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Vivement l'Ecole!

litterature

Coup de coeur... Emmanuel Carrère...

30 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Moi, je ne dis pas le contraire, je dis rarement le contraire de quiconque, mais je ne suis pas aussi certain qu'il y ait une sortie, ni que le seul but de la vie soit de la chercher, ni que ce soit la seule raison de faire du yoga. J'oscille, c'est mon caractère. Un jour je le crois, le lendemain pas. Je ne sais pas ce qui est vrai ni s'il y a une vérité. Et même si je chemine vers la montagne, je ne pense pas que j'en atteindrai le sommet. Jamais je ne serai un de ces alpinistes de l'esprit qu'on appelle un mystique, et ce n'est pas grave car entre les neiges éternelles et le fond de la vallée où je n'ai pas non plus envie de croupir il y a une voie du milieu. Il y a ce qu'on appelle, parfois avec dédain, la montagne à vaches. Je suis un méditant de montagne à vaches. J'aime pratiquer la marche, dans la montagne à vaches, comme une méditation, en essayant de tresser le pas, le souffle, les sensations, les perceptions et les pensées, et c'est cela qui me pousse aussi, chaque matin ou presque, à m'asseoir en tailleur sur le zafu.

Emmanuel Carrère - Yoga

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Coup de coeur... Magyd Cherfi...

29 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

A feuilleter en extraits ci-dessous...

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Coup de coeur... Ernest Hemingway...

28 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Il y avait tant d'arbres dans la ville, que vous pouviez voir le printemps se rapprocher de jour en jour jusqu'au moment où une nuit de vent chaud l'installerait dans la place, entre le soir et le matin. Parfois d'ailleurs les lourdes pluies froides le faisaient battre en retraite et il semblait qu'il ne viendrait jamais et que ce serait une saison de moins dans votre vie. C'était le seul moment de vraie tristesse à Paris, car il y avait là quelque chose d'anormal. Vous vous attendez à être triste en automne. Une partie de vous-même meurt chaque année, quand les feuilles tombent des arbres dont les branches demeurent nues sous le vent et le froide lumière hivernale ; mais vous savez déjà qu'il y aura toujours un printemps, que le fleuve coulera de nouveau après la fonte des glaces. Aussi, quand les pluies froides tenaient bon et tuaient le printemps, on eût dit la mort inexplicable d'un adolescent.

Et même si le printemps finissait toujours par venir, il était terrifiant de penser qu'il avait failli succomber.

Ernest Hemingway - Paris est une fête

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Coup de coeur... Astrid Monet...

27 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Astrid Monet...

La lumière brûlante du mois d’août l’oblige à cligner des yeux ; Solal suit avec exactitude la forme abstraite taillée au cutter sur la vitre du wagon. L’enfant se concentre pour ne pas sortir du chemin tracé par le dessin. Il a oublié ses lunettes de soleil sur la table de la cuisine, sa mère lui a pourtant répété de les prendre, mais l’excitation du voyage les déboussole tous les deux. Solal vit seul avec sa mère. Souvent il ne dit pas « Maman », mais l’appelle par son prénom, Marika. Marika et maman, cela se ressemble, mais ce n’est pas toujours la même personne, pense-t-il. Marika et Solal habitent une ville au bord de l’océan Atlantique, ils partagent un appartement deux-pièces (Marika dort dans le canapé du salon). La nuit, lorsqu’elle laisse les fenêtres ouvertes, il lui arrive d’en-tendre au loin le cri des vagues et elle s’imagine dans une autre vie, une vie vécue, ancienne, où elle danse la nuit. Elle garde les yeux fermés et, allongée sur son canapé, la porte de la chambre entrouverte, elle écoute le souffle lent de Solal – Oui il dort bien ça va –, un vent frais glisse sur son visage, et elle imagine l’entassement des corps, l’odeur de transpiration et de tabac. Les dos, les torses mouillés par la danse, la sueur, les bouches furieuses et déchirées par le désir, ils bougent. Emportés par le rythme du flot électrique et incessant, les corps se tordent et ondulent. Les tympans explosent sous les décibels éreintants de la musique. La foule serpente. La tête penche en arrière, un peu d’alcool coule le long de la commissure des lèvres. Les visages s’éclairent par intermittence. Peints par des traits de lumière bleus, rouges, blancs, ils vivent au hasard  des rencontres de la nuit. À l’aube, prise par le vertige du désir et de la solitude, Marika s’imagine marcher dans le bruit lent de la ville. Près du canapé, posé par terre sur la moquette grise et tachée, le réveil de son téléphone portable sonne l’heure de se lever. Dans trente minutes, il faudra réveiller Solal, préparer son petit déjeuner, l’aider à s’habiller, à se brosser les dents, lui mettre son blouson, prendre les clés, l’accompagner à l’école.

Astrid Monet - Soleil de cendres

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Coup de coeur... Albert Cohen...

25 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"Les autres mettent des semaines et des mois pour arriver à aimer, et à aimer peu, et il leur faut des entretiens et des goûts communs et des cristallisations. Moi, ce fut le temps d’un battement de paupières. Dites moi fou, mais croyez-moi. Un battement de ses paupières, et elle me regarda sans me voir, et ce fut la gloire et le printemps et le soleil et la mer tiède et sa transparence près du rivage et ma jeunesse revenue, et le monde était né, et je sus que personne avant elle, ni Adrienne, ni Aude, ni Isolde, ni les autres de ma splendeur et jeunesse, toutes d’ELLE annonciatrices et servantes."

 

Albert Cohen - Belle du Seigneur

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Coup de coeur... Fatima Daas...

24 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"En dehors de ma famille, à Clichy-sous-Bois, les personnes avec qui j’ai grandi, le voisinage, les amies, les camarades de classe sont presque tous des musulmans. Alors, je n’ai pas de mal à être une « musulmane »."

 

"Je m'appelle Fatima.
Je recherche une stabilité.
Parce c'est difficile d'être toujours à côté, à côté des autres, jamais avec eux, à côté de sa vie, à côté de la plaque."

 

"Mon père disait souvent que les mots c’est « du cinéma », il n’y a que les actes qui comptent.
Il disait smata, qui signifie insister jusqu’à provoquer le dégoût, quand il voyait à la télé deux personnes se dire « Je t’aime ."

 

"Un mois plus tard, j'ai arrêté la prépa.
Je ne suis pas allée en médecine.
Je n'ai pas intégré Science Po.
J'ai écrit."

 

" On ne se rend pas compte qu'on est musulmane et lesbienne jusqu'à ce qu'on vous le dise "

 

""Avant, les vérités me paraissaient dangereuses à dire. J'ai longtemps pensé que les choses se ressentent plus qu'elles ne se montrent. Des restes de mon éducation: montrer par petites touches mais ne jamais dire."

 

Fatma Daas - La petite dernière

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Coup de coeur... Muriel Barbery...

23 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

La musique des pins l’enveloppa comme une liturgie, la noya dans les branches griffues, les torsions en pointe d’aiguilles souples ; une atmosphère de cantique flottait, le monde s’aiguisait, elle perdait la notion du temps. La pluie reprit, fine et régulière, elle ouvrit son parapluie transparent – quelque part en lisière de sa vision, quelque chose s’agita. Ils passèrent le porche, il y eut un autre coude vers la droite puis, devant eux, une allée. Longue, étroite, bordée de buissons de camélias et de rampes de bambous par-dessus une mousse argentine, cernée, à l’arrière, de hauts bambous gris, surplombée d’un arceau d’érables, elle menait à un portail à toit de chaume et de mousse où on avait planté des iris et où s’alanguissait la dentelle des feuilles. C’était, en réalité, plus qu’une allée ; un voyage, se dit Rose ; une voie vers la fin ou vers le commencement.

Muriel Barbery - Une rose seule

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Coup de coeur... Celia Levi...

22 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Celia Levi...

Il y eut une réunion de quartier, car il y avait des suspicions de cas de gale et de tuberculose. Des articles paraissaient dans la presse. Matteo disait que ses recettes allaient chuter, qui s’assoirait aux tables de la buvette ? Les gens payaient pour une vue sur le canal, pas pour une vue sur les détritus. La situation ne pouvait pas durer plus longtemps, la direction de la Tannerie s’inquiétait car les tentes jouxtaient les cabanons. Leroy se trouvait dans une situation embarrassante. Il travaillait en étroite collaboration avec des collectifs de migrants, il était impossible d’être brutal, d’envoyer des CRS pour les déloger, cela risquait de nuire à l’image humaniste du lieu. Il fut décidé au plus haut niveau d’apporter tout le soutien possible aux réfugiés. Une grande banderole où était inscrit « MA bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouches. Ma voix la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. – Aimé Césaire » fut installée à l’entrée. Certes la phrase était sibylline mais c’était un beau geste, selon le personnel.

Celia Levi - La Tannerie

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Coup de coeur... Victor Hugo... (Deux extraits...)

21 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Oh ! dit le prêtre, jeune fille, aie pitié de moi ! Tu te crois malheureuse, hélas ! Hélas ! Tu ne sais pas ce que c'est que le malheur ! Oh ! aimer une femme ! être prêtre ! être haï ! L'aimer de toutes les fureurs de son âme, sentir qu'on donnerait pour le moindre de ses sourires son sang, ses entrailles, sa renommée, son salut, l'immortalité et l'éternité, cette vie et l'autre ; regretter de ne pas être roi, génie, empereur, archange, dieu, pour lui mettre un plus grand esclave sous les pieds ; l'étreindre nuit et jour de ses rêves et de ses pensées ; et la voir amoureuse d'une livrée de soldat ! et n'avoir à lui offrir qu'une sale soutane de prêtre dont elle aura peur et dégoût ! Etre présent, avec sa jalousie et sa rage, tandis qu'elle prodigue à un misérable fanfaron imbécile des trésors d'amour et de beauté ! Voir ce corps dont la forme vous brûle, ce sein qui a tant de douceur, cette chair palpiter et rougir sous les baisers d'un autre ! Ô ciel ! aimer son pied, son bras, son épaule, songer à ses veines bleues, à sa peau brune, jusqu'à s'en tordre des nuits entières sur le pavé de sa cellule, et voir toutes les caresses qu'on a rêvées pour elle aboutir à la torture ! N'avoir réussi qu'à la coucher sur le lit de cuir ! Oh ! Ce sont là les véritables tenailles de l'enfer ! Oh ! Bienheureux celui qu'on scie entre deux planches et qu'on écartèle à quatre chevaux ! - Sais-tu ce que c'est que ce supplice que vous font subir, durant les longues nuits, vos artères qui bouillonnent, votre coeur qui crève, votre tête qui rompt, vos dents qui mordent vos mains ; tourmenteurs acharnés qui vous retournent sans relâche, comme sur un gril ardent, sur une pensée d'amour, de jalousie et de désespoir ! Jeune fille, grâce ! trêve un moment ! un peu de cendre sur cette braise ! Essuie, je t'en conjure, la sueur qui ruisselle à grosses gouttes de mon front ! Enfant ! Torture-moi d'une main mais caresse moi de l'autre ! Aie pitié, jeune fille ! aie pitié de moi !

Victor Hugo - Notre-Dame de Paris

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Coup de coeur... Alexandra Dezzi...

20 Août 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Alexandra Dezzi...

Il t’embrasse. Vous êtes en zone inconnue. Tu le sens dominateur ; il aime prendre le dessus sur ta langue qui tente de prendre la sienne. Le film est à 21 h 30 au Grand Rex. Il tient à t’inviter. Au moment d’acheter les billets, il dit que tu as le droit de prendre une glace. Tu penses C’est toi ma glace, mais tu te tais. Dans le hall, l’ouvreur habillé en costume vous fait signe d’attendre. Vous vous embrassez debout sous les éclairages. On ne voit que vous. Tu es sous son k-way jaune. Son visage te caresse. Il a ses mains sur ton dos, sur tes hanches. Vous vous embrassez comme des sales gosses trop pressés. Les gens autour de vous sont mal à l’aise face à tant de désir. Pourtant le désir, c’est ce qu’il y a de plus beau. En entrant dans la salle obscure, tu te sens à ta place. Dans le noir tout est possible, tout se réalise. C’est à toi de choisir vos places, tu proposes celles du fond. Vous vous installez au milieu de la dernière rangée. Vous dominez le lieu, vous voyez les crânes de dos ; il n’y a pas grand monde mais suffisamment pour se sentir dans un lieu public. Tu aimerais que le rideau se ferme sur vous. Tu projettes des images dans ses yeux, il les imprime sur sa bouche. Votre film peut démarrer. Tu te sens si détendue après ces heures de sport, tes jambes sont une entité cosmique, tous tes membres sont en proie à la volupté, en phase avec ton cœur et ton esprit. Tes rêves ne sont plus des rêves ; tes yeux sont là pour voir, pour constater leur transmutation ; de chimères, pures abstractions, ils passent de l’autre côté, à solide principe de vie ; ils sont tout simplement vivants, là. Tu prends cette réalité en pleine face, comme une gifle, deux trois secondes à peine, c’est son visage qui t’y renvoie. Ce visage familier, cette âme inconnue, ou peut-être est-ce l’inverse ? Son visage est si particulier, lorsqu’il se penche sur toi tu crois le saisir. Tu as cette chance de pouvoir l’approcher, de le découvrir. Un visage n’est pas un masque. Un visage est une porte, d’abord opaque, puis peu à peu transparente, on peut s’introduire sous les premières couches de clarté qui apparaissent, naissent au gré d’un son, d’une voix, de mots, d’émotions. Quand on a la chance de pouvoir regarder sous les peaux, de se sentir pénétrée et de pénétrer en l’autre par le tableau de sa peau, sur le moment on ne se dit rien, on sait juste qu’on est en train de ressentir quelque chose d’incroyable. L’instant d’après, les différentes couches de l’âme qu’on décelait peuvent tout à coup s’éclipser ; d’une extrême fragilité, alors le visage redevient un masque, figé, fermé ; le masque tel qu’on l’avait capturé en soi, tel qu’on l’avait retenu dans son inconscient, une image fixe. Et voilà que cette image fixe, cette énigme, te fait peur : elle ne ressemble plus à l’image que tu avais capturée. Elle est encore différente : abrupte, dure, toujours pleine d’une gravité que tu as pu toucher (approcher seulement du doigt), cette lueur encore scintillante, à peine ; hélas renfermée, et confinée à présent. Façade de chair impénétrable. Qui est-ce ?

Alexandra Dezzi - La colère

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