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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Simone de Beauvoir...

21 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Ainsi la femme indépendante est aujourd'hui divisée entre ses intérêts professionnels et les soucis de sa vocation sexuelle; elle peine à trouver son équilibre; si elle l'assure c'est au prix de concessions, de sacrifices, d'acrobaties qui exigent d'elle une perpétuelle tension. C'est là beaucoup plus que dans les données physiologiques qu'il faut chercher les raisons de la nervosité, de la fragilité que souvent on observe en elle.

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Coup de coeur... Pierre Loti...

20 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Chaque matin, s'éveiller en un point différent du vaste désert. Sortir de sa tente et se trouver dans la splendeur du matin vierge; détendre ses bras, s'étirer demi-nu dans l'air froid et pur; sur le sable, enrouler son turban et se draper dans ses voiles de laine blanche; se griser de lumière et d'espace; connaître, au réveil, l'insouciante ivresse de seulement respirer, de seulement vivre...

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Coup de coeur... Maylis de Kerangal...

18 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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... ses épaules nacrées émergent d'un maillot aux couleurs de la Squadra Azzurra dont le décolleté arrondi laisse deviner de petits seins libres et légers, ses jambes immenses prolongent un flottant tissu bleu satiné, une fine pellicule de sueur perle au-dessus de sa bouche, elle est belle comme le jour quand ses maxillaires pulsent sous la peau de sa mâchoire - la colère -, et n'a pas un regard pour lui quand elle croise et décroise du bas vers le haut ses longs bras d'une beauté antique afin d'ôter son débardeur, désormais inutile, dénudant un buste splendide que composent différents cercles- seins, aréoles, mamelons, tétons, ventre, nombril, double amorce des globes fessiers -, que modèlent différents triangles pointés vers le sol - l’isocèle du sternum, le convexe du pubis et le concave des reins -, que creusent différentes lignes - la médiane dorsale qui souligne la division du corps en deux moitiés identiques, sillon qui rappelle en la femme la nervure de la feuille et l'axe de symétrie du papillon -, le tout ponctué d'un petit losange à l'endroit de la crête sternale - le bréchet sombre -, soit une récollection de formes parfaites dont il admire l'équilibre des proportions et l'agencement idéal, son œil professionnel prisant plus que tout l'exploration anatomique du corps humain, et de celui-là en particulier, se délectant de son auscultation, décelant avec passion la moindre dysharmonie dans l’échafaudage, le plus petit défaut, le plus infime décalage, un virage de scoliose au-dessus des lombaires, ce grain de beauté sporulant, là, sous l'aisselle, ces durillons entre les orteils à l'endroit où le pied se comprime dans le pointu de l'escarpin, et ce léger strabisme dans les yeux, coquetterie dans l’œil accusée quand le sommeil lui manque, et dont elle tire cet air dissipé, cet air de fille échappée qu'il aime tant chez elle.

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Coup de coeur... Pierre Jourde...

17 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Ces visages que le froid colorie violemment, sous les casquettes, beaucoup ont été sculptés par l'alcool, ces corps fabriqués par lui ou démembrés par lui. L'alcool préside aux besognes du fer, de la pierre, du bois, de la corne. Il tuméfie les faces, cogne les épouses, ruine les exploitations, déforme les membres, ourdit les accidents. Lui, et lui seul. Ceux qui lui ont vendu leur âme ne sont plus que l'alcool, le corps provisoire et titubant de l'alcool. Il travaille au lent retour vers la confusion des formes, vers les créatures du chaos, il fabrique des succédanés de titans.

On parcourt le territoire d'une mauvaise plaisanterie mythologique, la parodie grinçante des puissances originelles. Cet attelage impressionnant que vous avez croisé sur la route était mené par Jupiter en personne, torse nu, maîtrisant avec facilité la puissance du monstre grondant qui tire son char, on reconnaît sa barbe, sa musculature et son regard étincelant. Derrière lui, juché sur l'amoncellement de barres odorantes qui brillent au soleil, massif et brut, Vulcain vous considère. Plus tard, on trouvera Vulcain trébuchant, la parole empâtée, un peu d'écume sèche au coin des lèvres.

Rares sont les maisons où l'alcool n'a pas ses victimes, ses esclaves. Il y a ceux qu'il a ruinés, ceux qu'il a mutilé. Les couples défaits, les fortunes dispersées, les professions abandonnées. Ce jeune homme de trente ans, intelligent, doué, et qui a dû être assez beau ne conduit plus sans embarquer son petit fût de mauvais vin dans la voiture : le voici métamorphosé en polichinelle bouffi et violacé, comme s'il portait un masque monstrueux, ou qu'un démon facétieux lui avait soufflé les vapeurs éthyliques à l'intérieur de la peau. Il y a perdu son métier et se retrouve cantonnier.

L'alcool est entré dans le sang, il engendre, il fait partie de la famille, on reconnaît ses traits dans le visage des enfants. Il prescrit les destins, on se conforme à ses impératifs, avec fatalisme, sans en retirer de plaisir ni d'oubli véritable. Il s'agit d'autre chose avec l'alcool.

Nulle grandeur d'ailleurs, nulle tragédie dans cet acharnement. Les histoires d'alcool appartiennent au registre comique. C'est pourquoi il est difficile d'en dire du mal. Les plaisirs qu'il donne sont de toute espèces, parfois subtils, parfois brutaux. Il réchauffe, il aide à parler, anime les conversations, leur donne une matière, crée des complicités, solennise les transactions, dénoue la méfiance, soutient la vie sociale. Il marque tous les moments de la vie, tout ce qui assure l'être humain dans son humanité et l'homme dans sa virilité. C'est un petit dieu rieur et familier.

Les hommes seuls lui rendent un culte. Aucune femme ne boit jamais, ici, ou presque, à part certaines petites filles ou quelques vieilles isolées dans leurs villages morts. La plupart, prétextant n'en pas avoir le goût, refuseront obstinément le verre de vin, de muscat ou de porto que l'on propose avec insistance. À l'heure rituelle de l'apéritif, où les hommes se réunissent autour de la table, elles ne s'assiéront même pas, soit qu'elles servent, soit qu'elles vaquent à d'autres occupations. Cela fait partie d'une forme persistance de distinction des sexes. Chacun son type de travail et son lieu.

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Coup de coeur... Ted Chiang...

16 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Dès qu'ils auraient trouvé un nom capable d'engendrer des foetus humains, la gent féminine n'aurait plus besoin des hommes pour se perpétuer. Stratton savait qu'une telle découverte eût ravi les inverties, ces femmes qui éprouvaient de l'attirance pour les personnes du même sexe. Si le nom était mis à leur disposition, elles pourraient fonder des communautés et se reproduire par parthénogénèse. Une telle société prospérerait-elle en exacerbant la plus grande sensibilité du beau sexe ou aurait-elle tôt fait de s'effondrer, emportée par le manque de pondération de ces membres?

 

 

 

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Coup de coeur... Victor Hugo... "La dictature pourrait trembler"...

15 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Politique

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Charles Hugo : que penses-tu de la situation (de la politique française) ?

Victor Hugo : Ceci : c'est qu'à l'heure qu'il est, tout se résume pour l'opposition dans un mot d'ordre unique, inflexible, et qui doit être comme son « Delenda Carthago ». L'opposition, si elle veut aller au but, concentrera désormais tous ses efforts, efforts de presse, efforts de tribune, sur un seul point : l'abolition du serment préalable. Toutes les autres questions s'effacent devant celle-là. La responsabilité des ministres, l'élection des maires, le droit d'initiative et d'interpellation, le contrôle financier, chimères que tout cela, tant qu'il y aura à la situation ce nœud qui serre le peuple à la gorge, le serment des candidats. Délivrer d'abord le suffrage universel de cette entrave, tout est là. Sénatus-consulte (une loi venant du Sénat), acte additionnel (petits assouplissements du régime), Empire libéral, choses risibles si le peuple reste garrotté dans l'interdiction de nommer qui bon lui semble, et si défense continue de lui être faite d'élire, pour ses représentants, les hommes qui, déjà proscrits de leur pays, sont de plus exilés dans leur conscience, et refusent de rentrer dans la patrie par l'amnistie et dans la politique, par le serment.

Dans la personne du candidat, qui est-ce qui prête serment ? C'est le suffrage universel. Et que reste-t-il du suffrage universel quand on lui a dit « Si tes votes ne vont pas où je veux, je ne les compterai pas » ? Celui qui annule des votes dans un scrutin, ou celui qui annule des chiffres dans une dette à payer, c'est le même comptable. Demandez à la cour d'assises comment elle le qualifie. Quoi ! Un serment ! De qui ? Du fonctionnaire ? Non, du peuple. Du serviteur ? Non, du maître. Le propriétaire prête serment à son intendant, le souverain promet fidélité au sujet, le juge jure obéissance au justiciable ! Bonne responsabilité, vraiment, que celle qui commence par frelater le tribunal ! Pas d'équivoque et allons au but. Le serment préalable mutile le suffrage universel dans le candidat. Après cette castration, le suffrage universel est bon à tout faire, excepté les choses viriles, et nous avons ce spectacle : le pouvoir personnel, ce sérail, gardé par le peuple devenu eunuque !

Ce serment, audacieusement imposé, de nobles cœurs, de vaillants hommes l'ont prêté. Honorons-les pour ce dévouement. Maintenant l'heure est venue de s'expliquer ; qu'ils se lèvent et qu'ils protestent, et qu'ils disent : « C'est pour l'abolir que nous l'avons subi ! » Et qu'ils déposent sur la tribune une demande solennelle d'abolition du serment. Le jour où le serment serait aboli, la Chambre assermentée serait dissoute par la force des choses, et de nouveaux devoirs commenceraient. Ce qu'on entendrait alors, ce ne serait plus seulement la parole loyale, mais impuissante, d'une opposition trop patiente, ce serait le cri du droit violé et l'imprécation de la justice éternelle ! Les hommes qui renonceraient à l'exil volontaire, c'est-à-dire au seul exil qui soit un exemple, pour livrer ce combat suprême, attendront d'abord que la frontière soit ouverte à leur dignité, et que leur bouche n'ait pas à balbutier un parjure dans un serment.

Prêter ce serment au Deux-Décembre (date du coup d'Etat de Napoléon III), c'est trop s'oublier et trop peu se souvenir. C'est abdiquer pour combattre, et l'héroïsme même n'autorise pas la déchéance. Qu'est-ce que cette tribune de l'Empire ? Avec le serment, c'est une marche du trône. Sans le serment, c'est une barricade. Donc, s'il y a une opposition radicale en France, qu'elle se montre ! Qu'elle demande et qu'elle exige l'abolition du serment ! Le jour où le serment disparaîtrait, ce jour-là, seulement, la liberté pourrait espérer et la dictature pourrait trembler. »

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Coup de coeur... Hélène Cixous...

14 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Je connais un poète qui est mort dans l'escalier, le jour où il partait dans un pays où il n'était plus plus jamais revenu. Tous ces pays dont on ne revient pas où on ne revient pas où on va revenir où on revient tellement en pensée qu'il est difficile de faire la différence entre aller, ne pas aller, et aller ne pas aller, on passe des années dans la lumière lunaire de l'aéroport. On y est attaché par le pacte le plus antique et le bien moins connu, le pacte d'être un né ou un mort de ce pays. Il n'y a pas d'explication. Il y a un cordon ombilical. C'est une ombre de cordon, un cordon immatériel dont on sent l'effet planté dans le cervelet. Nous sommes des conséquences. Il y a les cellules, dit mon aimé. Moi, je songe à aller à Alger depuis une dizaine d'années. Par précaution j'utilise le verbe " aller". Mes cellules ne suivent pas. Elles font comme si je disais : "retourner". J'attends.

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Le monde est plein de ces dames à hostilité. Elles savent que je ne suis pas une maladie mais elles font comme si elles pouvaient m'attraper. Il y en a toujours une qui dit : Cixous c'est quoi comme pays? Je réponds : c'est allemand. Quand j'étais jeune je disais naïvement : c'est juif-kabyle. Maintenant je leur demande pourquoi on ne s'arrête pas à Paris. Une des femmes s'écarte et pince fortement des lèvres. Une des femmes me répond finalement, avec réticence. Elle est dans l'eau qui est la mer elle-même infinie, dans laquelle nagent des chats et des chiens grands comme des dés à coudre. Elle me dit la vérité. On ne sait pas si on va arriver. Quoi ?! Elle me dit : vous entendez ? J'entends : la coque de la Ville craque. C'est une question d'heures. J'en suis stupéfaite. On va couler ? Tout à l'heure. Amère je me dis que si je n'avais pas franchi la première ligne du front je n'aurais même pas su que nous allions à la fin du monde, ces dames m'auraient pris ma mort. Que faire ? Le bateau est en discussion m'apprend la dame. Litige avec le gouvernement américain. On pourrait venir nous secourir en hélicoptère. C'est loin cette mer et on perd du temps avec des gouvernements. Les informés ont pris un avocat. Mais j'ai des amis dis-je. J'ai un ami avocat. Nous sommes sur le même bateau quand même. Cette idée les fait rire. Je me sens deux fois impuissante, de la situation et de l'hostilité. La pincée me fait une gueule terrible. Évidemment elle me hait encore plus d'avoir été privée d'une petite satisfaction friande : moi, si elle avait réussi, j'aurais coulé tout autrement. Alors je tente une sortie : " ce n'est pas le moment d'avoir des antipathies", dis-je. Quand il y a guerre, par principe je ne lâche pas, je vais jusqu'au bout vers la paix. Surtout si c'est encore une fois la fin du monde. Quand il n'y a plus rien à faire, il n'y a plus de terre, il y a la mer, il n'y a plus de mer, il y a le naufrage, moi je cherche un dé de raison dans l'océan. "Quelle est la cause?" dis-je. C'est à la pire que je m'adresse. Elle pincée dit : "Les croissants." "Les croissants !?" Voilà une réponse. Il y a donc une cause. Il y a deux minutes j'avais l'espérance de confondre l'injustice. Là j'étais mat. Fin. Coupable. Une culpabilité interloquée m'a saisie. Comment rejeter une accusation si extraordinaire. Si inattendue. Si précise. Il y a des croissants contre moi. Je reste interdite. Je n'ose pas nier. Prenais-je trop de croissants ? La semaine dernière ? Dans le passé ?

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Coup de coeur... Ionesco...

12 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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LE MÉDECIN. - En vérité, il y a tout de même du nouveau si vous voulez.

MARIE. - Quel nouveau ?

LE MÉDECIN. - Du nouveau qui ne fait que confirmer les indications précédentes. Mars et Saturne sont entrés en collision.

MARGUERITE. - On s'y attendait.

LE MÉDECIN. - Les deux planètes ont éclaté.

MARGUERITE. - C'est logique.

LE MÉDECIN. - Le soleil a perdu entre cinquante et soixante-quinze pour cent de sa force.

MARGUERITE. - Cela va de soi.

LE MÉDECIN. - Il tombe de la neige au pôle Nord du soleil. La Voie lactée a l'air de s'agglutiner. La comète est épuisée de fatigue, elle a vieilli, elle s'entoure de sa queue, s'enroule sur elle-même comme un chien moribond.

MARIE. - Ce n'est pas vrai, vous exagérez. Si, si, vous exagérez.

LE MÉDECIN. - Vous voulez voir dans la lunette ?

MARGUERITE, au médecin. - Ce n'est pas la peine. On vous croit. Quoi d'autre ?

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Coup de Coeur... Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais...

11 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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FIGARO : Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! ... Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ! tandis que moi, morbleu! perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer plus de science et de calculs, pour subsister seulement, qu'on n'en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes : et vous voulez jouter... [...] (Il s'assied sur un banc.) Est-il rien de plus bizarre que ma destinée ? Fils de je ne sais pas qui, volé par des bandits, élevé dans leurs moeurs, je m'en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé ! J'apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie, et tout le crédit d'un grand seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire ! Las d'attrister des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le théâtre : me fussé-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les moeurs du sérail. Auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : à l'instant un envoyé... de je ne sais où se plaint que j'offense dans mes vers la Sublime-Porte, la Perse, une partie de la presqu'île de l'Inde, toute l'Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d'Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l'omoplate, en nous disant : chiens de chrétiens. Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitant. Mes joues creusaient, mon terme était échu : je voyais de loin arriver l'affreux recors, la plume fichée dans sa perruque : en frémissant je m'évertue. Il s'élève une question sur la nature des richesses; et, comme il n'est pas nécessaire de tenir les choses pour en raisonner, n'ayant pas un sol, j'écris sur la valeur de l'argent et sur son produit net : sitôt je vois du fond d'un fiacre baisser pour moi le pont d'un château fort, à l'entrée duquel je laissai l'espérance et la liberté. (Il se lève.) Que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu'ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! Je lui dirais... que les sottises imprimées n'ont d'importance qu'aux lieux où l'on en gêne le cours; que, sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ; et qu'il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. (Il se rassied.) Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue ; et comme il faut dîner, quoiqu'on ne soit plus en prison, je taille encore ma plume, et demande à chacun de quoi il est question : on me dit que, pendant ma retraite économique, il s'est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s'étend même à celles de la presse ; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l'autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l'Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l'inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j'annonce un écrit périodique, et, croyant n'aller sur les brisées d'aucun autre, je le nomme Journal inutile. Pou-ou ! je vois s'élever contre moi mille pauvres diables à la feuille, on me supprime, et me voilà derechef sans emploi ! Le désespoir m'allait saisir ; on pense à moi pour une place, mais par malheur j'y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint. Il ne me restait plus qu'à voler ; je me fais banquier de pharaon : alors, bonnes gens ! je soupe en ville, et les personnes dites comme il faut m'ouvrent poliment leur maison, en retenant pour elles les trois quarts du profit. J'aurais bien pu me remonter; je commençais même à comprendre que, pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais comme chacun pillait autour de moi, en exigeant que je fusse honnête, il fallut bien périr encore. Pour le coup je quittais le monde, et vingt brasses d'eau m'en allaient séparer, lorsqu'un dieu bienfaisant m'appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais ; puis, laissant la fumée aux sots qui s'en nourrissent, et la honte au milieu du chemin comme trop lourde à un piéton, je vais rasant de ville en ville, et je vis enfin sans souci.

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Coup de coeur... Arthur Rimbaud...

10 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le  conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du  venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif,  j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! Voyez  comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !

J’avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut.  Puis-je décrire la vision, l’air de l’enfer ne soufre pas les hymnes !  C’était des millions de créatures charmantes, un suave concert  spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je? 

Les nobles ambitions !

Et c’est encore la vie ! – Si la damnation est éternelle ! Un homme  qui veut se mutiler est bien damné, n’est-ce pas  ? Je me crois en  enfer, donc j’y suis. C’est l’exécution du catéchisme. Je suis esclave  de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le  vôtre. Pauvre innocent ! – L’enfer ne peut attaquer les païens. – C’est  la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus  profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.

Tais-toi, mais tais-toi !… C’est la honte, le reproche, ici: Satan  qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. –  Assez !… Des erreurs qu’on me souffle, magies, parfums, faux, musiques  puériles. – Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice: j’ai  un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection… Orgueil. –  La peau de ma tête se dessèche. Pitié ! Seigneur, j’ai peur. J’ai soif,  si soif ! Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le  clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher,  à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !… – Horreur de ma bêtise.

Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien…  Venez… J’ai un oreiller sur la bouche, elles ne m’entendent pas, ce sont  des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu’on n’approche  pas. Je sens le roussi, c’est certain.

Les hallucinations sont innombrables. C’est bien ce que j’ai toujours  eu: plus de foi en l’histoire, l’oubli des principes. Je m’en tairai:  poëtes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus  riche, soyons avare comme la mer.

Ah ça ! l’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’heure. Je ne suis  plus au monde. – La théologie est sérieuse, l’enfer est certainement en  bas – et le ciel en haut. – Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de  flammes.

Que de malices dans l’attention dans la campagne… Satan, Ferdinand,  court avec les graines sauvages… Jésus marche sur les ronces purpurines,  sans les courber… Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne  nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d’une vague  d’émeraude…

Je vais éveiller tous les mystères: mystères religieux ou naturels,  mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en  fantasmagories.

Écoutez !…

J’ai tous les talents ! – Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un:  je ne voudrais pas répandre mon trésor. – Veut-on des chants nègres, des  danses de houris  ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la  recherche de l’anneau  ? Veut-on  ? Je ferai de l’or, des remèdes.

Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, –  même les petits enfants, – que je vous console, qu’on répande pour vous  son coeur, – le coeur merveilleux ! – Pauvres hommes, travailleurs ! Je  ne demande pas de prières; avec votre confiance seulement, je serai  heureux.
 – Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J’ai de la  chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c’est  regrettable.

Bah ! faisons toutes les grimaces imaginables.

Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a  disparu. Ah ! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les  matins, les nuits, les jours… Suis-je las !

Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l’orgueil, – et l’enfer de la caresse; un concert d’enfers.

Je meurs de lassitude. C’est le tombeau, je m’en vais aux vers,  horreur de l’horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes  charmes. Je réclame. Je réclame ! un coup de fourche, une goutte de feu.

Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce  poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde !  Mon dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! – Je suis caché et  je ne le suis pas.

C’est le feu qui se relève avec son damné.

Arthur Rimbaud

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