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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Jack Kerouac...

3 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "jack kerouac les clochards célestes"

« -Donne-moi la bouteille que je boive encore un coup. Hou-oo-ou ! (Japhy se releva d’un bond.) J’ai lu Whitman, et savez-vous ce qu’il dit ? Debout les esclaves, faites trembler les despotes étrangers. Il croit que telle doit être l’attitude du Barde, du Barde Fou inspiré par le Zen, sur les vieilles pistes du désert. Il croit qu’il faut imaginer le monde comme le rendez-vous des errants qui s’avancent sac au dos, des clochards célestes qui refusent d’admettre qu’il faut consommer toute la production et par conséquent travailler pour avoir le privilège de consommer, et d’acheter toute cette ferraille dont ils n’ont que faire ; réfrigérateurs, récepteurs de télévision, automobiles (tout au moins ces nouvelles voitures fantaisistes) et toutes sortes d’ordures inutiles, les huiles pour faire pousser les cheveux, les désodorisants et autres saletés qui, dans tous les cas, atterriront dans la poubelle huit jours plus tard, tout ce qui constitue le cercle infernal : travailler, produire, consommer. J’entrevois la grande révolution des sacs à dos. Des milliers, des millions de jeunes Américains, bouclant leur sac et prenant la route, escaladant les montagnes pour prier, faisant rire les enfants, réjouissant les vieux, rendant heureuses les jeunes filles et plus heureuses encore les vieilles, tous transformés en Fous du Zen, lancés de par le monde pour écrire des poèmes inspirés, sans rime ni raison, pratiquant la bonté, donnant l’image de la liberté par leurs actes imprévus, à tous les hommes et même à tous les êtres vivants ; c’est cela que j’aime en toi, Goldbook, et en toi, Smith, venus tous deux de cette côte Est que je croyais morte. »

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Coup de coeur... Laurent Nunez...

2 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Couverture : Laurent Nunez, L’énigme des premières phrases, Comment (re)lire les classiques Bernard Grasset Paris

Vers quel visage avez-vous souri pour la première fois ?

Ne cherchez pas. Nous n’avons pas la mémoire des origines ni des commencements. Nous ne savons rien de notre premier rire, du jour de notre naissance, ni du moment de notre création. Nous ignorons d’où vient ce langage qui nous permet d’être ensemble et de penser. Nous avons oublié le premier mot prononcé par le premier humain. Nous ne nous souvenons même pas du premier mot que nous avons prononcé.

Les écrivains sont des gens qui ont décidé de prendre leur revanche sur ces premières fois perdues à jamais. Enfants, ils n’avaient pu choisir le premier mot sorti de leur bouche ! Alors ils font désormais très attention aux premières lignes de leurs livres, qu’on appelle dans à peu près toutes les langues : incipit.

Incipit, dans cette très vieille langue qui est à l’origine de la nôtre : ça commence.

Qu’est-ce qui commence ? Le spectacle. L’incipit en effet, c’est le rideau qui se lève. Abracadabra ! Ce sont des premiers mots qu’on espère magiques, mais qu’on n’a pas toujours écrits en premier. En 1909, un homme alité griffonne : « J’étais couché depuis une heure environ. » Comme c’est laid ! En 1911, il se redresse un peu : « Jusque vers l’âge de vingt ans, je dormis la nuit. » Comme c’est lourd ! Proust mit trois ans pour écrire cette phrase si simple : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » Il faut du temps pour se fier à son oreille, et plus de temps encore pour chanter juste. Même Céline, qui aimait paraître désinvolte, a douté jusqu’au dernier moment devant l’incipit du Voyage. Sur le manuscrit envoyé à l’éditeur : « Ça a commencé comme ça. » Sur les épreuves envoyées à l’imprimeur : « Ça a débuté comme ça. » Ceux qui ne voient pas la différence sont des sauvages.

Hélas : que nous reste-t-il des premières fois où nous avons lu ces premiers mots merveilleux ? Nous étions trop jeunes, trop intimidés. Nous sommes passés devant ces portiques sans même en admirer les finitions – ou en les admirant aveuglément.

Ce livre propose de tout reprendre depuis le début.

« Aujourd’hui, Maman est morte » ; « La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse » ; « DOUKIPUDONKTAN, se demanda Gabriel, excédé. » Ces premières phrases sont en fait trop célèbres, et on ne les cite plus que machinalement – afin de passer à autre chose. Mais que se passerait-il si l’on prenait le temps de les relire vraiment, mot à mot, et comme disait Rimbaud, « littéralement et dans tous les sens » ? Que se passerait-il si, convoquant toutes les ruses, on pratiquait sur ces énoncés cristallisés par la gloire une microlecture abrasive ?

Les pessimistes : « Il croit qu’on peut dire des choses neuves sur des textes classiques ! » Oui, car la méthode est neuve : elle consiste à voir le langage. Oh ! Je n’ignore pas ce que mes microlectures ont d’hystérique : elles cherchent àsavoir, coûte que coûte. Elles croient que chaque phrase est un coffre, dont les clés seraient forgées par la grammaire, l’étymologie, les figures de rhétorique. Mais elles prouvent surtout qu’un texte littéraire est illisible, parce que personne ne peut réfléchir ainsi sur 200 ou 300 pages.

Voici donc la vérité : il faut relire les chefs-d’œuvre, parce que jamais personne n’a vraiment lu de chef-d’œuvre.

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René Char...

1 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "rené char la pleiade"

Pyrénées

Montagne des grands abusés,
Au sommet de vos tours fiévreuses
Faiblit la dernière clarté.
Rien que le vide et l’avalanche,
La détresse et le regret!
Tous ces troubadours mal-aimés
Ont vu blanchir dans un été
Leur doux royaume pessimiste.
Ah! la neige est inexorable
Qui aime qu’on souffre à ses pieds,
Qui veut que l’on meure glacé
Quand on a vécu dans les sables.

                                    _____________________________________

Le baiser

Massive lenteur, lenteur martelée;
Humaine lenteur,lenteur débattue;
Déserte lenteur, reviens sur tes feux;
Sublime lenteur, monte de l’amour:
La chouette est de retour

                                   ______________________________________

J'habite une douleur

Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l’automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L’oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau: tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n’a plus de vitres. Tu es impatient de t’unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D’autres chanteront l’incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t’identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l’impossible.

Pourtant.

Tu n’as fait qu’augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d’une entente qui s’affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l’abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires…

Qu’est-ce qui t’a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre?

Il n’y a pas de siège pur.

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Coup de coeur... Fred Vargas...

31 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

 
Résultat de recherche d'images pour "pars vite et reviens tard"
 
"Joss avait compris depuis longtemps que les choses étaient douées d'une vie secrète et pernicieuse. Hormis peut-être certaines pièces d'accastillage qui ne l'avaient jamais agressé, de mémoire de marin breton, le monde des choses étaient à l'évidence chargé d'une énergie tout entière concentrée pour emmerder l'homme. La moindre faute de manipulation parce que offrant à la chose une liberté soudaine, si minime fût-elle, amorçait une série de calamités en chaîne, pouvant parcourir toute une gamme , du désagrément à la tragédie. Le bouchon qui échappe aux doigts en était, sur le mode mineur, un modèle de base. Car un bouchon lâché ne vient pas rouler aux pieds de l'homme, en aucune manière. Il se love derrière le fourneau, mauvais, pareil à l'araignée en quête d'inaccessible, déclenchant pour son prédateur, l'Homme, une succession d'épreuves variables, déplacement du fourneau, rupture du flexible de raccordement, chute d'ustensile, brûlure. Le cas de ce matin avait procédé d'un enchaînement plus complexe, amorcé par une bénigne erreur de lancer entraînant fragilisation de la poubelle, affaissement latéral et épandage du filtre à café sur le sol. C'est ainsi que les choses, animées d'un esprit de vengeance légitimement puisé à leur condition d'esclaves, parvenaient à leur tour par moments brefs mais intenses à soumettre l'homme à leur puissance larvée, à le faire se tordre et ramper comme un chien, n'épargnant ni femme ni enfant. Non, pour rien au monde Joss n'aurait accordé sa confiance aux choses, pas plus qu'aux hommes ou à la mer. Les premières vous prennent la raison, les seconds l'âme et la troisième vie."
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Coup de coeur... Claude Simon...

30 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Mais  je n'avais pas besoin qu'il m'en racontât encore. Je connaissais la  suite. A peu de choses près ce que tout le monde en ville connaissait,  ce que peu à peu les gens avaient reconstitué par bribes, fragments,  recoupements mis bout à bout, à force de le voir passer et repasser dans  les rues, tantôt à pied, tantôt monté sur son invraisemblable vélo, le  vieux clou ferraillant sur lequel, avec cette sorte de paisible  acharnement, de tranquille obstination qui semblait l'habiter ou plutôt  le posséder, le faire agir en dehors ou même au rebours de sa propre  volonté et de ses propres désirs, cramponné au guidon, appuyant des  épaules chaque poussée de ses jambes, il parcourut en quelque sorte par  saccades (restant entre chaque effort, élan coupé, à peu près immobile,  en équilibre sur la route balayée par le vent qui le repoussait avec, de  part et d'autre – le vent et lui – la même volontaire opiniâtreté,  comme si l'ouragan faisait aussi partie de cette tacite conjuration qui  semblait l' avoir accueilli ici, ourdie à la fois par les hommes et les  éléments pour le rejeter, le refouler, le renvoyer là d'où il venait),  parcourut donc les neuf kilomètres séparant la ville de cette propriété  qu'il n'avait jamais vue quoique elle eût, elle, servi de décor, sinon à  sa naissance (puisqu'à ce moment il avait déjà été enlevé, emporté au  loin, soustrait, vindicativement ravi à l'Ogre, au priapique Barbe-Bleue  qui l'avait engendré) du moins aux péripéties dont elle avait été  précédée : d'abord une longue allée de pins, non pas courbés sous le  vent mais, pour ainsi dire, façonnés par lui, comme pétrifiés, aplatis,  écrasés une fois pour toute, presqu'à l'horizontale, figés dans une  effrénée, statique et définitive convulsion, comme on ne savait quoi de  définitif, de mort, semblait émaner des bâtiments apparemment inhabités,  avec leurs volets clos, leurs murs nus, leur cour déserte où quelques  fûts aux cercles rouillés, un tombereau démantibulé et un amoncellement  de cageots en rebut gisaient épars, abandonnés dans l'aveuglante  lumière, pareils à des ossements se desséchant, blanchissant, rongés peu  à peu par un corrodant dans la composition duquel la durée, le soleil  et le vent seraient entrés à parts égales pour en faire, comme les  pierres des murs, comme l'écorce grise des pins semblable aux écailles  des sauriens fossilisés, quelque chose de par-delà le temps, au-delà  aussi de la destruction, sans âge, éternel.

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Coup de coeur... Jean de La Fontaine...

29 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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La Poule et le Renard

Une poule jeune et sage,
Toute faite pour charmer,
Qui pouvait se faire aimer
De tous les coqs du village,
Marchait d'un pas fort galant,
Et comme poule qui veut plaire,
Portait pour habit d'ordinaire
Un petit drap d'or volant.
Se voyant posséder des beautés sans égales,
Malgré mille rivales,
Du mari qu'elle aimait elle croyait aussi
Etre aimée, et sans doute il le fallait ainsi.
Mais bientôt du contraire elle se vit certaine,
Car cet emplumé sultan,
Suivi de son sérail qu'il menait dans la plaine,
Se faisait chaque jour des autres une reine,
Quand celle-ci recevait à peine
Le mouchoir qu'une fois l'an.
Un juste désespoir s'empare de son âme,
Et suivant le dépit qui l'entraîne et l'enflamme,
Elle court à venger de si cruels dédains;
Mille desseins elle roule,
Mais elle est poule,
Et la crainte lui fait emprunter d'autres mains.
Sottement elle s'adresse
Au renard son ennemi,
Et non sans avoir frémi,
Lui dit le mal qui la presse,
Et pourvu que par lui son coeur soit satisfait,
Avec serment lui promet
Que dans les broussailles voisines
Elle saura bientôt lui livrer en secret
Le coq et les concubines.
Il lui promet à son tour
De bien venger son amour,
De secourir sa faiblesse,
L'assure qu'elle aura raison,
Et, comme il est adroit et rempli de finesse,
Il flatte la trahison,
Pour attraper la traîtresse.
D'abord il s'alla poster
Sur le détour obscur d'une route secrète,
Par où sans qu'on le vît, il pouvait attenter
Sur toute la troupe coquette.
Après avoir en tapinois
Fait longtemps le pied de grue,
La poule retourne au bois
Lui conter, toute éperdue,
Que, par un cas imprévu,
Des soldats dont la faim est toujours insensée,
Avaient mis à son insu
Le sérail en fricassée.
Non, non, je n'aurai point attendu vainement,
Dit le renard en colère:
Du temps que j'ai perdu tu seras le salaire!
Et l'approchant finement
L'étrangla comme il sait faire.
Quand on veut venger une offense
Et que seul on ne peut se venger qu'à demi,
C'est une grande imprudence
D'employer son ennemi.

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Coup de coeur... Victor Hugo...

28 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "jean valjean"

Comme le soleil déclinait au couchant, allongeant sur le sol l'ombre du moindre caillou, Jean Valjean était assis derrière un buisson dans une grande plaine rousse absolument déserte. Il n'y avait à l'horizon que les Alpes. Pas même le clocher d'un village lointain. Jean Valjean pouvait être à trois lieues de Digne. Un sentier qui coupait la plaine passait à quelques pas du buisson.

Au milieu de cette méditation qui n'eût pas peu contribué à rendre ses haillons effrayants pour quelqu'un qui l'eût rencontré, il entendit un bruit joyeux.

Il tourna la tête, et vit venir par le sentier un petit Savoyard d'une dizaine d'années qui chantait, sa vielle au flanc et sa boîte à marmotte sur le dos; un de ces doux et gais enfants qui vont de pays en pays, laissant voir leurs genoux par les trous de leur pantalon.

Tout en chantant l'enfant interrompait de temps en temps sa marche et jouait aux osselets avec quelques pièces de monnaie qu'il avait dans sa main, toute sa fortune probablement. Parmi cette monnaie il y avait une pièce de quarante sous.

L'enfant s'arrêta à côté du buisson sans voir Jean Valjean et fit sauter sa poignée de sous que jusque-là il avait reçue avec assez d'adresse tout entière sur le dos de sa main.

Cette fois la pièce de quarante sous lui échappa, et vint rouler vers la broussaille jusqu'à Jean Valjean.

Jean Valjean posa le pied dessus.

Cependant l'enfant avait suivi sa pièce du regard, et l'avait vu.

Il ne s'étonna point et marcha droit à l'homme.

C'était un lieu absolument solitaire. Aussi loin que le regard pouvait s'étendre, il n'y avait personne dans la plaine ni dans le sentier. On n'entendait que les petits cris faibles d'une nuée d'oiseaux de passage qui traversaient le ciel à une hauteur immense. L'enfant tournait le dos au soleil qui lui mettait des fils d'or dans les cheveux et qui empourprait d'une lueur sanglante la face sauvage de Jean Valjean.

– Monsieur, dit le petit savoyard, avec cette confiance de l'enfance qui se compose d'ignorance et d'innocence, – ma pièce?

– Comment t'appelles-tu? dit Jean Valjean.

– Petit-Gervais, monsieur.

– Va-t'en, dit Jean Valjean.

– Monsieur, reprit l'enfant, rendez-moi ma pièce.

Jean Valjean baissa la tête et ne répondit pas.

L'enfant recommença:

– Ma pièce, monsieur!

L'œil de Jean Valjean resta fixé à terre.

– Ma pièce! cria l'enfant, ma pièce blanche! mon argent!

Il semblait que Jean Valjean n'entendit point. L'enfant le prit au collet de sa blouse et le secoua. Et en même temps il faisait effort pour déranger le gros soulier ferré posé sur son trésor.

– Je veux ma pièce! ma pièce de quarante sous!

L'enfant pleurait. La tête de Jean Valjean se releva. Il était toujours assis. Ses yeux étaient troubles. Il considéra l'enfant avec une sorte d'étonnement, puis il étendit la main vers son bâton et cria d'une voix terrible: – Qui est là?

– Moi, monsieur, répondit l'enfant. Petit-Gervais! moi! moi! rendez-moi mes quarante sous, s'il vous plaît! ôtez votre pied, monsieur, s'il vous plaît! Puis irrité, quoique tout petit, et devenant presque menaçant:

– Ah çà, ôterez-vous votre pied? ôtez donc votre pied, voyons!

– Ah! c'est encore toi! dit Jean Valjean, et se dressant brusquement tout debout, le pied toujours sur la pièce d'argent, il ajouta: – Veux-tu bien te sauver!

L'enfant effaré le regarda, puis commença à trembler de la tête aux pieds, et, après quelques secondes de stupeur, se mit à s'enfuir en courant de toutes ses forces sans oser tourner le cou ni jeter un cri.

Cependant à une certaine distance l'essoufflement le força de s'arrêter, et Jean Valjean, à travers sa rêverie, l'entendit qui sanglotait.

Au bout de quelques instants l'enfant avait disparu.

Le soleil s'était couché.

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Coup de coeur... Ahmed Marzouki...

27 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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La prière, on l’a remarqué aussi chez les otages occidentaux au Liban, a occupé une place importante dans notre vie de bagnard. On peut même dire qu’elle l’a rythmée. En acceptant de nous soumettre à la volonté de Dieu, nous avons sans doute trouvé la force morale de surmonter une épreuve inhumaine. A cet égard, je suis frappé de constater aujourd’hui qu’aucun ancien détenu de Tazmamart n’est devenu extrémiste ou fanatique. Cela s’explique, à mon sens , d’abord par le fait que l’Occident n’est en rien impliqué dans notre tragédie. Non seulement il ne porte aucune responsabilité dans notre malheur, mais c’est à lui ou à certaines de ses institutions que nous devons d’être toujours en vie. Militaires instruits en français plus qu’en arabe, nous bénéficions d’une ouverture sur une autre culture qui nous a permis d’éviter les raccourcis idéologiques stupides ou les dérapages fanatiques. Au delà de ces excellentes raisons, durant toute notre détention nous avons privilégié la relation avec Dieu.

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Coup de coeur... Mohamed Choukri...

26 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Je sentais de plus en plus le désir sexuel s'éveiller en moi. Il m'habitait avec force et insistance. Mes femelles n'étaient autres que les poules, les chèvres, les chiennes, les génisses... La gueule de la chienne, je la retenais d'une main avec un tamis. La génisse, je la ligotais. Quant à la chèvre et à la poule, qui en a peur ? ...

Ma poitrine était comme endolorie. Les adultes à qui j'en parlais me répondaient : "C'est la puberté". J'avais mal aux seins surtout au moment de l'érection. Je découvrais la masturbation de manière naturelle. Alors je ne me gênais pas. Je me masturbais sur toutes les images et les corps interdits ou tolérés. Quand j'éjaculais, je sentais comme une blessure à l'intérieur de ma verge.

Un matin, je montai sur le figuier et je vis Assia à travers les branches. Assia, ce devait être la fille du propriétaire de ce jardin. Elle marchait lentement vers le bassin. Elle va peut être me voir et prévenir son père, un homme qui ne souriait jamais, tel mon père qui, par sa violence, devait ressembler à bien d'autres hommes. La fille se retourna comme pour observer quelque chose ou quelqu'un, ou pour entendre des voix. J'aperçus ses yeux. Noirs et immenses. Très vifs. Elle faisait presque peur. Si je ne la connaissais pas, j'aurais dit une diablesse. Elle s'approchait avec délicatesse du bassin en se retournant. Avait-elle peur ? Pourquoi ce tâtonnement et ces hésitations ? Pourquoi marchait-elle ainsi ? Debout sur la marche qui mène vers le bassin, elle se regardait comme si elle était seule au monde. Elle retira sa ceinture. Son corps m'apparut dans toute son innocence. Sa robe s'ouvrit telle les ailes d'un oiseau qui tente en vain de s'envoler . Elle glissa sur ses épaules et je découvris son buste d'une blancheur éblouissante. Ele se retourna de nouveau. J'eus comme un vertige tant le plaisir était fort. J'étais ravi et stupéfait. Jamais auparavant mon corps n'avait connu un tel bouleversement. Je tremblai. Une figue tomba. J'en avalai une autre. Mon panier perdait ses figues. Le soleil se leva. Il était d'un rouge vif : un oeuf renversé dans un plat bleu. Les animaux saluaient cet éveil. Certains chantaient et roucoulaient. Au loin brayait un âne que je ne voyais pas. En fait , je ne voyais que celle qui ... se dévêtait. Assia nue. Je m'imaginais toute la planète dans sa nudité : les arbres perdant leurs feuilles, les animaux quittant leur chevelure. Nu. Tout l'univers se mettait nu. La robe glissa sur le corps d'Assia. Toute nue. Assia complètement nue. La fille du propriétaire du jardin était nue !

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Coup de coeur... Fatima Mernissi...

25 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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«Le portail de notre maison était une arche gigantesque, avec de monumentales portes de bois sculpté. Il séparait le harem des femmes des étrangers de la rue. L'honneur de mon père et de mon oncle dépendait de cette séparation»

 «Lalla Mani commence souvent la discussion en disant que si les femmes n'étaient pas séparées des hommes, la société ne pourrait avancer et aucun travail ne serait fait. Si les femmes étaient libres de courir les rues, dit-elle, les hommes s'arrêtaient de travailler car ils ne penseraient qu'à s'amuser. Et, malheureusement, ce n'est pas en s'amusant qu'une société produit la nourriture et les biens de consommation nécessaires. Si l'on veut éviter la famine, les femmes doivent rester à leur place, c'est-à-dire à la maison .»
 «Alors que les Arabes étaient très occupés à enfermer leurs femmes derrière des portes,les Romains et les autres chrétiens se réunirent pour décider de changer les règles du jeu dans les pays méditerranéens»
 «Les autres femmes comprirent qu'il y avait plusieurs manières d'être belle. Une femme peut être irrésistible parce qu'elle sait se battre, refuse l'impuissance, jure fort et se lance dans des cavalcades étourdissantes. Tamou ignorait totalement les traditions, et tout le monde n'avait d'yeux que pour elle.»
 «Personne ne sait vraiment pourquoi les hommes nous forcent à porter le voile. C'est sans doute une question de différence. La peur de la différence fait agir les gens de façon très bizzare.»
 «Ne te couvre jamais la tête !a hurlé ma mère. Tu entends? Jamais! Je me bats pour l'abondon du voile, et toi tu en mets un? Quelle est cette absurdité? Je lui ai expliqué le problème des juifs et des Allemands, des bombes et des sous-marins, mais elle n'a pas paru impressionnée. «Même si Hitler, le roi tout puissant des allemands, est à ta poursuite, à-t-elle dit, il faut que tu lui tiennes tête les cheveux découverts. Il ne sert à rien de se couvrir la tête et de se cacher. Ce n'est pas en se cachant qu'une femme peut résoudre ses problèmes. Elle devient au contraire un victime toute désignée.Ta grand-mère et moi avons assez souffert avec cette histoire de masque et de voiles. Nous savons que ça ne marche pas. Je veux que mes filles aient la tête haute sur la planète d'Allah en regardant les étoiles.»
 «Mon père répondait que les frontières protégeaient l'identité culturelle, et que si les femmes arabes commençaient à imiter les Français se mettaient à porter des vêtements indécents, fumer des cigarettes et se promener tête nue, il n'y aurait plus qu'une seule culture. La nôtre mourrait. «Si c'est vrai , argumentait Chama , alors comment se fait-il que mes cousins se promènent en ville comme autant d'imitation de Rudolph Valentino, les cheveux coupés commes les soldats français, et personne ne leur rappelle que notre culture est sur le point de disparaître?»

" La beauté est dans la peau ! Prends-en soin, hydrate-la, nettoie-la, parfume-la, mets tes plus beaux vêtements même s'il n'y a pas d'occasion particulière et tu te sentiras comme une reine. Si la société est dure avec toi, réagis en étant aux petits soins pour ta peau. "

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