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Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... Romain Gary...

17 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Résultat de recherche d'images pour "romain gary clair de femme"

J’entrai et la pris dans mes bras. Je sentis ses ongles sur ma nuque. Elle sanglotait. Je savais qu’il ne s’agissait ni de moi ni d’elle. Il s’agissait de dénuement. C’était seulement un moment d’entraide. Nous avions besoin d’oubli, tous les deux, de gîte d’étape, avant d’aller porter plus loin nos bagages de néant. Il fallut encore traverser le désert où chaque vêtement qui tombe, rompt, éloigne et brutalise, où les regards se fuient pour éviter une nudité qui n’est pas seulement celle des corps, et où le silence accumule ses pierres. Deux êtres en déroute qui s’épaulent de leur solitude et la vie attend que ça passe. Une tendresse désespérée, qui n’est qu’un besoin de tendresse. Parfois nos yeux se cherchaient dans la pénombre pour braver le malaise. Une photo de fillette sur la table de chevet. Une photo de fillette qui riait sur la cheminée. Un portrait maladroit, sans doute peint de mémoire. Ce que nous avions de commun était chez les autres mais nous unissait le temps d’une révolte, d’une brève lutte, d’un refus du malheur. Ce n’était pas entre nous deux : c’était entre nous et le malheur. Un refus de s’aplatir sous les roues, d’ainsi soit-il. Je sentais ses larmes sur mes joues. J’ai toujours été incapable de pleurer et c’était un soulagement qu’elle m’offrait. Dès qu’il y eut, chez elle, regret ou remords, chute, gêne et culpabilité, elle se leva, mit un peignoir, alla se recroqueviller dans un fauteuil, ses genoux sous le menton. Je ne m’étais encore jamais vu un tel intrus, dans un regard de femme.

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Coup de coeur... Stéphane Mallarmé...

16 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Le phénomène futur

Un ciel pâle, sur le monde qui finit de décrépitude, va peut-être partir avec les nuages : les lambeaux de la pourpre usée des couchants déteignent dans une rivière dormant à l’horizon submergé de rayons et d’eau. Les arbres s’ennuient et, sous leur feuillage blanchi (de la poussière du temps plutôt que celle des chemins), monte la maison en toile du Montreur de choses Passées : maint réverbère attend le crépuscule et ravive les visages d’une malheureuse foule, vaincue par la maladie immortelle et le péché des siècles, d’hommes près de leurs chétives complices enceintes des fruits misérables avec lesquels périra la, terre. Dans le silence inquiet de tous les yeux suppliant là-bas le soleil qui, sous l’eau, s’enfonce avec le désespoir d’un cri, voici le simple boniment : « Nulle enseigne ne vous régale du spectacle intérieur, car il n’est pas maintenant un peintre capable d’en donner une ombre triste. J’apporte, vivante (et préservée à travers les ans par la science souveraine) une Femme d’autrefois. Quelque folie, originelle et naïve, une extase d’or, je ne sais quoi ! par elle nommé sa chevelure, se ploie avec la grâce des étoffes autour d’un visage qu’éclaire la nudité sanglante de ses lèvres. A la place du vêtement vain, elle a un corps ; et les yeux, semblables aux pierres rares, ne valent pas ce regard qui sort de sa chair heureuse : des seins levés comme s’ils étaient pleins d’un lait éternel, la pointe vers le ciel, aux jambes lisses qui gardent le sel de la mer première. » Se rappelant leurs pauvres épouses, chauves, morbides et pleines d’horreur, les maris se pressent : elles aussi par curiosité, mélancoliques, veulent voir.

Quand tous auront contemplé la noble créature, vestige de quelque époque déjà maudite, les uns indifférents, car ils n’auront pas eu la force de comprendre, mais d’autres navrés et la paupière humide de larmes résignées se regarderont ; tandis que les poëtes de ces temps, sentant se rallumer lers yeux éteints, s’achemineront vers leur lampe, le cerveau ivre un instant d’une gloire confuse, hantés du Rythme et dans l’oubli d’exister à une époque qui survit à la beauté.

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Plainte d'automne

Depuis que Maria m’a quitté pour aller dans une autre étoile -laquelle, Orion, Altaïr, et toi, verte Vénus ? - j’ai toujours chéri la solitude. Que de longues journées j’ai passées seul avec mon chat. Par seul, j’entends sans un être matériel et mon chat est un compagnon mystique, un esprit. Je puis donc dire que j’ai passé de longues journées seul avec mon chat, et seul, avec un des derniers auteurs de la décadence latine ; car depuis que la blanche créature n’est plus, étrangement et singulièrement j’ai aimé tout ce qui se résumait en ce mot : chute. Ainsi, dans l’année, ma saison favorite, ce sont les derniers jours alanguis de l’été, qui précèdent immédiatement l’automne et, dans la journée, l’heure où je me promène est quand le soleil se repose avant de s’évanouir, avec des rayons de cuivre jaune sur les murs gris et de cuivre rouge sur les carreaux. De même la littérature à laquelle mon esprit demande une volupté sera la poésie agonisante des derniers moments de Rome, tant, cependant, qu’elle ne respire aucunement l’approche rajeunissante des Barbares et ne bégaie point le latin enfantin des premières proses chrétiennes.

Je lisais donc un de ces chers poèmes (dont les plaques de fard ont plus de charme sur moi que l’incarnat de la jeunesse) et plongeais une main dans la fourrure du pur animal, quand un orgue de Barbarie chanta languissamment et mélancoliquement sous ma fenêtre. Il jouait dans la grande allée des peupliers dont les feuilles me paraissent mornes même au printemps, depuis que Maria a passé là avec des cierges, une dernière fois. L’instrument des tristes, oui, vraiment : le piano scintille, le violon donne aux fibres déchirées la lumière, mais l’orgue de Barbarie, dans le crépuscule du souvenir, m’a fait désespérément rêver. Maintenant qu’il murmurait un air joyeusement vulgaire et qui mit la gaîté au tueur des faubourgs, un air suranné, banal : d’où vient que sa ritournelle m’allait à l’âme et me faisait pleurer comme une ballade romantique ? Je la savourai lentement et je ne lançai pas un sou par la fenêtre de peur de me déranger et de m’apercevoir que l’instrument ne chantait pas seul.

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Coup de coeur... Etienne Jodelle...

15 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Des trois sortes d'aimer la première exprimée

Des trois sortes d'aimer la première exprimée
En ceci c'est l'instinct, qui peut le plus mouvoir
L'homme envers l'homme, alors que d'un hautain devoir
La propre vie est moins qu'une autre vie aimée.

L'autre moindre, et plus fort toutefois enflammée,
C'est l'amour que peut plus l'homme à la femme avoir.
La tierce c'est la nôtre, ayant d'un tel pouvoir
De la femme la foi vers la femme animée.

Que des deux hommes donc taillés ici, les nœuds
Tant forts cèdent à nous ! Que sur tes ardents feux,
Ô amour, cet amour entier soit encor maître.

L'autel même de mort ferait foi de ceci,
Que l'autel de Foi montre. A jamais donc ainsi
Diane en Anne, et Anne en Diane puisse être.

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J'aime le verd laurier, dont l'hyver ny la glace

J'aime le verd laurier, dont l'hyver ny la glace
N'effacent la verdeur en tout victorieuse,
Monstrant l'eternité à jamais bien heureuse
Que le temps, ny la mort ne change ny efface.

J'aime du hous aussi la toujours verte face,
Les poignans eguillons de sa fueille espineuse :
J'aime la lierre aussi, et sa branche amoureuse
Qui le chesne ou le mur estroitement embrasse.

J'aime bien tous ces trois, qui toujours verds ressemblent
Aux pensers immorteles, qui dedans moy s'assemblent,
De toy que nuict et jour idolatre, j'adore :

Mais ma playe, et poincture, et le Noeu qui me serre,
Est plus verte, et poignante, et plus estroit encore
Que n'est le verd laurier, ny le hous, ny le lierre.

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Quel tourment, quelle ardeur, quelle horreur, quel orage

Quel tourment, quelle ardeur, quelle horreur, quel orage
Afflige, brûle, étonne et saccage mes sens ?
Ah ! c'est pour ne pouvoir en l'ardeur que je sens
Adorer ma déesse. Est-il plus grande rage ?

Servir, parler et voir, dévot lui rendre hommage,
Se brûler au brasier de ces flambeaux luisants,
Pourrait anéantir tous mes travaux présents,
Mais las ! je suis privé d'un si grand avantage.

Quelque astre, infortuné, qui me fasse la guerre,
Quelque sort ennemi qui au ciel et en terre
Contre tous ces malheurs plus ardente sera,

Comme on voit un grand roc qui sourcilleux méprise
Le heurt des flots chenus, ainsi ma flamme éprise
S'oppose à mes desseins, mon amour durera.

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Coup de coeur... Luis Sepulveda...

14 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Cinq mois durant, il put ainsi former et polir ses goûts de lecteur, tout en faisant alterner les doutes et les réponses.

En parcourant les textes de géométrie, il se demandait si cela valait vraiment la peine de savoir lire, et il ne conserva de ces livres qu'une seule longue phrase qu'il sortait dans les moments de mauvaise humeur : “Dans un triangle rectangle, l'hypoténuse est le côté opposé à l'angle droit.”

Phrase qui, par la suite, devait produire un effet de stupeur chez les habitants d'El Idilio, qui la recevaient comme une charade absurde ou une franche obscénité.

Les textes d'histoire lui semblèrent un chapelet de mensonges.

Etait-il possible que ces petits messieurs pâles, avec leurs gants jusqu'au coudes et leurs culottes collantes de funambules, aient été capables de gagner des batailles ?

Il lui suffisait de voir leurs boucles soigneusement frisées flottant au vent pour comprendre que ces gens-là étaient incapables de tier une mouche.

Ce fut ainsi que les épisodes historiques se trouvèrent exclus de ses goûts de lecteur.

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Coup de coeur... Jerome Ferrari...

12 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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« J’IMAGINE QU'ILS VIENNENT DE DÉCOUVRIR DOULOUREUSEMENT que les mondes sont mortels mais ils n’arrivent pas encore à y croire et, pendant l’hiver 410, dans la cathédrale disparue d’Hippone, ils écoutent Augustin, l’évêque qu’ils aiment, le leur confi rmer en une phrase limpide et cruelle : “Le monde est comme un homme : il naît, il grandit et il meurt.” Car, de la chute de Rome il faut d’abord tirer un enseignement sur l’effrayante fugacité des mondes dont l’épée d’Alaric vient alors d’apporter la preuve incontestable et brutale.
Rome n’est donc ici que l’un des multiples noms portés par le monde et je voulais poser à mon tour, avec ce roman et dans les termes qui sont ceux du roman, la question : qu’est-ce qu’un monde ? Chaque personnage a le sien, qui le sépare irrémédiablement des autres. Il y a un très vieil homme qui a traversé tout le XXe siècle à la poursuite de l’Histoire sans jamais la rattraper ; une jeune femme qui ramène à la lumière des vestiges enfouis et ne veut pas laisser la vie s’éteindre ; deux amis d’enfance qui reprennent le bar de leur village et cheminent côte à côte vers le désastre. Mais chacun d’eux répond à sa manière à la même question. En chacun d’eux se manifeste la présence ou l’absence d’un monde, avec les éléments qui en assurent la cohésion provisoire autour d’un centre de gravité trop fragile, et chacun d’eux, puisque un monde, quelles que soient son ampleur ou sa durée, doit naître, grandir et mourir comme un homme, vient porter témoignage à sa manière des origines et de la fin. Si Rome n’est que l’un des multiples noms portés par le monde, j’aimerais pouvoir penser que ce roman est exactement ce que son titre indique : un sermon sur la chute de Rome qui fait écho à ceux que prononça Augustin dans la cathédrale disparue d’Hippone pour consoler ses fidèles d’avoir survécu à la fin du monde. »
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Coup de coeur... Claire Gallois...

10 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Les années n’ont rien effacé du moment précis où ce mot, « bientôt », allait prendre tout son sens. C’était un dimanche du mois d’août. À l’heure où le soleil tape si fort que le silence s’abat partout, pas un oiseau ne chante et aucun chien n’aboie. Et toutes les persiennes sont tirées.

Avec Yaya, le monde n’offrait pas de danger et personne ne pouvait disparaître. Et surtout pas moi. Les quelques maisons du hameau étaient groupées autour du clocher au pavillon ajouré. Notre curé avait des poils blancs partout sur la figure et qui lui sortaient même des oreilles et du nez.

Il hissait chaque soir une lanterne à pétrole à l’aide d’une poulie, afin de guider les défunts qui se risquaient à sortir de leurs tombes la nuit. Pour qu’ils puissent retrouver leur place au cimetière avant l’aube.

Tout se devait d’être bien rangé. « Yaya n’aime pas le désordre », me disait-elle, si mon Nounours était resté à caracoler sur un dossier de chaise ou si j’avais fourré mes sabots du jardin sous l’évier en pierre de lauze.

Sauf pour les réprimandes, elle ne m’appelait guère autrement que ma Reine, ma Princesse, mon Adorée. Ce qui avait un prix : interdiction d’aller courir avec les gamins mal élevés du hameau. Je sais maintenant qu’il n’y en avait pas, sauf moi, nous étions tous trop vieux.

J’étais la prisonnière d’un jardin enchanté, fermé d’une grille en fer, peinte en vert. Quand j’y suis retournée, tellement d’années plus tard, j’ai découvert que notre petite maison trapue trônait sur un bout de pelouse, semblable à une houle verte, tant le travail des taupes y soulevait de vaguelettes.

Il y avait aussi un bûcher, accolé côté gauche, un grand clapier au fond, avec une porte grillagée à verrou et un appentis de planches jointes, au toit de tôle ondulée. Il avait abrité un mouton.

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Coup de coeur... Hector Bianciotti...

9 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Durant des années parfois, la vie semble manquer de vie, du moins à nos yeux. Jusqu'à ce qu'un jour, bon ou mauvais, les choses reviennent vers nous, nous cernent - les moments qu'alors nous ignorions qu'ils seraient notre enfer ou, plus rarement, notre paradis, reviennent et, se tenant par la main, forment une ronde d'heures, réduisant, estompant les images de la raison, et tout un carnaval grandit alors dans l'ombre tandis qu'un enfant, un train qui part, une mère en larme, une voix, un visage, ou le portrait de ce visage, un crépuscule qui allonge l'ombre des statues, un mort ou un adieu apparaissent et demeurent, omniprésent dans la masse stratifiée de cette vie que les années ont polie - comme dans les cicatrices profondes de la pierre surgissent, quand la patience les polit, la goutte d'eau, la fougère ou le triangle équilatéral, plus forts que la splendeur compacte de la pierre.

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8 mars... Louise Labé...

8 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés

Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement attendues
Ô jours luisants vainement retournés !

Ô tristes plaints, ô désirs obstinés,
Ô temps perdu, ô peines dépendues,
Ô mille morts en mille rets tendues,
Ô pires maux contre moi destinés !

Ô ris, ô front, cheveux, bras, mains et doigts !
Ô luth plaintif, viole, archet et voix !
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !

De toi me plains, que tant de feux portant,
En tant d'endroits d'iceux mon coeur tâtant,
N'en est sur toi volé quelque étincelle.

                                      ____________________________

Ô longs désirs, ô espérances vaines

Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
A engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines !

Ô cruautés, ô durtés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières,
Du coeur transi ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?

Qu'encor Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,
Qu'il se dépite, et pis qu'il pourra fasse :

Car je suis tant navrée en toutes parts
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m'empirer, ne pourrait trouver place.

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Coup de coeur... Henry James...

7 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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" Il y a dans toute la ville un air d'opulence  presque déprimant qui culmine dans la "grande place" qui entoure le  Grand Théâtre, établissement de très beau style ceint de colonnes,  d'arcades, de réverbères et de cafés pleins de dorures. On a  l'impression d'un monument élevé à la gloire de la bouteille bien  choisie. Si je ne m'étais pas interdit de m'attarder, j'aurais envie de  m’appesantir sur ce sujet et, au risque de donner l'impression que je  m'égare, j'établirais un parallélisme entre le bon bordeaux et les plus  hautes qualités de l'esprit français ; je soutiendrais que l'on retrouve  le goût d'un vrai bordeaux dans les meilleures manifestations de cette  excellente machine et, réciproquement, qu'il y a quelque chose de  raisonnable et d'achevé, à la française, dans un verre de pontet-canet.  Le danger d'une telle digression serait de permettre trop facilement au  lecteur de me contredire en disant que le bon bordeaux n'existe pas. A  quoi je ne pourrais rien répondre. Je serais incapable de lui dire où le  trouver. Je ne l'ai certainement pas trouvé à Bordeaux, où j'ai bu un  liquide fort commun, et il est de notoriété publique qu'une grande  partie de l'humanité passe son temps à le chercher en vain. On s'est  donné l'air de l'exhiber à l'exposition qui avait lieu au moment de ma  visite, "exposition philomatique" abritée dans un ensemble de gros  bâtiments temporaires installés sur les allées d'Orléans et que les  Bordelais considéraient alors comme l’attraction la plus remarquable de  leur ville. On y trouvait des pyramides de bouteilles, des montagnes de  bouteilles, sans parler des caisses et des meubles à bouteilles. La  contemplation de ces échafaudages rutilants n'avait bien entendu rien de  très convaincant : ce qui me frappa fut l’extrême impertinence de cette  manifestation. Le bon vin n'est pas un plaisir optique, c'est une  émotion intérieure ; et s'il y avait une salle de dégustation sur place,  en tout cas je ne l'ai pas découverte. Il est vrai que je n'ai pas  occupé à la chercher la demi-heure que j’ai passé dans ce stupéfiant  bazar. Comme toutes les "expositions", celle-ci m'a paru pleine  d’horreurs et donnait une idée peu optimiste de la masse des choses sans  intérêt avec lesquelles l'homme traverse les âges. Tant de bagages pour  un si court voyage !..."

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Coup de coeur... Christophe Carlier...

5 Mars 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

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Emmêler les âmes, tirer sur le fil qui relie l'une à l'autre, les laisser s'écarter, se rapprocher, se heurter parfois comme les pièces d'un mobile, voilà ce qui la séduit dans cette partie de poker menteur. Dire aux gens leur fait l'intéresse à peine. Les voir chanceler, accuser le coup, donner corps aux ragots, fût-ce par le déni, est un exercice autrement savoureux.

(...)

Les cartes ne contiennent ni anathème ni imprécation. Ce sont des cailloux jetés dans l'eau noire. Des cris dont on n'entend pas l'écho.
- Toute la vie est une question sans réponse, avance un buveur philosophe.
- Et on ne sais jamais qui vous la pose, reprend un autre, qui a deux verres d'avance.

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