dite "syllabique", ou la maîtrise des quatre opérations au CP et au CE1. "Comme le démontrent les travaux de recherche en sciences cognitives, sur lesquels on doit s’appuyer, la plasticité du cerveau est particulièrement forte dans les premières années de la vie, beaucoup moins ensuite", déclarait-il récemment.

(...)

"Le sentiment aujourd'hui, c'est que Jean-Michel Blanquer prend parti pour les neurosciences, qui lui permettent de légitimer sa politique", s'inquiète pour sa part Francette Popineau, secrétaire générale du premier syndicat des enseignants en école primaire (le SNUipp-FSU). "On ne peut pas considérer une seule voix royale, qui permettrait de répondre à toutes les problématiques posées à l'école", juge-t-elle.

Philippe Meirieu, chercheur de l'éducation, met aussi en garde: "l'apport des neurosciences est extrêmement intéressant mais il ne doit pas pour autant éclipser tous les autres éclairages nécessaires à l'acte pédagogique que sont la psychologie, la sociologie, la linguistique, l'histoire, ou la pédagogie".

Ainsi, selon lui, "la connaissance des mécanismes cérébraux n'enlève en rien la nécessité de connaître", pour un enseignant, "des éléments sur le milieu ou la culture d'origine d'un élève".

Surtout, les "neurosciences ne peuvent pas dicter la pédagogie, elles peuvent l'éclairer, aider à débloquer parfois des situations. Mais ce ne sont pas elles qui donneront à l'enfant des raisons d'apprendre", insiste le chercheur.

Isabelle Tourné

L'article complet est à lire en copiant-collant la référence ci-dessous

http://www.lavoixdunord.fr/235706/article/2017-10-07/les-neurosciences-marotte-du-ministre-de-l-education-une-piste-pour-apprendre

http://www.lavoixdunord.fr/

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Vérité et neurosciences...

11 Janvier 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Neurosciences

Vérité et neurosciences...

EXTRAIT

Le ministre Jean-Michel Blanquer évoque souvent les pratiques pédagogiques et méthodes « validées par les neurosciences » et l’intérêt de ces neurosciences pour mieux savoir ce qui est bon dans l’enseignement. Glissement scientiste, dès lors qu’on semble aller de l’éclairage nuancé et prudent à la prescription et à la preuve ? Le point de vue de Michel Develay, dont on connait le travail sur la didactique des sciences notamment.

L’éducation comme toute pratique sociale vise à fonder la vérité de ce qu’elle avance par une administration de la preuve. Ainsi se rapproche-t-elle des sciences empirico-formelles (les sciences de la nature : physique-chimie, biologie…), pour lesquelles la preuve résulte d’une expérience. Simultanément, l’éducation est concernée par la valeur et le sens de ce qu’elle propose, se rapprochant alors des sciences herméneutiques (l’ethnologie, l’histoire, la psychanalyse…).

En effet, quand bien même la preuve serait faite que la manière la plus efficiente pour apprendre à lire est de tirer les oreilles de l’élève jusqu’à le faire pleurer chaque fois qu’il se trompe, devrait-on proposer cette pratique ? Le bon sens a minima s’y opposerait. Pour toute pratique sociale, le vrai ne peut être dissocié du bien, la valeur de la vérité. Ainsi l’éducation, et de manière plus restreinte l’apprentissage-enseignement se veut-il émancipateur (par le sens visé) et scientifiquement fondé par la preuve de vérité de ce qu’elle avance.

De la preuve en éducation

Or la preuve pour fonder des propositions pédagogiques ou didactiques est pour le moins incertaine, ce pour au moins deux raisons :

On ne peut expérimenter dans le champ de l’éducation qu’en limitant le nombre de variables auxquelles on s’intéresse. Pour savoir si une méthode de lecture est plus efficiente qu’une autre, on se trouvera confronté à plusieurs variables : la lecture déchiffrage ou la lecture sens ? La lecture documentaire ou la lecture fiction ou la lecture de poèmes ? Avec quels critères pour convenir que le déchiffrage ou le sens sont maîtrisés ? En prenant en compte ou non les méthodes de lecture en œuvre dans les classes précédentes ? Cette réduction de l’investigation présente le risque de ne s’intéresser qu’à des situations simplifiées, pouvant conduire en éducation au modèle Jivaro : réduire, réduire, toujours réduire. Ainsi, on peut tout connaître sur le rien et ne rien connaître sur le tout.

La méthode du double aveugle telle qu’elle se pratique en médecine, comme gage de non intervention de l’expérimentateur sur son expérience n’est guère possible. En médecine, si vous souhaitez savoir si un médicament X a un effet hypotenseur sur une population, vous fonctionnez avec deux groupes de patients. Vous faites prendre le médicament hypotenseur à un groupe de patients qui font de l’hypertension pour savoir si le médicament fait chuter leur tension. Vous ne donnez pas ce médicament à un deuxième groupe de patients atteints de la même hypertension, mais un placebo. On parlera dans ce cas de groupe témoin. Pour gommer le phénomène des attentes, vous fonctionnerez en double aveugle, c’est à dire que vous ne direz pas à la population en expérience si elle prend un vrai médicament ou non. Impossible en éducation où la notion de groupe témoin est extrêmement périlleuse.

Faire la preuve que ce que l’on propose en matière d’action éducative se trouve fondé scientifiquement, pour le moins ne va pas de soi.

(...)

Michel Develay, Professeur émérite des universités

Le billet est à lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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Pourquoi ne parvient-on pas à se débarrasser des neuromythes?...

11 Janvier 2018 , Rédigé par L'école de demain Publié dans #Education, #Neurosciences

Mentale, Émoticônes, Icônes, Symboles

A l'heure ou les "neurosciences" s'apprêtent à faire une entrée fracassante (voir lien en bas de page), au sens premier du terme, dans l'école et notamment l'école primaire, voici une réflexion salutaire, voire salvatrice...

Christophe Chartreux

                                            ____________________________________

EXTRAIT

Difficile de rater, dans les rayons des librairies, cette pléthore d’ouvrages qui nous explique avec force détails que nous n’avons pas tous le même cerveau (dont, de toute façon nous n’utilisons qu’une infime partie !) et que les difficultés scolaires de nos enfants viennent très certainement du fait que les façons d’enseigner de l’École de la République n’étaient pas faites pour leur forme d’intelligence.

(...)

... les neurosciences, si elles nous apportent une meilleure connaissance du fonctionnement neurologique, ne peuvent qu’être un éclairage supplémentaire proposé aux professionnels de l’éducation au moment de faire des choix d’enseignement. Observées en laboratoire, les expériences menées ne peuvent être reproduites in vivo. Pourtant, de nombreux neuromythes sont considérés comme des savoirs acquis et fixés et sont parfois directement transposés dans les classes.

Pour n’en citer que quelques uns :

  • Non, écouter du Mozart n’améliore pas les performances cognitives. À la fin des années 1990, le gouverneur de Georgie (USA) a donc hélas dépensé 150,000 $ dans un programme d’achat de musique… pour rien. Et cela n’aide pas non plus les plantes à pousser, d’ailleurs.
  • Non, vous n’êtes pas « cerveau droit » ou « cerveau gauche », pas plus que votre sexe ne détermine les capacités de votre cerveau, que ce soit sur Terre, sur Mars ou sur Vénus.
  • Non, nous n’utilisons pas uniquement 10 % de notre cerveau.
  • Non, tout ne se joue pas avant 3 ans.
  • Non, faire de la gymnastique coordonnée n’a aucun effet sur les apprentissages. Même si c’est sûrement bénéfique pour lutter contre les effets du vieillissement articulaire.

Mais alors, si ce sont des mythes, pourquoi ne sont-ils pas tombés dans les oubliettes de l’histoire des sciences, comme la terre plate, la bosse des maths et le lien direct de parenté entre le parisien et le chimpanzé du zoo de Vincennes ?

(...)

Face aux apports des neurosciences pour l’éducation, il serait sage de procéder avec prudence et d’accepter de les voir telles qu’elles sont : des sciences en évolution et en construction.

François Taddei

La totalité du billet est à lire en cliquant ci-dessous

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Ces neurosciences qui vont déferler sur l'école...

11 Janvier 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Neurosciences

Ces neurosciences qui vont déferler sur l'école...

Les neurosciences s'apprêtent à investir l' Ecole.

Ce déferlement, en aucun cas préparé - qui a lu attentivement les travaux de Stanislas Dehaene en se les appropriant? - est très inquiétant. Tout cela dans le silence, la sidération, l' apathie.  Souvenons-nous des 5 années écoulées: beaucoup ont hurlé pour des raisons bien moins graves que celles observées en ce moment.

La seule lecture des propos ci-dessous, mais nous pourrions en proposer au kilomètre du même tonneau, éclaire ce qui se prépare:

«Des études récentes en affectives, l’étude des émotions et des capacités relationnelles, une science récente qui date d’une quinzaine d’années, prouvent que certaines expériences modifient en profondeur le cerveau des enfants » Délirant!

Si nous enseignants, quelles que soient nos convictions, n'y prenons pas garde, nous allons voir se détruire un aspect fondamental de notre métier: l' humain...

Les injonctions répétées à:

- être heureux en classe

- sourire

- chanter en chorale (avec le sourire)

- lire Céline Alvarez (avec le sourire?)

- l'épanouissement

- suivre les "lois naturelles de l'enfant" (sic)

sont autant de DÉRIVES INQUIÉTANTES! Le bonheur ne se décrète pas.

3 questions:

1- Qui parmi les membres du "Conseil scientifique", y connait quelque chose en pédagogie?

2- Quel rôle jouera le CNESCO?

3- Les neurosciences ont-elles apporté la preuve scientifique de leurs capacités à pallier des problèmes non résolus par d'autres méthodes?

A part ça tout va bien...

Christophe Chartreux

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Neurosciences ou scientisme?... "Nous ne sommes toujours pas programmé-e-s"...

10 Janvier 2018 , Rédigé par Questions de classe(s) Publié dans #Education, #Pédagogie, #Neurosciences

Neurosciences ou scientisme?... "Nous ne sommes toujours pas programmé-e-s"...

EXTRAITS

(...)

Nous ne sommes toujours pas programmé-e-s

Dans l’abondante publication actuelle d’ouvrages et d’articles sur l’éducation, il est devenu difficile depuis quelques mois de trouver des orientations pédagogiques qui ne cherchent pas la caution des neurosciences, quelle que soit la spécialité à laquelle elles se réfèrent : neurosciences cognitives, neuropsychologie, neurobiologie, neurosciences affectives, ou un mélange de celles-ci.

Les exemples sont nombreux. Le plus médiatisé est celui de l’expérimentation lancée par Céline Alvarez en 2011. C’est par la mise en œuvre d’une pédagogie Montessori « simplifiée », de son propre aveu, mais appuyée sur les neurosciences que madame Alvarez entend « proposer un environnement de classe faisant l’effet d’une bombe pédagogique  »1. Et il est clair que sans le patronage de professeur Stanislas Dehaene, l’affaire n’aurait pas eu le même retentissement. C’est dans ce sens que vont les annonces dithyrambiques des médias numériques : pour le site Philomag, « Elle a bousculé les conservatismes de l’Éducation nationale avant de connaître un immense succès avec “Les Lois naturelles de l’enfant”. Il est professeur au Collège de France et spécialiste du cerveau. Tous deux s’appuient sur la science pour refonder la pédagogie. »2

Une situation comparable se retrouve avec les multiples sites et associations qui se proposent de renouveler la pédagogie et les méthodes d’apprentissage, dans ou hors l’école. Quand, par exemple, l’association Parents Professeurs Ensemble lance un projet d’organisation de lectures d’histoires pour les enfants, dont le site des Colibris fait la publicité, elle éprouve le besoin de préciser3 : « les sciences cognitives nous ont récemment appris [sic] tous les bénéfices que les enfants tirent de la lecture d’histoires : acquisition de vocabulaire, familiarisation avec les structures de la langue... tout cela facilite l’apprentissage de la lecture  », et de se placer sous le patronage « des chercheurs comme Alain Bentolila ou Stanislas Dehaene  », négligeant au passage les différences d’approche entre le linguiste et le neuropsychologue.

(...)

Sciences et neuromythes

Ailleurs, on retrouve par exemple, avec encore et toujours la référence aux neurosciences, le vieux neuromythe du cerveau droit et du cerveau gauche, voire du « cerveau haut  » et du « cerveau bas  ». C’est le cas sur les sites les plus variés ou les blogs les plus personnels, notamment inspirés par le livre du psychiatre américain Daniel J. Siegel Le cerveau de votre enfant, Manuel d’éducation positive pour les parents, mélange de neurobiologie et de méditation de pleine conscience (mindfulness) : un site Mélimélune de « ressources et idées pour l’école  », se propose de nous expliquer « Comment aider votre enfant à intégrer son cerveau d’en haut ? »7, un autre, Anti-déprime.com, propose, sous le titre « Le cerveau de votre enfant : 12 leçons d’éducation positive pour les parents d’aujourd’hui  », rien moins qu’une « optimisation du cerveau  »8. Dans tous les cas il s’agit de personnes à la recherche qui du « bien-être  », de « l’épanouissement », voire du « bonheur », qui d’une éducation idéale, « bienveillante » ou « positive », en tout cas différente de celle de l’école publique, forcément malveillante et négative.

Ces neuromythes sont pourtant rejetés par tous les chercheurs sérieux. Elena Pasquinelli, qui les a étudiés, ainsi que leurs origines, dénonce les dangers que représentent, pour l’éducation et la santé en particulier, ces interprétations fantaisistes de connaissances scientifiques : « il faut s’intéresser aux mythes éducatifs. Ils peuvent faire du mal. On peut façonner au jargon scientifique des idées pédagogiques et donner des lettres de noblesse scientifique à de vieilles idées ineptes.  »9

Sur les forums et les réseaux sociaux, c’est évidemment encore pire, chacun-e y allant de son jugement à l’emporte-pièce appuyé sur des « neurosciences » réduites au rang de formule magique pour légitimer préjugé ou conservatisme : « Le déni vient de tous ces pédagogos lamentables, faux chercheurs qui assènent leur pseudo-"Sciences de l’éducation" à coup de manipulations statistiques et de théories pédagogiques fumeuses  », ou encore « Les neurosciences ne font que confirmer l’échec et la nocivité de méthodes d’enseignement soi-disant modernes par rapport aux bonnes vieilles méthodes intuitives de nos grands-mères  ».10

Il est inquiétant dans ce contexte de voir l’actuel ministre de l’Education nationale lui-même, relançant la vieille antienne des nuisances de la méthode globale d’apprentissage de la lecture – méthode jamais appliquée à grande échelle et disparue depuis quelques décennies – ne pas hésiter à justifier par les neurosciences son choix exclusif d’une méthode syllabique, rejetant du même coup trente ans de recherche en éducation et les autres méthodes étudiées par les spécialistes : « pour la lecture, on s’appuiera sur les découvertes des neurosciences, donc sur une pédagogie explicite, de type syllabique, et non pas sur la méthode globale, dont tout le monde admet aujourd’hui qu’elle a eu des résultats tout sauf probants  ».11 Peu importe que les études récentes de chercheurs comme Edouard Gentaz ou Roland Goigoux aient clairement mis en évidence, à propos de la lecture, les limites d’une approche par les seules méthodes : « si aucune étude comparative des “méthodes” de lecture n’a permis d’établir la supériorité de tel dispositif sur tel autre, ce n’est pas parce que toutes les pratiques se valent mais parce que la variable “méthode”, trop grossière et mal définie, n’est pas une variable pertinente pour une telle recherche. »12 À fortiori, associer les recherches des neurosciences à la prescription exclusive de telle ou telle méthode pédagogique relève plus de la croyance que de la science.

Les scientifiques, eux, s’efforcent de donner leur juste mesure aux avancées de la science et de nuancer les apports qu’elle peut offrir à la pédagogie. Le directeur de l’unité Inserm « neuropsychologie et imagerie de la mémoire humaine », à l’université Caen-Normandie, Francis Eustache, déclare ainsi d’emblée : « Nous pensons que les connaissances récentes sur le cerveau peuvent être utiles, mais ne prétendons pas révolutionner la pédagogie  »13.

Le professeur Dehaene lui-même, qui sert de référence à nombre de celles et ceux qui, sous couvert de neurosciences, défendent idéologiquement la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, est plus modéré que ses thuriféraires : « La recherche continue, et l’on redécouvre par exemple l’importance du geste d’écriture. »14. Il n’a cependant pas toujours évité la posture d’autorité, passant de l’analyse scientifique du fonctionnement cérébral à la prescription de démarches pédagogiques. Ainsi dans une tribune du Monde15 : « Les recherches de mon laboratoire, fondées sur l’imagerie cérébrale, le confirment : tous les enfants apprennent à lire avec le même réseau d’aires cérébrales, qui met en liaison l’analyse visuelle de la chaîne de lettres avec le code phonologique. […] Ces études ont conduit à identifier plusieurs principes fondamentaux qui maximisent la compréhension et la mémoire. Ces principes doivent être mis en œuvre au plus vite dans les classes françaises. ».

Surtout, ses ouvrages « grand public », sous couvert d’une volonté par ailleurs légitime de vulgarisation, donnent des découvertes scientifiques une image attractive mais qui ouvre le champ aux interprétations fallacieuses : un titre comme Les neurones de la lecture peut laisser entendre aux non spécialistes que la lecture relève non de connexions complexes mobilisant plusieurs aires cérébrales, mais de neurones spécifiques qu’il suffirait de mobiliser grâce à « la bonne méthode ». Une critique du même ordre a été faite au site « grand public » qu’il a ouvert sous le titre « Mon cerveau à l’école », qui occulte notamment les limites de l’imagerie cérébrale16.

Last but not least, les neurosciences sont appelées en renfort de toutes les théories de l’ « l’éducation positive  » ou de la « pédagogie de la bienveillance  », jusque dans leurs options idéologiques extrêmes de refus de l’école ou même, carrément, de l’éducation. Lorsque Sophie Rabhi, créatrice de La Ferme des enfants, déclare que l’instruction obligatoire est « un malentendu  », elle prend soin d’indiquer, sans plus de précisions, que c’est avec l’aide des neurosciences que « Nous avons pris conscience de la maltraitance de cette exigence […] maltraitance pour la liberté de l’enfant et son développement cognitif ».17

C’est une conception proche que défendent les membres de l’association Ecologie de l’enfance. Édith Chabot, « maman québécoise et citoyenne engagée pour le retour à la confiance en l’enfant  », et initiatrice du congrès Écologie de l’enfance tenu à Montréal en octobre 2014, écrit ainsi : «  bien des gens en sont venus à croire – car il s’agit de croyances – que l’humain naissait avec un certain irrespect, ou un étrange désir de destruction, que ce soit envers l’autre ou son environnement. Une croyance répandue est que pour qu’il veuille bien un jour, plus tard, faire des choix qui vont dans le sens de la préservation de la nature, il faut éduquer l’enfant. Qu’en dit la science ? La neurobiologie nous prouve aujourd’hui que c’est en fait tout l’inverse : c’est par l’éducation qui détourne l’enfant de ce qui lui vient spontanément qu’on fait de même taire cette conscience innée qu’il a d’aimer, de respecter, son environnement.  »18 « La neurobiologie  », comme le montre le lien associé à l’article, ce sont les théories du professeur Gerald Hüther, neurobiologiste allemand mais aussi … inspirateur du mouvement Ecologie de l’enfance et de son fondateur André Stern, l’auteur de Et je ne suis jamais allé à l’école. La boucle est ainsi bouclée.

Et doublement bouclée si on ajoute qu’André Stern se réclame aussi de Pierre Rabhi, le fondateur du mouvement des Colibris : « dans le domaine de l’éducation, l’homme ne connaît, trop souvent, qu’un seul rôle, qui le rapproche de la monoculture la plus aveugle : il s’est laissé convaincre qu’il faut cultiver les enfants, alors qu’il suffit de les laisser pousser. Permettez-moi de citer Pierre Rabhi : “Nous sommes de ceux qui pensent que le changement de société ne peut être sans changement d’éducation, mais une éducation fondée sur la libération de l’être et l’instauration de l’enthousiasme de grandir et de connaître et non la peur de l’échec.” L’enthousiasme est également au centre du travail du Professeur Dr. Gerald Hüther, l’éminent neurobiologiste allemand avec lequel j’ai le privilège de travailler : ses travaux l’amènent aux mêmes conclusions que Pierre Rabhi. Ou que mes parents, lorsqu’ils ont fait le choix, il y a 40 ans, de ne pas m’envoyer à l’école. »19

(...)

Alain Chevarin

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Méfiez-vous des neurosciences...

10 Janvier 2018 , Rédigé par Slate Publié dans #Education, #Neurosciences

Méfiez-vous des neurosciences...

Des chercheurs promettent une révolution éducative en prétendant se baser sur les neurosciences. Mais ne seraient-elles pas devenues une nouvelle autorité à laquelle on confierait (trop) facilement l'éducation de ses enfants?

ll n’y a guère une semaine qui se passe sans qu’on n’évoque une nouvelle «découverte» en neurosciences et ses retombées possibles dans le champ de l’éducation: on appelle les neurosciences au secours pour «valider» l’éducation bienveillante, on les institue arbitres du combat des différentes méthodes de lecture. Ne seraient-elles pas devenues une nouvelle autorité à laquelle on confierait (trop?) facilement l’éducation de ses enfants?

De l’autorité à l’autoritarisme des neurosciences

Force est de constater que les neurosciences se posent et s’imposent souvent dans l’espace public à grand renfort d’arguments d’autorité. Un des derniers ouvrages grand public de neurosciences appliquées à l’éducation, Le cerveau de mon enfant  du docteur Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson, s’introduit par exemple par ces lignes:

«Si ce livre a des fondements scientifiques, vous n’aurez cependant pas l’impression d’être en cours de sciences ou de lire un ouvrage universitaire. Oui, il s’agit de neurosciences, et nous restons parfaitement fidèles aux démonstrations de la recherche scientifique. Mais nous souhaitons vous inviter dans notre cercle, et non vous laisser en dehors. Nous avons tous deux consacré notre carrière à assimiler des connaissances scientifiques complexes et vitales sur le cerveau afin de les rendre accessibles aux parents et immédiatement applicables au quotidien.»

Que disent-ils? Que si ces auteurs ne donnent aucune référence, ni aucune forme de preuve, c’est uniquement dans un souci d’ouverture au plus grand nombre (estimons-nous déjà heureux, simples d’esprit que nous sommes, d’avoir été conviés dans leur «cercle»!). Mais qu’en définitive nous pouvons les croire sur parole (puisqu’ils sont d’éminents scientifiques dévoués à leur cause)! Ceci s’appelle un argument d’autorité, une variante du label «scientifiquement prouvé» qu’invoque constamment la publicité.

Ces auteurs ne sont pas une exception. Le célèbre psychologue et chercheur Stanislas Dehaene, titulaire de la chaire de psychologie cognitive expérimentale au Collège de France, n’en use pas de vraiment plus convaincants lorsqu’après les médiocres résultats de la France aux dernières évaluations internationales du programme PISA en 2013 il exhorte dans une tribune très controversée les pouvoirs publics à considérer enfin les neurosciences comme prescripteur de méthodes d’apprentissage:

«Les recherches de mon laboratoire, fondées sur l’imagerie cérébrale, le confirment: tous les enfants apprennent à lire avec le même réseau d’aires cérébrales, qui met en liaison l’analyse visuelle de la chaîne de lettres avec le code phonologique. […]  Ces études ont conduit à identifier plusieurs principes fondamentaux qui maximisent la compréhension et la mémoire. Ces principes doivent être mis en œuvre au plus vite dans les classes françaises.»

D’autres auteurs tendent de prendre le contrepied en arrosant leur propos de données «scientifiques»:  on peut désormais trouver dans les livres destinés aux parents quantité de schémas détaillés du cerveau en prélude aux principes éducatifs prônés par l’auteur, comme une façon de montrer que les uns découlent naturellement des autres. Dans son livre Pour une enfance heureuse, la pédiatre Catherine Guéguen, pionnière de l’application des neurosciences à la relation parent-enfant, illustre ce mélange des genres. On y lit par exemple: «Une attitude parentale compréhensive, empathique permet la maturation du COF [ndlr : Cortex orbiti-frontal]» ou encore «Ce comportement parental d’inattention et d’indifférence à l’enfant et à ses ressentis stresse celui-ci, freine la maturation du COF»

Dans un souci de transparence louable, elle est une des seules auteurs de la sphère parentalité à ponctuer son propos de nombreuses références scientifiques. Mais cette initiative, dans un contexte où lesdites études sont peu accessibles matériellement (les abonnements aux journaux scientifiques coûtent très cher!) et intellectuellement (comment lire de façon critique un contenu dont on ne maîtrise pas les bases théoriques?), finit pas s’apparenter à un argument d’autorité d’un genre supplémentaire.

Dans un mouvement similaire et dans un but de populariser vite et bien les contenus des neurosciences, l’équipe de Stanislas Dehaene a finalement lancé l’an dernier un site de vulgarisation à destination des parents et éducateurs: Mon cerveau à l’école. Ce site, aux contenus facilement assimilables et applicables, est considéré par certains comme trop réducteur, passant sous silence les limites de l’imagerie cérébrale, les tâtonnements inhérents à une science qui se construit, niant les débats présents au sein des sciences cognitives.

La partie émergée d’une guerre de disciplines

Avant le boom des neurosciences dans les années 1990, les questions relatives à l’éducation étaient exclusivement prises en charge par les sciences de l’éducation, une discipline jeune (la première maîtrise en sciences de l’éducation date seulement de 1967) dont l’unité est assurée par son objet d’étude (l’éducation donc) plutôt que par ses méthodes. Interdisciplinaire par essence, elle s’est majoritairement développée sur les bases théoriques et méthodologiques de la sociologie (avec Emile Durkheim et son ouvrage Éducation et sociologie, datant de 1922) et de la psychologie (avec Jean Piaget et son ouvrage Le langage et la pensée chez l’enfant, datant de 1923). Cet ancrage privilégié dans les sciences humaines et sociales doublé de la tension entre volonté de décrire les processus d’enseignement-apprentissage et volonté de prescrire les processus les plus efficaces lui ont valu de nombreux soupçons de «non-scientificité».

On se souvient par exemple en 2006 de l’intervention de Gilles de Robien, alors ministre de l’Éducation nationale, dans laquelle il jetait assez largement le discrédit sur les sciences de l’éducation, qu’il accusait d’être une «fausse science». En 2013, dans son livre intitulé Teacher Proof: Why research in education doesn’t always mean what it claims, and what you can do about it [Enseigner sur la base de preuves: Pourquoi la recherche en éducation ne signifie pas toujours ce qu’elle prétend, et ce que vous pouvez faire à propos de ça], Tom Benett, enseignant de philosophie et théologie à Londres, dénonçait également l’insuffisance des preuves issues des sciences de l’éducation.

Dans ce contexte, l’autoritarisme des neurosciences apparaît aussi comme une façon de revendiquer un nouvel ancrage pour l’intervention éducative dans le champ des sciences «dures», rompant par là même avec l’héritage humaniste classique des sciences de l’éducation.

La querelle entre science de l’éducation et neurosciences prend ainsi sa source dans celle qui oppose de façon historique sciences «dures» et sciences humaines du fait de leurs épistémologies (c’est-à-dire à leurs modalités de construction et de validation de la connaissance) différentes: le but des sciences «dures» est de comparer des événements «toutes choses égales par ailleurs», un objectif inatteignable en sciences humaines du fait de la multiplicité des paramètres impliqués dans une situation «hors laboratoire»; réciproquement, les sciences humaines se donnent comme objectif d’appréhender et modéliser la complexité des interactions humaines (ici, les relations enseignant-enseigné), complexité inaccessible si on étudie des individus isolés dans un lieu aussi peu commun qu’un caisson d’IRM.

Contrairement à ce qu’on pense trop souvent, le degré de «scientificité» des différentes sciences humaines est une question dont débattent régulièrement les chercheurs de ces disciplines (voir ici un entretien avec Pierre Bourdieu sur le sujet) et qu’ils cherchent à optimiser (de la même façon que les sciences expérimentales ont du travail à accomplir pour améliorer la reproductibilité régulièrement pointée comme trop faible de leurs résultats).

En revanche, le degré de scientificité des prêts-à-l’emploi éducatifs proposés sur la base des neurosciences font l’objet de relativement peu de débat, alors même qu’il y aurait fort à (re)dire. Dans son dernier ouvrage Mon cerveau, ce héros, la philosophe et membre du collectif La Main à la Pâte Elena Pasquinelli revient sur ces neuromythes qui sont issus directement d’une application trop hâtive et d’une vulgarisation trop peu précautionneuse des résultats en neurosciences:

«Tout en nous inondant d’informations, la couverture médiatique des études sur le cerveau est susceptible d’omettre des informations pertinentes –concernant notamment la façon dont les résultats des expériences sont obtenus, les images du cerveau produites et interpréptées. […] L’ignorance des connaissances de base sur l’élaboration des images du cerveau peut induire en erreur le profane en lui faisant croire que l’image qu’il voit du cerveau est analogue à une photo –au Polaroid– d’une état d’activation du cerveau. »

Là où nous, profanes, voyons de petits points de couleurs censés représenter les zones actives du cerveau pour une stimulation donnée, l’image issue de l’IRM est en réalité une reconstruction scientifique, le résultat d’une «soustraction» entre l’état du cerveau pendant la stimulation et de celui lorsqu’il est «au repos». Cette méthode induit par exemple qu’une multitude de zones potentiellement impliquées dans la stimulation ne sont pas prises en compte car déjà actives au repos. La difficulté de définir pour tous les individus, dans toutes les expériences de tous les laboratoires du monde un même état de «repos» étant une autre difficulté majeure de la méthode.

Quoi qu’il en soit, les dissensions entre sciences de l’éducation et neurosciences ont pris ces dernières années une place telle que le service de Veille scientifique et technologique de l’Institut français de l’éducation lui a consacré en 2013 un important dossier, «Neurosciences et éducation: la bataille des cerveaux», montrant en particulier l’ignorance réciproque des chercheurs en neurosciences et en éducation des méthodes et résultats de l’une et l’autre des disciplines. Ceci conduisant bien souvent les premiers à «réinventer le fil à couper le beurre» des sciences de l’éducation et les seconds de contribuer à la propagation d’interprétations erronnées des résultats en neurosciences consolidant ainsi les neuromythes. Dans un article de mai dernier, la même équipe de l’Institut français d’éducation réfléchissait à la façon d’organiser un mariage heureux entre science de l’éducation et neurosciences, où chacun s’appuyerait sur l’autre, en en reconnaîssant les avantages et les limites.

Si on ne peut que saluer cette marche vers l’interdisciplinarité, il semble néanmoins légitime de s’interroger sur les espoirs que portent ces deux disciplines dans leur volonté d’ancrer le plus solidement et scientifiquement possible leurs résultats en matière d’éducation. Réussiront-elles à repenser l’école d’aujourdhui et inventer celle de demain à l’heure où des théories éducatives vieilles de près de 150 ans sont encore qualifiées d’éducation «nouvelle» et considérées comme révolutionnaires? Sont-ce vraiment des preuves scientifiques qui nous manquent depuis toutes ces années pour oser expérimenter au-delà des sentiers battus? Ou n’y aurait-il pas d’autres enjeux, politiques, sociaux, mettant en cause le désir ancestral des sociétés à contrôler l’éducation des plus jeunes au nom du bien commun mais aussi et surtout dans le but d’asseoir et perpétuer leur propre vision idéologique?

Béatrice Kammerer

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C'était en novembre 2017... Quand Stanislas Dehaene s'enthousiasmait un peu vite pour une méthode très critiquable...

6 Janvier 2018 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie, #Neurosciences

C'était en novembre 2017... Quand Stanislas Dehaene s'enthousiasmait un peu vite pour une méthode très critiquable...

Chaque jour, un "article" revenant sur l'année 2017...

Un choix arbitraire...

Mais de coeur...

Christophe Chartreux

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Stanislas Dehaene : (Parlant de la "méthode" Alvarez dans un Télérama - dithyrambique! - du 19/02/2016)/Voir lien en bas de page)

« L'Education nationale ne parvient pas à fournir des documents pertinents de formation continue. Ce qu'il faudrait, c'est que les enseignants multiplient les micro-expérimentations, qu'on en cumule et ­recueille les résultats pour voir ce qui a marché ou pas, de ­façon presque épidémiologique. Et qu'on en tire une métho­dologie. A Gennevilliers, une occasion, pourtant très concluante, a été ratée. Quelle tristesse ! »

(...)

"une occasion, pourtant très concluante" peut-on lire...

Sauf que c'est totalement faux!

J'invite chacun à écouter Laurence de Cock qui a analysé de manière très poussée et pertinente la "méthode" Alvarez...

Un business bien plus qu'une pédagogie et dont les résultats sont TRES éloignés des enthousiasmes exagérés, voire abusifs, du "champion" actuel des neurosciences: Stanislas Dehaene, nommé aujourd'hui directeur d'un conseil scientifique par le Ministre de l'Education Nationale...

Inquiétant...

Christophe Chartreux

Les vérités de Céline Alvarez

(...)

La première question est évidemment celle de la réalité de cette nature enfantine, ce que Céline Alvarez appelle le « fonctionnement naturel de l’enfant » car il n’aura échappé à personne que l’enfant scolarisé à l’école maternelle a déjà construit, au travers de ses relations sociales, une représentation de l’école, du savoir, de l’apprentissage. Et, il n’y a pas besoin d’être un spécialiste de la sociologie, pour constater que cette construction s’inscrit dans une forte dépendance des environnements sociaux, culturels et familiaux et que le « fonctionnement naturel » de l’enfant est déjà largement différencié dès son plus jeune âge. De ce fait, nous ne pourrons jamais affirmer une nature enfantine unique et donc nous devrons renoncer à l'universalité d’une méthode pédagogique. Les certitudes de Céline Alvarez ont oublié que la diversité sociale et culturelle des enfants nous contraignait à ne penser la pédagogie que dans la complexité, les incertitudes, le doute et la contradiction. 

On peut toujours rêver d’avoir construit la méthode idéale et s’étonner de ne pas recueillir l’immédiate adhésion de tous. On peut suspecter que la résistance à une vérité qu’on pense inscrite dans l’évidence du fonctionnement humain, ne puisse obéir qu’à de vils intérêts ou d’imbéciles résistances. Mais si Céline Alvarez s’était intéressée à l’histoire des idées éducatives, elle aurait perçu la relativité des vérités qu’elle énonce, car elle n’est pas la première à penser avoir découvert les principes d’une réussite éducative systématique. Se rend-elle compte, qu’en réalité, ce qu’elle considère comme une intangible certitude, est lié à un contexte particulier et que ses idées sont en réalité le produit d’une société qui en permet l'émergence pour un ensemble de raisons qui n’ont pas toujours une relation directe avec les enjeux qu’elle croit défendre? Céline Alvarez, que certains journalistes qualifient de pédagogue révolutionnaire, produit en définitive de l’idéologie, au sens marxiste du terme, c’est-à-dire qu’elle transforme des réalités contingentes, sociales et économiques, en caractéristiques universelles et naturelles de l’être humain. Et cela n'est pas sans lien avec une société qui préfère ignorer l'influence de ces realités économiques et sociales pour se réfugier dans l'idéologie d'une égalité naturelle que la bienveillance suffirait à faire naitre. 

A ceux qui pourraient penser que ce lien entre la pédagogie défendue par Celine Alvarez et les idées libérales relèverait d'une exagération de ma part, je rappelle juste que d'autres ont fait le lien : le poste d'ATSEM supplémentaire qu'elle avait exigé et que la mairie de Genevilliers avait refusé de financer avait été pris en charge par l'association "Agir pour l'Ecole", association présidée par le directeur de l'Institut Montaigne, think tank clairement dédié à la défense du libéralisme. 

(...)

P Devin

Billet passionnant à lire ci-dessous dans son intégralité

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La sociologie face aux neurosciences : l’enfant au cœur d’une bataille de disciplines...

9 Septembre 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Neurosciences

Contre l'universalisation hors-sol, une sociologie critique entend penser les inégalités et les classes sociales qui percutent l'enfant dès le plus jeune âge.

Voilà plusieurs décennies que les neurosciences nous racontent comment notre cerveau fonctionne tous azimuts. Le nôtre, et aussi celui de nos enfants. Parmi d’autres, certains travaux font le pari de distinguer comment l’enfant apprend à l’école. Jusqu’à présent, les enseignements issus de ces recherches n’irriguaient guère la formation des enseignants, qu’on parle de formation initiale, ou continue. Ça devrait changer, à en croire plusieurs déclarations de Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale depuis le mois de mai.

Le nouveau ministre le dit sans ambages : il compte s’appuyer sur les neurosciences pour “révolutionner l’école”. Une semaine après sa nomination, Jean-Michel Blanquer annonçait par exemple dans Le Point :

"On en sait aujourd'hui beaucoup plus sur le cerveau, et il serait aberrant de se priver de ce nouveau champ de connaissances."

Subversif ? Voire : si l’Education nationale ne s’est pas précipitée pour incrémenter les recherches successives en la matière, les neurosciences sont aujourd’hui extrêmement populaires auprès d’un large public. Céline Alvarez, l’ex-professeure des écoles qui fait un tabac avec son livre Les lois naturelles de l’enfant, paru l’an dernier, revendique d’amender par les neurosciences des pédagogies alternatives comme Montessori.

(...)

Chloé Leprince

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

Et:

quand Véronique Decker dézingue les "expérimentations Alvarez" en moins de deux minutes...

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