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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Jean-Paul Sartre...

27 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

A six ans, tu portais un col dur, ça devait racler ton cou de poulet, et puis tout un habit de velours avec une lavallière. Quel beau petit homme, quel enfant sage ! Ce sont les enfants sages, Madame, qui font les révolutionnaires les plus terribles. Ils ne disent rien, ils ne se cachent pas sous la table, ils ne mangent qu’un bonbon à la fois, mais plus tard ils le font payer cher à la société. Méfiez-vous des enfants sages !

Jean-Paul Sartre - Les Mains sales

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Coup de coeur... Yukio Mishima...

26 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Cessez d'invoquer l'amour et les sentiments humains. Ces mots sortent de votre bouche définitivement profanés. C'est seulement quand vous chassez tout sentiment humain que vous pouvez prétendre à la pureté, la pureté d'un bloc de glace. N'allez pas d'une main gluante vous grimer avec ces choses qu'on appelle l'amour ou les sentiments humains ! Ce n'est pas là votre affaire. Soyez vous-même : un homme qui hors de la politique ignore tout du coeur humain. Comme l'a dit Monsieur Kiyohara, vous êtes un homme politique qui a réussi. Votre but est atteint. Que désirez-vous de plus ? L'amour ? N'est-ce pas bouffon ? Les sentiments ? N'est-ce pas ridicule ? Ces choses-là sont le trésor de ceux qui n'ont pas le pouvoir. N'allez pas convoiter le jouet à quatre sous que chérit l'enfant pauvre !

Yukio Mishima - Le palais des fêtes

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Coup de coeur... Simone et Jean Cornec...

25 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

La reconstitution a, bien entendu, attiré la foule et les photographes.

Pour la foule pas de problèmes. Les gendarmes la contiennent sans difficultés. Mais les photographes... Un rédacteur en chef m'a, par téléphone, proposer un marché : j'autoriserais ses confrères à photographier la descente de Doucet du fourgon, son entrée dans la cour, dans la classe, plus une photo de l'instituteur assis à côté de Catherine. En contrepartie, ils disparaîtraient ensuite et nous laisseraient faire notre travail en paix.

 

(...)

 

-Regardez celui-là, Doucet. Lui aussi il a une tête d'honnête homme. Et pourtant, il y a un mois, assis là où vous êtes, il a fini par avouer avoir assassiné sa femme et sa fille...pour épouser sa maîtresse.

 

Pendant tout cet échange, Suzanne Doucet n'a pas bronché.

 

Marqué par l'inquiétude et les insomnies, elle accuse son âge, et ses traits me paraissent plus durs que lors de notre première rencontre devant la porte de mon cabinet.

 

Simone et Jean Cornec - Les risques du métier

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Coup de coeur... François Sureau...

24 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Ghyka a vécu entre deux mondes : d’un côté l’Orient russe, et cette capacité de l’âme orthodoxe à ressentir partout la présence du Sauveur, surtout dans le voyage, le défilement des paysages, le retrait dans les forêts profondes, l’attention aux surprises des rencontres, la traversée des apparences. C’est le récit du pèlerin, l’Entretien avec Motovilov. Les amis de Dieu vont sur les routes, pardonnent aux méchants et apprivoisent les animaux sauvages. Ils sont les témoins de l’Éden, qui est à la fois notre avenir et notre passé. En ce qui concerne le salut, ils sont moins fixés sur le péché que sur les passions, moins attentifs aux fautes morales qu’à la carence spirituelle : cette peur de la mort, cet oubli volontaire, réitéré, de notre vocation, en quoi Maxime le Confesseur voyait la source de nos maux. Ils sont par-dessus tout sensibles à la bienveillance divine, à l’étrange désir que Dieu éprouve de voir l’homme finir par lui ressembler, à cette miséricorde sans limites dont a si bien parlé Isaac le Syrien, l’un des auteurs centraux de la « philocalie ». Sans doute pensent-ils avec Grégoire Palamas que même si les hommes ne s’étaient pas éloignés de lui, Dieu aurait quand même voulu habiter parmi eux. Ils ne croient pas à la réparation, à la satisfaction, mais au Christ médecin, et ne considèrent la croix que dans la perspective de la résurrection. À bien des égards, Wladimir Ghyka est l’un des leurs.

François Sureau - L'or du temps

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Coup de coeur... Anne Serre...

23 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Villa d’Este, elle montait l’escalier de pierre, je montais derrière elle, j’étais triste de l’avoir transportée dans ce jardin, d’y avoir passé plus de trois heures sans rien trouver en elle ni en moi, quand soudain, à son manteau blanc se substitua une robe blanche, à sa chevelure blonde une autre chevelure, et je fus transportée d’un coup dans le vestibule glacé, sur la table noire et miroitante, et ce que je sentis alors, à ma plus grande surprise, fut un désespoir si violent qu’on aurait dit un séisme en mon cœur, comme si ses deux parties étaient soudain séparées, déchirées, arrachées l’une à l’autre, comme si c’était cela qui s’était passé rue Alban-Berg sans que je le susse jamais, comme si cette table au lieu d’avoir été celle de la joie et de l’excitation maniaque de mes émotions avait été celle d’un sacrifice, comme si l’on m’y avait amputée, torturée, démembrée, alors que moi, en ce temps-là, je songeais.

Anne Serre - Petite table, sois mise!

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Coup de coeur... Monique Wittig...

22 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Sous le soleil alors, un mouchoir sur la tête, elle se met à lire un papier déplié, par exemple, quand le monde changera et que les femmes pourront un jour prendre le pouvoir en main et s'adonner à l'exercice des armes et des lettres dans lesquels sans aucun doute elles ne tarderont pas à exceller, malheur à nous. Je suis persuadé qu'elles nous feront payer au centuple, qu'elles nous feront rester toute la journée à côté de la quenouille, du dévidoir et du rouet, qu'elles nous enverront laver la vaisselle à la cuisine. Nous ne l'aurons pas volé. Toutes à ces paroles crient et rient et se frappent les épaules entre elles pour manifester leur contentement. Elles disent, honte à toi. Elles disent, tu es domestiquée, gavée, comme les oies dans la cour du fermier qui les engraisse. Elles disent, tu te pavanes, tu n'as d'autre souci que de jouir des biens que te dispensent des maîtres, soucieux de ton bien-être tant qu'ils y sont intéressés. Elles disent, il n'y a pas de spectacle plus affligeant que celui des esclaves qui se complaisent dans leur état de servitude. Elles disent, tu es loin d'avoir la fierté des oiselles sauvages qui lorsqu'on les a emprisonnées refusent de couver leurs œufs. Elles disent, prends exemple sur les oiselles sauvages qui, si elles s'accouplent avec les mâles pour tromper leur ennui, refusent de se reproduire tant qu'elles ne sont pas en liberté.

Monique Wittig - Les guérillères

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Coup de coeur... Stendhal...

21 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Si, en entrant à Verrières, le voyageur demande à qui appartient cette belle fabrique de clous qui assourdit les gens qui montent la grande rue, on lui répond avec un accent traînard : Eh ! elle est à M. le maire.

    Pour peu que le voyageur s'arrête quelques instants dans cette grande rue de Verrières, qui va en montant depuis la rive du Doubs jusque vers le sommet de la colline, il y a cent à parier contre un qu'il verra paraître un grand homme à l'air affairé et important.

    À son aspect tous les chapeaux se lèvent rapidement. Ses cheveux sont grisonnants, et il est vêtu de gris. Il est chevalier de plusieurs ordres, il a un grand front, un nez aquilin, et au total sa figure ne manque pas d'une certaine régularité : on trouve même, au premier aspect, qu'elle réunit à la dignité du maire de village cette sorte d'agrément qui peut encore se rencontrer avec quarante-huit ou cinquante ans. Mais bientôt le voyageur parisien est choqué d'un certain air de contentement de soi et de suffisance mêlé à je ne sais quoi de borné et de peu inventif. On sent enfin que le talent de cet homme-là se borne à se faire payer bien exactement ce qu'on lui doit, et à payer lui-même le plus tard possible quand il doit.

    Tel est le maire de Verrières, M. de Rênal. Après avoir traversé la rue d'un pas grave, il entre à la mairie et disparaît aux yeux du voyageur. Mais, cent pas plus haut, si celui-ci continue sa promenade, il aperçoit une maison d'assez belle apparence, et, à travers une grille de fer attenante à la maison, des jardins magnifiques. Au-delà c'est une ligne d'horizon formée par les collines de la Bourgogne, et qui semble faite à souhait pour le plaisir des yeux. Cette vue fait oublier au voyageur l'atmosphère empestée des petits intérêts d'argent dont il commence à être asphyxié.

    On lui apprend que cette maison appartient à M. de Rênal. C'est aux bénéfices qu'il a faits sur sa grande fabrique de clous, que le maire de Verrières doit cette belle habitation en pierres de taille qu'il achève en ce moment. Sa famille, dit-on, est espagnole, antique, et, à ce qu'on prétend, établie dans le pays bien avant la conquête de Louis XIV.

    Depuis 1815 il rougit d'être industriel : 1815 l'a fait maire de Verrières. Les murs en terrasse qui soutiennent les diverses parties de ce magnifique jardin, qui, d'étage en étage, descend jusqu'au Doubs, sont aussi la récompense de la science de M. de Rênal dans le commerce du fer.

Stendhal - Le Rouge et le Noir

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Coup de coeur... Annie Leclerc...

20 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Annie Leclerc...

Tout ce qui touche la femme est dénué d'envergure et de poids véritable, tout ce qui touche la femme dans son corps est souillure, peine, souffrance, perversité.

Si tu n'es ni jeune, ni belle dans cette société crée par l'homme tu n'es plus ou pas véritablement femme.....

Les hommes ont inventé leur monde, tracé les sillons, dressé leur sexe et bandé leurs muscles et vous femmes qu'avez vous fait?

Oh oui femmes vous avez souffert en silence, vous avez saigné vous aussi, et bien sué , pleuré et gémit mais ni vos larmes, ni votre courage, ni votre sueur ni votre sang n'ont jamais compté pour rien.

C'est difficile à dire mais vous avez même dégradé ce que l'homme vous accordait dans un profond mouvement d'obscure répulsion / fascination, l'horreur de votre sang menstruel, la malédiction acharnée pesant sur votre gésine, l'écœurante nausée au spectacle de votre lait....

Car comment avez vous répondu à ces superbes condamnations? Vous avez fait de votre sang, de votre gésine, de votre lait des choses à laisser de coté, à souffrir en silence, des choses à supporter comme les maladies.

Il y avait moins de mépris et plus de vérité encore dans le regard que les hommes portaient sur nous que dans celui que nous portions sur nous-mêmes car à vrai dire nous n'en avons jamais porté aucun, nous avons détourné de nous -mêmes notre regard, nous nous sommes méprisés et gommées.

Qui reprocherait aux hommes d'avoir conçu leur sexualité qu'à travers par ou pour leur sexe quand nous n'avons rien fait pour percevoir le nôtre et sa propre sexualité.

Et pourtant c'était si simple car nous en avions un sexe et chargé de tant d'évènements, d'aventures et d'expériences que l'homme aurait pu en pâlir d'envie et de jalousie.

Et voilà que c'est nous, si riches, dont on a réussi à faire des envieuses.

On? Qui on? Nous femmes plus que quiconque je le crains.

Comment appellerais-je ma gésine, mes règles, mon gros ventre, mon lait sinon faits de mon sexe, qu'appellerais je aussi tout ce que je vis par eux à travers eux sinon ma sexualité, comment appellerai-je le plaisir de mon sexe si ce n'est ma sexualité.

Quand ils ont parlé de répression de la sexualité c'est à la leur qu'ils ont pensé accessoirement à la nôtre quand trop de censure imposé à notre sexe ont fini par contrarier l'heureuse expression du leur.

Nous n'avons jamais considéré dans notre sexe que ce qui était pour l'homme ou vers l'homme.

Et nous nous plaindrions d'être pour lui des objets alors que nous n'avons rien fait pour être des sujets?

Nous les avons tous laissé dire, pire, nous avons accepté de taire tout ce qu'ils ne disaient pas, tout ce qu'ils ne pouvaient pas dire étant hommes.

Comment stigmatiser, Freud, Miller ou bataille lorsque 'ils perçoivent tous la sexualité à partir de leur sexe d'hommes...y a t'on vraiment songé à ça?

Il y a dans l'accent des hommes, leurs angoisses et leurs incertitudes, un appel véritablement pathétique de la femme.

Non pas l'appel du désir sexuel, quoique peut être porté par lui, mais l'appel d'une voix de femme, d'une personne Femme, , la volonté obstinée de percer un secret que nous seules pourrions leur découvrir et que nous ne cessons de tenir caché, pire oublié dans l'indifférence et le mépris de nous-mêmes.

Ils ont inventé toute leur sexualité dans le silence de la nôtre.

Les hommes n'aiment pas les femmes, pas encore, ils les cherchent, ils les désirent, ils les vainquent mais ne les aiment pas.

Les femmes, elles se haïssent.

Certaines femmes diraient que je fais beaucoup de bruit pour rien mais c'est qu'elles ne sentent rien, plus rien, même plus les femmes qu'elles sont...

Annie Leclerc - Parole de femme

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Coup de coeur... Juan Marsé...

19 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Elle s’enroule sur elle-même très lentement, avec un air d'abandon et de complaisance étudié, et s'attarde tant au balancement de son bras avant que celui-ci n'atteigne le bas, que la couture, sans que la main ne la touche et comme par magie, s'est remise en place toute seule. Et la voir aussitôt après se diriger vers le bar en se dandinant sur ses extravagantes chaussures à hauts talons, et en remuant les fesses, c'est pour lui le comble. C'est précisément parce que le personnage est si réel, si proche et si quotidien, qu'il l’irrite et le trouble ; il le trouve trop lié à la grisaille du quartier, aux petits artifices, aux petites simulations et aux petites misères que la fréquentation d'autrui impose irrémédiablement chaque jour

Juan Marsé - Un jour je reviendrai

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Coup de coeur... Joël Baqué...

17 Juillet 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Voici ce que je peux encore ajouter : le temps terrestre n’a pas de profondeur, il n’est qu’une surface où nous glissons, saisis par l’intensité de certains instants, abasourdis par la fugacité d’une existence. Nous sommes des enfants puis très vite d’anciens enfants aux peaux ridées, aux yeux tristes et qui perdent jusqu’au souvenir de ces années où le poids du péché n’était qu’une pierre enfouie aux creux de leur être. A peine arrivés, nous devons nous préparer à rendre des comptes, et notre faiblesse s’avère sans limite, elle est le seul infini que nous pouvons connaître ici-bas, sidérant comme une étoile noire plus noire que la nuit la plus noire.

Joël Baqué - L'arbre d'obéissance

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