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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Machiavel...

30 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Nicolas Machiavel au Magnifique Laurent de Médicis.

Ceux qui veulent gagner les bonnes grâces d'un prince ont coutume de lui offrir ce qu'ils possèdent de plus rare, ou ce qu'ils croient être le plus de son goût, comme des pierres précieuses, des étoffes d'or, des chevaux et des armes d'un prix proportionné à la grandeur de celui à qui ils en font hommage. Le désir que j'ai de me présenter à vous avec un gage de mon dévouement, ne m'a fait trouver parmi tout ce que je possède rien que j'estime davantage, ou qui soit plus précieux pour moi, que la connaissance des actions des hommes célèbres; connaissance acquise par une longue expérience des temps modernes, et par la lecture assidue des anciens. Les observations que j'ai été à même de faire avec autant d'exactitude que de réflexion et de soins, je les ai rassemblées dans le petit volume que je vous adresse; et quoique je juge cet ouvrage peu digne de vous être offert, je compte cependant assez sur votre bonté, pour espérer que vous voudrez bien l'agréer. Considérez que je ne puis vous offrir rien de mieux, que de vous procurer les moyens d'acquérir en très peu de temps, une expérience qui m'a coûté tant de peine et tant de dangers.

Vous ne trouverez dans cet opuscule, ni un style brillant et pompeux, ni aucun de ces vains ornements dont les auteurs cherchent à embellir leurs ouvrages. Si le mien a le bonheur de vous intéresser, ce sera uniquement par l'importance du sujet, et peut-être aussi par la solidité des réflexions, autant que par la vérité des faits qui y sont rapportés.

Il paraîtra peut-être téméraire à moi, né dans une condition obscure, d'oser donner des règles de conduite à ceux qui gouvernent. Mais comme ceux qui ont à dessiner des pays montagneux se placent dans la plaine, et sur des lieux élevés lorsqu'ils veulent lever la carte d'un plat pays, de même, je pense qu'il faut être prince pour bien connaître la nature et le caractère du peuple, et plébéien pour bien connaître les princes.

J'ose donc espérer que vous accueillerez ce faible hommage, en appréciant l'intention qui me fait vous l'offrir, et que vous rendrez justice au désir ardent que j'ai de vous voir remplir avec éclat, les hautes destinées auxquelles votre fortune et vos grandes qualités vous appellent. Si, du rang où vous êtes élevé, vous daignez jeter un regard de bonté sur moi, sur les persécutions auxquelles je suis en butte, vous vous convaincrez de mon innocence, et de l'injustice de mes ennemis.

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Coup de coeur... Anna Politkovskaïa...

29 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "Douloureuse Russie : Journal d'une femme en colère, d'Anna Politkovskaïa"

Note: Le 7 octobre 2006, la journaliste d'investigation russe Anna Politkovskaïa est assassinée par balles à Moscou. Cette farouche opposante au président Vladimir Poutine travaillait tout particulièrement sur les exactions commises par l'armée russe en Tchétchénie.

                            _________________________________

Aujourd'hui, la Tchétchénie a été le théâtre d'un nouveau simulacre d'élection présidentielle. Bien entendu, le favori du Kremlin, Alou Alkhanov, a remporté le scrutin haut la main. Mais, dans les faits, la République est dirigée par un homme complètement fou : Ramzan Kadyrov, 27 ans, fils d'Akhmad Kadyrov, le président précédent, qui avait lui aussi été "élu à une écrasante majorité", en octobre 2003, avant d'être assassiné le 9 mai dernier.

Au début de l'année 2003, il avait été nommé chef du service de sécurité de son père. A ce poste, il n'a pas su empêcher l'attentat qui lui a coûté la vie. Mais au lieu d'être limogé pour incompétence, il est immédiatement monté en grade, sur intervention expresse de Poutine en personne. Désormais, il est vice-premier ministre de la Tchétchénie et responsable en chef des structures de force de la République - ce qui signifie qu'il est chargé de la police, de diverses brigades d'intervention et de la section locale de l'OMON 43. Ramzan n'a aucun diplôme. En revanche, il est titulaire du grade de capitaine de police. Dieu seul sait pour quel mérite exceptionnel ce titre lui a été attribué : normalement, il faut avoir fait des études supérieures... Il a désormais sous ses ordres des colonels et des généraux de l'armée, qui exécutent ses injonctions sans rechigner. Pourquoi ces militaires aguerris acceptent-ils de se plier à la volonté de ce jeune chien fou sans éducation ? Pour une seule raison : ils savent que c'est Poutine lui-même qui l'a nommé à ce poste.

Mais qui est donc Ramzan Kadyrov, cet homme qui contrôle toute la Tchétchénie et qui lève un tribut aux quatre coins de la République comme s'il était un bey ottoman ? Ramzan sort peu de son village, Tsentoroï, l'un des endroits les plus sinistres qui soient. Sa quasi-réclusion ne doit rien au hasard. Ce hameau est un entrelacs de petites rues étroites longées de gigantesques clôtures électrifiées. Derrière la plupart de ces palissades surveillées par des hommes à la mine patibulaire se trouvent des résidences qui appartiennent à la famille Kadyrov, à son entourage proche et aux membres du "service de sécurité du président" - un détachement spécial créé du vivant d'Akhmad et qui est à présent dévoué à son fils, même si celui-ci n'est pas président, mais seulement vice-premier ministre.

Tous les habitants de Tsentoroï qui, pour une raison ou pour une autre, suscitaient la suspicion des Kadyrov ont été relogés de force dans d'autres villages. Quant à leurs maisons, elles ont été attribuées aux partisans de la famille régnante et, spécialement, au "service de sécurité du président". Cette organisation paramilitaire informelle - mais très bien fournie en armes fédérales - n'est enregistrée nulle part. Officiellement, aucune instance des structures locales ou fédérales n'est au courant de son existence. De fait, c'est une bande armée comme il y en a beaucoup en Tchétchénie. La seule chose qui la distingue des groupes de Bassaev, c'est qu'elle est contrôlée par le favori de Poutine. Ce qui signifie qu'elle peut tout se permettre.

Comme s'ils étaient des militaires fédéraux, les "kadyroviens" participent aux escarmouches avec les rebelles. Et comme s'ils étaient des agents du ministère de l'intérieur, ils arrêtent et interrogent des "suspects". Mais comme, au fond, ils ne sont rien de plus que des bandits, ils ne se privent pas de torturer, parfois à mort, les malheureux qui tombent entre leurs mains. Les caves de plusieurs maisons de Tsentoroï ont été transformées en miniprisons à cet effet.

Aucun procureur ne viendra jamais ordonner une enquête sur ce qui se passe dans cette zone de non-droit. Car telle est la volonté de Poutine : Ramzan est au-dessus des lois. Les règles qui valent pour tous ne s'appliquent pas à lui, puisqu'il combat les terroristes "à sa façon". En vérité, il ne combat nullement les terroristes. Il est bien trop occupé à piller le pays. Et c'est ce pillage qu'il camoufle en "lutte antiterroriste".

Tsentoroï est pratiquement devenue la nouvelle capitale tchétchène. Tous les fonctionnaires locaux y viennent en pèlerinage pour s'incliner devant le maître des lieux. Parfois, c'est lui qui les mande, et ils accourent immédiatement. Tous. Y compris Sergueï Abramov, le jeune premier ministre de la République, le supérieur hiérarchique direct de Ramzan, si l'on en croit la répartition officielle des postes au sein du gouvernement... Ce bourg est le véritable centre du pouvoir. C'est ici que sont prises toutes les décisions d'importance. C'est ici, par exemple, qu'il a été décidé qu'Alou Alkhanov allait succéder à Akhmad Kadyrov au poste de président.

Ramzan se rend rarement à Grozny, car il craint pour sa vie : il faut une heure et demie de voiture pour rejoindre la capitale officielle, et les routes ne sont pas sûres. Voilà pourquoi Tsentoroï a été transformée en forteresse. Le village se trouve au centre d'un périmètre de haute sécurité. Pour y parvenir, il faut franchir toute une série de points de contrôle. A la sortie de ces interminables procédures de vérification, on me conduit dans la "maison des invités". J'y patiente, contrainte et forcée, pendant six à sept heures. Il se fait tard. Or en Tchétchénie, quand l'obscurité commence à tomber, chacun se met précipitamment à chercher un abri. La nuit est mortelle, dehors. Je m'adresse aux gardes, qui ressemblent de plus en plus à des geôliers. "Où est Ramzan ? Nous avions pris rendez-vous ! - Il va arriver, t'en fais pas", grommelle l'un d'eux.

Un certain Vakha Vissaev ne me lâche pas d'une semelle. Il m'a dit être le directeur de l'entreprise Iougoïlprodukt, dont l'actif principal est une petite usine de raffinage de pétrole située à Goudermes, la deuxième ville du pays.
Vakha me propose de visiter la "maison des invités" (...). La terrasse (à colonnes !) est décorée de meubles en bambou. Vakha me montre les étiquettes pour me prouver que ces bancs et ces fauteuils viennent de Hongkong. On dirait que c'est très important à ses yeux. Peut-être est-ce un cadeau qu'il a payé de sa poche... Cela n'aurait rien d'étonnant : tous ceux qui veulent faire des affaires dans la République rivalisent d'ingéniosité pour offrir à Ramzan les présents les plus originaux. Il vaut mieux être en bons termes avec le jeune chef, tout le monde l'a très bien compris. Le sort d'Akhmed Goutiev est dans toutes les mémoires...

Goutiev dirigeait le district de Chali. Un jour, il n'a pas payé le tribut que Ramzan lui réclamait. Les hommes de Ramzan l'ont enlevé et torturé. Puis ils ont exigé de sa famille une rançon de 100 000 dollars. Les Goutiev ont réussi à trouver cette somme et l'ont remise aux ravisseurs. Akhmed a été relâché, dans un sale état. Il a immédiatement quitté la Tchétchénie, et un autre candidat au suicide a été nommé à son poste. Je connaissais personnellement Goutiev. C'était un jeune homme intelligent, qui semblait plein d'avenir. Il m'avait dit qu'il respectait Poutine et qu'il pensait qu'étant donné les circonstances la promotion de Ramzan au rang de numéro un officieux de la République était une bonne chose, car il allait "débarrasser la Tchétchénie des wahhabites"... Je me demande quelle est son opinion à présent. Mais je ne le saurai probablement jamais : d'après des rumeurs insistantes, il se serait réfugié à l'étranger.

Revenons à la description du pavillon. En face de l'entrée principale, on a installé une cheminée en marbre. Le couloir à droite mène vers les saunas, le jacuzzi et la piscine. Mais l'attraction principale, ce sont les deux immenses chambres à coucher et leurs lits gigantesques. L'une des chambres est peinte en bleu clair, l'autre en rose. De toutes parts on est écrasé par des meubles massifs en bois sombre. Et sur chacun, sans exception, il y a encore l'étiquette du vendeur ! Ce ne sont pas des petites étiquettes discrètes, collées dans un coin, qu'on aurait oublié de retirer : non, il s'agit d'inscriptions énormes ! On ne peut pas les rater. Elles semblent hurler à tous les visiteurs : "Cette commode a coûté tant de milliers de dollars ! Ce miroir est très cher ! Ces toilettes sont hors de prix !" Bref, toute cette résidence est d'une vulgarité sans nom. (...)

Ramzan arrive à la nuit tombée, entouré d'une nuée d'hommes en armes qui se dispersent dans tout le pavillon. Certains d'entre eux assistent à ma conversation avec leur chef et n'hésitent pas à m'interrompre très brutalement, avec une grande agressivité. Ramzan s'affale dans un fauteuil et se met à l'aise. Il enlève ses chaussures et étend ses jambes, au point que ses pieds se retrouvent à quelques centimètres de mon nez, mais il ne paraît même pas s'en rendre compte. Charmant. Je recule un peu avant de commencer l'entretien en l'interrogeant sur ses objectifs.
"Nous voulons remettre de l'ordre, pas seulement en Tchétchénie, mais dans tout le Caucase du Nord. Pour qu'à tout moment nous puissions nous rendre sans problème à Stavropol, voire à Saint-Pétersbourg. Nous sommes prêts à combattre partout en Russie. Nous allons nous occuper des bandits où qu'ils se trouvent.

- Qui appelez-vous "bandits" ?
- Maskhadov (président élu de Tchétchénie, tué en mars 2005), Bassaev (chef terroriste, tué en juillet 2006) et leurs semblables.
- Vos hommes ont donc pour but de débusquer Maskhadov et Bassaev ?
- Oui. L'essentiel, c'est de les trouver et de les abattre.
- Vous ne parlez que d'"abattre", de "liquider"... La guerre n'a-t-elle pas suffisamment duré ?
- Bien sûr qu'elle a suffisamment duré ! D'ailleurs, nos ennemis s'en rendent bien compte. La preuve : il y a déjà 700 boïeviki qui se sont rendus à mes combattants. Maintenant, ces anciens maquisards sont revenus à une vie normale... Nous voulons que les autres abandonnent à leur tour cette résistance inutile. Mais ils continuent de guerroyer. Et nous n'avons d'autre choix que de les liquider. Aujourd'hui encore, nous en avons attrapé trois. Deux d'entre eux ont été tués. (...)
- Quel droit avez-vous de liquider quiconque, a fortiori en Ingouchie ? Officiellement, vos hommes ne sont que le service de sécurité du président de la Tchétchénie...
- C'est notre droit le plus strict. Nous avons réalisé cette opération conjointement avec le FSB ingouche. Nous avons obtenu toutes les autorisations officielles requises. (Il ment : il n'a même pas cherché à obtenir la moindre autorisation. A. P.) (...)
- Récemment, vous avez lancé un ultimatum à tous les rebelles qui ne se sont toujours pas rendus. Cet ultimatum visait-il expressément Maskhadov ?
- Non. Il était destiné à tous ces gamins de 17 ou 18 ans qui ne connaissent pas grand-chose de la vie, qui ne comprennent rien à la situation et qui ont été dupés par Maskhadov. Ils l'ont rejoint dans les forêts. Maintenant, leurs mères pleurent, elles viennent me voir en m'implorant : "Ramzan, retrouve nos fils !" Elles maudissent Maskhadov. Par conséquent, cet appel, c'est aussi un ultimatum à toutes les femmes, pour leur dire de bien surveiller leurs enfants. J'ai prévenu les mères des rebelles : elles doivent raisonner leurs fils, les convaincre de rentrer. Ceux qui ne se rendront pas seront abattus. Evidemment. La question ne se pose même pas.
- Mais peut-être est-il temps pour les Tchétchènes de cesser de s'entretuer et de s'asseoir autour d'une table de négociations ?
- Avec qui pourrais-je m'asseoir autour de la même table ?
- Avec tous vos compatriotes qui sont dans le maquis.
- Vous pensez encore à Maskhadov ? Mais Maskhadov n'est plus rien. Personne ne l'écoute. L'homme fort, c'est Bassaev. C'est un grand guerrier, un bon stratège, et j'ose même dire que c'est un bon Tchétchène. Quant à Maskhadov, ce n'est qu'un vieillard. Le pauvre, il ne peut plus rien ! (Ramzan part d'un grand éclat de rire. Toute sa cour se met immédiatement à rire à son tour.)
- Vous semblez mépriser Maskhadov et respecter Bassaev, c'est étrange...
- Je respecte Bassaev en tant que guerrier. On peut dire ce que l'on veut de lui, ce n'est pas un lâche. Je prie Allah pour qu'il me permette de défier Bassaev en combat singulier. Chacun a ses rêves. Certains rêvent d'être président, d'autres d'être aviateur ou agriculteur... Moi, je rêve de me confronter à Bassaev, dans une bataille loyale. Mon groupe contre le sien, et personne d'autre. (...)
- Et si Bassaev sortait vainqueur de ce combat ?
- C'est impossible. Je gagne toujours.
- Comment vous définiriez-vous vous-même ? Quel est votre point fort ?
- Je ne comprends pas cette question.
- En quoi êtes-vous fort et en quoi êtes-vous faible ?
- Je ne suis faible en rien du tout. Je suis fort. Si Alou Alkhanov est devenu président, c'est parce que j'estime qu'il est fort. Je lui fais confiance à cent pour cent. Tu crois que c'est le Kremlin qui décide ? (...)
" Si vous nous aviez laissés tranquilles, voilà longtemps que nous, les Tchétchènes, vivrions en paix.
- Qui ça, "vous" ?
- Les journalistes comme toi. Et certains hommes politiques russes. Vous ne nous laissez pas remettre de l'ordre. Vous semez la division chez nous. Toi, par exemple, tu t'es interposée entre les Tchétchènes. Tu es notre ennemie. Pour moi, tu es pire que Bassaev.
- Qui d'autre considérez-vous comme vos ennemis ?
- Je n'ai pas d'ennemis. Il y a seulement des bandits que je pourchasse.
- Avez-vous l'intention de devenir, un jour, président de la Tchétchénie ?
- Non.
- Qu'est-ce que vous aimez le plus faire dans la vie ?
- Faire la guerre. Je suis un guerrier.
- Avez-vous déjà tué quelqu'un de vos mains ?
- Non. Je suis un donneur d'ordres, pas un exécutant.
- Mais vous n'avez pas toujours donné des ordres... Il y a bien eu un moment où quelqu'un vous donnait des ordres, à vous.
- Oui, mon père. C'est le seul homme qui m'ait jamais donné des ordres.
- Avez-vous déjà donné l'ordre de tuer ?
- Oui.
- Cela ne vous fait pas peur ?
- Ce n'est pas ma décision, mais celle d'Allah. C'est lui qui nous dit de tuer les wahhabites.
- Et quand il n'en restera plus ? A qui allez-vous faire la guerre, alors ?
- Je m'occuperai de mes abeilles. J'ai des ruches, tu sais ? J'ai aussi des veaux. Et des chiens de combat.
- Avez-vous d'autres hobbies ?
- Les femmes. J'aime beaucoup les femmes.
- Votre épouse n'a rien contre ?
- Elle n'est pas au courant.
- Quelles études avez-vous faites ?
- Des études de droit. Je suis juriste.
- Votre mémoire, vous l'avez fait sur quel sujet ?
- J'ai oublié. C'était il y a longtemps."

La conversation prend soudain un tour tendu. Mon hôte se met à m'accuser de tous les maux. "Tu veux que nous épargnions les bandits... Tu es une ennemie du peuple tchétchène... Tu devras répondre de tout ce que tu as fait..." Ramzan gesticule bizarrement, il hurle de plus en plus fort en sautillant sur sa chaise. Il se conduit comme un enfant gâté : il éclate régulièrement de rire, se gratte, puis demande à ses gardes du corps de lui frotter le dos, ce qu'ils s'empressent de faire. Il s'étire dans tous les sens, se lève, exécute quelques pas de danse... Ses répliques sont de plus en plus décousues. Il se renverse dans son fauteuil, puis se lève d'un bond : on lui a dit qu'il était en train de passer à la télévision. Il est très content. Puis le petit écran montre Poutine. "Qu'il est beau !", s'écrie Ramzan avec ravissement. Il affirme que le président russe a une démarche de vrai montagnard. Pendant ce temps, il fait nuit noire. Il faut que je parte, mais l'atmosphère est très tendue... Finalement, Ramzan ordonne de m'emmener à Grozny.

Moussa, un ancien combattant indépendantiste, ainsi que deux gardes sont chargés de m'accompagner. Nous nous installons dans leur voiture. Je me dis que cette nuit, sur cette route sinistre pleine de postes de contrôle, ils vont sans doute me tuer. Mais non. Moussa semble avoir longtemps attendu de ne plus être à proximité de Ramzan pour parler à coeur ouvert. Quand il commence à me raconter l'histoire de sa vie, je comprends qu'il ne me tuera pas. Il veut que je raconte son destin au monde entier. Je vais vivre. Mais je ne peux pas m'empêcher de pleurer. De peur et de dégoût. "Ne pleure pas ! Tu es forte !", finit-il par me dire. (...)

C'est une histoire vieille comme la Russie : le Kremlin a élevé un petit dragon et doit maintenant le nourrir régulièrement pour qu'il ne crache pas du feu. En Tchétchénie, notre Etat a connu un échec monumental. Un échec que les hommes au pouvoir essayent de présenter comme une victoire éclatante. Le peuple tchétchène, pour sa part, n'a guère le choix. Il est bien obligé de composer avec le petit dragon, s'il tient à la vie. Le Kremlin a montré à ce peuple rebelle que, sous Poutine, il était impossible de protester. Et la majorité des Tchétchènes a fini par baisser la tête. Maintenant, c'est tout le pays qui suit leur exemple.

Extrait de Douloureuse Russie : Journal d'une femme en colère, d'Anna Politkovskaïa, traduit du russe par Natalia Rutkevitch, sous la direction de Galia Ackerman (Buchet-Chastel, 420 pages, 25 €). Anna Politkovskaïa était journaliste à la "Novaïa Gazeta".

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Coup de coeur... Frantz Fanon...

28 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Monde compartimenté, manichéiste, immobile, monde de statues : la statue du général qui a fait la conquête, la statue de l'ingénieur qui a construit le pont. Monde sûr de lui, écrasant de ses pierres les échines écorchées par le fouet. Voilà le monde colonial. L’indigène est un être parqué, l'apartheid n'est qu'une modalité de la compartimentation du monde colonial. La première chose que l'indigène apprend, c'est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites. C'est pourquoi les rêves de l'indigène sont des rêves musculaires, des rêves d'action, des rêves agressifs. Je rêve que je saute, que je nage, que je cours, que je grimpe. Je rêve que j'éclate de rire, que je franchis le fleuve d'une enjambée, que je suis poursuivi par des meutes de voitures qui ne me rattrapent jamais. Pendant la colonisation, le colonisé n'arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin.

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Coup de coeur... Yves Bonnefoy...

27 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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La Beauté

Celle qui ruine l'être, la beauté,
Sera suppliciée, mise à la roue,
Déshonorée, dite coupable, faite sang
Et cri, et nuit, de toute joie dépossédée —
O déchirée sur toutes grilles d'avant l'aube, piétinée sur toute route et traversée,
Notre haut désespoir sera que tu vives,
Notre coeur que tu souffres, notre voix
De l'humilier parmi tes larmes, de te dire
La menteuse, la pourvoyeuse du ciel noir.
Noue désir pourtant étant ton corps infirme.
Notre pitié ce cœur menant à toute boue.

                                        _____________________________

Les étoiles voûtaient les murs du haut jardin
Comme les fruits de l'arbre au-delà, mais les pierres
Du lieu mortel portaient dans l'écume de l'arbre 
Comme une ombre d'étrave et comme un souvenir.

Etoiles et vous, craies d'un pur chemin. 
Vous pâlissiez, vous nous preniez le vrai jardin, 
Tous les chemins du ciel étoile faisant ombre 
Sur ce chant naufragé ; sur notre route obscure.

Dans ses coffres le rêve a replié 
Ses étoffes peintes, et l'ombre 
De ce visage taché 
De l'argile rouge des morts.

Tu n'as pas voulu retenir 
Ces mains étroites qui firent 
Le signe de solitude 
Sur les pentes ocres d'un corps.

 Et telle une eau qui se perd
 Dans les rougeurs d'une eau sombre.
 La nuque proche se courbe
 Sur la plage où brille la mon.

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Delphes du second jour

Ici l'inquiète voix consent d'aimer
La pierre simple.
Les dalles que le temps asservit et délivre.
L'olivier dont la force a goût de sèche pierre

Le pas dans son vrai lieu.
L'inquiète voix
Heureuse sous les roches du silence,
Et l'infini, l'indéfini répons

Des sonnailles, rivage ou mort.
De nul effroi
Était ton gouffre clair,
Delphes du second jour.

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Coup de coeur... Amin Maalouf...

26 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Si les hommes de tous pays, de toutes conditions, de toutes croyances se transforment aussi facilement en massacreurs, si les fanatiques de tous poils parviennent aussi facilement à s’imposer comme les défenseurs de l’identité, c’est parce que la conception  » tribale  » de l’identité qui prévaut encore dans le monde entier favorise une telle dérive; une conception héritée des conflits du passé, que beaucoup d’entre nous rejetteraient s’ils l’examinaient de plus près, mais à laquelle nous continuons à adhérer par habitude, par manque d’imagination, ou par résignation, contribuant ainsi, sans le vouloir, aux drames par lesquels nous serons demain sincèrement bouleversés.

(...)

A l’inverse, dès lors qu’on conçoit son identité comme étant faite d’appartenances multiples, certaines liées à une histoire ethnique et d’autres pas, certaines liées à une tradition religieuse et d’autres pas, dès lors que l’on voit en soi-même, en ses propres origines, en sa trajectoire, divers confluents, diverses contributions, divers métissages, diverses influences subtiles et contradictoires, un rapport différent se crée avec les autres, comme avec sa propre  » tribu « . Il n’y a plus simplement  » nous « , et  » eux  » – deux armées en ordre de bataille qui se préparent au prochain affrontement, à la prochaine revanche. Il y a désormais, de  » notre  » côté, des personnes avec lesquelles je n’ai finalement que très peu de choses en commun, et il y a, de  » leur  » côté, des personnes dont je peux me sentir extrêmement proche.

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Coup de coeur... Gustave Flaubert...

25 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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"A sept heures, on servit le dîner. Les hommes, plus nombreux, s'assirent à la première table, dans le vestibule, et les dames à la seconde, dans la salle à manger, avec le marquis et la marquise.  Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud, mélangé du parfum des fleurs et du beau linge, du fumet des viandes et de l'odeur des truffes. Les bougies des candélabres allongeaient des flammes sur les cloches d'argent ; les cristaux à facettes, couverts d'une buée mate, se renvoyaient des rayons pâles ; des bouquets étaient en ligne sur toute la longueur de la table ; et, dans les assiettes à large bordure, les serviettes, arrangées en manière de bonnet d'évêque, tenaient entre le bâillement de leurs deux plis chacune un petit pain de forme ovale. Les pattes rouges des homards dépassaient les plats ; de gros fruits dans les corbeilles à jour s'étageaient sur la mousse ; les cailles avaient leurs plumes, des fumets montaient ; et, en bas de soie, en culotte courte, en cravate blanche, en jabot, grave comme un juge, le maître d'hôtel, passant entre les épaules des convives les plats tout découpés, faisait, d'un coup de sa cuillère, sauter pour vous le morceau qu'on choisissait. Sur le grand poêle de porcelaine à baguettes de cuivre, une statue de femme, drapée jusqu'au menton, regardait immobile la salle pleine de monde. Mme Bovary remarqua que plusieurs dames n'avaient pas mis leurs gants dans leurs verres.

Cependant, au haut bout de la table, seul, parmi toutes ces femmes, courbé sur son assiette remplie, et la serviette nouée dans le dos comme un enfant, un vieillard mangeait, laissant tomber de sa bouche des gouttes de sauce. Il avait les yeux éraillés et portait une petite queue  enroulée d'un ruban noir. C'était le beau-père du marquis, le vieux duc de Laverdière, l'ancien favori du comte d'Artois, dans le temps des parties de chasse au Vaudreuil chez le marquis de Conflans, et qui avait été, disait-on, l'amant de la reine Marie-Antoinette, entre MM. de Coigny et de Lauzun. Il avait mené une vie bruyante de débauches, pleine de duels, de paris, de femmes enlevées, avait dévoré sa fortune et effrayé toute sa famille. Un domestique, derrière sa chaise, lui nommait tout haut dans l'oreille les plats qu'il désignait du doigt en bégayant ; et sans cesse les yeux d'Emma revenaient d'eux-mêmes sur ce vieil homme à lèvres pendantes, comme sur quelque chose d'extraordinaire et d'auguste. Il avait vécu à la cour et couché dans le lit des reines !
 
On versa du vin de Champagne à la glace. Emma frissonna de toute sa peau, en sentant ce froid dans sa bouche. Elle n'avait jamais vu de grenades ni mangé d'ananas. Le sucre en poudre même lui parut plus blanc et plus fin qu'ailleurs.
 
Les dames, ensuite, montèrent dans leurs chambres s'apprêter pour le bal."
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Coup de coeur... Ernst Jûnger...

24 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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« Que servait de répandre sur les plus proches du sable et de la chaux, de jeter sur eux une toile de tente pour échapper au spectacle constant des visages noirs et enflés. Il y en avait trop ; partout la bêche heurtait de la chair ensevelie. Tous les mystères du tombeau s’étalaient dans une hideur à faire pâlir les rêves les plus fous. Les cheveux tombaient des crânes par touffes, comme le feuillage pâli des arbres à l’automne. Plus d’un se défaisait en verdâtre gelée de poisson qui luisait dans les nuits sous les lambeaux des uniformes. Quand on marchait sur eux, le pied laissait des traces phosphorescentes. D’autres se desséchaient en momies calcifiées qui se desquamaient lambeau par lambeau. Chez d’autres encore, les chairs coulaient des os en gélatine brun rougeâtre. Dans les nuits lourdes, des cadavres boursouflés s’éveillaient à une vie de fantôme lorsque les gaz comprimés s’échappaient des blessures à grands sifflets et gargouillis. Mais le plus terrifiant était le grouillement frénétique où se dissolvaient les corps qui ne se composaient plus que de vers innombrables.

À quoi bon ménager vos nerfs ? Ne sommes-nous pas restés une fois, quatre jours de suite, dans un chemin creux entre des cadavres ? N’étions-nous pas tous, morts et vivants, recouverts d’un épais tapis de grandes mouches bleu sombre ? Peut-on encore aller plus loin ? Oui : plus d’un gisait là avec qui nous avions partagé mainte veille nocturne, mainte bouteille de vin, maint quignon de pain. Qui peut parler de la guerre, qui n’a point été dans nos rangs ?

Lorsque après de telles journées le soldat du front traversait les villes de l’arrière, en colonnes grises et muettes, voûté, dépenaillé, sa vue parvenait à figer sur place l’insouciant train-train des écervelés de ces lieux. “On les a sortis des cercueils”, chuchotaient-ils à l’oreille de leur bonne amie, et tous ceux qu’effleuraient le vide des yeux morts se mettaient à trembler. Ces hommes étaient saturés d’horreur, ils eussent été perdus sans l’ivresse. Qui peut mesurer cela ? Un poète seul, un poète maudit dans le voluptueux enfer de ses rêves. »

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Coup de coeur... Jean Rouaud...

23 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Avec  le temps, d'un été à l'autre, j'aurais pu grâce à Georges me faire une  idée de ce qui se passait et disait sur l'autre rive, me familiariser  avec une pensée politique, avec son vocabulaire, mais après la mort de  notre père tout s'est écroulé. La joie ayant déserté la maison, les uns  et les autres n'osaient plus pousser la porte de peur de déranger notre  pleureuse. On y parlait à voix basse, comme dans une chambre mortuaire.  Fini les discussions. On se contentait de venir aux nouvelles et  d'apporter un peu de réconfort à la pauvre Annick, notre mère, laquelle  n'avait qu'un souhait, que ça se termine au plus vite, ce rituel de la  visite annuelle, pour pouvoir réintégrer son monde de tristesse. Et dans  cet isolement carcéral du deuil aucune information ne passait. Ce qui  obligeait à développer un imaginaire de résistance, éthéré, nourri par  la seule rêverie, qui était pour moi un rêve d'amour.    

Lequel ne m'a pas quitté, enfantin, précieux, inadapté, tenace, auquel  je n'ai pas renoncé en dépit de son peu de réalité, et qui m'a conduit  jusqu'à ce "Mmm, enfin" que m'adressa la fiancée par courrier  électronique, à qui j'avais confié, après des mois d'attente pour elle  qui, suite au malentendu de la Grand-Place, désespérait que je la  remarque, mon désir de la revoir. Mais si vous avez envie de me revoir,  j'aimerais que vous me le disiez plus. Et j'avais longtemps retourné ses  mots, est-ce que je lisais bien? Et comprenant enfin ma stupidité :  J'ai très envie de vous revoir, j'ai très envie de vous revoir, et pour  tout dire, j'ai très envie de vous revoir. Mmm enfin, avait-elle  simplement répondu, juste ce soupir lumineux, ce cri de soulagement  quand on a été au bord de tout lâcher, qu'on s'est cramponné contre les  apparences trompeuses, qu'on a tenu encore et encore jusqu'à penser n'en  plus pouvoir. Mmm enfin, vous êtes là. Mmm enfin, votre voix à mon  oreille. Mmm enfin, je ne me suis pas trompée, sur moi, sur vous. Mmm  enfin, peut-être ai-je une chance d'aborder ma vraie vie, de trouver une  place à mes aspirations cachées, à mes désirs de poésie, d'envol. Mmm  enfin, vous m'avez vue et vous voulez me revoir. Mais un étrange écho ce  mmm enfin. Pas seulement l'aveu solaire de la femme aimée. J'aurais pu  le formuler moi aussi s'il n'avait été aussi profondément enseveli sous  les décombres. Longue attente, remontant à bien plus loin, à se demander  comment elle avait survécu, comment je pouvais encore y croire,  interminable attente commencée dans les nocturnes de Saint-Louis, au  milieu des hululements plaintifs des cornes de brume et des gifles de  pluie sur les vitres. Mmm enfin. Mystère de mon amour. Mais depuis, je  sais : les rêves sont des programmes.

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Coup de coeur... Jean Amrouche...

22 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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En donnant ces chants berbères au public, j'ai le sentiment de livrer un trésor privé, de me dessaisir d'un bien de famille. Mais, il n'est pas de meilleure manière de préserver de la destruction une richesse. Aussi loin que j'essaie de remonter le cours de ma vie, le moindre événement qui affleure à ma mémoire est accompagné du bercement des chants de mon pays.

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Eboulez-vous montagnes
Qui des miens m’avez séparé,
Laissez à mes yeux la voie libre,
Vers le pays de mon père bien-aimé.
Je m’acharne en vain à l’ouvrage;
 Mon cœur là-bas est prisonnier. 
 Paix et salut, ô mon pays !
 Mes yeux ont parcouru des mondes.
 Ma vue est orage de printemps
 Dans le tumulte des neiges fondantes.
 Mère, ô mère bien-aimée, 
 Ah ! l’exil est un long calvaire        

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J'ai versé tant de pleurs sans que vous pleuriez.
J'ai compris : je suis étranger

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Coup de coeur... Claude Simon...

20 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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C'était  la fin de l'après-midi sans doute car il me dit que le vent avait  cessé. Le soleil bas, jaune foncé, glissait  presque horizontal dans la  chambre, projetait sur le mur la tâche marbrée virant lentement du  citron au chrome, puis du chrome à l'orangé, tandis qu'elle se déplaçait  insensiblement, et du dehors (tintement des brocs des femmes à la  fontaine, appel, et un murmure las, multiple, épuisé) parvenaient les  bruits du soir. Comme une exhalaison du jour fané, révolu. Puis un  frémissement, un long cri de soie déchirée fendant l'air, se répétant,  et Montes pensant : «  Déjà. Les hirondelles. Elles sont déjà ... » Et  maintenant la barre du soleil comme du bronze en fusion glissant  semblait-il de plus en plus vite, au point qu'il pouvait presque suivre  sa lente dérive, la lente, terrifiante et irrémédiable dérive du temps.  Et toujours cette chose qu'il savait qu'il devait faire, ou qu'il  voulait faire, répétant maintenant : «Non, je vous dis qu'il faut que  je parte. Excusez-moi. Je dois...»

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