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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Michael Herr...

1 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Pour les sorties de nuit les médecins vous donnaient des pilules, la Dexedrine et son haleine de serpents morts gardés trop longtemps dans un pot. Moi je n’en ai jamais eu besoin, un léger contact ou n’importe quel bruit du même genre m’excitait à haute dose. Quand j’entendais le moindre son hors de notre petit cercle crispé je flippais en priant Dieu de ne pas être le seul à l’avoir entendu. Deux rafales dans la nuit à un kilomètre de là et j’avais un éléphant à genoux sur la poitrine, il fallait que j’aille chercher l’air jusque dans mes bottes. Une fois j’ai cru voir une lueur bouger dans la jungle et je me suis surpris à presque murmurer : « Je ne suis pas prêt à ça, je ne suis pas prêt à ça. » C’est là que j’ai décidé de laisser tomber et de faire autre chose de mes nuits. Et je n’allais pas aussi loin que ceux qui tendaient des embuscades ou que les Lurps, les patrouilles de reconnaissance en profondeur, qui sortaient toutes les nuits pendant des semaines et des mois, allaient ramper près des camps de base VC ou le long des colonnes des Nord-Vietnamiens. Déjà je vivais trop près de mes os, je n’avais plus qu’à l’accepter. En tout cas je gardais les pilules pour plus tard, pour Saigon et la déprime horrible que j’y trouvais chaque fois.

Michael Herr - Putain de mort

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Coup de coeur... Margaret Atwood...

30 Juin 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

J’aimerais croire que ceci est une histoire que je raconte. J’ai besoin de le croire. Il faut que je le croie. Celles qui peuvent croire que pareilles histoires ne sont que des histoires ont de meilleures chances.

 

Si c’est une histoire que je raconte, je peux choisir son dénouement. Donc il y aura un dénouement, à cette histoire, et la vraie vie viendra après. Je pourrai reprendre là où je me suis arrêtée. Ce n’est pas une histoire que je raconte.

 

C’est aussi une histoire que je raconte, dans ma tête, au fur et à mesure.

 

Raconter, plutôt qu’écrire, parce que je n’ai pas de quoi écrire et que de toute façon il est interdit d’écrire, mais si c’est une histoire, même dans ma tête, il faut que je la raconte à quelqu’un. On ne se raconte pas une histoire seulement à soi-même. Il y a toujours un autre.

 

Même quand il n’y a personne.

 

Une histoire est comme une lettre. Je dirai : Cher Toi. Juste Toi, sans nom. Ajouter un nom rattache ce « toi » au monde réel, qui est plus hasardeux, plus périlleux : qui sait quelles sont les chances de survie, là-bas, pour toi ? Je dirai « Toi, toi », comme dans une vieille chanson d’amour. Toi peut représenter plus d’une personne. Toi peut signifier des milliers de gens.

 

Je te dirai : je ne cours aucun danger immédiat.

 

Je ferai semblant que tu peux m’entendre.

 

Mais cela ne sert à rien, car je sais que c’est impossible.

Margaret Atwood - La servante écarlate

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Coup de coeur... Ismaïl Kadaré...

28 Juin 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Ismaïl Kadaré...

Entre-temps, le mois d'avril se consumait rapidement. Les jours se succédaient sans trêve, et ce mois, qui, même sans cela, était pour lui le plus court de tous, se contractait, se consumait rapidement.

Il ne savait pas dans quelle direction marcher. Parfois il perdait son temps sur le mauvais chemin, et parfois il revenait involontairement dans un endroit par où il était déjà passé. Le doute qu'il n'avançait pas dans le bon sens le tourmentait toujours plus. Il finit pas avoir l'impression qu'il ne marcherait jamais que dans la fausse direction, jusqu'à la fin de cette poignée de jours qui lui restaient, à lui, malheureux pèlerin dans la lune, en son avril tronqué.

Ismaïl Kadaré - Avril brisé

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Coup de coeur... Andrée Chedid...

27 Juin 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Après

tanières d'ombres

Quand le jour n'offre que tanières d'ombres je m'abrite encore sous le sommeil et ses rameaux veinés de sèves

Je fais halte

J'étreins l'image féconde

Je me charpente pour le retour

Plus souvent au matin
J'accède à marée basse à la plate-forme de vie

Mes univers se rassemblent.

Réparé reconstruit
Je me replante

Je touche des parois
Je me lie aux visages
Je baise le sol reconnu

Exister m'est propice!

                      _____________________________________

Jeunesse

Tu chantes!

Pour un temps s'apaise

L'univers en tornade

que tu portes dans tes flancs

Tu danses!

Ton corps brûle ses frontières
T'emporte hors de ton corps

Tu cries!

Ta fureur attise l'âme des univers éteints

Tous les appels du monde te traversent jeunesse!

Tu enfantes le feu.
_______________________________________________________
 
Epreuve de la beauté
 
En ces aubes où fermente la nuit

De quel élan

gravir?

De quel œil contempler

villes visages siècles douleurs espérance?

De quelles mains creuser un sol toujours fécond?

De quelle tendresse chérir vie et terre
Abolir la distance
Cicatriser l'entaille?

A quelle lumière découvrir la beauté des choses
Obstinément intacte sous le squame des malheurs?
 
Andrée Chedid
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Coup de coeur... Leïla Slimani...

26 Juin 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Elle y tient pourtant, à ces photographies, qu'elle prend par centaines et qu'elle regarde dans les moments de mélancolie. Dans le métro, entre deux rendez-vous, parfois même pendant un dîner, elle fait glisser sous ses doigts le portrait de ses enfants. Elle croit aussi qu'il est de son devoir de mère de fixer ces instants, de détenir les preuves du bonheur passé. Elle pourra un jour les tendre sous le nez de Mila ou d'Adam. Elle égrènera ses souvenirs et l'image viendra réveiller des sensations anciennes, des détails, une atmosphère. On lui a toujours dit que les enfants n'étaient qu'un bonheur éphémère, une vision furtive, une impatience. Une éternelle métamorphose. Des visages ronds qui s'imprègnent de gravité sans qu'on s'en soit rendu compte. Alors toutes es fois qu'elle en a l'occasion, c'est derrière l'écran de son iPhone qu'elle regarde ses enfants qui sont, pour elle, le plus beau paysage du monde.

Leïla Slimani - Chanson douce

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Coup de coeur... François Taillandier...

25 Juin 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Comme un forcené tire la nappe d'une table avec les vins et les mets du festin, les plats d'argent, les coupes précieuses, saccageant tout, le Messie avait jeté, éparses au sol, les joies de la musique, des jardins, de l'amour sensuel, aussi bien que des illusions de la pensée, de la politique et de la poésie, les orgueils de la guerre et du pouvoir, tout ce qui avait constitué l'homme gréco-latin - et il avait démasqué l'être humain, le révélant sale, brutal, misérable, mangé de de pourriture et d'éternel chagrin, rongé par le péché et promis à la mort.

François Taillandier - L'écriture du monde

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France Culture - L'Estival Albert Camus aura lieu du 26 au 28 juin...

25 Juin 2020 , Rédigé par Livres Hebdo Publié dans #Littérature

France Culture - L'Estival Albert Camus aura lieu du 26 au 28 juin...

EXTRAIT

(...)

Les programmes de France Culture "accueilleront de nombreux invités pour retracer la trajectoire exceptionnelle du gamin pauvre d'Alger devenu prix Nobel de Littérature à l'occasion du 60ème anniversaire de sa tragique disparition" détaille l'association Rencontres méditerranéennes Albert Camus.

Au programme :
    
Vendredi 26 juin :

  • 10h : "Les Chemins de la philosophie", présentée par Adèle Van Reeth, avec Abd Al Malik

Samedi 27 juin :

  • En vidéo sur le site: Comment Camus a écrit La Peste, grâce à l'analyse de son manuscrit original en partenariat avec la BNF.
  • 7h-9h : "Les Matins du Samedi", présentée par Caroline Broué, avec Charles Berling
  • 9h07-10h: "Répliques" par Alain Finkielkraut avce Raphaël Enthoven pour évoquer Le Premier homme (Gallimard) 
  • 17h-18h : Lecture de L’Envers et l’endroit par Abd Al Malik, au Théâtre de la Ville- Espace Cardin
  • 20h-21h : Lecture du Premier homme par Charles Berling au Théâtre de la Ville- Espace Cardin
  • 20h – 21h - Les Carnets par Stéphane-Olivier Bisson et un montage de textes -au Théâtre de la Ville- Espace Cardin

Dimanche 28 juin:

  • 11h – 12h : "L’Esprit public" - Emilie Aubry. Emission spéciale Albert Camus, avec Emmanuel Demarcy-Mota, Gérard Courtois, Aurélie Filippetti et 0Jean-Noël Jeanneney
  • 12h45 –13h30 : "Signes des temps," présenté par Marc Wieitzmann : L’universalisme de Camus existe-t-il encore ?
  • 14h-15h : La Peste par Sharif Andoura – au Théâtre de la Ville -Espace Cardin.
  • 15h-15h30 : "Personnages en personne", par Charles Dantzig consacré à Meursault avec André Abbou.
  • 15h30-16h : Une dictée en direct sur l’antenne et les réseaux sociaux organisée par Rachid Santaki.
  • 18h15-19h45 : "Soft Power", par Frédéric Martel autour du thème "Albert Camus dans le monde" avec:                      
Algérie : Albert Camus et l'Algérie avec Georges-Marc Benamou, auteur du documentaire Les Vies d'Albert Camus sur France 3.
Israel : Denis Charbit, Maître de conférences en sciences politiques à l’Open University de Tel-Aviv.
Amerique Latine & Espagne : Maria Santos-Sáinz, professeure de journalisme à l'Université de Bordeaux, auteur de "Camus journaliste".
Pays arabes : Alaa al-Aswany, écrivain égyptien
Italie : (programme en cours)
Portugal/Brésil : (programmation en cours). Camus et les arts.
Numérique : Maryline Maeso, professeur de philosophie, Albert Camus digital
 
(...)
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Coup de coeur... Valéry Larbaud...

24 Juin 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Et mes richesses non plus ne me reprendront pas. La tentation est forte, pourtant. Y a t-il quelque chose au monde de plus beau que la richesse ? Elle semble matérialiser l’esprit et projeter dans la vie de la rue la splendeur intérieure de l’homme. L’automobile par exemple, belle comme une pensée, toute en transparences et en reflets : glaces, vernis, cuivres. Et les belles femmes dedans, et le chauffeur au manteau brodé d’une ganse d’or aux armes de la maison et près du chauffeur, un moustique de petite fille aux longues jambes, roulée dans de molles étoffes de couleurs fondantes. La richesse qui nous escorte partout, avec de petits soins, des attentions délicates, pas de bruit, de l’air, de la propreté, une odeur de linge frais et de cuir fin, et la marche devenue médecine, et toutes les forces naturelles à notre service : pour nous monter, pour nous porter, nous descendre, nous aider. A cela aussi j’ai renoncé : le gêne du luxe bourgeois, le souci d’un train de maison. Encore une évasion et un agrandissement. 

A. O. Barnabooth, son journal intime - Valéry Larbaud 

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Coup de coeur... Albert Camus et René Char...

23 Juin 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Tout le long du chemin, des mûres sucrées et poussiéreuses.
Voyageur, qui reviens de loin, elles n’apaiseront pas ta soif ;
le retour est plus aventureux que les départs.
Mais la bouche et les mains sanglantes,
tu fuiras plus vite devant le soleil, vers l’ombre et le puits.
Le premier amour t’attend à la fin des jours.

Albert Camus, René Char - La postérité du soleil

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Coup de coeur... Philippe Sollers...

22 Juin 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

A l'ère folle de l'ordinateur, le manuscrit prend, dans certains cas extrêmes, de plus en plus de valeur. La main est la pensée même : les collectionneurs le savent, et ils sont à l'affût. Une bourse étrange se joue, avec des hausses et des baisses révélatrices. Gide est en baisse, Sade s'envole, Baudelaire et Rimbaud n'arrêtent pas de monter. Plus le décervelage imagé et numérique s'étend, plus la trace sur papier paraît miraculeuse. Vous pouvez très bien imaginer un manuscrit de Shakespeare : sa main est de la même substance que son souffle et sa voix. Ecoutez mieux : vous verrez l'encre.

Philippe Sollers - Le Nouveau

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