Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Articles avec #litterature tag

Coup de coeur... André Gide...

10 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

“J'aimerais te donner une joie que ne t’aurait donnée encore aucun autre. Je ne sais comment te la donner, et pourtant, cette joie, je la possède. Je voudrais m’adresser à toi plus intimement que ne l’a fait encore aucun autre. Je voudrais arriver à cette heure de nuit où tu auras successivement ouvert puis fermé bien des livres cherchant dans chacun d’eux plus qu’il ne t’avait encore révélé ; où tu attends encore ; où ta ferveur va devenir tristesse, de ne pas se sentir soutenue. Je n’écris que pour toi ; je ne t’écris que pour ces heures. Je voudrais écrire tel livre d’où toute pensée, toute émotion personnelle te semblât absente, où tu croirais ne voir que la projection de ta propre ferveur. Je voudrais m’approcher de toi et que tu m’aimes.”

Les Nourritures Terrestres

Lire la suite

Les plus beaux romans classiques français à lire et télécharger

10 Juillet 2017 , Rédigé par VousNousIls Publié dans #Littérature

Les plus beaux romans classiques français à lire et télécharger

Envie de se replonger dans les plus beaux romans de la littérature française cet été ? A télécharger en intégralité et gratuitement sur VousNousIls.

De très grands classiques vous attendent dans notre rubrique Ebooks.

Sous l’onglet Genre Littéraire, vous trouverez en particulier un grand nombre de romans, dont voici une sélection, en littérature française.

Zola, Hugo, Maupassant, Stendhal, Flaubert, Balzac : les grands auteurs du 19e siècle sont présents :

ZOLA

Au Bonheur des Dames

Genre : Roman

 

Siècle : 19ème

Niveau scolaire : Quatrième

> Télécharger au format epub (598.3 ko)
> Télécharger au format pdf

Et la suite est à découvrir en cliquant ci-dessous (Merci et bravo à VousNouslls)

Lire la suite

Coup de coeur... Delphine de Vigan...

9 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"Avant je croyais que "les choses" avaient une raison d'être,un sens caché. Avant je croyais que ce sens présidait à l'organisation du monde. Mais c'est illusoire de penser qu'il y a des raisons bonnes ou mauvaises, et en cela la grammaire est un mensonge pour nous faire croire que les propositions s'articulent entre elles dans une logique que l'étude révèle, un mensonge perpétué depuis des siècles, car je sais maintenant que la vie n'est qu'une succession de repos et de déséquilibres dont l'ordre n'obéit à aucune nécessité." 

                            _________________________________________ 

"Dans les livres il y a des chapitres pour bien séparer les moments, pour montrer que le temps passe ou que la situation évolue, et même parfois des parties avec des titres chargés de promesses, La rencontre, L'espoir, La chute, comme des tableaux. Mais dans la vie il n'y a rien, pas de titre, pas de pancarte, pas de panneau, rien qui indique attention danger, éboulements fréquents ou désillusion imminente. Dans la vie on est tout seul avec son costume, et tant pis s'il est tout déchiré."

Lire la suite

"Le Premier Homme" de Camus, pourquoi c'est son grand roman...

9 Juillet 2017 , Rédigé par France Culture Publié dans #Littérature

Roman inachevé et publié après la mort de son auteur, "Le Premier Homme" revient sur le passé d'Albert Camus pour comprendre d'où il vient et qui il est. Il évoque la vie dure, l'école libératrice, la passion de vivre, et dessine une Algérie tendue d'où sont en train de s'effacer les rêves de paix.

Lire la suite

Coup de coeur... Guy de Maupassant... La Parure...

8 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Au lieu d'être ravie, comme l'espérait son mari, elle jeta avec dépit l'invitation sur la table, murmurant :
- Que veux-tu que je fasse de cela ?
- Mais, ma chérie, je pensais que tu serais contente. Tu ne sors jamais, et c'est une occasion, cela, une belle ! J'ai eu une peine infinie à l'obtenir. Tout le monde en veut ; c'est très recherché et on n'en donne pas beaucoup aux employés. Tu verras là tout le monde officiel.
Elle le regardait d'un œil irrité, et elle déclara avec impatience :
- Que veux-tu que je me mette sur le dos pour aller là ?
Il n'y avait pas songé ; il balbutia :
- Mais la robe avec laquelle tu vas au théâtre. Elle me semble très bien, à moi...
Il se tut, stupéfait, éperdu, en voyant que sa femme pleurait. Deux grosses larmes descendaient lentement des coins des yeux vers les coins de la bouche ; il bégaya :
- Qu'as-tu ? qu'as-tu ?
Mais, par un effort violent, elle avait dompté sa peine et elle répondit d'une voix calme en essuyant ses joues humides :
- Rien. Seulement je n'ai pas de toilette et par conséquent, je ne peux aller à cette fête. Donne ta carte à quelque collègue dont la femme sera mieux nippée que moi.
Il était désolé. Il reprit :
- Voyons, Mathilde. Combien cela coûterait-il, une toilette convenable, qui pourrait te servir encore en d'autres occasions, quelque chose de très simple ?
Elle réfléchit quelques secondes, établissant ses comptes et songeant aussi à la somme qu'elle pouvait demander sans s'attirer un refus immédiat et une exclamation effarée du commis économe.
Enfin, elle répondit en hésitant :
- Je ne sais pas au juste, mais il me semble qu'avec quatre cents francs je pourrais arriver.
Il avait un peu pâli, car il réservait juste cette somme pour acheter un fusil et s'offrir des parties de chasse, l'été suivant, dans la plaine de Nanterre, avec quelques amis qui allaient tirer des alouettes, par là, le dimanche.
Il dit cependant :
- Soit. Je te donne quatre cents francs. Mais tâche d'avoir une belle robe.

Le jour de la fête approchait, et Mme Loisel semblait triste, inquiète, anxieuse. Sa toilette était prête cependant. Son mari lui dit un soir :
- Qu'as-tu ? Voyons, tu es toute drôle depuis trois jours.
Et elle répondit :
- Cela m'ennuie de n'avoir pas un bijou, pas une pierre, rien à mettre sur moi. J'aurai l'air misère comme tout. J'aimerais presque mieux ne pas aller à cette soirée.
Il reprit :
- Tu mettras des fleurs naturelles. C'est très chic en cette saison-ci. Pour dix francs tu auras deux ou trois roses magnifiques.
Elle n'était point convaincue.
- Non... il n'y a rien de plus humiliant que d'avoir l'air pauvre au milieu de femmes riches.
Mais son mari s'écria :
- Que tu es bête ! Va trouver ton amie Mme Forestier et demande-lui de te prêter des bijoux. Tu es bien assez liée avec elle pour faire cela.
Elle poussa un cri de joie.
- C'est vrai. Je n'y avais point pensé.
Le lendemain, elle se rendit chez son amie et lui conta sa détresse.
Mme Forestier alla vers son armoire à glace, prit un large coffret, l'apporta, l'ouvrit, et dit à Mme Loisel :
- Choisis, ma chère.
Elle vit d'abord des bracelets, puis un collier de perles, puis une croix vénitienne, or et pierreries, d'un admirable travail. Elle essayait les parures (6) devant la glace, hésitait, ne pouvait se décider à les quitter, à les rendre. Elle demandait toujours :
- Tu n'as plus rien d'autre ?
- Mais si. Cherche. Je ne sais pas ce qui peut te plaire.
Tout à coup elle découvrit, dans une boîte de satin noir, une superbe rivière de diamants; et son cœur se mit à battre d'un désir immodéré. Ses mains tremblaient en la prenant. Elle l'attacha autour de sa gorge, sur sa robe montante. et demeura en extase devant elle-même.
Puis, elle demanda, hésitante, pleine d'angoisse :
- Peux-tu me prêter cela, rien que cela ?
- Mais oui, certainement.
Elle sauta au cou de son amie, l'embrassa avec emportement, puis s'enfuit avec son trésor.

Lire la suite

Coup de coeur... Anne Berest...

7 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Parfois, vos amis vous règlent votre compte, avec des paroles violentes qui vous blessent. Mais parce qu'ils visent juste, parce qu'ils voient en vous ce qu'il y a de plus caché, vos amis vous disent :

" C'est parce que je t'aime que je vois le visage que tu voudrais dissimuler. Et tout en voyant ce visage, je continue de t'aimer. De t'aimer mieux peut-être, t'aimer en meilleure connaissance de cause. Parce que toi et moi nous sommes pareils, des frères et sœurs d'actes inavouables."

Lorsqu'ils agissent ainsi, vos amis vous attachent à eux d'une façon bien plus forte que ne le feraient toutes les déclarations d'amour.

Lire la suite

Coup de coeur... Yasushi Inoué...

6 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Yasushi Inoué...

« Il va me tirer dessus ? » me demandai-je. Bien sûr, le fusil n’était pas chargé, mais il m’intéressait de voir si tu voulais me tuer. Je pris un air indifférent et fermai les yeux.

« Vise t-il mon épaule, mon dos, ou ma nuque ? » pensai-je.

J’attendis impatiemment d’entendre le claquement sec de la gâchette dans la quiétude de la pièce, mais il ne retentit jamais. Si je l’avais entendu, je serais tombé raide, car j’avais envisagé d’agir ainsi si j’avais été la cible chérie de celui qui avait été toute ma vie pendant des années…

A la longue, la patience m’abandonna, et précautionneusement, j’ouvris les yeux afin de te regarder en train de me viser. Je restai ainsi un certain temps. Mais, tout à coup, cette comédie me parut ridicule, et je fis un mouvement. Et quand mon regard se porta vers toi, tu détournas vivement de moi le canon du fusil. Tu te mis à viser les roses alpestres que tu avais rapportés du mont Amagi et qui avaient fleuri cette année pour la première fois, et enfin tu pressas la détente. Pourquoi ne pas avoir tué ta volage épouse ? Je méritais, assez, je pense, à cette époque, d’être abattue. Tu avais clairement l’intention de m’assassiner et pourtant tu n’as pas pressé la détente.

Lire la suite

Coup de coeur... Liu Xiaobo...

5 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Littérature

Coup de coeur... Liu Xiaobo...

Puisque, pour le libéralisme orthodoxe, le meilleur gouvernement est celui qui s’occupe du moins de choses, la politique dont les masses populaires s’occupent le moins est la meilleure politique ; puisque la liberté négative c’est « la liberté de ne pas intervenir dans les affaires d’autrui ou de ne pas forcer autrui à faire quelque chose » et ce n’est pas « la liberté… de faire quelque chose de sa propre initiative », nous n’avons pas besoin de nous battre pour obtenir quelque chose. Ainsi, la philosophie du retrait du monde de Laozi et Zhuangzi est gratifiée par les prétendus intellectuels libéraux du nom de libéralisme, ce qui est de la philosophie du porc à 100% – ceux qui ont été chassés vers la porcherie ou qui s’y sont enfuis attendent qu’on vienne les nourrir, voilà tout.

Or, l’histoire montre que partout où règne la liberté, que ce soit la « liberté négative » ou la « liberté positive », elle ne serait jamais advenue si quelqu’un n’avait pas pris l’initiative de se battre, d’agir pour l’obtenir. Même la liberté à l’anglaise, dont ces intellectuels parlent avec délectation, n’a été possible que parce qu’il y a eu la « glorieuse révolution ».

Et les intellectuels libéraux ? Leur mode d’action correspond à la mise en œuvre dans la pratique du prétexte de la « liberté négative ». Leur mode de vie respecte les règles, il n’a rien de libéral, certains d’entre eux sont même obsédés par leurs intérêts, ils ne font pas preuve du minimum de sincérité et de sens moral et ne risquent pas de provoquer leurs supérieurs.

Aussi, les milieux intellectuels libéraux soumis à des pressions répétées du gouvernement ne sauraient-ils ouvertement défier le pouvoir pour défendre leur droit à la liberté d’expression, et encore moins créer des groupes de pression de la société civile organisés ou para-organisés ; ils ne sauraient non plus lancer des appels collectifs en faveur des jeunes paysans auxquels on a coupé la langue, afin de défendre l’équité sociale. Leur libéralisme est cantonné dans leur bureau, chacun pour soi, et ils mènent une résistance par l’écrit, sur les bandes, en ordre dispersé ; il n’y a aucune chance, quitte à perdre la face, que, par leurs actions, ils brisent ouvertement le mur de verre que les deux parties connaissent bien. Pour parler franchement, dans leur jeu avec le système existant qui dure depuis longtemps, ils ont, en leur for intérieur, établi une ligne rouge, qu’ils savent ne pas devoir franchir s’ils veulent que leur sécurité physique et leurs intérêts matériels soient garantis. Pourvu qu’il n’y ait pas d’appel public à l’action ni de résistance collective, le pouvoir ne réagira pas. Cette ligne rouge observée par les élites intellectuelles libérales est une auto-limitation provoquée par l’intériorisation de la terreur externe, et équivaut à un engagement tacite envers le pouvoir.

La philosophie du porc, caractérisée par la polarisation sur l’économie et la primauté de l’intérêt, a entamé, sous prétexte d’introspection, une critique du radicalisme et l’élimination de l’idéalisme.

Le problème ne vient pas de l’importance de l’économie et de la richesse matérielle dans le monde réel, parce que la modernisation comporte en elle-même de fortes tendances à la sécularisation – ce que Max Weber a qualifié de « désenchantement » de la modernité. Il est tout à fait normal et rationnel, conforme au besoin naturel des personnes ordinaires et aux dispositions de la nature humaine elle-même, qu’après avoir vécu la période de Mao Zedong caractérisée par une extrême pénurie matérielle, digne de l’ascétisme des moines bouddhistes, et « une révolution violente allant jusqu’au fond de l’âme », les Chinois se tournent vers une vie fondée sur l’intérêt économique et la jouissance matérielle. Il n’y a pas si longtemps, on nous a privés par la force du droit de poursuivre le bonheur séculier ; or nul n’a le droit de dépouiller les gens ordinaires de ce droit. Toutefois, l’apparition dans les élites chinoises de l’hédonisme, qui accorde la primauté à l’économie, n’est pas le produit naturel de difficultés d’existence, mais la conséquence de leur soumission à la terreur institutionnalisée.

Aujourd’hui l’indignité de la Chine, c’est précisément la belle union de la laideur de la terreur totalitaire, de l’horreur de la lâcheté humaine et de la hideur de la cupidité, c’est un summum de médiocrité jamais atteint auparavant et qui ne sera jamais dépassé. Bien sûr, je ne veux pas dire qu’il n’y a absolument aucun libéral qui ose briser ce mur de verre, mais qu’une personne comme le vieux Li Shenzhi représente un cas isolé, et que les élites libérales dans leur ensemble n’osent pas s’inspirer de son exemple. Je ne veux pas non plus dire que ces dernières années les intellectuels libres n’ont rien accompli, mais simplement souligner la situation concrète dans laquelle ils se trouvent. Ces dernières années, ils ont remporté des succès indéniables en ce qui concerne l’écriture de l’histoire, la mise en évidence des problèmes actuels et la propagation des idées libérales.

Si tragique que soit l’échec du 4 Juin, il a tout de même révélé la bonté, le sens de la justice et l’esprit de sacrifice des gens ordinaires ; car, enfin, la fin d’une jeune vie de dix-sept ans a éveillé la conscience profondément endormie de deux intellectuels ayant grandi sous l’enseignement du PCC, et les a conduits à rassembler un groupe de victimes; elle a au fond permis aux gens de comprendre la nature du pouvoir despotique et de ne plus croire à la légitimité morale du PCC ni à sa propagande idéologique ; elle a tout de même abouti à la création d’un mouvement d’opposition de la société, public et durable ; elle a, pour la première fois depuis que le PC est au pouvoir, suscité l’apparition d’un vieux communiste qui, de son plein gré et pour des raisons morales, a abandonné sa position de secrétaire général, le pouvoir et les privilèges qui lui sont associés, et a conduit un grand nombre de membres des élites au sein du système sur la voie de la révolte. Tout cela deviendra une mémoire éternelle de la ferveur de la lutte pour la liberté et la dignité ; ou, en d’autres termes, jusqu’à ce jour et à l’avenir, elle représentera le plus précieux encouragement moral de notre vie, car elle a enfin fourni à notre nation lâche et médiocre une occasion de se comporter avec courage, dignité et noblesse.

On ne peut se résoudre à une vie de porc, l’homme a besoin de liberté

Sous la dictature du parti unique où le pouvoir fort peut toujours priver les citoyens de leurs droits fondamentaux, pour établir un système libre où chacun a le droit d’être égoïste et de poursuivre le bonheur séculier, il faut s’appuyer sur la noblesse et l’altruisme et sur le sens de la justice de l’humanité. Pour gagner la liberté négative qui permet d’éviter les interventions et la contrainte de la part d’autrui, il faut avoir un esprit libre consistant à prendre l’initiative et à se battre pour arriver à ses fins. Nous avons besoin de pain mais, en tant qu’êtres humains, nous avons encore plus besoin de liberté. Ces hommes qui ne se résignent pas à la vie de porc, ces passionnés qui veulent encore rassembler les ressources morales de la Chine avec leur sens moral et leur courage, doivent être dotés d’une noblesse innée, et conserver l’espoir face à une situation presque désespérante de ruine de la morale.

La Philosophie du Porc, collection Bleu de Chine, Gallimard

Lire la suite

Coup de coeur... José Maria de Heredia...

3 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... José Maria de Heredia...

Le naufragé

Avec la brise en poupe et par un ciel serein,
Voyant le Phare fuir à travers la mâture,
Il est parti d'Egypte au lever de l'Arcture,
Fier de sa nef rapide aux flancs doublés d'airain.

Il ne reverra plus le môle Alexandrin.
Dans le sable où pas même un chevreau ne pâture
La tempête a creusé sa triste sépulture ;
Le vent du large y tord quelque arbuste marin.

Au pli le plus profond de la mouvante dune,
En la nuit sans aurore et sans astre et sans lune,
Que le navigateur trouve enfin le repos !

Ô Terre, ô Mer, pitié pour son Ombre anxieuse !
Et sur la rive hellène où sont venus ses os,
Soyez-lui, toi, légère, et toi, silencieuse.

                    ______________________________________________

Les conquérants

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde Occidental.

Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré ;

Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.

                  ________________________________________________

La flûte

Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons.
Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fièvre,
Ô chevrier, le son d'un pipeau sur la lèvre
Qu'accompagne un bruit frais de source entre les joncs.

A l'ombre du platane où nous nous allongeons
L'herbe est plus molle. Laisse, ami, l'errante chèvre,
Sourde aux chevrotements du chevreau qu'elle sèvre,
Escalader la roche et brouter les bourgeons.

Ma flûte, faite avec sept tiges de ciguë
Inégales que joint un peu de cire, aiguë
Ou grave, pleure, chante ou gémit à mon gré.

Viens. Nous t'enseignerons l'art divin du Silène,
Et tes soupirs d'amour, de ce tuyau sacré,
S'envoleront parmi l'harmonieuse haleine.

                   ______________________________________________

Le lit

Qu'il soit encourtiné de brocart ou de serge,
Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,
C'est là que l'homme naît, se repose et s'unit,
Enfant, époux, vieillard, aïeule, femme ou vierge.

Funèbre ou nuptial, que l'eau sainte l'asperge
Sous le noir crucifix ou le rameau bénit,
C'est là que tout commence et là que tout finit,
De la première aurore au feu du dernier cierge.

Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon
Triomphalement peint d'or et de vermillon,
Qu'il soit de chêne brut, de cyprès ou d'érable ;

Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords
Dans le lit paternel, massif et vénérable,
Où tous les siens sont nés aussi bien qu'ils sont morts.

 

Lire la suite

Coup de coeur... Peter Weiss...

1 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Histoire

Coup de coeur... Peter Weiss...

J'étais là
Lorsque Kaduk fit sortir de l'infirmerie
Des centaines de détenus
Un petit garçon a sauté
Il avait une pomme à la main
Alors Boger est sorti
L'enfant était là avec sa pomme
Boger est allé vers lui
Il l'a pris par les pieds
Et lui a fracassé la tête contre la baraque
Puis il a ramassé la pomme
Il m'a appelé et m'a dit
Vous essuierez ça sur le mur
Un peu plus tard à l'interrogatoire
Je l'ai vu
En train de manger la pomme.

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>