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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Jean-Paul Sartre...

5 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "sartre les mots"

Ce que j’aime en ma folie, c’est qu’elle m’a protégée, du premier jour, contre les séductions de « l’élite » : jamais je ne me suis cru l’heureux propriétaire d’un « talent » : ma seule affaire était de me sauver – rien dans les mains, rien dans les poches – par le travail et la foi. Du coup ma pure opinion ne m’élevait au-dessus de personne : sans équipement, sans outillage, je me suis mis tout entier à l’œuvre pour me sauver tout entier. Si je range l’impossible Salut au magasin des accessoires, que reste-il ? Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui.

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Coup de Coeur... Ian McEwan...

4 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "ian mcewan expiation"

Elle pourrait écrire trois fois la même scène, de trois points de vue différents ; son enthousiasme tenait à la perspective d'être libre, d'être délivrée de la lutte gênante entre le bien et le mal, entre les héros et les méchants. Aucun de ces trois là n'était mauvais, non plus qu'ils n'étaient spécialement bons. Elle n'avait pas besoin de juger. Il n'y aurait pas nécessairement de morale dans cette histoire. Il lui suffisait de montrer des esprits distincts, aussi vivants que le sien, bataillant avec l'idée d'autres esprits non moins vivants. Ce n'était pas seulement le vice et l'intrigue qui rendaient les gens malheureux, c'était la confusion et le malentendu ; et par dessus tout l'incapacité d'appréhender la simple vérité que les autres étaient aussi réels que soi. Et seule une histoire permettait de pénétrer ces différents esprits et de montrer leur égale valeur. C'est la seule morale dont avait besoin une histoire.

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Coup de coeur... Mikhaïl Boulgakov...

3 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "boulgakov le maître et marguerite"

Jetant autour de lui des regards affolés, le directeur financier recula vers la fenêtre qui donnait sur le jardin et qu’inondait la clarté de la lune. Mais en se retournant il vit, collé contre la vitre, le visage d’une jeune fille nue et son bras nu qui, passé par le vasistas, essayait d’ouvrir l’espagnolette inférieure. Celle du haut était déjà ouverte.

Rimski eut l’impression que la lampe du bureau s’éteignait soudain et que le bureau lui-même se mettait à tanguer. Une vague glacée le submergea, mais – heureusement pour lui – il parvint à se dominer, et ne tomba pas. Il rassembla ce qui lui restait de forces pour crier, mais ce ne fut qu’un murmure :

– Au secours…

Devant la porte qu’il gardait, Varienoukha sautait d’un pied sur l’autre, et à chaque saut il demeurait un moment suspendu en l’air, animé d’un léger balancement. Les bras tendus vers Rimski, il agitait ses doigts crochus, sifflait et clappait, tout en lançant des clins d’œil à la jeune fille de la fenêtre.

Aussitôt celle-ci, pour aller plus vite, passa sa tête rousse par le vasistas et tendit le bras autant qu’elle le put ; ses ongles griffèrent la crémone inférieure, et elle essaya d’ébranler le châssis. À ce moment, son bras se mit à s’allonger, comme s’il était en caoutchouc, en prenant une teinte verdâtre, cadavérique. Enfin, les doigts verts de la morte se refermèrent sur la poignée de l’espagnolette ; celle-ci tourna, et la croisée s’ouvrit, Rimski poussa un faible cri et se colla contre le mur en tenant sa serviette devant lui comme un bouclier. Il se rendait compte que sa dernière heure était venue.

La croisée s’ouvrit largement, laissant entrer non la fraîcheur de la nuit et le parfum des tilleuls, mais une funèbre odeur de caveau. La morte franchit l’appui de la fenêtre, et Rimski vit distinctement, sur sa poitrine, les taches hideuses de la décomposition.

À ce moment précis – de la construction basse située au cœur du jardin, derrière le stand de tir, où logeaient les oiseaux qui participaient à certains programmes –, juste à ce moment monta le cri joyeux d’un coq. Un coq braillard et bien dressé qui annonçait ainsi aux habitants de Moscou, en claironnant, que là-bas, à l’Orient, naissait l’aurore.

Une fureur sauvage tordit les traits de la jeune fille qui jeta, d’une voix rauque, une bordée de jurons. Devant la porte, Varienoukha, qui flottait en l’air, poussa une plainte aiguë et tomba lourdement sur le plancher.

Au second cri du coq, la jeune fille claqua des dents, et ses cheveux roux se dressèrent sur sa tête. Au troisième cri, elle tourna le dos et s’envola par la fenêtre. À sa suite, Varienoukha, d’une détente de ses jambes, se lança en l’air, prit une position horizontale et, semblable à Cupidon volant, passa lentement au-dessus du bureau, franchit la croisée et s’enfonça dans la nuit. Un vieillard aux cheveux blancs comme la neige, sans un seul fil noir – un vieillard qui, l’instant d’avant, était encore Rimski –, se rua vers la porte, tourna la clef, ouvrit le battant et s’élança dans une course éperdue le long du couloir obscur. Parvenu au coin où s’amorçait la descente de l’escalier, il trouva à tâtons, en gémissant de terreur, le bouton électrique, et l’escalier s’éclaira. Mais le tremblant vieillard, secoué de frissons, manqua une marche et tomba : il avait cru voir, là-haut, Varienoukha plonger sur lui d’un vol lourd et indolent.

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Coup de coeur... Paul Valéry...

2 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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L’interruption, l’incohérence, la surprise sont des conditions ordinaires de notre vie. Elles sont même devenues de véritables besoins chez beaucoup d’individus dont l’esprit ne se nourrit plus, en quelque sorte, que de variations brusques et d’excitations toujours renouvelées. Les mots « sensationnel », « impressionnant », qu’on emploie couramment aujourd’hui, sont de ces mots qui peignent une époque. Nous ne supportons plus la durée. Nous ne savons plus féconder l’ennui. Notre nature a horreur du vide, – ce vide sur lequel les esprits de jadis savaient peindre les images de leurs idéaux, leurs Idées, au sens de Platon. Cet état que j’appelais « chaotique » est l’effet composé des œuvres et du travail accumulé des hommes. Il amorce sans doute un certain avenir, mais un avenir qu’il nous est absolument impossible d’imaginer ; et c’est là, entre les autres nouveautés, l’une des plus grandes. Nous ne pouvons plus déduire de ce que nous savons quelques figures du futur auxquelles nous puissions attacher la moindre créance.

(...)

L’éducation ne se borne pas à l’enfance et à l’adolescence. L’enseignement ne se limite pas à l’école. Toute la vie, notre milieu est notre éducateur, et un éducateur à la fois sévère et dangereux. Sévère, car les fautes ici se paient plus sérieusement que dans les collèges, et dangereux, car nous n’avons guère conscience de cette action éducatrice, bonne ou mauvaise, du milieu et de nos semblables. Nous apprenons quelque chose à chaque instant ; mais ces leçons immédiates sont en général insensibles. Nous sommes faits, pour une grande part, de tous les événements qui ont eu prise sur nous ; mais nous n’en distinguons pas les effets qui s’accumulent et se combinent en nous.

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Coup de coeur... 1er mai amoureux...

1 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... 1er mai amoureux...

Premier mai

Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.
Je ne suis pas en train de parler d’autres choses.
Premier mai ! l’amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ;
L’arbre où j’ai, l’autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte et croit qu’il l’improvise ;
Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,
Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en coeur ;
L’atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine
Des déclarations qu’au Printemps fait la plaine,
Et que l’herbe amoureuse adresse au ciel charmant.
A chaque pas du jour dans le bleu firmament,
La campagne éperdue, et toujours plus éprise,
Prodigue les senteurs, et dans la tiède brise
Envoie au renouveau ses baisers odorants ;
Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,
Dont l’haleine s’envole en murmurant : Je t’aime !
Sur le ravin, l’étang, le pré, le sillon même,
Font des taches partout de toutes les couleurs ;
Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs ;
Comme si ses soupirs et ses tendres missives
Au mois de mai, qui rit dans les branches lascives,
Et tous les billets doux de son amour bavard,
Avaient laissé leur trace aux pages du buvard !
Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,
Chantent des triolets et des rondeaux aux fées ;
Tout semble confier à l’ombre un doux secret ;
Tout aime, et tout l’avoue à voix basse ; on dirait
Qu’au nord, au sud brûlant, au couchant, à l’aurore,
La haie en fleur, le lierre et la source sonore,
Les monts, les champs, les lacs et les chênes mouvants,
Répètent un quatrain fait par les quatre vents.

Victor Hugo, Les contemplations

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Coup de coeur... Leïla Slimani... + bonus vidéo...

30 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Elle y tient pourtant, à ces photographies, qu'elle prend par centaines et qu'elle regarde dans les moments de mélancolie. Dans le métro, entre deux rendez-vous, parfois même pendant un dîner, elle fait glisser sous ses doigts le portrait de ses enfants. Elle croit aussi qu'il est de son devoir de mère de fixer ces instants, de détenir les preuves du bonheur passé. Elle pourra un jour les tendre sous le nez de Mila ou d'Adam. Elle égrènera ses souvenirs et l'image viendra réveiller des sensations anciennes, des détails, une atmosphère. On lui a toujours dit que les enfants n'étaient qu'un bonheur éphémère, une vision furtive, une impatience. Une éternelle métamorphose. Des visages ronds qui s'imprègnent de gravité sans qu'on s'en soit rendu compte. Alors toutes es fois qu'elle en a l'occasion, c'est derrière l'écran de son iPhone qu'elle regarde ses enfants qui sont, pour elle, le plus beau paysage du monde.

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Coup de coeur... Andreï Makine...

29 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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À cet instant de ma jeunesse, le verbe « vivre » a changé de sens. Il exprimait désormais le destin de ceux qui avaient réussi à atteindre la mer des Chantars. Pour toutes les autres manières d'apparaître ici-bas, « exister » allait me suffire.

Je m'éloignais du rivage quand un hélicoptère rompit la somnolence brumeuse du matin. Le seul vol de la semaine pour la petite localité de Tougour, ce coin perdu de l'Extrême-Orient. Les passagers descendirent, chargés de valises, de cabas, de rouleaux de tapis... Un bref chaos se forma entre ceux qui venaient de débarquer et ceux qui, groupés sur le lieu d'atterrissage, s'apprêtaient à monter dans l'appareil. Une femme racontait sa sortie au cinéma (un événement !), un homme calait dans son side-car un lit pliant, une nouvelle venue, frissonnant sous ses vêtements légers, se renseignait auprès des autochtones...

Je décidai d'attendre que tout le monde soit parti avant de me remettre en marche. Et c'est alors que j'aperçus cet arrivant-là.

Assis au pied d'un rocher, il vérifiait son paquetage dont les sangles fixaient des skis de chasseur, très courts et larges, recouverts de kamouss – la peau dure des pattes de renne. Ici, la neige pouvait happer le voyageur même en été. Voyageur... Je devinais qu'il ne resterait pas au village ni ne poursuivrait le vol. Son but était ailleurs.

Cette pensée m'unit à lui, tel un secret partagé. Nous voyions le même dessin cendré des monts, le soleil dans des éclats de coquillages et, sous un amas d'algues, ce bloc de glace qui bravait la tiédeur de juillet... Je me sentis très proche de cet inconnu. Pourtant, son mystère résista – une identité plus complexe que celle d'un simple trappeur de la taïga.

L'hélicoptère vrombit, souffla une volée d'aiguilles de pin, s'envola, devenant vite une petite encoche au-dessus de la mer.

L'homme se leva, endossa son fardeau, dansota pour mieux l'équilibrer. Sans remarquer mon guet, au creux d'une dune...

Se détournant de la bande côtière, si utile dans ces contrées sans routes, il rejoignit la forêt, cherchant à se rendre tout de suite invisible. Je suivis le sillage de ses pas – le craquement d'une branche, une tige couchée. Il laissait peu de traces.

Mon arrivée à Tougour, une semaine auparavant, semblait confirmer le jugement que les « soviétologues » portaient, à l'époque, sur la Russie et son communisme vieillissant qui coïncida avec notre jeunesse.

À la fin de l'année scolaire, notre classe fut coupée en deux et l'annonce tomba : le premier groupe recevrait une formation de grutiers, le second – celle de géodésistes... Âgés de quatorze ans, nous manifestions des aptitudes inégales et, malgré le nivellement de la vie en orphelinat, on trouvait parmi nous des surdoués et des cancres, des stakhanovistes teigneux et des fainéants convaincus. Un oukase du Parti aplanit ces différences. De la Sibérie centrale, on nous expédia à trois mille kilomètres à l'est, en Extrême-Orient, où un chantier avait besoin d'apprentis grutiers et de géodésistes débutants.

« Embrigadement totalitaire, glosaient les soviétologues. La dictature qui nie l'individualité humaine. » Oui, sans doute... Sauf que nous le vivions non pas en théorie, mais dans la chair de nos âmes, pleines d'insouciance et de chagrins, de soif amoureuse et d'espoirs blessés. Notre départ se confondit avec l'éblouissement du ciel et les senteurs de la taïga renaissante. Rétifs aux doctrines, nous n'avions qu'une envie : nous enivrer de ce nouveau printemps, le meilleur de notre vie, pensions-nous.

L'apprentissage débuta à Nikolaïevsk, sur la rive gauche de l'Amour, « à une heure du Pacifique », nous informa-t‐on avec une pointe de fierté. La chance de voir l'océan ne se présenta pas, nous restions sur les berges de l'estuaire.

De la géodésie, j'avais la vision d'un couple d'hommes, l'un tenant une barre graduée, l'autre collant son œil à un appareil d'optique fixé sur un trépied. Le stage enrichit peu cette idée sommaire. Négligeant la précision du vocabulaire, nos maîtres désignaient leurs outils comme « truc », « bidule » ou, plus emphatiquement, « toutes ces conneries ». Ce flou didactique nous laissa le temps d'explorer le port, humant son air marin – si doux, comparé aux rudes effluves continentaux de la Sibérie.

Après le travail, il nous arrivait de voir nos formateurs dans une buvette à ciel ouvert, face aux docks. Un soir, nous les y surprîmes en galante compagnie : une femme à la chevelure d'un blond luminescent embellissait leur binôme que nous croyions indéfectible. Or, visiblement, elle venait de le briser, car le Grand et le Petit (selon leurs surnoms) s'affrontaient. Deux bouteilles vides traînaient par terre, à côté des « bidules » et du trépied... C'était une joute hautement professionnelle : l'un comme l'autre vantaient leurs exploits géodésiques. À les entendre, chacun aurait accompli des « levés topographiques » partout en Russie. Des sites défilaient, de plus en plus improbables : d'un palais des sports à une base navale, d'un stade olympique à un stand de lancement de fusées... L'invitée sirotait son vin, avec un sourire énigmatique. Et nous, enfin, nous apprenions la terminologie ! Dans leur mâle émulation, nos pédagogues mentionnaient le goniomètre, le tachéomètre, le théodolite...

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Coup de coeur... Jean Rouaud...

28 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "jean rouaud les champs d'honneur"

Le crachin n'a pas cette richesse rythmique de l'averse qui rebondit clinquante sur le zinc des fenêtres, rigole dans les gouttières et, l'humeur toujours sautillante, tapote sur les toits avec un talent d'accordeur au point de distinguer pour une oreille familière, les matériaux de couverture: ardoise, la plus fréquente au Nord de la Loire, tuile d'une remise, bois et tôles des hangars, verre d'une lucarne. Après le passage du grain de traîne qui clôt la tempête, une voûte de mercure tremblote au-dessus de la ville. Sous cet éclairage vif-argent, les contours se détachent avec une précision de graveur: les accroche-cœur de pierre des flèches de Saint-Nicolas, la découpe des feuilles des arbres, les rémiges des oiseaux de haut vol, la ligne brisée des toits, les antennes-perchoirs. L' acuité du regard repère une enseigne à 100 mètres- et aussi l'importun qu'on peut éviter. Les trottoirs reluisent bleu comme le ventre des sardines vendues au coin des rues, à la saison. Les autobus passent en sifflant, assourdis, chassant sous leurs pneus de délicats panaches blancs. Les vitrines lavées de près resplendissent, le dôme des arbres s'auréole d'une infinité de clous d'argent, l'air a la fraîcheur d'une pastille à la menthe, la ville repose comme un souvenir sous la lumineuse clarté d'une cloche de cristal.

Son dernier livre

zoom

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Coup de ceour... Serge Joncour...

27 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

 
Sept heures du soir, c'est l'heure où l'avenir est immédiat, à sept heures du soir si l'on n'y voit pas bien clair au-dedans de soi on risque de tout rater, le dîner, la soirée, la nuit, la journée du lendemain, un couple en crise un soir d'été, c'est la plus façon qu'a le jour de tomber.
Il étira les jambes, pencha la tête en arrière, flottant dans un de ces moments où il n'y a plus de question, de ces instants tissés de filaments de bien-être.

Pour la première fois de sa vie il explorait ce moment-là du jour où l'aujourd'hui bascule vers le demain.

Ne pas pouvoir s'aimer, c'est peut-être encore plus fort que de s'aimer vraiment, peut-être vaut-il mieux s'en tenir à ça, à cette très haute idée qu'on se fait de l'autre sans tout en connaître, en rester à cette passion non encore franchie, à cet amour non réalisé mais ressenti jusqu'au plus intime, s'aimer en ne faisant que se le dire, s'en plaindre ou s'en désoler, s'aimer à cette distance où les bras ne se rejoignent pas, sinon à peine
du bout des doigts pour une caresse, une tête posée sur les genoux, une distance qui permet tout de même de chuchoter, mais pas de cri, pas de souffle, pas d'éternité, on s'aime et on s'en tient là, l'amour sans y toucher, l'amour chacun le garde pour soi, comme on garde soi sa douleur, une douleur ça ne se partage pas, une douleur ça ne se transmet pas par le corps, on n'enveloppe pas l'autre de sa douleur comme on le submerge de son ardeur. C'est profondément à soi une douleur. L'amour comme une douleur, une douleur qui ne doit pas faire mal.
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Coup de coeur... Florence Aubenas...

26 Avril 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

 
"- Je sais que je n'ai pas de rendez-vous, mais je voudrais juste vous demander de supprimer mon numéro de téléphone sur mon dossier. J'ai peur qu'un employeur se décourage, s'il essaye d'appeler et que ça ne répond pas.
- Pourquoi ? demande l'employée, qui est aujourd'hui une blonde de petite taille.
- il ne marche plus.
- Qu'est-ve qui ne marche plus ?
- mon téléphone.
- Pourquoi il ne marche plus ?
- On me l'a coupé pour des raisons économiques.
- mais vous ne pouvez pas venir comme ça. Il faut un rendez-vous.
- bon, on va se calmer. Je recommence tout : je voudrais un rendez-vous, s'il vous plaît, madame.
La jeune femme blonde paraît sincèrement ennuyée. "je suis désolée, monsieur. On ne peut plus fixer de rendez-vous en direct. Ce n'est pas notre faute, ce sont les nouvelles mesures, nous sommes obligés de les appliquer. Essayez de nous comprendre. Désormais, les rendez-vous ne se prennent plus que par téléphone.
- mais je n'ai plus le téléphone.
- il y a des postes à votre disposition
au fond de l'agence, mais je vous préviens : il faut appeler un numéro unique, le 39 49, relié à un central qui vient d'être mis en place. Il est pris d'assaut. L'attente peut-être longue.
- Longue ?
- Parfois plusieurs heures".
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