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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Simone Veil... Une Vie...

30 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire, #Littérature

Coup de coeur... Simone Veil... Une Vie...

"Je suis favorable à toutes les mesures de discrimination positive susceptibles de réduire les inégalités de chances, les inégalités sociales, les inégalités de rémunération, les inégalités de promotion dont souffrent encore les femmes. Avec l'âge, je suis devenue de plus en plus militante de leur cause. Paradoxalement peut-être, là aussi, je m'y sens d'autant plus portée que, ce que j'ai obtenu dans la vie, je l'ai souvent obtenu précisément parce que j'étais une femme. À l'école, dans les différentes classes où j'ai pu me trouver, j'étais toujours le chouchou des professeurs. À Auschwitz, le fait que je sois une femme m'a probablement sauvé la vie, puisqu'une femme, pour me protéger, m'avait désignée pour rejoindre un commando moins dur que le camp lui-même.  "

Simone Veil

Coup de coeur... Simone Veil... Une Vie...
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Coup de coeur... Stendhal...

29 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

«Ce que Mme de Rênal lui dit de son âge contribua à lui donner quelque assurance.

–Hélas ! j'ai dix ans de plus que vous! comment pouvez-vous m'aimer? lui répétait-elle sans projet et parce que cette idée l'opprimait.

Julien ne concevait pas ce malheur, mais il vit qu'il était réel, et il oublia presque toute sa peur d'être ridicule.

La sotte idée d'être regardé comme un amant subalterne, à cause de sa naissance obscure, disparut aussi. A mesure que les transports de Julien rassuraient sa timide maîtresse, elle reprenait un peu de bonheur et la faculté de juger son amant. Heureusement il n'eut presque pas, ce jour-là, cet air emprunté qui avait fait du rendez-vous de la veille une victoire, mais non pas un plaisir. Si elle se fût aperçue de son attention à jouer un rôle, cette triste découverte lui eût à jamais enlevé tout bonheur. Elle n'y eût pu voir autre chose qu'un triste effet de la disproportion des âges.

Quoique Mme de Rênal n'eût jamais pensé aux théories de l'amour, la différence d'âge est, après celle de la fortune, un des grands lieux communs de la plaisanterie de province, toutes les fois qu'il est question d'amour.»

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Coup de coeur... Robert Desnos...

28 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.

Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.

Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.

Ô balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps sans doute que je m’éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi, je pourrai moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu’il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu’à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l’ombre qui se promène et se promènera allégrement sur le cadran solaire de ta vie.

                              _______________________________________

Non, l’amour n’est pas mort en ce cœur et ces yeux et cette bouche

qui proclamait ses funérailles commencées.

Écoutez, j’en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.

J’aime l’amour, sa tendresse et sa cruauté.

Mon amour n’a qu’un seul nom, qu’une seule forme.

Tout passe. Des bouches se collent à cette bouche.

Mon amour n’a qu’un nom, qu’une seule forme.

Et si quelque jour tu t’en souviens

Ô toi, forme et nom de mon amour,

Un jour sur la mer entre l’Amérique et l’Europe,

À l’heure où le rayon final du soleil se réverbère sur la surface ondulée des vagues,

ou bien une nuit d’orage sous un arbre dans la campagne,

ou dans une rapide automobile,

Un matin de printemps boulevard Malesherbes,

Un jour de pluie,

À l’aube avant de te coucher,

Dis-toi, je l’ordonne à ton fantôme familier, que je fus seul à t’aimer davantage

et qu’il est dommage que tu ne l’aies pas connu.

Dis-toi qu’il ne faut pas regretter les choses : Ronsard avant moi

et Baudelaire ont chanté le regret des vieilles et des mortes

qui méprisèrent le plus pur amour.

Toi quand tu seras morte

Tu seras belle et toujours désirable.

Je serai mort déjà, enclos tout entier en ton corps immortel, en ton image étonnante

présente à jamais parmi les merveilles perpétuelles de la vie et de l’éternité,

mais si je vis

Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons,

L’odeur de toi et celle de tes cheveux et beaucoup d’autres choses encore vivront en moi,

Et moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire,

Moi qui suis Robert Desnos et qui pour t’avoir connue et aimée,

Les vaux bien ;

Moi qui suis Robert Desnos, pour t’aimer

Et qui ne veux pas attacher d’autre réputation à ma mémoire sur la terre méprisable.

                          _____________________________________________

Mes yeux qui se ferment sur des larmes imaginaires,mes mains qui se tendent sans cesse vers le vide. J’ai rêvé cette nuit de paysages insensés et d’aventures dangereuses aussi bien du point de vue de la mort que du point de vue de la vie qui sont aussi le point de vue de l’amour. Au réveil vous étiez présentes, ô douleurs de l’amour, ô muses du désert, ô muses exigeantes. Mon rire et ma joie se cristallisent autour de vous. C’est votre fard

 

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Coup de coeur... Romain Gary...

27 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Romain Gary...

Je croyais pourtant que, vu de l'extérieur je n'étais pas trop visible.

A chaque minutes qui passait, il restait de moins en moins de moi-même, mais il y a aujourd'hui des pneus crevés qui peuvent faire encore mille kilomètres.

Il vaut peut-être mieux qu'on se parle, parce que sans ça, les choses vont beaucoup trop vite nulle part et après, il faut revenir...

Prêter à rire, il n'y a rien de plus généreux.

Il fouilla dans son portefeuille, tira encore une carte de visite...

- Vous me l'avez déjà donnée, répétai-je.

Il multipliait les preuves d'existence.

Elle m'observait attentivement, médicalement pour ainsi dire. C'était une curiosité légitime, lorsqu'on reçoit un inconnu qui présente tous les signes extérieurs d'un naufrage. Elle devait se demander s'il y avait d'autres survivants.

Je n'avais encore jamais vu un sourire aussi immuable et je me demandais si elle l'enlevait pour dormir.

Tout le monde aujourd'hui exige d'être heureux... même les Juifs !

Elle conduisait très lentement, comme si elle craignait d'arriver quelque part.

Les vérités ne sont pas toutes habitables. Souvent, il n'y a pas de chauffage et on y crève de froid.

Nous "reprendrons nos esprits", comme on dit chez les lucides, ces lucides dont le nom lui-même sonne comme des graisses dans le sang.

Il se tut et attendit, comme pour me laisser le temps de fouiller ma vie à la recherche d'une réplique.

Je faisais une remarque optimiste d'une portée générale.

Elle m'observa attentivement et décida que je pouvais encore servir.

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Coup de coeur... Agnès Desarthe...

26 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Agnès Desarthe...

Sorø, Danemark, 1887

L’air est calme. Pas un souffle de vent, si bien que les grands arbres qui se reflètent dans l’eau du lac ont des contours plus définis à la surface de l’eau que dans l’air. René rame vigoureusement. Il espère impressionner Kristina par la souplesse de ses articulations, la force de ses bras, la longueur de son souffle. S’il le faut, il mènera cette barque jusqu’à la rive opposée sans marquer de pause, sans reprendre haleine. Ce qu’il respire n’est pas de l’oxygène, c’est de la beauté. La beauté du lac, de la forêt autour, de l’or menu des feuilles se détachant sur le plomb des nuages ourlés d’argent. La beauté de Kristina dans le combat que la jeune femme livre au panorama et que, levant de quelques centimètres le menton pour étirer son cou, elle remporte soudain, dans la même surprise cocasse que le knock-out infligé par un boxeur. René perd le rythme, engourdi, terrassé par le pouvoir de Kristina, qui penche encore un peu la tête vers l’arrière. Les poignets de René tremblent, le bois des rames dans ses mains devient liquide. Il imagine les seins de Kristina, entraînés par l’étirement, glisser hors du corset sous la combinaison, puis sous le taffetas de son corsage pour atteindre les clavicules, le téton se durcissant au contact de l’étoffe de soie serrée et crissante. Sans le vouloir, il avance vers elle qui se penche encore, comme si elle tombait très lentement dans un sommeil heureux, car ses lèvres s’entrouvrent sur un sourire qui découvre ses ravissantes dents nacrées, presque transparentes, semblables à celles d’un bébé. Les épaules de Kristina viennent toucher le bord de l’embarcation. D’un geste somnambulique, elle tire l’épingle en corne qui nouait son chignon. Sa chevelure, libérée, se déploie, hirsute, volcanique et, un instant, elle a l’air idiot d’un diablotin. Sous le poids des boucles auburn, la crinière ploie et plonge enfin dans l’eau. René observe, il réfléchit. Le lac gèlera bientôt. La surface se crispera dès le crépuscule, une soie qui se gaufre. Les cheveux de sa bien-aimée resteront prisonniers de la glace. « C’est le dernier beau jour avant l’hiver », lui a confié le gardien du domaine qui, par chance, est anglais, comme tout le personnel de la maison Matthisen. En prononçant le mot winter, cet homme à la mine pourtant hardie, aux longues, longues jambes faites pour engloutir les kilomètres, au torse court et large, à la grosse tête rouge ornée de sourcils libres et fournis comme des algues, a froncé le nez en une grimace douloureuse. « L’hiver ici est sombre, a-t-il ajouté, comme en Écosse. Moi, je suis originaire de Bournemouth. On a le soleil toute l’année. » René n’a pas été convaincu par les talents météorologiques du gardien. « J’arrive d’Afrique », lui a-t-il répondu. « Mouais, a fait l’autre. C’est sec, par là-bas. »

René lève les yeux vers le ciel pour espionner la course du soleil entre deux nuages. Le zénith est à peine passé. Il n’y a pas lieu de s’affoler. Le jeune homme tient à sa contenance, il veut faire preuve de sang-froid. Militaire de père en fils. Et son propre fils après lui... Ah, le fils que lui donnera Kristina, comme il sera grand, comme il sera beau. Il aura le cuivre foncé de ses cheveux à elle, et ce teint étonnant, presque méditerranéen, un teint de poterie ancienne, il aura aussi ses mains élégantes et déliées, aux jolis ongles bombés. Il ressemblera à sa mère, bien sûr. Pas le museau de son père, ni ses courts battoirs aux doigts raides. Mais pour cela, il faudra qu’elle l’aime. M’aimera-t-elle ? se demande René, redoublant son effort. La barque accélère d’un coup, les épaules de Kristina glissent vers l’eau. Elle serre la cheville de René entre ses bottines, croise ses pieds à l’arrière du mollet. Ses bras détendus traînent, majeurs à cinq millimètres de l’eau glacée, désinvoltes, comme dans la sieste ou dans la mort. René sent la cambrure du pied épouser son muscle soléaire. C’est leur premier contact. Kristina n’a pas daigné toucher la main qu’il lui tendait pour l’aider à monter dans la barque. Kristina est ainsi, l’intérieur de ses cuisses, la naissance de ses fesses, son vagin, son anus, ses genoux, elle les brade. Mais gare à qui voudrait la prendre par le bras. Voilà ce que son métatarse conte aux jumeaux ébahis de René. Y aller, donc ? se demande-t-il encore. Trousser la jupe et le jupon que le frottement des chevilles a commencé de soulever. Se glisser dans l’échancrure du pantalon. Mais comment sont-elles faites aussi, ces maudites culottes ? Y entre-t-on par le bas ou par le haut ? René l’ignore. Mylène n’en portait jamais, affirmant que sa peau rougissait au contact du coton. Et par-dessus le pantalon, n’y a-t-il pas la combinaison et l’armure du corset ? Jusqu’où cela descend-il et combien de lacets à défaire, à couper, à arracher d’un coup de dents ? Cet assaut requiert plus de feintes stratégiques que René n’en a apprises à l’école militaire. La surprise ? L’encerclement ? L’étau ?

Comment ? Mais nous ne sommes même pas fiancés ! songe-t-il, outré par l’indécence de Kristina, envoûté par son propre désir. Qui le saura ? Personne ne nous a vus partir pour le lac. Si je bondis vers elle, pense-t-il en éloignant les rames le plus loin possible de sa poitrine, en les ramenant vers ses côtes plus vigoureusement encore, que j’enfonce mon corps dans le sien (peu importe le chemin à suivre), que la barque chavire... Personne ne le saura. Nous mourrons. La perspective d’une mort prochaine n’a aucun poids. Elle se présente, inéluctable et morne, au côté du déshonneur de Kristina, du biffage du nom de René sur divers testaments, de son renvoi de l’armée, de la prison pour viol (un des frères de Kristina est avocat). Vétilles. Mourir de froid dans l’eau glacée, déshonorés, déshérités, renvoyés, condamnés. Faible prix à payer pour l’accomplissement de ce qui est, à l’instant où les rames se resserrent une fois de plus sur la poitrine de René, une urgence absolue. Alors qu’il les lâche pour prendre appui sur ses paumes, Kristina se redresse soudain, rabat ses cheveux dégouttant sur son visage, lève sa jupe et son jupon, genoux ouverts, s’exhibe – car elle aussi, comme Mylène, doit souffrir de cette intolérance au coton, pense une partie gourde du cerveau de René –, attrape la main de son promis, se la colle comme il faut, d’un coup, bien au fond, s’aidant d’une flexion rapide de ses jambes agiles en poussant un soupir victorieux.

Une chaleur à l’entrejambe, comme si un éclat d’obus venait de scier René en deux. La cuisse droite poissée, il regarde tantôt la forêt, tantôt le fond de la barque, puis sa main qui se retire et ne sait si elle doit se glisser dans l’eau, dans une poche, sous un mouchoir. René songe que Kristina est folle. Elle est folle, et ses cheveux mouillés nous trahiront. Je n’aurai pas le choix. Il faudra l’épouser.

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Coup de coeur... Liza Marklund...

25 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Le plus bel amour est toujours impossible. Il doit mourir quand il est au plus fort, tout comme la rose a pour seule chance d’être cueillie à l’apogée de sa splendeur. Une fleur séchée peut répandre la joie pendant de nombreuses années. Un amour rapidement brisé est à même d’envoûter les gens pendant des siècles.

Son mythe est aussi irréel et irréaliste qu’un orgasme éternel.

Il ne faut pas le confondre avec une affection sincère. C’est tout autre chose. Il ne « mûrit » pas, il se fane et il est remplacé, dans le meilleur des cas, par la chaleur et la tolérance, mais le plus souvent par des exigences informulées et des rancœurs. Ceci est valable pour tous les types d’amour, aussi bien entre les sexes, les générations et sur les lieux de travail.

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Coup de coeur... Michel Leiris...

24 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Je viens d'avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J'ai des cheveux châtains coupés court afin d'éviter qu'ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : une nuque très droite, tombant verticalement comme une muraille ou une falaise, marque classique (si l'on en croit les astrologues) des personnes nées sous le signe du Taureau; un front développé, plutôt bossu, aux veines temporales exagérément noueuses et saillantes. Cette ampleur de front est en rapport (selon le dire des astrologues) avec le signe du Bélier; et en effet je suis né un 20 avril, donc aux confins de ces deux signes: le Bélier et le Taureau. Mes yeux sont bruns, avec le bord des paupières habituellement enflammé; mon teint est coloré; j'ai honte d'une fâcheuse tendance aux rougeurs et à la peau luisante. Mes mains sont maigres, assez velues, avec des veines très dessinées; mes deux majeurs, incurvés vers le bout, doivent dénoter quelque chose d'assez faible ou d'assez fuyant dans mon caractère.

Ma tête est plutôt grosse pour mon corps; j'ai les jambes un peu courtes par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche le haut du corps incliné en avant; j'ai tendance, lorsque je suis assis, à me tenir le dos voûté; ma poitrine n'est pas très large et je n'ai guère de muscles. J'aime à me vêtir avec le maximum d'élégance; pourtant, à cause des défauts que je viens de relever dans ma structure et de mes moyens qui, sans que je puisse me dire pauvre, sont plutôt limités, je me juge d'ordinaire profondément inélégant; j'ai horreur de me voir à l’improviste dans une glace car, faute de m'y être préparé, je me trouve à chaque fois d'une laideur humiliante.

Quelques gestes m'ont été — ou me sont — familiers : me flairer le dessus de la main; ronger mes pouces presque jusqu'au sang; pencher la tête légèrement de côté; serrer les lèvres et m'amincir les narines avec un air de résolution; me frapper brusquement le front de la paume — comme quelqu'un à qui vient une idée — et l'y maintenir appuyée quelques secondes (autrefois, dans des occasions analogues, je me tâtais l'occiput); cacher mes yeux derrière ma main quand je suis obligé de répondre oui ou non sur quelque chose qui me gêne ou de prendre une décision; quand je suis seul me gratter la région anale; etc. Ces gestes, je les ai un à un abandonnés, au moins pour la plupart. Peut-être aussi en ai-je seulement changé et les ai-je remplacés par de nouveaux que je n'ai pas encore repérés? Si rompu que je sois à m'observer moi-même, si maniaque que soit mon goût pour ce genre amer de contemplation, il y a sans nul doute des choses qui m'échappent, et vraisemblablement parmi les plus apparentes, puisque la perspective est tout et qu'un tableau de moi, peint selon ma propre perspective, a de grandes chances de laisser dans l'ombre certains détails qui, pour les autres, doivent être les plus flagrants.

Mon activité principale est la littérature, terme aujourd'hui bien décrié. Je n'hésite pas à l'employer cependant, car c'est une question de fait : on est littérateur comme on est botaniste, philosophe, astronome, physicien, médecin. A rien ne sert d'inventer d'autres termes, d'autres prétextes pour justifier ce goût qu'on a d'écrire : est littérateur quiconque aime penser une plume à la main. Le peu de livres que j'ai publiés ne m'a valu aucune notoriété. Je ne m'en plains pas, non plus que je ne m'en vante, ayant une même horreur du genre écrivain à succès que du genre poète méconnu.

Sans être à proprement parler un voyageur, j'ai vu un certain nombre de pays: très jeune, la Suisse, la Belgique, la Hollande, l'Angleterre; plus tard la Rhénanie, l’Égypte, la Grèce, l'Italie et l'Espagne; très récemment l'Afrique tropicale. Cependant je ne parle convenablement aucune langue étrangère et cela, joint à beaucoup d'antres choses, me donne une impression de déficience et d'isolement.

Bien qu'obligé de travailler (à une besogne d'ailleurs peu pénible, puisque mon métier d'ethnographe est assez conforme à mes goûts) je dispose d'un certain confort; je jouis d'une assez bonne santé; je ne manque pas d'une relative liberté et je dois, à bien des égards, me ranger parmi ceux qu'il est convenu de nommer les « heureux de la vie ». Pourtant, il y a peu d'événements dans mon existence que je puisse me rappeler avec quelque satisfaction, j'éprouve dé plus en plus nettement la sensation de me débattre dans un piège et — sans aucune exagération littéraire — il me semble que je suis rongé.

Sexuellement je ne suis pas, je crois, un anormal — simplement un homme plutôt froid — mais j'ai depuis longtemps tendance à me tenir pour quasi impuissant. Il y a beau temps, en tout cas, que je ne considère plus l'acte amoureux comme une chose simple, mais comme un événement relativement exceptionnel, nécessitant certaines dispositions intérieures ou particulièrement tragiques ou particulièrement heureuses, très différentes, dans l'une comme dans l'autre alternative, de ce que je dois regarder comme mes dispositions moyennes.

D'un point de vue moins immédiatement érotique, j'ai toujours eu le dégoût des femmes enceintes, la crainte de l'accouchement et une franche répugnance à l'égard des nouveau-nés. C'est un sentiment qu'il me semble avoir éprouvé jusque dans ma plus lointaine enfance et je ne suis pas sur qu'une formule telle que le « Ils furent très heureux et eurent beaucoup d'enfants » des contes de fées ne m'ait pas, de bonne heure, plutôt porté à sourire.

Quand ma sœur accoucha d'une fille, j'avais quelque chose comme neuf ans; je fus littéralement écœuré lorsque je vis l'enfant, son crâne en pointe, ses langes souillés d'excréments et son cordon ombilical qui me fît m'écrier : « Elle vomit par le ventre! » Surtout, je ne pouvais tolérer de ne plus être le plus jeune, celui que, dans la famille, on appelait le « petit dernier ». Je saisissais que je ne représentais plus la dernière génération; j'avais la révélation du vieillissement, je ressentais une grande tristesse et un malaise, — angoisse qui, depuis, n'a fait que s'accentuer.

Adulte, je n'ai jamais pu supporter l'idée d'avoir un enfant, de mettre au monde un être qui, par définition, ne l'a pas demandé et qui finira fatalement par mourir, après avoir peut-être, à son tour, procréé. Il me serait impossible de faire l'amour si, accomplissant cet acte, je le considérais autrement que comme stérile et sans rien de commun avec l'instinct humain de féconder. J'en arrive à penser que l'amour et la mort — engendrer et se défaire, ce qui revient au même — sont pour moi choses si proches que toute idée de joie charnelle ne me touche qu'accompagnée d'une terreur superstitieuse, comme si les gestes de l'amour, en même temps qu'ils amènent ma vie en son point le plus intense, ne devaient que me porter malheur.

Bien que notre union n'ait pas été sans quelques orages dus à mon caractère instable, à mon réel défaut de cœur et par-dessus tout à cette immense capacité d'ennui dont le reste découle, j'aime la femme qui vit avec moi et je commence à croire que je finirai mes jours avec elle, pour autant qu'il soit permis de proférer de telles paroles sans s'exposer à ce que le destin vous inflige un sanglant démenti. Comme beaucoup d'autres, j'ai fait ma descente aux enfers et, comme quelques-uns, j'en suis plus ou moins ressorti. En deçà de cet enfer, il y a ma première jeunesse vers laquelle, depuis quelques années, je me tourne comme vers l'époque de ma vie qui fat la seule heureuse, bien que contenant déjà les éléments de sa propre désagrégation et tous les traits qui, peu à peu creusés en rides, donnent sa ressemblance au portrait.

Avant d'essayer de dégager quelques-uns des linéaments qui s'avèrent permanents à travers cette dégradation de l'absolu, cette progressive dégénérescence en quoi pourrait selon moi se traduire, pour une très large part, le passage de la jeunesse à l'âge mûr, je voudrais fixer ici, en quelques lignes, ce que je suis à même de rassembler en fait de vestiges de la métaphysique de mon enfance.

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"La Fontaine à l'école, c'est tragique..."

24 Juin 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Littérature

"Tu ne peux lire une fable de La Fontaine que si tu pars de l'argument qu'il a envie de prouver à un contradicteur qu'il a tort. C'est comme ça que le grand Jean-Laurent Cochet nous a enseigné la manière d'aborder La Fontaine pour ne pas tomber dans une gnangnanterie d'école, parce que l'un des drames absolus c'est La Fontaine à l'école. La Fontaine à l'école, c'est tragique. [...] C'est un drame que La Fontaine ne soit plus à l'école*, mais c'est aussi un drame qu'il soit travaillé à l'école avec des enfants de 8 ou 10 ans !"

Fabrice Luchini

En savoir plus et réécouter Luchini en cliquant ci-dessous

* Que Fabrice Lucchini se rassure, les professeurs d'école n'ont pas attendu le geste ministériel pour conserver à La Fontaine une place de choix...

Christophe Chartreux

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Coup de coeur... La Fontaine... "Il est bon de parler, et meilleur de se taire"...

23 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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L’OURS ET L’AMATEUR DES JARDINS

Certain Ours montagnard, Ours à demi léché,
Confiné par le sort dans un bois solitaire,
Nouveau Bellérophon vivait seul et caché :
Il fût devenu fou ; la raison d'ordinaire
N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés:
Il est bon de parler, et meilleur de se taire,
Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.
               Nul animal n'avait affaire
               Dans les lieux que l'Ours habitait ;
               Si bien que tout Ours qu'il était
Il vint à s'ennuyer de cette triste vie.
Pendant qu'il se livrait à la mélancolie,
               Non loin de là certain vieillard
               S'ennuyait aussi de sa part.
Il aimait les jardins, était Prêtre de Flore,
               Il l'était de Pomone encore :
Ces deux emplois sont beaux. Mais je voudrais parmi
               Quelque doux et discret ami.
Les jardins parlent peu , si ce n'est dans mon livre ;
               De façon que, lassé de vivre
Avec des gens muets notre homme un beau matin
Va chercher compagnie, et se met en campagne.
               L'Ours porté d'un même dessein
               Venait de quitter sa montagne :
               Tous deux, par un cas surprenant
               Se rencontrent en un tournant.
L'homme eut peur : mais comment esquiver ; et que faire ?
Se tirer en Gascon d'une semblable affaire
Est le mieux. Il sut donc dissimuler sa peur.
               L'Ours très mauvais complimenteur,
Lui dit : Viens-t'en me voir. L'autre reprit : Seigneur,
Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire
Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas,
J'ai des fruits, j'ai du lait : Ce n'est peut-être pas
De nos seigneurs les Ours le manger ordinaire ;
Mais j'offre ce que j'ai. L'Ours l'accepte ; et d'aller.
Les voilà bons amis avant que d'arriver.
Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble ;
               Et bien qu'on soit à ce qu'il semble
               Beaucoup mieux seul qu'avec des sots,
Comme l'Ours en un jour ne disait pas deux mots
L'Homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage.
L'Ours allait à la chasse, apportait du gibier,
               Faisait son principal métier
D'être bon émoucheur, écartait du visage
De son ami dormant, ce parasite ailé,
               Que nous avons mouche appelé.
Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme,
Sur le bout de son nez une allant se placer
Mit l'Ours au désespoir ; il eut beau la chasser.
Je t'attraperai bien, dit-il. Et voici comme.
Aussitôt fait que dit ; le fidèle émoucheur
Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur,
Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche,
Et non moins bon archer que mauvais raisonneur :
Roide mort étendu sur la place il le couche.
Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ;
               Mieux vaudrait un sage ennemi.

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Coup de coeur... Clémentine Mélois...

22 Juin 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Yaourts 0%
Yaourts pour mon AMOUR
Whiskas pour nos puces
Litière
Pains au chocolat
Pain de son
Steaks hachés minimum 6
Escalopes
Jambon
Thon
Pommes pas chères pour compote
sinon compote en boîte sans sucre
Pommes de terre
Poisson surgelé
Petit pot crème fraîche
Citrons (2 ou 3)
Jus pamplemousse

                            _______________________________________

Le « Bonheur des Français ». Non mais sérieusement. Mesurer le bien-être d’une population en fonction de son activité économique, c’est complètement con. Comme si le fait de consommer était une preuve de bonne humeur. « Tout va bien, j’ai une nouvelle voiture ! » J’en ai une, de voiture neuve avec toutes les options, et ça ne va pas du tout. Je sais bien que je fais des raccourcis, mais je ne peux pas m’empêcher d’être agacé par leurs tournures de phrases. Merde, à la fin, avec vos indicateurs de progrès durable et vos taux de croissance. J’ai une carte gold et je vais mal si je veux.

                            _______________________________________

Présentation de l'éditeur

Depuis plusieurs années, Clémentine Mélois collectionne les listes de commissions. Tables de café, trottoirs, escalators, il n’est pas de lieu où elle n’en ait trouvé. Parmi les milliers de listes qu’elle a conservées, elle a fait un choix des plus drôles, des plus émouvantes, ou plus simplement, humaines. Une liste, c’est plus qu’une liste. « Une bouteille d’eau », c’est plus qu’une bouteille d’eau. Des « pistolets flèches » et des « Batman », ce sont plus que des pistolets à flèches et des Batman : c’est un rêve, une déception, un espoir, la vie.

Les listes de courses ont ceci d’émouvant et, parfois, de comique, qu’elles révèlent l’intimité de ceux qui les ont écrites. On y décèle leurs habitudes, leurs modes de vie, leurs manies. L’orthographe, la graphie, la qualité du papier révèlent l’appartenance sociale, le soin de soi et tant d’autres nuances. Mais qui en sont les auteurs ? A partir de chacune de ces 99 listes (reproduites en images et en couleurs), Clémentine Mélois imagine autant de fictions pleines d’humour et de tendresse. Voici que peu à peu prennent corps des personnages proches, si proches. Des hommes, des femmes, jeunes, vieux, étourdis, sophistiqués, riches, pauvres. Ils parlent et se confient à la première personne. Un homme rêve de faire un road-trip aux Etats-Unis, une petite fille a peur de se faire mordre les fesses par des alligators, une professeure peste et ronchonne. Grâce à la fiction, la réalité la plus prosaïque donne lieu à l’imagination la plus poétique.
 

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