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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... John Maxwell Coetzee...

9 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "coetzee L'été de la vie"

22 août 1972 

Dans le Sunday Times d'hier, un reportage sur Francistown au Botswana. La semaine dernière, en pleine nuit, une voiture, modèle américain de couleur blanche, s'est arrêtée devant une maison dans un quartier résidentiel. Des hommes portant des passe-montagnes ont sauté du véhicule, ont enfoncé la porte à coups de pied, et se sont mis à tirer. Après quoi, ils ont mis le feu à la maison et sont repartis. Des cendres, les voisins ont tiré sept corps carbonisés : deux hommes, trois femmes, deux enfants. 

Les tueurs semblaient être des Noirs, mais l'un des voisins les a entendus parler afrikaans entre eux et était persuadé que c'étaient des Blancs badigeonnés en noir. Les victimes étaient des Sud-Africains, des réfugiés qui avaient emménagé il y a quelques semaines à peine. 

Le ministre des Affaires étrangères d'Afrique du Sud, contacté pour commenter l'incident, a fait savoir par l'intermédiaire d'un porte-parole que ce reportage n'était pas "confirmé". Une enquête sera faite, dit-il, pour établir si les personnes décédées sont bien des ressortissants sud-africains. Pour ce qui est des militaires, une source anonyme nie que les forces armées aient été impliquées. Ces meurtres seraient à considérer comme une affaire interne à l'ANC, symptôme des "tensions permanentes" entre factions. 

Ainsi, de semaine en semaine, sont mis au grand jour ces contes qui arrivent des frontières, des massacres suivis de froides dénégations. A la lecture de ces reportages, il se sent souillé. C'est pour trouver ça qu'il est revenu ! Pourtant, y a-t-il un endroit au monde où se cacher, pour ne pas se sentir souillé ? Se sentirait-il plus propre dans les neiges de Suède, lisant de loin des nouvelles de ses compatriotes et de leurs dernières frasques ? 

Comment échapper à cette infamie ? La question n'est pas d'aujourd'hui. Vieille question qui ronge et taraude sans relâche, et laisse une plaie qui suppure. Agenbite of inwit, remords de conscience. 

"Je vois que l'armée fait de nouveau des siennes, dit-il à son père. Cette fois, c'est au Botswana." Mais son père est trop prudent pour mordre à l'hameçon. Quand son père prend le journal, il va tout droit aux pages sportives, et saute tout ce qui touche à la politique - la politique et les massacres. 

Son père n'éprouve que dédain pour le continent qui s'étend au nord de chez eux. Des bouffons, c'est le mot dont il qualifie les chefs d'Etat africains : des tyrans au petit pied qui savent à peine écrire leur nom, et que des chauffeurs mènent de banquet en banquet dans leurs Rolls, affublés d'uniformes d'opérette clinquants de médailles qu'ils se sont décernées. L'Afrique : continent de crève-la-faim sous la houlette de bouffons sanguinaires. 

"Ils sont entrés de force dans une maison de Francistown et ils ont tué tout le monde, persiste-t-il malgré tout. Ils les ont exécutés. Y compris les enfants. Regarde. Lis l'article. C'est en première page."

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Coup de coeur... Juvénal...

8 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Satire II - Des hypocrites

Je fuirais volontiers au delà des Sarmates et de l'Océan glacé, lorsque j'entends censurer nos moeurs par ceux qui affichent l'austérité des Curius et vivent en bacchantes : gens pleins d'ignorance, quoiqu'ils étalent de tous côtés dans leurs maisons des plâtres de Chrysippe : car c'est la perfection pour eux que de posséder le portrait d'Aristote ou de Pittacus, et de pouvoir montrer, en sentinelle auprès de leur bibliothèque, le buste original de Cléanthe. Que le front de l'homme est trompeur ! On ne rencontre ici que des cyniques à face austère. Oses-tu bien sévir contre l'obscénité, toi, le plus infâme cloaque de la bande socratique ? Cet extérieur mâle, il est vrai, et ces membres velus, promettent une âme forte ; mais le médecin sourit en coupant les fruits secrets de ta débauche. Ils parlent rarement, ils affectent l'amour du silence, et portent les cheveux plus courts que les sourcils. Péribonius a plus de franchise et d'ingénuité ; sa démarche et ses traits décèlent ses goûts déréglés : aussi ne les imputé-je qu'à la fatalité. La naïveté de ses pareils excite ma pitié ; ce sont des furieux, je leur pardonne : mais point de grâce à leurs âpres censeurs, tonnant comme Hercule contre la volupté, et qui, après avoir fait l'apologie des vertus, se plongent dans la fange du vice.

«Cynique Sextus, crois-tu m'intimider ? s'écrie l'infâme Varillus : suis-je donc plus dépravé que toi ?» Celui qui marche d'un pas égal peut rire du boiteux, et le blanc Européen, du noir habitant d'Ethiopie. Mais qui pourrait souffrir les Gracques déclamant contre les séditions ? Qui, dans son indignation, ne serait tenté de confondre ciel et terre, si Verrès condamnait le brigand, et Milon l'homicide ? si Clodius dénonçait les adultères ? si Catilina accusait Céthégus ? si les trois disciples de Sylla s'élevaient contre les proscriptions ? comme cet empereur qui naguère, tout souillé d'un inceste, osait encore renouveler contre l'adultère des lois terribles qui eussent effrayé jusqu'à Mars et Vénus, tandis que sa nièce Julie, fameuse par tant d'avortements, arrachait de ses flancs trop féconds des lambeaux palpitants qui, par leur ressemblance, déposaient contre son oncle. N'est-ce donc pas à juste titre que les plus corrompus méprisent ces faux Scaurus et rejettent sur eux les traits de leur propre censure ? Laronia ne put souffrir un de ces farouches enthousiastes qui s'écriait sans cesse : «Loi Julia, qu'êtes-vous devenue ? dormez-vous ? - L'heureux siècle que le nôtre, lui répondit-elle en souriant, de vous avoir pour censeur et pour modèle ! la pudeur va renaître dans Rome ; il nous est tombé du ciel un troisième Caton. Mais où achetez-vous ces parfums qu'exhale votre barbe épaisse ? Ne rougissez pas de m'indiquer la boutique de votre marchand. Si vous prétendez réveiller les lois assoupies, commencez par la loi Scantinia. Songez d'abord à réformer les hommes. Les hommes ! ils sont mille fois plus dépravés que nous ; mais, protégés par le nombre et par les boucliers de leurs phalanges réunies, ils bravent tout impunément. L'intérêt du même vice établit entre eux cette rare concorde : ils ne sauraient du moins reprocher à notre sexe leurs détestables turpitudes. Taedia et Flora ne corrompent ni Cluvia ni Catulla ; mais Hispo se livre aux jeunes gens et les souille à son tour ; sa pâleur décèle cette double infamie. Nous entend-on plaider ou discuter les lois civiles, et-faire retentir vos tribunaux de nos clameurs ? A peine quelques-unes d'entre nous s'exercent à la lutte et se nourrissent du pain des athlètes, tandis que vous autres, dignes émules de ces misérables concubines enchaînées dans un bouge, vous filez la laine et rapportez chaque jour votre tâche achevée ; tandis que le fuseau, enflé d'une trame déliée, tourne plus rapidement sous vos doigts qu'entre ceux de Pénélope ou d'Arachné. On sait pourquoi Hister légua tous ses biens à son affranchi ; pourquoi, tant qu'il vécut, il ne cessa de combler sa jeune épouse de présents. Celle qui consentira à partager avec un tiers le lit d'un époux opulent n'aura rien à désirer. Mariez-vous, jeunes filles, et taisez-vous : de riches pierreries payeront votre silence... Et au milieu de telles infamies, c'est nous qu'on juge avec rigueur ! épargnant les corbeaux, les traits de la censure ne percent que la colombe».

Tous mes stoïciens, tremblants et confondus par l'évidence, s'enfuirent aussitôt. Trop véridique Laronia, qu'auraient-ils pu te répliquer ? Mais que ne se permettront pas les autres citoyens, lorsqu'un magistrat tel que toi, Créticus, est revêtu d'une robe transparente, et qu'il ose, sous un tel vêtement, s'emporter, à la face du peuple révolté de sa mollesse, contre les Proculas et les Pollitas ? - Labulla est adultère. - Eh bien ! condamne Labulla ; condamne, si tu le veux, Carfinia : mais sache qu'après avoir été flétries, elles rougiraient d'un habit pareil au tien. - Je ne puis supporter les ardeurs de juillet. - Plaide tout nu, j'y vois moins de déshonneur. Il eût fallu qu'un magistrat vînt, sous un tel vêtement, dicter des lois à ces anciens Romains, rentrant dans la ville vainqueurs et couverts de blessures encore saignantes, ou descendant de leurs montagnes, après les travaux de la charrue ! Que ne dirais-tu pas, si tu voyais un juge et même un témoin vêtus de la sorte ? Des robes transparentes à l'inflexible Créticus, à ce grand professeur de la liberté ! L'exemple te corrompit ; il en corrompra bien d'autres, s'il est vrai qu'un grain suffise pour gâter une grappe, et que, dans un troupeau, le mal d'un seul se communique à tous.

Quelque jour, ce vêtement cessera d'être ton plus grand opprobre. On n'arrive que par degrés au comble de l'infamie. Nous te verrons enfin associé à ces prêtres qui, dans leurs secrètes assemblées, surchargent leurs têtes de longues aigrettes et leur cou de nombreux colliers ; qui se concilient la Bonne Déesse par le sacrifice d'une jeune truie et l'offrande d'un grand vase rempli de vin : car, usurpant l'ancien culte des femmes, il les ont chassées du sanctuaire. Le temple ne s'ouvre plus que pour les hommes. «Loin d'ici, profanes ! s'écrient-ils ; vos chanteuses sont bannies de ces lieux». Tels les Baptes célébraient dans Athènes, à la lueur des flambeaux, leurs nocturnes orgies, et, par des danses lascives, fatiguaient leur impure Cotytto. L'un se peint, en clignotant, les paupières et les sourcils, avec une aiguille noircie ; l'autre boit dans un Priape de verre, se couvre d'une robe bleue brochée ou vert pâle unie, et rassemble ses longs cheveux dans un filet doré, tandis que son esclave, aussi efféminé que lui, ne jure que par Junon. Cet autre tient le miroir que l'infâme Othon portait avec plus de faste que Turnus les dépouilles d'Auruns, et dans lequel, prêt à marcher à l'ennemi, il contemplait son air martial. Un miroir fait partie du bagage, dans une guerre civile ! certes, ce trait mérite d'être inscrit aux pages de notre histoire et de nos annales modernes. N'est-ce pas d'ailleurs un exploit digne d'un grand général que de soigner son teint et d'assassiner Galba? Ne faut-il pas toute la vertu d'un noble citoyen pour combattre dans les champs de Bébriac, par l'unique attrait d'un futile pillage, et s'empâter en même temps le visage de ses propres mains ? Voilà ce que l'Assyrie ne saurait reprocher à la guerrière Sémiramis, ni l'Egypte à Cléopâtre déplorant sur son bord la journée d'Actium.

Là, toute bienséance et toute pudeur sont bannies des discours et des repas : ce sont les mêmes turpitudes qu'aux mystères de Cybèle : on n'entend que des paroles obscènes, balbutiées d'une voix efféminée. Celui qui prèside à ces honteuses cérémonies est un fanatique à cheveux blancs, qui, par son large gosier et sa voracité sans exemple, mérite d'être gagé pour former des élèves. Pourquoi s'arrêter là ? ne devraient-ils pas déjà, religieux imitateurs du rite phrygien, s'être retranché un membre inutile ?

Gracchus apporta, pour sa dot, quatre cent mille sesterces à un joueur de cor, si ce n'était un trompette. On signe le contrat, on fait des voeux en faveur de cette alliance : les amis invités s'asseyent au festin nuptial ; la nouvelle épouse repose sur le sein de son époux. Suprêmes magistrats, à qui recourir ? est-ce au censeur ? est-ce à l'aruspice ? Verriez-vous avec plus d'horreur, trouveriez-vous plus monstrueux qu'un veau sortît tout à coup des flancs d'une femme, ou qu'une vache mît bas un agneau ? C'est ce même Gracchus qui suait naguère sous le faix des boucliers mystérieux réunis par un secret lien, c'est lui qui se couvre aujourd'hui de la robe et du voile des nouvelles mariées. O Mars, protecteur de nos murs ! quel funeste génie alluma ces feux criminels dans le coeur des pasteurs latins ? Qui donc souffla ces ardeurs détestables au sein de tes enfants ? Un homme, illustre par sa naissance et par ses richesses, épouser un autre homme ! Dieu de la guerre, tu restes immobile ! tu ne frappes pas de ta lance cette indigne contrée ! tu n'implores pas la foudre de ton père ! Sors donc de ce champ formidable qui te fut consacré, et sur lequel tu dédaignes d'abaisser tes regards.

J'ai demain, au point du jour, une affaire dans la vallée Quirinale. - Quelle affaire ? - L'ignorez-vous ? mon ami prend demain un mari, et n'admet qu'un petit nombre de témoins. - Vivons seulement, nous verrons former en public ces exécrables noeuds, nous les verrons légitimer. Cependant une cruelle fatalité corrompit la douceur d'un pareil hyménée ; ces sortes d'épouses ne sauraient espérer de fixer leurs époux en leur donnant des fils. Heureusement, la nature ne donne point aux esprits le pouvoir de métamorphoser les corps : vainement l'épaisse Lydé leur vendit ses mystérieux topiques ; vainement l'agile Luperque frappa dans leur main : rien ne saurait les féconder ; ces monstres périssent tout entiers.

Un autre Gracchus surpassa ces horreurs, lorsque, le trident en main, et revêtu de la tunique des gladiateurs, il parcourut l'arène en fuyant, lui qui l'emportait, par l'éclat de sa naissance, sur les Capitolinus, les Marcellus, les Fabius, les Catules et les Emiles, sur tous les spectateurs assis aux premiers rangs, sans excepter celui même qui payait sa bassesse!

Qu'il y ait des mânes, un royaume souterrain, un Charon, et de noirs reptiles dans les gouffres du Styx ; que tant de milliers d'hommes traversent l'onde fatale dans une seule barque, c'est ce que ne croient plus même les enfants à peine arrivés à l'âge où il faut payer pour se baigner dans les bains publics. Pour nous, gardons-nous bien de cette incrédulité coupable. Que pensent un Curius et les deux Scipions, un Fabrice, un Camille, tant de jeunes citoyens, tant de héros moissonnés à Crémère et dans les champs de Cannes, quand ils voient arriver l'ombre de l'un de ces impies ? Ils regrettent de n'avoir plus ni soufre ni laurier pour se purifier. Malheureux que nous sommes ! c'est là qu'il nous faudra descendre. Qu'importe d'avoir récemment soumis à notre empire les Orcades et la Bretagne, où les nuits sont si courtes ? d'avoir porté nos armes par delà l'Hibernie ? les vaincus n'ont point encore à rougir des turpitudes qui souillent les vainqueurs ; à moins qu'on ne m'oppose l'Arménien Zalatès, qui, plus efféminé que nos propres enfants, se livra, dit-on, aux fureurs d'un tribun. Admirable effet de ce genre de commerce! cet adolescent, plein d'innocence, avait été envoyé à Rome en qualité d'otage, mais on ne tarde pas à devenir homme en cette ville ; si les jeunes étrangers y séjournent trop longtemps, le corrupteur s'est bientôt emparé d'eux : renonçant aux mâles exercices de leur terre natale, à leurs chevaux, à leurs armes, ils ne rapportent enfin dans Artaxate que la dépravation de nos patriciens.

Traduction de Jean Dusaulx (1770)

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Coup de coeur... Herman Melville...

7 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Non seulement la mer est l’ennemie de cet homme qui lui est étranger mais encore elle est démoniaque envers ses propres enfants, plus fourbe que l’hôte persan qui assassine ses invités, n’épargnant pas ceux qu’elle a engendrés. Comme une tigresse sauvage étouffe en se retournant ses propres enfants, la mer jette aux rocher de la côte les plus puissantes baleines et les abandonne flanc à flanc avec les épaves des navires naufragés. Point de miséricorde, elle ne connait d’autres maîtres que sa propre puissance. Haletant et renâclant comme un destrier affolé qui a perdu son cavalier, le libre Océan galope autour du globe.

Songez à la ruse de la mer et à la manière dont ses créatures les plus redoutables glissent sous l’eau, à peu près invisibles, traîtreusement cachée par les plus suaves tons d’azur. Songez à la beauté et à l’éclat satanique de ses plus impitoyables tribus, à la forme exquise de certains requins. Songez au cannibalisme universel qui règne dans la mer où les créatures de proie s’entre-dévorent, menant une guerre éternelle depuis l’origine du monde.

Songez à tout cela et tournez alors vos regards vers cette terre aimable et verte infiniment docile, songez à l’Océan et à la terre, ne retrouvez-vous pas en vous-mêmes leurs pareils ? Car de même que cet Océan de terreur entoure les verts continents, de même l’âme de l’homme enferme une Tahiti, île de paix et de joie, cernée par les horreurs sans nombre d’une vie à demi inconnue. Que Dieu te garde ! Ne pousse pas au large de cette île, tu n’y pourrais jamais revenir !

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Coup de coeur... Philippe Sollers...

5 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Les Sirènes d’autrefois attiraient, sur la côte, les marins grecs de passage, avec leurs chants mélodieux. Ils y allaient, les cons, et leurs ossements s’empilaient sur le sable. Ulysse, attaché à son mât, les a écoutées, après avoir pris la précaution de boucher les oreilles de son équipage avec de la cire. Qu’a-t-il entendu ? On ne sait pas. Un silence assourdissant d’aimant, dit Kafka. L’interprétation idiote traditionnelle veut qu’il s’agisse d’un irrésistible appel sensuel. Mais non, pas du tout, et Webern, attaché au mât de sa musique verticale, vous prévient.

Voici ce qu’elles chantent, les Sirènes de mort :

« Pauvres navigateurs, vous n’arriverez jamais à bon port. Tout n’est plus pour vous que bruit, fureur, chaos, folie, détraquage. Votre vie n’a plus aucun sens. Venez, vous serez consolés, bercés, reposés. Abandonnez ce monde insensé, et jetez-vous dans nos bras de neige. »

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Coup de coeur... Boris Vian...

4 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le jardin s'accrochait partiellement à la falaise et des essences variées croissaient sur ses parties abruptes, accessibles à la rigueur, mais laissées le plus souvent à l'état de nature. Il y avait des calaios, dont le feuillage bleu violet par-dessous, est vert tendre et nervuré de blanc à l'extérieur ; des ormandes sauvages, aux tiges filiformes, bossuées de nodosités monstrueuses, qui s'épanouissaient en fleurs séches comme des meringues de sang, des touffes de rêviole lustrée gris perle, de longues grappes de garillias crémeux accrochés aux basses branches des araucarias, des sirtes, des mayanges bleues, diverses espèces de bécabunga, dont l'épais tapis vert abritait de petites grenouilles vives, des haies de cormarin, de cannais, des sensiaires, mille fleurs pétulantes ou modestes terrées dans des angles de roc, épandues en rideaux le long des murs du jardin, rampant au sol comme autant d'algues, jaillissant de partout, ou se glissant discrètes autour des barres métalliques de la grille. Plus haut, le jardin horizontal était divisé en pelouses nourries et fraîches, coupées de sentiers gravelés. Des arbres multiples crevaient le sol de leurs troncs rugueux.

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Coup de coeur... Ali Zamir (Ecrivain comorien)

3 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Ce n’est pas parce qu’on porte un nom savant qu’on arrive facilement à percer les voiles à jour, sinon tout le monde appellerait ses enfants Connaît-Tout, qu’est-ce qu’un nom d’abord sinon un vent sourd-muet qui s’efforce de s’époumoner en vain afin de faire bouger quelque chose dans le vide, il faut tout faire bouger par la matière grise, sinon par la matière fécale, oui, arranger ou déranger, pas par un nom, donc pour que les sons d’un nom soient retentissants, il faut d’abord se servir de sa tête ou de son cul en fonction des pulsions du cœur, car c’est désormais le cœur qui ordonne mais c’est la tête et le cul qui accomplissent.

(...)

... pourquoi dit-on “tomber amoureuse”, c’est quoi ce langage-là, pourquoi pas “culminer” ou “percher”, quelque chose comme ça, mais “tomber”, un verbe de malheur pourtant, c’est un verbe suicidaire, car si l’on accepte de tomber comme ça, alors là, c’est grave, c’est comme ça qu’un perroquet finit par avaler sa langue sans le vouloir, le suicide langagier, mais cela ne me concerne pas, ça concerne plutôt ces soi-disant Immortels, qui est immortel dans ce monde déjà, mon œil, ces présumés Immortels en habit vert qui s’enferment tous les jeudis, comme des fous, dans un certain quai Conti pour débattre du sens des mots...

(...)

... la vie, vous dis-je, est une femme qu'on épouse pour le pire et pour le meilleur, l'homme est une coquille vide qui ne bouge que lorsqu'une femme y entre, que vous l'acceptiez ou non, elle est au cœur de toute préoccupation humaine, et vous ne pouvez pas changer cela...

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Coup de coeur... Mario Vargas Llosa...

2 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Chabela était restée dormir et, maintenant, Marisa sentait la plante de son pied sur son pied droit : légère pression, douce sensation, tiède, délicate. Comment se faisait-il qu’elles soient si près l’une de l’autre dans ce lit conjugal tellement vaste qu’en le voyant Chabela avait lancé en riant : « Ça alors, Marisette, tu peux me dire combien de personnes dorment dans ce lit géant ? » Elle se rappela qu’elles s’étaient couchées chacune dans son coin respectif, à un demi-mètre l’une de l’autre pour le moins. Laquelle avait glissé dans son sommeil à tel point que le pied de Chabela soit en ce moment posé sur le sien ?

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Coup de coeur... Roger Vailland...

1 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Se servir du vent pour aller contre le vent ne définit pas seulement la navigation à voile mais aussi ce pouvoir que l’intelligence donne à l’homme de plier à son service les lois naturelles et sociales, la mesure de sa liberté. Bien qu’il soit souvent aussi pauvre que l’ouvrier agricole, le pêcheur n’est pas comme lui dans un état de mal-être absolu. Le pêcheur vend son poisson, qu’on lui achète ; dès qu’il y a commerce la servitude n’est plus absolue. La relative liberté du patron pêcheur se reflète sur le matelot et même sur le mousse, prix de leur complicité dans la lutte contre la nature et les hommes.

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Coup de coeur... Stieg Larsson...

31 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Lisbeth Salander ne s’était jamais considérée comme une vraie lesbienne. Elle n’avait jamais consacré du temps à déterminer si elle était hétéro-, homo- ou peut-être bisexuelle. De façon générale, elle se fichait des étiquettes et estimait que ça ne regardait personne, avec qui elle passait la nuit. S’il avait absolument fallu choisir, sa préférence sexuelle serait allée aux garçons – en tout cas, ils venaient en tête des statistiques. Le seul problème était d’en trouver un qui ne soit pas un débile, et qui éventuellement valait quelque chose au lit…

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Poésie du Quattrocento : quand les muses étaient vénales...

31 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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A la Renaissance, l’Italie devient le «pays d’Éros». Une vague de plaisir charnel submerge les arts. Dans un ouvrage intitulé “Vénus et Priape”, le latiniste Charles Senard rassemble les plus beaux poèmes érotiques du Quattrocento, qui sont souvent dédiés… à des prostituées.

Tout commence avec la peste, la grande peste du XIVe siècle, la peste noire, la mort dense, qui vient du fond de l’Asie et ravage l’Europe : 24 millions de mort, soit le quart de sa population… A Florence, depuis 1315, la peste ne cesse de frapper, empêchant durablement la reprise démographique (1). Une personne sur trois meurt. Il faut repeupler Florence. Le problème, c’est que le nombre de mariage baisse, de même que la natalité. Pourquoi ? La faute aux sodomites, suggère les clergé qui désigne les coupables : les hommes qui préfèrent les garçons. De fait, les amitiés viriles sont courantes dans la cité des Médicis : en Allemagne, le verbe florenzen (tiré de Firenze) se traduit «sodomiser». En France, la relation anale est également qualifiée de «vice italien». Il faut réagir. En avril 1403, le gouvernement de Florence institue un Office de l’Honnêteté (Onestà) avec pour mission… d’encourager les relations vénales. «Son objectif spécifique était de détourner les hommes de l’homosexualité en favorisant la prostitution féminine, explique l’historien Richard Trexler. Il fallait pour cela bâtir ou acheter un édifice susceptible être utilisé comme bordel et recruter des prostituées étrangères et des souteneurs pour travailler mais il fallait aussi leur assurer des ressources et une protection qui les encourageraient à rester

Des bordels pour que l’ordre règne

Il peut sembler surprenant d’apprendre que Florence soit ainsi devenue la «patrie» des prostituées. Mais le cas est loin d’être isolé. Ainsi que le révèle Charles Senard dans l’anthologie poétique Vénus et Priape : de façon accélérée «entre 1350 et 1450, des maisons closes sont créées partout, en Italie comme en France». Par «souci de la moralité publique», le commerce du sexe s’institutionnalise à la fin du Moyen-Âge en Occident, «alors qu’il n’était jusque là que toléré. En effet, les gouvernements municipaux s’inquiètent des troubles provoqués par la vaste population de célibataires qui se concentre dans les villes en plein essor. Contraints par leur condition économique au célibat, les jeunes domestiques, apprentis, compagnons y menacent de plus en plus, par des grèves, des émeutes, des viols, le monopole des pouvoirs économique, social et politique, mais aussi sexuel des hommes mariés, puisque ceux-ci interdisaient à quiconque d’approcher de leur femme, de leurs filles et de leurs servantes. Ces célibataires ne pouvant être expulsés puisqu’ils constituaient une force de travail indispensable, la seule solution consiste à leur fournir un nombre suffisant de prostituées.»

(...)

Agnès Giard

A retrouver en cliquant ci-dessous

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