Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Vercors...

25 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "les animaux dénaturés"

Le ciel est vide, c'est vrai, mais on a beau le savoir, on ne s'habitue pas. On ne s'habitue pas à ce que nos actes n'aient aucun sens ... - que les bons comme les mauvais engendrent au hasard les bienfaits ou la pestilence ... Dieu est toujours, toujours muet ... Nous n'avons, pour fonder le bien et le mal, que le sable mouvant des intentions ... Rien ne vient nous guider...

Lire la suite

Coup de coeur... Dino Buzzati..

24 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "dino buzzati le désert des tartares"

Jusqu’alors, il avait avancé avec l’insouciance de la première jeunesse, sur une route qui, quand on est enfant, semble infinie, où les années s’écoulent lentes et légères, si bien que nul ne s’aperçoit de leur fuite. On chemine placidement, regardant avec curiosité autour de soi, il n’y a vraiment pas besoin de se hâter, derrière vous personne ne vous presse, et personne ne vous attend, vos camarades aussi avancent sans soucis, s’arrêtant souvent pour jouer. Du seuil de leurs maisons, les grandes personnes vous font des signes amicaux et vous montrent l’horizon avec des sourires complices ; de la sorte, le cœur commence à palpiter de désirs héroïques et tendres, on goûte l’espérance des choses merveilleuses qui vous attendent un peu plus loin ; on ne les voit pas encore, non, mais il est sûr, absolument sûr qu’un jour on les atteindra.

Est-ce encore long ? Non, il suffit de traverser ce fleuve, là-bas, au fond, de franchir ces vertes collines. Ne serait-on pas, par hasard, déjà arrivé ? Ces arbres, ces prés, cette blanche maison ne sont-ils pas peut-être ce que nous cherchions ? Pendant quelques instants, on a l’impression que oui, et l’on voudrait s’y arrêter. Puis l’on entend dire que, plus loin, c’est encore mieux, et l’on se remet en route, sans angoisse.

De la sorte, on poursuit son chemin, plein d’espoir ; et les journées sont longues et tranquilles, le soleil resplendit haut dans le ciel et semble disparaître à regret quand vient le soir.

Mais, à un certain point, presque instinctivement, on se retourne et l’on voit qu’un portail s’est refermé derrière nous, barrant le chemin de retour. Alors, on sent que quelque chose est changé, le soleil ne semble plus immobile, il se déplace rapidement ; hélas ! on n’a pas le temps de le regarder que, déjà, il se précipite vers les confins de l’horizon, on s’aperçoit que les nuages ne sont plus immobiles dans les golfes azurés du ciel, mais qu’il fuient, se chevauchant l’un l’autre, telle est leur hâte ; on comprend que le temps passe et qu’il faudra bien qu’un jour la route prenne fin.

A un certain moment, un lourd portail se ferme derrière nous, il se ferme et est verrouillé avec la rapidité de l’éclair, et l’on n’a pas le temps de revenir en arrière. Mais, à ce moment-là, Giovanni Drogo dormait ignorant, et dans son sommeil, il souriait, comme le font les enfants.

Bien des jours passeront avant que Drogo ne comprenne ce qui est arrivé. Ce sera alors comme un réveil. Il regardera autour de lui, incrédule ; puis il entendra derrière lui un piétinement, il verra les gens, réveillés avant lui, qui courront inquiets et qui le dépasseront pour arriver avant lui. Il entendra les pulsations du temps scander avec précipitation la vie. Aux fenêtres, ce ne seront plus de riantes figures qui se pencheront, mais des visages immobiles et indifférents. Et s’il leur demande combien de route il reste encore à parcourir, on lui montrera bien encore d’un geste l’horizon, mais sans plus de bienveillance ni de gaieté. Cependant, il perdra de vue ses camarades, l’un demeuré en arrière, épuisé, un autre qui fuit en avant de lui et qui n’est plus maintenant qu’un point minuscule à l’horizon.

Passé ce fleuve, diront les gens, il y a encore dix kilomètres à faire et tu seras arrivé. Au lieu de cela, la route ne s’achève jamais, les journées se font toujours plus courtes, les compagnons de voyage toujours plus rares, aux fenêtres se tiennent des personnages apathiques et pâles qui hochent la tête.

Jusqu’à ce que Drogo reste complètement seul et qu’à l’horizon apparaisse la ligne d’une mer démesurée, immobile, couleur de plomb. Désormais, il sera fatigué, les maisons le long de la route auront presque toutes leurs fenêtres fermées et les rares personnes visibles lui répondront d’un geste désespéré : ce qui était bon était en arrière, très en arrière, et il était passé devant sans le savoir. Oh ! il est trop tard désormais pour revenir sur ses pas, derrière lui s’amplifie le grondement de la multitude qui le suit, poussée par la même illusion, mais encore invisible sur la route blanche et déserte.

A présent, Giovanni Drogo dort à l’intérieur de la troisième redoute. Il rêve et il sourit. Pour la dernière fois, viennent à lui, dans la nuit, les douces images d’un monde totalement heureux. Gare à lui s’il pouvait se voir lui-même, tel qu’il sera un jour, là où finit la route, arrêté sur la rive de la mer de plomb, sous un ciel gris et uniforme, et sans une maison, sans un arbre, sans un homme alentour, sans même un brin d’herbe, et tout cela depuis des temps immémoriaux.

Lire la suite

Coup de coeur... Jean Tardieu...

23 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Image associée

OFFERTE A LA NUIT

Offerte à la nuit qui de toutes parts nous déborde et envahit le jour lui-même à cette nuit qui nous dessine et nous allonge ici toute chose se tient debout sur son ombre entre un envol toujours futur toujours déçu et la chute vertigineuse ici c'est ici que les solitaires qui se cherchent les peuples déchirés les astres volant en éclats se rejoignent et se passent le mot sans le comprendre ici sur le seuil de ce temple au fronton écroulé autrefois résonnant de conseils aujourd'hui plus éloquent encore d'être muet nous savons qu'il n'y a rien à connaître sinon l'enchaînement fatal des questions lancées à tous les murs d'où ne revient que leur écho et que tout est à redouter des ruses de l'espace car ce triomphe à l'horizon étincelant ce gage l'espérance enfoui dès l'origine au fond de notre espèce n'est plus qu'un vaste oubli d'or et de feu où les poussières de la vie et de la mort pareilles aux nombres-tourbillons dans le creuset des machines géantes ont enfin démasqué cet ordre illusoire ce séjour inutile et superbe sans raison condamné à retourner toujours et toujours sur lui-même cendre et brasier fuite et fureur comme une phrase ressassée.

HENNISSEMENT DE L'INCONNU

Cependant que s'obscurcissent et se mélangent à qui mieux mieux l'erreur le vrai le songe et la raison dans le grenier des accessoires hors d usage el de sens démentiel désordre le hasard implacable prend place et s'impose partout amplement fourni (selon le déroulement d'une suite sans logique et sans freiN) de mouvements opposés variables et insensibles qui ne se peuvent traduire qu'en termes de douleur car il est devenu évident que l'aigle et sa proie font de leur couple horrible et de leur inséparable agonie la seule clé pour nos mains talonnantes d'aveugles et la seule mesure possible de ce qui comble à tout casser ce lieu sans lieu ce dôme autrefois transparent mais qui pour jamais s'est voilé de conjectures furibondes ce ciel sonore et infaillible ce recours cet abri peuplé de protecteurs de démons et d'oracles figures familières jouant leur rôle et portant leur nom même insulté veilleurs toujours reconnaissables et toujours prêts à nous défendre aux frontières sauvages où piaffe où hurle où hennit l'imprévisible l'inconnu.

LES VOLETS

Pendus aux murs de la maison comme feuilles aux branches mobiles mais tenus comme les feuilles au grand marronnier de la place par une matinée tournante incertaine triste et joyeuse d'orage et d'éclaircies les volets les uns ouverts les autres clos ou bien les mêmes tour à tour le vent les ouvre et les rabat comme autant d'oreilles de lapins famille de lapins famille de volets poursuivis immobiles par le vent qui va-vient par le soleil qui s'endort dans un nuage et se réveille dans un courant d'air le bruit des oreilles de bois de lapins toujours battant les volets de la maison jamais lassés d'indiquer l'heure qui s'ouvre et l'heure qui se ferme la présence ou l'absence des habitants de la maison le temps qu'il fait le temps qui passe qui toujours va qui toujours vient toujours revient sinon pour nous qui partirons mais pour tous ceux qui reviendront.

UN REGARD POUR UN SOUFFLE

Tombé soudain là sous mes pas du plus lointain de cet espace et de ce temps coalisés pour nous confondre ce faible souffle sur le sol entre le mur et le buisson me fait trembler d'effroi de joie de gratitude et de vertige car il contient mais inversée la même charge sans mesure que mon regard lorsque l'été lorsque la nuit droit vers le ciel s'élance et plane vidé de poids et de pensée mon esprit simple et démuni qui ne croit rien que ce qu'il touche et se sent proche des points d'or disséminés ici et là même de l'astre le plus pâle et le plus seul à peine vu ni reconnu sur le gravier et pas à pas franchi le seuil où rien n'est plus qui nous réponde je m'aventure hors de moi-même vers ma fin sans adresser à tant d'énigmes torturantes à ce soleil à cet amour qui m'ont fait naître et m'ont fait vivre à ces splendeurs qui vont s'éteindre à ces horreurs qui vont cesser à cet espoir qui va dormir à toute main que j'ai serrée à toute lèvre que j'ai bue aucun reproche ni regret car la souffrance est dépassée car la mémoire est en deçà du pur instant du seul regard navigateur qui ma quitté pour le voyage sans retour.

Lire la suite

Cop de coeur... Albert Camus... "Oui, c’est peut-être ça le bonheur, le sentiment apitoyé de notre malheur. "

21 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "l'envers et l'endroit camus"

S’il est vrai que les seuls paradis sont ceux qu’on a perdus, je sais comment nommer ce quelque chose de tendre et d’inhumain qui m’habite aujourd’hui. Un émigrant revient dans sa patrie. Et moi, je me souviens. Ironie, raidissement tout se tait et me voici rapatrié. Je ne veux pas remâcher du bonheur. C’est bien plus simple et c’est bien plus facile. Car des heures, que du fond de l’oubli, je ramène vers moi, s’est conservé surtout le souvenir intact d’une pure émotion, d’un instant suspendu dans l’éternité. Cela seul est vrai en moi et je le sais toujours trop tard. Nous aimons le fléchissement d’un geste, l’opportunité d’un arbre dans le paysage. Et pour recréer tout cet amour, nous n’avons qu’un détail mais qui suffit : une odeur de chambre trop longtemps fermée, le son singulier d’un pas sur la route.  Ainsi de moi. Et si j’aimais alors en me donnant, j’étais moi-même puisqu’il n’y a que l’amour qui nous rende à nous-même.

Lentes, pénibles et graves, ces heures reviennent, aussi fortes, aussi émouvantes – parce que c’est le soir, que l’heure est triste et qu’il y a une sorte de désir vague dans le ciel sans lumières. Chaque geste retrouvé me révèle à moi-même. On m’a dit un jour : « C’est si difficile de vivre. » Et je me souviens du ton. Une autre fois, quelqu’un a murmuré :  " La pire erreur, c’est encore de faire souffrir. " Quand tout est fini, la soif de vie est éteinte. Est-ce là ce qu’on appelle le bonheur ? En longeant ces souvenirs, nous revêtons tout du même vêtement discret et la mort nous apparait comme une toile de fond aux tons vieillis. Nous revenons sur nous-mêmes. Nous sentons notre détresse et nous en aimons mieux. Oui, c’est peut-être ça le bonheur, le sentiment apitoyé de notre malheur.

Lire la suite

Coip de coeur... Marie Le Gall...

20 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "marie le gall mon étrange soeur"

Extraits

« Nous nous sommes toutes de suite reconnues et il était écrit que j’allais obéir à tes ordres muets. Entrainée dans ta folie, je ne connaîtrai de la vie que ce tu m’en diras, frontière entre le monde et moi. » 

« On n’a pas le droit de choisir le jour de sa mort. C’est interdit. Pas plus qu’on ne demande à naitre. Deux moments imposés où il n’y aurait donc pas de liberté. Entre les deux, notre vie nous appartient, il paraît. Et il nous appartient d’en faire ce que nous voulons en faire. Certaines vies semblent pourtant vouées à l’échec, quoi que l’on fasse, prisonnières d’une spirale infernale, d’un labyrinthe effrayant dont la sortie est un mirage que l’on aperçoit comme les flaques de soleil sur la route en été que l’on prend pour de l’eau. Une fausse oasis, une illusion d’optique qui se reproduira pourtant, mais alors nous saurons que nous sommes bernés. L’eau salvatrice est ailleurs. » 

« Les normaux ne comprennent rien. Ce sont eux qui sont fous.»

« On attendait la Sœur comme  on attend la foudre parce qu'on a perçu le grondemment annonciateur de l'orage qui va éclater, sans que l'on sache tout à fait quand, mais cependant sûr de ce bombardement dans les nuages puis de l'éclaire qui déchire le ciel. [...] Vivante plus que jamais, souffrante toujours mais laissant exloser sa joie aussi, joie de nous voir, joie de nos vies meurtries.»

« Marcher sur les traces de son passé, c’est avancer dans une nuit aveugle, désespérer de trouver une issue. Il n’y a aucun signal, aucun phare dans le lointain. »

« Est revenue, comme un refrain, cette petite histoire née d'un doute, ce genre de questionnement qui vous habite depuis toujours et prend un temps infini à se manifester. Née comme ça. Elle avait pris racine, je ne sais quand. Ce fut d'abord un rêve insaisissable et déstabilisant, des images qui défilaient, d'autres qui éclataient comme des bulles à la surface de l'eau. Enfin tous ces visages dans une lumière crue.»

« Ce ne sont pas les souvenirs qui comptent mais les traces qu’ils laissent fans les balbutiements d’une mémoire engluée, des visions soudaines et néanmoins obsédantes qui déferlent une vie entière comme des vagues lointaines, quand on a vécu au bord de l’océan on sait que ça ne s’arrête jamais, seules ces traces-là ont un sens. Mais quelle importance ? Pourquoi cette importance ? Parce que cela doit être écrit, puisé au fond de soi dans une accumulation de perceptions que le corps garde secrètement. »

Lire la suite

Coup de coeur... Jean-Christophe Rufin...

19 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "Sept histoires qui reviennent de loin"

C'était il y a quarante ans et nous en avions vingt. 

Avant de partir, nous avions accompli en Europe cette cérémonie désuète qui, pour ne pas être un sacrement, n'en avait pas moins à nos yeux valeur d'engagement éternel : nous nous étions fiancés. Sur le bastingage souillé de cambouis du cargo, quand je pressais ta main fine, je sentais avec bonheur la bague que je t'avais offerte. Elle était ornée d'un diamant, petit comme nos moyens d'étudiants mais solide, brillant et aussi incorruptible que notre amour. 

Heureusement, le bruit rauque du démarreur de la Land Rover a rempli son office et ce stupide attendrissement m'a quitté. Sans y penser, j'ai mis les essuie-glaces et ils ont étalé sur le pare-brise un épais voile de poussière gluante. Il m'a fallu sortir nettoyer la vitre verticale. Enfin, j'ai enclenché la vitesse d'un bon coup du bras gauche. Au fait, t'en souviens-tu ? On conduit à gauche au Mozambique. L'influence anglaise... Nous avions lu tout cela, à l'époque : sans l'arbitrage, à la fin du XIXe siècle, du général Mac-Mahon - le nôtre ! - qui a concédé une large partie de la région aux Portugais, Lourenço Marques aurait été britannique... De l'épisode, il reste le nom de la bière locale, la célébrissime Mac-Mahon, dite MM - prononcer : "Dois M" -, qui coule à flots dans le pays. 

Par un chemin défoncé, j'ai rejoint la route, celle qui mène au royaume montagneux du Swaziland. La frontière n'est qu'à trois kilomètres, mais elle est fermée pour cause d'interminables travaux. Nous sommes passés par là ensemble il y a quarante ans et tu avais aimé grimper dans ces collines ensoleillées. A l'époque portugaise, cette région n'était guère différente : le Mozambique est si vaste qu'il n'a jamais été complètement cultivé. Il a toujours eu, même par ici, ce petit air de brousse à la fois opulente et débraillée, naturelle en somme. Pourtant, si l'on regarde bien, on peut remarquer le long de cette route, bordée de paisibles maquis, les traces de tous les drames qu'a vécus ce pays en quarante années. Je te montrerai de grandes fermes portugaises à l'abandon : les galeries métalliques à colonnettes qui entourent les bâtiments sont rouillées et une végétation d'agrément - bougainvillées, jasmins, glycines -, redevenue sauvage, se lance à l'assaut de leurs arabesques. Nous avons vu tout cela bien ordonné jadis. Les familles de colons proprettes, bien pieuses et bien blanches, régnaient sur leurs vastes fazendas. Et les Noirs étaient en apparence résignés à leur rôle de valetaille ou de bête de somme. A une lettre près, "indigène" devient "indigne", et c'est ici que tu l'as découvert. 

Lire la suite

Coup de coeur... James Ellroy... Perfidia...

18 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "james ellroy perfidia"

Ces rafles sont une connerie monumentale, et nous le savons tous les deux. La plupart de nos Japs sont des gens bien, mais il est préférable de les incarcérer jusqu’au moment où cette guerre tournera à notre avantage. Ce que je redoute, c’est une réaction brutale de la presse. Nous ne la méritons pas – surtout en cette période où la conscription va nous priver de nos meilleurs éléments. … Ce que je souhaite, c’est voir ces putains de Japonais derrière les barreaux, une ville où règne le calme malgré la guerre en cours, et ces branleurs de réformateurs à la Bill Parker tenus en échec jusqu’à mon départ en retraite. A ce moment-là, je partirai pour Puerto Vallarta, je prendrai une cuite tous les soirs et je baiserai sur mon yacht des señoritas bien roulées. Je veux que cette putain de presse chante les louanges de notre ville et de sa police, aussi reprochables l’une que l’autres, et ça ne me dérangerait pas de toucher un paquet au passage. Vous et moi, Dud, nous savons nous y prendre pour ramasser du fric. Nous voulons les mêmes choses, c’est clair, et vous avez carte blanche, dans les limites raisonnables , pour nous obtenir ce que nous désirons tous les deux. … Je veux qu’avant le Nouvel An l’affaire Watanabe soit résolue, et qu’une inculpation soit prononcée par le jury d’accusation.

Lire la suite

Coup de coeur... Baudelaire... De l'essence du rire...

17 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "baudelaire l'essence du rire"

L’esprit le moins accoutumé à ces subtilités esthétiques saurait bien vite m’opposer cette objection insidieuse : le rire est divers. On ne se réjouit pas toujours d’un malheur, d’une faiblesse, d’une infériorité. Bien des spectacles qui excitent en nous le rire sont fort innocents, et non seulement les amusements de l’enfance, mais encore bien des choses qui servent au divertissement des artistes, n’ont rien à démêler avec l’esprit de Satan. Il y a bien là quelque apparence de vérité. Mais il faut d’abord bien distinguer la joie d’avec le rire. La joie existe par elle-même, mais elle a des manifestations diverses. Quelquefois elle est presque invisible ; d’autres fois, elle s’exprime par les pleurs. Le rire n’est qu’une expression, un symptôme, un diagnostic. Symptôme de quoi ? Voilà la question. La joie est une. Le rire est l’expression d’un sentiment double, ou contradictoire ; et c’est pour cela qu’il y a convulsion. Aussi le rire des enfants, qu’on voudrait en vain m’objecter, est-il tout à fait différent, même comme expression physique, comme forme, du rire de l’homme qui assiste à une comédie, regarde une caricature, ou du rire terrible de Melmoth ; de Melmoth, l’être déclassé, l’individu situé entre les dernières limites de la patrie humaine et les frontières de la vie supérieure ; de Melmoth se croyant toujours près de se débarrasser de son pacte infernal, espérant sans cesse troquer ce pouvoir surhumain, qui fait son malheur, contre la conscience pure d’un ignorant qui lui fait envie. – Le rire des enfants est comme un épanouissement de fleur. C’est la joie de recevoir, la joie de respirer, la joie de s’ouvrir, la joie de contempler, de vivre, de grandir. C’est une joie de plante. Aussi, généralement, est-ce plutôt le sourire, quelque chose d’analogue au balancement de queue des chiens ou au ronron des chats.

Et pourtant, remarquez bien que si le rire des enfants diffère encore des expressions du contentement animal, c’est que ce rire n’est pas tout à fait exempt d’ambition, ainsi qu’il convient à des bouts d’hommes, c’est-à-dire à des Satans en herbe. Il y a un cas où la question est plus compliquée. C’est le rire de l’homme, mais rire vrai, rire violent, à l’aspect d’objets qui ne sont pas un signe de faiblesse ou de malheur chez ses semblables. Il est facile de deviner que je veux parler du rire causé par le grotesque. Les créations fabuleuses, les êtres dont la raison, la légitimation ne peut pas être tirée du code du sens commun, excitent souvent en nous une hilarité folle, excessive, et qui se traduit en des déchirements et des pâmoisons interminables. Il est évident qu’il faut distinguer, et qu’il y a là un degré de plus. Le comique est, au point de vue artistique, une imitation ; le grotesque, une création. Le comique est une imitation mêlée d’une certaine faculté créatrice, c’est-à-dire d’une idéalité artistique. Or, l’orgueil humain, qui prend toujours le dessus, et qui est la cause naturelle du rire dans le cas du comique, devient aussi cause naturelle du rire dans le cas du grotesque, qui est une création mêlée d’une certaine faculté imitatrice d’éléments préexistants dans la nature. Je veux dire que dans ce cas-là le rire est l’expression de l’idée de supériorité, non plus de l’homme sur l’homme, mais de l’homme sur la nature. Il ne faut pas trouver cette idée trop subtile ; ce ne serait pas une raison suffisante pour la repousser. Il s’agit de trouver une autre explication plausible. Si celle-ci paraît tirée de loin et quelque peu difficile à admettre, c’est que le rire causé par le grotesque a en soi quelque chose de profond, d’axiomatique et de primitif qui se rapproche beaucoup plus de la vie innocente et de la joie absolue que le rire causé par le comique de moeurs. Il y a entre ces deux rires, abstraction faite de la question d’utilité, la même différence qu’entre l’école littéraire intéressée et l’école de l’art pour l’art. Ainsi le grotesque domine le comique d’une hauteur proportionnelle.

J’appellerai désormais le grotesque comique absolu, comme antithèse au comique ordinaire, que j’appellerai comique significatif. Le comique significatif est un langage plus clair, plus facile à comprendre pour le vulgaire, et surtout plus facile à analyser, son élément étant visiblement double : l’art et l’idée morale ; mais le comique absolu, se rapprochant beaucoup plus de la nature, se présente sous une espèce une, et qui veut être saisie par intuition. Il n’y a qu’une vérification du grotesque, c’est le rire, et le rire subit ; en face du comique significatif, il n’est pas défendu de rire après coup ; cela n’arguë pas contre sa valeur ; c’est une question de rapidité d’analyse. J’ai dit : comique absolu ; il faut toutefois prendre garde. Au point de vue de l’absolu définitif, il n’y a plus que la joie. Le comique ne peut être absolu que relativement à l’humanité déchue, et c’est ainsi que je l’entends.

Baudelaire, De l'essence du rire et généralement du comique dans les arts plastiques

Lire la suite

Coup de coeur... Henri Barbusse...

16 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "henri barbusse le feu"

Ce ne sont pas des soldats, ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine - bouchers ou bétail. Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu'on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés. Ils sont prêts. Ils attendent le signal de la mort et du meurtre ; mais on voit, en contemplant leurs figures entre les rayons verticaux des baïonnettes, que ce sont simplement des hommes.

Chacun sait qu'il va apporter sa tête, sa poitrine, son ventre, son corps tout entier, tout nu, aux fusils braqués d'avance, aux obus, aux grenades accumulées et prêtes, et surtout à la méthodique et presque infaillible mitrailleuse - à tout ce qui attend et se tait effroyablement là-bas - avant de trouver les autres soldats qu'il faudra tuer. Ils ne sont pas insouciants de leur vie comme des bandits, aveuglés de colère comme des sauvages. Malgré la propagande dont on les travaille, ils ne sont pas excités. Ils sont au-dessus de tout emportement instinctif. Ils ne sont pas ivres, ni matériellement ni moralement. C'est en pleine conscience, comme en plein forme et en pleine santé, qu'ils ne massent là, pour se jeter une fois de plus dans cet espèce de rôle de fou imposé à tout homme par la folie du genre humain.

Lire la suite

Coup de coeur... Claro...

15 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "claro crash test"

Au commencement était l’accident. Il le sait, l’a toujours su, et ce depuis sa naissance dans les entrailles d’une clinique d’abattage où à toute heure du jour et de la nuit, sous des traînées de néons, les ventres béaient et se contractaient au rythme du sang pulsé, les matrices saturant l’air d’ondes et de cris qu’aussitôt recrachés les avortons aspiraient goulûment, leurs yeux d’agoutis brûlés par l’incandescence des lampes, avant d’être secoués, rincés, palpés, intubés pour certains, cajolés pour d’autres, carambolés de salle en salle dans l’urgence de leur salvation ou bien chrysalidés dans du linge empestant le dakin, la scène se répétant inexorablement tandis qu’au-dehors, là où vivre était devenu coutume et châtiment, hurlaient les sirènes, celles des ambulances piaffant au seuil des urgences, et celles de la ville célébrant une fois par mois la possibilité du chaos.

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>