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Vivement l'Ecole!

litterature

A lire... "Alicia Gallienne, étoile filante de la poésie"...

1 Février 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Littérature

A lire... "Alicia Gallienne, étoile filante de la poésie"...

C’est une tombe toute blanche au cimetière du Montparnasse, non loin du cénotaphe de Baudelaire. Une alcôve de verdure grimpante, avec une grande croix sculptée et un quatrain gravé dans la pierre. « (…) Mon âme saura s’évader et se rendre (…). » Morte à 20 ans d’une maladie du sang, Alicia Maria Claudia Gallienne a écrit des centaines de poèmes entre 1986 et 1990. « Qu’importe ce que je laisserai derrière moi, pourvu que la matière se souvienne de moi, pourvu que les mots qui m’habitent soient écrits quelque part et qu’ils me survivent », écrivait-elle à Sotogrande, dans la propriété de sa famille maternelle en Espagne.

Les quatre lignes inscrites sur sa tombe, déjà érodées par le temps, sont longtemps restées la seule trace visible de son œuvre. Quelques années encore et les mots se fondront dans le grain de la pierre. Envolés, comme la dernière image d’Alicia dans son cercueil, le visage serti dans la mantille blanche des mariées sévillanes. Peu après sa mort, afin de ne pas la laisser seule dans la sépulture de Montparnasse, sa mère, Silvita, avait fait rapatrier d’Andalousie la dépouille d’un grand-oncle d’Espagne, un comte de Castilleja de Guzmán, trépassé en 1970, année de la naissance d’Alicia.

Un ovni de 400 pages

Un après-midi de janvier, trente ans après la mise en bière, une longue femme brune s’avance vers la tombe, se recueille un instant devant la jeune poète disparue et l’objet qu’elle vient de déposer doucement sur la pierre. Ce livre de la collection « Blanche » de Gallimard, L’autre moitié du songe m’appartient, par Alicia Gallienne, qui sort ce 6 février, tient du miracle.

Sans la longue femme brune, Sophie Nauleau, écrivaine et éditrice, et sans le comédien et réalisateur Guillaume Gallienne, cousin d’Alicia, ce pavé de près de 400 pages, ovni dans le petit monde de la poésie, n’aurait jamais été imprimé. Et il n’aurait pas connu un tirage de 4 000 exemplaires, un chiffre très élevé pour de la poésie, genre littéraire loin de tous les classements de vente. « Et si Alicia avait eu un destin tout tracé, ses poèmes n’auraient pas été publiés, du moins pas dans leur intégralité, ou presque, ni dans cette collection prestigieuse, raconte Sophie Nauleau, mais il y a des moments où la mort a une force de révélation plus forte que la vie. »

(...)

Pascale Nivelle

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

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Nos pas dans le sable...

31 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Nos pas dans le sable...
Mes pas dans le sable
Tes pas dans mes pas et peut-être l'inverse
Des heures à regarder le bleu, vif reflet dans tes yeux sombres
Bach à portée du coeur, partagé dans la lumière.
Le vent frais venu du large
Sans rien d'autre que nous
Au coeur de l'horizon que nous avons atteint
Enfin…
 
Tu me ressembles parce que je te ressemble
Différents et semblables
En quête d'ailleurs, d'ici où nous sommes,
Sur cette plage déserte et perdue dans le monde
Refait à notre image mais d'abord à la tienne
Celle de ton sourire, de ton esprit rebelle
Sur les dunes enfiévrées aux griffes de sorcières…
 
Je ne vois que toi.
 
Tu es la mer, le soleil et le vent
Tu es la vie
L'amie permanente et choisie,
Rêve généreusement offert.
Le bruit, les vagues en rouleaux sur la violence
Des temps ruisselant sur ta peau sans l’abîmer jamais.
Aucune prise sur toi sinon l'éternité de la beauté d'un soir
Tombant vaporeusement tel un drap déposé
Lentement, doucement,
Sur le couple endormi, heureux et reposé…
 
Qui es-tu d'autre que moi-même
Un miroir magicien aux étoiles accrochées
Firmament des souvenirs à venir...
 
Viens ! Prends ma main…
Nos pas dans le sable
À l’infini…
 
CC
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Coup de coeur... Jean Cocteau...

31 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

La poésie est une religion sans espoir. Le poète s'y épuise en sachant que le chef d'oeuvre n'est, après tout, qu'un numéro de chien savant sur une terre peu solide.

 

Bien sûr, il se console sous prétexte que l'oeuvre participe à quelque mystère plus solide. Mais cet espoir vient de ce que tout homme est une nuit (abrite une nuit), que le travail de l'artiste sera de mettre cette nuit en plein jour, et que cette nuit séculaire procure à l'homme, si limité, une rallonge d'illimité qui le soulage. L'homme devient alors pareil à un paralytique endormi, rêvant qu'il marche.

 

La poésie est une morale. J'appelle une morale un comportement secret, une discipline construite et conduite selon les attitudes d'un homme refusant l'impératif catégorique, impératif qui fausse des mécanismes.

 

Cette morale particulière peut paraître l'immoralité même au regard de ceux qui se mentent ou qui vivent à la débandade, de sorte que notre vérité leur deviendra mensonge.

 

C'est en vertu de ce principe que j'ai écrit : Genet est un moraliste et «Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité», phrase dont les ânes firent leur herbe tendre. Ils s'y roulent. Cette phrase signifiait que l'homme est socialement un mensonge. Le poète s'efforce de combattre le mensonge social surtout lorsqu'il se ligue contre sa vérité singulière et l'accuse de mensonge.

Jean Cocteau - Journal d'un inconnu

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Coup de coeur... Elsa Morante...

30 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Elsa Morante...
À la rencontre promise, nécessaire et impossible
 
aujourd'hui je retente cette frontière effacée des lieux.
 
J'ai marqué de la croix le point de l'eau amère.
 
CELA COMMENÇA PAR QUELQUES DÉGOÛTS.
 
Grâce ou perdition, les danses commencent
 
et moi je suis chassé de toutes les pièces humaines.
 
Je m'avance comme esclave dans les Indes ensevelies
 
d'une Arctique de splendeurs extrêmes, intouchable par la nuit.
 
Non contaminée par les haleines, sauve de l'océan sanglant
 
est la patrie désertique sans portes ni horizon.
 
Je reconnais ses géométries funéraires
 
les idéogrammes non déchiffrables où chaque histoire est prévisible.
 
Multipliées par les glaçons d'un iris fixe
 
le long des flamboyantes galeries du spectre
 
les figures perverses des lares se perdent
 
dans le dernier feu blanc qui nie les formes.
 
L'espace se dénature à dimension d'horreur
 
mais parcourir le camp est la loi. Le centre extirpé
 
tend vers ses rayons déchirants. Le corps est cendre.
 
Unique point le battement du coeur écrasé
 
vivant encor.
 
Aide-moi aide-moi saveur douce.
 
Elsa Morante, extrait de « IV La rage du scandale », in deuxième partie « La Comédie chimique », in Le Monde sauvé par les gamins, traduit de l'italien par Jean-Noël Schifano, Collection Blanche, nrf/Gallimard, 1991, pages 134 –135.
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Coup de coeur... Mélina Mercouri... DISCOURS DE 1986 A L'OXFORD UNION...

29 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Monsieur le Président, Honorables membres, Mesdames, Messieurs,
 
Permettez-moi d'abord de remercier l'Oxford Union d'avoir présenté cette résolution de débat, et de la remercier de m'avoir invitée. Je crois qu'il est bon que ce soir une voix grecque puisse être entendue. Même une voix avec mon pauvre accent. Je l'entends et j'en grimace. Il me rappelle ce que Brendan Behan avait dit un jour d'un homme de radio : "Il parle comme s'il avait les Marbres d'Elgin dans la bouche".
 
Il y a encore d'autre remerciements que je dois exprimer: aux nombreux citoyens britanniques qui ont défendu la position de mon gouvernement, aux Honorables Membres des deux Chambres qui ont manifesté leur intérêt et leur sympathie pour la restitution, aux participants au débat de ce soir, et bien sûr, pour les efforts qu'il accomplit afin d'apporter au peuple anglais la vérité sur la question, ma gratitude la plus profonde au Comité Britannique pour la Restitution des Marbres du Parthénon.
 
Car il s'agit bien des Marbres du Parthénon. Il n'existe pas de Marbres d'Elgin.
 
Il y a un David de Michel-Ange.
 
Il y a une Vénus de Léonard de Vinci.
 
Il y a un Hermès de Praxitèle.
 
Il y a un Pêcheurs en mer de Turner.
 
Il n'y a pas de Marbres d'Elgin !
 
Vous savez, on dit que les Grecs sont un peuple fervent et qu'ils ont le sang chaud. Eh bien permettez-moi de vous dire une chose : c'est vrai. Et je ne suis pas reconnue comme une exception. Sachant ce que ces sculptures représentent pour le peuple grec, il n'est pas facile d'évoquer leur enlèvement de Grèce sans être passionnée, mais je vais essayer, je vous le promets.
 
J'ai reçu de l'un de vos éminents professeurs le conseil de raconter l'histoire, de raconter comment ces Marbres ont été enlevés à Athènes pour être apportés sur les rivages de l'Angleterre. J'ai protesté : l'histoire est trop connue. On m'a répondu que s'il y avait une seule personne dans l'assistance pour qui les faits étaient un peu vagues, alors, il fallait raconter cette histoire. Alors, aussi brièvement que je pourrai, la voici.
 
Nous sommes à la fin du XIXe siècle. Napoléon médite sur le risque qu'il courrait en envahissant l'Angleterre. Il conclut que ce n'est pas une très bonne idée. A la place, il envahit l'Egypte, qu'il arrache à l'autorité turque. Les Turcs n'apprécient pas du tout. Ils rompent les relations diplomatiques avec la France. Ils déclarent aussi la guerre. L'Angleterre juge que c'est un moment épatant pour nommer un ambassadeur en Turquie.
 
Entrée en scène de Lord Elgin. C'est lui qui a le poste. Il vient d'épouser la ravissante Mary Nisbett, et il termine l'aménagement de son château. Son architecte lui parle des merveilles de l'architecture et des sculptures grecques, et il suggère que ce serait une idée merveilleuse de faire des moulages en plâtre des véritables objets d'Athènes. "Merveilleuse en vérité.", dit Elgin. Et d'organiser un groupe de gens capables de faire des dessins d'architecture, dirigés par un peintre de qualité, qui se trouve être Giovanni Lusieri, un artiste italien.
 
Je ne peux pas résister à la tentation de prendre un moment pour une anecdote. Elgin avait auparavant pris contact avec Turner. Oui, le grand Turner. Le jeune peintre se montra intéressé. Lord Elgin posa ses conditions: chaque dessin, chaque croquis fait par Turner resterait la propriété de sa Grâce. A ses moments perdus, il donnerait des cours de dessin à Lady Elgin. "D'accord, dit Turner, mais je veux £400 par an." Non non, dit Lord Elgin, c'est trop, beaucoup trop. Alors, pas de Turner. Fin de l'anecdote.
 
Le chapelain de l'équipe d'Elgin était le Révérend Philip Hunt. Je n'en parlerai pas avec beaucoup de révérence. Si je devais faire l'exception de Lord Elgin, le méchant en chef de l'histoire, pour moi, ce serait le Révérend Hunt. On en reparlera. Les Elgin sont reçus avec faste à Constantinople. On échange des cadeaux somptueux. Les vents de la guerre sont favorables aux Anglais et le Sultan est ravi. Maintenant, nous passons en Grèce, cette Grèce occupée depuis près de quatre cents ans maintenant par l'Empire Ottoman.
 
L'équipe d'Elgin arrive à Athènes. Pour contrôler Athènes, les Turcs avaient nommé deux gouverneurs, un civil et un militaire. On a beaucoup parlé, et on continue à parler du peu d'intérêt des Turcs pour les trésors de l'Acropole. Pourtant il a fallu six mois pour que l'équipe d'Elgin ait le droit d'y accéder. Mais ils y sont parvenus : cinq livres par visite dans la poche du gouverneur militaire. Ce fut le début d'une procédure de corruption des fonctionnaires turcs qui ne devait prendre fin qu'une fois les marbres mis en caisses et embarqués pour l'Angleterre.
 
Pourtant, quand les échafaudages furent montés et les moulages prêts à être faits, soudain arrivèrent des rumeurs d'une préparation de la France à l'action armée. Le gouverneur turc ordonna à l'équipe d'Elgin de descendre de l'Acropole. Cinq livres par visite ou pas, l'accès à l'Acropole était verboten. Il n'y avait qu'une manière d'y remonter : qu'Elgin mette encore en oeuvre son influence auprès du Sultan de Constantinople, qu'il obtienne un document appelé firman, ordonnant aux autorités d'Athènes de permettre la poursuite du travail.
 
Le Révérend Hunt va à Constantinople voir Lord Elgin. Il demande que les documents mentionnent le fait que les artistes - notez bien le mot - sont au service de l'Ambassadeur extraordinaire de Grande-Bretagne. Elgin va voir le Sultan, il obtient son firman. Le texte de ce firman est composé de manière assez tortueuse. Permettez-moi de vous lire les ordres donnés par le Sultan, et qui sont en rapport avec notre sujet. Je cite :
 
"Que les artistes ne rencontrent aucune opposition lorsqu'ils se déplacent, qu'ils observent, qu'ils contemplent les images et les édifices qu'ils peuvent souhaiter dessiner ou copier; ni lorsqu'ils moulent en craie ou en plâtre lesdits monuments et les figures visibles; ni lorsqu'ils font des excavations, lorsqu'ils le jugent nécessaire, pour trouver des inscriptions parmi ce qui rest rejeté. Qu'ils ne soient pas empêchés d'emporter des fragments de pierre portant des inscriptions ou des figures."
 
(La traduction Hunt présentée par la suite au Comité Particulier dit : - qualche pezzi di petra - quelques morceaux de pierre).
 
Ces instructions sont transmises aux gouverneurs et ces précisions inscrites dans le firman -- en raison des excellentes relations entre les deux pays - je cite encore:
 
"... particulièrement parce qu'il n'y a aucun mal à ce que lesdits édifices soient ainsi vus, contemplés et dessinés".
 
Sitôt le firman transmis à Athènes, une attaque en règle, fiévreuse, terrifiante, est menée contre un édifice que, jusqu'à nos jours, beaucoup considèrent comme le plus pur, le plus beau de la création humaine.
 
Lorsqu'on s'attaqua au portique des Caryatides de l'Erechteion, la fièvre monta tellement que le Révérend Hunt émit l'idée que la totalité de l'édifice pourrait être emportée si seulement on pouvait dépêcher pour le prendre un gros navire de guerre britannique. Lord Elgin était enchanté de cette idée et demanda l'envoi d'un navire. La requête ne fut pas considérée comme extravagante, mais à ce moment, il n'y avait aucun navire disponible. (Imaginez ce qui se serait passé s'il y en avait eu un).
 
Raconter toutes ces horreurs demanderait beaucoup de temps et beaucoup de maîtrise de soi. Les mots "pillage", "dilapidation", "dévastation impudente", "écrasement et ruine lamentables" ne sont pas de moi maintenant. Ils ont été prononcés par les contemporains d'Elgin. Horace Smith désignait Elgin comme un "voleur de marbre". Lord Byron l'appela pillard. Thomas Hardy, plus tard, devait parler des marbres comme de "captifs en exil".
 
Mon gouvernement a demandé la restitution des Marbres du Parthénon. Il s'est vu opposer un refus. Mais qu'il soit bien établi que nous ne renoncerons jamais à notre requête. Permettez-moi d'énumérer les arguments qui sont constamment opposés contre la restitution et de les traiter un par un.
 
D'abord on nous dit que les Marbres ont été obtenus à la suite d'une transaction en règle. Je demande si la corruption de fonctionnaires peut être opposée à une "transaction en règle". Lorsque le Comité Particulier mis en place étudiait la proposition de rachat des Marbres à Sa Grâce, Elgin lui a soumis un rapport détaillé de des dépenses pour leur obtention. Faisant état, je le cite, des "obstacles, interruptions et du découragement créés par les caprices et les préjugés des Turcs", il inscrit dans sa comptabilité une dépense de £21.902 pour des cadeaux aux autorités d'Athènes. Au moins, c'est une somme convenable. Et, bien sûr, il faut poser la question: Est-il convenable de traiter avec les Turcs pour obtenir le bien le plus précieux des Grecs, alors que la Grèce est sous l'occupation et la domination turque?
 
Un deuxième argument qui perdure, bien qu'il ait été réfuté avec irritation par les nombreux Anglais voyageant en Grèce à l'époque est que:
 
"... les Grecs ignorants, superstitieux, étaient indifférents à leur art et à leurs monuments."
 
Cela implique, bien sûr, qu'ils n'aient eu ni yeux, ni conscience, ni coeur. Qui? Ces Grecs qui, longtemps après Périclès, ont créé les miracles de l'art Byzantin? Ces Grecs qui même sous l'occupation turque, ont créé des écoles entières d'art et de techniques? Ces Grecs qui, malgré quatre cents ans de domination turque ont conservé inexorablement leur langue et leur religion? Ces Grecs qui, dans leur lutte pour l'indépendance ont envoyé aux soldats turcs des balles contre eux-mêmes, oui, contre eux-mêmes:
 
Les soldats turcs assiégés sur l'Acropole étaient à court de munitions. Ils ont commencé à s'attaquer aux grandes colonnes pour en prendre le plomb afin de fabriquer des balles. Les Grecs leur ont envoyé des munitions avec ce message: "Voici des balles, ne touchez pas aux colonnes".
 
Après l'acquisition de l'indépendance, une des premières lois votées par le gouvernement grec fut pour la protection et la préservation des monuments. De l'indifférence ? Nous considérons une telle accusation comme monstrueuse. Vous avez certainement entendu dire, mais permettez-moi de le répéter, ce qu'un Grec, la mort dans l'âme, avait dit à un membre de l'équipe d'Elgin, et qu'a rapporté J.C. Hobhouse. "Vous avez emporté nos trésors. Prenez-en bien soin. Un jour, nous réclamerons leur retour". Pouvons-nous croire que cet homme ne parlait qu'en son nom propre?
 
Récemment, a été proposée une théorie nouvelle, celle-ci est une petite merveille. Mr Gavin Stamp, que j'aurai l'honneur de rencontrer ce soir, avance l'idée que les Grecs actuels ne sont pas les descendants de Périclès. Bigre! On nous a pris nos marbres. Qui va maintenant prétendre à un droit sur les ossements de nos ancêtres ?
 
En tant que Ministre de la Culture, j'invite ici Mr Stamp à venir à Athènes. Je lui organiserai une émission de télévision à une heure de grande écoute pour qu'ils puisse apprendre aux démographes grecs et au peuple grec qui ils sont.
 
Argument numéro 3. Si les marbres sont restitués, cela créera un précédent qui pourrait mener au vidage des musées. Excusez-moi, mais c'est du boniment. Qui va demander et qui va obtenir le vidage des musées?
 
Permettez-moi de redire que nous considérons les musées de tous les pays comme un besoin social et culturel vital, qui doit être protégé. J'ai dit et répété que ce que nous réclamons, c'est une partie intégrante d'une structure qui a été mutilée. Dans le monde entier, le nom de notre pays est immédiatement associé au Parthénon.
 
Tout ce que nous demandons, c'est quelque chose d'unique, quelque chose qui n'a pas d'égal, quelque chose qui est spécifique de notre identité. Et, mes chers amis, s'il y avait l'ombre de l'ombre d'un danger pour les musées, pourquoi le Conseil International des Musées aurait-il recommandé la restitution, comme il l'a fait?
 
Argument numéro 4. D'un cru plus récent, celui-ci. La pollution ! La pollution sur l'Acropole. Qu'est-ce que cela veut dire? Lorsque Londres affrontait le grave problème de la pollution, y a-t-il eu des cris d'alarme pour les marbres? Bien sûr que non. Pour la simple raison qu'ils étaient logés à l'intérieur du British Museum. Eh bien nous n'avons jamais prétendu que nous remettrions les sculptures à leur place sur la frise. Nous sommes bien persuadés que cele ne peut pas se faire. Au contraire, mon gouvernement a bien établi que le jour où Athènes se verra rendre ses marbres, il y aura, prêt à les accueillir, tout près de l'Acropole pourqu'ils soient dans leur contexte, un beau musée, avec les systèmes de sécurité et de conservation les plus élaborés.
 
Puis-je ajouter que nous sommes fiers du travail qui se fait sur l'Acropole. La présentation de ce travail a été faite lors d'un congrès des plus grands archéologues du monde invités à Athènes. Leurs compliments ont été unanimes, enthousiastes, et gratifiants. Depuis lors, ce travail a fait l'objet d'expositions dans les principales villes d'Europe. Il a été aimablement reçu par le British Museum de Londres. Le Financial Times a écrit un rapport sur la qualité de ce travail, et l'habileté exemplaire des restaurateurs grecs. J'ai demandé que des copies soient mises à la disposition de ceux d'entre vous qui pourraient être intéressés.
 
L'argument le plus souvent mis en avant est que l'enlèvement des Marbres les a sauvés de la barbarie des Turcs. Nier le vandalisme turc me mettrait ici en position de faiblesse. Pourtant, le fait est que les Turcs n'ont donné à Elgin aucune permission d'enlever des sculptures des oeuvres ou des murs de la citadelle, et qu'avec la bénédiction du Révérend Hunt, ils ont été enlevés de la manière la plus barbare. Je cite une lettre de Lusieri à Elgin:
 
"J'ai, Monseigneur, le plaisir de vous annoncer la prise de la huitième métope, celle où un centaure enlève une femme. Ce fragment nous a causé bien des ennuis à tous égards et j'ai dû me montrer un peu barbare."
 
Dans une autre lettre, il espérait
 
"... que les actes de barbarie que j'ai été contraint de commettre pour votre service pourront être oubliés."
 
Edward Dodwell écrit:
 
"J'ai subi la mortification indicible d'être présent lorsque le Parthénon a été dépouillé de ses plus belles sculptures. J'ai vu descendre plusieurs métopes de l'extrémité sud-est du temple. Elles étaient fixées entre les triglyphes comme dans une rainure, et pour les soulever, il a fallu mettre à bas la magnifique corniche par laquelle ils étaient couverts. L'angle sud-est du fronton a subi le même sort; et au lieu de le beauté pittoresque et de l'excellent état de conservation où je l'ai vu à l'origine, il est maintenant totalement réduit à un état de désolation et de ruine. On ne peut qu'exécrer l'esprit de barbarie qui a poussé à briser et à mutiles, à piller et à renverser les nobles oeuvres qu'avait commandées Périclès, et qu'avaient exécutées le génie sans rival de Phidias et d'Ictinos. "
 
Un autre témoin, Robert Smirke, écrit:
 
"J'étais particulièrement affecté quand je vis les déprédations commises pour accéder aux bas-reliefs des murs de la frise. Chaque pierre en tombant, faisait trembler le sol de son poids énorme, avec un son creux et sourd; on eût dit un grognement convulsif de l'esprit du temple blessé."
 
Edward Daniel Clarke fut parmi les témoins de la dévastation. Il écrit:
 
"Levant les yeux, nous vîmes à regret le vide qu'on venait de faire, et que tous les ambassadeurs de la terre, avec tous les souverains qu'ils représentent, aidés de toutes les ressources que peuvent apporter la fortune et le talent, ne sauront jamais réparer. "
 
Voilà pour la barbarie.
 
En l'année 1816, un Comité Particulier est nommé pour étudier une proposition faite par Lord Elgin. Les marbres avaient été exposés en différents lieux et sous différents abris. Lord Elgin connaît des temps difficiles et offre de vendre les Marbres au gouvernement. Le Comité doit décider:
 
Par quelle autorité la collection a été acquise
Dans quelle circonstances l'autorité a été accordée.
Quelle est la valeur des Marbres en tant qu'oeuvre d'art.
Combien il faudrait dépenser pour un éventuel rachat.
 
Si vous lisez le rapport, vous verrez que la plus grande part des témoignages demandés concernait la qualité des marbres et le prix qu'il conviendrait de les payer. Mais, pour recommander leur achat, il fallait franchir un pas difficile: montrer que les circonstances de la transaction étaient correctes et que les Marbres avaient été acquis par Elgin, en tant que personne privée, et non par son influence en tant qu'Ambassadeur de Grande-Bretagne.
 
Je vous cite le rapport du Comité particulier:
 
"Le Comte d'Aberdeen, en réponse à une question demandant si l'autorité et l'influence d'une situation publique était, selon lui, nécessaire pour réussir à enlever ces marbres, répondit qu'il ne pensait pas qu'une personne privée ait pu réussir à enlever les vestiges que LordElgin a obtenus. "
 
(Le Comte d'Aberdeen, qui n'était pas moins qu'Elgin un ardent chasseur de trésors, était en Grèce à l'époque et en mesure de savoir.)
 
Je cite le rapport;
 
"Le Dr Hunt, qui avait sur ce point de meilleurs sources que toutes les autres personnes interrogées, exprima la ferme opinion qu'un sujet britannique qui n'aurait pas eu la position d'ambassadeur n'aurait pas été capable d'obtenir du gouvernement turc un firman accordant des pouvoirs aussi étendus."
 
Je cite le rapport:
 
"Le succès des armées britanniques et la restitution attendue de cette province à la Sublime Porte accomplit un changement merveilleux et instantané dans les dispositions de toutes les classes et dans les descriptions du peuple envers notre nation."
 
Et pourtant, et pourtant, écoutez ce que dit la conclusion du Comité particulier:
 
"Il ne peut être mis en doute que Lord Elgin se considérait comme agissant d'une manière entièrement distincte de sa position officielle. Mais que le gouvernement dont il obtint la permission ait ou ait pu le considérer comme tel, est une question qui ne peut être résolue que par conjecture et raisonnement, en l'absence et défaut de tout témoignane concluant."
 
(Si ce n'est pas là du double langage, alors qu'est-ce que c'est?)
 
Absence de témoignage concluant? Lord Elgin au Comité:
 
"J'ai dû traiter avec les plus hauts personnages de l'état."
 
Le Comité a-t-il pu croire une seconde qu'un simple citoyen pouvait obtenir de traiter avec les plus hauts personnages de l'état turc?
 
Lord Elgin parle au Comité de sa gratitude pour avoir eu les navires de Sa Majesté pour transporter les caisses des Marbres. Un citoyen ordinaire aurait-il eu à son service une navire de guerre royal?
 
Question du Comité au Révérend Hunt:
 
"Imaginez-vous que le firman donnait la permission directe d'enlever les statues et les fragments sculptés des murs des temples ou a-t-il dû s'agir d'un arrangement privé avec les autorités locales? "
 
Réponse de Hunt:
 
"C'est l'interprétation que le gouverneur d'Athènes a été incité à permettre qu'il comporte."
 
Incité par qui? Par une personne privée? Absence de témoignage concluant? Personne privée ou ambassadeur? Eh bien regardons le firman lui-même. La permission a été accordée à Lord Elgin "en raison de l'amitié entre le Sublime et Immortelle Cour Ottomane et celle de l'Angleterre".
 
Monsieur le Président, Honorables Membres, Mesdames et Messieurs, avec toutes mes excuses, s'il le faut, je vous soumets l'idée que l'avis du Comité selon lequel Lord Elgin a agi en tant que personne privée, était un sommet, soit de naïveté soit de bonne foi douteuse.
 
Mais c'était il y a cent soixante-dix ans. L'Angleterre est différente. Les concepts d'Empire et de conquête sont différents. La morale qui prévaut est différente. Il serait intéressant de savoir ce qu'un Comité aujourd'hui conclurait s'il examinait les témoignages de ceux qui ont été appelés devant le Comité de l'époque, et les jugements de ceux qui n'ont pas été appelés. Je parierais bien un peu - et même beaucoup, que l'issue serait différente.
 
J'ai pris sur votre temps et je sais que le débat est ce qui saisira les consciences. Je voudrais espérer que ce débat soulève quelques questions. J'ai là une petite liste:
 
Les marbres on-ils été pris contre toute justice? Et s'ils ont été pris contre toute justice, peut-il être juste qu'ils soient conservés.
S'il y avait justice à ce qu'ils soient pris, y a-t-il injustice à ce qu'ils soient rendus ?
Quelle valeur peut-on accorder à l'argument selon lequel si Elgin n'avait pas emporté les Marbres, d'autres Anglais ou des Français l'auraient fait?
Est-il important que 95% des Grecs n'aient jamais l'occasion de voir ce que la Grèce a créé de meilleur?
Est-il concevable qu'une Grèce libre ait autorisé l'enlèvement des Marbres?
 
L'Angleterre et la Grèce sont des amies. Le sang anglais a été répandu sur le sol grec dans la guerre contre le fascisme, et des Grecs ont donné leur vie pour protéger des pilotes anglais. Lisez Churchill, il vous dit à quel point le rôle de la Grèce a été crucial dans votre victoire décisive dans le désert contre Rommel.
 
L'année dernière a eu lieu une célébration de Shakespeare à l'Odéon d'Hérode Atticus, au pied de l'Acropole. Votre troupe de Covent Garden est venue avec le Macbeth de Verdi. Votre troupe du théâtre National est venue avec Coriolan. Ce furent des soirées inoubliables. Non seulement à cause d'un niveau artistique de premier ordre, mais aussi à cause d'une exceptionnelle communion entre les artistes britanniques et le public grec. Ian McKellen me pardonnera si je parle des larmes d'émotion et de celles de ses camarades lorsque le public, debout, leur a fait une ovation. Ces larmes concernaient un rapport entre deux peuples, concernaient l'amitié, concernaient Shakespeare joué dans un lieu sacré. C'était beau, c'était mémorable. Et c'est dans cet esprit d'amitié que nous vous disons : il y a eu une injustice, qui peut maintenant être corrigée.
 
Vous devez comprendre ce que représentent pour nous les Marbres du Parthénon. Ils sont notre fierté. Ils sont nos sacrifices. Il sont notre symbole d'excellence le plus noble.Ils sont notre contribution à la philosophie démocratique. Ils sont notre aspiration et notre nom. Ils sont l'essence même de notre grécité.
 
Nous sommes prêts à dire que nous déclarons l'entreprise d'Elgin tout entière sans rapport avec le présent. Nous disons au gouvernement britannique : Vous avez conservé ces sculptures pendant presque deux siècles. Vous en avez pris soin autant que vous le pouviez, ce dont nous vous remercions. Mais maintenant, au nom de ja justice et de la morale, s'il vous plaît, rendez-les nous. j'espère sincèrement qu'un tel geste de la part de la Grande Bretagne honorera votre nom pour toujours.
 
Je vous remercie.
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Coup de coeur... Nikos Kazantzakis...

27 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Je suivais des yeux la fumée qui s'enroulait et se déroulait dans le clair-obscur et se dissipait lentement. Et mon âme s'enlaçait à cette fumée, se perdait lentement en volutes bleues. Un long moment s'écoula et je sentais, sans l'intervention de la logique, avec une indicible certitude, l'origine, l'épanouissement et la disparition du monde. Comme si j'étais de nouveau plongé, mais cette fois sans les mots trompeurs et les jeux acrobatiques et imprudents de l'esprit, dans Bouddha. Cette fumée est l'essence de son enseignement, ces spirales mourantes, c'est la vie qui aboutit, tranquille, sereine et heureuse, au nirvana bleu. Je ne réfléchissais pas, je ne cherchais rien, je n'avais aucun doute. Je vivais dans la certitude.

Nikos Kazantzakis - Zorba

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Coup de coeur... Alain-Fournier...

26 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Une à une, les voitures s’en allaient ; les roues grinçaient sur le sable de la grande allée. Et, dans la nuit, on les voyait tourner et disparaître, chargées de femmes emmitouflées, d’enfants dans des fichus, qui déjà s’endormaient. Une grande carriole encore ; un char à bancs où les femmes étaient serrées épaule contre épaule passa, laissant Meaulnes interdit, sur le seuil de la demeure. Il n’allait plus rester bientôt qu’une vieille berline que conduisait un paysan en blouse. “Vous pouvez monter, répondit-il aux explications d’Augustin, nous allons dans cette direction.”

Péniblement, Meaulnes ouvrit la portière de la vieille guimbarde, dont la vitre trembla et les gonds crièrent. Sur la banquette, dans un coin de la voiture, deux tout petits enfants, un garçon et une fille, dormaient. Ils s’éveillèrent, au bruit et au froid, se détendirent, regardèrent vaguement, puis en frissonnant se renfoncèrent dans leur coin et se rendormirent…

Déjà la vieille voiture partait. Meaulnes referma plus doucement la portière et s’installa avec précaution dans l’autre coin ; puis, avidement, s’efforça de distinguer à travers la vitre les lieux qu’il allait quitter et la route par où il était venu : il devina, malgré la nuit, que la voiture traversait la cour et le jardin, passait devant l’escalier de sa chambre, franchissait la grille et sortait du Domaine pour entrer dans les bois. Fuyant le long de la vitre, on distinguait vaguement les troncs des vieux sapins. “Peut-être rencontrerons-nous Frantz de Galais”, se disait Meaulnes, le cœur battant. Brusquement, dans le chemin étroit, la voiture fit un écart pour ne pas heurter un obstacle. C’était, autant qu’on pouvait deviner dans la nuit à ses formes massives, une roulotte arrêtée presque au milieu du chemin et qui avait dû rester là, à proximité de la fête, durant ces derniers jours.

Cet obstacle franchi, les chevaux repartis au trot, Meaulnes commençait à se fatiguer de regarder à la vitre, s’efforçant vainement de percer l’obscurité environnante, lorsque soudain, dans la profondeur du bois, il y eut un éclair, suivi d’une détonation. Les chevaux partirent au galop et Meaulnes ne sut pas d’abord si le cocher en blouse s’efforçait de les retenir ou, au contraire, les excitait à fuir. Il voulut ouvrir la portière. Comme la poignée se trouvait à l’extérieur, il essaya vainement de baisser la glace, la secoua… Les enfants, réveillés en peur, se serraient l’un contre l’autre, sans rien dire. Et tandis qu’il secouait la vitre, le visage collé au carreau, il aperçut, grâce à un coude du chemin, une forme blanche qui courait. C’était, hagard et affolé, le grand pierrot de la fête, le bohémien en tenue de mascarade, qui portait dans ses bras un corps humain serré contre sa poitrine. Puis tout disparut.

Dans la voiture qui fuyait au grand galop à travers la nuit, les deux enfants s’étaient rendormis. Personne à qui parler des événements mystérieux de ces deux jours. Après avoir longtemps repassé dans son esprit tout ce qu’il avait vu et entendu, plein de fatigue et le cœur gros, le jeune homme lui aussi s’abandonna au sommeil comme un enfant triste… 

Alain-Fournier - Le Grand Meaulnes

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Coup de coeur... Bernard-Marie Koltès...

25 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Je veux surveiller chaque battement de ton cœur, chaque souffle de ta poitrine; l'oreille collée contre toi j'entendrai le bruit des rouages de ton corps, je surveillerai ton corps comme un mécanicien surveille sa machine. Je garderai tous tes secrets, je serai ta valise à secrets; je serai le sac où tu rangeras tes mystères. Je veillerai sur tes armes, je les protégerai de la rouille. Tu seras aussi mon agent et mon secret à moi, dans tes voyages, je serai ton bagage, ton porteur et ton amour.

Bernard-Marie Koltès - Roberto Zucco

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Coup de coeur... Guillaume Apollinaire...

24 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

La dame avait une robe
En ottoman violine
Et sa tunique brodée d’or
Était composée de deux panneaux
S’attachant sur l’épaule

Les yeux dansants comme des anges
Elle riait elle riait
Elle avait un visage aux couleurs de France
Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges
Elle avait un visage aux couleurs de France

Elle était décolletée en rond
Et coiffée à la Récamier
Avec de beaux bras nus

N’entendra-t-on jamais sonner minuit

La dame en robe d’ottoman violine
Et en tunique brodée d’or
Décolletée en rond
Promenait ses boucles
Son bandeau d’or
Et traînait ses petits souliers à boucles

Elle était si belle
Que tu n’aurais pas osé l’aimer

J’aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
Le fer était leur sang la flamme leur cerveau

J’aimais j’aimais le peuple habile des machines
Le luxe et la beauté ne sont que son écume
Cette femme était si belle
Qu’elle me faisait peur

Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913

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Au lac de tes yeux

Au lac tes yeux très profonds
Mon pauvre coeur se noie et fond
Là le défont
Dans l’eau d’amour et de folie
Souvenir et Mélancolie

Nîmes, le 18 décembre 1914

Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou

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Au prolétaire

Ô captif innocent qui ne sais pas chanter
Écoute en travaillant tandis que tu te tais
Mêlés aux chocs d’outils les bruits élémentaires
Marquent dans la nature un bon travail austère
L’aquilon juste et pur ou la brise de mai
De la mauvaise usine soufflent la fumée
La terre par amour te nourrit les récoltes
Et l’arbre de science où mûrit la révolte
La mer et ses nénies dorlotent tes noyés
Et le feu le vrai feu l’étoile émerveillée
Brille pour toi la nuit comme un espoir tacite
Enchantant jusqu’au jour les bleuités du site
Où pour le pain quotidien peinent les gars
D’ahans n’ayant qu’un son le grave l’oméga

Ne coûte pas plus cher la clarté des étoiles
Que ton sang et ta vie prolétaire et tes moelles
Tu enfantes toujours de tes reins vigoureux
Des fils qui sont des dieux calmes et malheureux
Des douleurs de demain tes filles sont enceintes
Et laides de travail tes femmes sont des saintes
Honteuses de leurs mains vaines de leur chair nue
Tes pucelles voudraient un doux luxe ingénu
Qui vînt de mains gantées plus blanches que les leurs
Et s’en vont tout en joie un soir à la male heure
Or tu sais que c’est toi toi qui fis la beauté
Qui nourris les humains des injustes cités
Et tu songes parfois aux alcôves divines
Quand tu es triste et las le jour au fond des mines

Guillaume Apollinaire

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Coup de coeur... Donna Tartt...

23 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Donna Tartt...

On était faits l'un pour l'autre; entre nous il y avait une justesse onirique et de la magie, c'était indiscutable; sa seule pensée inondait de lumière le moindre recoin de mon esprit et en déversait dans des greniers miraculeux dont j'ignorais l'existence, des images qui semblaient ne pas exister du tout si ce n'est en rapport avec elle. Je n'arrêtais pas d'écouter son Arvo Pärt préféré, une façon d'être avec elle; et il lui suffisait de mentionner un roman lu récemment pour que je m'en empare, affamé, afin de pénétrer dans ses pensées, une sorte de télépathie. Certains objets qui passaient par la boutique - un piano Pleyel; un drôle de de petit camée russe déniché - semblaient être des artefacts tangibles de la vie qu'elle et moi aurions dû vivre ensemble, c'était légitime. Je lui avais écrit des emails de trente pages que j'avais effacés sans les lui envoyer, optant à la place pour la formule mathématique que j'avais mise au point afin de ne pas trop me ridiculiser: toujours trois lignes de moins que l'email qu'elle m'avait envoyé, toujours un jour de plus que le temps qu'il m'avait fallu, moi, pour recevoir sa réponse.

Donna Tartt - Le Chardonneret

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