Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Albert Camus...

17 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "le mythe de sisyphe"

Toute la joie silencieuse de Sisyphe est là. Son destin lui appartient. Son rocher est sa chose. De même, l'homme absurde, quand il contemple son tourment, fait taire toutes les idoles. Dans l'univers soudain rendu à son silence, les mille petites voix émerveillées de la terre s'élèvent. Appels inconscients et secrets, invitation de tous les visages, ils sont l'envers nécessaire et le prix de la victoire. Il n'y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit. L'homme absurde dit oui et son effort n'aura plus de cesse. S'il y a un destin personnel, il n'y a point de destinée supérieure ou du moins il n'en est qu'une dont il juge qu'elle est fatale et méprisable. Pour le reste, il se sait le maître de ses jours. À cet instant subtil où l'homme se retourne sur sa vie, Sisyphe revenant vers son rocher, contemple cette suite d'actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort. Ainsi, persuadé de l'origine tout humaine de tout ce qui est humain, aveugle qui désire voir et qui sait que la nuit n'a pas de fin, il est toujours en marche. Le rocher roule encore.

Je laisse Sisyphe au bas de la montagne ! On retrouve toujours son fardeau. Mais Sisyphe enseigne la fidélité supérieure qui nie les dieux et soulève les rochers. Lui aussi juge que tout est bien. Cet univers désormais sans maître ne paraît ni stérile ni futile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme.

Le mythe de Sisyphe, Albert Camus

Lire la suite

Coup de coeur... Fernando Pessoa...

16 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "fernando pessoa le livre de l'intranquillité"

La grammaire, qui définit l'usage, établit des divisions légitimes mais erronées. Elle distingue, par exemple, les verbes transitifs et intransitifs ; cependant, l'homme sachant dire devra, bien souvent, transformer un verbe transitif en verbe intransitif pour photographier ce qu'il ressent, et non, comme le commun des animaux-hommes, pour se contenter de le voir dans le noir. Si je veux dire que j'existe, je dirai : " Je suis. " Si je veux dire que j'existe en tant qu'âme individualisée, je dirai : " Je suis moi. " Mais si je veux dire que j'existe comme entité, qui se dirige et se forme elle-même, et qui exerce cette fonction divine de se créer soi-même, comment donc emploierai-je le verbe être, sinon en le transformant tout d'un coup en verbe transitif ? Alors, promu triomphalement, antigrammaticalement être suprême, je dirai : " Je me suis. " J'aurai exprimé une philosophie entière en trois petits mots. N'est-ce pas infiniment préférable à quarante phrases pour ne rien dire ? Que peut-on demander de plus à la philosophie et à l'expression verbale ?

Lire la suite

Coup de coeur... Brina Svit...

15 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "brina svit un coeur de trop"

« Schumann, je vais mettre du Schumann… C’est moi qui ai acheté ce disque, je ne me souviens même plus à quelle occasion. Un anniversaire ? Un dîner ? Ou juste le plaisir de poser quelque chose sur [la] table à la suite d’une flânerie dans Paris… Voilà, le Quatuor pour piano, opus 47, puis le Quintette pour piano, opus 44… Lila préfère le Quintette, plus gai, plus vigoureux, plus affirmé, dit-elle. Plus maîtrisé dans l’émotion, plus sec, sans fléchissement… Tandis que moi, c’est l’Andante cantabile, le troisième mouvement du Quatuor, vous voyez… C’est bouleversant, déchirant, ça fait pleurer. Voilà, c’est parti, Lila… »

Lire la suite

Coup de coeur... Georges Brassens...

14 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "brassens"

Je me suis fait tout petit

Je n'avais jamais ôté mon chapeau
 Devant person...
 Maintenant je rampe et je fais le beau
 Quand ell’ me sonne.
 J'étais chien méchant...ell’ me fait manger 
 Dans sa menotte. 
 J'avais des dents d’ loup… je les ai changées 
 Pour des quenottes ! 
  
 Je me suis fait tout petit devant un’ poupée 
 Qui ferm’ les yeux quand on la couche, 
 Je m’ suis fait tout p’tit devant un’ poupée 
 Qui fait « maman » quand on la touche. 
  
 J'étais dur à cuire elle m'a converti, 
 La fine mouche, 
 Et je suis tombé, tout chaud, tout rôti, 
 Contre sa bouche 
 Qui a des dents de lait quand elle sourit, 
 Quand elle chante, 

 Et des dents de loup quand elle est furi’, 
 Qu'elle est méchante. 
  
 Je me suis fait tout petit devant un’ poupée 
 Qui ferm’ les yeux quand on la couche, 
 Je m’ suis fait tout p’tit devant un’ poupée 
 Qui fait « maman » quand on la touche. 
  
 Je subis sa loi, je file tout doux 
 Sous son empire, 
 Bien qu'ell’ soit jalouse au-delà de tout, 
 Et même pire... 
 Une jolie pervenche qui m'avait paru 
 Plus joli’ qu'elle, 
 Un’ joli’ pervenche un jour en mourut 
 A coup d'ombrelle. 
  
 Je me suis fait tout petit devant un’ poupée 
 Qui ferm’ les yeux quand on la couche, 
 Je m’ suis fait tout p’tit devant un’ poupée 
 Qui fait « maman » quand on la touche. 
  
 Tous les somnambules, tous les mages m'ont 
 Dit, sans malice, 
 Qu'en ses bras en croix je subirais mon 
 Dernier supplice… 
 Il en est de pir’s, il en est d' meilleurs, 
 Mais, à tout prendre, 
 Qu'on se pende ici, qu'on se pende ailleurs… 
 S'il faut se pendre. 
  
 Je me suis fait tout petit devant un’ poupée 
 Qui ferm’ les yeux quand on la couche, 
 Je m’ suis fait tout p’tit devant un’ poupée 
 Qui fait « maman » quand on la touche.

                           ______________________________________

Je suis un voyou.

La mignonne allait aux vêpres
Se mettre à genoux,
Alors j'ai mordu ses lèvres
Pour savoir leur goût...
Ell' m'a dit, d'un ton sévère:
"Qu'est-ce que tu fais là?"
Mais elle m'a laissé faire,
Les fill's, c'est comm' ça...
J'lui ai dit: "Par la Madone,
Reste auprès de moi!"
Le Bon Dieu me le pardonne,
Mais chacun pour soi...
Qu'il me le pardonne ou non,
D'ailleurs, je m'en fous,
J'ai déjà mon âme en peine:
Je suis un voyou.

C'était une fille sage,
A "bouch', que veux-tu?"
J'ai croqué dans son corsage
Les fruits défendus...
Ell' m'a dit d'un ton sévère:
"Qu'est-ce que tu fais là?"
Mais elle m'a laissé faire,
Les fill's, c'est comm' ça...
Puis j'ai déchiré sa robe,
Sans l'avoir voulu...
Le Bon Dieu me le pardonne,
Je n'y tenais plus...
Qu'il me le pardonne ou non,
D'ailleurs, je m'en fous,
J'ai déjà mon âme en peine:
Je suis un voyou.

J'ai perdu la tramontane
En perdant Margot,
Qui épousa, contre son âme,
Un triste bigot...
Elle doit avoir à l'heure,
A l'heure qu'il est,
Deux ou trois marmots qui pleurent
Pour avoir leur lait...
Et, moi, j'ai tété leur mère
Longtemps avant eux...
Le Bon Dieu me le pardonne,
J'étais amoureux!
Qu'il me le pardonne ou non,
D'ailleurs, je m'en fous,
J'ai déjà mon âme en peine:
Je suis un voyou.

                                _____________________________________

La mauvaise réputation

Au village, sans prétention,
J'ai mauvaise réputation ;
Que je me démène ou je reste coi,
Je pass’ pour un je-ne-sais-quoi.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En suivant mon ch’min de petit bonhomme ;
Mais les brav’s gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux…
Non, les brav’s gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux…
Tout le monde médit de moi,
Sauf les muets, ça va de soi.

Le jour du quatorze-Juillet,
Je reste dans mon lit douillet ;
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En n'écoutant pas le clairon qui sonne ;
Mais les braves gens n'aiment pas que


L'on suive une autre route qu'eux…
Non les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux…
Tout le monde me montre au doigt,
Sauf les manchots, ça va de soi.

Quand je croise un voleur malchanceux,
Poursuivi par un cul-terreux;
Je lance la patte et pourquoi le taire,
Le cul-terreux se r’trouv’ par terre.
Je ne fait pourtant de tort à personne,
En laissant courir les voleurs de pommes ;
Mais les brav’s gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux…
Non les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux…
Tout le monde se ru’ sur moi,
Sauf les culs-d’-jatt’, ça va de soi.

Pas besoin d'être Jérémi’,
Pour d’viner l’ sort qui m'est promis :
S'ils trouv’nt une corde à leur goût,
Ils me la passeront au cou.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En suivant les ch’mins qui ne mèn’nt pas à Rome ;
Mais les brav’s gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux…
Non les brav’s gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux…
Tout le monde viendra me voir pendu,
Sauf les aveugl’s, bien entendu.
Lire la suite

Coup de coeur... René Char...

12 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "fureur et mystère"

Allégeance

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima?

Il cherche son pareil dans le vœu des regards. L’espace qu’il parcourt est ma fidélité. Il dessine l’espoir et léger l’éconduit. Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s’inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas?

                                       _________________

Le Visage Nuptial

A présent disparais, mon escorte, debout dans la distance ; La douceur du nombre vient de se détruire. Congé à vous, mes alliés, mes violents, mes indices. Tout vous entraîne, tristesse obséquieuse.J'aime.

L'eau est lourde à un jour de la source. La parcelle vermeille franchit ses lentes branches à ton front, dimension rassurée. Et moi semblable à toi, Avec la paille en fleur au bord du ciel criant ton nom, J'abats les vestiges, Atteint, sain de clarté. Ceinture de vapeur, multitude assouplie, diviseurs de la crainte, touchez ma renaissance. Parois de ma durée, je renonce à l'assistance de ma largeur vénielle ; Je boise l'expédient du gîte, j'entrave la primeur des survies. Embrasé de solitude foraine, J'évoque la nage sur l'ombre de sa Présence.

Le corps désert, hostile à son mélange, hier, était revenu parlant noir. Déclin, ne te ravise pas, tombe ta massue de transes, aigre sommeil. Le décolleté diminue les ossements de ton exil, de ton escrime : Tu rends fraîche la servitude qui se dévore le dos : Risée de la nuit, arrête ce charroi lugubre de voix vitreuses, de départs lapidés.

Tôt soustrait au flux des lésions inventives (La pioche de l'aigle lance haut le sang évasé) Sur un destin présent j'ai mené mes franchises Vers l'azur multivalve, la granitique dissidence.

O voûte d'effusion sur la couronne de son ventre,Murmure de dot noire ! O mouvement tari de sa diction !Nativité, guidez les insoumis, qu'ils découvrent leur base,L'amande croyable au lendemain neuf. Le soir a fermé sa plaie de corsaire où voyageaient les fusées vagues parmi la peur soutenue des chiens,Au passé les micas du deuil sur ton visage.

Vitre inextinguible : mon souffle affleurait déjà l'amitié de ta blessure, Armait ta royauté inapparente, Et des lèvres du brouillard descendit notre plaisir au seuil de dune, au toit d'acier,La conscience augmentait l'appareil frémissant de ta permanence :La simplicité fidèle s'étendit partout.

Timbre de la devise matinale, morte-saison de l'étoile précoce,Je cours au terme de mon cintre, colisée fossoyé. Assez baisé le crin nubile des céréales : La cardeuse, I'opiniâtre, nos confins la soumettent, Assez maudit le havre des simulacres nuptiaux :Je touche le fond d'un retour compact.

Ruisseaux, neume des morts anfractueux,Vous qui suivez le ciel aride,Mêlez votre acheminement aux orages de qui sut guérir de la désertion,Donnant contre vos études salubres,

Au sein du toit le pain suffoque à porter coeur et lueur, Prends, ma Pensée, la fleur de ma main pénétrable,Sens s'éveiller l'obscure plantation.

Je ne verrai pas tes flancs, ces essaims de faim, se dessécher, s'emplir de ronces : Je ne verrai pas l'empuse te succéder dans ta serre : Je ne verrai pas l'approche des baladins inquiéter le jour renaissant : Je ne verrai pas la race de notre liberté servilement se suffire,

Chimères, nous sommes montés au plateau, Le silex frissonnait sous les sarments de l'espace :La parole, lasse de défoncer, buvait au débarcadère angélique, Nulle farouche survivance :L'horizon des routes jusqu'à l'afflux de rosée, L'intime dénouement de l'irréparable,

Voici le sable mort, voici le corps sauvé :La Femme respire, I'Homme se tient debout.

Lire la suite

Coup de coeur... Pascal Quignard...

11 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Nous sommes à la merci d'images qui n'ont aucune source visuelle en nous. Nous avons vécu avant de naître. Nous avons rêvé avant de voir. Nous avons entendu avant d'être sujets à l'air. Nous sommes entrés en contact avec le langage avant d'être envahis par le souffle. Nous avons été soumis aux noms  et aux mots avant d'accéder à la maîtrise vocale. Nous avons prononcé et articulé ces mots et entonné  cette langue par sidération maternelle. De la même façon, la société où nous allons pénétrer, la langue à laquelle nous allons obéir, la durée  que nous allons éprouver, l'Histoire où nous allons nous engloutir, sont antérieures à notre conception. De la même manière, notre mère, notre père, leur excitation, leur étreinte, leur émotion, leur râle, leur ensommeillement, leur rêve, nous précèdent. Ce sont des fragments d'images impulsives, ou compulsives, ou plus simplement pulsives, spontanées, d'une seconde ou deux, par lesquelles le temps se précède lui-même dans l'invisible.

Nous sommes les pousses de l'antériorité invisible.        
Échos d'images.
Échos d'images nocturnes.
À la fois des fantômes que l'aube chaque jour foudroie  et des fantasmes que chaque veille déteste.

La nuit revient cependant et ces figurations inopinées s'offrent à des occasions peu à peu récurrentes. Les échos se répercutent au cours du temps au fond de nous, resurgissent    de manière imprévisible. Et comme leur imprégnation  date d'avant le langage, et leur surgissement d'avant nous-mêmes,  ils reviennent de façon nécessairement ineffable. Aussi  ne se communiquent-ils aux autres hommes qu'associés à  des macules, à des maladies, à des bouts de langage apeurants (des aveux angoissés, des récits difficiles à faire, des moments vides qui emplissent d'effroi, des abîmes).

Plusieurs fois par nuit ces moments-à-images-sans-source dressent irrésistiblement notre sexe ou ils le dilatent dans le sommeil.
Nos familles s'accroissent.

La société se reproduit.
C'est ainsi que la communauté humaine est directement intéressée dans son destin (son Histoire) à ces images involontaires du passé, antébiographiques, choquantes, préhumaines.

Dernier Royaume

Lire la suite

Coup de coeur... Montesquieu...

10 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "montesquieu esprit des lois"

De l'esclavage des Nègres

Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :

Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres.

Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.

Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu'il est presque impossible de les plaindre.

On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.

Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une manière plus marquée.

On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, était d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.

Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui chez des nations policées, est d'une si grande conséquence.

Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

Des petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains : car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié.

Montesquieu

Lire la suite

Coup de coeur... Antonin Artaud...

8 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "le théâtre de la cruauté"

Avoué ou non, conscient ou inconscient, l’état poétique, un état transcendant de vie, est au fond ce que le public recherche à travers l’amour, le crime, les drogues, la guerre ou l’insurrection.

Le Théâtre de la Cruauté a été créé pour ramener au théâtre la notion d’une vie passionnée et convulsive ; et c’est dans ce sens de rigueur violente, de condensation extrême des éléments scéniques qu’il faut entendre la cruauté sur laquelle il vient s’appuyer.

Cette cruauté, qui sera, quand il le faut, sanglante, mais qui ne le sera pas systématiquement, se confond donc avec la notion d’une sorte d’aride pureté morale qui ne craint pas de payer la vie le prix qu’il faut la payer.

Lire la suite

Coup de coeur... Ray Bradbury... (Visionnaire)

7 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "ray bradbury fahrenheit 451"

« - Heureusement, les toqués dans son genre sont rares. A présent, on sait comment les étouffer dans l'oeuf. On ne peut pas construire une maison sans clous ni bois. Si vous ne voulez pas que la maison soit construite, cachez les clous et le bois. Si vous ne voulez pas qu'un homme se rende malheureux avec la politique, n'allez pas lui casser la tête en lui proposant deux points de vue sur une question ; proposez-lui-en un seul. Mieux encore, ne lui en proposez aucun. Qu'il oublie jusqu'à l'existence de la guerre. Si le gouvernement est inefficace, pesant, gourmand en matière d'impôt, cela vaut mieux que d'embêter les gens avec ça. La paix, Montag. Proposez des concours où l'on gagne en se souvenant des paroles de quelque chanson populaire, du nom de la capitale de tel ou tel État ou de la quantité de maïs récoltée dans l'Iowa l'année précédente. Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de "faits", qu'ils se sentent gavés, mais absolument "brillants" côté information. Ils auront alors l'impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du sur-place. Et ils seront heureux parce que de tels faits ne changent pas. Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie pour relier les choses entre elles. C'est la porte ouverte à la mélancolie. Tout homme capable de démonter un télécran mural et de le remonter, et la plupart des hommes en sont aujourd'hui capables, est plus heureux que celui qui essaie de jouer de la règle à calcul, de mesurer, de mettre l'univers en équations, ce qui ne peut se faire sans que l'homme se sente solitaire et ravalé au rang de la bête. Je le sais, j'ai essayé. Au diable, tout ça. Alors place aux clubs et aux soirées entre amis, aux acrobates et aux prestidigitateurs, aux casse-cou, jet cars, motogyres, au sexe et à l'héroïne, à tout ce qui ne suppose que des réflexes automatiques. Si la pièce est mauvaise, si le film ne raconte rien, si la représentation est dépourvue d'intérêt, collez-moi une dose massive de thérémine. Je me croirai sensible au spectacle alors qu'il ne s'agira que d'une réaction tactile aux vibrations. Mais je m'en fiche. Tout ce que je réclame, c'est de la distraction. »

Lire la suite

Coup de coeur... Ruwen Ogien...

6 Mai 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Philosophie

Peut-on philosopher sur l’amour sans  « tuer le sujet », c’est-à-dire sans lui ôter ce qui fait sa saveur, son  mystère, son importance dans nos vies ?

La  philosophie, avec ses concepts abstraits et ses schémas de pensée  généraux, peut-elle saisir ce qu’il y a de charnel, de sensuel,  d’émotionnel, de particulier dans chaque histoire d’amour.

Pour certains penseurs, la réponse est clairement « non ».

Si  on me passe l’image, je dirais que, pour eux, réfléchir sur l’amour  avec les outils rationnels de la philosophie, ce serait comme essayer de  capturer une infinité de poissons minuscules qui nagent dans tous les  sens avec un filet à grosses mailles.

Un projet vain et un peu ridicule.

Ils  estiment que la poésie, la nouvelle, le cinéma, le roman (avec des  allusions autobiographiques de préférence) sont des genres bien mieux  adaptés pour parler d’amour, en raison de leur absence de prétention  théorique et de leur sensibilité aux aspects corporels, singuliers, de toute activité humaine.

Ils  considèrent que les théories générales et abstraites de l’amour  produites par les philosophes sont autodestructrices, parce qu’elles  font disparaître ce qu’elles cherchent à expliquer : le caractère unique  de chaque rencontre amoureuse, l’intensité des émotions qu’elle suscite.

Martha  Nussbaum l’écrit à sa façon claire et directe : « Nous avons suggéré  que les théories sur l’amour, et tout particulièrement les théories  philosophiques, ne nous offrent pas ce que nous découvrons dans les  histoires [d’amour] parce qu’elles sont trop simples. »

Roland  Barthes est évidemment plus obscur et plus tortueux, mais il dit à peu  près la même chose : « L’amour (le discours amoureux) : cela même dont  le propre est de résister à la science, à toute science, à tout discours  de l’unification, de la réduction, de l’interprétation. »

Je suis en désaccord complet avec ces affirmations.

Elles  font de l’amour une sorte d’exception par rapport à toutes les autres  questions existentielles sans proposer de justification solide à ce  traitement sélectif.

Personne ne  semble penser que philosopher sur la nostalgie, la finitude ou l’ennui  conduira nécessairement à appauvrir ces sentiments, à les remplacer par  des généralités intellectuelles.

Personne  (à part quelques stoïciens) ne semble croire que réfléchir  rationnellement sur la souffrance ou la solitude aboutira à les faire  disparaître de nos vies (ce qu’on pourrait regretter par ailleurs).

Pourquoi n’en va-t-il pas de même pour l’amour ?

Pourquoi cette exception ?

À  mon avis, elle a pour origine le fait que, selon certains philosophes,  la connaissance de l’amour doit être aussi intuitive, spontanée,  émotionnelle que l’amour lui-même.

Or  cette proposition est loin d’être évidente. Elle ne fait que conforter,  sans aucun argument à l’appui, des préjugés anti-intellectuels. Je ne  vois donc pas pourquoi il faudrait la prendre au sérieux  philosophiquement.

D’autres objections au projet de philosopher sur l’amour, ou de proposer des théories de l’amour me paraissent moins douteuses.

Ainsi,  on pourrait accuser la philosophie de l’amour de rester prisonnière de  l’idée que l’amour et le bien, c’est la même chose.

Cette idée s’exprimerait dans la conviction, dont les sources chrétiennes ont été souvent soulignées, qu’il ne peut pas y avoir de « mauvais amour », car aimer c’est toujours bien, même lorsque l’objet de l’amour est un ennemi ou une crapule qui ne mérite pas l’attention affectueuse qu’on lui donne.

Vladimir  Jankélévitch a exprimé ce point de vue avec sa verve habituelle : « Il  est moral d’aimer, quel que soit l’aimé, et même si l’aimé n’est pas  aimable, c’est-à-dire ne mérite pas l’affection que nous lui portons :  car l’amour s’il est sincère et passionné a une valeur catégorique et  justifie à lui seul les aberrations de l’amant. Une fois au moins dans  sa médiocre vie l’homme le plus sec, tandis qu’il était amoureux, aura  connu la grâce de vivre pour un autre. »

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>