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Vivement l'Ecole!

mai 68

L’avant-mai ou la chronique de l’imprévu...

19 Avril 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Politique, #Mai 68

EXTRAIT

Laissez-vous raconter l’effervescence qui a précédé les événements du printemps 68 par un étudiant engagé dans la nébuleuse des organisations étudiantes. La Sorbonne de Mai 68, comme si vous y étiez !

En septembre 1967, je quitte le Lycée Louis-le-Grand qui ne veut pas de moi en khâgne. Le paradoxe est que mes études vont être payées dans des matières où mes résultats étaient insuffisants, car j’ai réussi le concours des IPES [1] ! Je me retrouve à la Sorbonne avec, sans le savoir encore, une année extraordinaire à vivre.

C’est un moment où se multiplient groupes gauchistes et organisations étudiantes : crise du parti communiste avec naissance de l’UJCML (Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, pro-chinoise), organisations trotskistes (FER ou Fédération des étudiants révolutionnaires, JCR ou Jeunesse communiste révolutionnaire, Lutte ouvrière) mais aussi Étudiants socialistes unifiés (ESU) avec une Union des étudiants communistes (UEC) exsangue mais encore vivante. Je n’aurai garde d’oublier Dany Cohn-Bendit et Roland Castro qui fondent le mouvement du 22 mars en 1968 à l’occasion de l’occupation d’une tour de l’université de Nanterre, pour faire libérer l’un des leurs, membre d’un comité Vietnam, et obtenir la libre circulation des garçons et des filles dans les cités universitaires.

Pourtant, « la France s’ennuie » (Viansson-Ponté, Le Monde, 15 mars 1968) : « Ce qui caractérise actuellement notre vie publique, c’est l’ennui. Les Français s’ennuient. Ils ne participent ni de près ni de loin aux grandes convulsions qui secouent le monde, la guerre du Vietnam les émeut, certes, mais elle ne les touche pas vraiment. »

(...)

Richard Étienne
Professeur honoraire en sciences de l’éducation, université de Montpellier

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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"CRS SS", l'histoire d'un slogan qui ne date pas de 1968...

19 Avril 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Mai 68

"CRS SS", l'histoire d'un slogan qui ne date pas de 1968...

Le slogan "CRS SS" s'est installé dans le répertoire contestataire et militant dans les années 60. Pourtant il date en fait de 1948. Trois ans après la fin de la guerre, les mineurs qui vivent une des grèves les plus dures et les plus violemment réprimées de l'histoire sociale, font rimer CRS et SS.

De Mai 68 à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en passant par les manifestations autour de la COP 21 ou celles contre la "loi Travail", le slogan “CRS SS” refleurit régulièrement, quoique d’une saisonnalité aléatoire. Beaucoup, y compris dans les médias, l’attribuent au soulèvement étudiant de Mai 68. Et c’est vrai qu’une image reste associée à la formule, celle d’une affiche sortie tout droit de l’Atelier populaire de l’Ecole des Beaux-Arts, où étaient sérigraphiées les affiches qui apparaîtront sur les murs parisiens en mai et juin 1968.

Pourtant, le slogan “CRS SS” ne date pas de 1968. Il a même vingt ans de plus, et verra le jour alors que les compagnies républicaines de sécurité (CRS) émergent tout juste - créées fin 1944, elles deviennent en 1947 forces de réserve nationales en cas de manif, grève, émeutes etc. En 1948, la journaliste Simone Téry titre un article “CRSS” dans l’édition du 5 novembre 1948 de L’Humanité. L’article couvre la grève des mineurs qui a démarré le 4 octobre de la même année, en réaction aux décrets Lacoste, d’une veine répressive.

Ces textes annoncent notamment une baisse des salaires alors que l’inflation est galopante, mais aussi le passage au paiement à la tâche et une moindre protection sociale alors que les mineurs sont étrillés par les maladies professionnelles. Scandale dans les houillères, le 4 octobre 1948, 340 000 mineurs se mettent en grève. C’est le début d’un mouvement social qui sera très durement réprimé par le ministre de l’Intérieur, Jules Moch, qui n’hésite pas à demander aux forces de l’ordre de tirer à balles réelles, de traîner de force des mineurs d’Afrique du nord jusqu’aux galeries. Les blindés sont aux abords des carreaux des mines, et le couvre-feu est décrété sur les corons. 

(...)

Chloé Leprince

Suite et fin à consulter ci-dessous

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Mai 68 par celles et ceux qui l'ont vécu: la beauté est dans vos textes...

2 Avril 2018 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique, #Mai 68

Mai 68 par celles et ceux qui l'ont vécu: la beauté est dans vos textes...

Vous avez toujours la parole, et les témoignages continuent d'affluer ! Comme chaque vendredi, voici cinq témoignages inédits d'acteurs et d'actrices de l'événement.

Depuis le 22 mars, le livre Mai 68 par celles et ceux qui l'ont vécu est en librairie et suscite de premières rencontres qui se poursuivent partout en France dans les prochaines semaines. Mais pas question de nous arrêter en si bon chemin.

Cette semaine donc, comme chaque vendredi, vous trouverez sur Mediapart, dans l’édition « Vos témoignages sur Mai 1968 », cinq témoignages inédits d'acteurs et d'actrices de l'événement aux quatre coins de l'Hexagone : une ouvrière du textile dans le Pas-de-Calais, une étudiante toulousaine, une employée marseillaise, un moniteur agricole de Loire-Atlantique et une syndicaliste du Loiret !

- « Prendre des responsabilités en se lançant dans l’inconnu du syndicalisme », par Marie-Paule Pivain, 22 ans, syndicaliste CGT, Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret)

- « De petites révolutions balbutiantes nous offraient des moments inattendus », par Joëlle Lanteri, 12 ans, Marseille (Bouches-du-Rhône)

- « Je regardais, en spectatrice, des choses que je ne comprenais pas », par Danièle Montariol, étudiante en histoire à Toulouse (Haute-Garonne)

- « J’ai vu, dans les rangs des grévistes, mon directeur ! », par Denis Richard, moniteur agricole en maisons familiale, Riaillé (Loire Atlantique)

- « La responsable de bout de chaîne a trouvé le vêtement, en pièces détachées », par Thérèse Vandeweghe, Petite Sœur de l'Ouvrier en communauté à Méricourt-sous-Lens, ouvrière en atelier de confection à Hénin-Liétard (Pas-de-Calais), syndiquée à la CFDT

Pour avoir un aperçu du déroulé des premières rencontres autour du livre et des premières retombées médias, c'est ici.

N'hésitez pas à venir rencontrer les auteurs et éditeurs de l'ouvrage lors des nombreuses rencontres organisées autour de ce livre partout en France dans les mois prochains (programme complet en ligne des rencontres d'avril-mai ici).

- Pour commander le livre, c'est ici.

- Pour feuilleter un extrait, c'est ici.

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Universités : comme un esprit de Mai?...

2 Avril 2018 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Université, #Mai 68

EXTRAIT

En Mai 68, tout a commencé un 22 mars : parce qu'après que des jeunes hommes de la cité universitaire de Nanterre ont investi le bâtiment des jeunes filles, Pierre Grappin, doyen de la faculté de lettres, a décidé de fermer l'université pour imposer le retour au calme, provoquant ainsi le déplacement du mouvement contestataire vers la Sorbonne. 22 mars 2018 : Philippe Pétel, doyen de la faculté de droit de Montpellier est lui accusé d'avoir laissé entrer un groupe de jeunes hommes soupçonnés d'appartenir au G.U.D, groupuscule étudiant d’extrême-droite, cagoulés et armés de planches et de barres de fer pour déloger d'un amphithéâtre d'autres étudiants qui s'y trouvaient réunis en assemblée générale après avoir manifesté contre la loi Vidal. Soupçonnés d’avoir organisé ces violences, Philippe Pétel et un professeur ont depuis été placés en garde à vue, et suspendus de leurs fonctions.  Tandis que depuis quelques semaines, constatant ici et là des mouvements d'opposition aux procédures d’entrée à l’université contenues dans la loi ORE, la presse se demande si « la jeunesse pourrait ébranler Jupiter »,  depuis quelques jours les faits sont là : l'université parisienne de Tolbiac est bloquée, comme celle du Mirail à Toulouse, comme le campus de la Victoire à Bordeaux, la fac de lettres de Montpellier…. 

Pour voir en intégralité la vidéo réalisée par les lycéens de Vendôme en grève contre la réforme contenue dans la loi ORE dont un extrait a été diffusé dans l'émission. 

Emilie Aubry

A lire en intégralité en cliquant ci-dessous

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" Il n’est plus interdit d’interdire..." - 2018 sera-t-il l’anti-Mai 68?...

2 Janvier 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique, #Mai 68

Anticipation d’une comparaison sociale et sociétale entre l’année qui vient (2018) et la cinquantenaire dont on se souvient (1968).

Je suis le (tout) petit frère de Mai 68. Et je garde une admiration enflammée pour les barricadiers de l’amour libre et pour les incendiaires d’une consommation à laquelle ils céderont avec délices. Je ne suis pas encore, à diable ne plaise, le grand-père de la génération gnangnan, celle de 2018. Dans cette comparaison déraisonnable que déclenche la rime chiffrée des saisons, je vais essayer de m’éviter l’acrimonieux «C’était mieux avant», comme le bêta «Demain sera bien».

Mai 68 ? Mais, c’était il y a un siècle, voyons… Il paraît certain que la prometteuse et ambivalente 2018 n’aura rien à voir avec cette échauffourée d’enfants gâtés, furieuse et ardente, libératrice et libérale. L’année 2018 sera bienveillante et geek, vegan et réseauteuse, édifiante et décroissante.

Essayons pourtant de voir comment les tweets guillotineurs des années bientôt 20 font écho aux slogans de rue du joli Mai. Ou comment les murs Facebook à amitiés en chaussettes et en «likettes» pourraient se faire bombarder par les pavés des émeutiers d’avant-hier.

«Je ne veux pas perdre ma vie à la gagner»

1968 est glorieuse et industrieuse. L’exode rural se poursuit et l’immobilier prospère. Les usines fument noir et les voitures roulent à tombeau ouvert. Surtout, le chômage est inconnu au bataillon. Ce qui permet la revendication salariale et l’acquisition sociale.

2018 s’annonce comme une rare trouée de bleu dans un ciel plombé depuis des décennies par la mondialisation délocalisatrice et la révolution numérique. Macron-la-Chance croise les doigts pour que les patrons qu’il chouchoute consentent à embaucher au lieu de robotiser. Le récent quadra est d’un tradi pompidolien dans son approche quand Mai 68 estimait qu’on ne pouvait tomber amoureux d’un taux de croissance. L’ennui, c’est qu’en 2018, la sociale est plus morte que vive et le syndicalisme aux abonnés absents. Un mouvement imaginatif comme Nuit debout reste lettre morte. Malgré sa fécondité, l’idée d’un revenu universel avorte. La peur du déclassement et l’angoisse du lendemain courbent les échines. Le questionnement métaphysique n’est plus de saison. La majorité de la population craint de perdre son boulot et de vider sa vie de cette distraction rémunératrice. Seules les marges continuent à interroger les modes de production. Hier, le Larzac et Lip étaient autogestionnaires. Aujourd’hui, on est zadiste ou start-upper, baba bricoleur de sobriété ou techno rivé en permanence au miroir flatteur de son écran.

«Faites l’amour, pas la guerre»

Mai 68 est le contemporain du «Summer of Love» hippie et de l’orgasmique chanson Je t’aime moi non plus de Gainsbourg. Les corps se dénudent, les droits (contraception et avortement) se conquièrent, les frustrations se liquident. Catho ou coco, la morale classique vole au vent. Les divorces recomposent les familles et les autonomies se font aventureuses et esseulées.

L’année 2018 s’annonce comme une contre-révolution sexuelle. L’égalité rêvée par 68 tardant à s’imposer, les femmes saturent des abus de pouvoir et des harcèlements masculins continués. Anonymat d’Internet aidant, elles mitraillent à tout va, ciblant les violences répertoriées comme les libidos qui leur déplaisent. Estomaqués, les hommes prennent cher. Ils n’ont pas vu le coup venir, tout à leur illusion d’avoir grandement évolué depuis 68. Prostitution interdite, porno menacé, censure féministe en remontée, l’époque rogne sur des libertés vécues comme des agressions. Et on se clashe sur #Balancetonporc tout en se «matchant» sur Tinder dans une remise en cause déstabilisante des codes de séduction français.

Si l’amour devient une guerre de (presque) toutes contre beaucoup, les conflits armés prospèrent, les marchands de canon ont les pouces aux bretelles et le pacifisme qu’espérait tant 68 se regarde avec commisération. La France de 2018 continue à jouer les gendarmes dans son pré carré africain d’autant plus facilement que Daech est un épouvantail sanglant. Entre deux attentats, on se retrouve embarrassé d’oser encore en référer au Déserteur de Vian, comme aux Deux Oncles de Brassens.

«Comment peut-on penser à l’ombre d’une chapelle ?»

Mai 68, c’est le refus des croyances et la contestation permanente, la remise en cause de l’autorité bourgeoise et du conservatisme bienséant. Surtout, c’est l’irrespect à langue tirée. 2018, c’est le respect exigé à coup de tweets hurleurs par les religions, les minorités, les disgraciés divers et variés et même par les chênes centenaires, symboles phalliques et grabataires s’il en est, qu’il faudrait enlacer au lieu de les abattre.

Mai 68 s’est construit contre l’Empire américain avant de s’y rallier à plein. 2018 va devoir se dépatouiller avec le politiquement correct qui a traversé l’océan et déconseille de rire de tout avec n’importe qui. Il n’est plus interdit d’interdire. Ce serait même recommandé. Et, c’est souvent bête à pleurer.

Luc Le Vaillant

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68 commémoré par Macron, je ne vois pas…

7 Novembre 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Histoire, #Mai 68

68 commémoré par Macron, je ne vois pas…

Le mouvement exprimait la rage contre l’ensemble du système. Comment le système pourrait-il aujourd’hui le fêter ?

Si Emmanuel Macron veut commémorer les 50 ans des événements de Mai 68, il veut commémorer, en même temps que les barricades et la révolte des étudiants, la grève de 10 millions de personnes, un moment où les usines et les lieux de travail ont été occupés pendant des semaines et des semaines, et où, dans toute la France, «on a pris la parole comme on avait pris la Bastille» (Michel de Certeau). Il veut commémorer un mouvement de contestation du cadre de pensée toujours existant à l’heure actuelle, celui de la société capitaliste marchande. Les événements de Mai 68 n’ont pas renversé ce cadre, mais ils l’ont critiqué, mis en cause et brièvement bouleversé. Occupations et prise de parole : 68 a été d’abord un mouvement de rupture, un rejet et un dégoût du pouvoir gaulliste. Contre son ordre moral hypocrite (le mouvement a démarré à Nanterre dans les dortoirs). Mais rejet et dégoût visaient déjà auparavant le cynisme de ce pouvoir présidentiel autoritaire et la pure et simple ignominie de son silence sur la torture pendant la guerre d’Algérie. «Dix ans ça suffit». Mais si le mouvement a pris une telle ampleur, grève générale, arrêt de tout, c’est qu’il exprimait la rage contre l’ensemble du système, contre la misère et les conditions répugnantes du travail salarié, contre l’exclusion, contre l’absence d’avenir pour la jeunesse. Qu’est-ce que ces jeunes, qu’est-ce que ces hommes et ces femmes voulaient ? Ils voulaient passionnément ne pas vivre une vie vide, être contraints à un travail dénué de sens, produire et vendre, vendre et produire, être accompagnés partout par les phrases fausses de la publicité, «Moulinex libère la femme», «Esso, mettez un tigre dans votre moteur». Ne pas perdre leur vie en la gagnant. Ne pas vivre dans l’ennui («Quand la France s’ennuie…» éditorial du journal le Mondequelques semaines avant les événements). Mais l’ennui, c’est la mort dans la vie, et c’est un cadavre qui se traîne encore. Etre enfermé dans une boîte toute la journée. Saleté. Danger. Cadences infernales. Subir. Etre maintenu dans l’ignorance. Ne rien connaître de l’ensemble. Discipline. Ne pas parler. Etre obligé de demander la permission pour sortir, aller aux toilettes. Etre réprimandé, humilié, traité comme un enfant. Usine.

Alors, «Plutôt la vie», «Cache-toi objet», «La beauté est dans la rue», «Consommez moins vous vivrez mieux». Tous les graffitis. Humour, mais très sérieux. Parce que l’humour vient quand on remet tout en cause, c’est pourquoi il est si souvent proche du désespoir.

Et en même temps : «Je n’ai plus peur», disait un tract. Courage de regarder en face sa propre vie, ici et maintenant, dans cette société et ce monde. Désir, désir, désir.

Imaginer : une cour d’usine, encombrée, et des chaises posées, des gens assis, en train de parler du ciel, des nuages. Même si on ne voit que ça, on voit bien que quelque chose basculait.

Le monde à l’envers. Quelque chose se passe. Se parler, se poser des questions. Tous les mots étaient des questions. L’usine ? Le travail ? La hiérarchie, c’est quoi ? La famille ? L’école ? La propriété ? L’identité ?

Etre une femme ?

Ce qu’on ne voit pas, n’entend pas, d’habitude. Sur les lieux de travail, dans les usines : une prise de possession, une appropriation. Chacun visite l’atelier de l’autre, connaît. Fini la fragmentation, le morcellement. Les femmes. Les jeunes. Les immigrés. «Travailleurs français et immigrés, tous unis».

Fraternité dans l’action.

Echanges avec d’autres usines, avec les étudiants, avec les professeurs, avec les paysans.

Tout le monde se parle, dans l’usine, dans la rue. D’accord, pas d’accord. Le conflit aussi peut faire avancer.

Démocratie.

La parole, pas les discours, pas le discours. La parole : concrète, matérielle, adressée. Engage celui ou celle qui parle. Unique et singulière.

Risquée.

Ouverte. Suspendue.

Le discours : des phrases qui se déroulent, contentes d’elles-mêmes, ravies d’être ces phrases. Pas adressées (ou : faisant semblant de l’être). Auto-référantes.

Prendre la mesure de ça, la prise de parole. Complètement inédit. Sauf justement pendant les périodes de révolution.

Pas normal, pas marginal non plus. Massif et transgressif.

Tout d’un coup, et tout le monde.

Plus rien ne va de soi. Tout le monde philosophe.

Penser au travail, et penser à sa vie.

Penser : au sens. On se demande, on se demande.

Quelque chose se passe : l’expérience de ça. Et aussi : c’est incroyable que ce soit inhabituel. Une vie où rien ne se passe. Une vie où quelque chose se passe. Une vie vivante (termes réservés habituellement à l’art).

Et en même temps : le rien, la force du rien. L’arrêt, le rien étaient ce qui permettait de prendre de la distance, de penser. Si un non-gréviste (il y en avait) demandait quand la grève allait s’arrêter, il ou elle demandait : quand est-ce que «ça» reprend, et «ça», on voyait bien que c’était le système, l’engrenage, la machine générale monstrueuse dans lequel on était pris.

Machine et système qui tourne sans arrêt, sans ailleurs. Aucun sens, mais elle tourne.

Le mouvement de 68 a été la contestation de la civilisation industrielle de masse, rien de moins.

Alors, que les événements de Mai 68 soient commémorés par Emmanuel Macron, je ne vois pas. Ce que je vois plutôt, c’est l’affiche collée sur les murs après la reprise du travail, à la fin de la grève et des occupations d’usine, lettres blanches sur fond bleu nuit.

«Qu’est-ce qui se passe ? - Il ne se passe rien. - Qu’est-ce qui s’est passé ? - Il ne s’est rien passé.

- Pourtant j’avais cru comprendre. - Il ne faut pas comprendre.»

Leslie Kaplan - Ecrivaine

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Commémorer Mai-68 : le prix de consolation de Macron pour la gauche?...

31 Octobre 2017 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Politique, #Histoire, #Mai 68

Commémorer Mai-68 : le prix de consolation de Macron pour la gauche?...

Rien de mieux qu'une petite commémoration de Mai-68 pour se démarquer de la droite réactionnaire... sans pour autant incliner sa politique.

En politique, la "triangulation" consiste, lorsqu'on vise le pouvoir ou qu'on l'exerce, à assécher son adversaire politique en lui piquant ses idées. En leur temps, Bill Clinton ou encore Tony Blair s'y sont adonnés avec délice. Mais Emmanuel Macron, lui, explore une nouvelle forme de triangulation, plus sophistiquée. Après avoir quitté les socialistes, il mène, très concrètement, une politique de droite, et "en même temps",  il agite comme des chiffons rouges quelques symboles sociétaux supposés "de gauche".  La droite a droit à des politiques, la gauche à des symboles. 

Le quotidien conservateur "l'Opinion" nous apprend ainsi ce jeudi que le président de la République "commence à réfléchir à une commémoration de Mai-68". Sujet ultratabou : on sait combien "les événements" déchaînent les passions politiques et intellectuelles en France. Nicolas Sarkozy, en son temps, voulait "liquider l'héritage de Mai-68", responsable d'un "relativisme intellectuel et moral"...  S'il décide effectivement de commémorer la révolte de Mai-68 en la présentant sous un jour positif, Emmanuel Macron ne manquera pas d'enrager cette droite réactionnaire, et ce serait le but de l'opération. Mais sans que cela ne tire en rien sa politique vers la gauche. D'une main, Macron distribue 5 milliards d'euros aux plus riches, de l'autre il préparera le bol de cacahuètes et les lampions de la commémoration d'une révolution inaboutie.

Au détriment de l'histoire ?

Célébrer Mai-68 serait certes une bonne idée. Mais à condition de le faire sérieusement, et de ne pas achever de "kitschiser" les événements, comme s'emploient à le faire depuis des années 1980 les idéologues "anti-pensée 68".  Si Mai-68 a été un mouvement intellectuel d'émancipation (de la jeunesse, des femmes, des minorités...) avec des intonations parfois individualistes, on a trop vite oublié qu'il a aussi été un mouvement de fraternisation, de lutte ouvrière, de rejet d'une société capitaliste dévoyée, d'aspiration à l'autogestion. Pas vraiment la tasse de thé de l'actuel gouvernement, qui ne jure que par la réussite personnelle, l'autorité et la verticalité du pouvoir.

A quelle commémoration faut-il donc s'attendre ? Lorsqu'il était candidat, Emmanuel Macron a déjà évoqué le sujet. C'était dans une interview au "1" de juillet 2015. Il évoquait ses liens avec Paul Ricœur (son maître, qui était justement prof à Nanterre en 1968) où il expliquait qu'il y avait une "autre voie de 1968", rejetant celle des "structuralistes et des soixante-huitards" qui ne voulaient selon lui que "déconstruire l'autorité"...

Le risque, avec Emmanuel Macron, est donc qu'il attrape Mai-68 pour en gommer les aspérités et l'enrober de son propre sucre (la fameuse "autre voie de 1968"). Le tout au détriment de l'histoire et de ceux qui l'ont faite. Il est très doué pour retourner les mythes comme des gants : n'a-t-il pas titré son livre-programme "Révolution" ? 

Pascal Riché

Commémorer Mai-68 : le prix de consolation de Macron pour la gauche?...
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