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Vivement l'Ecole!

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L’éducation aux médias est un enjeu fondamental.

7 Janvier 2023 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Medias, #Fake

Contre les fake news, un arsenal juridique à l'efficacité incertaine

EXTRAIT

FAKE NEWS - INFOX

Médias : "La lutte contre la désinformation est la principale priorité des Français consultés"

Avec plus de 113 000 participants, une consultation nationale montre que l’éducation aux médias est un enjeu fondamental. Sa généralisation face aux infox est "plébiscitée" dans les résultats analysés par Serge Barbet, du CLEMI, opérateur public dépendant du ministère de l'Éducation nationale.

 

"Comment permettre à chacun de mieux s’informer ?", cette consultation citoyenne nationale menée du 27 juin au 30 septembre 2002 a permis de collecter plus de 2 000 propositions, sur Make.org. Elle s’est faite dans le cadre d’une plateforme bénéficiant du soutien de la Commission européenne : DE FACTO, portée par Sciences Po, l’Agence France Presse (AFP) et le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI).

 

Versant français du collectif européen EDMO, la plateforme DE FACTO entend "ouvrir un espace pluriel, ouvert et indépendant pour mettre en perspective les enjeux de l’information à l’ère numérique en facilitant la vérification, l’analyse et l’éducation aux médias".

 

Le CLEMI est chargé de l’éducation aux médias et à l’information dans l’ensemble du système éducatif français. Cela va de la formation des enseignants à la production et diffusion de ressources pour accompagner les actions auprès des élèves, de la maternelle et au lycée.

 

La lutte contre la désinformation, du point de vue de l’éducation aux médias et à l’information, est justement la principale priorité qui ressort des 526 858 votes, analysés à l’issue de la consultation citoyenne nationale.

 

Entretien avec le directeur délégué du centre pour l'éducation aux médias et à l'information (CLEMI), Serge Barbet.

 

(...)

 

Benoit Grossin

 

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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En 2023, résister à la pente réac...

1 Janvier 2023 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Medias

Fichier:Millennium Force1 CP.JPG — Wikipédia

Derrière le spectacle obscène des médias bollorisés, il y a le risque d’un glissement général vers l’extrême droite. La gauche n’a pas encore trouvé quoi lui opposer.

C’est comme une lente glissade, une douce accoutumance, un progressif état général de léthargie démocratique. Ça passe par d’incessants débats sur l’identité, la religion, sur le moyen d’être toujours plus en sécurité. C’est ne plus faire la différence entre un éditorialiste conservateur et un polémiste populiste et d’extrême droite, c’est continuer à inviter sur les antennes des prétendus philosophes qui se complaisent à décrire un monde terrible et des villes pleines de «no go zones» pour transformer leur trouille en clairvoyance, c’est le délire «woke» surestimé décrit en puissant terrorisme par des réacs en pleine panique. C’est considérer Greta Thunberg comme plus dangereuse qu’Eric Zemmour.

Dîner de cons

Cette pente est tout entière résumée par la face hurlante et haineuse de ce notable du PAF, vieillissant et cachetonneur sur la chaîne CNews de Vincent Bolloré : Jean-Claude Dassier. Dassier qui lors d’un récent débat (à propos d’immigration bien sûr) invectivait ainsi un universitaire historien égaré sur ce plateau : «Mais les musulmans, ils s’en foutent de la République, ils ne savent même pas ce que ça veut dire !» Dassier représente parfaitement cet affaissement d’une partie d’anciens cadres de la télé qui se vautrent dans la diatribe raciste à coups de bon sens bourgeois. Le pire, c’est de voir sur ces plateaux des journalistes et des universitaires tenter de venir prêcher la bonne parole, de porter le fer au cœur de la bête. Ils sont en fait les invités de marque d’un vaste dîner de cons.

Dans les émissions de la chaîne, il ne s’agit pas de débattre mais de créer un spectacle vif et pas cher. On a viré les vrais journalistes, on a remplacé les éditorialistes par des polémistes, on ne s’embarrasse pas de reportage, on cherche le moindre fait divers qui met en scène des immigrés pour en faire des faits significatifs et banals. La chaîne n’est pas la plus regardée mais son modèle économique (des heures de vieux polémistes avides de continuer à exister médiatiquement) coûte moins cher que d’envoyer des reporters vérifier, contextualiser et expliquer la réalité. Et la puissance des réseaux sociaux qui relaient les tirades, insinuations et clashs aide à répandre cette médiocrité boueuse.

Mort de la nuance

Et mine de rien, ça infuse sur les autres chaînes d’infos. Les débats n’opposent plus des spécialistes d’un sujet dont les avis divergent, mais des personnes aux avis diamétralement opposés, peu importe qu’elles aient ou non étudié la question. Le clash donne l’illusion de la liberté de ton. Il n’en a que le bruit. C’est la mort de la nuance. Ce fut, avec l’irruption d’Eric Zemmour, émule de CNews, la plaie du débat national de 2022. Tout est réuni, l’écosystème médiatique, la conjoncture économique, les effets du réchauffement sur les mouvements inévitables de population, pour que la glissade se poursuive.

Ces derniers temps, la gauche, les progressistes, les humanistes, n’ont su donner de la voix qu’en proposant une forme de populisme inverse. Ça n’a rien stoppé. Le mythe de la séduction des «fâchés pas fachos» par une radicalité éructante n’a fait qu’alimenter la polarisation. L’enjeu de 2023 pour la gauche, bien au-delà du personnel politique, sera de renouer avec la nuance. Comme bonne résolution, c’est certainement plus compliqué que de se promettre de perdre trois kilos, d’arrêter de fumer, ou de réduire de moitié sa consommation de Twitter et Instagram.

Thomas Legrand

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Annie Ernaux : France Culture est-elle devenue folle ?

5 Décembre 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Litterature, #Medias

Annie Ernaux : France Culture est-elle devenue folle ?

Sur France Culture, Alain Finkielkraut et Pierre Assouline brossent le portrait d’une Nobel de littérature illégitime, nymphomane identitaire et débordant de ressentiment borné. Reste un mystère : elle est traduite dans 37 langues. Est-ce le monde qui est fou ou France Culture ?

Infortunée Annie Ernaux, qui a cru se voir décerner le Nobel de littérature. En réalité, ce Nobel n’était pas un «vrai» Nobel. C’était surtout un «non Nobel» non décerné à Salman Rushdie. C’est France Culture qui développe cette analyse. D’abord dans l’émission Signe des temps, le 27 novembre, la fake Nobel Ernaux («écrivain des identités fixes, sociale et sexuelle, auxquelles est lié à peu près tout le monde») est opposée au seul Nobel légitime Salman Rushdie, «écrivain du cosmopolitisme et de l’identité changeante». Coupable, Ernaux, comprend-on, de n’être sortie de l’enfance à Yvetot que pour s’installer en mère de famille dans le Val d’Oise, et d’oser faire œuvre d’une vie si ordinaire.

Mais si elle n’était que banale ! Toujours sur France Culture, ils sont deux, pour instruire son procès dans l’émission Répliques, le 26 novembre. L’animateur et académicien Alain Finkielkraut, et l’écrivain (et ancien juré Goncourt) Pierre Assouline. Face à eux, dans le rôle de l’avocate commise d’office aux flags, rame Raphaëlle Leyris, journaliste au Monde. Après un début d’émission consacré à saluer l’œuvre, avec chaleur (Assouline) ou une tiédeur polie (Finkielkraut), commence donc le procès de l’autrice, et militante.

Passons d’abord sur quelques peccadilles. Assouline : «C’est une femme qui aime les hommes. Dès l’âge de 18 ans. Elle est tout le temps à la recherche de l’homme qui la fera vibrer.» Cette imputation de nymphomanie figure-t-elle dans la colonne actif ou passif ? Ce n’est pas précisé. Point de vue caractère, il y aurait aussi beaucoup à dire. Voilà une fille d’épicier que la culture a élevée jusqu’au Nobel, et elle ne manifeste aucune gratitude ? Finkielkraut : «Elle en veut à la culture. Elle en veut au monde cultivé. Elle est pleine non pas de gratitude mais de ressentiment.» Assouline, pédagogue : «C’est la dernière personne à qui vous pouvez demander de la gratitude. Tel que vous lui demandez, vous vous positionnez comme un dominant.» Finkielkraut, piqué dans son être-transfuge : «Je viens d’où je viens.» Bref, «vraiment dommage», cette ingratitude.

Mais au-delà de ces mauvaises notes de conduite, le plus lourd est à venir. D’abord, ce soutien à Mélenchon. A-t-on idée ? Au lendemain de sa nobelisation elle a manifesté, bras dessus bras dessous avec l’insoumis, pour… le pouvoir d’achat ! Alors que tant de nobles causes n’attendaient qu’elle ! Finkielkraut : «Elle n’a pas dédié son prix Nobel à Salman Rushdie, ce qu’elle aurait pu faire. Elle est allée manifester contre la vie chère.» Assouline révèle avoir un jour demandé à l’écrivaine comment elle pouvait soutenir Mélenchon. «Sa seule réponse : «Jusqu’à mon dernier souffle je vengerai ma race.» Politiquement elle est bornée. Comme Sartre.»

Tout faux, sur tous les sujets. Prenez la lutte contre le voile. Assouline : «Elle n’est pas Charlie. Elle dit : «Je suis pour qu’on laisse la religion musulmane tranquille.» Comme si c’était ça le sujet. Pour elle, les musulmans sont les humiliés permanents. Toujours cette vision binaire.»

A ce propos, n’a-t-elle pas jubilé le 11 septembre 2001 ? Retraçant l’attentat contre les Twin Towers, elle écrivait dans les Années : «Le prodige de l’exploit émerveillait. On s’en voulait d’avoir cru les Etats-Unis invincibles. […] On se souvenait d’un autre 11 septembre et de l’assassinat d’Allende.» «Le prodige de l’exploit émerveillait», répète Finkielkraut, incrédule. Il faudra, dans les jours suivants, que la spécialiste de littérature Gisèle Sapiro rappelle la distinction entre le «on» – description de réactions collectives – et le «elle» par lequel l’autrice parle d’elle à la troisième personne.

Tout cela ne serait encore rien. Le pire du pire, c’est son engagement dans le mouvement de boycott d’Israël. Etrange obsession. Quand il y a tant de dictateurs corrompus dans le monde, pourquoi justement s’engager, «comme par hasard, contre la seule démocratie du Proche-Orient» ? Assouline : «Si un jour il y avait une enquête à faire, il faudrait retourner au café-épicerie d’Yvetot et se demander quel genre de conversations il y avait dans ce café dans les années 50. Il y a un fond de sauce raciste là-dedans, qui demande à être exploré», glisse-t-il. Comment insinuer, sans le dire bien entendu, que la nouvelle nobélisée frise l’antisémitisme.

Reste un mystère. Cette nymphomane identitaire, débordant de ressentiment borné, est traduite dans 37 langues, rappelle Assouline. Délectable silence pensif de Finkielkraut : «37 langues, en effet, c’est très impressionnant.» C’est même incompréhensible. Le monde est fou, hors de France Culture.

Daniel Schneidermann

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Boyard-Hanouna : derrière la polémique, le débat confisqué - Par Najat Vallaud-Belkacem

17 Novembre 2022 , Rédigé par l'Obs Publié dans #Medias, #Politique, #Hanouna, #Boyard

Vincent Bolloré, le patron de Cyril Hanouna, condamne le canular homophobe  dans TPMP - Voici

EXTRAITS

Il est temps « d’ouvrir le débat sur la réalité des pratiques économiques prédatrices de certaines entreprises peu scrupuleuses sur le continent africain », estime Najat Vallaud-Belkacem, directrice France de l’ONG One.

Cyril Hanouna a ainsi une nouvelle fois offert lors de son émission Touche pas à mon poste un spectacle affligeant de vulgarité en insultant violemment le député LFI Louis Boyard qui avait osé pointer la responsabilité des activités industrielles du groupe de Vincent Bolloré, propriétaire de la chaîne C8 hébergeant son émission, dans la déforestation et l’appauvrissement de certains pays d’Afrique. Derrière les indignations à peu de frais sur les réseaux sociaux, ce n’est pas seulement l’ARCOM que le député Boyard et son groupe devraient saisir, mais le procureur de la République, sauf à banaliser les injures et les outrages contre les élus, qui sont punis par des peines pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

Mais au-delà de cet incident et de la polémique qui l’accompagne, il nous faut surtout ouvrir le débat sur la réalité des pratiques économiques prédatrices de certaines entreprises peu scrupuleuses sur le continent africain. Car c’est finalement de ce débat de fond que la violence et l’indécence du clash nous ont privés.

(...)

« Le groupe Bolloré n’a pas le monopole de l’absence de scrupules »

Pendant plus de 35 ans, les activités logistiques et portuaires du groupe Bolloré en Afrique, dont il s’est récemment délesté pour la somme record de 5,7 milliards d’euros, ont fait sa fortune. Ce groupe a été un acteur central de l’exploitation forestière et du commerce des bois tropicaux africains, au mépris des ravages de cette exploitation industrielle sur les hommes et l’environnement. Les activités africaines de la multinationale française, implantée dans 46 pays du continent, font l’objet de plusieurs poursuites judiciaires, dont une affaire de corruption présumée de deux chefs d’État pour obtenir la gestion de ports. Quels sont les investissements réalisés par le groupe ? Quel ont été le coût et le bénéfice de ces activités pour les pays concernés ? L’enrichissement de Vincent Bolloré a-t-il contribué à l’appauvrissement des pays africains concernés au lieu d’aider à leur développement ? A-t-il reposé sur la corruption de leurs dirigeants ? Ces questions doivent trouver des réponses.

Mais le groupe Bolloré n’a pas le monopole de l’absence de scrupules français sur le continent. Que dire du gigantesque projet d’exploitation pétrolier enfoui sous le lac Albert en Ouganda, dont Total possède 62 % des parts dans la holding chargée de construire cet oléoduc, qui traverserait 16 aires protégées en menaçant la biodiversité de la région et reposerait sur l’expropriation des habitants de près de sur 172 villages ougandais ? À l’heure de la COP 27, il s’agit d’un vaste chantier anachronique à 10 milliards de dollars visant à extraire un milliard de barils de pétrole pendant une durée de 25 à 30 ans, et qui pourrait émettre au moins 33 millions de tonnes de CO2 par an, soit plus de trente fois les émissions annuelles de l’Ouganda et de la Tanzanie réunis. Il est urgent d’y mettre fin.

(...)

Si le combat contre la censure qu’Hanouna et Bolloré cherchent à imposer est sincère, alors la presse doit enquêter sur ces enjeux et les élus en débattre pour prendre les décisions qui s’imposent. Cela mérite d’occuper plus de temps d’antenne et de place dans les journaux que les outrances et la vulgarité d’une sinistre télé-poubelle.

Par Najat Vallaud-Belkacem
Directrice France de One

https://www.nouvelobs.com/opinions/20221112.OBS65818/boyard-hanouna-derriere-la-polemique-le-debat-confisque.html

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L'affaire Boyard-Hanouna ou la démonstration de l'emprise de Bolloré sur ses affidés (Vidéo)

17 Novembre 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Médias, #Politique, #Hanouna, #Boyard

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Le mythe de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux

14 Novembre 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Médias

Le mythe de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux

La brusque prise de contrôle de Twitter par Elon Musk doit nous rappeler un point essentiel : le concept de liberté d’expression ne s’applique pas aux réseaux sociaux tels que nous les connaissons. Seules s’appliquent les règles d’utilisation des services, quelle que soit leur évolution.

Le mois dernier, un citoyen américain qui s’était imprudemment rendu en Arabie Saoudite fut condamné à seize ans de prison pour des tweets «critiques» envers le régime. On ne peut qu’être d’accord sur le qualificatif : certains tweets évoquaient l’assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste du Washington Post démembré vif au consulat saoudien d’Istanbul en 2018 pour avoir fait son travail. Ironie de l’histoire, les Saoudiens s’associaient deux semaines plus tard au rachat de Twitter par Elon Musk, entrepreneur autodéclaré comme «absolutiste de la liberté d’expression». Ce mariage de raison de la carpe et du lapin a trouvé une certaine cohérence à mesure que Musk endossait le rôle de «Twitt in chief». «La comédie est désormais légale sur Twitter», annonçait-il en fanfare dès son acquisition, rappelant son opposition à une modération excessive des contenus sur le réseau. Le nombre de messages mentionnant le mot «nègre», tabou aux Etats-Unis, a dans la foulée bondit de 500%, preuve que cette nouvelle politique avait trouvé son public.

Mais il y a «comédie» et «comédie» et, en termes de liberté d’expression, chacun a sa ligne rouge. Musk et les Saoudiens se sont avérés avoir la même : critiquer le boss. Ainsi @h3h3productions, un compte certifié par Twitter, cumulant le nombre respectable de 2,3 millions d’abonnés, a fait l’erreur de se déguiser en Elon Musk et d’user d’ironie. Malgré un discours ostensiblement parodique, ce crime de lèse-majesté lui a valu une radiation sans préavis, et cette prompte exécution numérique ne fut pas un cas isolé.

Rappelons que Twitter, même s’il n’a pas la popularité d’un Facebook, est extrêmement influent socialement, en particulier en politique. Avant qu’elle ne soit chassée par un autre fait divers, cette brusque prise de contrôle doit donc nous rappeler un point essentiel : le concept de liberté d’expression ne s’applique pas aux réseaux sociaux tels que nous les connaissons. Seules s’appliquent les règles d’utilisation des services, quelle que soit leur évolution. Il nous a été facile de l’oublier, ivres que nous sommes de la possibilité de nous adresser gratuitement au monde entier, et de nous comparer aux autres par le biais de métriques soigneusement pensées. Ces plateformes technologiques confortables sont aujourd’hui les béquilles indispensables de la vie sociale de nombre de nos concitoyens et, par ricochet, le passage obligé pour les politiques, les marques et les entrepreneurs sociaux en tous genres. De facto, elles sont devenues les lieux d’expression publique par excellence.

Nous avons littéralement délégué notre liberté d’expression à des entreprises technologiques dont les travers sont si nombreux qu’ils menacent directement la survie de nos démocraties (1). L’épisode Musk /Twitter met une fois de plus en lumière le caractère antinomique de leur fonctionnement par rapport à l’utopie primitive du Web : elles concentrent entre les mains de quelques-uns un pouvoir social et un contrôle de l’expression publique qui étaient promis à une décentralisation. Ce constat est d’autant plus douloureux à dresser qu’individuellement nous sommes captifs de ces plateformes : si vous quittez votre réseau historique pour un autre naissant, votre monde se restreint d’un coup aux quelques utilisateurs qui ont fait la même démarche que vous, vous perdez la richesse de votre environnement social et vos scores de popularité durement acquis.

Mastodon, alternative libre et décentralisée à Twitter, en a fait les frais dès sa sortie en 2016. En théorie, cette plateforme a tout pour plaire : toute entité possédant des serveurs peut déployer son propre réseau social et décider de sa politique de modération. Tout utilisateur peut choisir l’instance Mastodon dont la politique lui correspond le mieux, tout en gardant la possibilité d’interagir avec les utilisateurs des autres instances, et de migrer à tout moment en emportant ses données. En pratique, si vous arrivez sur une instance où vous n’êtes pas assez stimulé·e parce que la masse critique d’utilisateurs n’est pas atteinte, vous repartez sur Twitter, empêchant par là même l’instance d’atteindre cette masse critique. Sans choc externe provoquant un mouvement coordonné des utilisateurs d’une plateforme vers une alternative, il est pratiquement impossible de sortir du statu quo. La migration massive vers Mastodon de ces derniers jours (+300% de nouveaux utilisateurs et +61% de nouvelles instances) est une opportunité à saisir pour tous ceux souhaitant s’extraire du champ gravitationnel de Twitter, mais il n’est pas garanti que ce mouvement soit suffisamment massif à terme pour changer la donne, ou que les instances existantes puissent absorber le flux.

Vu l’importance de la médiation sociale numérique pour le débat public et nos démocraties, une réflexion s’impose donc : ne serait-il pas temps pour la puissance publique d’appuyer la diversification des plateformes de réseaux sociaux, en soutenant, par exemple, la création d’instances Masdoton sur le territoire ? De même que nous finançons nos routes et certaines infrastructures clés, il serait légitime que l’Etat finance des espaces numériques ouverts, affranchis de toute publicité, dotés d’une gouvernance citoyenne et, surtout, souverains. Le coût serait minime par rapport aux autres infrastructures. Reste à savoir si la volonté politique existe d’extraire la France du statut de colonie numérique des Gafam et de faire sortir la liberté d’expression de son carcan numérique.

par David Chavalarias, mathématicien, chercheur à l’Institut des systèmes complexes (CNRS)

(1) Toxic Data de David Chavalarias (Flammarion, 2022).

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Les médias sont de droite - Vidéo

22 Octobre 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Politique, #Médias

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Et hop ! Les députés transforment la redevance en impôt invisible

26 Juillet 2022 , Rédigé par Télérama Publié dans #Médias

https://www.moneyvox.fr/i/media/06l/006252ld55.jpg

EXTRAIT

Les députés ont voté la fin la redevance audiovisuelle samedi 23 juillet. Mais comment financer les chaînes et radios publiques ? Par une fraction de la TVA, pardi ! Soit un impôt qui ne se voit pas. N’est-ce pas prendre les Français pour des naïfs ? Explications.

Tant d’amateurisme et de désobligeance sont confondants. Après des heures de débats houleux, la disparition de la contribution à l’audiovisuel public (CAP, ex-redevance) a été adoptée par les députés en plein cœur de l’été par moins d’un tiers de la représentation nationale alors en séance. Elle sera remplacée par une fraction de la TVA votée par le Parlement chaque année. Joli tour de passe-passe qui consiste à remplacer un impôt par un autre, le tout au nom du pouvoir d’achat et dans une joyeuse improvisation.

(...)

... Faire dépendre le financement des télévisions et radios publiques du bon vouloir de l’État, c’est remettre en cause leur indépendance et, en prime, risquer de se voir censurer par le Conseil constitutionnel. Tollé général et reculade désorganisée. Dans la pagaille, Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale et fine connaisseuse de l’audiovisuel, sort de son chapeau la cartouche TVA, et la fait avaliser par son groupe et ses alliés sans vrai débat.

Malin. À première vue, du moins. (...) Non seulement les Français vont continuer à payer pour leurs télévisions et radios publiques, mais les quelque cinq millions de foyers modestes qui en étaient jusqu’ici exonérés vont désormais devoir mettre au pot. Supprimer un impôt visible pour le remplacer par un impôt invisible et plus injuste, c’est du grand art. Les Français et leur audiovisuel public méritaient mieux que ce mauvais numéro de prestidigitation.

Olivier Milot

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L'information à l'heure des réseaux sociaux

22 Juillet 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Medias

https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/styles/simplecrop1000/public/montage-mur-ecran_rvb_web_0.jpg?itok=CY_mnH07

EXTRAITS

A chaque époque son média dominant. De fait, nous sommes passés en matière de transmission de l’information, du règne absolu de la télévision à celui d’internet au point qu'il ne semble pas exagérer d’affirmer qu’internet, et en particulier sa déclinaison à travers les réseaux sociaux, impose aux autres médias - télévision, radio, presse - son modèle de transmission de l’information.

A chaque époque son média dominant. En octobre 1993, c’est-à-dire il y a près de trente ans, Ignacio Ramonet publiait, dans « le Monde diplomatique », un article où il analysait comment la télévision avait réussi à imposer son modèle à l’ensemble des médias en matière de traitement de l’information. Or, depuis, la télévision s’est peu à peu muée en média du passé. Au tournant des années 2010, la marionnette de PPDA dans les Guignols de l’info ponctuait déjà la présentation de son journal télévisé parodique par la formule restée célèbre : « Vous regardez l’ancêtre d’internet. » De fait, nous sommes passés au début du XXIème siècle, en matière de transmission de l’information, du règne absolu de la télévision à celui d’internet. Le passage d’un média dominant à un autre entraîne nécessairement un certain nombre de changements formels qui ne sont pas sans conséquence sur le contenu même de l’information. Il ne semble pas exagérer d’affirmer qu’internet, et en particulier sa déclinaison à travers les réseaux sociaux, impose aux autres médias - télévision, radio, presse - son modèle de transmission de l’information.

(...)

En ce qui concerne la télévision l’influence prédominante des réseaux sociaux d’internet est sans doute à chercher dans les chaînes d’info en continu, présente depuis la fin du siècle dernier dans le paysage audiovisuel mais dont l’influence a commencé à se faire sentir à partir des années 2000, c’est-à-dire en même temps qu’internet établissait son modèle dominant à l’ensemble de la sphère médiatique. À la différence du rituel du journal télévisé commençant à heure fixe et coïncidant avec l’heure des repas, la chaîne d’infos en continu offre la promesse d’une information disponible à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.

On pourrait supposer qu’une telle dilatation temporelle s’accompagne d’une offre informationnelle accrue. C’est pourtant exactement le contraire que l’on peut constater et cela aussi bien d’un point de vue qualitatif que d’un point de vue quantitatif. Pour comprendre ce paradoxe, nul besoin de recourir à une théorie du complot qui voudrait que la sphère médiatique procéderait à de la rétention volontaire d’informations dans le but de laisser la grande masse des citoyens dans l’ignorance. En réalité, c’est à la fois plus simple et plus compliqué. J’identifie pour ma part deux grandes causes à cet état de fait. Il y en a sans doute d’autres qui m’ont probablement échappé et que je ne peux par définition pas mentionner.

La première cause est à chercher dans le modèle économique des chaînes d’information en continu. Ce modèle repose sur une concurrence visant à obtenir le plus de téléspectateurs possibles, ce qui les amène donc à sélectionner les sujets les plus susceptibles d’intéresser le public. Or ces sujets sont en réalité en nombre relativement réduits et tournent en boucle sur l’ensemble des chaînes. Comment pourrait-il en être autrement ? Là où autrefois le téléspectateur regardait un programme, le journal télévisé qui pouvait donc imposer son propre contenu à des téléspectateurs captifs, il cherche à présent une information et il y a de grandes chances pour que cette information corresponde à ce qui domine l’actualité dans le moment présent. Par conséquent, si la chaîne ne parle pas de ce qui préoccupe le téléspectateur, il sera amené à changer de chaîne pour trouver l’information qu’il recherche.

La deuxième cause serait à rechercher dans la gestion de l’économie de l’attention, celle du téléspectateur. On le sait, le temps moyen passé sur une chaîne d’information en continu par un téléspectateur est relativement court, de l’ordre de quelques minutes. Le but de la chaîne est d’attirer le téléspectateur, mais également de le retenir le plus longtemps possible, ou, a minima, de l’inciter à revenir le plus fréquemment possible. Pour cela, il est bien plus rentable de jouer sur l’effet de suspense que sur la divulgation d’informations. Le téléspectateur est placé dans l’attente d’un supplément d’information : on va rejoindre un correspondant sur place, telle personnalité va intervenir, on attend de plus amples informations d’un moment à l’autre… Tout est mis en place pour que vous restiez captif du fil d’actualité. Le but ultime est donc de vous informer le moins possible afin de créer une frustration que vous allez chercher à combler en restant dans l’espoir chimérique d’obtenir une information plus substantielle.

(...)

Qu’on mette les choses au point, les commentaires des éditorialistes n’ont absolument pas pour but d’expliquer l’actualité ou d’essayer de la comprendre. Ce sont, la plupart du temps et comme souvent sur internet, des bavardages, ce que les anglophones appellent des « small talks » et qui ressortissent essentiellement à la fonction phatique du langage : la fonction phatique consiste en effet selon la terminologie de Jakobson à assurer le lien communicationnel à l’exclusion de tout autre type d’information. Les commentaires des éditorialistes pourraient donc se résumer la plupart du temps à cette phrase que nous prononçons quand nous sommes au téléphone : « Allo ? Vous m’entendez ? Ne coupez pas ! » Qu’on observe les étymologies particulièrement éclairantes de « buzz » et de « Twitter » : dans les deux cas, on notera l’analogie avec un bruit sans aucune signification.

Mais à vrai dire, la seule fonction phatique n’est pas suffisante pour caractériser la nature des commentaires des éditorialistes. S’y ajoute aussi, sous les dehors d’un discours qui se veut surplombant et objectif, une autre fonction du langage, la fonction émotive. Le commentaire de l’actualité à la télévision occupe en effet souvent la fonction du like ou dislike des réseaux sociaux. Le but du commentaire n’est donc pas, encore une fois, de fournir une explication éclairante sur un sujet précis mais de porter un jugement de valeur. On le sait, la mobilisation des émotions est un ressort puissant de l’attention et permet donc d’attirer et de retenir le téléspectateur. On comprendra donc que les plateaux des chaînes d’information soient organisés de manière à produire un contenu émotionnel d’autant plus puissant qu’il sera contradictoire : les éditorialistes se recrutent donc, non en fonction de leurs compétences sur tel ou tel sujet mais en fonction de leur orientation idéologique, ce sera le représentant de tel journal de gauche en face du représentant de tel journal de droite. On retrouvera donc à la télévision les débats enflammés que peut susciter dans les commentaires telle ou telle publication des réseaux sociaux. Cela influe évidemment sur la nature des informations retenues : à l’information consensuelle telle qu’elle pouvait se présenter de manière caricaturale dans le 13h de Jean-Pierre Pernaut, on préférera une information clivante à même de générer des prises de position tranchées et contradictoires.

Mais la prédominance des éditorialistes dans le système médiatique ne s’arrête pas là. Les caractéristiques de la fonction d’éditorialiste contamine en effet le reste du champ journalistique : c’est ainsi qu’un bon nombre de présentateurs, animateurs, intervieweurs, se sont mués en éditorialistes, prenant position de manière ostensible là où on attendrait un minimum de neutralité, au moins apparente. Ce qui a pour effet (et pour but) de transformer un certain nombre d’interviews en matchs de boxe où l’aspect conflictuel importe davantage que l’obtention d’informations. Là encore, il faut chercher dans ce changement de paradigme l’influence que font subir les réseaux sociaux à l’ensemble du système médiatique. Les passages les plus saillants d’une émission de télévision sont susceptibles d’être repris sur internet et c’est la recherche de cette reprise qui constitue le but ultime du journaliste de plateau. La forme en est de manière emblématique « la petite phrase ». Que le nombre de mots sur Twitter soit limité, empêchant ainsi le développement de tout raisonnement complexe n’est évidemment pas anodin et produit quasi-mécaniquement un appauvrissement de la pensée et de la compréhension. L’information des chaînes d’info en continu est donc devenu de fait « un récit raconté par un idiot plein de bruit et de fureur et ne signifiant rien ».

(...)

... les énoncés produits sur internet et en particulier sur les réseaux sociaux ont un statut particulier en cela qu’ils ne sont ni totalement ancrés, ni totalement coupés. On connaît généralement l’identité de l’énonciateur, à ceci près qu’il peut s’agir d’une identité fictive (ainsi cher lecteur et chère lectrice ignores-tu mon identité réelle à moins que tu ne sois de mes proches), on peut déterminer le moment où l’énoncé est produit qui ne correspond d’ailleurs pas forcément à sa réception (à moins qu’on ne vive que par et sur internet), en revanche rien ne nous précise le lieu (internet devient le lieu de référence : lorsque j’utilise le terme « ici », c’est mon blog que je désigne, pas le lieu réel où j’écris, identifiable sur une carte), le destinataire n’est pas forcément explicite, à tel point qu’il peut ou non apparaître dans l’énoncé (si j’utilise le pronom de deuxième personne, tu crois savoir que c’est à toi que je parle, même si je ne sais pas qui tu es).

La nature particulière et ambiguë des énoncés produits sur internet brouille donc les codes habituels de communication. On est là sans être ici, on s’adresse à quelqu’un sans savoir à qui, on est dans une temporalité indéterminée qui n’a ni début, ni fin. Les éléments de la situation d’énonciation qui trouvent leur origine dans le réel deviennent de pures abstractions désincarnées. Autrement dit, nous avons à faire à des énoncés sans situation d’énonciation, sans pour autant être des énoncés coupés par rapport à la situation d’énonciation. C’est à l’image des plateaux des chaînes d’information en continu peuplés de gens qui font comme s’ils connaissaient le réel mais qui n’en connaissent que la représentation. Il faut lire l’article consacré au sujet par mon collègue Sylvain Grandserre qui décrit en détail et de l’intérieur cet écosystème médiatique (en l’occurrence le fonctionnement de l’émission des Grandes Gueules et plus généralement de BFMTV), pour se rendre compte à quel point les professionnels censés rendre compte du réel n’en connaissent strictement rien, enfermés qu’ils sont dans l’espace artificiel des plateaux de télévision où ils côtoient essentiellement leurs semblables. Le fait même de passer à la télévision vous déconnecte du réel quand bien même vous en seriez issu.

(...)

Petrus Borel, professeur de français en lycée

Texte intégral à lire en cliquant ci-dessous 

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La Nupes, invisibilisée dans les médias

30 Mai 2022 , Rédigé par RFI Publié dans #Médias

Législatives 2022 : Lancement de campagne

Le programme de la Nouvelle union populaire écologique et sociale a été présenté jeudi 19 mai et il n’a pas toujours reçu un écho médiatique à la hauteur du rassemblement politique qu’il représente.

Si l’on veut connaître la nuance politique d’un journal ou son degré de compréhension de la gauche à trois semaines des élections législatives, il suffit de regarder son traitement de la conférence de presse des 650 propositions de la Nupes, la Nouvelle union populaire écologique et sociale qui rassemble insoumis, écologistes, socialistes et communistes.

Pour ce « programme partagé », présenté jeudi 19 mai 2022, c’est un traitement a minima avec seulement un maigre article perdu dans une page intérieure pour Le FigaroLe Parisien ou Les Échos, propriété de Dassault ou de LVMH. En revanche, il a fait la Une pour L’HumanitéLibération et Le Monde. Il faut dire que ce programme commun de la gauche, qui rappelle celui de 1972, est un événement incontestable que seul le parti-pris peut faire mine d’ignorer. Et pourtant, ni le 20h de Julien Arnaud sur TF1, ni celui de France 2 n’ont jugé digne de lui consacrer le moindre titre.

La politique, dit-on, n’intéresse personne. Pourtant, il y avait là, à la fois de l’image, du symbole et du fond. Pour la photo, il n’est pas courant de voir sur la même scène Olivier Faure pour le PS, Julien Bayou pour Europe Écologie-Les Verts, Ian Brossat pour le PC et Jean-Luc Mélenchon pour les insoumis. Pour le symbole, il est encore plus notable de voir que toutes ces formations ont été capables de s’entendre sur le nom de Mélenchon comme Premier ministre et de mettre entre parenthèses leurs différences pour présenter des propositions communes, dans 95% des cas.

Et parmi elles, la possibilité de changements en profondeur pour des dizaines de millions de personnes. Que ce soit un SMIC passant de 1 300 à 1 500 euros net, une révolution fiscale avec 14 tranches d’imposition au lieu de cinq, la retraite à 60 ans, un investissement massif dans la bifurcation écologique avec un million d’emplois à la clé, le blocage des prix de première nécessité… Bref, une rupture « raisonnée mais ferme » comme dit le leader de la France insoumise.

Le soir du premier tour, un comptage par formation politique a pour but d’éviter de montrer la force de Nupes. De la même façon, beaucoup de contre-feux semblent allumés pour détourner les médias de cette union politique. Il y a les sujets légitimes comme le nouveau gouvernement, l’Ukraine, Cannes… et puis ceux qui semblent faits pour rallumer des polémiques, comme l’affaire du burkini à la piscine de Grenoble.

Face à cela, Nupes promet de revoir pas mal de choses dans les médias avec une loi anti-concentration, un Conseil national des médias ou encore des mesures de protection contre les influences politiques et financières dans les rédactions.

Amaury de Rochegonde

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