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Vivement l'Ecole!

mathematiques

Le hasard existe-t-il vraiment ? - Hugo Duminil Copin/Médaille Fields 2022 (Vidéo)

5 Juillet 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Mathematiques

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Education : dans les lycées, le retour des maths en option ne semble pas emballer les élèves

24 Juin 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Mathematiques

Education : dans les lycées, le retour des maths en option ne semble pas emballer les élèves

Alors que les mathématiques font leur retour en classe de première en option dès la rentrée 2022, les établissements scolaires enregistrent peu de candidats jusqu'à présent. Un problème de calendrier mais aussi d'appétence pour la discipline, selon un proviseur. 

"Tout ça pour ça", c’est l’expression qui revient souvent, de la part des proviseurs, après l'annonce du retour des mathématiques dans le tronc commun au lycée, sous la forme d'un cours facultatif de 1h30 en classe de première. 

Entre 10 et 15 élèves sur 300 ont par exemple choisi l’enseignement dans ce lycée de Lannion, moins de 10 sur 160 dans cet établissement de Toulouse. Ou encore une vingtaine sur plus de 200 à St Quentin. Nulle part, les maths optionnelles semblent faire recette.

"C'est peut être dû à l'arrivée tardive de l'information", suppose Olivier Beaufrère, proviseur dans l’Essonne et secrétaire national du syndicat des chefs d’établissements SNPDEN. "Par ailleurs, les élèves ont perdu l'appétence pour les mathématiques. C'est là, la vraie réflexion à conduire pour la rentrée 2023."

"Il faut vraiment avoir une vision d'ensemble et non pas une vision parcellaire sur quelques heures en année de première." Olivier Beaufrère à franceinfo

Dans la plupart des lycées, les élèves pourront choisir cet enseignement facultatif jusqu’au dernier moment, à la rentrée de septembre. Mais comme il a été annoncé très tard, alors que les organisations d’emplois du temps étaient déjà bien avancées, il risque d’être proposé sur les derniers créneaux horaires disponibles : le soir après 17h, ou le mercredi après-midi.

Noémie Bonnin

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Lycée : Les élèves de seconde vont-ils s’emparer de la nouvelle option maths en 1re ?

8 Juin 2022 , Rédigé par 20 Minutes Publié dans #Education, #Mathématiques

Lycée : Les élèves de seconde vont-ils s’emparer de la nouvelle option maths en 1re ?

Les maths qui avaient disparu du tronc commun au lycée, font leur retour dès la rentrée, mais sous forme d'option

- Emmanuel Macron a annoncé jeudi dernier, lors d’une visite à Marseille, le retour des mathématiques « en option », « non obligatoire », en classe de Première dès la rentrée prochaine.

- Une nouvelle qui tombe tardivement, alors que beaucoup d’élèves de seconde n’ont plus qu’une semaine de cours.

- Certains élèves ayant choisi la spécialité maths en 1re pourraient changer leurs plans et en prendre une autre, en s’inscrivant en option maths en parallèle. Ce qui pose question.

Une nouvelle qui prend les proviseurs et les lycéens de court. Emmanuel Macron a annoncé jeudi, lors d’une visite à Marseille, le retour des mathématiques « en option », « non obligatoire », en classe de 1re dès la rentrée prochaine. « Cet enseignement permettra aux non-spécialistes de consolider l’apprentissage et la maîtrise des notions fondamentales et de poursuivre le cas échéant avec l’option mathématiques complémentaires en terminale », a précisé le ministère de l’Education nationale, dans un communiqué.

Problème : cette information tombe alors que beaucoup de lycéens de seconde ont déjà eu leur conseil de classe et qu’ils ont souvent déjà rendu leur fiche dialogue dans laquelle ils ont déterminé quelles spécialités ils souhaitent prendre en 1re. Or, certains de ceux qui ont choisi la spécialité maths, mais n’ont pas un excellent niveau dans la matière, pourraient être tentés de changer leur fusil d’épaule : « Ils peuvent se dire que l’option maths leur suffira pour la suite et finalement choisir une autre spécialité dans lequel ils sont plus à l’aise », indique Eric Labastre, secrétaire générale de la FCPE.

Difficile de conseiller les élèves…

Certains proviseurs ont déjà envoyé un mail aux élèves afin d’inciter ceux inscrits en spécialité maths (réputée très exigeante) à réviser leur choix. Mais d’autres misent sur la prudence, à l’instar de Christelle Kaufmann, proviseure du lycée Louis Rascol à Albi et membre du SNPDEN : « C’est difficile de leur conseiller d’abandonner la spécialité maths au profit de l’option, car on ne connaît pas encore le programme de cette dernière qui ne sera publié que fin juin. On sait juste qu’elle abordera les statistiques, les probabilités et le traitement des données. On ne voudrait pas qu’ils se retrouvent bloqués par la suite dans le choix de leurs études supérieures ».

Selon Mélanie Guenais, vice-présidente du collectif des sociétés savantes et associations des professeurs et universitaires scientifiques : « Penser que l’option maths suffira pour se diriger vers la gestion, l’économie, les Staps, la filière santé, la psycho, voire même le droit est très risqué. Car dans ces filières, on privilégie davantage sur Parcoursup, les dossiers de candidats qui ont suivi la spécialité maths », indique-t-elle.

Quid de l’option maths complémentaires en Terminale ?

Autre interrogation : si l’option maths peut permettre d’accéder à l’option maths complémentaires en terminale, les élèves auront-ils le niveau pour suivre cette dernière ? Car à l’origine, cette option de terminale est destinée aux élèves qui abandonnent la spécialité maths en fin de 1re mais qui ont tout de même besoin de maîtriser quelques bases de mathématiques pour leur poursuite d’études. « Les élèves qui auront fait 1h30 d’option maths par semaine en 1re vont se retrouver avec des camarades qui en auront suivi 4h par semaine. Les groupes risquent d’être très hétérogènes », souligne Eric Labastre.

« Or, les maths nécessitent une pratique régulière. C’est comme cela qu’on acquiert des automatismes. Donc suivre 1h30 à par semaine dans des groupes qui seront peut-être composés de 40 élèves, cela risque d’être insuffisant pour y parvenir », souligne Mélanie Guenais. « Dans l’idéal, il faudrait que les lycées mettent en place des séances de remise à niveau en terminale pour que les élèves ayant juste suivi l’option maths puissent rattraper leurs camarades. Mais auront-ils les moyens de le faire ? », interroge Christelle Kaufmann.

Tous les lycées pourront-ils proposer l'option ?

Les lycées qui n’ont pas choisi la spécialité maths auront moins de questions à se poser. « Dans mon lycée, ils représentent 30 % des élèves de 1re. J’espère vraiment que beaucoup d’entre eux suivront l’option maths », confie Christelle Kaufmann. « Encore faut-il que l’information passe bien, puisque les élèves de seconde finissent les cours vendredi », ajoute Eric Labastre. « L’enjeu est surtout de savoir si les filles et les lycéens issus de milieux défavorisés inscrits dans d’autres spécialités, voudront suivre cette option. Car la réforme du bac a accru les inégalités en ce qui concerne l’accès aux mathématiques », ajoute Mélanie Guenais.

Last but not least. Reste à savoir si tous les établissements seront en capacité de proposer cet enseignement facultatif. « Il y a une telle pénurie de profs de maths, qu’il va falloir jouer sur les heures supplémentaires que les enseignants pourront prendre », souligne Eric Labastre. « Dans certains lycées, au aura très certainement recours aux contractuels pour assurer toutes les heures », ajoute Christelle Kaufmann.

Delphine Bancaud

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Éducation : les mathématiques peuvent-elles faire leur retour dans le tronc commun dès la rentrée prochaine ?

29 Mai 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Mathematiques

Éducation : les mathématiques peuvent-elles faire leur retour dans le tronc commun dès la rentrée prochaine ?

Il n'y a toujours pas de décision officielle à ce sujet alors que les élèves de seconde font en ce moment leurs choix de spécialité pour l'année prochaine.

L'engagement avait été pris par Emmanuel Macron et confirmé par l'ancien ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Les mathématiques vont faire leur retour dans le tronc commun pour les élèves de première.

La discipline était devenue un enseignement au choix depuis 2019 et la réforme du lycée menée par l'ancien ministre de l'Éducation nationale. Cependant, mercredi 25 mai 2022, il n'y a toujours pas de décision officielle à ce sujet, alors que le temps presse et la fin d'année approche à grands pas.

Le nouveau ministre Pap Ndiaye reste encore flou sur le calendrier. Selon lui, le retour des mathématiques dans le tronc commun est "acté", sauf qu'il ne précise pas pour quand : est-ce dès la rentrée prochaine, comme l'a promis le chef de l'État réélu, ou est-ce à la rentrée 2023 ?

Septembre 2022, un délai trop court pour les établissements ?

Évidemment, ce changement de calendrier changerait tout. Les syndicats d'enseignants et des chefs d'établissements sont vent debout contre une application dès septembre 2022. Selon eux, le délai est beaucoup trop court, les moyens des établissements sont répartis depuis longtemps et il est très probable que de nombreux lycées manquent de professeurs de mathématiques.

Les élèves de seconde doivent faire ces jours-ci leurs choix de spécialités pour l'année prochaine et personne ne peut leur dire s'ils auront des maths dans les enseignements communs.

Les associations de professeurs et sociétés savantes ont redit leur opposition ferme à la proposition de programme, publiée il y a deux semaines. Elles évoquent un "catalogue sans cohérence globale", une quantité de thèmes abordés "inadaptée" et un traitement qui montre la "méconnaissance profonde des rédacteurs".

Noémie Bonnin

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Jean-Michel Blanquer, lauréat du Prix d’Alembert 2022 de la SMF (Société Mathématique de France)

1 Avril 2022 , Rédigé par SMF Publié dans #Education, #Mathematiques

Blanquer veut remettre des maths en 1ère et terminale (après les avoir  largement réduites) | Le HuffPost

Le Prix D’Alembert récompensant une action destinée à mieux faire connaître et comprendre les mathématiques et leurs développements récents est attribué à :

Jean-Michel Blanquer

La Société Mathématique de France salue l'audace de la réforme du lycée qui propose de s'affranchir des sciences afin de positionner la France comme l'acteur principal des développements technologiques futurs. Cette réforme est d'autant plus remarquable qu'elle a été élaborée en quelques mois à peine sans l'aide de la communauté scientifique. C'est le signe de la pensée visionnaire de ses initiateurs. Il s'agit d'une révolution de la pensée à de nombreux égards.

Après seulement deux années de mise en place les premiers effets spectaculaires sont déjà visibles, avec plus de la moitié des filles et d’un tiers des garçons de terminale générale qui ne font plus de mathématiques.

Grâce à ce dispositif de grande ampleur, la place des mathématiques au lycée a pris une visibilité médiatique inédite depuis le mois de janvier 2022, avec des centaines de relais dans tous les types de médias, allant même jusqu’à constituer des questions dans les jeux télévisés du dimanche midi.

Pour cette action remarquable en faveur de la diffusion des mathématiques auprès du grand public, la SMF décerne donc exceptionnellement le prix d’Alembert à l’initiateur de cette réforme, Jean-Michel Blanquer.

Bon 1er avril 2022

https://smf.emath.fr/actualites-smf/prix-dalembert-jm-blanquer

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Les mathématiques, c’est politique

25 Février 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Mathematiques

Les mathématiques, c’est politique

Pour inciter les lycéens à faire des mathématiques, il ne suffit pas de proclamer que l’on a besoin de scientifiques. Il faut leur montrer que c’est une affaire de la Cité, une attitude pour mieux s’armer face à la masse d’informations.

La réforme des lycées et ses conséquences sur la diminution importante des enseignements de mathématiques subit, en ce début 2022, des turbulences. Les grands médias s’emparent de ce sujet, de «ce scandale qui ne scandalise personne». Selon le Monde «la réforme a fait chuter de 90% à 59% la proportion d’élèves suivant un enseignement de mathématiques en terminale. Plus grave, elle se traduit par une chute de 7% de la proportion de filles qui suivent un enseignement intensif de mathématiques en terminale.»

Réforme d’autant plus mal venue que pour comprendre des communications statistiques, il faut savoir calculer et raisonner ; distinguer les points de vue, le cadrage, par exemple celle-ci sur le pouvoir d’achat : «Depuis le début du quinquennat [Macron], selon l’Institut des politiques publiques, le pouvoir d’achat des plus riches a augmenté de 4,1% et baissé de 0,5% pour les plus pauvres. […]. Conclusion de l’Institut : le pouvoir d’achat a augmenté en moyenne de 1,6% (1).»

La conclusion, critiquée à juste titre par Jean-Claude Maillyreprise par les décideurs et les médias, porte sur une moyenne impossible à vérifier du moins avec ces seules données ; elle ne traduit pas l’accroissement des inégalités, la part des dépenses lourdes chez les plus modestes. Même à supposer que le pouvoir d’achat ait augmenté en pourcentage, ce qui est faux pour les plus pauvres, une légère augmentation de un ou deux points se traduit par une augmentation de salaire très faible pour les petites classes moyennes, et c’est évidemment l’inverse pour les plus riches. Pour les gouvernements, définir une politique suite à des statistiques globales est donc une faute. Un journaliste, souvent confronté à des personnalités politiques qui avancent avec aplomb des données chiffrées, devrait être capable de les contredire, du moins de les nuancer. Les affirmations contenant des chiffres sont malheureusement rarement démenties par des interlocuteurs mal formés au raisonnement mathématique, même élémentaire. Elles conduisent au délétère «ils nous mentent tous !».

Au nom de la «réalité des chiffres»

Or ce ne sont pas les chiffres qui mentent mais leur interprétation paresseuse qui manque de pertinence. Sur cet exemple, il n’est pourtant question que d’opérations élémentaires pour calculer une moyenne, qui n’est qu’un indicateur très réducteur de la réalité. S’en contenter en matière de pouvoir d’achat, d’espérance de vie, de politique de santé permet aux responsables politiques de prendre des décisions sans nuance et donc sans discernement. J’émets l’hypothèse, peut-être naïve, que l’incompétence scientifique prime sur les mauvaises intentions, ce qui est tout aussi grave. Dans la mesure où les décisions sont assumées au nom de la «réalité des chiffres», j’affirme ici que «les mathématiques, c’est politique», relayant ainsi le juriste Alain Supiot pour lequel «le gouvernement cède la place à la gouvernance par les nombres». En cette période de crises multiples – économique, écologique et bien sûr, sanitaire – se poser la question de la place des mathématiques dans l’enseignement et dans la Cité est redevenu d’actualité.

Face à la question «Que peuvent les mathématiques dans notre compréhension du monde ?», les réponses de ceux qui s’en réclament et écrivent des ouvrages grand public ne me satisfont pas, notamment parce que la question, trop vaste, est remplacée par une autre, plus simple : «Qu’est-ce que les mathématiques ?» ; dans ces ouvrages, il est souvent question de certains aspects classiques des mathématiques, comme les curiosités, les jeux amusants, les algorithmes, bref, au bout du compte, le profane, celui ou celle qui dit «j’ai toujours été nul en maths» n’est pas plus avancé. Et pas convaincu. Pour inciter les lycéens à faire des mathématiques – ils sont de moins en moins nombreux – il ne suffit pas de proclamer que l’on a besoin de scientifiques, d’ingénieurs même si cela est vrai. Il ne s’agit pas non plus de promettre monts et merveilles avec l’intelligence artificielle (IA).

Dépasser des préjugés tenaces

Mais il faut montrer à des citoyens curieux de dépasser des préjugés tenaces, et le prouver, que les mathématiques constituent une voie d’apprentissage de la nuance, un bien commun mal partagé ; lors de mes conférences dans le cadre d’universités populaires, j’ai eu l’opportunité de montrer que apprendre les mathématiques, c’est d’abord apprendre à penser ; or penser, comprendre, procure de la joie, pas seulement un plaisir éphémère pas vraiment des mots que l’on associe spontanément à l’activité mathématique. Les mathématiques, c’est une affaire de la Cité ; pour se convaincre de cela, il faut mettre en avant la puissance et la singularité du raisonnement mathématique, la puissance du raisonnement statistique – et non pas seulement la puissance de calcul qui est à la portée du premier ordinateur venu ; il faut définir précisément les mots «jargon» surgis à partir de la crise Covid ; dire en quoi consiste la modélisation, ce qu’est une hypothèse donnerait une illustration de ce que les raisonnements mathématiques permettent de faire. On pourrait ainsi tous se sentir acteur sans être expert, c’est plutôt l’inverse aujourd’hui.

Concrètement, il s’agit de s’armer face à la masse d’informations, l’inflation des termes mal compris issus du vocabulaire mathématique, la domination du «tout économique» sous couvert de «tout mathématique», y compris dans la gestion des hôpitaux publics, donc de ressources humaines. En pratiquant la science statistique, on fait de la prospective, science qui permet de concilier rigueur et incertitudes, de comprendre les informations chiffrées, les tableaux, les graphiques.

Face au sentiment de toute-puissance souvent évoquée à propos de mathématiques, on conviendra avec humilité qu’elles n’ont pas réponse à tout ; l’IA ne préserve pas des arnaques de promesses de gain pour les jeux et paris en ligne, véritable impôt sur la fortune des pauvres et des jeunes. Ainsi, avoir des aptitudes aux mathématiques n’est pas indispensable pour adopter une attitude mathématique ; une attitude philosophique, prônant le raisonnement, la complexité, permettant de transformer informations en connaissances, me paraît nécessaire et éclairante.

par Martine Quinio-Benamo, Professeure retraitée (université Aix-Marseille) agrégée de mathématiques

(1) Jean-Claude Maillyin revue du Franc-Tireur, numéro 2.

Martine Quinio-Benamo est l’auteure de l’ouvrage Probabilités et Statistique aujourd’hui, «Sciences et Société», L’Harmattan 2009, et coauteure de l’ouvrage collectif Sciences et Humanités. Décloisonner les savoirs pour reconstruire l’université, éditions Presses universitaires de Provence (PUP), 2019.

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Maths au lycée: la déficience exacte de Blanquer

11 Février 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Mathematiques

Maths au lycée: la déficience exacte de Blanquer

EXTRAITS

Depuis 2019, la réforme du bac a fragilisé la place des maths au lycée. Devenue facultative en classe de première, la discipline est désertée, notamment par les filles. Face aux craintes d’une baisse du niveau global, d’un creusement des inégalités et d’une pénurie de scientifiques, le ministre fait marche arrière.

Mauvais calculs pour Jean-Michel Blanquer. Face aux multiples alertes des enseignants et sociétés savantes sur la chute très nette des enseignements en maths au lycée, le ministre de l’Education nationale a concédé dimanche au micro de CNews qu’il faudrait réformer sa réforme. Un rétropédalage inattendu pour celui qui avait placé cette matière comme enjeu prioritaire en commandant un rapport au député de l’Essonne Cédric Villani. Cette crainte autour des maths a largement dépassé les seuls bancs de l’Education nationale, trouvant écho jusque dans ceux du Medef, inquiet de voir s’envoler avec ce nouveau système un futur vivier d’ingénieurs. A l’argument utilitariste s’ajoute la récupération politique. La candidate LR, Valérie Pécresse, a pour sa part dénoncé sur BFM TV «un effet pervers» de la réforme qui «a enlevé beaucoup de mathématiques», tout en jugeant, dans une formule controversée : «On a fermé les filières S, qui étaient les filières des bons élèves.»

Dans ce nouveau lycée à la carte, grand œuvre de Blanquer, les filières ont en effet été remplacées dès 2019 par des spécialités (trois en première à raison de quatre heures par semaine et deux en terminale à raison de six heures hebdomadaires). Contrairement aux sections technologiques et professionnelles, les maths sont désormais enseignées en dehors du tronc commun. Ce qui n’était le cas auparavant que dans la série littéraire. La discipline, non obligatoire à partir de la première, ne peut être suivie que comme spécialité avec, à la clé, un niveau exigeant (qui peut être couplé à l’option «maths expertes») ou en prenant l’option «maths complémentaires» en terminale. Seul subsiste pour tous les élèves un enseignement scientifique de deux heures, partagé entre trois matières (SVT, physique-chimie et une mineure de maths). Alors que la primauté des maths vacille, Blanquer voudrait faire de cet enseignement scientifique sa variable d’ajustement. L’idée serait de le «faire évoluer» afin qu’il comporte «plus de mathématiques»selon ses propos sur CNews. Un levier jugé insuffisant face aux enjeux. Décryptage.

Quels effets a produit la réforme du lycée sur l’enseignement des maths?

La réforme du lycée a entraîné des conséquences en cascade pour les maths, matière reine de l’ancien système et de la série S. Le nombre d’heures a baissé de près de 20% de 2018 à 2020, l’une des plus fortes diminutions toutes disciplines confondues, liée à son retrait du tronc commun. Si, à la rentrée, 64,1% des élèves de première générale ont choisi la spécialité mathématiques, en terminale, 45% ne font plus du tout de maths, selon les derniers chiffres du ministère. «Aujourd’hui, ils peuvent panacher les spécialités, et comme les maths c’est assez complexe et qu’ils ne sont plus obligés d’en faire, ils arrêtent», regrette Nathalie Braun, professeure de maths au lycée Rosa-Parks à Thionville (Moselle).

Face à ce désamour, Céline Ibar, qui enseigne au lycée Jules-Supervielle à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), concède une part de «déception» mais se raccroche : «En spécialité, ils ne sont pas nombreux mais motivés.» La désertion est particulièrement alarmante chez les filles. En 2019, 47,5% étaient scolarisées en terminale S, deux ans plus tard seules 39,8% suivent la spécialité maths. En 1994, elles étaient environ 40%. Un effet prévisible pour Anne Boyé, présidente de l’association Femmes et mathématiques : «Avec la réforme, il faut s’orienter de façon plus précoce, à un moment où les élèves sont sensibles à l’environnement social et largement aussi aux stéréotypes.» Clémence Perronnet, sociologue de l’éducation, abonde : «On sait que quand on donne plus de choix, on obtient des filières plus ségréguées.»

(...)

Moins de maths pour compenser une pénurie d’enseignants ?

La réforme a fragilisé la place des maths au lycée. «On nous a enlevé 33 540 heures depuis 2018», s’indigne le président de l’Apmep, reprenant les chiffres de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp). Officiellement, l’administration n’a jamais admis que cette baisse devait répondre à une pénurie de profs, «mais c’est ce que ça laisse penser», soupire-t-il. Entre 2010 et 2020, le nombre de postes d’enseignants en mathématiques non pourvus à l’issue des concours a augmenté de 153 postes pour le Capes et de 73 pour l’agrégation, faute d’un nombre suffisant de candidats. Une situation décrite comme «extrêmement préoccupante» par un rapport sénatorial de 2021 sur l’attractivité du métier. «Quelqu’un qui a un bon niveau bac +5 en maths sait très bien qu’il peut être recruté ailleurs, dans le privé, à un salaire supérieur», explique Anne Boyé.

Mais le salaire n’est pas l’unique explication. D’autres pays, comme l’Allemagne ou le Luxembourg, peinent à recruter alors que les profs y sont mieux rémunérés. Pour Mélanie Guenais, la base du problème réside dans la «masterisation de la formation des enseignants, qui a entraîné une chute dramatique du nombre de candidats» depuis 2010. En somme, aujourd’hui, tous les enseignants doivent «avoir un niveau bac +5, passer un concours pas très facile et le salaire n’est pas très attractif», résume Anne Boyé.

(...)

par Lucie Beaugé, Violette Vauloup et Marlène Thomas

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"C'est une catastrophe": Depuis la réforme du Bac, les lycéennes se détournent des maths"

7 Février 2022 , Rédigé par bfmtv Publié dans #Education, #Mathematiques

"C'est une catastrophe": Depuis la réforme du Bac, les lycéennes se détournent des maths"

Avec la réforme du bac, les mathématiques sont dorénavant enseignées comme une spécialité, délaissée par les filles. Face à ce constat, Jean-Michel Blanquer estime désormais qu'il faudrait "probablement" ajouter des mathématiques dans le tronc commun.

Des lycéennes qui se détournent des mathématiques? Plusieurs sociétés savantes et associations de mathématiques ont alerté sur l'aggravation des inégalités entre les filles et les garçons en mathématiques au lycée depuis la réforme du bac, "anéantissant brutalement plus de vingt-cinq ans d'efforts", s'inquiètent-elles dans un communiqué commun publié fin janvier.

"En terminale générale, "seulement 25% des filles en 2021 ont un enseignement de mathématiques de plus de six heures hebdomadaires contre 45% avant la réforme", écrivent-elles.

Le décrochage est "encore plus édifiant" en première, où près de la moitié des lycéennes abandonnent les mathématiques en fin de seconde, "alors qu'elles étaient jusqu'en 2018 environ 83% à poursuivre un enseignement de mathématiques", déplorent-elles, citant des données du ministère de l'Éducation nationale.

"Une heure de maths par mois" dans le tronc commun

Pour les garçons comme pour les filles, avec la disparition des filières S, ES et L liée à la réforme du bac - entrée en vigueur à la rentrée 2019 pour les élèves de première, l'année suivante pour ceux de terminale - les mathématiques sont devenues un enseignement de spécialité, au même titre que les sciences de la vie et de la Terre (SVT) ou la physique-chimie.

Dès la fin de la seconde, les élèves doivent dorénavant choisir trois enseignements de spécialité pour n'en garder que deux en terminale. S'ils conservent tout de même deux heures hebdomadaires d'enseignement scientifique sur les quinze du tronc commun, ces deux heures sont partagées entre trois disciplines (SVT, physique-chimie et mathématiques).

Et c'est là que ça coince, pour les lycéens comme pour les lycéennes, pointe Sébastien Planchenault, le président de l'Association des professeurs de mathématiques de l'enseignement public (APMEP). "Les mathématiques ne représentent qu'à peine 10% du programme d'enseignement scientifique dans le tronc commun, soit à peu près une heure de maths par mois."

"Une régression"

Le député-mathématicien Cédric Villani, auteur d'un rapport sur l'enseignement des mathématiques, a estimé sur France Inter que la mise en place de l'enseignement scientifique comprenant les trois disciplines avait été "ratée". Anne Boyé, la présidente de l'association Femmes et mathématiques, partage la même analyse. Elle dénonce même pour BFMTV.com "une régression".

"En filière ES, les élèves de terminale avaient quatre heures de mathématiques par semaine. En S, six heures, voire huit s'ils prenaient la spé maths. On en est très loin aujourd'hui."

Quant à l'option maths complémentaires - mise en place à la rentrée 2020 après une polémique sur le niveau de l'enseignement de spécialité mathématiques - elle serait parfaitement inutile, poursuit Anne Boyé.

"Cette option ne donne pas lieu à une épreuve terminale et elle est insuffisante pour poursuivre des études scientifiques dans le supérieur qu'il s'agisse d'une prépa BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la Terre, NDLR), d'études de biologie, ou même pour entrer dans une école vétérinaire ou une école de commerce."

"Elles renoncent avant même d'avoir essayé"

Le problème est encore plus criant pour les lycéennes, nombreuses dans l'ancienne filière scientifiques, mais qui aujourd'hui choisissent moins les mathématiques comme une spécialité: en 2021, il y avait 39,8% de filles en spécialité maths, contre 47,5% de filles en terminale S en 2019.

"Le problème, c'est que plus on oriente vite les élèves, plus les stéréotypes et les préjugés se renforcent", s'inquiète Sébastien Planchenault, de l'APMEP. "Elles renoncent avant même d'avoir essayé."

Mélanie Guenais, enseignante-chercheuse à l'Université Paris-Saclay et vice-présidente de la Société mathématique de France, dénombre 60.000 filles en moins dans les cours de mathématiques. "C'est considérable", regrette-t-elle pour BFMTV.com. "Du point de vue de l'égalité, c'est une catastrophe". Et dénonce "un effet d'autocensure".

"Les filles se dirigent moins vers les maths parce qu'elles ne sont pas sûres d'elles, pas décidées ou mal informées. Elles ont peur de ne pas être au niveau et osent moins. C'est évidemment culturel et de nombreux mécanismes sont en cause. Mais le problème, c'est que c'est une perte de chance pour elles et une rupture dans un équilibre filles-garçons auquel on était parvenu."

"Elles ne pourront plus accéder aux mêmes études"

Les années de première et de terminale représentaient, pour les filles, deux années supplémentaires pour leur laisser le temps de se dire "pourquoi pas", ajoute Sébastien Planchenault, le représentant des professeurs de mathématiques. Temps qu'elles n'ont plus.

"Avant, les filles se tournaient vers un bac S et pouvaient ensuite s'orienter vers des études scientifiques. Ce n'est plus le cas. En renonçant aux mathématiques dès la première, elles se ferment des portes."

Il se dit inquiet pour l'avenir et craint que toute une génération de femmes scientifiques ne voit jamais le jour. Ce sont aussi les craintes de Pierre Priouret, professeur de mathématiques et responsable du groupe mathématiques au Snes-FSU, le premier syndicat des enseignants du second degré.

"La mécanique de la réforme ajoute un caractère inéluctable aux choix", explique-t-il à BFMTV.com. "Avant, les filles quittaient le lycée avec le même bagage et le même potentiel. Là, clairement, le bagage est inférieur, elles seront de toute évidence barrées dans leur orientation et ne pourront plus accéder aux mêmes études que les garçons. La réforme du bac n'assure plus une homogénéité de la formation."

Une "génération manquante"

À plus long-terme, "cette génération manquante pourrait mettre à mal la compétitivité de la France dans les domaines techniques et scientifiques", estime Sébastien Planchenault, le représentant des professeurs de mathématiques. "Je rappelle qu'il manque toujours 5000 postes dans le domaine de la cybersécurité."

Pour Anne Boyé, de l'association Femmes et mathématiques, il est impératif et urgent de "rétablir" la place des mathématiques dans le tronc commun. Elle préconise également la mise en place d'un enseignement de spécialité des mathématiques "à l'équilibre" entre les options maths expertes - actuellement privilégiée par les garçons - et complémentaires - majoritairement choisies par les filles.

"On avait réussi à aller vers un équilibre filles-garçons", insiste Mélanie Guenais, de la Société mathématique de France. "Là, on a une rupture. C'est incohérent d'autant plus quand on s'est fixé l'objectif de former davantage de scientifiques. Que ce soit pour les études supérieures, dans les filières scientifiques mais aussi économiques, sociales ou dans les études de santé, ou tout simplement au quotidien, on a besoin des outils mathématiques."

Blanquer change de ton

Interrogé sur BFMTV fin janvier, Jean-Michel Blanquer avait au contraire estimé que l'enseignement des mathématiques avait été "renforcé" et invitant à ne pas "se tromper de diagnostic". Selon lui, grâce à la réforme du bac, davantage d'élèves qui choisissent des enseignements de spécialité scientifiques se tournent vers des études supérieures scientifiques.

Le ministre de l'Éducation nationale a finalement changé de ton ce dimanche, sur Europe 1, en affirmant qu'il faudrait "probablement" ajouter des mathématiques dans le tronc commun de la classe de première et terminale, pour que "l'ensemble des élèves" aient davantage de "culture mathématique". Tout en défendant malgré tout l'enseignement de spécialité mathématiques, "beaucoup plus exigeant" que le programme de l'ancienne terminale S.

DOSSIER : 

 

https://twitter.com/chussonnoCéline Hussonnois-Alaya

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“J’ai pas peur de la mort, j’ai peur de l’avenir”. Bradley, 11 ans.

5 Février 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Mathematiques

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Grandir : des enfants en temps de pandémie

Est-ce qu’on regrette sa petite enfance à douze ou treize ans ? Comment voit-on l’avenir ? Mamadou, Virgile, Emma, Bradley, Wassim et Maelyn habitent à Pantin, Montreuil ou Romainville. Ils hésitent entre enfance et âge adulte, racontent leurs rêves et leurs peurs à l’heure d’une pandémie mondiale.

Nous sommes devant la médiathèque de Romainville (Seine-Saint-Denis). Bradley et Wassim, onze ans, se rendent compte que leurs jeux ont changé, et leur vision de la vie aussi. Ils commencent à réaliser qu’ils mourront un jour. La mort, ce n’est seulement une histoire de vieilles personnes. Elle peut survenir n’importe quand, selon Bradley, par exemple à cause d’une vengeance au sein de la cité. “Si t'embrouilles quelqu’un, dans dix ou vingt ans, il te retrouve et il te tue, c’est pour ça", explique-t-il gravement. C’est ce genre de peur qu'on commence à avoir quand on grandit.

“J’ai pas peur de la mort, j’ai peur de l’avenir”Bradley

Inès et Maelyn ont aussi onze ans. Elles ont constaté un changement entre leur enfance et leur début d’adolescence. D’abord, il y a la peur du jugement sur l’apparence, comparée à l’insouciance d’avant. Elles veulent ressembler aux grandes de troisième. Ensuite, il y a peur de l’agression, la peur de se faire siffler dans la rue.

Et physiquement, comment s’imaginent-ils ? “A part mes taches de rousseurs, je vois pas ce qui peut changer”, affirme Wassim.

Reste la question du métier. Alors que Wassim rêve d’être footballeur, Bradley envisage de travailler dans les espaces verts, comme son père. D’ailleurs, quand il sera grand, il habitera près de chez ses parents, de préférence dans le même bâtiment. C’est une question de souvenirs.

Pantin, Seine-Saint-Denis, dans la cité des Courtillères, un autre groupe d’enfants jouent au foot. “Je préfère quand on est enfants, comme ça on paie pas les factures, on a pas de problèmes”, disent-ils. “Si je le pouvais je serais enfant toute ma vie”, se dit Mamadou, douze ans, car pour lui, être enfant, c’est d’abord s’amuser. Alors que ses camarades rêvent d’être footballeurs, Mamadou préfèrerait être chef d’entreprise, pour gagner assez pour nourrir sa famille — il a six frères et sœurs — et ne pas trop travailler. Ses parents n’ont pas de problèmes d’argent, explique-t-il, mais ils ne font pas un métier facile. “Si j’ai assez d’argent, j’achèterai une autre maison pour ma mère”, conclut Mamadou.

Toujours à Pantin, à l’école Montessori. Virgile a quatorze ans et il se définit comme un ado qui a encore parfois "la mentalité d’un enfant”. Pourtant, il regrette son imagination d’autrefois. Il a arrêté de jouer aux jeux imaginaires par peur du regard des autres.

Comme BradleyVirgile voudrait faire le même métier que son père : informaticien. Lui aussi il a peur de la mort, mais sa grande préoccupation, c’est la crise écologique. “J’ai pas envie de mourir en 2050 à cause du dérèglement climatique”, dit-il. Une peur qui s’est accrue depuis la pandémie.

Emma, elle, a douze ans et vit à Montreuil. Comme Mamadou, quand elle sera grande, elle offrira à sa mère une maison, mais elle voudrait la construire elle-même. Elle sera au bord de la mer, en Normandie, avec du papier peint à fleurs.

L’âge parfait ? Pour Bradley, c’était seize ans. Pour Emma, c’est dix-sept ans, comme sa sœur : l’âge de tous les possibles.

Merci aux enfants de Seine Saint Denis qui ont accepté de répondre aux questions de Karine Le Loët et à leurs parents, à l’école Montessori 21, au centre Gavroche et à la mairie de Pantin.

Reportage : Karine Le Loët

Réalisation : Emily Vallat

Mixage : Sébastien Royer

Musique de fin : "La Quête" d'Orelsan.

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Réforme du lycée : le blues des profs de maths

4 Janvier 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Mathematiques

Mathématiques — Wikipédia

EXTRAITS

Disparue du tronc commun, choisie comme spécialité par seulement 37 % des élèves de terminale, la matière, au programme très exigeant, ne fait plus recette.

La discipline reine de l’ancien bac scientifique est descendue de son piédestal, au grand dam de ses professeurs. Avec la réforme du lycée, le nombre d’heures globales attribué à chaque matière a été redistribué et les mathématiques font partie des grandes perdantes, avec une baisse de 18 % du nombre d’heures entre 2018 et 2020.

Cette évolution est la conséquence de la disparition des mathématiques du tronc commun des enseignements, mais aussi des choix des lycéens, expliquent les services statistiques du ministère de l’éducation nationale. En première, 64 % des élèves choisissent la spécialité mathématiques. Ils ne sont plus que 37 % en terminale en 2021, avec le passage de trois à deux spécialités. Une désaffection qui s’accentue : en 2020, 41 % des élèves optaient encore pour cette spécialité pour leur dernière année d’études secondaires.

(...)

Dans les salles des profs, le stress s’installe. Anne Bey, professeure à Montpellier, craint des suppressions de postes dans son établissement si moins d’élèves demandent la spécialité mathématiques. « Une classe de seconde a été ouverte en cette rentrée. On a pu réserver les heures à notre jeune collègue qui sinon aurait perdu ce poste, mais comment cela va-t-il se passer si ça continue ? », s’interroge-t-elle.

La réforme du lycée a des conséquences sur le quotidien des enseignants. La spécialité, qui compte quatre heures de cours hebdomadaires en 1re et six heures en terminale, a été conçue avec un haut niveau d’exigence scientifique, qui ne correspond pas forcément à celui de tous les élèves. « Les parents n’ont pas fait le deuil des maths et poussent leurs enfants à prendre la spécialité, même s’ils n’ont pas le niveau. On se retrouve avec des groupes beaucoup plus hétérogènes qu’auparavant et on fait le grand écart », note Claire Lacaze, enseignante dans un lycée privé d’Antony, dans les Hauts-de-Seine.

« On ne cesse d’en parler entre collègues. Le programme est très ambitieux et pour certains, il est trop difficile », abonde Anne Bey. « Cela nous met mal à l’aise car on finit par dégoûter les élèves d’une matière que l’on aime », se désole-t-elle, en constatant qu’avec ces plus grandes différences de niveau, elle « arrive moins à faire progresser les élèves ». En terminale, plus d’un lycéen sur deux qui arrête la spécialité choisit malgré tout de suivre l’enseignement optionnel « mathématiques complémentaires ».

(...)

Inquiets pour le devenir de leur discipline, les enseignants s’interrogent aussi sur les conséquences pour leurs élèves d’un abandon précoce des mathématiques. Sébastien Planchenault cite même une étude de l’université d’Oxford, publiée en juin, qui conclut que ne plus étudier les mathématiques affecterait le développement cognitif des adolescents de 16 à 18 ans. Sans aller jusque-là, les acteurs de l’enseignement supérieur commencent à se préoccuper de cette baisse d’intérêt pour cette matière. Selon les premières remontées collectées par l’association des professeurs de classes préparatoires économiques et commerciales, cette filière enregistre une baisse de 9 % de ses effectifs, que l’association attribue en partie au vivier plus restreint de « matheux » au lycée.

Sylvie Lecherbonnier

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