Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Sade...

14 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "fragonard libertin"

La plus haute de toutes les folies, disait-elle, est de rougir des penchants que nous avons reçus de la nature; et se moquer d'un individu quelconque qui a des goûts singuliers, est absolument aussi barbare qu'il le serait de persifler un homme ou une femme sorti borgne ou boiteux du sein de sa mère, mais persuader ces principes raisonnables à des sots, c'est entreprendre d'arrêter le cours des astres. Il y a une sorte de plaisir pour l'orgueil, à se moquer des défauts qu'on n'a point, et ces jouissances-là sont si douces à l'homme et particulièrement aux imbéciles, qu'il est très rare de les y voir renoncer... Ça établit des méchancetés d'ailleurs, de froids bons mots, de plats calembours, et pour la société, c'est-à-dire pour une collection d'êtres que l'ennui rassemble et que la stupidité modifie, il est si doux de parler deux ou trois heures sans avoir rien dit, si délicieux de briller aux dépens des autres et d'annoncer en blâmant un vice qu'on est bien éloigné d'avoir... c'est une espèce d'éloge qu'on prononce tacitement sur soi-même; à ce prix-là on consent même à s'unir aux autres, à faire cabale pour écraser l'individu dont le grand tort est de ne pas penser comme le commun des mortels, et l'on se retire chez soi tout gonflé de l'esprit qu'on a eu, quand on n'a foncièrement prouvé par une telle conduite que du pédantisme et de la bêtise.

Augustine de Villeblanche ou le Stratagème de l'amour - Sade

Lire la suite

Coup de coeur... Guy de Maupassant... Rose...

13 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

   Résultat de recherche d'images pour "guy de maupassant contes du jour et de la nuit"

Les deux jeunes femmes ont l'air ensevelies sous une couche de fleurs. Elles sont seules dans l'immense landau chargé de bouquets comme une corbeille géante. Sur la banquette du devant, deux bannettes de satin blanc sont pleines de violettes de Nice, et sur la peau d'ours qui couvre les genoux un amoncellement de roses, de mimosas, de giroflées, de marguerites, de tubéreuses et de fleurs d'oranger, noués avec des faveurs de soie, semble éçraser les deux corps délicats, ne laissant sortir de ce lit éclatant et parfumé que les épaules, les bras et un peu des corsages dont l'un est bleu et l'autre lilas.
    Le fouet du cocher porte un fourreau d'anémones, les traits des chevaux sont capitonnés avec des ravenelles, les rayons des roues sont vêtus de réséda; et, à la place des lanternes, deux bouquets ronds, énormes, ont l'air des deux yeux étranges de cette bête roulante et fleurie.
    Le landau parcourt au grand trot la route, la rue d'Antibes, précédé, suivi, accompagné par une foule d'autres voitures enguirlandées, pleines de femmes disparues sous un flot de violettes. Car c'est la fête des fleurs à Cannes.
    On arrive au boulevard de la Foncière, où la bataille a lieu. Tout le long de l'immense avenue, une double file d'équipages enguirlandés va et revient comme un ruban sans fin. De l'un à l'autre on se jette des fleurs. Elles passent dans l'air comme des balles, vont frapper les frais visages, voltigent et retombent dans la poussière où une armée de gamins les ramasse. Une foule compacte, rangée sur les trottoirs, et maintenue par les gendarmes à cheval qui passent brutalement et repoussent les curieux à pied comme pour ne point permettre aux vilains de se mêler aux riches, regarde, bruyante et tranquille.
    Dans les voitures, on s'appelle, on se reconnaît, on se mitraille avec des roses. Un char plein de jolies femmes, vêtues de rouge comme des diables, attire et séduit les yeux. Un monsieur, qui ressemble aux portraits d'Henri IV, lance avec une ardeur joyeuse un énorme bouquet retenu par un élastique. Sous la menace du choc, les femmes se cachent les yeux et les hommes baissent la tête, mais le projectile gracieux, rapide et docile, décrit une courbe et revient à son maître qui le jette aussitôt vers une figure nouvelle.
    Les deux jeunes femmes vident à pleines mains leur arsenal et recoivent une grêle de bouquets; puis, après une heure de bataille, un peu lasses enfin, elles ordonnent au cocher de suivre la route du golfe Juan, qui longe la mer.
    Le soleil disparaît derrière l'Esterel, dessinant en noir, sur un couchant de feu, la silhouette dentelée de la longue montagne. La mer calme s'étend, bleue et claire, jusqu'à l'horizon où elle se mêle au ciel, et l'escadre, ancrée au milieu du golfe, a l'air d'un troupeau de bêtes monstrueuses, immobiles sur l'eau, animaux apocalyptiques, cuirassés et bossus, coiffés de mâts frêles comme des plumes, et avec des yeux qui s'allument quand vient la nuit.
    Les jeunes femmes, étendues sous la lourde fourrure, regardent languissamment. L'une dit enfin:
    - Comme il y a des soirs délicieux, où tout semble bon. N'est-ce pas, Margot?
    L'autre reprit:
    - Oui, c'est bon. Mais il manque toujours quelque chose.
    - Quoi donc? Moi je me sens heureuse tout à fait. Je n'ai besoin de rien.
    - Si. Tu n'y penses pas. Quel que soit le bien-être qui engourdit notre corps, nous désirons toujours quelque chose de plus... pour le coeur.
    Et l'autre, souriant:
    - Un peu d'amour?
    - Oui.
    Elles se turent, regardant devant elles, puis celle qui s'appelait Marguerite murmura:
    - La vie ne me semble pas supportable sans cela. J'ai besoin d'être aimée, ne fût-ce que par un chien.
Nous sommes toutes ainsi, d'ailleurs, quoi que tu en dises, Simone.
    - Mais non, ma chère. J'aime mieux n'être pas aimée du tout que de l'être par n'importe qui. Crois-tu que cela me serait agréable, par exemple, d'être aimée par... par...
    Elle cherchait par qui elle pourrait bien être aimée, parcourant de l'oeil le vaste paysage. Ses yeux, après avoir fait le tour de l'horizon, tombèrent sur les deux boutons de métal qui luisaient dans le dos du cocher, et elle reprit, en riant: "par mon cocher".
    Mme Margot sourit à peine et prononça, à voix basse:
    - Je t'assure que c'est très amusant d'être aimée par un domestique. Cela m'est arrivé deux ou trois fois. lls roulent des yeux si drôles que c'est à mourir de rire. Naturellement, on se montre d'autant plus sévère qu'ils sont plus amoureux, puis on les met à la porte, un jour, sous le premier prétexte venu, parce qu'on deviendrait ridicule si quelqu'un s'en apercevait.
    Mme Simone écoutait, le regard fixe devant elle, puis elle déclara:
    - Non, décidément, le coeur de mon valet de pied ne me paraîtrait pas suffisant. Raconte-moi donc comment tu t'apercevais qu'ils t'aimaient.
    - Je m'en apercevais comme avec les autres hommes, lorsqu'ils devenaient stupides.
    - Les autres ne me paraissent pas si bêtes à moi, quand ils m'aiment.
    - ldiots, ma chère, incapables de causer, de répondre, de comprendre quoi que ce soit.
    - Mais toi, qu'est-ce que cela te faisait d'être aimée par un domestique? Tu étais quoi... émue... flattée?
    - Emue? non - flattée - oui, un peu. On est toujours flatté de l'amour d'un homme quel qu'il soit.
    - Oh, voyons, Margot!
    - Si, ma chère. Tiens, je vais te dire une singulière aventure qui m'est arrivée. Tu verras comme c'est curieux et confus ce qui se passe en nous dans ces cas-là.

    Il y aura quatre ans à l'automne, je me trouvais sans femme de chambre. J'en avais essayé l'une après l'autre cinq ou six qui étaient ineptes, et je désespérais presque d'en trouver une, quand je lus, dans les petites annonces d'un journal, qu'une jeune-fille sachant coudre, broder, coiffer, cherchait une place, et qu'elle fournirait les meilleurs renseignements. Elle parlait en outre l'anglais.
    J'écrivis à l'adresse indiquée, et, le lendemain, la personne en question se présenta. Elle était assez grande, mince, un peu pâle, avec l'air très timide. Elle avait de beaux yeux noirs, un teint charmant, elle me plut tout de suite. Je lui demandai ses certificats: elle m'en donna un en anglais, car elle sortait, disait-elle, de la maison de lady Rymwell, où elle était restée dix ans.
    Le certificat attestait que la jeune fille était partie de son plein gré pour rentrer en France et qu'on n'avait eu à lui reprocher, pendant son long service, qu'un peu de coquetterie française.
    La tournure pudibonde de la phrase anglaise me fit même un peu sourire et.j'arrêtai sur le champ cette femme de chambre.
    Elle entra chez moi le jour même; elle se nommait Rose.
    Au bout d'un mois je l'adorais.
    C'était une trouvaille, une perle, un phénomène.
    Elle savait coiffer avec un goût infini; elle chiffonnait les dentelles d'un chapeau mieux que les meilleures modistes et elle savait même faire les robes.
    J'étais stupéfaite de ses facultés. Jamais je ne m'étais trouvée servie ainsi.
    Elle m'habillait rapidement avec une légèreté de mains étonnante. Jamais je ne sentais ses doigts sur ma peau, et rien ne m'est désagréable comme le contact d'une main de bonne. Je pris bientôt des habitudes de paresse excessives, tant il m'était agréable de me laisser vêtir, des pieds à la tête, et de la chemise aux gants, par cette grande fille timide, toujours un peu rougissante, et qui ne parlait jamais. Au sortir du bain, elle me frictionnait et me massait pendant que je sommeillais un peu sur mon divan; je la considérais, ma foi, en amie de condition inférieure, plutôt qu'en simple domestique.
    Or, un matin, mon concierge demanda avec mystère à me parler. Je fus surprise et je le fis entrer. C'était un homme très sûr, un vieux soldat, ancienne ordonnance de mon mari.
    Il paraissait gêné de ce qu'il avait à dire. Enfin, il prononça en bredouillant:
    - Madame, il y a en bas le commissaire de police du quartier.
    Je demandai brusquement:
    - Qu'est-ce qu'il veut?
    - Il veut faire une perquisition dans l'hôtel.
    Certes, la police est utile, mais je la déteste. Je trouve que ce n'est pas là un métier noble. Et je répondis, irritée autant que blessée:
    - Pourquoi cette perquisition? A quel propos? Il n'entrera pas.
    Le concierge reprit:
    - Il prétend qu'il y a un malfaiteur caché.
    Cette fois j'eus peur et j'ordonnai d'introduire le commissaire de police auprès de moi pour avoir des explications. C'était un homme assez bien élevé, décoré de la Légion d'honneur. Il s'excusa, demanda pardon, puis m'affirma que j'avais, parmi les gens de service, un forçat!
    Je fus révoltée; je répondis que je garantissais tout le domestique de l'hôtel et je le passai en revue.
    - Le concierge, Pierre Courtin, ancien soldat.
    - Ce n'est pas lui.
    - Le cocher François Pingau, un paysan champenois, fils d'un fermier de mon père.
    - Ce n'est pas lui.
    - Un valet d'écurie, pris en Champagne également, et toujours fils de paysans que je connais, plus un valet de pied que vous venez de voir.
    - Ce n'est pas lui.
    - Alors, monsieur, vous voyez bien que vous vous trompez.
    - Pardon, madame, je suis sûr de ne pas me tromper. Comme il s'agit d'un criminel redoutable, voulez-vous avoir la gracieuseté de faire comparaître ici devant vous et moi, tout votre monde?
    Je résistai d'abord, puis je cédai, et je fis monter tous mes gens, hommes et femmes.
    Le commissaire de police les examina d'un seul coup d'oeil, puis déclara:
    - Ce n'est pas tout.
    - Pardon, monsieur, il n'y a plus que ma femme de chambre, une jeune fille que vous ne pouvez confondre avec un forçat.
    Il demanda:
    - Puis-je la voir aussi?
    - Certainement.
    Je sonnai Rose qui parut aussitôt. A peine fut-elle entrée que le commissaire fit un signe, et deux hommes que je n'avais pas vus, cachés derrière la porte, se jetèrent sur elle, lui saisirent les mains et les lièrent avec des cordes.
    Je poussai un cri de fureur, et je voulus m'élancer pour la défendre. Le commissaire m'arrêta:
    - Cette fille, madame, est un homme qui s'appelle Jean-Nicolas Lecapet, condamné à mort en 1879 pour assassinat précédé de viol. Sa peine fut commuée en prison perpétuelle. Il s'échappa voici quatre mois. Nous le cherchons depuis lors.
    J'étais affolée, atterrée. Je ne croyais pas. Le commissaire reprit en riant:
    - Je ne puis vous donner qu'une preuve. Il a le bras droit tatoué.
    La manche fut relevée. C'était vrai.
    L'homme de police ajouta avec un certain mauvais goût:
    - Fiez-vous en à nous pour les autres constatations.
    Et on emmena ma femme de chambre!
    Eh bien, le croirais-tu, ce qui dominait en moi ce n'était pas la colère d'avoir été jouée ainsi, trompée et ridiculisée; ce n'était pas la honte d'avoir été ainsi habillée, déshabillée, maniée et touchée par cet homme... mais une... humiliation profonde... une humiliation de femme. Comprends-tu?
    - Non, pas très bien.
    - Voyons... Réfléchis... Il avait été condamné... pour viol, ce garçon... eh bien! je pensais... à celle qu'il avait violée... et ça..., ça m'humiliait... Voilà... Comprends-tu, maintenant?
    Et Mme Margot ne répondit pas. Elle regardait droit devant elle, d'un oeil fixe et singulier, les deux boutons luisants de la livrée, avec ce sourire de sphinx qu'ont parfois les femmes.

29 janvier 1884

Lire la suite

Coup de coeur... Daniel Pennac...

12 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Couverture "Le cas Malaussène, tome I : Ils m'ont menti" Daniel Pennac

Benjamin Malaussène...

Sous son sac à dos vide on dirait une vieille figue. Et ce chien... Cette horreur pestilentielle qu'avec un soupçon d'humanité il aurait fait piquer à la naissance...

Quand je pense qu'un type pareil a servi de modèle à un personnage de roman ! Et que pendant toute mon adolescence ce personnage a fédéré le bas monde de la lecture d'agrément ! La coqueluche de ces années-là ! Malaussène par-ci, Malaussène par-là, il n'y avait pas moyen d'y échapper. C'était le cadeau de touts les anniversaires. Les parents branchés en recommandaient la lecture aux professeurs. Quand Tobias et Mélimé ne me racontaient pas de mensonges sur l'histoire de notre famille, mes copains me bassinaient avec Malaussène, l'ineffable bouc émissaire."

Lire la suite

"Cessez de penser que l’enseignement est réductible à la transmission d’un savoir et à l’évaluation de ce qui a été retenu !"

12 Février 2017 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Littérature

EXTRAITS

Daniel Pennac : « J’ai été d’abord et avant tout professeur »

Rendu célèbre par la tribu des Malaussène, l’écrivain fut aussi, et passionnément, professeur. Il vient de publier le septième volet de sa saga, « Le Cas Malaussène (tome 1). Ils m’ont menti ».

Je ne serais pas arrivé là si…

… si je ne m’étais pas sorti d’une scolarité désastreuse. Et je ne m’en serais pas sorti si je n’avais pas eu un père qui refusait de dramatiser. Et un frère aîné, Bernard, que j’adorais littéralement, qui m’a, d’une certaine façon, élevé. L’ironie affectueuse du père, la présence angélique du frère : tout cela calmait beaucoup mes angoisses.

C’était si dur que ça, d’être mauvais élève ?

La culpabilité ! Mes bulletins scolaires me le confirmaient tous les mois : si j’étais un crétin, c’était absolument de ma faute. D’où une détestation de moi, un complexe d’infériorité et surtout de culpabilité – cette vision catastrophique que les enfants peuvent avoir d’eux – mêmes quand ils ont le sentiment que leur personnalité dépend essentiellement des conséquences d’une évaluation scolaire.

De ce point de vue, moi, c’était le néant. Je me considérais comme un moins que rien. Car qui n’est bon à rien – ce que me répétaient les profs les uns après les autres – n’est rien… Je ne me voyais d’ailleurs aucun avenir, je n’avais aucune représentation possible de moi adulte. Pas parce que je ne désirais rien, mais parce que je me croyais inapte à tout.

Dans Chagrin d’école (Prix Renaudot 2007), votre livre le plus autobiographique, vous dites avoir été sauvé par quelques professeurs, et par la lecture…

On ne m’a pas lu d’histoires quand j’étais gosse. J’étais le petit dernier d’une tribu de quatre garçons, ma mère avait autre chose à faire, elle était crevée, et ce n’était pas dans son caractère. Mais quand on m’a mis en pension, en cinquième, pour cause de délinquance familiale (j’avais entrepris de percer le coffre-fort de la maison), la lecture est devenue un bonheur clandestin. Une lecture chipée, le soir au dortoir, avec la lampe électrique allumée sous les couvertures.

J’ai beaucoup lu à cette époque-là. Alexandre Dumas, pour le romanesque, Kipling pour les contes, Dickens pour son ironie que j’adorais. Enfant, avant la pension, deux lectures m’ont marqué. La chèvre de Monsieur Seguin – j’étais la chèvre bien sûr, seule dans un combat perdu d’avance ; je suppose que le loup représentait l’école, les adultes. Et le Mateo Falcone de Posper Mérimée, cette terrible histoire d’un père qui tue son fils d’une dizaine d’années parce que le gosse l’a déshonoré. C’est dire la défiance radicale dans laquelle j’étais vis-à-vis du monde adulte.

(...)

Si vous aviez aujourd’hui un message à délivrer à l’éducation nationale, quel serait-il ?

D’abord, recrutez vos inspecteurs parmi des professeurs innovants, dont les innovations peuvent être théorisées et exportées. Envoyez ces inspecteurs dans la France entière à la recherche d’enseignants pédagogiquement passionnés, sérieux, méthodiques et inventifs – il y en a beaucoup ! –, qui ont su convertir leurs classes à la joie d’apprendre… Cela améliorera probablement les choses.

Cessez de penser que l’enseignement est réductible à la transmission d’un savoir et à l’évaluation de ce qui a été retenu ! Ce qui marche, c’est le partage de l’enthousiasme. Vos professeurs ne sont pas là pour faire peur, mais pour vaincre la peur d’apprendre. Une fois cette peur vaincue, les élèves sont insatiables : les efforts consentis seront alors infinis. Apprendre à apprendre, c’est ce que l’on n’apprend pas aux professeurs. Et surtout, partout, toujours, que les enseignants cessent de faire peur ! Et d’avoir peur ! Je suis un militant de la dédramatisation.

Propos recueillis par Catherine Vincent

L'entretien complet se trouve en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Coup de coeur... Quand Camus appelait les journalistes à rester des hommes libres... (+ video: textes pour une presse libre)

11 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

“Il est difficile aujourd’hui d’évoquer la liberté de la presse sans être taxé d’extravagance, accusé d’être Mata-Hari, de se voir convaincre d’être le neveu de Staline.

Pourtant cette liberté parmi d’autres n’est qu’un des visages de  la liberté tout court et l’on comprendra notre obstination à la  défendre si l’on veut bien admettre qu’il n’y a point d’autre façon de  gagner réellement la guerre.

Certes, toute liberté a ses limites. Encore faut-il qu’elles  soient librement reconnues. Sur les obstacles qui sont apportés  aujourd’hui à la liberté de pensée, nous avons d’ailleurs dit tout ce  que nous avons pu dire et nous dirons encore, et à satiété, tout ce  qu’il nous sera possible de dire. En particulier, nous ne nous  étonnerons jamais assez, le principe de la censure une fois imposé, que  la reproduction des textes publiés en France et visés par les censeurs  métropolitains soit interdite au Soir républicain par exemple. Le fait qu’à cet égard un journal dépend de l’humeur ou de  la compétence d’un homme démontre mieux qu’autre chose le degré  d’inconscience où nous sommes parvenus.

Un des bons préceptes d’une philosophie digne de ce nom est de  ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d’un état de fait  qui ne peut plus être évité. La question en France n’est plus  aujourd’hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle  est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un  journaliste peut rester libre. Le problème n’intéresse plus la  collectivité. Il concerne l’individu.

Et justement ce qu’il nous plairait de définir ici, ce sont les  conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de  ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais  encore manifestée. Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l’ironie et l’obstination.

La lucidité suppose la résistance aux  entraînements de la haine et au culte de la fatalité. Dans le monde de  notre expérience, il est certain que tout peut être évité. La guerre  elle-même, qui est un phénomène humain, peut être à tous les moments  évitée ou arrêtée par des moyens humains. Il suffit de connaître  l’histoire des dernières années de la politique européenne pour être  certains que la guerre, quelle qu’elle soit, a des causes évidentes.  Cette vue claire des choses exclut la haine aveugle et le désespoir qui  laisse faire. Un journaliste libre, en 1939, ne désespère pas et  lutte pour ce qu’il croit vrai comme si son action pouvait influer sur  le cours des événements. Il ne publie rien qui puisse exciter à la haine ou provoquer le désespoir. Tout cela est en son pouvoir.

En face de la marée montante de la bêtise, il est nécessaire également d’opposer quelques refus.  Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu’un esprit un peu  propre accepte d’être malhonnête. Or, et pour peu qu’on connaisse le  mécanisme des informations, il est facile de s’assurer de l’authenticité  d’une nouvelle. C’est à cela qu’un journaliste libre doit donner toute  son attention. Car, s’il ne peut dire tout ce qu’il pense, il lui est  possible de ne pas dire ce qu’il ne pense pas ou qu’il croit faux. Et  c’est ainsi qu’un journal libre se mesure autant à ce qu’il dit qu’à ce qu’il ne dit pas.  Cette liberté toute négative est, de loin, la plus importante de  toutes, si l’on sait la maintenir. Car elle prépare l’avènement de la  vraie liberté. En conséquence, un journal indépendant donne l’origine de  ses informations, aide le public à les évaluer, répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives,  pallie par des commentaires l’uniformisation des informations et, en  bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces. Cette mesure,  si relative qu’elle soit, lui permet du moins de refuser ce qu’aucune  force au monde ne pourrait lui faire accepter : servir le mensonge.

Nous en venons ainsi à l’ironie. On peut poser  en principe qu’un esprit qui a le goût et les moyens d’imposer la  contrainte est imperméable à l’ironie. On ne voit pas Hitler, pour ne  prendre qu’un exemple parmi d’autres, utiliser l’ironie socratique. Il  reste donc que l’ironie demeure une arme sans précédent contre les trop  puissants. Elle complète le refus en ce sens qu’elle permet, non plus de  rejeter ce qui est faux, mais de dire souvent ce qui est vrai. Un  journaliste libre, en 1939, ne se fait pas trop d’illusions sur  l’intelligence de ceux qui l’oppriment. Il est pessimiste en ce qui  regarde l’homme. Une vérité énoncée sur un ton dogmatique est censurée  neuf fois sur dix. La même vérité dite plaisamment ne l’est que cinq  fois sur dix. Cette disposition figure assez exactement les possibilités  de l’intelligence humaine. Elle explique également que des journaux  français comme Le Merle ou Le Canard enchaîné puissent  publier régulièrement les courageux articles que l’on sait. Un  journaliste libre, en 1939, est donc nécessairement ironique, encore que  ce soit souvent à son corps défendant. Mais la vérité et la liberté  sont des maîtresses exigeantes puisqu’elles ont peu d’amants.

Cette attitude d’esprit brièvement définie, il est évident qu’elle ne saurait se soutenir efficacement sans un minimum d’obstination.  Bien des obstacles sont mis à la liberté d’expression. Ce ne sont pas  les plus sévères qui peuvent décourager un esprit. Car les menaces, les  suspensions, les poursuites obtiennent généralement en France l’effet  contraire à celui qu’on se propose. Mais il faut convenir qu’il est des  obstacles décourageants : la constance dans la sottise, la veulerie  organisée, l’inintelligence agressive, et nous en passons. Là est le  grand obstacle dont il faut triompher. L’obstination est ici vertu  cardinale. Par un paradoxe curieux mais évident, elle se met alors au  service de l’objectivité et de la tolérance.

Voici donc un ensemble de règles pour préserver la liberté  jusqu’au sein de la servitude. Et après ?, dira-t-on. Après ? Ne soyons  pas trop pressés. Si seulement chaque Français voulait bien maintenir  dans sa sphère tout ce qu’il croit vrai et juste, s’il voulait aider  pour sa faible part au maintien de la liberté, résister à l’abandon et  faire connaître sa volonté, alors et alors seulement cette guerre serait  gagnée, au sens profond du mot.

Oui, c’est souvent à son corps défendant qu’un esprit libre de  ce siècle fait sentir son ironie. Que trouver de plaisant dans ce monde  enflammé ? Mais la vertu de l’homme est de se maintenir en face de tout  ce qui le nie. Personne ne veut recommencer dans vingt-cinq ans la  double expérience de 1914 et de 1939. Il faut donc essayer une méthode  encore toute nouvelle qui serait la justice et la générosité. Mais  celles-ci ne s’expriment que dans des coeurs déjà libres et dans les  esprits encore clairvoyants. Former ces coeurs et ces esprits, les  réveiller plutôt, c’est la tâche à la fois modeste et ambitieuse qui  revient à l’homme indépendant. Il faut s’y tenir sans voir plus avant.  L’histoire tiendra ou ne tiendra pas compte de ces efforts. Mais ils  auront été faits.

Albert Camus, 25/11/1939

Lire la suite

Coup de coeur... Gustave Flaubert...

10 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "gustave flaubert l'education sentimentale"

Ce fut comme une apparition :

Elle était assise, au milieu du banc, toute seule ; ou du moins il ne distingua personne, dans l'éblouissement que lui envoyèrent ses yeux. En même temps qu'il passait, elle leva la tête ; il fléchit involontairement les épaules ; et, quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda.

Elle avait un large chapeau de paille, avec des rubans roses qui palpitaient au vent derrière elle. Ses bandeaux noirs, contournant la pointe de ses grands sourcils, descendaient très bas et semblaient presser amoureusement l'ovale de sa figure. Sa robe de mousseline claire, tachetée de petits pois, se répandait à plis nombreux. Elle était en train de broder quelque chose ; et son nez droit, son menton, toute sa personne se découpait sur le fond de l'air bleu.

Comme elle gardait la même attitude, il fit plusieurs tours de droite et de gauche pour dissimuler sa manœuvre ; puis il se planta tout près de son ombrelle, posée contre le banc, et il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière.

Jamais il n'avait vu cette splendeur de sa peau brune, la séduction de sa taille, ni cette finesse des doigts que la lumière traversait. Il considérait son panier à ouvrage avec ébahissement, comme une chose extraordinaire. Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé ? Il souhaitait connaître les meubles de sa chambre, toutes les robes qu'elle avait portées, les gens qu'elle fréquentait ; et le désir de la possession physique même disparaissait sous une envie plus profonde, dans une curiosité douloureuse qui n'avait pas de limites.

Une négresse, coiffée d'un foulard, se présenta, en tenant par la main une petite fille, déjà grande. L'enfant, dont les yeux roulaient des larmes, venait de s'éveiller. Elle la prit sur ses genoux. " Mademoiselle n'était pas sage, quoiqu'elle eût sept ans bientôt ; sa mère ne l'aimerait plus ; on lui pardonnait trop ses caprices. " Et Frédéric se réjouissait d'entendre ces choses, comme s'il eût fait une découverte, une acquisition.

Il la supposait d'origine andalouse, créole peut-être ; elle avait ramené des îles cette négresse avec elle ?

Cependant, un long châle à bandes violettes était placé derrière son dos, sur le bordage de cuivre. Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans ! Mais, entraîné par les franges, il glissait peu à peu, il allait tomber dans l'eau ; Frédéric fit un bond et le rattrapa. Elle lui dit :

- " Je vous remercie, monsieur. "

Leurs yeux se rencontrèrent.

- " Ma femme, es-tu prête ? " cria le sieur Arnoux, apparaissant dans le capot de l'escalier.

Lire la suite

Coup de coeur... Marie Modiano... (+ video)

9 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "marie modiano lointain couverture"

«J’ai signé mon premier contrat sans même me demander si je serais heureuse avec ces trente-deux vers à déclamer chaque soir, pendant plus d’un an, dans différentes villes d’Europe et de province. Pour moi, c’était une bouée de sauvetage qu’on me tendait, un moyen de m’échapper grâce à un salaire mensuel fixe. Il fallait fuir. Fuir Paris et les mauvais souvenirs des dernières années qui flottaient dans l’air à chaque coin de rue, tels des rapaces volant à hauteur d’homme, prêts à vous attaquer à chaque instant.»

les premières pages à feuilleter

Lire la suite

Coup de coeur... Michel del Castillo... (+ courte vidéo à écouter...)

8 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "michel del castillo tanguy"

"C’est  ce qui explique peut-être l’étrangeté de mon travail et la difficulté  qu’éprouvent beaucoup à le définir : les matériaux existent bel et bien,  ils relèvent de la réalité, ce sont donc des éléments biographiques,  vérifiables ; d’un autre côté, ils appartiennent à la fiction, puisque  je suis contraint d’inventer l’ordre des séquences, la succession des  plans et jusqu’à leur valeur. Ni autobiographie, puisque ni vie ni sujet  n’existaient, ni autofiction, puisque je ne suis pas le personnage que  le texte bâtit : la tension entre une réalité folle et une mémoire  disloquée. Les souvenirs me rendaient fou, je me suis donc inventé des  récits probables, des hypothèses biographiques. Je ne dis pas la vérité,  je la fais."

Lire la suite

Coup de coeur... Tzvetan Todorov... (+ videos)

7 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Afficher l'image d'origine

Si je me demande aujourd’hui pourquoi j’aime la littérature, la réponse qui me vient spontanément à l’esprit est : parce qu’elle m’aide à vivre. Je ne lui demande plus tant, comme dans l’adolescence, de m’épargner les blessures que je pourrais subir lors des rencontres avec des personnes réelles ; plutôt que d’évincer les expériences vécues, elle me fait découvrir des mondes qui me placent en continuité avec elles et me permet de mieux les comprendre. Je ne crois pas être le seul à la voir ainsi. Plus dense, plus éloquente que la vie quotidienne mais non radicalement différente, la littérature élargit notre univers, nous incite à imaginer d’autres manières de le concevoir et de l’organiser. Nous sommes tous faits de ce que nous donnent les autres êtres humains : nos parents d’abord, ceux qui nous entourent ensuite ; la littérature ouvre à l’infini cette possibilité d’interaction avec les autres et nous enrichit donc infiniment. Elle nous procure des sensations irremplaçables qui font que le monde réel devient plus chargé de sens et plus beau. Loin d’être un simple agrément, une distraction réservée aux personnes éduquées, elle permet à chacun de mieux répondre à sa vocation d’être humain.

Lire la suite

Coup de coeur... Françoise Sagan...

6 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Afficher l'image d'origine

Quelquefois, allongée sur mon lit, je pense que je vais mourir, que les êtres qui m’entourent vont mourir, et cela me donne envie d’entreprendre un millier de choses. Souvent, lorsque j’entends des gens me parler, je pense soudain qu’ils vont mourir et cela me les fait écouter différemment. Je les vois réduits à ce qu’ils sont, à ce que nous sommes tous, et j’ai envie de les débarrasser de leur comédie, de leur demander pourquoi ils s’agitent, se prennent au sérieux, pourquoi ces airs avantageux. J’ai envie de leur dire ce qui est essentiel pour eux ; j’ai envie qu’ils boivent. J’aime ce moment subtil et éphémère où, après quelques verres, les gens vacillent, s’abandonnent, où ils se délivrent de leurs vêtements, de leur théâtre : tous les masques tombent et enfin, ils disent des choses vraies. Ils parlent peut-être métaphysique. On est sans cesse provoqué par une métaphysique.

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>